Un peu plus de temps ces temps-ci pour cette traduction…Peut-être le mauvais temps…

J'ignore si beaucoup de personnes suivent cette histoire, mais pour ceux qui le font, régalez-vous…


CHAPITRE 10


.

You're beautiful, you're beautiful

You're beautiful, it's true

There must be an angel with a smile on her face

When she thought up that I should be with you

But it's time to face the truth,

I will never be with you

~ "You're Beautiful" by James Blunt

.


.

POV Adelina :

.

.

« Tout va bien maintenant. »

La voix me tira du vaste abyme qui venait de m'engloutir. Si rassurante, si douce et si irrésistible. Je suivis ce son, des profondeurs de mon esprit, pour revenir jusqu'à la chaleur de la réalité. Je me forçai à ouvrir les yeux et rencontrai ceux du lieutenant Speirs qui me regardaient fixement. La seule chose que je ressentis pleinement à cet instant fut la présence de ses bras autour de moi. Je ne m'étais jamais senti autant en sécurité de ma vie. Je vis quelques hommes s'approcher de nous, avant de reporter mon attention sur Speirs, troublée par son étreinte.

« Merci », dis-je maladroitement, tout en rougissant de ma stupidité.

« Ce n'est rien. Est-ce que tout va bien ? », demanda-t-il sans que je puisse deviner son état d'esprit.

Il se pencha un peu vers moi, et j'hochai la tête. Ses yeux se firent plus clairs, plus expressifs, comme je ne les avais jamais vus. Inquiète, je tendis une main vers son bras.

« Lieutenant ? »

Comme s'il prenait tout juste conscience de son regard sur moi, il revêtit son masque d'indifférence et se redressa, m'entraînant avec lui.

« Je suis heureux que vous alliez bien. », me dit-il, son ton allant de pair avec la distance froide du haut de laquelle il me considérait à présent.

« Dog Compagnie, écoutez ! Voici Adelina Jones. Elle va rester avec nous jusqu'à ce que Carentan soit pris ! », lança-t-il à ses hommes.

Je vis leurs yeux glisser de lui à moi, alors qu'ils assimilaient l'information. Ils se dispersèrent, acceptant son annonce sans la moindre question. Je sentis ses doigts accrocher les miens pour m'entraîner plus loin. Mon cœur tambourinait à mes oreilles. Voudrait-il savoir ce qui m'était arrivé ? Serais-je capable de le lui révéler ? Avant que je ne trouve les réponses à ces questions, il s'arrêta et lâcha ma main.

Les yeux baissés sur le sol, la crainte m'envahissait peu à peu. Je lui jetai un coup d'œil furtif. Son visage était neutre et je crus même y déceler une pointe d'ennui. Une part de moi se demanda ce qui clochait chez lui. Un instant, il me serrait contre lui et m'apaisait de promesses tacites en me disant que tout irait bien. L'instant d'après, il s'éloignait, et me terrifiait par son indifférence soigneusement composée.

« Vous êtes sûre que tout va bien ? »

Je déglutis péniblement.

« Je…C'est juste… »

Je fus dispensée de dire quoi que ce soit d'autre, des coups de feu résonnant à mes oreilles. Je tournai aussitôt la tête vers ces bruits. Le lieutenant Speirs resta silencieux près de moi et je lui en fus reconnaissante.

Les heures suivantes furent un enfer. Je pris conscience que je m'étais plus attachée à la Easy Compagnie que ce que je pensais. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant que je ne sois renvoyée en Angleterre. Et j'eus le sentiment que je ne serais pas la seule à être triste de mon départ.

J'écoutai les tirs, les cris, et le crissement des balles, depuis une distance de sécurité. Chaque fibre de mon être n'avait qu'une envie : me lever et courir vers eux. La voix de la raison m'interdisait de faire çà.

J'essayai de penser à n'importe quoi d'autre que ce qui était en train de se passer un peu plus loin. Je pensais aux champs pleins de rosée de ma ville natale. Le pitbull de Mr. McGee qui semblait m'attendre à chaque fois que j'entrais dans son magasin de sucreries. Je pensais à ma petite sœur, bien que les souvenirs de son beau visage innocent me poignardaient le cœur. Et parfois, quand mes pensées devenaient trop sombres, je regardais le lieutenant Speirs. La plupart du temps, ses yeux étaient dirigés vers Carentan, mais parfois, il semblait beaucoup plus loin que çà. Maintenant que j'avais passé plus de temps avec lui, il m'apparaissait comme quelqu'un de très seul. Par le passé, il aurait essayé d'engager une conversation. Mais à présent, il m'ignorait totalement.

