Un chapitre un peu plus court pour clôturer l'épisode de la confrontation père-fils...mais se sont-ils vraiment tout dit?...
Chapitre 10.
Daniel s'agenouilla devant Jack en gardant pourtant une certaine distance. Il savait bien que, dans son état, Jack ne ferait pas la différence entre lui et son agresseur. Il devait essayer de le rassurer suffisamment pour qu'il accepte de le suivre à l'extérieur. Ils auraient ensuite le temps de parler de ce qui s'était passé, d'envisager l'avenir.
-Jack, tout va bien maintenant. Il ne peut plus te faire de mal.
Pas de réaction. Les épaules de Jack étaient toujours secouées de tremblements. Même s'il ne pouvait pas voir son visage, Daniel savait que son ami était agité de sanglots. Daniel hésitait. Il n'était pas certain de ne pas aggraver les choses en s'approchant encore mais il devait provoquer une réaction.
Jack semblait enfermé dans son cauchemar et Daniel ne supportait pas de le voir souffrir ainsi. Daniel posa délicatement une main sur l'épaule de Jack et il fut soulagé que celui-ci n'essaie pas de fuir son contact.
-Jack, il faut qu'on sorte d'ici. On va rentrer et on pourra oublier toute cette histoire.
Daniel sentit soudain la tension dans les muscles de son ami. Il oublia son hésitation et s'assit à côté de Jack, glissant sa main pour caresser doucement sa nuque.
-Tout va bien, Jack. Tu n'es pas seul.
Petit à petit, Jack sembla se détendre même s'il serrait toujours fermement ses genoux serrés contre sa poitrine. Daniel continuait à lui parler doucement. Après de longues minutes, Jack se décida à quitter le refuge de ses bras et leva vers Daniel des yeux rougis par les larmes et par la fatigue.
-Danny...
-Je suis toujours là. Tu es prêt à rentrer?
-Où est-il?
-Alan le garde à l'œil dans la cuisine.
Avec l'aide de Daniel, Jack se leva, grimaçant quand ses articulations malmenées se réveillèrent. Un hématome commençait à se former sur le côté gauche de sa mâchoire. Un témoignage supplémentaire de la violence des derniers jours.
Daniel fut surpris de voir son ami se diriger vers la cuisine. Il avait imaginé que Jack serait plutôt pressé de quitter cette maison dans laquelle il avait tant souffert. Mais en y réfléchissant un peu, il aurait dû se douter qu'il ne partirait pas avant d'avoir repris le dessus sur cet homme. Il n'avait pas fait tout ce chemin, surmonté toutes ces épreuves pour laisser son père conserver son emprise.
Il s'arrêta devant la table autour de laquelle son père avait pris place. Alan se tenait debout derrière le vieil homme prêt à intervenir au moindre mouvement. Harry O'Neill leva les yeux vers son fils.
-Tu as eu ce que tu voulais maintenant laisse-moi tranquille...
L'homme semblait soudain très fatigué comme si cette confrontation avait, pour lui aussi, fait remonter de terribles souvenirs. Daniel n'arrivait cependant pas à éprouver de la pitié pour cet homme.
-Nous allons partir mais j'aimerais que tu répondes à une question avant qu'on te laisse retourner à ta misérable existence...
Malgré son âge et son état de fatigue, O'Neill senior se leva et s'avança vers Jack.
-Vas au diable...
Jack se recula pas. Il avait besoin de livrer ce combat jusqu'au bout, il ne voulait plus avoir peur de cet homme et pour ça, il devait l'affronter sur son terrain. Il devait inverser les rôles et lui montrer que ces années de sévices ne l'avaient pas détruit.
-Pourquoi m'as-tu autant haï?
Le vieil homme sembla accuser le coup, il baissa les yeux et, si Daniel n'avait pas vu les marques de coups et les hématomes sur le corps de Jack, il aurait pu douter que cet homme ait été capable de tels actes.
-Elle est partie à cause de toi.
Harry O'Neill pleurait mais ce n'était pas pour son fils qu'il versait ces larmes. Il pleurait sur son propre sort. Après toutes ces années, il arrivait encore à se mentir à lui-même et à penser que tous ses malheurs avaient été causés par son fils.
-De quoi tu parles, vieux fou?
-Ta mère...elle nous a abandonné parce qu'elle ne voulait pas de toi...
Daniel vit les mains de Jack serrer convulsivement le dossier de la chaise placée devant lui. Il essayait de garder le contrôle mais les attaques de son père l'avaient sérieusement ébranlées.
-Il est temps de partir, Jack. Ne l'écoute pas, il ne cherche qu'à te blesser.
Harry O'Neill se tourna vers Daniel, le regardant dans les yeux pour la première fois. Le jeune homme fut choqué par la violence et la haine contenus dans ce regard.
-C'est lui qui voulait des réponses. Je me contente de les lui donner. Je ne vous permets pas de me manquer de respect de la sorte...
Tut en parlant, le vieil homme s'était approché de Daniel. Celui-ci ne se sentait pas menacé mais Jack n'avait certainement pas besoin que son père s'en prenne à un de ses amis. Il se plaça entre Daniel et son père, lui barrant le passage et la vue.
