Inspiration. Expiration. Inspiration …
J'ouvris les yeux et franchis les quelques mètres qui nous séparaient. Derrière moi, ma dernière adversaire, vaincue, me suivait du regard, attendant certainement la suite des événements avec impatience. Face à moi, Blanche, un grand sourire excité au visage et l'air de trépigner d'impatience en attendant que je parvienne jusqu'à elle. Agrippé à mon épaule, Dino darda un regard noir sur elle – comme pour tout le monde en fait, à croire que je suis la seule qu'il tolère et encore, ça dépend de son humeur – et malgré cela, la championne semblait le trouver tout à fait mignon vu comme elle le dévorait des yeux. Je rendis son sourire à Blanche, bien que quelque peu tendue.
« Salut Alex ! Alors, t'es venue finalement ? » me salua l'excitée de service.
« Ouais … après tout, le but du jeu c'est le badge non ? Sans rancune pour Samson au fait j'espère ? »
Non je n'étais pas du tout ironique en disant cela, voyons.
« Non, c'est bon. » assura-t-elle en agitant une main aux ongles parfaitement manucuré, alors que les miens sont presque rongés jusqu'au sang. « Une fois Milkie m'a écrasé sans faire exprès et elle pèse quatre-vingts kilos … Bien allons-y ! Mais je te préviens, je suis grave forte ! Allez Mélo-chou, on va lui montrer ce que tu vaux ! » s'exclama-t-elle en lançant une ball dans les airs.
Une boule de poils aussi rose que les cheveux de mon adversaire apparût sur le terrain, avec un sourire si mignon qu'il aurait facilement concurrencé celui d'Happy. Une vraie peluche pour gamines ce truc. Le Mélofée couina son nom à plusieurs reprises, semblant se présenter tandis que sa dresseuse poussait quelques exclamations d'adoration devant sa bouille d'ange. Ok je vois le genre …
Mon regard croisa celui de Dino, qui dressa ses oreilles en avant et poussa un bref petit cri contre mon oreille. Je compris le message.
« Tu veux y aller ? Sûr ? »
« Niii ! Do ! » confirma-t-il avec entêtement.
Je pesais le pour et le contre, mais finis par acquiescer d'un mouvement de tête. Mon petit quadrupède sauta de son perchoir et s'avança vers le terrain, le regard provocateur et semblant sur le point de faire un massacre. On m'avait prévenu que le Nidoran mâle était par défaut plus agressif que ses congénères femelles et que cela empirait en évoluant, mais je crois que le mien est au-dessus de la moyenne. Il fixait Mélofée de la même façon que je fixais un steak-frites. D'ailleurs le pokémon rose semblait moins à l'aise tout d'un coup.
Blanche me lança un coup d'œil indéchiffrable et passa une main dans ses cheveux, théâtrale, avant que nous ne lançâmes nos ordres en même temps :
« Mélo, utilise Torgnoles ! »
« Dino, essaie de l'esquiver et réplique ! »
Le pokémon adversaire s'élança, prêt à baffer son opposant avec toute la force de ses pattes raccourcies. Dino était plus rapide, il se déroba à l'attaque en un bond sur le côté au dernier moment et se réceptionna sur le sol sablonneux de l'arène, enfonçant avec détermination ses pattes dans le sol pour se retourner vers Mélofée, le regard empli d'une féroce agressivité qui ne se manifestait que lors d'un combat important. Un éclat particulier traversa brièvement son regard.
L'instant d'après, sa corne frontale s'enfonça profondément dans la chaire grasse du petit pokémon rose, manquant de l'empaler complètement. La victime poussa un cri de souffrance strident et sa dresseuse poussa un glapissement effrayé. Je retins moi-même un grommellement.
« Dino ! » le grondais-je « Pas si fort ! »
Il refusa dans un premier temps, secouant vigoureusement la tête en signe de protestation, mais finit par s'écarter à contrecœur sur mon ordre, laissant le Mélofée se remettre sur ses pattes avec difficulté … du moins c'est ce que je croyais, car la seconde d'après, cette espèce de sale bête balança une attaque éclair qui frappa mon Nidoran de plein fouet. Dino recula dans un couinement de surprise, des étincelles traversant encore son corps brièvement. J'en restais bouche-bée. Ce n'était pas censé être juste un type normal ça ?
« Métronome. » annonça Blanche avec un sourire « Mélo l'a enclenché pendant qu'il était à terre, pas mal hein ? C'est une attaque aléatoire, mais cette fois j'ai eu de la chance on dirait. »
« Ouais je connais … » soufflai-je en me rappelant la manière dont Happy avait carbonisé le Macronium de Silver. « Dino, ça va ? »
Il me répondit avec autant de vaillance et de hargne qu'à l'accoutumée, j'en déduisis donc que oui. Mélofée ne lui laissa pas plus de temps, attaquant avec une Torgnole bien placée, certainement une vengeance pour le coup reçu précédemment. Je serrai le poing. On n'allait pas y passer trois heures non plus.
« Dino, utilise Double-Pied ! »
Normalement, il s'en serait donné à cœur joie. Sauf que là, il y avait quelque chose de bizarre. De franchement bizarre même, pour ne pas dire carrément anormal. Mon Nidoran ne me répondit pas et ne bougeait plus, fixant son adversaire avec un regard un peu mou à mon goût. Je me tournai ensuite vers le pokémon de Blanche et m'étouffai presque avec ma salive en voyant son manège.
Il lui faisait du charme ! Lèvres en avant, se tortillant dans tous les sens et remuant du popotin comme une adolescente en chaleur, Mélofée était en train de brancher mon pokémon, littéralement. Ridicule à mes yeux, mais ça semblait faire son petit effet sur Dino, qui était pétrifié. Blanche eut l'air amusé par la situation, contrairement à moi qui répétais le nom de mon quadrupède sans obtenir d'autre réaction que le frémissement quasi imperceptible de ses oreilles.
Le Mélofée cessa son numéro de charme digne d'une call-girl et s'élança de nouveau vers son adversaire pour lui foutre une paire de claques à sa façon. J'eus beau faire signe à Dino de bouger, d'attaquer, bref de réagir, rien à faire. Il se prit l'attaque en pleine figure et fit une mine si abasourdie que je le plaignis presque. Quand on dit que les femmes font ce qu'elles veulent des hommes … je n'aurai toutefois jamais cru dire la même chose en ce qui concerne les pokémons.
« Allez p'tit gars, reprends-toi, elle cherche à te déstabiliser. » lançai-je, espérant qu'il m'écoutera cette fois. Ce fut le cas.
« Niii ! »
La claque en pleine gueule lui avait fait retrouver ses esprits apparemment.
