Je me réveille d'un coup, relevant brusquement ma tête. Je cligne des yeux, le cœur affolé battant contre mes côtes, mettant quelques instants à réaliser où je suis. J'ai dû m'assoupir quelques secondes, ma tête est tombée en avant et ce mouvement m'a sorti de ma torpeur. Ça m'arrive souvent. Comme je n'ai pas d'endroit pour dormir, je sommeille en position assise et d'habitude, je me cale contre un coin de mur pour être installé le plus confortablement possible. Mais cette fois, je me suis endormi sans m'en rendre compte.
En tout cas, le sommeil m'a quitté. Je me sens tout engourdi mais mes paupières restent ouvertes, mes iris scrutant le noir de ma cellule. Aucun signe de vie aux alentours. Je n'entends que les battements de mon cœur qui résonnent lugubrement dans mes oreilles.
J'étends doucement mes jambes, mes os craquant en même temps. Je suis resté trop longtemps dans la même position. Je suis tout ankylosé. Je soupire et mon ventre émet un petit gargouillement. Pour éviter de penser à mon estomac qui aurait besoin d'être rempli, je me replonge dans mes souvenirs.
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Stiles ouvrit les yeux et se redressa sur son matelas. Il entendait des pleurs et comprit que c'était ce qui l'avait tiré de son sommeil. L'adolescent chercha à tâtons son téléphone et lorsqu'il réussit à le trouver, il appuya sur le bouton qui permettait d'allumer l'écran de son mobile pour pouvoir lire l'heure. Trois heures cinquante-huit du matin.
A côté de lui, Scott bougea dans son lit et marmonna :
— Rendors-toi. C'est Aidan qui se réveille parce qu'il a faim.
Le loup garou avait invité son meilleur ami à dormir chez lui pour regarder un film. Ils étaient rentrés directement après les cours et après avoir longuement hésité, ils avaient opté pour la trilogie du Seigneur des Anneaux. Scott avait déclaré que ce serait un hommage au nom du chat de Stiles, ce à quoi l'adolescent avait répondu que son chat n'avait pas encore de nom et qu'il ne porterait jamais celui d'un écrivain.
Après s'être chamaillé quelques instants, ils avaient fini par mettre le premier DVD et ils avaient enchaîné la trilogie complète, ne sortant de la chambre du loup garou que pour aller manger avec Melissa et Peter vers vingt heures. Le dernier film s'était fini sur les coups de deux heures du matin et les deux garçons avaient discuté un peu dans le noir avant de s'endormir. Et c'étaient les pleurs d'Aidan qui avaient tirés Stiles de son sommeil.
— Comment tu sais que c'est ton frère et pas ta sœur ? s'enquit l'adolescent.
— Quand tu les entends pleurer toutes les nuits, au bout d'un moment, tu les reconnais, fit Scott d'une voix endormie.
Son meilleur ami fit une moue dubitative avant de se rallonger.
— Si maman ou Peter ne se dépêchent pas de se lever, Emily va se réveiller aussi … murmura le loup garou.
Au même instant, les pleurs d'un deuxième bébé s'élevèrent et les garçons entendirent une porte s'ouvrir à l'étage.
— Je l'avais dit … souffla Scott avant de se rendormir.
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J'ai remarqué que j'avais de plus en plus de mal à me rappeler de ma vie avant que je ne sois emprisonné ici. Comme si peu à peu, le noir qui m'entoure quotidiennement prenait la place des souvenirs que j'ai. J'ai l'impression qu'ils ont perdu de leur couleur, de leur réalisme.
Et par conséquent, j'ai de plus en plus de mal à y trouver de l'espoir. C'est un cercle vicieux. Plus j'ai besoin de m'y raccrocher, plus je me rends compte qu'ils sont fades. Plus ils sont fades, plus j'ai besoin de m'en souvenir pour y trouver de quoi survivre un peu plus longtemps.
Je frissonne. J'ai froid. J'ai faim. J'ai envie de pleurer.
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Peter aurait juré n'avoir fermé les yeux que quelques secondes lorsqu'Aidan s'était réveillé. Le temps qu'il se décide à sortir du lit, le bébé avait réveillé sa sœur et il avait eu du mal à les rendormir, même après qu'il leur ait donné le biberon. Et une fois qu'il s'était recouché, il avait eu un mal de chien à retrouver le sommeil.
