Le duo diabolique fait des siennes dans ce chapitre, et les plans de Thorin commencent à se dévoiler...
Chapitre 10: des moments où on aimerait se passer de ses amis
Will ne pouvait s'empêcher de penser que parfois, les Valar, s'ils existaient, avaient un sens de l'humour assez douteux.
Elle était sortie du rendez-vous avec une mission et le besoin viscéral de prendre une longue, relaxante douche chaude. Ou froide. Les deux, certainement. D'abord parce que la Louve n'avait cessé de jouer avec ses hormones durant tout l'entretien, et qu'elle avait eu grand mal à dissimuler au Vampire le fait qu'elle se transformait lentement en boule de nerfs arracheuse de vêtements. Ensuite, parce que l'empreinte gelée de ses doigts sur son bras, invisible, continuait de brûler usieurs heures plus tard. C'était la même sensation que lorsqu'elle s'était fait brûler une verrue à l'azote. En pire, bien pire.
Bon.
Il fallait voir le bon côté des choses: elle avait survécu à l'entretien, et en un seul morceau.
Ah, elle l'aurait mérité, son verre de whisky, tiens. Et des cookies. Elle avait réapprovisionné sa réserve secrète peu de temps auparavant.
Ce type lui avait donné faim. Arrogant et insupportable, à siroter son repas devant elle et à le savourer ostensiblement tout en sachant qu'elle ne risquait pas de lui demander de partager.
La Louve ricana, et la jeune femme lui intima de se taire. Oui, elle avait suivi du regard le mouvement de sa pomme d'Adam à chaque fois qu'il avait avalé une nouvelle gorgée, et oui, elle avait eu envie de le lécher à cet endroit précis, à la limite de la barbe. Non, elle n'avait pas envie de s'en rappeler.
Et non, elle n'en était pas fière.
Will rentra sa tête dans ses épaules et sortit une cigarette qu'elle embrasa de ses doigts tremblants avant de tirer une bouffée apaisante.
Quoi que puisse en dire la Louve, elle n'était pas intéressée par Thorin Durinson. Pas le moins du monde. Ou juste un peu.
Et ce n'était pas comme si elle allait être amenée à beaucoup le croiser, de toute façon. Plus loin elle se tenait des Vampires, mieux elle se portait.
En plus, ce type en savait trop, mais il connaissait Gandalf. Est-ce que ça suffisait à l'écarter de la liste des menaces? Pas sûr. Il ne l'avait pas vidée de son sang, ce qui ne signifiait pas qu'il ne trouverait pas d'autres occasions de le faire. Et l'aisance avec laquelle il l'avait maîtrisée, et d'une seule main, lui donnait froid dans le dos.
Quoi qu'il en soit, un fois qu'elle aurait accompli la mission qu'il lui avait confié, elle n'aurait probablement jamais à le revoir, il disparaitrait de sa vie et tout serait pour le mieux. Ils pouvaient bien partager un territoire de chasse sans se croiser, n'est-ce pas?
Une gemme. Il voulait qu'elle trouve un gemme. Dans une Montagne. Ce n'était pas si difficile à trouver, n'est-ce pas?
Elle était archéologue, après tout. C'était son travail, de trouver des objets perdus depuis des siècles. L'objet en question devait être une sorte d'héritage familial, comme la Montagne d'ailleurs, que Durinson souhaitait récupérer. Sauf qu'apparemment, il ne pouvait pas y pénétrer en personne pour reprendre ce qui lui appartenait. Les Vampires ne pouvaient entrer dans un lieu sans y être invité, ou sous certaines conditions propres à la malédiction, et apparemment, celui qui avait Changé Thorin Durinson l'avait interdit de séjour sous la Montagne Solitaire.
D'où l'usage d'un intermédiaire.
Elle.
Digne de confiance, tu parles. Mais il y avait Frodon, et sa couverture à maintenir, et tout un tas d'autres facteurs qui faisaient qu'elle ne pouvait se permettre de refuser. C'était plus ou moins une prise d'otage.
Plutôt plus que moins.
Will écrasa sa cigarette sous son talon. Elle n'aurait pas dû fumer là, appuyée contre sa voiture garée en face du bâtiment de la Durinson Corp. Il pouvait certainement la voir de son bureau.
Elle leva le nez en l'air et plissa les yeux. Le cinquantième étage était bien trop haut pour qu'elle puisse déterminer s'il l'observait à travers la baie vitrée, et tout compte fait, elle préférait ne pas savoir. La jeune femme pouvait encore sentir son regard glacé sur ses omoplates alors qu'elle quittait son bureau, et le moins qu'on puisse dire, c'était que ça la mettait extraordinairement mal à l'aise.
