Chapitre 10 : Changements

POV Tom

J'ai envie d'être en vacances…je sais que j'en sors mais je suis crevé. Tous les jours, on doit se lever aux aurores, genre 9h00 et ensuite on bosse comme des malades. Encore quand on est en studio et qu'on enregistre des morceaux, ça passe puisque la musique et la guitare c'est ma passion. Mais alors se taper quatre interviews dans la même journée, c'est chiant et fatiguant. Surtout que la plupart du temps, les journalistes nous posent les mêmes questions. Il y a même des irréductibles qui continue de nous demander « Alors, pourquoi Tokio Hotel ? », avec un air fier et intelligent comme s'ils venaient de poser la question à dix milles.

Aujourd'hui, ça va on fait un photoshoot dans l'après-midi. J'aime bien. Je me montre, je fais mon beau, on rigole entre nous. Ca change de la routine. En plus, je crois me souvenir que normalement Bill doit venir nos accompagner. C'est cool. J'ai un peu changé d'opinion à son sujet. On fait chacun des efforts pour se parler et du coup je me suis aperçu qu'il est plutôt sympa et que c'est intéressant de parler avec lui. Il est marrant même si je crois qu'il ne le fait pas exprès. Je ne me moque pas mais il a des petites manies, des tics de langage qui sont marrants.

Je suis encore en train de glander devant la télé, un bol de céréales posé sur les genoux. Alors que je zappe comme un dingue d'une chaîne à l'autre je vois une belle blonde s'asseoir à côté de moi.

-Salut mon Tom, ça va ? me demande-t-elle joyeusement d'une voix aigue en me plantant un baiser sonore sur la joue. Hum, belle mais collante.

-Ouais, je lui réponds en grognant sans détourner mon regard une seule seconde de la télévision.

-Pourquoi tu n'es pas resté au lit ? J'aurais adoré me réveiller dans tes bras ! Collante et pas perspicace.

-Ecoutes Sarah, je vais bientôt allé bosser, tu ferais bien d'aller t'habiller. Je vais t'appeler un taxi. Elle semble réellement déçue mais je ne m'attarde pas plus sur ce détail et retourne à ma contemplation de mon programme télé. Quelques minutes plus tard, Sarah revient vers moi et me tend un bout de papier.

-Tiens, appelles moi ! Elle me le colle dans les mains et m'embrasse une dernière fois avant de partir. Ouais, c'est ça ! Bye-bye et à jamais. Je fais une boule du papier qu'elle vient de me donner et le lance habilement dans la cheminée où s'amoncelle déjà un tas de petites cochonneries.

Je pousse un soupire interminable. Je ne pense pas qu'un jour j'arriverais à rencontrer une fille qui arrivera à m'intéresser plus de cinq minutes d'affilée. Il faudrait peut-être que je pense à mieux choisir. Ce n'est pas comme si je n'avais pas le choix…en même temps, je ne sais pas si j'ai envie d'une relation stable. Comme je l'ai dis la dernière fois, le jour où je trouverais une fille qui saura m'intéresser, alors je serais prêt à vivre quelque chose de sérieux pas avant.

Je regarde la pendule au dessus de la télé. Déjà dix heures passées. Bon je vais aller me préparer sinon David va encore gueuler que je ne suis jamais prêt à l'heure.

[…]

Mon Dieu, pourquoi elle se fout pas à poil tout de suite, ça irait plus vite et le message serait clair au moins, non ? Et vas-y que je pose ma main sur ton genou en te caressant, et que je te fais un petit sourire allumeur… il faut l'avouer, j'aime bien les filles faciles mais là c'est même trop facile. En plus, elle est vachement plus vieille que moi, c'est pas mon truc.

Oh, tiens, elle vient de poser une question intéressante. Mon procès contre les stalkeuses. C'est une affaire vieille de quelques mois mais qui est toujours bien présente dans mon esprit. Pendant des mois et des mois, elles m'ont harcelé, suivi le moindre de mes mouvements. Mais pas seulement moi, ma famille aussi. Surtout ma mère. Elles ont même réussi à trouver son adresse. Une véritable bande de folles qui m'a poussé à bout. Et bien sûr, ça me retombe dessus. Enfin, ce n'est pas sûr, c'est pour ça que j'ai engagé des avocats quand elles ont porté plainte contre moi. Le revers de la médaille, je suppose…

***

Enfin la partie intéressante de la journée. La séance photo. Nous connaissons déjà la photographe, Carl. Il a fait plusieurs de nos photoshoots, je crois même que c'est le premier à nous avoir photographiés la toute première fois. Il est sympa mais un peu agité. Il nous hurle dessus pour nous dire ce qu'il veut de nous et bouge dans tous les sens comme un zouave. C'est rigolo à voir.

A tiens, Bill est là aussi, juste à côté de Carl. Bref, j'ai du boulot, pas le temps de me poser trop de questions.

