Salut tout le monde^^.
Désolé pour le retard, j'ai écris aussi vite que j'ai pu, mais bon à côté je recherche du travail et j'ai mes heures de conduite^^. Je pars en week end, alors pour patienter je vous poste un long chapitre, rempli d'amour^^(enfin écris avec amour je dis pas ce qu'il y a dedans).
Réponses aux reviews:
-memelyne: salut ma belle. Contente que le passage de Sess à l'Okiya t'ait plu (j'étais toute excité quand je l'ai écris, au début c'était pas prévu, je l'ai fais sur un coup de tête et je suis contente d'avoir pu remettre l'histoire après comme je le voulais^^). Merci pour ton commentaire. D'ailleurs je dois te remercier parce que c'est ta longue reviews qui m'a booster à écrire les trois quart de ce chapitre (je l'aurais écris entièrement mais le temps m'a pris de cours).
-Mimikaï: Peut être attend-il le déluge, je ne sais pas. Peut être a-t-il des doutes, mais pour vous mettre dans la voie, voici un petit conseil: souvenez vous du contexte historique, c'est très important. Sess est le Grand Seigneur, qui est en conflit avec l'Est dominé par l'humain Togukawa. Je n'en dis pas plus^^.
-Thalia: Merci pour tes encouragements, c'est toujours bon de se sentir soutenu^^. Apparemment l'interventin de Sess dans l'Okiya a plu à tout le monde, j'en suis également heureuse^^. Comme je le disais plus haut, à l'origine cela n'était pas prévu dans le chapitre, c'est sur un coup de tête. Résultat, c'est le moment que vous préférez le plus. J'ai comme l'impression que vous préférez les passages coup de tête^^.
-Cynthia: Tu as posté ta reviews en même temps que la suite alors je réponds ici. Je suis contente que cela te plaise^^. Nouvelle fan? Soit la bienvenu si c'est le cas^^.
Maintenant, la suite que vous attendiez toutes^^.
PS: attention, Kumiko se réveille.
Murmures d'un amour éternel
Chapitre 6 : La Maiko aux yeux de brume
Un gros bruit, des pas titubants, une respiration haletante. Puis une poigne qui attrape mon bras, une autre qui me secoue comme une prune, et une écoeurante odeur d'alcool. Voila comment les choses s'enchainèrent à mon réveil.
Emergeant, j'ouvris les yeux encore lourds et tentai d'analyser ce qu'il se passait. J'avais tellement pleuré que je m'étais endormie sans m'en rendre compte et la journée s'était défilée sans moi et sans que j'en prenne conscience.
Quand à cette chose non identifiée qui me secouer dans tous les sens, ce n'était autre qu'Hidemi venu chercher son dû. Hidemi : grosse, grasse, autant par la matière que par les cheveux, des yeux globuleux et bouffis, rouges à cause de l'alcool, une bouche boursoufflée, de grosse pommette, des bras aussi gros que mes mollets, bref elle se noyait dans sa propre obésité.
Ma première pensée en la reconnaissant, ce fut :
« -Comment une femme peut-elle être aussi grosse et aussi moche en même temps ?
-Bienvenu chez les humaines, ricana ma bête intérieure. Tu n'avais pas remarqué ou quoi ? On ne peut pas dire que Hiroyichi soit une reine de beauté ou alors les seigneurs ont pas les trous en face des yeux…
-On dit, les yeux en face des trous, idiote ! Et tous les êtres humains ne sont pas comme ça.
-En attendant, fais quelque chose pour calmer la grosse truie, elle m'énerve à nous secouer comme ça. »
Je poussai subitement Hidemi qui alla s'éclater contre le mur dans un fracassement assourdissant.
« -Non seulement elle est moche, mais en plus elle a la souplesse d'un ivrogne, ricana encore plus l'autre.
-Tais-toi ! »
Elle se releva difficilement et tanga un peu avant de reprendre équilibre et de me toiser de son petit mètre soixante.
Puis elle inspira profondément et s'exclama :
« -Qu'est-ce que c'est que ça ? Hein ? On me pousse pas moi vilaine garce ! »
Elle s'approcha de moi pour me gifler, mais je fus plus rapide et la repoussai encore une fois. Elle retourna embrasser la poussière mais cette fois elle resta assise, l'effort de se lever lui coûtant peut être trop.