C'est pourquoi le récit de Derek ne l'intéressait pas du tout. Il se fichait pas mal de ce Tom Karner et tout ce à quoi il était capable de penser, c'était à son lit. Il mit sa main devant sa bouche pour dissimuler un bâillement.
— Tu les connais, les Karner ? lui demanda son neveu.
— Hein ?
— Les Karner. Tu les connais ?
— Non, pourquoi ? Je devrais ? s'enquit mollement Peter.
— D'après ce que m'a dit Tom, ils étaient tous des loups garous.
L'oncle de l'alpha haussa un sourcil.
— Et je suis censé connaître tous les loups garous des Etats-Unis ?
— Non, mais tu aurais pu en entendre parler, expliqua Derek.
— Pourquoi tu t'intéresses autant à ce gamin ? demanda Peter. Il est parti, ne t'en occupes plus.
Son neveu lui jeta un regard surpris.
— Tu as écouté ce que j'ai dit ? Il a dit quelque chose d'étrange sur Stiles.
— Oui, je sais, il a dit qu'il ne pouvait pas plus mal tomber … Et ?
— Tu ne trouves pas ça inquiétant ?
Le loup garou le plus âgé fit la moue.
— Non. Peut-être que ses parents étaient un peu hors-la-loi ou que lui-même était un repris de justice et que le nom lui a rappelé celui de shérif, c'est tout …
— Comment aurait-il pu connaître le shérif et donc habiter à Beacon Hills sans que tu le connaisses ?
Peter soupira. Son neveu marquait un point.
— Et bien, je ne sais pas. Tout ce qu'on peut faire, c'est rester sur nos gardes. D'après ce que tu m'as dit, ce garçon avait l'air un peu fou, si ça se trouve, il s'est juste échappé d'un asile et est tombé sur toi. Après, il s'est inventé une histoire de kidnapping et en entendant le nom « Stilinski », son esprit dérangé l'a associé à quelque chose qui l'effraie, peut-être un nom de médicament ou celui d'un infirmier, et il s'est enfui. Je ne pense pas que tu le reverras.
Derek ne semblait pas convaincu et son oncle lui tapota le bras.
— Allez, ne te fais pas de soucis. On a mis une bonne raclée aux Nettoyeurs la dernière fois, ils n'y reviendront pas de sitôt ! Tant qu'on ne revoit pas Joackim ou un Protecteur dans le coin, je pense qu'on n'a pas à s'inquiéter.
— Qu'est-ce que tu en sais ? Qui te dit que nous ne sommes pas tous en danger en ce moment même ?
— Je n'en sais rien, avoua Peter. Mais je préfère ne pas me faire de cheveux blancs tant que je n'aurais pas de preuve formelle que nous sommes menacés. Et tu devrais en faire autant. Reste vigilant mais ne vois pas le mal partout.
L'alpha croisa les bras devant lui.
— C'est difficile d'être optimiste après tout ce qu'on a vécu ces deux dernières années.
— Je sais, soupira son oncle. Mais ce n'est pas bon de ruminer tout le temps. Ça te donne des rides et une mauvaise mine.
— Pardon ? lâcha Derek, qui n'était pas sûr d'avoir bien compris.
— Euh … Rien, je … J'ai pas bien dormi cette nuit. Je … Je ne sais pas si tu as encore besoin de mes conseils mais Chris m'attend …
— Ca va définitivement mieux entre vous deux, remarqua l'alpha.
Peter hocha la tête.
— Disons que j'ai réussi à lui faire comprendre que j'étais autre chose que le loup garou fou furieux qui a tué sa sœur.
— Tu as aussi failli le tuer, lui, souligna son neveu. Et tu as tué des gens.
— Je n'ai pas tué n'importe qui, seulement les responsables de l'incendie du manoir, rétorqua le père d'Aidan et Emily. Et je t'ai déjà expliqué que je n'étais plus vraiment moi-même à ce moment-là. Le loup me dominait et je n'arrivais plus à le surmonter. Je n'ai jamais ressenti ça, même quand j'étais enfant et que je subissais mes premières pleines lunes …
— Tu as vécu ce qu'a dû traverser Scott quand tu l'as mordu : apprivoiser l'animal en lui.
Derek observa son oncle qui semblait perdu dans ses pensées et finit par lancer :
— Bon, je ne vais pas te retenir plus longtemps si tu dois aller voir Chris.
Alors que Peter se préparait à partir, son neveu lui lança :
— Et si tu as le temps, pense à faire une sieste.
