Merci encore une fois pour toutes vos reviews, avoir autant de retours positifs me fait extrêmement plaisir et me motive pour écrire ! Voilà une petite réponse pour anon :
Anon : Voilà LA SUITE ! ;) Tes commentaires me touchent vraiment, je suis heureuse que cette histoire te plaise et que tu la suives comme ça ! Je n'ai pas encore lu ta fanfic mais j'ai beaucoup aimé ton OS, c'était mignon et attendrissant. :3 Je lirai ton histoire longue la prochaine fois, promis ! Pour mes projets d'écriture, je veux écrire un RivaMika après l'ellipse où SPOIL ANIME ils seraient à Mahr pour infiltrer l'usine de chimie titanique, et en apprendre plus sur les Ackerman au passage. SASAGEYOOO m'a également lancé un défi où Rivaille est une araignée d'eau qui tombe sous le charme de Mikasa x). Après j'ai d'autres idées d'OS mais ce serait plutôt centré sur Ymir (j'adore Ymir) ou des yuri crack ship comme Petra x Pieck et Historia x Mikasa.
Petit rappel, ce chapitre est la suite du précédent, le rating M est donc toujours d'actualité. Je vous laisse, bonne lecture !
Chapitre 10 : Nuit (Partie 2)
Rivaille ne parvint pas à déterminer combien de temps ils restèrent enlacés l'un contre l'autre. Le brun n'avait pas un instant desserré son étreinte, toujours troublé par ce qu'il ressentait pour Mikasa, les sentiments sur lesquels il venait seulement de mettre un mot. Il remarqua finalement que la nuit était complètement tombée. Privé de la chaleur du Soleil, il ne restait plus que le vent glacé du soir pour les entourer. C'est à ce moment qu'il perçut la peau glaciale de Mikasa sous ses doigts.
- « Tu as froid. » – lui fit-il remarquer en fronçant les sourcils.
Ce n'était pas étonnant, elle était après tout complètement nue. La légère couche de sueur qui maculait sa peau avait en outre gelé.
- « Non pas du tout.
- Tch. Frileuse et menteuse en plus de ça. Tu es une vraie plaie au cul, tu sais ? »
Il grommela quelques instants d'autres paroles incompréhensibles, et sans que Mikasa ne s'y attende, il la prit dans ses bras tout en se relevant. Il grimaça un instant mais se reprit vite car si la jeune fille pesait son poids ce n'était cependant rien comparé à Erwin. Mikasa laissa échapper un cri – mélange de surprise et de protestation – en battant vainement des pieds tandis que Rivaille zigzaguait dans la pénombre jusqu'à leurs chevaux. Il saisit une des couvertures de nuit et enroula Mikasa dedans comme un gros paquet, l'emballant avec application. Elle se débattit un peu et protesta en l'insultant de « chibi » avant de lui promettre une mort sanglante et douloureuse, ce qui fit ricaner le Capitaine. Il parvint toutefois à emmitoufler fermement la jeune fille dans le tissu rembourré.
- « Réchauffe-toi princesse. Je m'occupe de faire du feu.
- Je ne suis pas une princesse ! Tu crois vraiment que je vais te laisser monter le camp tout seul ?
- Tch. Bouge pas je t'ai dit. »
Mikasa se rassit toujours enroulée dans la couverture en poussant un soupir résigné, ce qui souleva au passage les mèches brunes qui couvraient son front. Rivaille lui ébouriffa simplement les cheveux avec des gestes un peu gauches avant d'aller chercher du bois. Il revint vite et la jeune femme le regarda allumer le feu. Les flammes projetaient des ombres tranchées – presque artistiques - sur le visage et le torse dénudé de Rivaille, découpant et sculptant la silhouette athlétique de l'homme selon un jeu de lumière qu'elle jugeait appréciable. Le brun qui commençait également à avoir froid, défit la boucle de sa ceinture et laissa glisser ses derniers vêtements au sol afin de pouvoir s'enrouler à son tour dans une deuxième couverture thermique. Mikasa continua de le contempler alors qu'il se déshabillait, et lui dit simplement : « Tu es très beau. »
A ces mots le sourire de Rivaille s'élargit de manière presque bête. Il semblait vraiment content. La jeune femme secoua sa tête d'un air faussement désabusé avant de grogner :
- « Enlève-moi ce sourire idiot de ton visage. » - Après une courte pause, elle tendit ses bras grands ouverts et reprit : « Tu sais, tu peux reposer cette couverture et venir avec moi plutôt. »
Rivaille ne se fit pas prier, il continuait cependant de sourire tandis qu'il se glissait dans les bras de Mikasa. Il savait qu'il avait déjà bien embêté la jeune fille aujourd'hui, mais il ne pu s'empêcher de lui glisser à l'oreille avec sa trivialité habituelle :
- « Bouge un peu ton gros cul, tu vois bien que je n'ai pas de place. »
Elle fit mine de le frapper mais il stoppa sa main avant qu'elle n'ait pu le toucher. Son sourire stupide se transforma en un trait narquois, qui s'effaça cependant bien vite lorsque ses yeux glissèrent vers l'avant bras dénudé de la jeune femme qu'il maintenait fermement entre ses doigts. Il fronça ses sourcils lorsqu'il sentit sous sa paume la sensation rugueuse d'un bandage qui ne devait pas être changé assez souvent à son goût. Après un examen plus attentif, Rivaille pu même remarquer que des marques semblables à des cicatrices barraient la peau fine et pâle sous le pansement. Mikasa se scarifiait ? Non ce n'était pas ça, c'était bien trop net. De ce qu'il pouvait en voir, les traits semblaient former un dessin sommaire, une sorte de tatouage tribal. Il interrogea la jeune fille d'une manière plus rude qu'il ne l'aurait voulu :
- « Oi, qu'est ce que c'est que ça ? »
Mikasa comprit immédiatement que Rivaille faisait référence à la cicatrice dans le creux de son avant bras. Une marque présente depuis de si longues années qu'elle avait tendance à l'oublier comme on occulte quelque chose de désagréable. Mais s'il était possible de dissimuler une marque, rien ne pouvait effacer les souvenirs. Le brun vit le visage de Mikasa s'assombrir tandis qu'elle se rallongeait sur le dos. Une ombre que lui même connaissait. Ils n'avaient jamais parlé ensemble du passé de Mikasa, jamais auparavant il n'avait osé la questionner sur de tels sujets, aussi douloureux qu'intimes. Rivaille connaissait simplement les grandes lignes de l'histoire de la jeune fille d'après ce qu'il avait entendu au Procès. L'histoire de deux enfants de neuf ans qui assassinent un groupe de trafiquants. Il s'allongea à son tour, tourné vers elle, et lui précisa simplement :
- « Tu n'es pas obligé de me répondre si tu n'en as pas envie. Parfois je parle trop vite, je suis stupide. »
Mikasa avait levé ses deux bras au dessus de sa tête et sa voix déchira la nuit. Une voix étonnamment détachée. Elle voulait parler non pas par envie mais par besoins. Et parce qu'elle était assez en confiance avec Rivaille pour savoir qu'elle pouvait lui dire ce genre de choses. Qu'il serait vraiment capable de l'écouter.