« -Attend un peu petite chienne, menaça-t-elle en sueur, attend que je me lève et que je t'attrape.
-Il ne fallait pas être aussi grosse, répondis-je insolente. Si vous ne l'aviez pas été, vous ne seriez pas aussi fatiguée.
-Heh, Yure me disait que tu étais insolente, mais tu frises l'insulte ! La dernière qui a osé me tenir tête n'a plus de langue pour le raconter !
-Elle a dû se tromper de baguette et manger avec les vôtres, la pauvre si elle avait fait plus attention, soupirais-je. »
D'un côté, c'était assez comique, parce que cette Hidemi n'était rien d'autre qu'une grosse truie à qui on avait donné le titre d'humain. D'un autre, c'était angoissant, car je ne me reconnaissais vraiment pas, du moins pas comme j'étais avant d'avoir retiré le bracelet. Mais bon sang, qu'est-ce que ça faisait du bien !
De toute ma vie, je ne m'étais jamais sentie aussi…aussi…moi-même ! Insolente peut être, mais si j'étais comme ça, alors pourquoi le renier ? Et puis, je n'avais pas envie de me laisser faire.
Elle se releva mais cette fois elle me menaça du bâton de bambou qui traînait dans le coin et qu'elle avait, par je ne sais quel miracle d'ailleurs, épargnée, alors qu'elle avait juste auparavant brisé la table en posant son grossier postérieur dessus.
Cette baguette de bambou…combien de fois est-ce que j'avais plié sous la torture ? L'occasion était idéale de se venger, songeais-je avec assurance.
Une lueur de malice dans mes yeux intimida toutefois la grosse, qui ne comprenait vraiment pas pourquoi le monde entier ne pliait pas sous son autorité.
Moi ce que je ne comprenais pas, c'était pourquoi le monde entier la supportait.
Ma bête intérieure semblait d'accord car je l'entendis siffler dans ma tête, faussement sidérée :
« -On a pas le droit d'être aussi moche ! »
Un demi-sourire sur mes lèvres, j'attendis qu'elle s'élance à la charge pour trancher la baguette avec mes ongles.
« -Griffes seraient plus appropriés. Même s'il s'agit du prolongement de tes ongles, affilés et terriblement coupant, on appelle ça des griffes.
-Tu vas continuer à me couper longtemps ou pas ?
-Hey, je suis la part rebelle de toi, et puis, c'est moi que tu utilises alors laisse moi expliquer comment ça marche. »
Je l'ignorai pour me concentrer sur la truie qui regardait son bâton en morceau avec des yeux encore plus ronds et globuleux. Elle était tétanisée et complètement sidérée.
Je poursuivis :
« -Vous avez toujours envie de me transformer en une putain des bas quartiers ? Demandais-je en faisant craquer mes doigts.
-Yure n'avait pas spécifié ce genre de chose, trembla-t-elle en titubant vers la sortie.
-Vraiment ? M'étonnais-je faussement, je suis certaine qu'elle en est désolée...terriblement désolée. Ah, comme c'est trop tard, vous avez déjà payé pour m'avoir…
-Et bah…, elle secoua frénétiquement la tête et déclara avant de prendre la poudre d'escampette, qu'elle garde l'argent et toi ! »
Elle trébucha à plusieurs reprises avant d'arriver au portail et s'enfuie sans même attendre le carrosse ou celui qui en était chargé.
« -Comment quelque chose d'aussi gros et moche peut il courir aussi vite ? Se demanda ma bête intérieure.
-La routine du métier je suppose, répondis-je en reprenant la même tristesse habituelle. »
La question était désormais, qu'allais-je faire ?
La tentative de Yure pour se débarrasser de moi avait échoué et tous allaient rentrés d'une minute à l'autre.
Ma bête intérieure me conseilla de fuir, de partir à mon tour, mais je la coupai en lui rappelant qu'à part ici, je, non nous n'avions aucun endroit où aller. Errance pour errance, je préférai quand même rester ici, avec Sacha.
« -Je suis surprise quand même, remarquais-je mentalement en commençant à ranger le salon. Je ne me connaissais pas ainsi.
-C'est parce que je suis là désormais…et puis tu redeviens un peu de celle que tu étais avant.
-Que veux-tu dire ? Etais-je…ainsi ?
-En pire !