Will ouvrit précipitamment sa voiture et se glissa à l'intérieur.
Elle ne se sentait pas plus en sécurité dans l'habitacle qu'à l'extérieur, mais ça faisait au moins un obstacle de plus entre elle et lui. Elle mit le contact et s'empressa d'augmenter également la distance physique, ce qui n'était pas une mince affaire étant donné que le bâtiment était un des plus hauts de la ville. Donc qu'on ne se le sortait pas aisément du champ de vision.
Ses doigts se crispaient sur le volant, au point qu'elle faillit renverser un cycliste en tournant trop brusquement. Et tout ça à cause d'un type qui portait des cravates. Elle n'avait jamais aimé les cravates. Trop fastidieux à retirer. Mais ça lui allait bien.
Elle grogna de frustration.
Vraiment, il lui fallait un whisky. Voire quelque chose de plus fort parce qu'elle n'était même pas sûre que ce soit suffisant. Vodka, peut-être. Avec des glaçons.
Mahal tout puissant.
Elle devait trouver un moyen de se débarrasser de lui. Ou du moins, de se le sortir de l'esprit.
Sauf que ce qu'elle s'apprêtait à faire n'allait pas l'aider le moins du monde. Il y avait un point qu'elle tenait à éclaircir, parce que le champ de ses possibilités venait brusquement de s'élargir, et que tout un ensemble d'hypothèses plus si farfelues que cela se bousculaient sous son crâne.
Will gara son véhicule devant le musée, se précipita à l'intérieur, et manqua de renverser au passage le conservateur stupéfait.
- Le chantier est rouvert, lui cria-t-elle alors que les portes de l'ascenseur se refermaient sur elle.
Boromir se prélassait dans une caisse vide lorsqu'elle jaillit dans la bibliothèque, hors d'haleine.
- Hey! la salua-t-elle. Comment ça s'est passé avec le...
- Est-ce qu'on a une généalogie des Rois Khazâd? l'interrompit-elle brusquement.
Désarçonné, il la considéra un moment, les yeux écarquillés.
- Évidemment, dit-il. Mais je vois pas ce que...
- Boromir, insista-t-elle avec impatience.
Il recula, les mains en l'air.
- Okay, okay, s'exclama-t-il. Deuxième section, troisième étagère en partant du bas. Cherche à K.
Mieux qu'internet. Ce spectre était une perle.
Will se précipita sur l'échelle sous son regard éberlué, passant fébrilement son doigt sur les tranches des ouvrages. Le livre en question était une énorme somme d'aspect ancien, enluminée de gravures. Will lui aurait donné cinq siècles. Voir plus.
Bénissant ses capacités physiques qui lui permettaient de le manier d'une main tout en redescendant de son perchoir, elle l'abattit avec précaution sur son bureau, soulevant au passage un nuage de poussière qui la fit éternuer et grincer la Louve des dents, avant de commencer à le feuilleter.
La jeune femme défit le bandage qui lui entourait encore la main droite. La plaie jaillit à l'air libre sous la lumière éclatante de sa lampe de bureau, et Boromir siffla.
- Sympa, ton tatouage, commenta-t-il d'un air narquois.
- Crétin, marmonna-t-elle.
Presque cicatrisé, mais encore rouge et un peu enflé, le noble profil du Roi Khazâd ressortait nettement sur sa peau, gravé par l'argent de manière indélébile.
Les runes khuzdules qui l'entouraient étaient bien visible sous l'éclairage, mêne si toutes n'étaient pas lisibles, puisque la pièce de monnaie n'avait pas été dans un excellent état de conservation. Encore heureux qu'elle ait pris des cours supplémentaires de Khuzdul à l'Université. C'était une langue morte, ou en tout cas guère employée, difficile de surcroît, et, de ce fait, pas très populaire. Elle avait été la seule élève à assister aux leçons, mais ça payait. Elle avait eu une longueur d'avance sur tout le monde pour sa thèse.
- T, O, R, N, marmonna-t-elle en déchiffrant les runes gravées dans sa chair, les notant en fur et à mesure sur un post-it. Ça, je suppose que c'est un E, C...
- Tu lis ces trucs-là? s'étonna Boromir en se penchant par dessus son épaule.
- J'ai beaucoup de talents cachés, répliqua-t-elle, sarcastique.
Les gens ne se méfiaient jamais d'elle, la petite binoclarde boulotte toujours fourrée dans ses bouquins. En général, ils le regrettaient.
Ses doigts virevoltèrent au dessus des longues lettres élancées tracées à l'encre sur les pages du vieux livre.
