11.

A RadCity, la vie avait repris son cours, relativement tranquille et pour les Skendromme en particulier, il n'y avait guère d'événement marquant.

- Je serai contente qu'Albior passe son week-end avec nous, lança soudain Ayvanère qui nettoyait les salades du dîner froid.

- J'aurais aimé pour m'a part qu'un de ses frères soit là aussi, mais Alguénor est en stage dans ce cabinet d'avocats et Alyénor a préféré le ski avec sa bande de potes.

- Cette initiation à l'escalade ne se justifiait pas vraiment, insista leur mère en coupant les tomates. Je sais qu'il en avait beaucoup parlé, tu avais même insisté pour qu'il se dégourdisse et s'assouplisse, mais on était tous tombés d'accord pour qu'il soit ici et qu'on s'organise des sorties en famille !

- Nous avons toute la vie pour des sorties, ensemble, sourit doucement Aldéran.

- Le temps passe si vite, murmura-t-elle en se rinçant les doigts. Je n'aurais pas été contre une semaine avec le cadet de nos fils, et toi tu l'as envoyé tout à l'opposé de nous, au Nord !

Son époux sourit derechef.

- Si on en croit ses appels téléphoniques, il s'est éclaté à fond, n'est-ce pas ce qui importe ?

- Je suis égoïste, c'est ça ?

- Nous le sommes tous, exclusifs aussi, possessifs. Nous avons de la chance de bien nous entendre… mais il faut dès à présent laisser les enfants, à leurs niveaux divers, prendre leur envol, même si nos liens ne se briseront jamais.

- Tout comme certains ont pu se renouer, glissa Ayvanère en finissant de ranger son plan de travail. Ton père sera là en même temps qu'Albior quasi, vous pourrez encore prendre du bon temps ensemble.

- Pas autant que cela, je le crains, après la période de calme, ça recommence à bouger dans les rues de RadCity et donc les Unités seront mobilisées sous peu.

- Dommage, je suis sûre que ton père se fait déjà une joie de te retrouver.

- Mais, moi aussi, protesta dans un sursaut le grand rouquin balafré. Simplement, je dois me plier aux événements.

Ayvanère lui dédia un clin d'œil.

- Et ça te ferait mal de te plier à préparer la farce de ma volaille ? pria-t-elle. Je dois la griller et elle doit encore avoir le temps de refroidir d'ici ce soir.

Son téléphone sonnant, Aldéran prit l'appel, sortit de la cuisine et enfila son manteau avant de sortir, Drixie sur ses talons.

Il sourit.

« J'adore la fonction d'appel automatique ! Je ne voyais pas comment sortir autrement de cette cuisine et éviter de devoir mettre la main à la pâte. ».


Du coin de l'œil, Soreyn observait son Général d'ami qui discutait avec Kycham tout en partageant le rituel du matin, café et pâtisserie à la main. Il rapprocha son fauteuil de la table de travail du Leader de l'Unité Léviathan.

- La crème de ton beignet était fraîche ? chuchota-t-il.

- Oui, pas de souci. Je l'ai dévoré, pourquoi ? interrogea-t-il dans un souffle.

- Je trouve qu'Aldie fait la grimace, je dirais même qu'il donne l'impression de se forcer pour finir son feuilleté.

- Il a dû se gaver comme pas deux au petit déjeuner, aussi cela n'aurait rien d'étonnant si le beignet a du mal à passer ! pouffa Jarvyl. En quoi ça te surprend ?

- Je ne sais pas avoua le Capitaine de l'Unité Anaconda. Et j'ai aussi la certitude qu'il passe beaucoup moins de temps à grignoter, et donc les quantités de cochonneries sucrées et salées diminuent.

- Je trouve que ce n'est pas plus mal, et ce même si physiquement il ne prend pas un gramme !

- Oui, mais notre Aldie qui ne passe pas ses journées à s'empiffrer, ce n'est plus lui !

Jarvyl rit doucement.

- L'âge a beau ne guère avoir de prise sur lui, il finirait peut-être par devenir raisonnable ! ?

- Oh non, pitié, pas ça !

Jarvyl rit alors plus franchement, ce qui lui attira un regard surpris du grand rouquin balafré et les deux amis mirent fin à leur aparté.


Et comme au bon vieux temps – même s'il ne s'était jamais arrêté, en réalité, Aldéran avait déboulé comme un chiot toufou sur le terrain, à la tête des Unités Anaconda et Léviathan.

Il avait envoyé Soreyn et Jarvyl dans l'usine où s'étaient retranchés les poseurs de bombes et il avait patiemment attendu qu'on les lui rabatte.

Quand trois des cinq membres de la bande avaient surgi, observant un moment les lieux avant de tenter de traverser au plus vite le parking jusqu'à leur van garé dans une ruelle adjacente au site, il était sorti de derrière le pilier du panneau publicitaire qui jusque là l'avait dissimulé et il s'était lâché.

Deux des fuyards frappés à la gorge par les terribles points de pression, avaient roulé au sol, s'étouffant lentement.

Et avant que le troisième ne puisse réellement revenir de sa surprise, il l'avait fait chuter en lui cinglant les mollets d'une barre de métal récupérée sur les lieux, avant de s'asseoir à califourchon sur sa poitrine pour lui marteler la tête au sol.

- Général, arrête ! hurla Jarvyl en tentant de l'arracher à sa victime.

- Aldéran, ça suffit ! aboya Soreyn en le tirant par son autre épaule pour lui faire lâcher prise.

- Rabat-joie, grogna le grand rouquin balafré en desserrant son étreinte. Embarquez-moi tout ça, ensuite retour à l'AL-99 pour le débriefing.

Aldéran passant un appel téléphonique, Pryom s'était tourné vers ses équipiers.

- Mais, s'il est Général, pourquoi effectuer les tâches d'un Colonel et demeurer ici ?

- Parce que, comme Aldéran le dit lui-même : c'est ce qu'il fait de moins mal dans la vie !

- En manquant tuer des suspects en pleine Intervention ?

- Il a ses petits travers, convint Soreyn.

- Petits ? ! s'étrangla Pryom.

Et fort peu charitablement, tous éclatèrent de rire.


De retour à l'appartement, Aldéran l'avait trouvé vide, Ayvanère ayant été présenté ses profils à ses supérieurs, pour les commenter et répondre aux éventuelles questions, avant qu'ils ne soient transmis aux enquêteurs qui les avaient demandés en appui de leurs investigations.

Il avait alors passé soigneusement en revue chaque pièce, s'attardant dans les chambres de ses fils avant d'opter pour une courte sieste dans le jardin-terrasse.

Ayvanère n'était pas revenue les mains vides, posant sur la table de la cuisine un grand carton empli de pâtisseries diverses.

- Je n'ai pas faim…

- Mais si, tu vas te régaler, assura-t-elle en lui enfonçant presque le petit gâteau dans la bouche. Qu'as-tu l'intention de préparer pour le dîner ?

- Soreyn et Jarvyl m'ont presque démis les épaules tout à l'heure, je crois plutôt que tu devras me les masser avant de te mettre aux fourneaux.

- On est en phase de fainéantise ? gloussa-t-elle. Depuis ton retour, tu n'as pratiquement rien touché en matière de cuisine !

- Je suis un peu en panne d'inspiration aussi, avança le grand rouquin balafré. Mais si tu y tiens, demain je te ferai des pâtes !

Ayvanère rit franchement.

- C'est vrai que j'ai connu mon cordon bleu plus inspiré. Mais bon, ça me soulagera un peu dans mes tâches si tu reprends les menus.

- Je ferai de mon mieux, promit-il.