Et voilà le dernier chapitre dont le déroulement risque d'en surprendre quelques uns... j'espère pour autant que cet épilogue ne vous décevra pas !
Un éternel merci aux revieweur, à savoir : Groggy Soul, Elie Bluebell, marianclea, gleugleu (guest), Jehanne Aurelianis, odea nigthingale, NuwielNew,
Sur ce : bonne lecture ! :D
Trois semaines s'étaient écoulées depuis qu'ils avaient emménagés à Baker Street. John s'était rapidement fait à cette nouvelle vie. Il en allait de même pour Sherlock.
Une certaine routine s'était installée... Une routine propre à l'univers de Sherlock. En effet, il n'était pas rare d'entendre les éclats de la voix de John qui sommait son ami de manger un morceau avant de tomber d'inanition. L'ange déchu n'était pas un adapte des trois repas par jour et passait régulièrement deux voire trois journées l'estomac vide. Il en allait de même pour le sommeil même si le médecin parvenait à faire s'allonger son compagnon contre lui, le sentant s'enrouler autour de lui sans pour autant s'endormir.
Sur ces deux points, le grand brun était pareil à un enfant mais, John supputait que ce manque de soin envers lui-même n'était pas dû à un comportement puéril, mais plutôt à une séquelle de l'ancien état de Sherlock. John avait tendance à oublier qu'il n'y avait pas si longtemps de ça, son compagnon avait été un ange noir détaché des besoins matériels...
Parfois, le médecin se demandait si Sherlock ne regrettait pas d'avoir arraché ses ailes pour devenir humain, subissant ainsi les contraintes d'un corps fait de chair et de sang...
Une fois, il avait fait part de ses doutes et, l'ange déchu l'avait observé avec dans les yeux, une tendresse indescriptible. Il avait haussé les épaules avec un affectueux « Ne sois pas stupide John, je savais ce que je faisais ! ». Ce dernier avait senti ses doutes voler en éclat. « Voilà qui est mieux » avait murmuré Sherlock qui n'avait pas perdu une miette des réactions de son ancien protégé.
Une fois sûr que John avait relégué aux oubliettes ses doutes qui n'avaient pas lieu d'être, le limier s'était emparé de son violon. La mélodie qui s'en était dégagée avait achevé d'apaiser l'ancien militaire.
L'histoire de ce violon était assez particulière : retrouvé dans l'un des placards du 221B, l'instrument en mauvais état avait été abandonné par l'ancien locataire. Lorsque Sherlock l'avait découvert, il s'était empressé de le remettre en état, et, une fois l'instrument opérationnel, le 221B avait résonné des notes parfois stridentes et parfois mélodieuses de ses propres compositions.
Sherlock avait toujours aimé le violon mais, ce n'était que maintenant qu'il pouvait en jouer. Son ancien état immatériel lui permettait d'écouter mais il le privait des sensations que procurait la présence de l'instrument sur son épaule et entre ses doigts. De plus, c'était un excellent catalyseur pour ses réflexions...
Pendant un moment, n'ayant pas grand chose à faire, et même si son John, dans la chaleur moite de leur chambre, était très distrayant, il s'était inquiété à propos de l'ennui. Il savait la Faucheuse en train de mettre en branle ses machinations mais il ne savait pas quand le Jeu serait lancé et... comme il l'avait expliqué à son docteur, il ne voulait pas élaborer des suppositions sans avoir des faits que lesquels s'appuyer. De plus, la Faucheuse n'avait clairement pas la même perception du temps que le commun des mortels : pour un être maintes fois millénaires, quelques semaines et même quelques mois n'étaient rien...
Cependant, l'ennui n'eut pas le temps de le ronger car il résolut sa première enquête – avec John à ses côtés, cela va de soi.
Néanmoins... pour être plus précis, c'est plutôt l'enquête qui vint à eux.
En effet, en rentrant chez eux, le regard du génie fut attiré par les grandes gerbes de lumières émises par les gyrophares des voitures de police. Les lumières dansantes accompagnées par le bruit de l'agitation des policiers qui tournaient autour d'un périmètre délimité par des bandeaux jaunes étaient irrésistibles. Et peut-être que c'était là le premier jeu de la Faucheuse ?...