-Tu me connaissais alors ?
-Pas du tout.
-Mais alors…
-Hey ! Je suis une partie de toi tu t'en souviens ou pas ? Ce que tu ignores, je l'ignore ici, mais je suis aussi liée à ton subconscient qui lui sait. Alors quand je dis que tu étais encore plus insolente avant, tu peux me croire.
-D'accord, d'accord, je te crois. Mais pourquoi que maintenant ? Pourquoi à partir du moment où je t'ai libéré ? Pourquoi pas avant, quand j'étais avec Eko ?
-Bonne question. J'ai peut être mon hypothèse là-dessus.
-Voila que ma deuxième conscience intérieure émet des hypothèses je deviens vraiment folle…
-Hum, tu m'écoutes ou pas ?
-Ai-je vraiment le choix ? »
Je l'entendis rigoler à ma remarque. C'était vraiment bizarre de se parler à soi-même, oui vraiment bizarre. En même temps, je comprenais pourquoi les youkais ne se sentaient jamais vraiment seul…ils devaient, peut être, souvent parler avec leurs…bêtes intérieures.
« -Tu te trompes là-dessus. Tous les youkais n'ont pas ce genre de…phénomène.
-Quand tu parles de « phénomènes » tu veux dire le fait que le sang de youkai matérialise en soi une sorte de seconde conscience plus sauvage et instinctive ?
-Oui. Et seuls les grands démons en ont, des youkais assez sociables pour vivre en groupe ou qui ont des coutumes familiales.
-Tu en sais des choses dis-moi…
-Je ne le sais, que parce qu'au fond de toi tu le sais. N'oublie pas, je suis toi.
-Cela fait je ne sais plus combien de fois que tu le répètes…, soupirais-je mentalement. Bon c'est quoi ton hypothèse ? Pendant que je range le couloir. C'est une vraie tornade cette Hidemi…
-Quelle est la différence entre le moment où tu étais avec Eko et celui où tu m'as sentie pour la première fois ?
-J'étais séparée d'elle.
-Quoi d'autre ?
-Le lieu ? Je crois que c'était à proximité de la frontière Ouest…
-Quoi d'autre ?
-Je me suis rapprochée de mon passé avec le…ah ! J'ai compris ! M'exclamais-je. Tu parles du Grand Seigneur ?
-Exact. Tu sais en toi-même qu'il est un lien indéniable de ton passé, un lien important. Si important d'ailleurs que tu as décidé de tout faire pour l'approcher.
-Oui bon, passe les étapes j'ai compris et alors ? Quel lien avec toi ? Serais-tu lié à lui ?
-Etrangement, je le crois. Peut être même que je viens de lui qui sait, tout ce que je sens c'est que quand il est dans les parages, je me sens agitée et nerveuse.
-Voila que ma conscience déraille…
-Je ne suis que le miroir démoniaque et sauvage de toi Michiko…
-A d'autre… »
Elle ricana et se tut. Enfin !
Je venais à peine de finir de nettoyer le salon quand j'entendis la porte s'ouvrir et des rires s'introduire dans le couloir principal. Puis la porte du salon s'ouvrit en grand et Hiroyichi se mit à hurler.
Yure ainsi que Tamako et Kamari accoururent et quand elles me virent, la surprise et la rage se lirent sur leur visage.
« -Mais…qu'est-ce qu'elle fou encore là ? S'écria Hiroyichi rouge de rage.
-Tu me manquais trop, prétextais-je en clignant plusieurs fois des paupières.
-Hidemi n'est pas venue te chercher ? Demanda Yure soucieuse.
-Ah ! Cette bonne vieille Hidemi, soupirais-je en me curant les griffes, elle est passée mais…dans son immense bonté elle a décidé de me laisser avec ma seule famille, et l'argent aussi d'ailleurs.
-Michiko-chan, souffla Sacha surprise, que lui as-tu fais ?
-Moi ? Mais rien, mentis-je. »
Silence.
« -Bon d'accord, elle m'a un peu trop secoué et je lui ai rendu l'appareil. Ah et le bâton de bambou, intervins-je en ramassant six morceaux de bambou, bah elle a voulu me frapper avec mais…je n'étais pas d'accord. Navrée vraiment… »
Je le tendis vers Yure, sourire aux lèvres. Quel plaisir de voir leur tête, c'était bon. Après toute une année passée dans la servitude et la souffrance, ma vengeance était onctueuse.