- « C'est la marque qu'a apposé ma mère lorsque j'étais enfant, un symbole que se passait les membres du Clan des Mers de l'Est de générations en générations. Elle ne m'a jamais révélé sa véritable signification. » – Elle s'arrêta un moment pour défaire avec des gestes mesurés son bandage, puis montra à Rivaille son tatouage. – « Tu vois ça représente un soleil levant, et il y a des poissons aussi. C'est assez joli, pourtant je n'ai plus jamais réussi à l'aimer… » - La voix de Mikasa s'étrangla une seconde, mais elle se ressaisit avant que Rivaille ne puisse réagir - « C'est la marque qu'ont inspecté les trafiquants d'êtres humains après avoir tués mes parents. Je me souviens encore de leurs mains sur moi, de leurs doigts qui souillaient ce tatouage qui me rendait si fière. C'était douloureux mais je n'avais pas mal. Je ne ressentais plus rien. Le monde était si vide et si froid, à ce moment là il n'y avait plus que le crâne de ma mère fracassé à la hache et son sang qui coulait sur le parquet de la maison. Ce sceau était important pour les trafiquants car c'est la preuve je suis à moitié asiatique. Cela veut dire que je vaux cher, qu'on peut tirer un très bon prix de moi – ils disaient un million d'écus je crois – sur le marché noir. »
Mikasa s'arrêta à nouveau. Pour avoir lui même travaillé avec la mafia, Rivaille savait que le trafic de femmes exotiques était l'un des commerces les plus lucratifs. Il sentit son ventre se tordre douloureusement. S'il n'avait jamais pris personnellement part au commerce d'êtres humains, il y avait cependant de grandes chances qu'il ait un jour croisé les meurtriers des parents de Mikasa parmi les ombres grouillantes des souterrains. La jeune fille reprenait quant à elle la parole. Elle lui montra le creux de son autre avant bras sur lequel il remarqua une deuxième cicatrice. Il s'agissait du chiffre 104 marqué au fer rouge.
- « C'est la marque qui a été apposée à toutes les recrues de la 104e brigade d'entraînement lorsque nous avons débuté la formation militaire. Les instructeurs nous expliquaient qu'à partir de cet instant nous dédions notre vie et notre cœur à l'armée, que nous devions accepter tous les sacrifices. Nous ne devenions plus que de la pâtée pour Titans, du bétail que l'on dirige vers l'abattoir en lui assurant une mort cruelle. Cela veut dire que je ne vaux rien. »
La jeune fille se stoppa une nouvelle fois, toujours en regardant ces cicatrices. Rivaille ne savait pas quoi dire car s'il pouvait écouter Mikasa et appréhender ses traumatismes, il ne pourrait néanmoins jamais les comprendre parfaitement. Il était après tout le seul soldat de l'armée à ne pas être passé par la formation militaire déshumanisante, et si la vie dans les ghettos de la ville souterraine avait pu atteindre des sommets d'horreur, il n'avait jamais eu à craindre d'être vendu comme esclave sexuel ou ce genre de choses. Il aurait simplement pu se contenter de prendre Mikasa dans ses bras et de ne rien dire, mais ça aurait été la solution de la facilité. Rivaille s'éclaircit alors doucement la gorge et parla sans même se rendre compte des mots qu'il prononçait.
- « Une fois on a voulu aller se faire tatouer avec Farlan. On avait quatorze ans et on était très cons. C'était le jour où on avait acheté notre premier revolver je crois, on voulait jouer les durs tu vois. On était un peu saoul car on avait bu une bonne dose de piquette avant pour se donner du courage. On est arrivé dans le salon de tatouage. C'était tellement sale. Pas du tout aseptisé. J'ai eu très peur. »
Pourquoi racontait-il une chose pareille à Mikasa ? Une chose aussi stupide et ridicule, déplacée après ce que la jeune femme venait de lui confier. Mais il continua :
- « C'est à ce moment là que j'ai vu l'aiguille… et je me suis évanoui. Ils m'ont réveillé mais j'ai perdu connaissance à nouveau. Du coup, je n'ai pas de tatouage. »
Rivaille sut qu'il n'avait pas dit tout à fait n'importe quoi quand il sentit la poitrine de Mikasa rebondir contre lui, secouée par un rire silencieux. Elle se saisit de sa main et il serra fort les doigts de la jeune femme contre les siens, une prise ferme et émue qui acheva de la réconforter. Elle se tourna alors vers lui pour le regarder. Cette position ressemblait à celle qu'ils avaient adoptés une semaine plus tôt, ce matin où Rivaille l'avait retrouvée dans cette écurie délabrée. La seule différence était que cette fois-ci leurs doigts étaient fermement entremêlés. Mikasa avait encore des choses importantes à dire à Rivaille, alors mise en confiance par l'atmosphère assez intime qui régnait entre eux, elle ajouta :
- « Le pire dans tout cela c'est que pendant longtemps j'y ai cru. Je pensais que ma vie n'avait pas d'intérêt pour elle-même, que je n'avais pas de valeur intrinsèque. J'avais dédié mon existence toute entière à Eren. C'est cette volonté de le protéger qui m'a poussé à devenir aussi forte que je le suis aujourd'hui, j'ai d'ailleurs rejoins l'armée pour pouvoir veiller sur lui. Mais cela me rendait aussi très faible, j'avais tout le temps peur, tellement peur de le perdre comme j'avais déjà tout perdu par le passé. Je crois qu'il ne me l'a jamais vraiment rendu. Tu sais, ma cicatrice à la joue c'est Eren qui me l'a faite.