Sherlock, malgré les injonctions de John, se faufila entre les représentants de la loi, ignorant leurs protestations et leurs tentatives pour le faire reculer. Sa résistance manqua de le faire arrêter et menotter. C'est alors qu'un homme à la chevelure argentée du nom de Lestrade se fit entendre, remettant un semblant d'ordre auprès de ses subordonnés.
S'en suivit une discussion houleuse entre le représentant de la loi qui, avec calme et patience sommait Sherlock de déguerpir de sa scène de crime car, les civiles n'avaient rien à y faire, et l'ange déchu qui, avec de plus en plus de mépris et d'impatience affirmait sans la moindre once de politesse qu'il pouvait les aider et qu'ils devaient le laisser inspecter le corps qui gisait quelques mètres plus loin. John sentit le calme du DI s'effriter tandis que son compagnon s'échauffait. Ignorant le regard d'aigle de Sherlock, le médecin militaire prit le policier à part et, usant de toute sa diplomatie il tenta de convaincre Lestrade d'accorder cinq minutes à Sherlock. Certes, ce n'était pas légal et certes, il n'avait aucun droit de se trouver là mais... ce serait le seul moyen de se débarrasser du grand brun. De plus, le DI risquait d'être surpris par les compétences de Sherlock.
Le malheureux Lestrade finit par capituler. Quelques uns de ses subordonnés, notamment un certain médecin légiste du nom d'Anderson et une jeune femme métisse désapprouvèrent férocement. Sherlock leur lança un regard supérieur tandis que le policier aux tempes argentées le laissait passer derrière les bandes jaunes de Scotland Yard.
L'ange déchu ne fut pas long à donner son verdict. Verdict qui se révéla si précis et si juste que le détective professionnel en fut bluffé. Tant et si bien que John eut la surprise, quelques jours plus tard, de le voir débarquer au 221B pour leur demander leur aide. John ignorait que son compagnon avait donné leur adresse au policier...
oOo oOo oOo
- Il prend son temps.
La voix de John troubla le silence presque monacal qui pesait depuis des jours sur leur 221B. Le silence régnait parce que Sherlock pensait. Et quand Sherlock pensait, il n'était pas question de le déranger. En conséquence... pas de marque d'affection si ce n'était un rapide baiser sur le coin des lèvres et un bras s'enroulant autour de la taille de l'autre en guise de bonjour le matin ou, lorsque John lui tendait une tasse de thé. Cela ne dérangeait pas l'ancien militaire car, il n'avait pas besoin de marque d'affection incessante pour savoir que Sherlock était à lui. Et, de toute façon, être aussi démonstratif n'aurait pas ressemblé à son compagnon...
- Hmmph... approuva ce dernier, confortablement assis dans son fauteuil, les jambes croisées, les mains en prière sous le menton et le regard fixé droit devant lui. Ses pupilles étaient focalisées sur la chauve-souris épinglée dans un cadre reposant sur le manteau de la cheminée.
Le médecin pouvait presque voir les mouvements des rouages de son esprit. Esprit qui n'avait eu de cesse de carburer sans pour autant que le moindre résultat ne sorte. Tant est si bien que le docteur se demandait si Sherlock ne pensait pas à autre chose qu'à la menace qui planait sur la ville. Les deux amis n'avaient pas quitté leur appartement depuis un bon bout de temps et cette situation commençait à être pesante pour l'homme d'action qu'était John. Ce dernier finit par laisser poindre un zeste d'impatience :
- Mais qu'est-ce qu'on attend ? Pourquoi ne pas agir tout de suite ?
Un soupir lui répondit. Son compagnon vrilla ses iris sur les siens et John y lut un soupçon d'agacement.
- Ne sous-estime pas son intelligence, il ne se laissera pas débusquer aussi facilement. On joue à un jeu, John et c'est à lui d'avancer le premier pion, c'est à lui de commettre une erreur qui lui ferra engager et perdre la partie.
- Tu prends l'élimination d'un criminel et de la Mort pour un « jeu » ?!
L'incrédulité de John fit hausser les sourcils du limier.
- La Faucheuse ne peut pas être tuée, en revanche, on peut éliminer sa marionnette, rétorqua Sherlock.
- Et après, tout sera terminé ?
- Non ! La partie n'est jamais terminée, pourquoi voudrais-tu qu'elle s'achève ? s'indigna Sherlock avec sur le visage une expression trop outragée pour être crédible.
