Un nouveau jour paisible se lève sur la ville de Londres et ses alentours. Non loin de la capitale en pleine activité depuis l'aube, se tient une banlieue tranquille et, encore plus loin, en campagne londonienne, se tient le domaine de la famille Phantomhive. L'imposante bâtisse n'attend que le réveil de son propriétaire, Ciel Phantomhive pour sortir de sa torpeur. Comme il convient, le réveil du maître des lieux est confié au majordome de la famille : Sébastian Michaelis. Ce dernier se tient sur le pas de la porte, poussant une desserte contenant un petit-déjeuner anglais essentiellement composé de scones, de confitures, brioches, petits pains, thé, café et chocolat. Bien que le petit-déjeuner réclamé par le maître des lieux soit toujours le même, le majordome de la famille Phantomhive se doit de laisser entièrement le choix à son maître en ce qui concerne son repas.
Sébastian frappe quelques coups contre la porte en bois d'ébène avant de pousser cette dernière et de pénétrer dans la chambre de l'enfant encore endormi. Il pousse sa desserte non loin du lit de son maître avant d'ouvrir les rideaux afin de réveiller la masse informe blottie sous les couvertures.
« - Bien le bonjour jeune maître. Il fait plutôt frais aujourd'hui mais nous avons droit à un beau soleil ce matin. »
Seul un grognement inaudible à oreille humaine lui répondit. Le majordome ne perdit pas son sourire pour autant et vint réveiller son maître un peu plus fermement afin que celui-ci s'occupe de son travail en tant que maître des lieux. Sa compagnie de jouets demande une attention et une vigilance constante, surtout en ce moment où la compagnie Phantom s'étend peu à peu vers l'alimentaire.
« - Pour ce matin je vous propose un Morning Tea au thé noir et au jasmin parfumé de quelques feuilles de menthes.
- Mmmh….
- Préférez-vous des scones ou des brioches pour accompagner votre thé ?
- Mmmscones…
- Bien monsieur. Si je puis me permettre une suggestion, le thé se boit d'ordinaire par la bouche et non par le nez.
- Va te faire voir… J'ai mal dormi… Grommela l'enfant.
- Je le vois bien monsieur. Vous n'auriez pas dû travailler aussi tard hier soir.
- C'est toi qui me dit ça alors que tu me rabâche les oreilles sur mon travail en retard ?
- Voyons monsieur, un majordome doit penser avant tout à la santé de son maître. »
Le majordome sourit sous le regard noir de l'enfant.
« - Cesse de dire des bêtises et habille-moi. J'ai encore beaucoup de travail aujourd'hui.
- Bien monsieur. »
Une fois prêt, le maître des lieux partit dans son bureau afin d'y remplir ses devoirs de chef d'entreprise mais également de membre de la noblesse d'Angleterre.
« - Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à m'envoyer des invitations ?
- Il faut croire, si je puis me permettre, que malgré son air bougon et le fait qu'il fasse tapisserie en soirée, vous soyez populaire monsieur.
- Comme si cela m'intéressais…
- Monsieur… Nous avons déjà tenu une conversation similaire pas plus tard que la veille concernant vos devoirs en tant que noble…
- Je le sais bien. Cesse de me casser les oreilles et apporte-moi plutôt le courrier du jour.
- Attendriez-vous une lettre de votre fiancée monsieur ?
- Tu te permets bien des familiarités Sébastian. Je n'apprécie pas le ton que tu emploies.
- Que monsieur veuille bien me pardonner, voici le courrier du jour. Fit le diable en tendant un plateau d'argent sur lequel se trouvaient quelques lettres, avec un sourire amusé. »
Le jeune garçon n'en tint pas compte et se contenta de regarder vaguement les lettres avant de les envoyer à la corbeille, parfois même sans les ouvrir, quand une missive de couleur rouge sertie d'un ruban argenté l'interpella. Son nom y était inscrit d'une élégante plume argentée mais ni le nom ni l'adresse de l'expéditeur n'étaient mentionné. Intrigué, il ouvrit la lettre.
Mon cher enfant,
Bien que nous ne puissions nous voir pour le moment, j'ose espérer que tu as recouvré la santé grâce aux bons soins de ton majordome dévoué. Je passerais te rendre visite le 12 du mois prochain je ne sais si tu comptes organiser une fête pour tes 14 ans mais il serait de bon ton que tu le fasses. N'oublie pas que ta nature de noble d'Angleterre t'incombe de nombreux devoirs sociaux auxquels tu ne peux soustraire. Si jamais tu éprouves des difficultés dans ce domaine, n'oublie pas que je serais toujours ravie de te donner quelques conseils en te faisant partager mon expérience : je sais que tu es timide et renfrogné mais cette mine boudeuse n'attire la sympathie que de personne déviantes ou dérangées.
Nonobstant, je m'éloigne du sujet premier qui m'a fait prendre la plume. Je suis actuellement en convalescence et ne puis t'assister pour la mission que t'as confiée la Reine. Si jamais tu passes par la France, ce sera l'occasion de rendre visite à ton aïeul. Cela aussi fait partie des devoirs sociaux, n'oublie pas à qui tu dois ton somptueux manoir.
Je ne puis écrire davantage alors je serais bref : n'accorde pas trop de confiance en l'être qui finira par dévorer ton âme. Bien que tu le sache déjà et que tu n'en a cure, il est de mon devoir de te protéger.
Que Dieu te garde,
Ton dévoué ange gardien.
« - Alors monsieur ?
- Quoi ?
- Quelle est l'objet de cette missive ?
- Tu n'es pas obligé de le savoir. Rappelles-toi ta place.
- Bien monsieur. »