- Eren ne sait pas ce qu'il perd. – asséna le brun d'un ton rude et bourru, sans savoir quoi dire mais voulant lui assurer qu'elle méritait un retour à l'amour qu'elle donnait à son frère.
- Peut-être bien. Mais je ne lui en veux pas. Au final, le problème venait surtout de moi. Je crois que ce n'était pas très sain de l'utiliser comme une raison de vivre alors qu'il n'avait jamais demandé ça. » – répondit Mikasa. Sa voix s'éleva de nouveau étonnamment vivante, elle se mélangeait mélodieusement au bruit de la forêt et au crépitement joyeux du feu de camp. – « J'ai appris à me connecter à d'autres personnes qu'Eren et a accordé ma confiance. Aujourd'hui je me sens plus indépendante, plus ouverte. Plus heureuse. Et c'est en partie grâce à toi. »
Mikasa n'ajouta rien de plus, Rivaille serra alors un peu plus fort sa main et commença à caresser doucement ses doigts. Il lui dit simplement de manière presque gênée :
- « Je n'ai pas fait grand chose. Un peu de rentre dedans certes, pas toujours très subtil en plus, mais cela n'avait rien d'extraordinaire.
- Ce n'était peut-être pas grand chose mais c'était plus que suffisant. »
Elle enfouit sa tête dans le cou de Rivaille alors qu'elle prononçait ces mots, cette déclaration peut-être, et passa un bras derrière le dos du brun. Rivaille de son côté hésitait. Mikasa ne lui avait jamais autant parlé, Mikasa ne parlait jamais autant, et il était certain que c'était la première fois qu'elle se livrait d'une telle façon. Il aurait pu se confier à elle lui aussi, il sentait même qu'il devait parler. Qu'il en avait désespérément besoins. L'occasion était exceptionnelle, ce genre de moment assez intime où l'on peut tout se raconter n'arrivait que rarement. Non, comme pour Mikasa cela ne lui était jamais arrivé auparavant. Il pourrait formuler avec des mots ce qui le rongeait de l'intérieur depuis tant d'années et peut-être même réussir à passer outre en admettant enfin. Il n'avait qu'à ouvrir la bouche et se lancer. Il n'y parvint cependant pas. A la place il se contenta de dire :
- « J'ai besoins d'une cigarette. Ça ne te dérange pas si je fume ?
- Si ça me dérange. Fumer rend impuissant.
- Tch. Ce n'était pas vraiment une question, petite emmerdeuse.
- Et dire qu'un moment j'ai failli croire que tu étais devenu poli. Je devrais pourtant savoir que tu es un abruti irrécupérable. »
Rivaille ne répondit pas. Il avait commencé à fumer jeune mais n'avait jamais vraiment aimé ça. La clope ça a un sale goût, ça engorge les poumons de truc bien trop dégeulasses et ça fout de la cendre partout. Mais parfois il souhaitait juste profiter du sentiment de légèreté, magique mais artificiel, que pouvait procurer une cigarette. La plupart du temps il cherchait simplement à se noyer dans la fumée jusqu'à s'en étouffer. Parcequ'au final tout revenait toujours à cela pour Rivaille, tout noyer, tout étouffer, ne rien laisser paraître. Et tant pis s'il laissait des cendres derrière lui.
Après s'être détachée de son cou, Mikasa observa avec attention le froncement de sourcils de Rivaille, son visage las noyé dans l'obscurité. Les ombres de la nuit ne semblaient alors plus rassurantes mais inquiétantes. Préoccupée par le mutisme du brun, elle reprit plus sérieusement :
- « Tu es addict, n'est ce pas ?