Une théâtralité qui fit grincer les dents de John. Non pas qu'il n'ait pas l'habitude du comportement de diva de Sherlock, mais, à cet instant, c'était juste inapproprié. L'ancien soldat sentant la colère monter en lui, se leva et se cala derrière son fauteuil. Il serra le dossier entre ses doigts, catalysant sa bouffée de colère dans une pression puissante qui lui blanchissait les jointures.
- Peut-être parce qu'il y a des vies en jeu ? Non mais est-ce que tu t'en soucies au moins ?
Le ton monta mais cela n'affecta pas l'ange déchu qui ne bougea pas d'un iota. Seule sa voix se fit froide et incisive. Il parvint à regarder l'ancien militaire de haut alors qu'il était toujours assis.
- Ça changerait quelque chose si je m'en préoccupais ?
Malgré lui, John eut un hochement de tête négatif.
- Alors je continuerais à ne pas m'en soucier.
- Et ça t'est facile ?
- Très facile, acheva Sherlock.
Ce dernier ne put, hélas, pas savourer sa victoire bien longtemps car son portable se mit à sonner.
Il décrocha, tâchant d'ignorer le regard meurtrier de John. La voix de Lestrade résonna dans son oreille. Le DI semblait fatigué et tendu.
Une nouvelle affaire de meurtre, à n'en pas douter.
Sherlock écouta le début du résumé des faits que lui fit Lestrade. Le limier veilla soigneusement sur ses propres réactions afin de détourner John de sa colère envers lui. Ce qui marcha à merveille à en juger par la lueur de plus en plus intriguée qui fit luire les iris céruléens de son docteur.
Docteur trop facile à manipuler songea une part de Sherlock. Mais, d'un autre côté, c'était ainsi qu'il aimait son John...
La voix du DI le sortit de ses rêveries éphémères. Lorsque l'inspecteur mentionna une femme entièrement vêtue de rose morte dans un lieu incongru, présentant aucune marque de coup ou de violence, avec près de son corps l'inscription « rache », Sherlock sentit sa poitrine se gonfler d'une bouffée d'euphorie.
Avec un rapide et impérieux « Nous arrivons ! », il raccrocha au nez du DI.
John le regarda sauter sur ses pieds. Visiblement, le médecin s'attendait presque à le voir danser la gigue.
Une démonstration de danse dont le détective l'aurait volontiers gratifié si cela ne lui aurait pas fait perdre du temps.
Une première victime.
Une première énigme
Le premier pion s'était mis en mouvement.
Le Jeu pouvait commencer, avec, à la clé, la destruction de la marionnette de la Faucheuse.
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Il avait toujours été dans l'ombre.
L'ombre lui convenait car elle était synonyme de discrétion et de pouvoir or, pour Mycroft, la discrétion était vitale. C'était ce qui lui permettait d'évoluer dans un monde qui n'était pas conçu pour lui.
De plus, l'ombre lui permettait de veiller.
Mycroft ne tenait à personne et la solitude lui allait à merveille... cependant, il y avait une exception à cette règle : son frère.
Dans cette ruelle enneigée il y a des mois de ça, l'ange se souvenait très bien des paroles qu'il avait proférées. Il se souvenait avec une précision incisive des réactions de Sherlock, des mouvements de ses ailes de corbeau... ses majestueuses ailes enténébrées que son frère prenait un malin plaisir à exhiber sous son nez, dans une version angélique quelque peu mieux dégrossie de celui qui a la plus grosse.
Et malgré cette rivalité exaspérante, Mycroft se souvenait de l'angoisse sourde qui l'avait rongé lorsqu'il avait su ce que Sherlock allait faire... ce sacrifice... c'était courir à sa propre perte ! Mycroft avait sincèrement douté que John soit capable de prendre conscience de ce que Sherlock allait abandonner pour lui... et il avait craint que ce médecin militaire, qui semblait être devenu le centre du monde pour son frère, ne soit pas digne de Sherlock.
A ses yeux, personne n'était digne de porter l'intérêt d'un ange et encore moins celui de son frère...
Mais...
Plusieurs mois s'étaient écoulés et... toujours dans l'ombre, Mycroft devait reconnaître qu'il avait eu tord.