Je n'eus même pas besoin de lui dire quoi que ce soit qu'il se jeta sur Mélofée, la rage au ventre et lui asséna la plus belle ruade qu'il me fût donné de voir. Il n'avait pas apprécié qu'elle se fiche de lui apparemment. Le pokémon adverse fut éjecté en l'air par un premier coup en plein ventre, puis repousser avec autant de brutalité possible vers le sol. Dino conclut l'attaque en poussant jusqu'à lui atterrir sur le dos et un léger craquement se fit entendre. Blanche et moi-même grimaçâmes de concert, elle par horreur qu'on ose toucher son Mélo-chou et moi parce que j'avais pourtant bien dit d'y aller assez doucement.
Le Mélofée se releva en tremblant, une de ses pattes avant formant un angle bizarre et vraiment pas naturel. Je ravalai ma salive en voyant l'état dans lequel l'avait mis Dino, mais me repris. C'était manger, ou être mangé. C'était un combat et dans une bataille, il y a toujours des perdants et des blessés. Je remarquai aussi que mon Nidoran saignait du museau. Certainement les frappes répétées de son adversaire.
« Dino, achève-le. » soufflai-je en tendant la main en avant, presque mélodramatique – et pourtant je jure que ce n'était pas volontaire.
Un coup de corne, renvoya le pokémon rose à terre et l'y laissa. Tel un conquérant, Dino toisa son adversaire laminé qui gisait en gémissant faiblement, le regard dur. À cet instant, le corps de mon Nidoran s'illumina d'une lumière qui m'était devenue plutôt familière depuis quelques temps.
Son corps gagna quelques dizaines de centimètres et il m'arrivait probablement au-dessus des genoux maintenant. Sa corne frontale grandit et ses petites quenottes rappelant celles des lapins se changèrent en canines plus aiguisées. Une colonne de piquants bien plus gros se forma sur son dos. On était passé de 'bestiole mignonne mais teigneuse' à ' monstre super teigneux et presque flippant'. Mon pokédex me crachota une petite information qui ne fit que confirmer mon pressentiment :
Nidorino hérisse toutes ses pointes empoissonnées pour faire peur à son ennemi. C'est un Pokémon féroce qui adore combattre et sa corne injecte un poison la plupart du temps mortel. Nidorino est solitaire, car s'il rencontre un de ses congénère, il le défie dans un combat sans pitié, dont l'issue est souvent mortelle.
Formidable. Plus ça allait, et plus les « petites bêtes » de mon équipe se transformaient en « gros monstres ».
« Dino ? Ça va mon bébé ? » soufflai-je avec une légère appréhension à l'idée qu'il ne se jette sur moi en me confondant avec un potentiel adversaire.
Il tourna la tête, me dardant un regard dur et même un peu sombre à mon goût. Je ravalai ma salive et m'approchai doucement de lui malgré le panneau 'DANGER' qui s'était mis à clignoter dans mon esprit. Je me penchai en avant, gardant une distance de sécurité de deux mètres entre lui et moi malgré tout. Nidorino suivait chacun de mes mouvements des yeux, et je vis du coin de l'œil Blanche, à l'autre bout du terrain, qui retenait son souffle, silencieuse pour une fois.
« Dino, c'est moi. » chuchotai-je en tendant la main vers lui.
Quelque chose sembla se rallumer à cet instant dans son regard, et mon monstre de poche réduisit finalement la distance entre nous, passant sa grosse tête épineuse sous mon bras en grognant de satisfaction. Sa peau dure et ses piquants me raflèrent la peau mais peu importe. Intérieurement, je poussai un bref soupir de soulagement. Il ne m'avait pas oublié, pendant un instant, j'avais tout de même eu une légère appréhension. À vrai dire, cette évolution semblait nous avoir même rapproché, peut-être m'était-il reconnaissant de lui avoir permit de gagner en force grâce à nos combats, qui sait ?
Je fis une rapide inspection de son état, et comme il semblait encore en forme, décidai de le garder sur le terrain. De toutes manières, le connaissant, il aurait refusé d'abandonner.
De son côté du terrain, Blanche jouait avec une pokéball et m'offrit un sourire amusé.
« Il est pas très mignon ton Nidorino mais il déchire ! Mais je n'ai pas dis mon dernier mot pour autant, c'est au tour de Milkie d'entrer en scène ! »
Sérieusement, elle ne s'arrêtait jamais de beugler ? Ça me donnait mal au crâne à force. Un genre de vache toute rose et bedonnante marchant sur deux pattes apparût, remplaçant Mélofée sur le terrain. D'ailleurs, la championne avait confié la ball de ce dernier pour qu'on le fasse soigner rapidement. Dino y était vraiment aller fort … j'osai à peine imaginer ce que ça allait donner maintenant qu'il avait atteint un stade supérieur.
« Dino attaque … Dino ! »
Pas le temps de finir ma phrase qu'il était parti comme un boulet de canon. Visiblement, son nouvel adversaire était à son goût. Sur l'ordre de sa dresseuse, l'Ecrémeuh de Blanche fit de même.
Les deux pokémons se rencontrèrent dans un choc formidable et je retins une grimace effrayée en voyant tant de violence dans leur affrontement. Dino, campé sur ses quatre pattes, avait enfoncé son crâne dans le ventre de la vache laitière ; cette dernière, debout sur ses pattes arrières, tenait bon. Coinçant ses sabots sous le ventre de mon pokémon, elle puisa dans ses forces et parvint à le renverser au-dessus d'elle pour le balancer plus loin. Je remarquai au passage qu'un coup de corne de Dino lui avait littéralement arraché un de ses pies, lequel, ensanglanté, pendait le long de son ventre misérablement. Nidorino allait se relever quand l'Ecrémeuh écrasa un sabot sur sa boîte crânienne, le forçant à rester au sol. J'étouffai une exclamation horrifiée.
« DINO ! » m'écriai-je, saisissant vivement sa ball.
Il poussa un rugissement et saisit entre ses canines le jarret de la vache qui en meugla de douleur. Dino se redressa, s'arrachant à la pression du pokémon adversaire. Je croisai son regard rougeâtre et compris que si je ne le rappelais pas maintenant, il la tuerait. Ce n'était pas juste un match pour lui, mais un combat à mort. Sauf qu'avant qu'il ne puisse la tuer, ce sera lui le vaincu. Son crâne dégoulinait d'un liquide vermeil épais que je côtoyai bien trop souvent à mon goût ces derniers temps. Ses flancs se soulevaient rapidement, trop rapidement même. Il respirait fort et bruyamment. C'en était plus qu'assez à mes yeux.
« Dino, reviens. » soufflai-je en tendant ma pokéball.
Mais il n'écouta pas l'ordre et esquiva le rayon lumineux qui était censé l'aspirer. Même si nos rapports s'étaient nettement améliorés, lorsqu'il était sur le terrain, rien d'autre ne comptait à ses yeux que de se battre jusqu'au bout. Il me darda un regard sombre, mais la seule chose dont j'avais peur, c'était de le voir mourir. Peu importe qu'il m'en veuille d'interrompre son combat, sa sécurité passait avant tout. Il secoua violemment la tête avec entêtement, aspergeant le terrain de sang en faisant cela. Quelques gouttes volèrent jusqu'à moi, tâchant mon jean et je me jura de ne pas céder malgré ses vives protestations.
