Cette fois mon esprit était parfaitement conscient de ne plus avoir aucun espoir de revoir Edward, il était capable de mesurer pleinement le non sens de mon existence… Au-delà de toute la souffrance que l'absence d'Edward pouvait susciter, cette conscience nouvelle amplifiait mon désespoir, exacerbait la douleur …
J'étais happée par le gouffre mais cette fois ci j'en mesurais pleinement la profondeur… et elle était terrifiante, bien plus que le saut que j'avais envisagé depuis cette ridicule falaise !
Il faisait sombre désormais… les derniers rayons du soleil à l'horizon étaient perdus au milieu des imposants nuages noirs qui encombraient le ciel. Une pluie fine se mit à tomber, mouillant mon visage privé de ses larmes… Je n'avais pas besoin de regarder ma montre pour savoir que Carlisle aurait eu le temps de venir s'il l'avait voulu, avec le vol suivant ou même en voiture à la vitesse où il roulait … Non… décidément le destin refusait de me lier à l'unique être susceptible de justifier mon passage dans ce monde insipide.
Je fermais les yeux et laissait un gémissement s'échapper de mes lèvres, en appelant d'autres… j'étais secouée de sanglots sans larmes tandis que la pluie s'intensifiait, tout comme mon désespoir. Je sombrais … je ne pourrais plus jamais me relever désormais. Cette certitude me frappa comme si on m'avait porter un coup à l'estomac, coupant ma respiration, écarquillant mes yeux de terreur, puis doucement je me laissais aller au renoncement pur et simple … le gouffre m'appelait … il semblait tout à coup si attirant… tout comme le bord de cette falaise…et j'avais beau m'efforcer d'évoquer Charlie et Renée de toutes mes forces, je ne ressentais plus rien…rien d'autre que le vide.
Je me pris à fixer l'horizon sans le voir, essayant éperdument de rassembler mes esprits. Mais mon regard glissait sur cette mer sombre et houleuse, où même les crêtes d'écume immaculées n'étaient plus que des ombres, nuances infimes dans ce gris omniprésent qui faisait s'épouser le ciel et l'océan. Le vent semblait rugir à mes oreilles, et pourtant je ne le sentais plus…
J'avais l'impression de m'effacer petit à petit face aux éléments… je n'étais plus capable de penser…je ne voulais pas penser. Seuls mes sens me parlaient encore, exacerbant le bruit des vagues se brisant en contre bas, le sifflement du vent qui tourbillonnait contre la falaise, les clapotis insistants de la pluie, me faisant même percevoir avec une netteté surréaliste le vol gracieux d'un goéland qui semblait se jouer du dieu Zéphir. Lui semblait libre… si seulement moi aussi je pouvais m'élancer dans les airs affranchie de toute peur du vide…
Alors que je restais ainsi un temps indéterminé, m'efforçant de me fondre dans l'environnement tourmenté, de disparaitre... je surpris un bruit étrange qui se mêlait de façon dissonante à celui du ressac et du vent. J'en fus d'abord inexplicablement agacée… il brisait l'harmonie de la musique des éléments ! Puis tout à coup mon esprit s'éveilla douloureusement, m'arrachant brutalement des bords du gouffres où je tentais de m'évanouir... il identifia l'origine de cette fausse note : une voiture approchait…