Sherlock s'était remarquablement bien adapté à cette nouvelle vie... il était épanoui et John avait peu à peu monté les échelons de l'estime de l'aristocratique ange aux ailes métalliques.
Les deux hommes formaient un duo littéralement inarrêtable et, même si Mycroft leur donnait un coup de main discret par le biais de son influence sur les ministères et le MI-6, force était de constater que rien ne pouvait résister aux deux compagnons d'aventure. L'un n'allait pas sans l'autre, leurs deux noms étaient inextricablement entremêlés. Ils étaient complémentaires à bien des égards et... Mycroft était tout simplement satisfait pour son frère.
Satisfait et rien de plus... même s'il continuait de garder un œil sur l'ange déchu.
En effet, si le Jeu de la Faucheuse était lancé depuis quelque temps déjà, il n'était pas question pour l'ange de baisser sa garde.
Il avait attentivement suivi les aléas du Jeu entre Moriarty et Sherlock : l'affaire de la femme en rose, celle des trafiquants d'antiquités chinoises, le poseur de bombes qui s'était soldé par une première confrontation avec la Marionnette de la Faucheuse, celle d'Irène qui n'avait, malgré les apparences, même pas ébranlé le lien qui unissait l'ange déchu et son ancien protégé, puis celle du chien des Baskerville où Mycroft avait dû passer derrière son frère pour éviter que ce dernier n'ait des ennuis après s'être introduit dans une base militaire secrète.
Bien d'autres avaient suivi avant les événements à effet domino de l'affaire de Reichenbach.
Mycroft sentait que le Jeu était sur le point de s'achever aussi, dans les battements incessants de ses ailettes, il s'activait dans l'ombre...
oOo oOo oOo
Le ciel alternait entre entre nuages et soleil tandis que Sherlock contemplait la vue de Londres que lui offrait le toit sur lequel il était. Son ombre se dessinant sur le ciment, il se dit que, s'il avait encore eu ses ailes, il les auraient déployés et se serait envolé pour rejoindre John qui l'attendait impatiemment quelques mètres plus bas...
Il soupira. Un souffle qui trahissait un mélange d'adrénaline en chute, de satisfaction triomphante, de soulagement et de fatigue. Un cocktail émotionnel détonnant qui le laissait frémissant.
Ça y est.
C'était fini.
Après des mois de chasse haletante.
La Faucheuse lui avait offert un Jeu grandiose. Le Grand Jeu comme l'appellerait très certainement John.
Sherlock baissa la tête, son regard se fixa sur le corps sans vie de la Marionnette de Moriarty. Les pupilles suivirent les larges rigoles sanglantes qui traçaient leur chemin sur le ciment gris. Un éclat de soleil se réfracta sur le canon du revolver qui gisait encore entre les doigts de l'homme qui venait de se tirer une balle dans la tête...
L'ange déchu passa ses doigts dans ses boucles, pas encore tout à fait remis de la montée d'adrénaline qu'avait provoqué sa dernière confrontation avec sa Némésis...
Sherlock s'agenouilla, et, délicatement, il ramassa le pistolet, puis, il se releva et, sans un mot ou un regard, il regagna la porte qui menait vers les escaliers intérieurs.
C'était fini.
Il n'y avait plus rien à craindre ; plus de danger de le menaçait et surtout : plus d'épée de Damoclès planant au-dessus de la tête de John.
Pas même les plus proches agents de Moriarty.
Sherlock savait pertinemment que son frère aux ridicules ailes atrophiées, par le biais du MI-6 avait fait en sorte de liquider les sbires de son adversaire.
Mycroft, avant qu'il ne devienne humain, lui avait dit qu'il ne faudrait pas compter sur lui et Sherlock avait su que son frère mentait. Et il avait eu raison ! L'ange déchu devait reconnaître que, si les manières fouineuses de son frère avait tendance à l'agacer, surtout que Mycroft se croyait discret ! – ce n'était pas parce qu'il n'était plus capable de le voir qu'il ne percevait plus les fils que son frère mouvait dans l'ombre – il avouait qu'il devait une fière chandelle à son frère.
A n'en pas douter, c'était grâce à lui qu'il avait pu s'en sortir sans anicroche à Baskerville et surtout s'il avait pu s'en sortir sur le toit de l'immeuble dont il descendait actuellement les marches...