« Dino, c'est un ordre ! Regardes-toi, tu tiens à peine debout ! Tu as fais de l'excellent travail, mais si tu veux continuer à te battre à l'avenir, il faut laisser un autre finir ce combat ! Je t'en pris, on est une équipe ! » le suppliai-je.
Mon belliqueux pokémon restait obstiné, mais n'eus toutefois pas le loisir de poursuivre ses protestations ; il s'écroula à terre, ses pattes cédant sous son propre poids. J'en profitai et cette fois, il rentra dans sa pokéball, incapable d'esquiver le rayon. Je caressai la sphère électronique puis la rangea à ma ceinture avec un sourire désolé. Tant pis s'il me le faisait payer après, je préférais qu'il me fasse la tête plutôt que le voir mourir.
« Problème d'obéissance ? » souffla Blanche en secouant la tête « Je compatis, ma Candice est pareille, je peux même pas l'utiliser pour l'arène, alors qu'elle est trooop sensationnelle quand elle s'y mets. » elle ajouta ensuite, revenant dans l'atmosphère du combat « Allez envoie ton suivant ! Milkie, lait à boire, restaure-toi un peu. »
Aucune idée de qui était Candice mais on s'en fout. Je me contenta de hocher la tête, sachant déjà qui allait s'occuper de finir le travail. Montagne apparût dans un formidable rugissement et sa queue claqua contre le sol avec défi. Mon adversaire poussa un sifflement admiratif mais la taille de ma Onix ne semblait pas lui faire peur. Je tapota le flanc de ma bête géante, lui faisant confiance pour la suite. Mine de rien, Dino avait pas mal affaiblie l'Ecrémeuh de la championne. Son pie dégoulinant de sang semblait la faire souffrir, même si la technique utilisée précédemment lui avait redonner un peu d'énergie apparemment.
Blanche engagea les hostilités avec une attaque baptisée Roulade ; sur son ordre, sa vache laitière se mit en boule et roulait à toute vitesse vers Montagne, bien plus rapide dans cette posture. Un horrible bruit de fissure retentit lorsque le boulet de canon rose qu'elle était devenue se fracassa contre le corps de ma grande fille. Ma Onix poussa un rugissement et la frappa d'un revers de la queue avec violence, envoyant l'Ecrémeuh rouler quelques mètres plus loin. L'autre s'acharnait toujours toutefois, et ses roulades étaient de plus en plus fortes à mesure qu'elle prenait son élan.
« Montagne, Étreinte puis Tombe-roche ! Il faut que tu la bloques ! »
Au moment ou Milkie arriva sur elle, Onix plongea la tête en avant et la stoppa d'un coup de crâne, sa roche frontale se fissurant sur toute la longueur à cause de l'impact. Mais son adversaire ne pouvait plus bouger. C'était le moment. Montagne enroula sa queue autour du corps grassouillet de la vache, tel un serpent saisissant sa proie, et frappa le sol avec, déclenchant une pluie de rochers sur l'Ecrémeuh prisonnière, qui ne pût éviter les frappes. L'attaque soulevait des vagues de poussière et de sable du terrain, qui me piquaient les yeux et me faisaient tousser comme une fumeuse professionnelle.
Lorsque le Tombe-roche déclenché par Montagne se stoppa et que la poussière soulevée sur le terrain se dissipa, ma Onix reposait sans grande délicatesse son adversaire au sol, qui resta inerte.
« Milkie ! » s'écria Blanche, livide.
Elle accourut auprès de son pokémon, s'assurant qu'elle était encore en un seul morceau. De mon côté, je rejoignis Montagne et lui flatta la tête pour la féliciter, vérifiant par la même occasion l'étendue des dégâts. Un tour au Centre Pokémon ne serait pas de trop, surtout que Dino aura besoin de plus qu'une simple potion pour soigner ses blessures. Un sanglot m'arracha à ma Onix, et je me figea en voyant le visage larmoyant et plein de morve de Blanche. Who minute, elle est tout de même pas morte sa vache que je saches !
« Ouin … Non … T'as pas le droit, méchanteeee ! »
J'assistais alors à la plus crise de gamine hystérique qui me fut donné de voir. Tapant du pied, se roulant par terre en hurlant, et pleurant à s'en briser les cordes vocales, Blanche était bien loin de l'image qu'on se fait d'une championne. Je savais pas vraiment quoi faire, d'autant que mes tentatives pour lui parler ne faisaient que redoubler ses pleurs. Bon sang, on allait pas non plus y passer la nuit !
Attirée par les cris sonores de la sale go … je veux dire de la championne, une des filles de l'arène que j'avais dû affronter pour parvenir jusqu'à Blanche s'approcha de moi, l'air d'être habituée à ce genre de scènes.
« C'est rien elle fait son caprice. Donnes-lui quelques secondes et elle se calmera. » m'expliqua-t-elle nonchalamment.
« Ok … ça arrive souvent ? » m'enquis-je tout en regardant la maîtresse des lieux se rouler par terre comme les gamins dans les supers-marchés qui veulent des bonbons.
« Chaque fois qu'elle perds. »
J'imagine ce que ça doit donner à force. Finalement, au bout de cinq minutes d'hystérie supplémentaire, Blanche se calma, reniflant juste bruyamment et ses yeux encore rouges. Sur le signe de la fille, j'osais m'approcher d'elle, prudente toutefois de peur qu'elle me saute dessus pour me griffer jusqu'au sang avec ses ongles longs.
« Quoi encore ? Ah, le badge c'est vrai ! Tiens. » fit-elle en me tendant l'insigne de ma troisième arène, avant d'ajouter tout sourire : « Aaah, ça fait du bien de pleurer un peu ! Reviens me voir un de ces jours Alex, et bonne chance pour la suite ! »
Comment faisait-elle pour passer des larmes au sourire en deux secondes montre en main, mystère. J'échangeais toutefois une poignée de main amicale avec elle.
« Merci … Salut Blanche. »
Quelques secondes plus tard, je ressortais de l'arène, un badge brillant en plus dans mon sac et un léger sourire satisfait aux lèvres. La suite de la journée s'annonçait bien.
En premier lieu, je me rendis donc au Centre Pokémon, confiant Dino et Montagne à l'infirmière, qui me gronda d'ailleurs légèrement en voyant l'état de mon dinosaure violet. Toutefois, lorsqu'elle dût utiliser les compétences vocales d'un Rondoudou pour l'endormir parce qu'il refusait qu'elle le touche et menaçait de l'empaler de sa corne, elle faisait moins la maligne et comprit mieux ce que j'affrontais tous les jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour ma Onix se fût rapide, par contre la doctoresse emporta mon Nidorino avec elle pour procéder à quelques examens supplémentaires par précaution. Je me retrouva donc à attendre dans le hall, sans savoir pour combien de temps j'en aurais. Je voulus appeler Ethan pour lui expliquer comment ça s'était passé, mais son pokématos était visiblement éteint. Tant pis, je réessayerais plus tard. Et c'était juste pour lui parler de mon badge, rien de plus !
