A/N : Bon, que dire ? J'espère que vous n'avez pas trop attendu, j'ai un peu eu du mal à écrire ce chapitre-là, du moins la fin... mais vous comprendrez pourquoi ;') Bonne lecture !
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TRAHISON
Nous n'avons plus de maison, et Clara a été tuée par mon père. Si la situation n'est pas grave à l'heure actuelle, je me demande bien ce qui pourrait l'être. La mort de Clara nous a tous les trois abattus. Cela fait déjà trois jours qu'on s'est enfuis des débris, trois jours que je traque mon père. Car oui, là, je dois mettre un terme à tout cela. À cette guerre qu'il a commencée. Et si par chance, je peux retrouver mon frère et le questionner, je n'hésiterai pas. J'ai de la volonté. Henry nous a proposé un toit dans un vieil hôtel de la ville. On l'a acceptée, mais le problème est que c'est deux chambres pour trois personnes, alors évidemment il y a un problème quelque part. On a pu se débrouiller jusqu'à maintenant car je suis rarement à l'hôtel la nuit. Je passe mes soirées, voire même mes journées, à récolter des informations sur les Templiers et sur mon père. Je traque des gens, sans pour autant les tuer – cela reste ma faiblesse – leur exige des réponses, je les torture, les mutile... Je pense que le meurtre de Clara a été commis pour avoir pris la situation à la légère. Je me demande si tout cela n'est pas qu'un jeu aux yeux de mon père. Il a toujours aimé contrôler son entourage, il aimait être au-dessus des autres. Il n'y avait rien qu'à le voir jouer aux échecs, il était sans pitié. Pareil lorsqu'il donnait des conseils lors des entraînements de Drew. Me dire qu'à l'heure actuelle, il est mon ennemi principal, ça reste encore dur à croire. Car après tout, j'ai vécu dix-huit ans à ses côtés, à l'aimer, le respecter, l'admirer. Me dire que du jour au lendemain, toute mon affection pour mon père s'est muée en de la rancœur, c'est encore dur à supporter. Je n'ai jamais compris pourquoi les gens en arrivaient à de telles solutions pour avoir du pouvoir. À quoi sert le pouvoir, déjà ? À gouverner les autres ? À être sûr de ne manquer de rien ?
Je tousse et avance dans la neige de fin décembre, des fleurs gelées dans la main. Je ne porte pas ma tenue d'Assassin, ni même une robe, je porte des vêtements traditionnels : une veste longue et un pantalon, le bas étant caché par mes bottes en cuir. Les gens me dévisagent souvent dans les rues lorsque je m'habille de cette façon, mais ils ont raison : après tout, les femmes n'ont pas le droit de porter des pantalons à cette époque. Derrière moi, j'entends des chants de Noël. Et oui, aujourd'hui, nous sommes Noël.
- Elle adorait écouter ces chants, murmure Evie en s'arrêtant pour écouter.
À ses côtés, Jacob ne dit pas un mot. Il a beau être un homme au caractère taciturne et plutôt immature, il sait quand s'arrêter et devenir sérieux. Il a rarement blagué depuis la mort de l'orpheline. Sa blessure se guérissait de mieux en mieux. Même si Evie lui interdisait toujours d'aller en mission, ce serait pour très bientôt en tout cas. Sans rien dire de plus, nous nous enfonçons dans les ténèbres du parc où se trouvait jadis l'orphelinat. Il n'y a aucune guirlande, aucune décoration, et le coin est désert. Il y a un large constraste entre l'ambiance ici et l'atmosphère en pleine ville. Les Blighters se sont fait discrets – sûrement parce qu'eux aussi fêtent Noël ? - depuis l'incendie, et la vie a repris son cours normal. Evie, Jacob et moi nous avançons silencieusement à côté du puits, où se trouve une pierre, à la mémoire de Clara. Je pose mon genou à terre et dépose les fleurs dessus. Sur la pierre est inscrit "24 février 1856 – 22 décembre 1868". Elle n'avait que douze ans, c'est tellement injuste... Si je n'avais pas été là, elle serait encore en vie.
- Clara, je ne sais pas si tu m'écoutes d'où tu es, j'espère que tu vas bien. Je... Je tiens à te dire que je suis désolée. Je suis sincèrement désolée pour ce qui t'es arrivé. Si je n'avais pas été là, si je n'avais pas rejoins l'orphelinat, tu serais aux côtés d'Evie et Jacob, à chanter et célébrer Noël, fis-je, des sanglots dans la voix. Et puis, ils t'auraient vue t'amuser dans la neige, t'aurais fait un jumeau pour le bonhomme de neige qu'on a construit, n'est-ce pas ?