— Mes cernes se voient tant que ça ? grimaça le loup garou le plus âgé.
L'alpha se contenta de faire une grimace éloquente.
— Embrasse ma filleule pour moi. Je passerai la voir demain.
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Stiles gara sa Jeep sur le parking du lycée et attrapa son sac à dos avant de sortir de sa voiture. Il était content de pouvoir conduire, mais il aurait bien aimé que Derek l'accompagne de temps en temps, comme il le faisait l'année dernière lorsque la Jeep était en panne. Suite au baiser qu'il avait échangé avec l'alpha devant le lycée en début d'année, l'adolescent s'était retrouvé au centre des conversations des élèves, ses camarades lui lançant des regards curieux et intrigués lorsqu'ils le croisaient, son prénom étant de nombreuses fois évoqués dans les commérages.
Oui, le fils du shérif, Stiles Stilinski, sortait avec un garçon, et en plus de ça, un garçon plus âgé. L'adolescent avait eu du mal à supporter de se faire observer comme un animal rare, mais Lydia avait fait jouer ses relations pour assurer à son ami d'être tranquille rapidement. Les lycéens avaient fini par arrêter de jaser et était passé à autre chose.
Mais Stiles était bien content d'avoir ses amis pour le soutenir et être avec lui. C'est pourquoi il les rejoignit avec un grand sourire sur les lèvres.
— Tiens, voilà l'idiot du village, lança Jackson en le voyant arriver.
Bon, peut-être que Stiles se passerait bien du blond, parfois.
— Comment va Tolkien ? s'enquit Scott.
— Mon chat ne s'appelle pas Tolkien, s'agaça son meilleur ami.
— Il s'appelle comment alors ? demanda Erica.
— Je … Je ne sais pas encore mais il est hors de question qu'il s'appelle Tolkien !
— Pourtant, je trouve ça original, fit Isaac.
— Et puis, il a déjà adopté ce nom-là, souligna Scott.
— C'est de ta faute, ça ! s'énerva Stiles. Tu l'appelles toujours comme ça, il commence à s'en souvenir maintenant.
— Si tu lui avais trouvé un nom plus rapidement, on n'en serait pas là, riposta le loup garou.
Stiles se mit à bouder. En fait, parfois, il trouvait ses amis véritablement agaçants.
— Faut avouer que c'est pas un super nom, renchérit Jackson. Ça ne m'étonne pas que Scott l'aime bien.
— Hé ! protesta l'intéressé. Ce n'est même pas moi qui l'ai donné, c'est Stiles qui l'a lancé et son chat a eu l'air de l'aimer …
Le blond fixa son ami d'un air stupéfait, comme s'il cherchait à savoir s'il était sérieux, mais Lydia changea de conversation.
— Au fait, j'organise de nouveau une fête pour Halloween cette année, je compte sur vous !
Les adolescents échangèrent des regards désespérés. Il ne se souvenait que trop bien de l'expérience de l'année passée et des efforts que cela leur avait demandés pour correspondre aux exigences de la rousse. Pourtant, personne ne protesta. Même Jackson se contenta de lever les yeux au ciel. Après tout, la soirée avait été agréable et de toute façon, lorsque Lydia avait une idée en tête, il était difficile de la lui ôter.
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Mes amis me manquent. J'espère que la meute est en sécurité. J'ai de plus en plus de mal à me souvenir de leurs visages. Je perds la précision des détails. Je me souviens que Lydia était rousse, qu'Erica était blonde et qu'Allison était brune, mais je mélange leurs traits, je ne me souviens plus vraiment de qui ressemble à quoi.
Et les autres … Ils sont de plus en plus confus. Je n'arrive plus à me souvenir d'eux, tout se mélange et parfois, ce sont les visages de ceux qui m'ont kidnappé qui me reviennent en mémoire. Qui aimait la photographie ? Est-ce que c'était Matt ou Danny ? Je crois que c'était … Je … Je ne sais plus. C'était Matt, je crois. Est-ce qu'il s'appelle bien Matt d'ailleurs ?
Je suis perdu, je ne me souviens plus de grand-chose, je me perds dans le noir qui m'entoure et qui commence peu à peu à me remplir la tête et le cœur. J'ai envie d'abandonner, de me laisser couler, de les laisser gagner.
Dans un ultime sursaut de volonté, je me secoue et je m'accroche au premier souvenir qui passe. Il n'est pas très joyeux, mais au moins, il m'évite de sombrer.
