"4,V"
Jane regardait l'inscription depuis un long moment, quand Vince arriva à ces côté:
"La graphologie est presque sûre qu'il s'agit de la même personne"
Le visage de la brune réagit à peine. Ils savaient. Ils avaient su dès la première seconde.
"On dirait des références... pensa-t-elle à voix haute. Des chapitres, des alinéas, des versets je n'en sais rien..."
Korsak serra la mâchoire, ses yeux bleux sombres.
"Un code légal? Un texte biblique? Quel rapport avec Pilgrim?"
Jane passa nerveusement les doigts dans sa chevelure.
"Bonne question... Il faut qu'on prenne du recul... "
"Bon...le plus évident pour le moment c'est que l'incident de Pilgrim a une motivation écologique...ou morale. Ce n'est pas Fieldman qui était visé... sa femme ne nous a rien donné de concret qui prouve le contraire. C'est Pilgrim, le nucléaire en général qui était la véritable cible... "
La brune fit quelques pas son regard froncé perdu dans le vide. Elle se tourna vers Vince l'air pensif:
"Il y a... il y a certains épisodes...chercha-t-elle ses mots... certaines références possibles à l'énergie nucléaire dans la bible ... des histoires de cataclysmes qu'on pourrait rapprocher de la bombe atomique..." dit-elle en se rappelant de son éducation religieuse.
Des souvenirs en pagaille, pas tous agréables lui revinrent à l'esprit, elle chercha dans les textes ingurgités dans son enfance, de force.
"L'ancien testament parle de châtiments divins terribles... Sodome et Gomorrhe sont détruites par deux anges qui provoquent une explosion assez impressionnante. Dans le Lévitique, Jéovah promet des souffrances atroces à ces opposants... des symptômes physiques qui ressemblent étrangement aux symptômes donnés par Röntgen. Dans le livre du prophète Zacharie, peut-être que le meurtrier se sert de ces similitudes"
"Je me rappelle que ces scènes me fichaient des cauchemards" se rappela-t-elle.
Elle passa une main sur son visage, fixa le tableau. Elle se remémora les parties exactes des livres.
"Mais les références ne correspondent pas..." se rappela-t-elle, déçue.
Korsak soupira.
"Certains illuminés réinventent la Bible et les évangiles..." proposa-t-il.
Jane eut un rire acide.
"Tu veux dire plus que d'habitude?"
Le Sergent fixa sa coéquipière.
"Je n'ai pas eu l'habitude de voir ça souvent dans ma carrière Jane" raisonna-t-il en pointant du doigts les scènes de crime.
"Tu as raison..." dit-elle en se redressant.
Nerveusement, elle fit quelques pas.
"Si on s'en tient à cette théorie on recherche peut-être un groupe extrémiste, marginal... un courant alternatif et virulent qui se donne la prérogative de punir l'humanité...
-Punir quoi au juste?
-Comme dans l'Ancien testament: Ses excès, son ambition... son arrogance...
-Pourquoi tuer les Garner?" s'énerva Korsak.
Jane acéra son regard ténébreux. Elle réfléchit.
"La dissuasion affirma-t-elle, Dans l'Exode, la dixième plaie d'Egypte est la mort des premiers-nés. Ecoutez-moi où je tue vos enfants. Une façon plutôt claire de faire passer un message
-Pourquoi eux?
-Eric Garner est Trader, une fonction qui incarne par excellence le système financier moderne, la luxure... le vice... la clef de voûte qui soutien tout le reste"
Vince pesta les dents serrées. Les enfants... les enfants n'avaient rien à voir avec ça.
"Vue sa virulence, une telle communauté doit avoir un passif reprit Jane. Il faut revoir le spectre de nos recherches, l'élargir et croiser ses informations avec les listes données par Pilgrim. Si cette théorie est la bonne on trouvera des points communs.
-Je vais demander à Nina de faire courir ça... mais qu'est-ce que je lui demande au juste?
-Des faits divers, des attentats revendiqués contre la démesure humaine, contre l'arrogance face à la parole de Dieu...
-A Boston?
-Dans tous le pays...en Europe aussi. Sur les cinq dernières années.
-Elle va dire que je lui demande l'impossible
-Répond-lui que parfois c'est ce que nous devons faire"
Korsak sourit. Alors qu'il s'apprêtait à transmettre le message, le Lieutenant Cavanaugh sortit de son bureau. Le regard des deux hommes se captèrent, celui de Vince devint plus dur à la vue de Rust Cohle, quelques mètres derrière.
"Rizzoli, Korsak" interpella leur chef de cette voix, taillée à même le fer.