Condamnée donc à attendre indéfiniment que l'infirmière ne revienne avec Dino, je m'installa à mon aise sur une des banquettes de la salle d'attente. Les minutes passaient lentement et je commençais à me demander si tout se passait bien pour mon Nidorino ; il est vrai que ses blessures étaient assez impressionnantes. Je poussais un bref soupir et me frotta les yeux. Je dormais à nouveau assez mal ces derniers temps, à force de penser sans cesse à tout un tas de choses et à chercher des réponses à mes questions.
« Liiii ? »
Perdu dans mes pensées, je sursautai à ce petit aboiement qui résonna près de moi et baissa les yeux vers le sol. Un genre de petit renard, à moins que ce ne soit un fennec, avec des oreilles pointues et de grands yeux noisettes m'observait, assis face à moi et la tête penchée sur le côté. Avec sa fourrure chocolat et crème semblait duveteuse à souhait et sa queue touffue le rendait tout simplement adorable. Je relevais la tête pour balayer la salle du regard, cherchant à voir si son dresseur était dans le coin mais personne ne semblait s'occuper du pokémon et de moi-même. Je souris doucement et tendis les doigts vers lui.
« Salut toi. Qu'est-ce que tu fiches ici tout seul ? »
« Evoliii. » glapit le pokémon.
« Oh pardon, je voulais dire toute seule. » me repris-je en comprenant que j'avais affaire à une demoiselle.
Le renardeau renifla mes doigts tendus avec curiosité, avant de venir frotter son museau humide contre ma main. Se décidant finalement et pas farouche pour deux sous, elle se décida à sauter sur la banquette pour venir s'installer près de moi en ronronnant comme un chat. Joueuse, elle commença à mordiller mes doigts et je m'amusais à caresser l'épaisse fourrure de son cou, ce qui semblait la ronronner plus fort encore. C'était vraiment trop mignon comme bestiole.
Trop occupée à m'amuser avec la femelle Evoli, je n'entendis pas l'homme s'approcher, jusqu'à ce qu'il ne m'interpelle d'une voix quelque peu hésitante :
« Ah euh … pardon je crois que c'est la mienne… »
Je relevais les yeux tandis que la concernée continuait de s'acharner sur mes doigts avec ses petites quenottes, sans me faire le moindre mal toutefois. Un homme aux cheveux bruns en bataille, un peu plus de la vingtaine à vue d'œil, promenait son regard de moi à l'Evoli et de l'Evoli à moi. Derrière lui se tenait une créature féline au pelage violet pâle, avec un joyau incrusté sur le front et une queue divisée en deux, comme les chats japonais dans les légendes. Je fixais le pokémon, fascinée par sa grâce et son élégance. L'homme quand à lui, semblait réfléchir à quelque chose, et revenant finalement sur terre, me tendit une main que je serrais poliment.
« Ah excuses-moi, je m'appelle Léo. J'étais venu m'occuper d'un réglage sur leur ordinateur et un gars m'a envoyé ce pokémon pour me remercier de l'avoir aidé, il y a longtemps. Je l'ai fais sortir de sa ball mais cette chipie s'est sauvée. »
Voyant que je regardais toujours son pokémon, il fit les présentations, l'air assez fier de sa créature. Il y avait de quoi d'ailleurs, vu que les personnes qui passaient près de nous la regardait avec envie et admiration.
« Voici Mirage, mon Mentali. »
A la mention de son nom, le chat s'approcha et s'assit face à moi, m'étudiant du regard. Ses yeux brillaient d'intelligence et j'avais la désagréable sensation qu'il pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert. Il semblait m'étudier du regard, tranquille et même presque froid. Se détournant finalement de moi à mon léger soulagement, la créature féline se tourna vers son dresseur, plongeant son regard dans le sien alors que le joyau de son front luisait légèrement. Léo finit par hocher la tête, songeur.
« Hum … Mirage dis que tu es quelqu'un de bien. Il me conseil de te confier l'Evoli, et j'avoue que j'y songeais également en voyant comme elle semble à l'aise avec toi. »
« Il peut parler ? » m'étonnais-je, me tournant de nouveau vers le Mentali.
C'est exact, humaine.
Une voix claire, teintée d'un soupçon de froideur qui me fit frisonner résonna dans mon esprit et je sursautai. Je me tourna vers Mirage, me doutant que c'était lui qui communiquait avec moi. Je ravala ma salive difficilement alors que Léo s'éloignait de quelques pas, nous laissant de l'intimité en comprenant que son pokémon souhaitait converser avec moi.
Je sais que tu viens d'un autre monde ; hélas je ne saurais te dire s'il t'es possible d'y retourner.
Une décharge me traversa. J'étais tétanisée. Mirage cligna des yeux et son joyau frontal luisait tandis qu'il usait de ses pouvoirs psychiques. Les questions se bousculaient dans mon esprit sans que je ne parvienne à en formuler une seule.
N'ai crainte, tu peux exprimer tes mots par la pensée. Moi seul les entends. Toutefois, je ne puis répondre à tes questions humaine.
Super. Je venais d'entrapercevoir une lueur d'espoir, et les vents glacés de la déception l'avaient aussitôt emporté.
« Alors quoi ? » soufflais-je intérieurement. « Tu ne peux pas m'aider ? »
Mes pouvoirs divinatoires ne peuvent qu'entrapercevoir un morceau d'un avenir, parmi des centaines d'autres possibilités. Je peux partager cette vision avec toi si tel est ton désir. Mais tu peux également repartir comme tu es venue. Parfois il est préférable de ne rien savoir.
Hésitation. Ma gorge était nouée et si sèche que j'avais l'impression d'étouffer.
« J'accepte. Montre-moi. » soufflais-je au bout de quelques secondes.
Mirage hocha la tête et ses yeux se mirent à briller, baignant d'une lumière blanche si vive qu'elle m'aveuglait.
Je rouvris les yeux et sursautai. Le Centre Pokémon avait disparu, à la place je me trouvais face à un lac immense et au-dessus de moi le tonnerre grondait furieusement. C'était le chaos. Les éclairs zébraient le ciel et le vent soufflait avec rage ; malgré cela je ne ressentais ni la morsure du froid ni le piquant des gouttes d'eau gelées. Au loin, une silhouette dissimulée par le rideau de pluie torrentielle, immense et rouge comme le sang. Je frissonnai imperceptiblement.
Un hurlement bestial retentit dans l'air.
« SAMSON ! »
Ce cri déchirant et teinté de désespoir m'était étrangement familier. Je compris soudain pourquoi : C'était ma voix. Je ne parvenais toutefois à distinguer d'où elle provenait et n'en eut pas le temps.