Mais je n'étais pas aussi cruelle qu'elles, aussi me contentais-je simplement de menaces très voilées.
Sacha récupéra la baguette en morceau et la posa dans un coin de la pièce :
« -Je vais faire un peu de thé, annonça-t-elle en se traînant dans le couloir, je crois que nous allons devoir parler. »
Yure hocha la tête, pâle, très pâle. Puis Hiroyichi, furieuse, voulut s'enfuir dans sa chambre mais un ordre de Yure l'en dissuada :
« -Je n'en ai pas encore fini !
-Mais…
-Qui commande cet Okiya ? Tonna Yure d'un regard méchant. »
Rappelée à l'ordre Hiroyichi vint s'installer à sa place en grognant. Elle ne devait pas aimer mon petit sourire, ça tombait bien je ne l'aimais pas non plus.
Quand Sacha revint avec la théière et les tasses, nous étions toutes assises et le silence était maître.
Elle posa le plateau sur la table et commença à servir. Yure inspira profondément et débuta la conversation concernant mon avenir :
« -Qu'allons nous faire de toi maintenant ? Hidemi ne prendra pas le risque de s'encombrer de toi, surtout que tu es non seulement insolente mais en plus violente.
-Je n'aime pas la violence Oka-san, intervins-je, mais je ne suis pas humaine et vous l'avez tout simplement oubliée. J'ai une dette toutefois envers vous. Vous m'avez nourri, logé, accepté comme une de vos filles et ce pendant une longue année.
-C'est exacte. Et en quoi cela me protégera de tes griffes Michiko ?
-La reconnaissance est grande. Mes griffes ne vous atteindront jamais. Elles ne l'ont pas fais pendant que vous me punissiez de choses que je n'avais pas commise, et ne le feront pas. Je ne promets rien pour vos autres…filles en revanche, précisais-je en souriant.
-Je refuse qu'elle reste ! Protesta Kamari.
-Silence ! Ordonna Yure. C'est à moi d'en décider. »
Puis elle revint sur moi, les yeux flambant de colère.
« -Te rends-tu compte de l'impasse dans laquelle tu me mets petite Michiko ?
-Au moins, nous sommes deux Oka-san. Je n'ai jamais demandé à atterrir ici, mais je me suis quand même abandonné au travail pour survivre.
-Pourquoi n'es-tu pas parti alors ? Si cet endroit te déplait tant ?
-Et pour aller où Oka-san ? Mise à part l'Hanamachi, je ne connais personne d'autre.
-Alors que veux-tu hein ? Me prendre l'Okiya ? Me menacer ? S'énerva Yure. Je n'aurais jamais dû accepter un démon comme toi.
-Je veux devenir une Geisha, répondis-je simplement.
-Une Geisha, cracha Yure. Et comment donc ? Une Geisha n'est pas insolente ou barbare ! Elle ne menace pas ses ainées de ses griffes non !
-Mais une Geisha n'a pas à laver le sol ou à être insultée par ses sœurs comme une moins que rien. Elle n'a pas à subir leur raillerie. Vous ne m'avez connu que comme une servante alors comment pouvez prétendre que je ne ferai pas une bonne Geisha ?
-Je le sais tout simplement ! Tonna Yure.
-Vous savez quoi ? M'énervais-je à mon tour.
-Ce qu'elle sait, intervint Hiroyichi ayant retrouvé son calme, ce qu'elle sait, c'est que tu n'es qu'une souillon. Une souillon restera à jamais une souillon petite Michiko. Qu'importe quels seront tes efforts, la sueur qui s'écoulera de toi, ne sentira jamais le jasmin ou le lilas, mais le poisson et la décomposition.
-Ne prend pas ton cas pour des généralités Hiroyichi ! Rétorquais-je.
-Voila une manière bien éloquente de te faire garder ta langue ma chère, intervint une voix que je n'avais jusqu'alors jamais entendu. »
Toutes les têtes se tournèrent dans la même direction, à savoir la porte du salon.
Sacha l'ouvrit et s'arrêta de stupeur. Elle recula et une magnifique femme entra. J'entendis les respirations se couper et les yeux s'arrondirent de surprises.