-Je t'interdis de lui parler ainsi. Je t'interdis de t'approcher de lui.
-Ne t'inquiète pas...je n'ai pas l'intention de poser la main sur ton... Comment on appelle ça de nos jours?... Ton gigolo...?
Jack serra les dents, ne voulant pas donner à son père la satisfaction de voir à quel point ses paroles le touchaient.
-Daniel est mon ami. Il signifie bien plus pour moi que tout ce que tu peux imaginer. Maman n'est pas partie à cause de moi, elle est partie parce que tu lui rendais la vie impossible et qu'elle s'agit qu'un jour ou l'autre tu finirais par la détruire. Finalement, je te plains. Tu es incapable de ressentir de l'amour ou de l'affection et tu finiras ta vie seul et malheureux...
Le vieil homme émit ce qui ressemblait à un grognement mais il fut incapable de répondre à l'attaque de son fils.
Daniel vint glisser sa main dans celle de Jack, exprimant ainsi sa fierté de le voir faire face à ses peurs mais aussi son amour. C'était en fait assez simple et clair maintenant. Il s'était posé de nombreuses questions sur les sentiments qu'il éprouvait pour Jack. Mais il n'avait plus aucun doute à cet instant. Il savait bien que la bataille que Jack devait encore livrer pour se débarrasser de cet encombrant passé n'était pas encore gagnée mais il était sûr d'une chose. Il voulait mener ce combat à ses côtés, il voulait partager la vie de cet homme, les bons comme les mauvais moments. Il sourit en pensant que c'était ce qu'il faisait depuis déjà quelques années.
-Il est temps de partir.
Sans un regard pour son père, Jack tourna les talons. En passant dans le couloir, il ramassa ses cahiers d'écolier qu'il avait laissé tomber après l'agression de son père. Arrivé sur le trottoir, il s'arrêta et posa une main tremblante sur la barrière entourant le petit jardin.
-Danny...
En entendant la voix de Jack, Daniel se précipita. Il n'avait pas besoin de voir le visage de son ami pour comprendre qu'il venait de jeter ses dernières forces dans la bataille.
-Je suis là, Jack.
Daniel passa un bras autour de sa taille et le soutint jusqu'à la voiture. Alan, toujours silencieux, prit place au volant et démarra sans plus attendre.
Après avoir mis une certaine distance entre cette maison et leur véhicule, Alan se gara le long du trottoir et descendit et la voiture. Daniel était surpris mais il ne bougea pas, préférant rester auprès de Jack qui semblait perdu dans ses pensées.
-Qu'est-ce qui se passe?
-Je pense qu'Alan a besoin de prendre un peu l'air.
Jack jeta un regard inquiet par la vitre, cherchant son ami des yeux.
-Daniel, tu devrais peut-être aller voir si tout va bien.
-je suis certain qu'il va bien...
Daniel n'eut pas l'occasion de finir sa phrase. Jack semblait vraiment inquiet et il n'eut pas besoin de renouveler sa demande. Daniel sortit à son tour de la voiture et trouva Alan à quelques mètres de là, en train de passer sa colère à grands coups de pieds contre un malheureux lampadaire.
-Tu t'attaques au mobilier urbain, maintenant?
-C'était ça ou la tête de ce vieil imbécile...
Daniel s'avança. Il comprenait bien la frustration et la colère de son ami ils devaient ramener Jack à la maison.
-Alan, Jack s'inquiète pour toi. Je suis très en colère aussi mais il a besoin de nous. Tu le connais, il risque de se sentir coupable...
-Tu as raison, Daniel. Je suis un idiot...
-Tu es humain et tu aimes, Jack...
Alan sembla un instant troublé par les mots de Daniel. Jack était son ami et il ne voulait pas que 'le jeune homme pense qu'il pouvait éprouver autre chose que de l'amitié pour Jack.
Daniel éclata de rire en voyant le trouble sur le visage du médecin.
-Quoi?
-Tu devrais voir la tête que tu fais...
-Je...enfin...c'est de ta faute...
Daniel reprit son sérieux.
-Alan je sais ce que Jack représente pour toi et je pense le connaître suffisamment pour pouvoir dire que tu comptes énormément pour lui.
-Mais il n'y a jamais rien eu de plus entre nous...
-Je sais...
Alan fut étonné d'entendre autant de sérénité dans la voix de Daniel. En seulement quelques heures, il était passé de la confusion la plus totale concernant ses sentiments, à une certitude que rien ne pouvait ébranler.
Ils retournèrent à la voiture et trouvèrent Jack endormit sur la banquette arrière. Malgré son inquiétude, la fatigue avait fini par l'emporter. Il ouvrit un instant les yeux lorsque Daniel s'installa à ses côtés et l'entoura de ses bras.
-Ok...?
-Oui, Jack. Tout va bien. On sera bientôt rentrés et on pourra essayer d'oublier tout ça...
-Pas oublier...Danny...
Daniel n'était pas sûr de comprendre le sens de cette dernière remarque mais ils auraient le temps d'en reparler plus tard.