Tandis que Sherlock enfilait la dernière volée d'escalier, il se dit que, finalement, avoir un frère muni d'ailettes risibles n'était pas si inutile que ça...
oOo oOo oOo
Dans la rue, John usait les semelles de ses chaussures à force de faire les cent pas.
Savoir Sherlock seul sur le toit de St-Bart, accompagné de Moriarty le rendait malade d'angoisse et de colère envers son crétin de compagnon qui l'avait volontaire évincé en le renvoyant à Baker Street en lui faisant croire que leur logeuse était mal en point..
Dès que l'ancien soldat avait découvert la supercherie, il s'était empressé de retourner à St-Bart, et, la mort dans l'âme, lorsqu'il était arrivé, il avait entendu les échos d'un coup de feu...
John ne se souvenait que trop bien de la douleur du vide abyssal qu'il avait ressenti lorsqu'il avait cru que Sherlock était mort dans une pluie de plume. Et, malgré leur vie pleine de danger, il s'était juré et avait fait jurer à Sherlock de ne plus plus jamais lui refaire un coup pareil...
Son cœur battait à tout rompre, l'adrénaline pulsait dans ses veines tandis que les minutes semblaient suspendues. Puis, la course du temps repris son cours lorsqu'il entendit un grincement de porte. Instinctivement, il se tourna vers le bruit et vit Sherlock drapé dans son grand manteau noir, une lueur victorieuse flamboyant dans ses iris sans couleur.
L'ange déchu s'avança vers lui. John ferma les yeux et exhala un souffle tremblant...
- John ?
L'appel de Sherlock le fit brusquement rouvrir les yeux. Il s'aperçut que son ami était désormais juste en face de lui.
Sans un mot il saisit son bras, le tira à lui pour le conduire dans un recoin isolé. Il sentait le regard perplexe de Sherlock vriller l'arrière de son crâne mais il resta silencieux.
John jeta fébrilement un coup d'œil à la ronde.
Il n'y avait personne.
Toujours aussi silencieux, il attrapa et tira sur l'écharpe du grand brun, manquant de l'étrangler. Ce dernier eut un hoquet stupéfait en se sentant brusquement attiré contre son ancien protégé. Il voulut protester mais n'en eut pas le temps car, John écrasa violemment ses lèvres sur les siennes.
Les mains du militaire empoignèrent sans douceur les boucles brunes. L'ange déchu émit un gémissement tandis les dents de John mordaient sa lèvre. Il ne tenta pas de se reculer mais ne répondit pas non plus au baiser de son compagnon. Il sentait toute la colère et la peur qu'avait ressenti John dans la force de ses doigts entortillés dans ses mèches et dans les mouvements nerveux de sa bouche contre la sienne...
Sherlock laissa John évacuer son trop plein d'émotion, se contentant de le serrer dans ses bras donnant une preuve à son protégé qu'il était avec lui, qu'il était vivant et qu'il allait bien. Qu'ils allaient tous les deux bien.
Un tendre coup de langue contrit effleura dans une caresse ses lèvres meurtries, signe que John reprenait contenance.
Les deux hommes se dégagèrent doucement des bras de l'autre. Les iris céruléens ancrés dans ceux de glace. Sherlock esquissa un sourire. Sourire qui fut de courte durée lorsque le poing du militaire percuta son menton.
Le coup fut lancé avec peu de puissance mais l'ange déchu porta la main à son visage.
Décidément, se faire cogner dessus par son protégé allait devenir une triste habitude.
- Je peux savoir ce que j'ai...
Il n'eut pas le temps de finir sa question que John l'attirait à nouveau dans ses bras. Il le sentit enfouir son nez dans son cou avec un grognement :
- Espèce de sale gros connard !
La bouche de Sherlock tressauta, amusée par l'éloquence ô combien raffinée de son John lorsque l'adrénaline se résorbait peu à peu, le laissant passablement vidé.
- C'est fini, tout va bien, John.
Le médecin soupira puis se recula de quelque pas.
- Je sais...
Les deux hommes sortirent de l'ombre. Dans un même mouvement, ils levèrent tous les deux la tête vers le toit de St-Bart.
- J'ai besoin d'un verre, marmonna l'ancien soldat.
Sherlock serra son épaule et murmura :
- Viens, je t'invite.