- On est tous intoxiqué à quelque chose ici. – soupira finalement Rivaille. – Les drogues, la religion, l'alcool, les enfants, la revanche, le désir de puissance, la quête de vérité et même la soif d'héroïsme… C'est comme cela que les gens peuvent tenir. Et que ce soit bon ou mauvais, c'est indéniablement efficace. Putain d'indispensable. Tu vois un moyen de faire autrement ? »
Mikasa, prise au dépourvue par la question, mit un moment avant de parler. Le problème que Rivaille lui posait était définitivement insoluble. Une de ses intoxications devait être son attachement à sa famille, et bien qu'elle se sente désormais plus libre et détaché à ce niveau, sa propre expérience n'était sûrement pas la plus pertinente. Elle chercha alors parmi ses amis et ses pensées s'arrêtèrent d'elle-même sur Armin. Son rêve de voir un jour l'océan. Ce n'était certainement pas une réponse satisfaisante mais ce fut tout ce qu'elle trouva à rétorquer :
- « Lorsque je vivais à Shiganshina chez Eren, nous passions des nuits blanches avec Armin dans son grenier. Il nous lisait des livres interdits sur le monde extérieur. Je n'étais pas trop emballée au départ car des trois j'étais la seule à comprendre à quel point le monde pouvait être cruel et dangereux, mais je me suis peu à peu laissée entraîner. J'admirais énormément la motivation et les idéaux d'Eren et Armin a un véritable don pour raconter, ses seuls mots permettent de de voyager, de se sentir véritablement humain et libre. Il nous décrivait des montagnes qui crachent du feu comme des dragons, des déserts de neige et de glace peuplés de créatures toutes aussi blanches, des champs de sable brûlant et d'autres merveilles inimaginables. Mais il revenait inlassablement sur une seule chose : la mer. »
Rivaille savait ce qu'était la mer. Il s'agissait d'un sujet prohibé comme tout ce qui touchait l'extérieur des Murs, le souvenir de l'océan avait néanmoins traversé les générations telle une vague inébranlable. Il ne voyait pas où Mikasa voulait en venir, mais c'était tellement rare qu'elle parle ainsi qu'il ne songea pas un instant à l'interrompre. Elle reprit :
- « Avec Eren et Armin on s'est promis qu'on irait voir la mer un jour. Je m'imaginais vivre avec eux paisiblement au bord de l'eau. Je crois que les rêves permettent de tenir. Ce n'est peut-être qu'une autre forme d'intoxication mais ça me paraît néanmoins bien plus beau. Moi, j'aimerai bien t'emmener voir la mer. »
Le ton de Mikasa était doux, léger, tranquille. Elle lui faisait une proposition adorable mais malgré tout lourde de sens, ce qui ne manqua pas d'ébranler Rivaille.
- « Une grosse flaque remplie de merdes non identifiées et dégueulasses, ça ne me donne pas envie. – fut tout ce qu'il trouva à lui répondre.
- Tu ne peux pas dire ça ! – Mikasa semblait presque outrée. – La mer, ça doit être magnifique. Tu imagines, une étendue presque aussi vaste que le ciel et tout aussi bleue. Une surface qui, parfois miroitante et paisible, se transforme soudainement en une tempête indomptable et effréné. Ce n'est que lors de ces déchaînements terrifiants que la mer tourmentée révèle les secrets de ses abîmes, les mystères qu'elle gardait intimement cacher. Et surtout on pourrait enfin voir un horizon limpide, sans aucun Mur pour l'entraver. Juste l'infini devant soi. »
C'était beau quand elle parlait, ça lui faisait d'une certaine manière penser à Erwin et ses poèmes à la con. Il devinait que ces mots ne devaient pas être tout à fait les siens mais plutôt ceux de son ami Armin, Mikasa n'était tout comme lui pas le genre à se laisser aller à des envolées lyriques. La lueur brillante de ses yeux était cependant bien la sienne, comme des étoiles scintillantes sur le fond noir de ses prunelles. Une lueur rêveuse et enfantine. Il pouvait imaginer cette petite fille de neuf ans écouter religieusement les histoires que lui racontaient ses deux amis durant des heures, émerveillée et curieuse de ce que les ouvrages interdits avaient à lui apprendre.
- « Si les profondeurs de la mer lui permettent de garder ses secrets c'est qu'il vaut mieux ne pas les remuer. Comme pour les hommes, certaines choses devraient rester enfouies, il y a des abîmes qu'il ne faut pas sonder.
- Non, je ne crois pas. – le contredit Mikasa. – Le monde est certes cruel, mais quelquefois on y trouve de belles choses. Le genre de choses qui méritent d'être découvertes en profondeur. » - Elle s'arrêta un instant alors que Rivaille demeurait silencieux. Ne sachant pas quoi ajouter, elle changea de sujet en affirmant avec plus de force : « On ira voir la mer, il s'agit d'une des rare chose qui soit belle ici bas, je te promets que ce sera bien. Et puis on sera enfin tranquille. Bon, on ne sera pas que tous les deux, il faudra emmener Armin et Eren, bien sûr. Je suis sûre que ça fera également plaisir à Jean. Et j'imagine déjà Sasha jouer dans l'eau en essayant d'attraper des poissons. Et si Sasha vient, il faudra emmener Connie… »
Rivaille n'écoutait plus. Mikasa n'était pas une fille stupide, il savait qu'elle ne pensait pas vraiment ce qu'elle disait. Si les Bataillons arrivaient un jour à monter une expédition assez longue pour franchir ce qu'il restait du Mur Maria il s'agirait déjà d'un miracle, alors atteindre l'océan n'était même pas une question. La jeune femme était quelqu'un de lucide et rationnel, elle avait parfaitement conscience de tout cela. Mikasa ne prenait qu'un peu de temps pour rêver comme elle le lui avait expliqué tout à l'heure. Pourtant, Rivaille sentait malgré tout qu'il s'agissait de plus que cela.
On ne faisait jamais que rêver. Il y avait un réel désir derrière ses paroles, celui de jouir enfin de ce qu'elle appelait la beauté du monde après avoir tant souffert, celui de pouvoir vivre près de la mer libre, heureuse et paisible. D'après ce qu'il avait pu en voir, il lui apparaissait clair que Mikasa ne se souciait guère des Titans et de la victoire de l'Humanité. Sa motivation profonde était de protéger, elle cherchait à défendre les vies de ses camarades. La jeune fille n'était ainsi pas poussée par des objectifs de long terme. Si ses proches parvenaient un jour à se mettre en sécurité, Mikasa n'aurait plus de raison de rester dans l'armée. Rivaille n'était pas comme cela. Et il devait le lui dire.
- « Je ne pourrai pas aller voir la mer. »
Il replia doucement les doigts qu'il tenait dans sa main en prononçant ses mots, et capta presque malgré lui le regard de la jeune femme. Elle le scrutait intensément comme si elle cherchait à fouiller les profondeurs de son être. La jeune fille partageait un de ses rêves les plus intimes avec lui, et Rivaille se sentait con de réagir sur la défensive, se replier sur lui-même comme toujours. Il savait cependant que fournir des explications à Mikasa pourraient s'avérer encore plus cruel.