Ma vision se floute. Les larmes coulent. Je sens une main sur mes épaules. C'est Evie. Je n'ai pas le cœur à rester forte pour le moment. Tout ce que je veux, c'est laisser mes émotions parler à ma place. Jacob reste derrière nous, les bras croisés, le visage baissé, l'air grave. Il est profondément attristé aussi. Vive Noël.
C'est ma première nuit à l'hôtel. Je dors à côté d'Evie, tandis que Jacob dort sur le canapé en face. Je me suis réveillée en plein sommeil. Je ne sais même pas de quoi j'ai rêvé, je me suis juste réveillée, comme ça. Il fait encore nuit dehors. Les jumeaux dorment profondément, alors je reste allongée sur le lit, mon avant-bras sur mon front, et je regarde le plafond. Puis je regarde dehors : il neige toujours. D'une certaine manière, regarder la neige tomber comme ça m'apaise, même si au fond de moi, je reste choquée par les récents événements. Je me lève et regarde les lumières dehors. Je m'assois sur le sol en serrant mes bras autour de mes genoux. J'essaie de me calmer un peu en me remémorant des souvenirs que j'ai avec ma mère. J'ai les paroles d'une musique qu'elle m'avait apprise qui me reviennent en tête. Je me mets à la murmurer :
"Hope is a four letter word
L'espoir est un mot de quatre lettes
That could keep us walking
Qui peut nous faire continuer à avancer
Some fairy tales told
Quelques contes de fées racontés
Can keep you dreaming
Peut te faire continuer à rêver
I don't know how
Je ne sais pas comment
And I don't know why
Et je ne sais pas pourquoi
My soul is thin
Mon âme est fine
And my heart is weak
Et mon coeur est faible
My head keeps hurting
Ma tête n'arrête pas de me faire mal
But I can give up now
Mais je ne peux pas abandonner maintenant"
Je ne peux pas abandonner maintenant. J'ignore si mère a songé à ça. Avait-elle prévu la trahison de mon père ? Etonnament, les paroles de cette chanson reflètent exactement mon état actuel. J'aurai beau vouloir abandonner, je ne peux pas. Pas après tout ce qui s'est passé. Je sais qu'il y avait une suite à cette chanson, mais je ne m'en souviens pas. Mes yeux commencent à se fermer. Hmm. J'y penserai demain matin.
Quelqu'un m'a replacée dans mon lit. Je suis sous la couverture, mains en-dessous de l'oreiller, côté fenêtre, et je suis seule dans la pièce. Evie et Jacob sont partis. J'ignore qui d'eux deux m'a portée jusqu'à mon lit, mais je l'en remercie. J'aimerai leur dire d'arrêter de m'aider comme ils le font, je ne veux pas qu'ils meurent par ma faute, je me sens assez fautive comme ça. J'entends des pas derrière moi. C'est Evie. Elle me sourit et me tend le bol de chocolat chaud qu'elle tient dans ses mains. Je le prends et le boit. Ca fait du bien par un temps si glacé. Avant que je ne lui demande où se trouve Jacob, elle affiche soudainement un air grave et me regarde en posant ses mains sur ses épaules.
- Eden, on a trouvé ton père. Je sais que tu veux lui faire payer ce qu'il a fait à Clara mais-
Je sais ce qu'elle va dire. Que je ne suis pas prête. Et je le sais. Mais je ne peux pas rester là à rien faire. Et je ne peux pas laisser Evie et Jacob risquer leur vie pour moi. Je leur ai dis que j'allais partir à la recherche de mon père, et ce n'est pas pour jouer à cache-cache, c'est pour comprendre ce qui se passe et régler les choses. Si quelque chose de mal doit arriver, qu'il en soit ainsi, de toutes façons, je n'ai plus rien à perdre. Je pose mon bol sur la table de nuit à côté et je lui réponds, sans même daigner la regarder :
- Je le dois, Evie. Je ne veux pas qu'une autre personne meure par ma faute.
Je dois prendre mes distances avec les jumeaux. Je me lève du lit.
- Je dois régler ça seule.
Evie se leva et posa ses mains sur mes joues.
- N'oublies jamais Eden. Tu ne mènes pas cette guerre seule. Mon frère et moi sommes là.
Sans crier gare, elle me prit dans ses bras.
- Nous serons toujours là, me rassure-t-elle.