Il y avait eu sept clans Khazâd qui s'étaient joyeusement entretués pendant des siècles en Terre du Milieu. Erebor était le domaine de la lignée de Durin. Si on éliminait les premiers Seigneurs de Guerre, qui ne connaissaient pas l'usage de la monnaie, ça restreignait un peu le champ des possibles. Tant mieux pour elle.
Son post-it était plein de trous et de lettres manquantes, mais assez pour esquisser le fantôme d'un nom.
T, O, R, N, E, C,U, D, H, E, E, F, I, T, H, A, I,N, F, L, S, T, R, O, R.
Elle tapota le livre avec satisfaction. C'était bien ce qu'elle craignait.
- Thorin Écu-de-Chêne, fils de Thrain, fils de Thròr, Roi sous la Montagne, lut à haute voix Boromir par dessus son épaule.
Le dernier Roi Khazâd. Né en 2142 et mort, apparemment, en 2186, provoquant la chute du Royaume. Ce qui lui faisait, au bas mot, huit-cent ans et des poussières, ou peu s'en fallait, alors que le premier Vampire connu, Sauron de Mordor, était apparu dans les années 2000 du Troisième Âge. Soit seulement un siècle et demie avant la naissance dudit Écu-de-Chêne.
Il n'avait même pas daigné changer de nom.
Ah, l'ironie. Elle avait l'impression d'être marquée comme du bétail. Le pire étant que la Louve trouvait le fait très amusant.
Alpha, ronronna-t-elle.
Ta gueule, répliqua mentalement Will, bien qu'incapable d'empêcher une chaleur soudaine de se répandre au niveau de son estomac.
Salopard. Ça aurait dû être interdit, d'être aussi sexy et immortel par dessus le marché. Enfin, techniquement, éternel, puisqu'un Vampire était mortel, pouvant toujours être tué, mais ça ne faisait pas une grande différence. Durinson avait probablement la même tête depuis huit cent ans. Sans utiliser d'antiride autre que le sang qu'il consommait pour conserver sa vitalité. Vu sous cet angle, être un Mort-vivant ne semblait pas si terrible que cela.
Will ressentit un petit pincement au coeur. Elle détestait l'admettre, mais ils avaient en commun le fait d'avoir été exilé de leur foyer. Lui, la Montagne, elle, Cul-de-Sac. Et certainement de ne jamais pouvoir y revenir.
C'était triste.
Do you wanna build a snowman? résonna dans la bibliothèque, et Will décrocha.
- Will? s'enquit Tauriel à l'autre bout de la ligne. Tu fous quoi? Ça fait une heure que je t'attends.
- Désolée, s'excusa la jeune femme, sincérement contrite. Je suis au musée, tu ferais mieux de venir.
Elle fit une pause.
- Et amène le whisky, précisa-t-elle après cet instant de réflexion.
Il fallut exactement dix-sept minutes pour qu'une Tauriel passablement énervée ne passe la porte de la bibliothèque à grandes enjambés, brandissant un pack de bière et le balançant comme si ç'avait été un sac à main, ses talons claquant avec violence sur le sol.
Will se sentit soudain soulagée d'avoir retirés les siens et de les avoir négligemment posé sur son bureau, bien en évidence. Malgré leurs talons trop hauts, elle avait réussi à marcher sans faire de faux pas. Le problème étant que Thorin Durinson, lui, gardait la même taille, et il avait semblé si imposant qu'elle doutait de ne pas se liquéfier devant lui si elle venait à le croiser en talon plats, et qu'il la dominait de deux têtes au lieu d'une.
- Alors? aboya la Sorcière.
Will s'empara d'une bouteille de bière, la décapsula et en avala une gorgée. Elle se demanda quel goût aurait la bière, pour un Vampire. Le goût de cendre, probablement. Ouais. Ce n'était pas si mal, d'être un Loup-Garou, après tout. Au moins, ce qu'elle mangeait avait une signification. Un goût.
- Le chantier est rouvert, dit-elle simplement, et la Sorcière leva les pouces en l'air de victoire.
- Comment est-il? s'enquit-elle. Thorin Durinson?
Will reprit une gorgée de bière. Comment était-il? Arrogant, manipulateur, insupportable, dangereux, excitant...
- Sexy, marmonna-t-elle, le qualificatif lui échappant sans même qu'elle y pense.
Se rendant compte que ses deux amis affichaient une drôle d'expression, Will soupira.
- Est-ce que j'ai vraiment dis ça à voix haute?
- J'en ai bien peur, dit le spectre.
Tauriel claqua des mains, un large sourire lui fendant le visage.