A l'instar de Mikasa, Rivaille n'était pas entré dans l'armée par envie, il aspirait lui aussi à une existence tranquille. La promesse de vivre paisiblement au bord de la mer avec la jeune femme était certes précipitée et dénuée de sérieux, elle n'en restait pas moins affreusement tentante. Mais si Rivaille y songea, il n'y pensa cependant qu'un instant. Il s'était déjà engagé auprès d'Erwin et des Bataillons, un choix qu'il avait fait un jour de pluie tant détesté, il y a sept ans. Il avait ainsi décidé sans l'once d'un regret de donner sa force au Major et de se battre jusqu'au bout contre les Titans qui forçaient les hommes à vivre comme des bêtes assiégées. Se battre pour l'Humanité jusqu'à la mort, car il était assez perspicace pour savoir qu'il n'y aurait sûrement jamais d'issue. Il tenait sincèrement à Mikasa et ne voulait pas lui faire du mal, mais il devait lui faire comprendre qu'il avait déjà donné son avenir à quelqu'un. Si les prunelles de Mikasa étaient effectivement un ciel étoilé fascinant et parfois même étonnamment éblouissant, le bleu des yeux d'Erwin était toutefois la seule mer dans laquelle il pouvait plonger, peut-être même jusqu'à s'y noyer.
Rivaille savait que la jeune femme serait capable de comprendre, sûrement pas tout, mais au moins l'essentiel. Sa relation avec Erwin ressemblait en effet bien trop à la sienne avec Eren pour qu'elle ne saisisse pas les implications et les enjeux. Il s'agissait encore d'un de ces foutus parallèles bien trop troublants. Mais si Mikasa pouvait comprendre, pouvait-elle l'accepter ? Elle n'avait pas à l'accepter. La brune n'avait pendant tout ce temps pas cessé de le scruter, et c'est alors qu'elle lui dit simplement :
- « On pourra même emmener Erwin. »
Rivaille fut incapable de répondre immédiatement. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement alors qu'il ne cherchait pas à cacher son mélange de stupéfaction et de reconnaissance. Cela lui semblait impossible, mais les mots avaient bien été prononcés, lâchés sans préambule dans le silence. La jeune femme avait son visage tourné vers le sien, il ne parvenait cependant pas à déchiffrer son expression. Elle semblait attendre. Elle avait fait un pas, tout dépendrait de ce qu'il lui dirait maintenant. Rivaille raffermit la prise autour des doigts de Mikasa, en tremblant légèrement, et lui murmura :
- « La mer c'est peut-être pas mal tout compte fait. – Le temps de prendre une inspiration, il fit une pause, significative. – Je ne pense pas que je pourrais y aller tout de suite, mais j'aimerais que tu m'y emmènes. Je le pense vraiment. »
Quelques secondes passèrent, et si elle ne sourit pas, quelque chose s'alluma silencieusement dans les yeux de la jeune fille. On ne pouvait pas dire que ce soit une promesse joyeuse, mais elle sentait la sincérité de Rivaille qui pouvait être à la fois cruelle et touchante. Leur serment ne se réaliserait sûrement jamais, mais il lui avait fait comprendre qu'il l'aimait. Et c'était quelque chose que ni la guerre contre les Titans, ni le reste du monde ne pourrait lui enlever.
Aujourd'hui l'expression de Rivaille avait laissé transparaître - sûrement malgré lui - le bouillonnement intérieur qu'elle avait dès les premiers jours deviné enfoui derrière sa carapace d'impassibilité. Elle songea qu'il était beaucoup plus beau lorsqu'il montrait ses émotions. Et elle souhaitait qu'il se dévoile encore davantage. Mikasa passa alors sur lui sans réfléchir plus longtemps, ce qui fit glisser la couverture thermique au passage. Avec le corps nu de Rivaille sous le sien elle sentait cependant qu'elle n'aurait que peu de choses à craindre du froid.
Elle releva légèrement la tête du brun pour pouvoir accéder à ses lèvres et l'embrassa. Rivaille se laissa faire, tendrement au début, puis ils commencèrent à perdre le fil régulier de leur respiration alors que leur baiser s'approfondissait. Le brun détacha ses doigts toujours enlacés entre ceux de Mikasa et passa deux mains derrière elle. Il retraçait du bout des doigts la ligne souple de son dos, en remontant jusqu'à sa nuque puis en descendant jusqu'à la courbe de ses fesses.
Alors qu'elle sentait une partie de l'anatomie de l'homme se réveiller contre son abdomen, la jeune femme qui n'avait été que peu active depuis le début eut littéralement envie de prendre les choses en main. Lorsqu'elle pressa sa paume contre le pénis de Rivaille, celui-ci fut si agréablement surpris qu'il bascula sa tête en arrière. Son crâne rencontra le sol dans un choc sourd, et quelque part entre les bruits nocturnes de la forêt et leurs souffles haletants, la jeune fille l'entendit jurer. Mikasa lâcha un petit rire, partagée entre l'inquiétude et l'amusement. Il lui renvoya un air faussement contrarié dont il avait le secret, puis tenta de la faire basculer en arrière en guise de vengeance. Grâce au contrôle parfait qu'elle avait sur son corps ridiculement souple, Mikasa réussit néanmoins à résister. Ils se retrouvèrent finalement assis l'un sur l'autre. Les jambes de la brune étaient enlacées autour de la taille de l'homme, c'était elle qui le dominait de toute sa hauteur dans cette position. Le silence se fit pendant un court instant, puis d'un commun accord leurs lèvres se retrouvèrent comme si elles ne s'étaient jamais quittées.