Je ramenai mes genoux vers ma poitrine. Me sentant mentalement épuisée, je posai ma tête sur mes bras et fermai les yeux. Je ne dormais pas, mais prenais un repos bienvenu malgré le vacarme du lointain. Ca ne dura malheureusement pas longtemps. Mes yeux se fixaient malgré moi sur l'horizon. Comme un besoin irrésistible de regarder cette colline. Je restai ainsi durant des heures, à regarder fixement Carentan, attendant le moment où quelqu'un viendrait enfin me chercher.

Un soupir de soulagement m'échappa lorsque j'aperçus enfin quelqu'un arriver depuis Carentan vers la Dog Compagnie. Une joie incontrôlable m'envahit en constatant qu'au moins l'un d'entre eux avait survécu. Je sautai sur mes pieds et me précipitai vers lui. Il m'ouvrit les bras, prévoyant l'impact. J'enroulai mes bras autour de lui et nous nous étreignîmes.

« Oh, George, vous allez bien ! », couinai-je.

Je le sentis rire contre moi et il embrassa le sommet de ma tête.

« Ouais, je vivrais pour combattre les Huns la prochaine fois. », me dit-il en riant.

Je lui demandai si j'étais autorisée à revenir. Il hocha la tête.

« Oui, le lieutenant Winters a donné son accord. Vous pouvez revenir. Les gars seront heureux de vous revoir. »

Je me mordis la lèvre, énumérant mentalement le nom de ceux que je pourrais avoir perdu.

« Comment était-ce? », demandai-je sachant qu'il esquiverait la question.

« Tipper était à l'intérieur d'une maison lorsqu'elle a explosé. Lip a pris un gravât dans le visage et qui lui a presque arraché le… »

Je portai ma main à ma bouche alors que George montrait le bas de son ventre.

« C'est affreux. Est-ce qu'il va bien ? »

« Il est un peu secoué, mais ça devrait aller. »

Je regardai le sol.

« Et c'est tout ? »

J'avais presque honte de demander çà mais je devais savoir.

« C'est tout ce que je sais, Adelina. »

J'hochai la tête et George prit ma main.

« On y va, maintenant ? »

C'est alors que je me souvins du lieutenant Speirs.

« Oui, juste une seconde. »

Je me précipitai vers l'endroit où il était toujours assis et m'agenouillai près de lui. Je rougis sans pouvoir m'en empêcher et j'embrassai rapidement sa joue.

« Merci encore pout tout, lieutenant Speirs. »

Ses yeux noirs plongèrent dans les miens. Sans rien dire, il regarda au loin et inclina la tête. Sachant que je n'obtiendrai sans doute rien de plus de lui, je me relevai et me dirigeai vers George, dont les yeux étaient pleins d'une malice qui me promettait beaucoup d'embarras dès que nous serions assez éloignés de la Dog Compagnie. Je plissai les yeux et le menaçai du doigt.

« Pas un mot, George. », l'avertis-je et il leva ses mains devant lui.

« Alors où allons-nous, Adelina ? »

« Emmenez-moi près du Doc Roe. Je suis sûre que je serais beaucoup plus utile dans un hôpital de campagne qu'ici, en pleine cambrousse, où je suis exposée à n'importe quelle blessure. », lui dis-je tranquillement, alors que mes yeux se déplaçait lentement des tas de ruines aux cadavres dispersés sur les rues pavées.

George nota ce qui avait attiré mon attention et releva mon visage vers le haut du bout de ses doigts.

« Hé, ne regardez pas çà, d'accord ? »

J'acquiesçai solennellement et fixai mon regard devant moi. Au détour d'une rue, un homme à cheval nous croisa. George le salua mais il ne lui répondit pas. Il semblait pressé.

« Foutu cowboy ! », entendis-je Luz murmurer.

« Luz, tu embrasses ta mère avec cette bouche ? », lança une voix familière derrière nous.

Je me retournai et sautai sur l'homme devant moi. C'était Webster.

« Eh bien, salut. »

Je laissai mes pieds retomber à terre et sourit timidement.

« Je suis désolée. Je suis seulement heureuse que vous n'ayez pas été blessé. »

« Oui, je vais bien. Pour l'instant en tout cas ! »

Je frappai son bras sans enthousiasme.

« Ne dîtes pas des choses comme çà, Webster. »

Il sourit en guise de réponse.

« Où est-ce que vous allez tout les deux ? »

« Chercher Doc Roe. Et vous ? »

« Je traîne juste ici. Je vérifiais qu'il n'y ait personne coincé dans un bâtiment et qui ait besoin d'aide. »

J'entendis Luz ricaner près de moi.

« Et bien, bonne chance alors, Web », lança-t-il avant de me saisir la main.

« On se voit plus tard, Webster. »

Il m'adressa un clin d'œil comme je me retournai pour le voir une dernière fois. Luz maintint ses doigts fermement enroulés aux miens jusqu'à ce que nous trouvâmes enfin Doc Roe. Quand je vis le visage de la personne qu'il était en train de soigner, je criai presque.