***

Voilà enfin mon tour de passer en individuel. En dernier. Ne dit-on pas : le meilleur pour la fin, après tout ?

-Tom, ça ne te dérangerait pas que pour les dernières photos, ce soit Bill qui les prennent. Pour qu'il s'entraîne un peu, demande Carl.
-Non, non c'est bon. En plus, il ne risque pas de rater les photos avec un modèle comme moi ! je réponds avec un grand sourire à ma façon. Je vois Bill lever les yeux au ciel d'exaspération. Et oui mon coco, c'est comme ça avec moi.

Euh…qu'est-ce qu'il attend là ? Il regarde son appareil comme si c'était la septième merveille du monde et oublie ma présence. Il lève la tête vers moi et me regarde un peu perdu. A mon avis c'est la première fois qu'il fait quelque chose comme ça, alors Carl lui dit ce qu'il doit faire.

Au début, il n'est pas très à l'aise et me demande juste de bouger. Alors je prends une pause un peu banale et il prend son cliché. Je sens qu'elle ne va pas être terrible celle-là. Je vois Carl secouer légèrement la tête derrière lui et s'approcher de lui. Il s'agenouille à côté de lui et lui dit quelque chose tout bas, en faisant de grands gestes. Bill fait un perpétuel hochement de tête, signe qu'il assimile parfaitement ce que Carl lui dit. Il se relève en poussant un grand soupir, pour se donner du courage et se prouver qu'il peut le faire.

- Tom ? m'appelle-t-il. Fais ton beau gosse ! Je sourie et fais ce qu'il me demande, sans souci aucun. C'est fastoche pour moi de faire le beau gosse. Presque naturel…j'ai dis presque ?

Il se rapproche de moi et se place à seulement quelques centimètres de moi, et me dis de le regarder dans les yeux et de lui lancer un regard de tueur. J'ai le temps de la détailler plus ou moins minutieusement, pendant qu'il prend ses photos. Il a de grands yeux marron, d'un éclat particulier. Il ne s'est pratiquement pas maquillé aujourd'hui et malgré la finesse de ses traits, il fait vraiment masculin. En le regardant comme ça, la définition du mot androgyne prend tout son sens à mes yeux. Il s'approche encore plus de moi et trifouille ma veste, mes yeux ne quittent toujours pas son visage. Il a un nez très fin, un peu en trompette et des lèvres charnues, bien rosées. Il doit rendre jalouse un paquet de gonzesse, il a un visage parfaitement dessiné.

Je sors de ma rêvasserie quand il me parle et prend la pause qu'il m'a demandée. Apparemment il est satisfait du résultat puisqu'il me regarde avec un grand sourire collé au visage. Je ne peux que lui rendre son sourire, de façon on ne peut plus sincère mais fronce les sourcils quand je le vois se retourner rapidement vers Carl.

***

Woua. Je viens de regarder les photos de cette après-midi et constate que c'est vraiment du bon travail. L'ambiance est super et les pauses correspondent parfaitement à l'atmosphère de notre nouvel album.

La dernière est celle que Bill a prit et je suis estomaqué. Déjà, d'habitude je me trouve pas mal sur la plupart des photos mais là, je n'arrive même pas à me qualifier. Il a vraiment un travail de pro. On pourrait même dire qu'il a ça dans le sang.

Je me relève et m'apprête à sortir de la pièce quand je le vois parler avec Carl. Je me décide à aller le féliciter.

-Tiens, je te donne ma carte, si jamais un jour tu as besoin d'un coup de main, lui dit Carl, en lui tendant le bout de papier. Il se tourne, sourit en me voyant et s'éloigne.

-A ce que j'ai cru comprendre, je ne suis pas le seul à trouver que tu as du talent, dis-je à Bill, qui rougit un peu.

-Oui, en même temps, avec le modèle que j'avais je ne pouvais pas rater grand-chose, hein ? ironise-t-il.

-Exact ! Non sans rire, c'est très réussi. Ta photo a bien mérité sa place dans le magasine. Vu la tête qu'il tire, il ne devait pas le savoir. Je sens quelqu'un qui me tape sur l'épaule et penche la tête légèrement sur le côté pour voir David.

-Tu es prêt Bill ? lui demande-t-il. Ce dernier hoche la tête et tout deux se dirigent vers la sortie. Bill me remercie une dernière fois et le fils et le père nous salue avant de sortir définitivement.

[…]

POV David

Nous roulons lentement dans l'allée menant jusqu'à la maison de ma mère. Au fur et à mesure que nous approchons, nous apercevons une ambulance et quatre ou cinq infirmiers s'affairer autour. J'accélère alors sur les quelques derniers mètres, la peur au ventre. Nous sortons tout les deux précipitamment et montons les escaliers deux à deux.

Hans se tient là, debout à côté de la porte, les bras croisés sur son torse, ses yeux vagabondant entre chaque personne présente.

J'arrive à côté de lui essoufflé, Bill sur les talons.