Le silence n'était plus qu'un amas de soupirs et de souffles perdus tandis que le feu de camp crépitait toujours avec joie et force, projetant une lumière chaude sur les deux corps enlacés. Une main de Rivaille tenait fermement les hanches de la jeune fille pour éviter qu'elle ne perde l'équilibre lors de leur étreinte, plantant ses ongles dans la chair tendre. La jeune femme s'accrochait quant à elle fermement au dos de l'homme, laissant le long de sa peau pâle ce qui semblait être un mélange entre griffures et caresses. Elle pouvait sentir l'érection de Rivaille contre son propre sexe, signe du désir croissant de son partenaire, et une bouffée de chaleur déferla dans son bas-ventre lorsqu'ils se mirent à bouger leurs hanches en rythme. Ils avançèrent leurs bassins d'un mouvement parfaitement synchronisé, désireux de combler le vide insoutenable entre eux, cherchant frénétiquement la friction. Ils furent tous deux parcouru par un violent frisson lorsque la verge dure de Rivaille glissa le long du clitoris de la brune.
Les sensations provoquées par la friction étaient enivrantes mais la jeune femme avait envie de plus. Mikasa décida alors de recommencer ce qu'elle avait tenté auparavant. Sa main descendit le long du ventre musclé puis vint de nouveau se balader vers l'entrejambe de l'homme. Elle enlaça le sexe de Rivaille plus délicatement que tout à l'heure, laissant d'abord ses doigts stimuler le gland puis descendre doucement jusqu'à ses bourses. Elle trouvait cela amusant et presque jouissif de sentir le pénis du brun réagir et se mouvoir au fil de ses caresses.
- « C'est bien comme cela ? - Le ton de sa voix laissait transparaître une légère incertitude, la peur d'y aller trop ou pas assez fort.
- Oui. Attends juste… »
Sans finir sa phrase, Rivaille replaça sa main sur la zone particulièrement sensible et guida ses mouvements au début. Elle eut la confirmation qu'elle faisait bien lorsqu'elle sentit le petit brun se crisper contre elle, tous ses muscles contractés. Un bruit léger sortit du fond de sa gorge tandis qu'il bloquait l'arrivée subite d'un gémissement imprévu. Il enfouit alors son visage dans le cou de Mikasa, ses lèvres virevoltaient sur sa peau fine, la suçotant sans pour autant lui laisser de marque, puis il descendit un peu plus bas pour embrasser le haut de sa poitrine ferme écrasée contre son torse. Alors que les mouvements de va et vient de sa partenaire sur son sexe lui arrachait un nouveau râle de plaisir, Rivaille décida à son tour de stimuler la vulve de la jeune femme. Grâce à son majeur et son index agiles, il approfondit ses caresses sur le clitoris de Mikasa, et savoura le gémissement délicieux qu'il lui arracha.
La brune pouvait sentir le plaisir monter entre eux telle une flèche enflammée, un feu ardent qui brûlait au fond de ses prunelles et qu'elle pouvait retrouver à l'identique dans celles de Rivaille. Ils continuaient de masturber leurs deux sexes tandis que leurs corps se frottaient l'un contre l'autre, chaque friction semblant produire des étincelles, chaque geste toujours plus intense en attendant l'embrasement final, l'incendie si vivement désiré. Le bouillonnement à l'intérieur du ventre de Mikasa prenait ainsi de plus en plus de place, et alors qu'elle se sentait proche du point de rupture, elle pressa sa tempe moite contre celle de Rivaille. D'une voix que l'excitation rendait fébrile, elle lui demanda sans savoir trop quoi dire :
- « Rivaille, est-ce que tu veux qu'on ?... »
Elle ne savait comment achever sa question, et comme souvent elle préféra la laisser en suspens plutôt que de s'embourber dans des mots inutiles. Rivaille cessa alors ses mouvements sur son clitoris et plongea ses prunelles dans les siennes. La lueur chaude et carnassière qui venait réchauffer son regard d'ordinaire glacé brillait à cet instant plus fort que jamais.
- « J'en ai envie. Mais tu sais qu'on n'est pas obligé de tout faire dès la première fois. - lui précisa-t-il en passant une main dans ses cheveux, un geste d'affection devenu commun entre eux deux.
- J'aimerai bien qu'on essaie. Je… C'est quelque chose que j'ai envie de partager avec toi. - répliqua Mikasa un peu précipitamment.
- Il y a une bouteille noire et des préservatifs dans la poche avant de mon sac. Va les chercher. » - se contenta-t-il alors de lui répondre avant que ses lèvres ne se referment contre sa tempe dans un léger baiser.
Elle capta un instant le regard de Rivaille, ses pupilles dilatées et la lueur fiévreuse au fond de son oeil qui contrastait de manière surprenante avec le ton doux et posé de sa voix, avant de se relever pour rejoindre les affaires du Capitaine en de grandes enjambées fébriles. Elle glissa sa main dans le sac, tâtonnant à l'aveugle dans la poche obscure. Elle reconnut le tranchant glacé de la lame profilée d'un poignard, le contour usé et bien trop abîmé d'un paquet de cigarette, la douceur d'une bouteille d'assouplissant pour lessive, ainsi que la texture de feuilles de thé qui s'émiettaient sous ses doigts - l'univers de Rivaille somme toute - avant de trouver enfin ce qu'elle cherchait.
Lorsqu'elle revint aux côtés de son amant, Rivaille toujours assis sur la couverture lui attrapa les hanches. Il l'attira sans préambule tout contre lui, avant de saisir fermement une de ses fesse alors que leurs langues se retrouvaient pour échanger un baiser brûlant. L'attente devenait difficilement soutenable, et il dut se faire violence pour ne pas plaquer Mikasa contre le sol lorsqu'elle se détacha de ses lèvres et que d'un mouvement sec elle déchira avec ses dents l'emballage du préservatif sans le lâcher un instant du regard. Elle déversa ensuite le liquide contenu dans la bouteille sur ses doigts. C'était moins doux que du shampoing mais plus plaisant que de la gelée, il s'agissait d'une chose particulière qui sans être ni agréable ni désagréable restait étonnamment excitante. Les gestes tremblants de la brune, presque maladroits car trop frénétiques, laissaient deviner son impatience.