Changement de décors. L'instant suivant, je me retrouvais dans une pièce aux grandes baies vitrées. Un homme qui m'était inconnu me tournait le dos, assis dans un canapé de velours rouge. Dos à lui et face à moi, mon propre corps. Toutefois, l'expression du visage de mon autre-moi était si déformée par la colère que je mis quelques secondes à me reconnaître. Mes vêtements n'étaient plus que lambeaux déchiquetés et du sang maculait mes mains et mon visage aux lourdes cernes violacées. Un grand chien cornu et noir comme l'enfer tournait autour de l'autre moi en grondant férocement, visiblement prêt à me sauter à la gorge.
« Je vais vous tuer… » grogna l'autre moi, d'un ton aussi dur et tranchant que l'acier.
L'homme ricana.
« Essaie donc, jeune fille. »
Nouvelle scène, nouveaux décors. A nouveau. J'avais la tête qui tournait.
Une grotte cette fois-ci. Le rugissement d'une cascade se faisait entendre. Une plainte s'éleva derrière la cascade, comme un chant mélancolique. Comme si quelqu'un, ou quelque chose, pleurait. Inconsciemment, je sentis mon cœur se serrer en entendant ce son, si doux et triste à la fois. Une voix qui résonne, profonde et lointaine.
Viens, jeune humaine. Je t'attendais.
Je rouvris brusquement les yeux.
J'étais revenue dans le hall du Centre Pokémon, avec l'Evoli qui me fixait de ses grands yeux incompréhensifs et Léo qui semblait tout aussi inquiet vu que je devais être pâle comme une morte. Heureusement que j'étais assise, sinon je crois bien que je me serais effondrée. Mirage me fixait, le regard vide d'émotions et ses deux queues se balançant dans un mouvement lent de balancier. Je respirais en prenant de grandes goulées d'air, essoufflée comme si je venais de courir un marathon.
Une bile acide me monta soudain à la gorge alors que j'essayais de me relever, et je ne pus la retenir. Je déversais une partie de mon petit déjeuner sur le sol du hall. Léo se précipita pour me prendre par les épaules et me relever, m'éloignant vers l'extérieur pour que je respire de l'air. La petite Evoli et le Mentali nous suivirent, trottinant derrière nous sagement.
« Je suis désolé. J'aurais dû te prévenir, les prémonitions de Mirage font souvent cette effet la première fois, lorsque l'on est pas habitué. » s'excusa l'informaticien.
Je ne répondis pas, m'essuyant distraitement un filet de bave qui coulait le long de mon menton du revers de la main, sans tenir compte de la légère grimace de dégoût à peine dissimulée de Léo. Je me tourna vers Mirage.
« C'était quoi … ça ? »
Je te l'ai déjà dis. Un simple aperçu d'un avenir hypothétique. Tes choix détermineront si ces événements auront lieu où non.
Je fronçais les sourcils. La façon dont j'avais hurlé le nom de mon Crocrodil me revint en mémoire. La plainte dans la grotte, si profonde et triste que j'en avais les larmes aux yeux. Et surtout, le regard haineux de mon « moi » de la vision … Je ne comprenais rien à tout cela. Mais je ne laisserai rien ni personne faire de mal à Samson et les autres. Je ne perdrais plus aucun pokémon, je l'avais juré.
Mirage dû lire mes pensées, car il se contenta de cligner des yeux, sans répondre. Son regard était si profond qu'il était impossible de déchiffrer ses émotions. La voix de Léo me ramena sur terre. Je vis que la petite femelle Evoli se tenait près de moi, se frottant contre ma jambe comme pour tenter de me réconforter.
« Bon … je dois rentrer maintenant. » souffla l'informaticien en se frottant la tête « Je te laisse l'Evoli, je crois que tout le monde ici conviendra qu'elle est très bien avec toi. Surtout que je n'ai pas trop le temps de m'en occuper. »
Léo me tendit la pokéball de la concernée, avant de m'offrir un doux sourire. À cette marque de gentillesse, je compris qu'il se doutait que la vision offerte par Mirage n'était pas quelque chose de joyeux. Ça devait sûrement se lire sur mon visage que j'étais complètement perdue.
« Au revoir Alex, prends soin d'elle. »
Il s'éloigna et Mirage mit un bref signe de tête poli avant de rejoindre son maître, me laissant de nouveau seule.
Moi je restais sur place, la ball de mon nouveau pokémon à la main et la tête emplie de nouvelles questions sans réponse. Les images de la vision transmise par le Mentali tournoyaient telle une tornade dans mon esprit, sans que je ne parvienne à me calmer. Cette silhouette rouge immense, qu'était-ce donc ? Cet homme à la voix si froide et terrifiante que j'affrontais dans un futur plus ou moins proche …. et surtout, cette voix dans ma tête, étrangement familière sans que je ne parvienne à mettre un souvenir dessus. Un glapissement me sortit de mes pensées, et je me pencha vers Evoli.
Ma petite renarde me regardait de ses grands yeux, ne comprenant visiblement pas ce qui m'arrivait. Un bref sourire étira mes lèvres et je me pencha pour la prendre dans mes bras. Au diable ce futur flippant, ce n'était qu'une probabilité. Je ne laisserai pas ma vie prendre une tournure aussi dramatique. La petite langue rose et rappeuse de ma femelle Evoli contre ma joue m'arracha un éclat de rire. Il lui fallait un nom aussi … Sa fourrure crème me rappelait ce gâteau de génoise au café que j'aimais tant.
« Moka. Ça te va bien non ? » la baptisais-je, satisfaite de ma trouvaille.
Elle aboya pour approuver et ce fut une affaire conclus. Nous rentrâmes ensuite à l'intérieur du Centre pour attendre que je puisse récupérer Dino. Un Leuphorie s'occupait de nettoyer ma flaque de vomi en bougonnant et je fis celle qui n'était au courant de rien. Soudain, la porte menant aux salles d'examens s'ouvrit, laissant passer mon Nidorino, qui se rua presque sur moi lorsqu'il me repéra. Je souris et le laissais se frotter contre moi en grognant de plaisir. Il ne semblait pas m'en vouloir de l'avoir rappelé de force. Un bandage entourait son crâne, mais il avait l'air en pleine forme.
Moka le salua d'un cri joyeux mais se cacha aussitôt derrière ma jambe en voyant le regard suspicieux que lui lançait le pokémon poison. Je la rassura et fis les présentations, laissant Dino la renifler calmement tout en lui expliquant que non, Moka n'était pas de la nourriture. Le courant semblait passer plutôt correctement, et il releva ensuite les yeux vers moi alors que l'infirmière arrivait à sa suite.
« Ni. Nido, ni. » m'expliqua-t-il avec quelques grognements et coups de museau discrets vers la doctoresse.
« Sois gentil, elle t'a soigné après tout alors ne l'insulte pas. »
Il leva les yeux au ciel mais se contenta de rester près de moi sagement sans plus faire de commentaires. L'infirmière Joëlle m'expliqua qu'il lui fallait garder le bandage quelques jours par précaution, mais que sinon il allait parfaitement bien. Heureuse de l'entendre, je fis rentrer Dino dans sa pokéball et voulu faire de même avec Moka, mais elle esquiva le rayon rouge d'un bond, les oreilles plaquées en arrière sur son crâne. J'en haussais un sourcil d'incompréhension.