L'odeur du jasmin embauma la pièce alors qu'elle s'approchait de la table. Elle portait un beau kimono de soie bleu, brodé de fleurs diverses et variés, de couleur blanche et jaune. Son visage était agréable, des lèvres fines, un nez aquilin, des yeux en amandes, un regard châtain, de longs cheveux ébènes cascadant sur une frêle épaule aux courbes gracieuses.
Elle se mouvait dans l'espace en glissant avec magnificence. C'était une Geisha, à n'en pas douter. Rien que sa présence personnelle l'affirmait. Dans chacun de ses regards ou de ses mouvements, elle était beauté.
C'était la Geisha que je voulais devenir, la passerelle que je convoitais.
Elle s'inclina respectueusement en face de Yure et poursuivit :
« -Cela fait bien longtemps Oka-san.
-Reiko, murmura cette dernière d'une petite voix. Que…que viens-tu…
-Je suis désolée d'être entré ainsi, mais la porte était ouverte et personne ne semblait entendre la clochette… »
Elle laissa quelques secondes à Yure pour se reprendre. Cette dernière secoua frénétiquement la tête et ordonna à ce qu'on la laisse tranquille.
Mais Reiko n'était pas de cet avis et intervint :
« -Elles peuvent rester. Après tout, cela les concerne…dans un certain sens…
-Qu'est ce qui t'amène en ces lieux ma tante ? Demanda Hiroyichi.
-L'ennui ma chère nièce. L'ennui, répondit-elle en focalisant sur moi un regard pénétrant. »
« -Etrange, songeais-je, pourquoi un tel regard ?
-Je pense que cela te concerne plus particulièrement, me répondit-elle. Qui sait les vraies raisons qui l'on conduites ici… »
« -Alors ? S'enquit Yure en lui versant du thé. Je t'écoute.
-J'ai entendu dire que tu comptais vendre ta servante à une maison de prostitué. Jamais de ma longue vie je n'ai entendu pareil balivernes, expliqua-t-elle en fronçant les sourcils. Comment pourrais-je croire que ma bien-aimé Oka-san décide de sacrifier une telle beauté à des badauds et des marins ?
-Pourtant c'est le cas, répondit Yure. Du moins c'était, avant qu'elle ne fasse fuir Hidemi de son impudence.
-Vraiment ? Alors j'arrive trop tard…heureusement que tu l'as repoussé pour moi, me remercia-t-elle en s'inclinant.
-Et nous étions justement en train de parler de son devenir, poursuivit Yure. Mais je suppose que les rumeurs ne sont pas les vraies raisons de ta présence ici Reiko, du moins je pense.
-Je suis intéressée par cette jeune fille Oka-san. Je m'ennuie et puisque ma nièce est une grande Geisha, elle peut se débrouiller seule désormais, expliqua Reiko. Alors…
-De toutes les Maïkos que tu peux prétendre entraîner, pourquoi faut-il que se soit Michiko ? Elle n'est même pas assez disciplinée en tant que servante ! Marmonna Yure.
-La discipline n'est qu'une question de compréhension, notamment pour ceux de son espèce.
-Que voulez-vous dire ? Intervins-je.
-Ne le prend pas mal Michiko, rétorqua Reiko. Quand je parle de ton espèce, je parle des youkais. Contrairement aux humains, les youkais voient les choses différemment et ce n'est pas à coups de bâton ou de punition que nous pourrons les discipliner. D'ailleurs, discipliner un youkai est chose impossible. »
« -Elle n'a pas tort, commenta ma bête intérieure. Il est impossible de nous dompter totalement. Nous sommes plus sauvage que les humains, mais moins que les animaux. Nous sommes à mi-chemin dirons nous.
-Je vois. »
« -Si je comprends bien, reprit Hiroyichi, vous voulez prendre Michiko et l'entraîner à devenir une Geisha ? C'est ridicule !
-Je refuse, annonça Yure. Elle me coûte déjà suffisamment comme ça.
-Suis-je bête, je n'ai pas encore énoncé la garantie, soupira Reiko. »
Yure la regarda de travers, intriguée. Elle connaissait suffisamment Reiko pour savoir qu'elle n'était pas le genre de femme à faire n'importe quoi. Elle n'était pas le genre non plus à nuire aux autres, tant que cela n'allait pas à l'encontre de ses intérêts.