Alors que Mikasa commençait de nouveau à l'embrasser tout en lubrifiant son sexe grâce à la vaseline, Rivaille laissa glisser la main qui enserrait une hanche vers le flacon noir. Le brun s'enduisit à son tour les doigts de liquide avant de venir caresser la vulve de la jeune fille. Il introduisit d'abord un doigt prudent en Mikasa, puis un deuxième. C'était doux et serré, mais moins qu'il ne l'aurait cru. Elle faisait après tout beaucoup de sport, il n'était donc pas étonnant que ses chairs se soient élargies à force de voltiger dans les airs en effectuant des grands écarts à plusieurs mètres de hauteur et autres prouesses physiques. Il laissa alors son majeur et son index stimuler sans crainte le point particulièrement sensible à l'entrée du vagin avec des mouvements circulaires, que l'excitation grandissante rendaient de plus en plus rapide, cherchant le clitoris par l'intérieur.
Mikasa geignit de plaisir contre sa bouche, son souffle saccadé était presque inexistant, Rivaille n'attendit alors pas plus longtemps et saisit son sexe pour le guider vers l'entrée de la jeune femme. La brune l'empoigna à son tour, et comme c'était elle qui le chevauchait, elle se laissa doucement glisser le long de la verge de l'homme. Elle sentit le souffle de Rivaille se bloquer au moment où il entra en elle, un gémissement sourd qui s'étrangla dans sa gorge. La jeune fille quant à elle grimaça un instant face à cette intrusion nouvelle, mais ce n'était à son grand étonnement pas très douloureux. Elle frottait en outre son clitoris à vif contre la peau du brun, et au fil des mouvements lents et contrôlés de va et vient la gêne initiale fut remplacée par un plaisir semblable à celui qui l'habitait quelques instants plus tôt. D'abord légèrement désaccordés, les mouvements des deux soldats finirent par s'harmoniser, une coordination similaire à celle dont ils avaient fait preuve lorsqu'ils avaient combattus les Titans. Ils accélérèrent peu à peu la cadence de leur danse, et Rivaille dont la respiration s'était considérablement accélérée ne chercha plus à retenir les grognements plaintifs qui franchissaient la barrière de ses lèvres.
Ils n'avaient pas un instant brisé le contact visuel, chacun observait le plaisir croître en l'autre alors que le monde autour d'eux devenait flou et que les bruits nocturnes de la forêt s'étaient tus. Dans cette atmosphère magique et indistincte, il ne restait plus que leurs gémissements plaintifs ainsi que leurs grognements excités pour meubler le silence. C'était tout simplement irréel d'être là avec Rivaille, et en songeant à l'homme à ses côtés une bouffée de chaleur cuisante parcourut Mikasa. La brune était dans l'instant présent mais elle était aussi ailleurs, beaucoup plus haut que la surface du sol. Elle perdait complètement pied. Alors qu'un spasme la parcourait, elle détourna un instant son regard, son visage fiévreux crispé.
- « Mikasa… » - commença Rivaille de sa voix grave, rauque et hachée. Avait-il soufflé, murmuré, écrié son nom ? Elle n'aurait su le dire. Il reprit après un instant : – « Mikasa, regarde-moi. Je suis avec toi. Ne me quitte pas des yeux, comme lorsqu'on combat ensemble. »
Elle ne répondit rien et plongea finalement son regard dans celui de l'homme, se noyant dans ses prunelles alors qu'ils sentaient tous deux l'orgasme monter en eux. Ils surent qu'ils arrivaient vers la fin, dans cette dernière ligne droite tant attendue et pourtant scandaleusement brève, lorsque leurs poitrines se mirent à paniquer sous le poids d'une excitation anormale. Elle observa le visage de Rivaille transfiguré par le plaisir. Le voir si pleinement heureux c'était quelque chose d'indescriptible qui provoqua comme un pincement dans la poitrine de Mikasa. Elle voulut lui faire part de son propre bien-être mais il gémit à ce moment :
- « Ah Mikasa, merde je vais… »
Le brun n'eut pas le temps de finir sa phrase lorsque dans un dernier mouvement tout éclata. Alors que le vagin de la jeune femme se resserrait contre lui, Rivaille sentit un instant sa vision se troubler et il griffa malgré lui la peau de la brune en poussant un dernier grognement avec force. Il était en proie à un combat où toutes les émotions se disputaient pour prendre la première place, un bouillonnement intense qui semblait lui faire perdre la raison. Il continua un peu ses mouvements et Mikasa jouit à son tour tandis que son corps s'arquait dans un ultime spasme, ses muscles figés dans une tension terrible et ardente. Ils s'immobilisèrent finalement manquant tous deux de force, puis se laissèrent tomber l'un contre l'autre sur la couverture afin de profiter quelques instants de l'état post-orgasmique. Un sentiment irréel et fabuleux qui les transportaient plus loin qu'eux même, jusqu'à l'infini de l'horizon, leur conscience suspendue comme si la notion de temps n'avait jamais existé. Un sentiment tout simplement spatial.
Ils ne s'embrassèrent pas mais s'étreignirent, heureux et essoufflés. Rivaille caressait d'une main les cheveux de la brune, et Mikasa avait quant à elle glissé un de ses bras dans le dos de l'homme. Ils se regardèrent un moment, le temps de reprendre tant bien que mal leurs respirations.
- « C'était… - commença Mikasa, mais elle n'avait ni l'énergie nécessaire ni les mots suffisants pour continuer.
- … pas mal. » - acheva Rivaille à sa place, avec un sens de l'euphémisme provoquant.