Et si l'un d'eux mourrait ? Jacob a presque été tué il y a quelques jours par un homme quasi imbattable, qu'est-ce qu'on est censés faire ? Je la remercie puis m'éloigne de son étreinte pour aller m'habiller. Il est temps de faire avancer les choses et de reprendre l'avantage.
Jacob et Evie m'ont affirmé que mon père siège à Buckingham Palace. Evidemment, puisque c'est le Palais Royal et que mon père est Maître Templier. Je me demande si l'intégralité des soldats de la Garde Royale est à sa merci. J'imagine que oui. Nous nous trouvons actuellement devant l'immense portail du bâtiment. Nous n'allons pas provoquer d'embuscade. Pour le moment, je ne vais pas me venger, je veux juste comprendre. Comprendre pourquoi mon père a tué ma mère, pourquoi ils m'ont tenue à l'écart de la guerre Templiers/Assassins, pourquoi il a tué Clara et pourquoi je suis sa cible. Nous sommes tout de même venus armés, car après tout, nous allons dans la gueule du loup. Nous pourrions très bien mourir aujourd'hui.
On rentre discrètement dans le Palais. C'est trop calme. Il n'y a personne. C'est plutôt inquiétant. Ont-ils prévus que nous allions venir ? On marche le long d'un couloir jusqu'à arriver devant une gigantesque porte en or. Jacob et Evie se regardent. Je l'ouvre avec une once d'hésitation. C'est une sorte de salle de bal. Enorme salle de bal d'ailleurs. Les murs sont couverts d'une sorte de papier peint plissé, d'un rouge éclatant. Les escaliers au loin brillent de là où je suis. Cette salle est entretenue, on peut le remarquer tout de suite. Pourtant l'ensemble du château n'a pas l'air d'être si nettoyé que ça, c'est étrange.
- Bonjour, Eden, me fit une voix que je connais très bien.
Ce n'est pas Drew. C'est mon père. Il est derrière nous. J'ignore d'où il est entré, mais il est là à tourner autour de nous trois, d'un regard satisfait. Il est venu accompagné de plusieurs Templiers. Génial. Cela faisait deux mois que nous ne sommes pas parlés, depuis... la mort de ma mère. Il ne parait pas triste en tout cas. Ca ne fait que confirmer ce que je pense : il doit être l'homme qui a ordonné sa mort. Sans même attendre, je me prépare à lui poser des questions, mais je suis rapidement coupée.
- Je m'attendais à beaucoup venant de toi, Eden. Mais sérieusement, rejoindre les Assassins ?, lâche-t-il en ricanant.
Je me mets sur mes gardes. Evie serre ses poings. En tant normal, Jacob aurait provoqué mon père, mais là, il se tait. Il reste immobile.
- Pourquoi m'avoir tenue à l'écart de tout ça ?
- Tu as choisi le mauvais rang, Eden. Les Templiers sont les victimes ici, m'assure-t-il.
Ça m'énerve. Je m'avance et entre dans une rage intense.
- Le sont-elles vraiment ? Toutes ces personnes mortes dehors, assassinées et battues de sang froid juste parce qu'elles n'ont pas de toit, ce sont elles les coupables de cette guerre ?! C'est vraiment ce que tu penses ?
Les mains derrière le dos, il fit un signe de la main. Je regarde sa direction, vers qui il pointe son doigt.
- Toi !, s'exclame furieusement Evie.
Jacob la stoppe dans son élan. C'est le mystérieux homme aux cheveux longs. L'homme – ou l'adolescent, dois-je dire – se place à côté de mon père en s'inclinant. Mon père l'attrape par l'épaule et le serre contre lui.
- Cet homme, Eden, que tu vois là est plus jeune que toi. Et hélas beaucoup, beaucoup plus talentueux. Sa mère a été violée puis égorgée sous ses yeux par des Assassins qui avaient saccagé son village. Les Assassins te racontent-ils tous les crimes qu'ils ont commis ? Certes, les Templiers ont eux aussi fait des mauvais pas, et ce, plus d'une fois, mais nous ne le niions pas. Quels mensonges t'ont racontés les Assassins pour que tu rejoignes leurs rangs, Eden ?
- Et mère ? Que pensait-elle de tout cela ? Tu considères les Assassins comme tes ennemis, mais alors pourquoi s'être allié à elle ? Pourquoi l'avoir tuée ?
Le mystérieux adolescent recule. Mon père se met à tousser et me regarde droit dans les yeux.
- L'avoir tuée ? En es-tu certaine ?