-Hans qu'est-ce qu'il se passe ? je lui demande affolé.

-C'est votre mère, elle a fait un malaise. J'ai du appeler une ambulance.

-Où est-elle ?

-Dans l'ambulance, ils lui ont mis un masque respiratoire, m'explique-t-il.

Alors que j'allais descendre, un infirmier arrive et nous explique ce qu'ils vont faire.

-Nous allons la transporter à l'hôpital et la mettre sous assistance respiratoire pour la nuit. Nous allons aussi lui faire quelques examens et nous aviserons de ce qu'il faut faire au moment des résultats.

-Elle a un cancer vous êtes au courant ? je l'informe et il hoche la tête.

-Très bien. Un membre de la famille peut l'accompagner dans l'ambulance. Je tourne la tête vers Bill, les larmes coulent sur ses joues et il tremble.

-Mon fils va monter avec elle et je vous suivrais en voiture. Je pousse Bill gentiment dans le dos pour le faire réagir. Tout le personnel médical remonte dans l'ambulance ainsi que mon fils et je me dépêche de monter dans ma voiture pour les suivre.

***

Cela fait trois quarts d'heure que nous attendons dans le petit couloir de l'hôpital. Nous sommes face à la porte de chambre de ma mère. Il y a un va et vient incessant de médecins et infirmières qui rentrent et sortent de sa chambre. Nous n'avons encore eu aucune nouvelle. Bill a finit par s'endormir la tête sur mon épaule, mon bras droit entouré autour de ses épaules.

Je prends mon portable et décide d'appeler les garçons pour les tenir au courant de la situation. Je sais que ça leur fera plaisir de le savoir.

-Allô Gus ? C'est David !

-Ah salut, ça va ?

-Euh…je vous appelle pour vous dire que je suis à l'hôpital, ma mère vient d'y être admise.

-Oh mon Dieu, c'est grave, je l'entends me demander d'un ton paniqué.

-Elle a fait un malaise, on n'en sait pas plus pour le moment. Je voulais juste que vous le sachiez. Demain, je ne pourrais pas être là.

-Oui, bien sûr, je comprends ne t'en fais pas. Je vais le dire aux autres et on t'appellera demain pour savoir si on peut la voir.

-Ouais merci, à demain.

Je laisse tomber mon portable sur mes genoux et passe une main sur mon visage. C'est incroyable que la maladie évolue aussi vite. Il doit y avoir quelque chose d'autre, un virus, ce n'est pas possible autrement. Je sens Bill bouger légèrement sur mon épaule et passe une main dans ses cheveux pour l'apaiser.

J'ai alors un petit rire amer. Je retrouve mon fils mais suis sur le point de perdre ma mère. Cruel, quand même !

Je sens quelqu'un me secouer et ouvre les yeux avec difficulté. J'ai fini par m'endormir et un rapide coup d'œil à la pendule m'indique que cela fait une heure presque et demie que nous sommes là. Je vois un médecin se tenir face à moi.

-Elle est réveillée, si vous voulez aller la voir, m'informe-t-il, mais pas trop longtemps. Il s'éloigne et je réveille Bill.

***

Quelle odeur, j'ai toujours détesté les hôpitaux pour ça en particulier. Une odeur de médicament, d'antiseptique qui règne partout et surtout dans les chambres.

Elle allongée sur son lit, les deux bras posés par-dessus le drap blanc, une perfusion dans son bras gauche. Elle a du mal à garder les yeux ouverts, je le vois bien, nous allons devoir être rapide.

Bill s'approche rapidement d'elle pour lui prendre la main dans les siennes. Il adore sa grand-mère, je ne m'en étais jamais rendu compte.

-Mamie, comment tu te sens ? lui demande-t-il la voix brisée par les sanglots.

-Je suis fatiguée Billy, mais sinon je pense que ça va, lui répond-elle doucement, sa voix rien de plus qu'un murmure. Elle tourne la tête vers moi et me sourit.

-Ils t'ont dit ce qu'ils ont trouvé ?

-Non, il faut qu'ils attendent les résultats, m'informe-t-elle. Je hoche la tête et me rapproche d'elle, me plaçant derrière mon fils. Je pose une main sur leurs mains enlacées et glisse mon autre dans les cheveux de Bill, pour essayer de calmer ses pleurs. Plus personne ne parle, nous laissons juste le temps passer.

La fatigue la rattrape très vite et je secoue Bill par l'épaule pour lui signifier que nous devons partir et la laisser se reposer.

Nous sortons de la pièce s'en faire de bruit et nous retrouvons dans le couloir sans savoir quoi faire.

-Nous allons rentrer chez mamie, dormir et nous reviendrons demain, d'accord ? je lui propose et il acquiesce. Il est triste et épuisé, n'a ni la force ni l'envie de me répondre. Je passe un bras autour de ses épaules en soupirant et le fait avancer à mes côtés.