« Dick !? Vous allez bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », hurlai-je en me précipitant vers lui.

Il se tendit légèrement alors qu'Eugène retirait ce qui semblait être un éclat de balle de son mollet.

« Ca va, ou du moins ça devrait aller. Ils veulent juste que je reste en retrait pendant quelques jours. »

« Ca guérira seulement si vous restez en retrait. », affirma Roe.

Winters leva les yeux au ciel, me faisant rire bêtement.

« Doc !!! », entendis-je un homme hurler un peu plus loin sur ma gauche. Aussitôt, je me dirigeai vers le cri, mais Roe me saisit par le bras.

« Vous restez avec lui. Je m'occupe de celui-là. », dit-il. J'acquiesçai et pris sa place. Dick soupira de soulagement.

« Mon Dieu, je mentirais en disant qu'être entre les mains de Doc Roe n'est pas la chose la plus terrifiante de la journée. », dit-il en me jetant un regard de martyr. Je ris en nettoyant sa blessure avec de l'alcool.

« Vous avez mené tout ces hommes au combat et Eugène vous réprimandant était la chose la plus terrifiante de la journée ? » dis-je en souriant.

Je vis quelqu'un approcher du coin de l'œil. C'était Buck Compton.

« Adelina. Dick. », lança Buck avec une grimace de petit garçon sur son visage.

« Comment ça va, Buck ? »

« Bien et vous ? »

« Eh bien, je n'étais pas tout près des combats, Dieu soit loué. », plaisantai-je.

« Bien sûr, être coincée avec cet âne de Speirs n'était pas une partie de plaisir, j'imagine, Adelina. »

Je rougis.

« Tout le monde ne fait que me dire que c'est un dur-à-cuire et que je dois faire attention à lui. Je ne comprends pas. Il est tout à fait correct avec moi. »

Je vis Buck et Dick échanger un regard significatif. Ils me regardèrent avant de baisser tout deux les yeux.

« En parlant de Speirs, Dick, qu'est-ce qui vous a pris de m'envoyer là-bas avec lui ? », demandai-je à Winters qui pâli immédiatement. « Qu'est-ce que vous espériez ? »

« Oh, juste une idée qui m'a traversé l'esprit comme Nix me parlait de la Dog Compagnie. »

Buck porta une main à sa bouche.

« Mon Dieu, Adelina, je pensais que vous seriez heureuse de nous retrouver. Après tout, nous vous avons offert quelques heures avec l'homme que vous préférez dans ce monde. »

La voix de Nixon flotta dans l'air. Je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule pour le voir marcher vers nous.

« Oui, excepté le fait que le temps que nous avons passé ensemble était tout sauf réjouissant. »

Le sourire de Nix s'agrandit un peu plus encore.

« Oh oui, j'ai entendu parler de çà par certains types de la Dog Compagnie. Quelque chose au sujet de vous vous trouvant mal et de Speirs vous tenant dans ses bras. »

Je rougis alors que je pansai le mollet de Dick.

« Comme je viens de la dire, il n'y avait rien de plaisant là-dedans. »

« Ca sonnait pourtant comme romantique. D'une certaine manière. »

Je roulai des yeux.

« Vous vous êtes évanouie ? », me demanda Dick, saisissant ma main pour me forcer à le regarder. J'inclinai la tête, ne souhaitant pas qu'il me questionne davantage à ce sujet. Dick était mal placé pour me donner des conseils.

« Qu'est-ce qui c'est passé ? »

« Ce n'était rien, Dick. Je ne me sentais pas bien. Je pense que je m'inquiétais trop pour vous. »

Il m'observa avec circonspection, mais choisit de ne pas insister.

« Bien, je me contente de çà pour l'instant. »

« Merci, Dick. » dis-je et je plaçai mes mains sur son mollet. « J'en ai fini avec vous. »

Il sourit légèrement.

« Merci, Adelina. »

Il y eut une minute de silence entre nous quatre, avant que Buck ne s'éclaircisse la gorge.

« Alors quel est le plan, Lieutenant ? »

Dick soupira et chercha son casque derrière lui. Il jeta à Buck un regard qui voulait dire « Attends que nous soyons dehors. »

« Oh, je voie que vous allez m'exclure maintenant ! » Dick sourit et gesticula.

« Strayer semble penser que vous pouvez rester avec nous mais que nous ne devons vous fournir aucune information concernant ce que nous prévoyons contre les allemands. Jusqu'à ce que tout soit éclairci avec le colonel Dobey. », J'inclinai la tête et m'éloignai.

« Bien, dans ce cas, je pense que je vais rester ici un moment pour aider Doc Roe et les autres médecins. »