Le docteur croisa son regard. Sherlock vit avec satisfaction que la peur et la colère avaient quitté le regard bleu de son John pour laisser la place à une lueur plus douce. Une lueur que Sherlock aimait plus que tout voir briller. Au fond de lui, il savait qu'il devrait s'excuser pour avoir – encore – une fois fait un tel coup à son protégé mais... il n'arrivait pas à s'en vouloir. Seul le résultat comptait et ce dernier était plus que satisfaisant.
Alors, avec cette offre de lui payer un verre, Sherlock faisait un bon compromis : il s'excusait sans le dire et, les yeux de John fixés sur lui, lui confirmèrent que son protégé avait compris son attention.
- D'accord.
Sur ce mot murmuré par le doux ténor de son ami, le grand brun s'avança dans la rue, John à ses côtés. Il ne savait pas de quoi demain serait fait sans la présence du Jeu de la Faucheuse, mais, pour l'instant, il n'avait pas envie de se soucier de l'avenir. Ses pensées furent interrompues par un coup de coude de John dans ses côtes. Sans ralentir leurs démarches, Sherlock baissa la tête vers son compagnon.
- Quoi ?
- Me payer un verre ne sera pas suffisant pour t'excuser. Pas cette fois alors, en prime, tu me devras aussi des explications sur ce qu'il s'est passé sur le toit.
Sherlock soupira. Son protégé ne changerait jamais.
- Entendu.
Le grognement bougon de l'ange déchu étira les lèvres fines de John en un imperceptible sourire...
oOo oOo oOo
Ses ailes d'os largement déployées, la Faucheuse ôta une poussière inexistante sur l'épaule de son Westwood et observa depuis son perchoir, les deux compagnons qui marchaient ensemble. Puis, sans un mot, elle tourna son regard vers le corps qui gisait sans vie sur le toit de St-Bart.
Moriarty s'approcha de sa Marionnette et, avec un élégant repli d'aile cliquetante, il s'agenouilla près de la dépouille ensanglantée. Il tendit une main et plongea son index dans l'une des larges rigoles de sang à peine séché.
Avec une fascination morbide, l'ange de la mort porta son doigt teinté d'écarlate à hauteur d'yeux. Il contempla les reflets du soleil dans les perles de sang qui coloraient son doigt d'une touche de vie. Puis, il ferma les paupières et porta son doigt à sa bouche. Sa langue lécha le sang tandis que ses lèvres se refermaient délicatement sur l'extrémité de l'index.
Avec un bruit de succion presque obscène, La Faucheuse savoura le goût cuivré du sang et de la mort...
Sherlock avait gagné cette partie mais... Moriarty lui en préparait une nouvelle. Car, après tout... leurs vies étaient semblables à une histoire... à un conte de fée et... si Sherlock l'ange noir était le héros, La Faucheuse était le grand méchant... or, tout conte de fée digne de ce nom se devait d'avoir son grand méchant.
Sans Moriarty, Sherlock n'était rien. L'ange noir avait besoin de lui car... qui d'autre que la Faucheuse pourrait rivaliser avec Sherlock ? Sans énigme, la Mort ne donnait pas cher de l'état mental dans lequel se retrouverait l'ange déchu...
La Faucheuse se releva puis s'approcha du bord du toit. Les pointes de ses pieds au-dessus du vide, ses yeux observèrent pensivement les humains semblables à des fourmis qui passaient au-dessous de lui...
L'ange déploya ses ailes, les os prient une teinte dorée dans la lumière du soleil...
Moriarty les fit battre avec lenteur et puissance puis disparut.
C'est ainsi que s'achève cette fic ! C'est probablement l'UA qui m'aura donné le plus de fil à retordre pour une raison qui m'échappe totalement !
Bref, finalement, ce wing!lock est une sorte de fusion entre une pré-série et un remaniement des saisons 1 et 2.
J'espère que le mélange vous aura plu.
Je ne remercierai jamais assez les courageux lecteurs qui ont pris le temps de redécouvrir cette fic et surtout tous ceux qui ont laissé une review à chaque chapitre ! Et tout ceux (qui se reconnaîtront ;p ) dont la mémoire de poisson rouge m'a énormément fait rire avec « ah, ça c'était dans la première version ! Ah non !... Ah si ! Je sais plus » XD XD