« Liii ! Evoli ! » protesta-t-elle.
« Tu n'aimes pas ta pokéball ? Pas du tout ? » devinais-je, étant devenue très forte en matière de langage inter-espèce pokémon et humain. « J'ignorais que les pokémons aussi pouvaient être claustrophobe. »
Elle approuva d'un hochement de tête, semblant heureuse de voir que je la comprenais et respectais son choix. Vu sa taille, la garder hors de ball de manière constante ne devrait pas poser trop de problèmes. Je fis donc signe à Moka de grimper sur mon épaule, ce qu'elle s'empressa de faire en frottant sa tête contre ma joue, ronronnant plus fort qu'un moteur.
Nous sortîmes ensuite du Centre Pokémon, afin de rejoindre la sortie de la ville. J'avais plutôt hâte de m'en aller à vrai dire, après ce qu'il venait de se produire avec Mirage.
« Simularbre ! »
« Putain de saloperie ! » répondis-je avec toute l'élégance et la douceur dont j'étais capable.
Je fis esquiver un lancer de rochers à Babouche de toute justesse, et lui hurlais de m'envoyer valdinguer cet espèce d'arbre trompeur qui se faisait passer pour un pokémon plante alors que c'en était pas un ! En plus, c'était un pokémon assez rare d'après ce qu'on m'avait dit mais je ne pouvais pas le capture vu que j'avais déjà attrapé un Noeunoeuf que Moka avait délogée de son arbre – gentiment rebaptisé Omelette et envoyé chez le professeur Orme puisque j'avais déjà mon Boustiflor dans l'équipe – sur cette route. Qu'importe, il m'énervais bien trop de toutes manières pour que je veuille de lui !
« Balle-graine Babouche, finissons-en ! »
Mon pokémon ouvrit grand sa bouche et cracha de grosses graines bien dures qui vinrent se fracasser contre le Simularbre, lequel trébucha en arrière, ployant sous l'effet de l'attaque. Il finit par déclarer forfait et s'enfuit dans les broussailles. Je poussais un soupir, pas mécontente qu'il me laisse tranquille. Babouche me rejoignit en sautillant maladroitement et je lui tapotais sa cloque avec sympathie.
« Beau boulot. Viens te reposer maintenant. » le félicitais-je en le faisant rentrer ensuite dans sa ball.
Cherchant quelque chose du regard, je plissais finalement mes lèvres pour émettre un sifflement aigu – je savais pas siffler avec mes doigts par contre … Au bout de quelques secondes, ma petite Evoli, le poil emmêlé et plein de feuilles apparût, le regard pétillant de bonheur. Avec ces grands espaces et connaissant sa phobie des endroits clos, normal qu'elle se sente bien ! Je lui fis signe d'un coup de menton de me rejoindre, ce qu'elle s'empressa de faire en quelques bonds joyeux.
« Allez arrêtes de jouer et viens. Si on se dépêches, on aura le temps de visiter un peu Rosalia. Il paraît qu'il y a des trucs intéressants. »
Ma renarde poussa un aboiement approbatif et me sauta sur l'épaule, maculant mon tee-shirt de boue. Je grimaça doucement mais ne dis rien, vu que de toutes manières j'avais besoin d'une douche et mes vêtements aussi.
Un mouvement des les fourrés attira soudain notre attention, à Moka et moi. Dans ma tête, ce fut « Nouveau Pokémon » ; dans celle de ma Evoli, ça donnait quelque chose comme « Nouveau Jouet à Torturer ». Avant que je n'ai le temps de la retenir, elle sauta de sa place en disparut entre deux buissons. Je m'élança à sa poursuite, craignant qu'elle n'aille se frotter à plus fort qu'elle.
« Moka, reviens ici ! »
Un glapissement aigu me fit presser le pas et je finis par apercevoir ma boule de poils, qui se léchait la patte en couinant de douleur. Face à elle, un Goupix se tenait en position de défense, des flammes crépitants encore au coin de sa gueule tandis qu'il grognait. Mon Evoli lui avait sûrement sauté dessus par surprise pour jouer et le renard sauvage avait répliqué en lui brûlant les poils. Je m'approcha de Moka en prenant garde à ce que le Goupix n'attaque pas. Moka gémit doucement vers moi, semblait surtout attristée et un peu outrée de s'être fait avoir. Je lui grattouilla une oreille pour la rassurer et lui faire comprendre que je n'étais pas fâchée.
« Allez gamine, on va finir le travail ensemble. Et pas d'esbroufe surtout, tu m'écoutes d'accords ? »
« Liii ! » fit-elle en hochant la tête.
Un grognement nous rappela que capturer un Goupix n'était pas chose aussi aisée. J'échangeai un regard avec Moka, qui posa sa patte blessée avec précaution, pour ensuite l'enfoncer plus profondément dans le sol en constatant qu'elle ne souffrait pas trop. Le renard roux ouvrit grand la gueule et cracha une gerbe de flammes dans notre direction. Mais je me tenais prête, de même que mon amie à poils.
« Esquive Moka ! »
Mon fennec miniature bondit sur le côté, se faisant roussir toutefois quelque peu le bout de la queue. Elle répliqua en percutant avec une certaine violence, malgré son petit corps, le Goupix de plein fouet. Ce dernier glissa au sol et n'eut pas le temps de se relever qu'elle enchaîna avec une Vive-attaque fulgurante. Voyant cela, je me saisis vivement d'une ball et la lança sur son adversaire. Quelques secondes plus tard, j'étais l'heureuse propriétaire d'une petite Goupix baptisée Flamme. Très original, je sais.
A mon léger regret, la pokéball s'évapora comme la fois précédente et Flamme partit rejoindre Jaune et Happy chez le professeur Orme. Dommage. J'aurais aimé la garder avec moi, elle était mignonne et un pokémon feu serait plutôt utile dans l'équipe. Je secouais la tête, décidant de voir cela une fois arrivée à Rosalia. Avant cela toutefois, je décidais de prendre le temps de traîner un peu afin de poursuivre l'entraînement de Moka ; étant plus faible que les autres, il fallait qu'elle gagne en expérience pour les rattraper un minimum. Je gardais Edwige auprès d'elle pour la surveiller et agir lorsque l'Evoli semblait trop en difficulté. A quelques reprises, ma Noarfang dû effectivement s'interposer lorsque Moka tombait face à Roucoups – elle semblait d'ailleurs prendre un malin plaisir à déranger les oiseaux géants pour ensuite courir se réfugier sous les ailes d'Edwige. Moi je suivais la scène du regard avec bienveillance et aspergeais régulièrement ma fennec de potions pour lui éviter trop de fatigue.
Nous étions presque arrivés à Rosalia et j'apercevais déjà la toiture rouge caractéristique du Centre Pokémon au loin, quand un couinement me stoppa net. Je me retournais et blêmis devant la scène qui se déroulait à quelques mètres de moi.