"Je viens de recevoir un appel du Chef d'Etat major du 3ème régiment de l'armée américaine... il me demande votre coopération sur une zone sécurisée déclarée ce matin au Nord-Ouest de Boston. Un responsable vous attends sur les lieux"
Avec ça le lieutenant tendit une note à Jane, interloquée. Elle regarda mécaniquement l'adresse.
"L'Etat major? Il ne s'est pas trompé de numéros de téléphone?" railla-t-elle à moitié.
Traité avec l'Armée était comme être Jim et collaborer avec l'oncle Sam. Une utopie en somme.
"Non il avait l'air très sûr de lui. Apparemment c'est en rapport avec l'affaire en cours? J'en sais pas plus."
Le visage de Jane se crispa.
"S'ils nous font faire un aller-retour uniquement pour nous reprendre l'affaire, je leur envoie la facture du temps qu'ils m'ont fait perdre" dit-elle, méfiante en se dirigeant vers son bureau pour prendre les clefs.
Le lieutenant la réprimanda du regard. Derrière lui, elle capta le sourire amusé de Rust Cohle.
Prise dans son tempéramment, Jane baissa les yeux un peu gênée et poursuivit en silence jusqu'à la sortie.
/
Schepens Eye Research Institude, 20 Staniford St, North-West Boston
Korsak gara la voiture en contrebas, à plusieurs mètres de l'impressionnant dispositif qui entourait l'Institut de Recherche Schepens. Jane fonça le regard aux barricades, aux véhicules blindés qui serrés en rangs, s'alignaient dans la rue, tout gyrophare dehors.
« Qu'est-ce qui s'est passé ici ? » murmura-t-elle, étonnée une seconde avant de se reprendre et de diriger vers l'entrée du périmètre.
Un officier en uniforme, M-16 fermement tenu contre son torse était posté en garde.
« Bonjour, je suis le Détective Jane Rizzoli et voici mon collègue le Sergent Vince Korsak » dit-elle en montrant son badge, imitée par Vince.
Le garde hocha solennellement la tête.
« Suivez-moi »
A ces marnières abruptes, Jane haussa les sourcils, et soupira. Regardant encore une fois autour d'elle
« J'aimerais que nos scènes de crime arrêtent de ressembler à un film de Spielberg » lâcha-t-elle.
Korsak rit un peu, lui aussi impatient que cette confusion cesse.
Il furent bientôt présentés au responsable. Un homme à l'allure auguste et rude.
« Je suis le Second Lieutenant Grass se présenta-t-il. Merci d'être venus »
Les deux autres acquiescèrent, scrutant les traits tendus de l'officier.
« Nous avons dû mettre en place la zone rouge ce matin suite à un incident... regrettable dont mon contingent a été informé à 8h03 expliqua-t-il nerveusement. L'Etat major nous a donné la consigne de déployer le protocole de sécurisation prioritaire.
-Je peux voir ça, commenta Jane avec une pointe de sarcasme. Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle sérieusement.
Le gradé détourna le regard et sembla chercher ses mots.
« L'institut Schepens est actuellement en contrat avec le gouvernement dans le cadre de recherches sensibles. Ce matin, le décès du référent principal de cette opération nous a été signalé.
-Qui ? demanda Jane.
-Le Docteur Reza Dana, spécialiste en sciences opthalmiques et auditives » répondit-il.
Jane réfléchit puis soudainement vit l'officier se tendre et se positionner au garde à vous.
« Cheffe fédéral Isles salua-t-il promptement
-Rompez » s'écoula la voix suave.
Jane éberluée se retourna, pour voir Maura. Impeccable, comme elle l'avait laissée au poste de police.
Le docteur observa l'écusson sur l'uniforme de l'officier.
« Bonjour Second-lieutenant...
-Grass Madame.
-Bien Second-lieutenant Grass, pouvez-vous nous conduire auprès de la victime ?
-Bien Madame, veuillez me suivre... »
Devant les deux autres bouche bée, l'officier ouvrit le chemin, suivit par la blonde.
Jane, après une seconde, leur emboitèrent le pas.
« Est-ce que tu peux me dire pourquoi Capitaine-coincé t'appelle Madame ? » interrogea-t-elle à vois basse.
Le médecin ne put s'empêcher de sourire.
« Par équivalence hiérarchique Jane, son colonel et moi avons le même supérieur...
-Qui est ? » demanda la brune, en haussant un sourcil.
Maura gravit les quelques marche du Hall avec une élégance suspendue.
« Le Président des Etats-Unis »