Soudainement plus intéressée, Yure revint sur sa décision, méfiante :
« -Et de quelle garantie parlons-nous exactement ?
-L'école, la nourriture, les vêtements, tout ce qui concerne Michiko et les dépenses qu'elle fait et fera, seront à mes frais.
-Je suis maintenant certaine que tu plaisantes, rigola Yure. Aucune femme intelligente ne prendrait pareil risque.
-Vous ne me croyez pas ? Très bien. Si Reiko n'est pas prête pour les danses du printemps, alors je m'engage à payer trois fois sa dette. »
Silence.
Yure était tout bonnement plus intéressée. Je dirais même qu'elle n'avait qu'une seule envie : accepter. Reiko poursuivit :
« -J'émets toutefois une petite condition.
-Laquelle ?
-En fait il y en a deux. La première va de soi, que Michiko logera dans mes quartiers, je ne veux pas que la jalousie de ma nièce ne nuise au pari en vigueur.
-Cela va de soi, répéta Yure en empêchant Hiroyichi de répliquer.
-Ma deuxième condition, c'est que si j'arrive à faire d'elle une Geisha pour les danses du printemps, ni toi, ni personne d'autres ne toucheront ses futurs gains.
-Je vois, c'est un quitte ou double, soupira Yure. Très bien ! J'accepte ce marché. »
Deux jours plus tard, je me retrouvai en compagnie de Sacha, qui m'accompagnait jusqu'à la petite maison de Reiko :
« -Tu sais, Michiko-chan, Reiko est la plus grande des Geishas de tout l'Hanamachi. Elle est la seule qui ait pour Danna un Youkai, m'expliqua Sacha.
-Un Danna ?
-Tu comprendras durant ton apprentissage, rigola-t-elle de sa vieille voix rouillée.
-Comment se fait-il qu'elle ne vive pas dans l'Okiya avec les autres de la maison de Yure ? Demandais-je pensive.
-Parce que son Danna est un youkai riche et qu'il refusait qu'elle vive avec le commun des Geishas. Il s'agit de la maison de Reiko, ses appartements privés, raconta-t-elle. Reiko est l'image même de la Geisha accomplie, un modèle de bonheur que toutes les Geishas de cet Hanamachi convoite. »
Ces paroles restèrent dans mon esprit jusqu'à notre arrivé. Ainsi donc, cette Reiko était non seulement la tante d'Hiroyichi, mais en plus la plus grande Geisha. C'était un fait important que je devais prendre en compte.
De plus, elle semblait savoir s'y tenir avec le traitement des youkais, au moins ne serais-je pas traitée comme une moins que rien, ou même frappée.
C'était comme un rêve qui se réalisait. Je marchais vers un avenir plus prometteur, vers ma future enseignante particulière, qui m'apprendrait à devenir l'une de ces magnifiques femmes, semblant flotter dans des kimonos de soie, aux côtés du Grand Seigneur.
J'étais à la fois anxieuse et heureuse, deux sentiments que j'avais maintenant habitude à ressentir. Ma mémoire vacillait toujours quand je repensais au Grand Seigneur, à ses paroles sybillines, et à ses actes on ne peut plus incertains…
Sacha fit sonner la petite clochette et une vieille servante se présenta devant le portail :
« -Je vous amène Michiko-chan, expliqua solennellement Sacha en carrant ses épaules tout en se tenant plus ou moins droite avec sa canne. »
La servante s'inclina et ouvrit le portail.
Je m'avançai mais Sacha me retint doucement par le poignet. Je me retournai :
« -Michiko-chan, commença-t-elle la voix perturbée par un chagrin naissant. Je suis contente. Tu pars pour une nouvelle vie et…
-Je sais Sacha, la rassurais-je.
-Et même si les moments que tu as passé à mes côtés n'étaient pas les plus beau de ta vie je voulais te dire que…
-Moi aussi, la coupais-je. Moi aussi Sacha. Je vous remercie pour tout. »
Je déposai un doux baiser sur son front ridé et lui offris l'un de mes plus beaux sourires. Puis j'entrai et, avec un dernier regard, je vis le portail se refermer, Sacha versant quelques larmes de bonheur derrière ses barreaux.