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— Je t'assure qu'elle est vraiment bizarre, pesta Scott en refermant son casier et en jetant un coup d'œil à Allison qui discutait avec Lydia, un peu plus loin.
Stiles lui lança un regard peu convaincu mais décida d'aller dans le sens de son ami pour cette fois.
— Et bien, demande lui ce qui ne va pas, fit-il. C'est ce que tu m'as conseillé de faire avec Derek, de lui parler de Tom et maintenant, tout s'arrange. Enfin, ça s'arrange surtout parce que Tom a décidé de s'enfuir dès qu'il a connu mon nom de famille, mais on se fiche des détails, l'important est que tout aille bien entre Derek et moi !
— Et si elle veut me quitter ? s'inquiéta le loup garou.
— Dans ce cas, prouves lui que ce serait une erreur monumentale et que tu es l'homme de sa vie. Elle t'aime, tu es son premier petit copain, donc elle t'écoutera. Et si ça se trouve, elle s'inquiète juste pour l'avenir, pour ce que vous allez faire après le lycée, et elle n'ose pas t'en parler. Alors te voir faire le premier pas, ça la rassurera.
Scott hocha la tête et Stiles baissa la tête vers sa poche pour en extraire son téléphone portable.
— Ouais. Ouais, je vais faire ça, lui parler, déclara le loup garou. J'irai après les cours. On finit tôt et je ne commence pas le boulot avant dix-sept heures, on pourra aller chez elle pour parler.
— Euh non …
Scott dévisagea son ami d'un air perdu.
— Quoi ? Tu ne penses plus que c'est une bonne idée de lui parler ?
— Hein ? Non ! s'exclama Stiles. Pour Allison, il faut que tu lui parles. C'est juste que tu ne pourras pas le faire après les cours.
Le loup garou fronça les sourcils et son meilleur ami poursuivit :
— Je viens de recevoir un texto de Derek. Il veut nous voir après les cours. Et ça a l'air plutôt important …
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Derek sortit du véhicule de police et claqua la portière pour la refermer. Le shérif avait reçu un appel un peu plus tôt. Son adjoint était parti s'occuper d'une affaire de cambriolage, alors il avait demandé à l'alpha de l'accompagner. Il lui avait touché deux mots sur ce qu'ils avaient devoir gérer, mais le loup garou était loin de se douter de ce qu'il avait trouvé dans la forêt.
Le shérif s'approcha du corps qui était étendu par terre avec un air triste sur le visage.
— Je déteste qu'on m'appelle pour ce genre d'affaires, soupira-t-il en s'accroupissant près du cadavre.
Derek le suivit et se stoppa net en découvrant les cheveux blonds et les traits familiers de la victime.
— C'est un garçon, je dirais dans la vingtaine, commença à énumérer le shérif. Je ne vois pas de blessure apparente et il n'y a pas de sang par terre. Donc soit il n'a pas été tué par une arme blanche, soit il n'a pas été tué ici. Tu en penses quoi ?
Il se tourna vers l'alpha et capta son regard troublé.
— Tu le connaissais ? s'étonna-t-il.
— Je …Je ne le connais pas très bien, mais il y a quelques jours, il est arrivé chez moi en me demandant de l'aide. Il m'a dit s'appeler Tom Karner et être un loup garou. Il s'était fait kidnapper par des gens, que je présume être des chasseurs, et s'est fait torturer par eux avant de réussir à leur échapper et de venir se réfugier chez moi. Ensuite, il a découvert que le nom de famille de Stiles était Stilinski et il s'est enfui en disant quelque chose du genre qu'il ne pouvait pas plus mal tomber.
Le shérif se passa la main sur le menton, semblant réfléchir.
— Mon oncle m'a dit qu'il avait probablement été effrayé par votre nom parce que c'était un repris de justice et qu'il avait peur de retourner en prison ou que c'était un fou qui s'était échappé d'un asile et qu'il avait inventé toute cette histoire de kidnapping.
— Peut-être … marmonna le père de Stiles. Seule l'enquête nous permettra d'y voir plus clair. Est-ce que tu penses possible qu'il ait été tué par un loup garou ou par un chasseur ?
Derek s'accroupit à son tour près du corps de Tom et renifla discrètement l'air.
