10.

Anthénor se redressa sur les mains, mais demeurant au sol, trop faible pour plus.

- C'est le Sanctuaire d'Alphaméga. Mais qui es-tu, toi ?

- Mais bien évidemment Erond, le Dragon d'or !

- Ah… Inconnu au bataillon… Tu vas me gober tout cru ou quoi ? Désolé, je serai un bien piètre zakouski !

- En effet, tu ne me satisferais pas un instant ! Cela serait bien peu comme ration. Les miens le répètent, génération et dimensions temporelles, se suivant. Les Dragons sont ton emblème, Anthénor. Et je suis là pour toi. Des Humains et un Mécanoïde t'ont martyrisé, je veux t'apaiser.

- Impossible, gémit le jeune homme. J'ai été atteint dans le plus privé de moi… Je suis si mal.

- Tu as subi de graves dommages physiques. Doc Machinar en a réparé chirurgicalement les plus graves. Mais il reste le traumatisme de tous les sévices. C'est compliqué et grave, Jeune Humain.

- Même dans ces hallucinations, je ne l'ignore pas. Repars dans les oubliettes, Erond ou quel que soit ton nom !

Erond approcha son museau du postérieur d'Anthénor qui se raidit, mais le léger souffle du Dragon le pénétra, sans douleurs ou traumatisme cette fois, le faisant même sourire dans le coma artificiel qui était le sien depuis des semaines.


Tod et Sylpho étaient venus secouer tendrement leur fille qui se reposait dans la bibliothèque.

- L'Hôpital Militaire a appelé. Anthie se réveille, très lentement. Mais il reprend conscience !

- Mon amour !


Face aux grues et autres machines, Albator était demeuré impassible et impatient à la fois.

- Il faut reconstruire ce vieux manoir ! C'est l'avenir de mon enfant et de tous après eux !

Un appel parvenant dans son oreillette, il le prit, avec une incommensurable angoisse.

- Oui, Général Desteyn ?

- Anthie récupère. Reviens, toi aussi, Pirate !

- J'arrive !


Encore incapable d'ouvrir les yeux, Anthénor percevait néanmoins la chaleur de la main de Valandra sur sa joue balafrée.

Le jeune homme préféra tourner la tête vers le Dragon d'Or assis à ses côtés.

- Je ne veux pas y retourner, gémit-il. Je sens la présence de ma fiancée, mais bien que les blessures physiques doivent être cicatrisées, j'ai tellement mal ! Quand ils me faisaient dormir, je n'avais plus aucune perception. Mais là je ne suis pas sûr de pouvoir endurer ce réveil.

- Il le faudra pourtant, confirma malheureusement Erond. Tu ne peux pas sommeiller éternellement !

- Si, grogna Anthénor, buté. Pourquoi ce serait impossible ?

- Tu as des responsabilités. Tu commandes un cuirassé, je te le rappelle. Tu as une femme qui t'aime. Il a ta mère, tes amis. Tu ne seras pas seul. Ils sont tous là pour effacer autant qu'ils le peuvent les sévices de ce Vixend.

- Ils seront incapables de comprendre. Peut-être que la seule est étrangement Jarès Thorpe ! Mais ça lui ferait bien trop plaisir !

Erond inclina plusieurs fois la tête.

- Voilà une excellente raison de redevenir le guerrier né que tu es : tu ne dois pas laisser cette abomination de mère gagner !

- ça va être dur…

- Oui, mais tu en es capable. Les dieux n'infligent jamais des châtiments qu'un élu ne puisse surmonter.

- Un « élu » ? Tu as de ces mots, ne put s'empêcher de plaisanter le jeune homme. Je cherche juste à faire mon trou, à réussir à mon petit niveau.

- C'est un but louable dans la vie, sourit presque le Dragon d'Or. Ils devraient être plus nombreux, ceux de ton espèce à avoir cette respectable ambition. Je ne serais pas venu pour un looser. Tu as le sang de tous les Grands Dragons en toi, de par ton père, mais tu es le seul à t'être éveillé à ces talents en toi. Et tu en auras bien besoin. Lot-Shen-Rand a reçu le cadeau d'une très longue vie. Mais il a aussi des alliés qui peuvent manipuler les objets célestes…

- Les astéroïdes qui ont failli détruire le Karyu. Ce sont là des ennemis que l'on ne peut combattre !

- Il y a toujours un moyen. Et je suis là, moi !

- Tu es seul, même si tu fais quelques tonnes de plus que moi !

- Mais, je n'ai jamais dit que j'étais seul !