- Notre Bella a un crush, s'extasia-t-elle.
Will rougit furieusement.
- Mais non! protesta-t-elle.
- On sait, on sait, susurra Boromir.
Et les deux imbéciles de se mettre à ricaner.
- C'est un Vampire, dit-elle, savourant l'expression de surprise sur la figure de la Sorcière, et l'écarquillement de ses prunelles mordorées.
Visiblement, c'était la dernière chose qu'elle s'attendait à apprendre sur ce type.
- C'est pas possible, souffla Tauriel. Un Vampire? Sérieusement?
Will posa sa bouteille avec précaution sur son bureau, et leva sa paume scarifiée en l'air.
Elle n'avait pas de photo. Ni de selfie. Il ne serait pas apparu dessus, d'ailleurs, pas plus que dans un miroir. Mais ça suffirait.
- Ouais, et d'ailleurs, j'ai sa figure collée sur la main, confirma-t-elle, dépitée, alors que Boromir peinait à dissimuler son hilarité.
Il y avait des jours, comme ça.
Thorin jeta un regard ennuyé à son smartphone. L'engin ne cessait de vibrer sans interruption depuis un bon quart d'heure. Il déverrouilla l'écran avec lassitude.
Fili, 14 messages.
Et allez.
Il n'aurait même pas dû être étonné, depuis le temps.
Il fit défiler les SMS.
Invariablement la même question, sous différentes formes, mais toutes formulées dans ce style télégraphique que les jeunes affectionnaient tant et que Thorin trouvait exécrable. Ça faisait partie d'un ensemble, voyez-vous. Un respectable Vampire respectait la grammaire et la ponctuation. Surtout qu'en principe, il n'avair pas besoin de gagner du temps en écrivant en abrégé puisqu'il était plus rapide qu'un humain normal.
Un simple "alors?" ou "comment ça s'est passé?", plutôt que "coment sa c pac?", correctement orthographié, était-ce trop demander?
Enfin.
C'était la mode.
Thorin soupira, et texta sa réponse, mettant un point d'honneur à être digne de sa réputation.
Mon cher neveu, tu apprendras qu'il vaut mieux ne pas t'attaquer à plus dangereux que toi, surtout sans provocation. À ce soir. T.
Envoyé, accusé de réception, confirmation de lecture.
Voilà.
Il allait laisser le petit mariner encore quelques heures. Il l'avait bien mérité.
Thorin se resservit un verre. AB, rhésus négatif, cinquante ans d'âge. Pour les grandes occasions. Et quelque part, c'en était une. Il allait enfin récupérer l'Arkenstone, nul doute que la jeune Lycanthrope réussirait. Elle avait trop à perdre pour risquer l'échec. Et visiblement, même sans cela, elle était têtue comme une mule et avait un caractère de cochon.
Qui plus était, Bella Underhill, à défaut de pouvoir l'appeler autrement, n'était pas une menace. Juste une jeune femme avec un gamin à charge, qui essayait de mener une vie normale en se fondant dans la population, comme c'était la tendance parmi les créatures surnaturelles depuis un siècle ou deux.
Il n'avait jamais aimé les Loups-Garous, mais celle-là n'allait sans doute pas se retrouver montée en descente de lit ou en ornement mural.
Et puis, elle avait peur de lui. De lui, et d'autre chose aussi, qui la terrifiait infiniment plus. Quelque chose sur lequel il allait enquêter, en commençant par contacter Greyhame. Parce que la véritable menace se situait sans doute là.
Mais en attendant, l'occasion était décidémment à la fête. Histoire de varier les plaisirs, Thorin décida d'appeler sa secrétaire. Comme il le faisait chaque fois qu'il s'ennuyait, qu'il était énervé ou simplement qu'il avait faim.
- Tara, voulez-vous bien monter, je vous prie? sussurra-t-il de sa voix la plus mielleuse dans l'interphone.
Elle serait là dans les trois minutes, comme toujours, frétillante et désireuse de plaire. Bien sûr, elle était bien trop précieuse pour qu'il la draine de toute sa substance, il avait tout intérêt à la garder en vie, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas en profiter un peu.
La pauvre petite avait pour lui ce que le monde moderne appelait un "crush", ridicule, dont il n'avait aucun scrupule à se servir. Elle ne gardait de toute façon aucun souvenir de ce qui se passait réellement leurs entretiens, ou alors de très vagues réminisences, et ça valait sans doute mieux. Libre à elle de se croire sa maîtresse, ça ne le dérangeait pas. Plutôt ça qu'autre chose. Et puis, elle était jeune, saine et vigoureuse, et se nourrissait correctement, même si elle avait une tendance discutable au végétalisme. Pas comme les rebuts que ses neveux avaient l'habitude de ramener de leurs chasses.