Il sentit à ses dernières paroles la jeune fille le frapper du poing sans convictions puis rire doucement contre lui, une joie épuisée mais satisfaite. Il aurait pu rester encore allongé aux côtés de Mikasa, le brun avait cependant des choses à faire. Comme Rivaille était Rivaille, il lui dit simplement :
- « Il faut que j'aille me nettoyer ou sinon je vais en foutre partout. »
La jeune femme soupira légèrement, mais ne fit pas de réflexions supplémentaires pour une fois que les tendances maniaques de Rivaille n'étaient pas complètement déplacées. Il se releva et s'extirpa de la couette thermique pour aller chercher une serviette. Alors que l'homme voyait que Mikasa restait tranquillement allongée, totalement détendue et indolente, étalée de tout son long tel un gros tas repus, il lui jeta un mouchoir qui atterrit directement sur le haut de son crâne. La brune comprit que si elle tenait à la vie elle ferait également mieux de s'essuyer. Tandis qu'il se délestait du préservatif et se nettoyait, elle entendit Rivaille grommelé des injures incompréhensibles où elle parvint tout de même à distinguer un gracieux : « Putain de sa mère, ça commence déjà à coller ! », ce qui ne manqua pas de la faire pouffer bêtement. Rivaille se tourna alors dans sa direction essayant d'adopter un air menaçant, mais il ne pouvait jamais être vraiment fâché lorsque Mikasa riait.
Cette gamine allait vraiment le rendre mou, merde. Ou peut-être pas merde tout compte fait. La jeune femme était l'une des rares personnes avec lesquels il pouvait se laisser aller, et même s'il n'atteignait certes pas des sommets d'expressivité, il sentait qu'il se détendait et qu'il pouvait se dévoiler à son contact. Penser à autre chose qu'à ses hommes tombés au combat, se détacher juste un instant de ses angoisses, noyer les sentiments trop intenses dans quelque chose de plus intense encore. Ce n'était sûrement ni sage ni responsable en temps de guerre, mais putain qu'est ce que ça faisait du bien. Mikasa qui déchirait le gris de l'existence de sa lumière éblouissante, qu'est ce que ça faisait du bien.
La jeune fille continuait de glousser comme une adolescente stupide, et elle lui dit finalement alors qu'il essayait encore d'adopter tant bien que mal une expression intimidante.
- « Tu sais que tu es très mignon lorsque tu es irrité.
- Moi, mignon… Tu m'as bien regardé ?
- Tout ce qui est petit est mignon. » - asséna-t-elle sachant que la formule toute faite aurait le don d'énerver Rivaille. - « Tu es un petit chat. Viens là. »
Il ne répliqua pas, et vint simplement rejoindre Mikasa. Les deux soldats rabattirent alors la couverture sur leurs corps. Ils s'embrassèrent un instant tandis qu'ils s'enroulaient dans le tissu thermique. La brune déclara finalement, d'un ton presque dépité :
- « C'est horrible, j'ai envie de faire pipi.
- Tant que tu ne déposes pas ta merde sur la couette je ne vois pas de problèmes.
- Je n'aurai jamais la force de me lever, je suis épuisée.
- C'est généralement ce qui arrive après un orgasme. » – commenta le brun qui semblait tout aussi fatigué qu'elle, bien qu'avec ses cernes de trois kilomètres de long Rivaille avait après tout l'air constamment harassé.
Mikasa ajouta après un instant d'une petite voix :
- « Mais il ne faut pas que je m'endorme Rivaille. Tu te souviens, c'est moi qui doit prendre le premier tour de garde. »
Leurs regards se croisèrent et ils ne purent s'empêcher de rire doucement et stupidement. Heureusement que les Titans étaient inactifs la nuit, sinon ils n'auraient pas donné cher de leur peau. En effet, la pire chose qui pouvait arriver après se faire surprendre par un géant nu et anthropophage, était sûrement de se faire surprendre par un géant nu et anthophage en plein coït. Rivaille attira alors Mikasa plus près de lui, et la jeune femme cala sa tête contre le haut de son torse.
- « On a eu une journée épuisante, il faut se reposer. » - déclara t-il en passant sa main dans sa chevelure.
La journée avait effectivement été épuisante. Maintenue éveillée tout ce temps par l'excitation, Mikasa sentit son énergie la quitter d'un coup. Elle se laissait bercer par les battements réguliers du cœur de Rivaille, se mêlant au souffle léger et délicat de l'homme. Une mélodie douce et intemporelle à laquelle vint bientôt s'ajouter la voix du brun. Il chantait à voix basse un air dont les paroles n'avaient pas de sens, ou peut-être était-elle trop fatiguée pour comprendre, mais cela ne l'empêchait pas d'apprécier la musique. Rivaille avait effectivement une très belle voix, à la fois grave et triste mais où l'on pouvait malgré tout sentir une énergie sans pareille, qui acheva de la relaxer totalement.
Le feu de camp n'était plus qu'une braise, et la nuit vint finalement englober les deux soldats laissant uniquement la clarté ténue du ciel étoilé pour les illuminer. Rivaille n'osa pas déranger la jeune fille qu'il sentait s'assoupir contre lui, mais il songea en son for intérieur qu'il devrait piquer une fois le bouquin d'astronomie de Hanji pour l'amener observer les étoiles, s'amuser ensemble à retrouver les constellations. Ils en avaient encore des choses à faire.
Alors que le feu de camp mourrait dans une ultime étincelle, ils s'endormirent finalement blottis l'un contre l'autre.
J'espère que ce chapitre vous aura plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
Je ne posterai sûrement pas tout de suite le chapitre suivant, qui est aussi l'avant-dernier chapitre de cette fanfic. Il faut vraiment (mais alors vraiment) que je re-travaille certains passages. J'essaierai tout de même de le poster avant deux semaines !