— Je ne vois rien de vraiment suspect, mais il faudra attendre l'autopsie pour en être sûr. Si c'est un loup garou qui l'a tué, il doit y avoir des blessures physiques. Si c'est un chasseur, ou un Nettoyeur, le meurtre peut avoir été beaucoup plus subtil. Et peut-être que ce garçon a simplement fait une crise cardiaque. Il avait l'air assez fragile, il est resté chez moi moins de vingt-quatre heures mais il avait peur de tout. Effrayé comme il était, être dans le noir en pleine forêt a dû le rendre malade de peur.
Le shérif hocha la tête et se redressa.
— Je vais aller chercher de quoi baliser la scène et appeler une ambulance, pour qu'on emmène le corps à l'hôpital, afin qu'il y soit autopsié.
Le père de Stiles s'éloigna, laissant Derek seul. L'alpha observait le corps d'un air désolé, regrettant de ne pas être parti à la recherche de Tom, lorsqu'il capta une respiration légère, devant lui, sur sa droite. Le shérif étant reparti en arrière pour rejoindre la voiture, ce ne pouvait pas être lui qui se trouvait là-bas.
Le vent apporta une nouvelle odeur au nez de Derek, une odeur qu'il avait déjà senti sans pour autant la côtoyer très souvent. L'alpha se leva, jeta un coup d'œil derrière lui, enjamba le corps de Tom Karner et s'avança en direction de la respiration qu'il percevait.
Cent mètres plus loin, appuyée contre un arbre, ses cheveux blonds rassemblés en une queue de cheval, Clara Lorenzo attendait le loup garou. Elle l'accueillit avec un petit sourire suffisant qui agaça le jeune homme.
— Qu'est-ce que tu fais là ? grogna Derek.
— La même chose que toi, répondit la jeune fille. Je viens voir ce qu'il s'est passé.
— Mais moi, je suis un représentant de l'ordre alors que toi, tu es plutôt de ceux qui troublent l'ordre, n'est-ce pas ?
Un rictus moqueur apparut sur le visage de Clara.
— Nous sommes tous les deux des tueurs, c'est dans notre nature, persifla-t-elle. L'uniforme ne te va pas très bien. Tu devrais changer de métier. Je te préfère avec un côté un peu plus … Bad boy !
— Je me fiche de ton avis, cracha Derek. Tu es sur une scène de crime et avec tes antécédents, tu es un suspect.
— Mes antécédents ? ricana la jeune fille. Tu penses vraiment que me faire passer pour une vilaine personne qui chasse des êtres surnaturels va convaincre un jury ?
L'alpha ne répondit rien. En effet, pour l'instant, rien ne prouvait que Clara avait un rapport avec ce meurtre, même si c'était une Nettoyeuse et qu'elle venait le défier sur le lieu du crime.
— Qu'est-ce que tu sais à propos de Tom Karner ? lança le loup garou.
— C'était un loup garou, répondit la jeune fille. J'ai été prévenue de son arrivée à Beacon Hills et je devais garder un œil sur lui, pour m'assurer qu'il ne ferait pas de dommages collatéraux.
— Et bien sûr, je dois comprendre que par « garder un œil sur lui », tu voulais dire « le tuer » ?
Clara laissa échapper un rire.
— Me croirais-tu si je te disais que je n'ai pas touché un seul cheveu de la tête de ce loup garou ?
Le jeune homme ne répondit rien et la jeune fille commença à s'éloigner.
— Tout n'est jamais que blanc ou noir, Derek, déclara-t-elle. Je ne suis peut-être pas la tueuse impitoyable que tu penses que je suis. Je suis une Nettoyeuse mais je suis aussi humaine. J'attends d'être certaine qu'il y ait un danger avant de tuer quelqu'un.
— L'année dernière, vous avez tué de nombreux innocents sans le moindre remord, s'exclama l'alpha.
— L'année dernière, je n'étais pas toute seule.
Clara disparut entre les arbres mais le loup garou l'entendit pendant encore un moment faire craquer des brindilles et soulever des feuilles en s'éloignant. Il revint sur ses pas et contempla le corps sans vie de Tom, analysant silencieusement ce que la jeune Nettoyeuse lui avait révélé. Le shérif finit par revenir, un long ruban jaune à la main.
— Désolé, j'ai été un peu long, mais j'ai appelé le commissariat après avoir joint les secours et … Bref, ça n'a pas d'importance. Tu veux bien aller baliser le terrain ?
Le père de Stiles tendit le ruban jaune à Derek qui s'en saisit. Le policier lui demanda :
— Tu as trouvé des indices ?
L'alpha secoua la tête avant de murmurer :
— Non, pas encore.