L'ascenseur sonna, annonçant l'arrivée de Tara. La jeune femme entra dans le bureau, les bras obséquieusement chargés de dossiers, premiers boutons de chemisier sutilement ouverts sur son alléchant décolleté.
- J'ai classé les comptes-rendu des revenus des mines de cette année, minauda-t-elle.
- Merci Tara, répondit-il en faisant mine de s'intéresser au diagramme posé en face de lui sur son bureau.
Fluctuations bancaires. Passionnant.
- Vous serez gentille de les ranger dans l'armoire.
La fille acquiesça et se dirigea vers ladite armoire en tentant de rouler sensuellement des hanches, ce qui, à cause de son lourd chargement, se transformait en dandinement peu élégant.
Thorin se leva silencieusement et s'approcha de sa cible, armé de son sourire le plus charmeur. Il n'avait pas vraiment besoin du Charisme avec Tara. Cette fille lui faisait l'effet d'un mouche qui tombait morte au moindre changement de température. Aucun frisson de la chasse avec celle-là, pour sûr.
Le Vampire glissa lentement ses mains autour de ses hanches, la sentant immédiatement se relaxer contre lui. Il lui embrassa la nuque, essayant de ne pas froncer le nez lorsque l'odeur envahissante de son parfum lui submergea les narines.
- Vous ai-je manqué, Tara? souffla-t-il, et elle frissonna.
- Monsieur Durinson, murmura-t-elle en renversant sa tête sur son épaule.
Tss.
Vraiment, c'était trop facile.
Il repensa soudainement à l'autre corps féminin qui avait été pressé contre lui dans la soirée. Celui qui avait combattu et résisté, sans succès. Ça, en revanche, ç'avait presque été excitant. Et son odeur avait été naturelle, une odeur de femme, mêlée à quelque chose d'étrange, de sauvage, qui devait être le Loup.
Tara lui offrit ses lèvres, dont il s'empara avec un enthousiasme un peu refroidi. Elle avait le goût et la texture grasse de son rouge à lèvre, ce qui n'était en soi pas très appétissant. Il ne se rappelait pas que Bella Underhill, à l'inverse, en ait porté. En fait, elle n'avait pas eu l'air de s'être spécialement apprêtée. Elle avait porté un jean, que Mahal le préserve. Non qu'il n'en portât pas lui-même à l'occasion, mais c'était un de ces pantalons féminins moulants qu'il avait vu apparaître avec stupéfaction quelques années plus tôt, et qui avait moulé ses formes aussi sûrement que si elle avait été nue. Alors que paradoxalement, c'était un des vêtements les plus difficiles à retirer, au contraire de la courte jupe de Tara, qui remontait sous ses doigts centimètre par centimètre.
Il retraça des lèvres l'angle de la mâchoire de sa secrétaire, essayant d'ignorer le goût synthétique de son fond de teint et son envie de savoir quel goût aurait la peau de l'autre femme, et descendit lentement vers sa jugulaire qui palpitait de manière alléchante.
Le gémissement de plaisir de la jeune femme se changea en grognement de douleur lorsqu'il y planta ses crocs. Le Vampire ferma les yeux lorsque le sang se mit à couler dans sa gorge, riche et satiné. Mais là encore, Tara ne se débattit même pas, trop accoutumée désormais à l'anesthésique naturel contenu dans sa salive pour ne pas tomber en transe immédiatement.
Elle s'effondra contre lui, inconsciente, alors qu'il continuait de se nourrir.
Thorin la relâcha doucement avant de trop prélever, et elle s'écroula par terre. Il remit ses vêtements en place et s'essuya les lèvres du dos de la main. Avec le sang partit quelques paillettes de rouge à lèvre, et il siffla, dégoûté.
Tara avait de la chance, tout compte fait. Un plus jeune Vampire n'aurait pas su s'arrêter. Elle allait simplement se réveiller dans sa loge du rez de chaussée, avec le souvenir brumeux et illusoire d'une soirée merveilleuse passée en compagnie de son patron, et l'espérance d'une prochaine fois qui ne viendrait jamais.
Il en avait fini avec elle, décida-t-il en contemplant, à travers la baie vitrée, la Lune qui venait de se lever, pas tout à fait pleine. Son reflet dans le verre lui sourit de ses lèvres teintées d'un pourpre qui paraissait noir.
Il y avait une autre proie en ville depuis quelques temps. Une proie bien plus intéressante.
reviews?