Moka, essayant désespérément d'échapper à l'éclat mortel des sabots d'un Cerfrousse qui n'avait visiblement qu'une idée en tête : l'écraser. La coquine avait dû le déranger pendant qu'il broutait paisiblement et l'animal l'avait visiblement très mal prit. Mon corps réagit de lui-même en voyant ma petite Evoli trembler de la tête aux pieds, et avant d'en avoir conscience, j'étais prostrée au-dessus d'elle, prête à recevoir les coups de sabots à sa place. Le Cerfrousse se cabra. Je fermais les yeux, serrant Moka qui gémissait de toutes ses forces contre moi et attendant la douleur ...
Qui ne vint jamais. Je rouvris un œil et relevais la tête.
Edwige, les ailes grandes ouvertes pour former une barrière protectrice, s'était placée devant nous. Me décalant légèrement, je constatais la présence d'un gigantesque mur de lumière, qui empêchait le Cerfrousse de passer ; l'animal s'acharnait dessus, en vain. Les yeux de ma Noarfang se mirent à luire d'une lueur inquiétante tandis qu'elle poussait un hululement glacial. La même lumière bleutée entoura le corps du pokémon sauvage, qui fut soulevé dans les airs par la seule force de l'esprit d'Edwige. Elle le fit rester ainsi un instant, avant de le balancer contre un arbre. Le Cerfrousse se releva en tremblant sur ses longues jambes, jeta un regard noir dans notre direction mais préféra partir tout de même.
Je poussai un soupir de soulagement et me redressai finalement, le danger écarté. Edwige passa sa grosse tête contre ma joue et me pinça gentiment avec son bec. Je lui flattai le crâne tout en caressant Moka.
« Merci ma grande. » soufflai-je, soulagée.
« Noarfang. » répondit simplement ma chouette géante, ce qui devait égaler à un 'pas de problème'.
Moka s'arracha à mon étreinte pour venir aboyer vers elle, l'air de la remercier, mais se fit rabrouer gentiment par l'oiseau nocturne. Je sifflai entre mes lèvres pour que l'Evoli revienne vers moi et lui vaporisa de la potion sur ses blessures. Au final, plus de peur que de mal heureusement d'ailleurs. Et désormais que l'adrénaline qui perturbait mes capacités de réflexion avait disparut, je me rendais compte que mon geste était parfaitement stupide. Même si Moka souffre d'une certaine claustrophobie, je n'aurais eu qu'à la rappeler dans sa pokéball pour régler le problème. Faire rempart de mon propre corps pour la défendre, bien que ce soit un geste courageux, était surtout parfaitement irréfléchi et inutile, dangereux même.
Secouant la tête et jugeant l'affaire derrière nous de toutes manières, nous repartîmes et quelques minutes plus tard, je franchissais les portes du Centre Pokémon. Je fis soigner mes pokémons et réussis à me réserver une chambre pour cette nuit par miracle, car l'endroit était plein à craquer. Rosalia était en effet une ville qui accueillait régulièrement de nombreux visiteurs à cause de ses deux tours sacrées. Moi-même je pensai visiter un peu l'endroit et prendre le temps de m'entraîner avant d'aller affronter le champion local. D'après les dires de certains, il était vraiment fort.
Pour le moment en tout cas, j'étais face à un dilemme. Je voulais prendre Flamme la Goupix dans mon équipe, car un pokémon feu pourrait être utile. Mais pour cela, je devais remplacer l'un des membres de l'équipe actuelle. Déjà, Samson n'allait nul part, aucune discussion là-dessus. Edwige était l'un de mes meilleurs éléments, je ne pouvais la laisser de côté, surtout si l'on considérait le combat qui m'attendait. Ses capacités psychiques seront sûrement utiles face aux spectres du champion. Babouche et Dino avaient trop de potentiel également, je n'allais pas me priver d'aussi bons éléments. Restaient Moka et Montagne. Après quelques réflexions supplémentaires, j'optai finalement pour cette dernière.
Je plaçais donc la ball sur le transporteur et fit l'échange, prévenant toutefois au préalable le professeur Orme par mail de ce qui allait arriver, histoire qu'il évite les mauvaises surprises en ouvrant la pokéball de ma géante de pierre. Quelques secondes plus tard, la sphère électronique contenant ma Goupix se matérialisa et je l'empoignai avec satisfaction. Je fis sortir la concernée afin de faire connaissance avec elle. Sauf que la renarde, sitôt apparût, me jeta un regard légèrement dédaigneux, avant de commencer à … faire sa toilette méticuleusement sans plus se préoccuper de moi. Ne me laissant pas abattre, je m'accroupis, Moka à mes côtés, et tendis la main vers la créature de feu.
« Salut la miss. Ça te dirait d'aller te balader un peu avec nous ? »
Elle arrêta sa toilette, releva la tête vers moi pour me scruter de ses grands yeux aux paupières lourdes … et me dédaigna dans toute sa superbe, reprenant son activité comme si de rien n'était.
« Super une prétentieuse … » soufflai-je à voix basse. « Je me demandes si je ne viens pas de faire une connerie là moi. »
« Li. » fit simplement Moka, comme pour confirmer mes propos.
Décidant de laisser tomber mes tentatives d'approche avec Flamme pour le moment, je la fis rentrer dans sa pokéball et fis signe à ma Evoli et Samson – qui était sorti tout seul de sa ball pour se dégourdir les pattes – de me suivre. Je voulais faire un tour à l'arène pour essayer de réserver mon combat si possible, et repérer le trajet. Tout en marchant Moka, joueuse, s'amusait à grimper et descendre de la tête de mon crocodile, qui gardait un œil protecteur sur elle et lui grognait dessus quand elle en faisait trop ou s'éloignait de nous. Lui et le reste de l'équipe semblaient avoir adopté la petite renarde sans problèmes, et ils veillaient tous un peu sur Moka à leur manière, sachant bien qu'elle était plus faible qu'eux.
Une fois devant les portes de l'arène, une mauvaise surprise m'attendait.
« Comment ça le champion est en congés ? Pour combien de temps ? Il a le droit de faire ça au moins, parce que j'ai un badge à gagner moi vous savez ! »
Mes protestations semblaient faire ni chaud ni froid au vieil homme qui gardait les portes du bâtiment closes. Je savais que j'étais ridicule à m'énerver ainsi pour ce genre de choses, mais c'était plus fort que moi.
« On rouvrira dans quatre jours. D'ici là, prenez donc le temps de vous entraîner et apprenez à gérer vos émotions pendant que vous y êtes. » me lança le vieil homme avec un espèce de sourire moqueur qui ne me plût pas du tout.
Je ne lui répondis pas et me contentai de faire volte-face, suivis comme mon ombre par Samson et Moka. Quatre jours … D'ici là, cela ferait bien deux mois depuis que j'avais commencé ma quête pokémon. On était en juin maintenant, et les journées étaient longues et chaudes à souhait. Deux mois … qu'avait-il bien pût se passer chez moi pendant ce temps ? Je préférais éviter d'y songer à vrai dire.