Avant d'entrer toutefois, sa voix me parvint :
« -Tu as su comblée de bonheur mon petit cœur Michiko-chan, puisses-tu le trouver à ton tour. »
Souriante, j'attendis que la porte d'entrée se referme pour reprendre contenance. Maintenant, l'heure n'était plus à des « au revoir » déchirants, mais à la préparation d'un avenir.
Je ferais désormais tout, pour me rapprocher de lui, de l'homme qui détient mon passé, à travers les yeux couleur du soleil.
Je suivis la servante jusque dans une pièce à part, dans laquelle Reiko parlait avec un homme…non un Youkai. Il était relativement jeune, peut être dans le deux ou troisième siècle de son existence, mais possédait déjà un corps impressionnant et un charisme digne d'un seigneur.
D'après mon flair, il appartenait à la famille des Démons Renards, un magnifique Kitsune aux cheveux de feu, remontés en une flamme imposante sur sa tête. Ses oreilles étaient deux fois plus longues que celles des Démons Chiens, et ses yeux aussi rouges que le sang.
Il portait un Hakama jaune, brodé de serpents sur la longueur du mollet, ouvert au niveau des hanches, laissant entrevoir ces dernières d'une couleur mate.
Son Kimono était jaune aussi, mais les pans de ses manches étaient dissimulés dans d'imposants brassards qui protégeaient jusqu'aux jointures des doigts et remontaient jusqu'aux coudes. Son Hakama, légèrement entrouvert au niveau du torse, laissait dévoiler un poitrail puissant, musclé et bronzé, décoré par des dessins sur la peau.
Ils cessèrent leur discussion lorsque la servante s'inclina face à eux et murmura mon arrivé à Reiko.
« -Michiko est ma nouvelle protégée, déclara cette dernière au youkai. »
Il porta son regard flamboyant vers moi et je sentis ma bête intérieure grogner intérieurement :
« -Mauvaise nouvelle, me murmura-t-elle. Nous lui plaisons.
-Comment tu peux le savoir ?
-Tu ne sens pas ? Ce parfum de convoitise, cette essence de désir qui s'écoule de sa peau, la sueur de celui qui apprécie un magnifique paysage. »
Il me sourit, enfin, un demi-sourire. Puis il inclina légèrement la tête et déclara :
« -Elle est aussi belle que sa grande sœur. »
Préférant ne pas répondre, je lui rendis un regard fermé et inclinai légèrement le bassin. Il salua à son tour Reiko et disparut de la pièce sans un bruit, avec juste comme preuve de mouvements, le bruissement de son Hakama.
Reiko se retourna vers moi et déclara dans un sourire :
« -Tu as réussi à troubler le comte, ma chère. Maintenant tu as rallumé le feu de la convoitise.
-Que…voulez vous dire ? Demandais-je en fronçant les sourcils.
-Le comte est un homme important pour moi, expliqua-t-elle. C'est mon Danna. Un jour, si tu as de la chance, tu auras aussi un protecteur. »
Je la suivis dans sa petite maison et nous débouchâmes dans une autre pièce, donnant sur un jardin intérieur. Elle se posa devant la porte coulissante du jardin et m'arrêta, alors que je voulais m'agenouiller pour refermer la porte :
« -Debout, ordonna-t-elle d'une douce voix, tu n'es plus une servante désormais. »
Je me relevai. Elle tendit sa main gracieusement et m'invita à la rejoindre dans un sourire.
Je m'arrêtai en face d'elle, tête baissée.
Pourquoi donc montrai-je autant de respect ? Parce que cette femme m'avait sortie de la servitude en me proposant un avenir, qu'il y a un an, l'on m'avait ôté.
Elle posa sa main sous mon menton et me fit relever la tête, regard dans regard.
« -Je vois, murmura-t-elle. Il y a beaucoup de brouillard dans ces yeux.
-Cela vous déplait ? M'enquis-je.
-Pas vraiment, affirma-t-elle. Tu es un être unique Michiko. Une telle perle rare dans une maison de prostitué aurait été un terrible affront à la beauté que nous offre la nature.
-Je ne vois pas vraiment, protestais-je. Il y a des youkais qui ont des yeux plus magnifiques.
-Tes yeux sont comme la brume, comme toi.
-La brume ?
-La brume est mystérieuse, intouchable, indomptable. Nous aurons beau refermé la main pour l'attraper, elle s'échappera toujours. Nul ne sait ce que cache la brume et ses mystères sont d'autant plus attirants qu'ils sont dangereux.