Hein ? Au même moment, j'entends des talons derrière moi. Non... Non, ce n'est pas possible. Dans mon dos, Evie lance un "oh" à la fois de surprise et d'interrogation. Je n'ose même pas me retourner, j'ai peur de confirmer ce à quoi je pense. Je me contente de regarder le sol, tandis que mon père se recule. Les chaussures de la personne qui vient d'entrer dans la salle sont devant moi. Des bottes hautes en cuir, aux lassets parfaitement attachés. Prudemment et surtout lentement, je lève ma tête. Pour voir qui ? La mère que j'ai vu mourir. Ma mère n'est pas morte.
- Eden, lâche-t-elle, plein de mépris dans la voix.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Comment peut-elle... Elle est là devant moi, comme si rien de tout cela ne s'est passé ? Je n'ai pas rêvé, je l'ai vue mourir sous mes yeux, je l'ai vue se faire tuer par mon frère, je n'ai pas pu l'imaginer ! Jacob et Evie ont vu son cadavre !
- Je te remercie d'avoir fait tout cela pour moi, Eden. C'est remarquable. À vrai dire... J'aurai parié que t'allais mourir bien avant tout cela, me fait-elle.
Elle n'a même pas le moindre signe de tristesse dans sa voix, elle est pleine de confiance. Elle et mon père sont donc de mèche ? Depuis le début ?! Je ne sais même plus quoi penser. Elle s'avance vers moi et me prend violemment le menton.
- Maintenant que tu sais que je suis toujours en vie, vas-tu quitter les Assassins ? Après tout, tu les as rejoints pour moi, non ?
Non... Non, rien de tout cela n'est vrai. Je vais me réveiller, ce doit être un cauchemar. J'avais faux depuis le début ! Quoi qu'il arrive, je ne rejoindrai jamais les Templiers. Pas après ce qu'ils ont fait à cette ville, à Clara. Pas après ce qu'ils m'ont fait subir. Ils jouent avec moi, et je n'aime pas ça. Ma mère se met à rire diaboliquement en lâchant mon menton. Elle m'a griffée avec ses longs ongles. Le maquillage sombre va parfaitement à cette femme que j'ai aimé avant.
- Je le savais ! Tu manques de fierté, d'audace, si on t'abandonnes, tu faiblis ma petite. Que feras-tu le jour où tu te retrouveras seule, hein ? Crois-tu que les Assassins vont venir à ta rescousse ? Il serait peut-être de grandir et de comprendre comment le vrai monde fonctionne.
Je serre les poings. Tellement que mes mains en deviennent rouge sang.
- Vous tueriez votre fille parce qu'elle ne partage pas les mêmes idéaux que vous ?!, s'exclame soudainement Evie.
Elle sait très bien comment je me sens. Trahie, perdue, anéantie.
- Les liens du sang ne veulent strictement rien dire en période de guerre, Assassin, lui répond-t-elle, du tac-au-tac.
Evie regarde son frère. Ma mère se trompe totalement. En temps de guerre, les liens du sang se resserrent encore plus. On a envie de se battre pour protéger sa famille, pas... la détruire comme mes parents l'ont fait.
- Bien au contraire, peinai-je à dire.
Ma mère semble lassée. Elle croise ses bras et me regarde de haut. Puis, elle lève son bras et des gardes s'agrippent à moi.
- Qu'est-ce que tu fais ?!, m'écriai-je.
- Je ne fais que mon devoir : arrêter la personne à qui a assassiné la Reine.
Hein ? De-De quoi ? Evie et Jacob sortent leurs armes, mais sont très vites stoppés par le jeune aux cheveux longs qui lance leur armement au loin, derrière eux. Les gardes me tordent le bras et placent mes mains derrière mon dos. Comment tout cela est arrivé ? Je n'ai... Je n'ai même pas la force de me battre. Ni même de comprendre ce qui se passe. Je ferme mes yeux.
Surpris ? Je ne savais pas comment m'y prendre pour annoncer qu'Emily était vivante, j'ai pensé à plein de choses différentes, mais au final, j'ai opté pour cette scène-là. La fiction va prendre une petite tournure dramatique (comme si ça ne l'était pas assez déjà haha), et ce pense que le prochain chapitre sera un peu... comment dire, disons que ça va être plus mature. J'ai déjà commencé à écrire le onzième chapitre, c'est pas gai du tout haha. Bref, je ne vais pas spoiler non plus, j'essaierai de mettre le onzième chapitre en ligne très rapidement (avant que mes idées s'en aillent). J'espère en tout cas que cette "révélation" ne vous a pas déçu(e)s ! N'hésitez pas à laisser des reviews pour me dire ce que vous en avez pensé, ce serait vraiment adorable de votre part ! On se retrouve au prochain chapitre ! :")