Je jetai un rapide coup d'œil à mon pokématos afin de vérifier l'heure. Plus de six heures du soir … traverser la route 37 m'avait prit toute ma journée, alors que j'étais parti exprès sitôt mon badge en poche pour espérer arriver plus tôt. Je me tournai vers mes pokémons et constatai que Moka baillait, fatiguée par sa journée. Autant rentrer au Centre Pokémon maintenant, j'avais quatre jours pour visiter Rosalia et ses alentours après tout. Je pris la Evoli dans mes bras pour me diriger vers le bâtiment, talonnée par mon Crocrodil.
Je passai la soirée en compagnie d'autres dresseurs et pris le temps de prendre un bon repas avec mes pokémons. Ce fût l'occasion d'approcher Flamme et je réussis même à la caresser – avant qu'un jet de flammes brûlantes ne me passe à ras du nez parce que j'avais malencontreusement ébouriffé son brushing. J'appris ensuite de la bouche de l'infirmière Joëlle que la ville disposait de bains thermaux, aussi décidai-je de m'y rendre afin de me détendre, chose dont j'avais bien besoin en ce moment.
Les bains étaient publics, et les hommes aussi bien que les femmes se baignaient, enroulés dans leur serviette pour camoufler leur intimité et préserver les mœurs. Les pokémons avaient également le droit de se baigner, du moment qu'ils se comportaient correctement et n'excédaient pas une certaine taille, auquel cas les bassins seraient trop petits pour eux. C'était grand, mais pas au poids d'accueillir un Léviator ! Après une petite vérification de l'hôtesse d'accueil, je fus autorisée à garder la totalité de mon équipe avec moi.
La vapeur rendait l'endroit chaud et l'ambiance légèrement moite, alors que l'air ambiant sentait bon les herbes mentholées et que le vaste bassin d'eau chaude fumait paisiblement. Je descendis prudemment les marches menant à la piscine, appréciant au passage la chaleur du carrelage sous mes pieds qui avaient tant souffert à force d'avaler des kilomètres tout les jours.
« Oh mon dieu c'est le paradis. » soupirai-je telle une bienheureuse une fois immergée dans l'eau jusqu'au cou.
Je fis signe à mes pokémons de me rejoindre, et n'eus que le temps de fermer les yeux lorsque Samson atterrit comme une bombe dans la piscine, éclaboussant tout le monde au passage et soulevant de grosses vagues. Certaines personnes me lancèrent un regard noir et s'éloignèrent de nous tandis que mon Crocrodil ricanait joyeusement en faisant des bulles. Je tapai dans sa patte tendue dans un geste complice et avec un sourire amusé aux lèvres.
« Bien joué bébé, on va être tranquille comme ça. Mais ne recommences pas ou on se fera virer. »
« Cro ! Dil ! » promit-il avant de se mettre à nager le crawl sur le dos.
Toutefois, autant Samson était au paradis, autant Flamme refusa catégoriquement d'entrer dans le bain. Elle semblait même particulièrement choquée qu'il puisse exister de l'eau chaude. Je tentai tout de même de l'encourager.
« Allons, ça ne te fera rien, l'hôtesse me l'a assurée. Tu es certaine de ne pas vouloir venir un peu ? »
Mais ma Goupix secoua la tête et préféra s'éloigner avec superbe et dédain pour aller se coucher sur le sol presque brûlant, profitant des bienfaits de la chaleur sans être pour autant incommodée par l'eau. Je notai toutefois avec un sourire ravi qu'elle s'était allongée juste derrière moi et le bout touffu de ses six queues me chatouillaient le cou. Vint ensuite le tour de Moka, qui bouillonnait d'envie de l'intérieur en dévorant Samson du regard. Elle ne tarda pas à pénétrer dans l'eau, nageant vers le Crocrodil qui flottait sur le dos avec les pattes étendues à la manière d'une étoile de mer, et grimpa maladroitement sur son ventre pour s'en servir comme coussin flotteur. Il grogna un peu mais ne la délogea pas de sa place pour autant.
Je me tournai vers Edwige, qui fixait l'eau avec méfiance. Finalement, sous mes encouragements, elle consentit à tremper le bout de ses serres, restant sur la première marche immergée et fermant les yeux avec un hululement d'aise. Babouche lui, s'était installé doucement à côté d'elle de manière à ce que l'eau voluptueuse lui arrive jusqu'en dessous des yeux, savourant la douce chaleur qui se diffusait dans tout son corps. Ne restait plus que Dino. Mon Nidorino se dandinait d'une patte sur l'autre, hésitant à avancer et reculant précipitamment lorsqu'une vaguelette venait fouetter le bord de la piscine. Je pouffai en le voyant si désarçonné face à ce qui n'était pourtant que de l'eau, et il me lança un regard noir en retour.
« Tu peux rester avec Flamme si tu veux sinon. »
Il dû prendre cela comme un défi ou une insulte à son courage, car sans plus attendre il s'immergea jusqu'au cou et vint nager un peu, avant de finalement ressortir pour venir se coucher près de moi, juste au bord et les pattes pendant dans l'eau, me lançant un grognement au passage qui devait vouloir dire quelque chose comme : 'tu disais ?'. Je m'esclaffai et lui offris quelques caresses au niveau de la tête, le faisant soupirer d'aise. Derrière cette apparence de gros dur, j'avais finalement découvert qu'il se cachait un cœur tendre. Au final, je passai une soirée particulièrement agréable, oubliant les prémonitions funestes de Mirage ou mes ennuis divers. Je restai de longues minutes à cajoler et à dorloter chacun de mes pokémons, avec ou sans leur avis d'ailleurs, ce qui me valut une nouvelle flammèche d'avertissement de la part de Flamme – toutefois, la flammèche en question rata étrangement mon visage d'au moins dix bons centimètres.
Une fois ma peau devenue aussi fripée qu'une vieille pomme, je sortis du bain, y retournai pour aller chercher Samson et Moka par la queue parce que ces deux fripons refusaient de sortir, et rentrai au Centre Pokémon pour aller me glisser dans mon sac de couchage, ma petite Evoli roulée en boule contre mon ventre, sombrant vers un sommeil paisible.
Oui je sais je suis en retard ! Mais j'étais partie en vacances huit jours et je savais pas si il avait internet et ... ben ... il y avait pas uwu Bref un long chapitre de vingt-deux pages pour me faire pardonner ! Pas facile le combat contre Blanche, je hais son Ecrémeuh xD La scène de la vision, ça fais un moment que je l'avais en tête et puis fallait bien que la scène avec Léo serve un peu ! Allez, promis la prochaine fois je poste plus vite !
Equipe actuelle : Samson le Crocrodil (Brave de nature) ; Edwige la Noarfang (Brave de nature) ; Babouche le Boustiflor (Naïf de nature), Dino le Nidorino (Mauvais de nature) ; Moka la Evoli (Docile de nature) & Flamme la Goupix (Solo de nature)