-Suis-je donc condamné à être autre qu'une Geisha ?
-N'ait de crainte Michiko, tu seras une Geisha, peut être même la plus grande. Mais pour devenir une simple Geisha, il faut accepter sa soumission.
-Alors je ne serais pas une simple Geisha, déclarais-je tout bonnement. »
Le simple fait d'entendre le mot soumission me donnait la chair de poule et ma bête intérieure rageait sur la défensive. Nous n'étions pas d'accord sur ce simple mot.
« -Yure a dû avoir beaucoup de mal à tenter de te soumettre, rigola Reiko.
-Elle n'a pas réussi.
-C'est vrai, forte heureusement pour nous. »
Je fronçais les sourcils. Je ne comprenais vraiment pas. Une Geisha se devait d'être soumise, auquel cas ce n'était pas une Geisha…alors pourquoi ?
« -Je ne vous comprends pas, Reiko-san.
-Onee-san si tu préfères, me coupa-t-elle.
-Onee-san, repris-je. Où diable voulez vous en venir ?
-C'est très simple. »
Elle m'invita à prendre le thé dans la petite pièce et m'expliqua :
« -Vois-tu, j'ai toujours été destinée à devenir une Geisha, même si je n'étais pas très…coopérant. J'ai tenté de nombreuse fois de m'enfuir et malgré mes tentatives, on me retrouvait toujours. Mais j'ai quand même accepté d'aller à l'école de Geisha, croyant qu'on me laisserait tranquille une fois devenu Geisha.
-Ce qui n'est pas le cas, constatais-je.
-Exact. Je ne me sentais pas faite pour ce destin, même si j'excellais dans les arts des Geishas. Mon insolence et ma détermination m'a donné une réputation de dure à cuir et peu de nobles s'intéressaient à la Maiko que j'étais.
-Mais alors, la coupais-je, comment avez-vous fait pour devenir la Geisha la plus renommé de l'Hanamachi.
-Les…seigneurs youkais n'ont guère peu d'intérêt envers ce qui leur est déjà soumis. C'est juste un passe-temps que de se divertir de nos talents, raconta-t-elle. Alors, quand ils apprirent mon existence, je devins une grande convoitise. Une humaine qui ne se laissait pas faire, c'était comme un grand défi lancé entre tous les youkais, le premier qui la dompterait.
-J'ai la sensation que ce genre de chose marche très bien, murmurais-je comme si le contexte me rappelait quelque chose.
-Etre le seul à réussir parmi d'autres, est une preuve de puissance. Aussi quand mon Danna m'acheta mon Misuage, je devins la plus célèbre des Geishas, car la première à avoir été aussi convoitée par autant de seigneur youkai à la fois.
-Et vous voulez en faire de même pour moi, c'est cela, conclus-je. Mais pourquoi ? Je veux dire, vous ne me connaissez de personne, alors…
-Je suis désolée, me coupa-t-elle. Mais, il y a une autre raison à cela. Tu sais que Hiroyichi est ma nièce.
-Oui.
-C'est moi qui l'ai entraînée. Si elle est devenue une Geisha c'est grâce à moi. Son insolence, son impudence, sa jalousie et sa mauvaise fois, par ma faute je leur ai donné une force. Ma nièce n'est pas quelqu'un de foncièrement mauvais, mais l'est devenu…
-Je vois…et vous comptez m'utiliser pour la remettre à sa place si j'ai bien compris.
-Oui et non, je trouvais aussi que c'était un gâchis que de te vendre à la prostitution. Je suis désolée, ajouta-t-elle au bout d'un moment.
-Vous n'avez pas à l'être, Onee-san, moi-même je ne suis pas une sainte, et j'aspire à devenir Geisha pour m'approcher de celui qui détient ma mémoire.
-Qui donc ?
-Le Grand Seigneur. Alors si, en devenant une Geisha comme vous l'escomptez, je peux m'approcher de lui, je suis prête à tout, même à en faire baver votre nièce pour votre bon plaisir. »
Elle me contempla pendant quelques secondes et ajouta en fermant les yeux :
« -Quel spectacle cela sera, fit-elle en soufflant sur sa tasse de thé fumant, quand la cour entendra parler de la Geisha youkai plus insondable et indomptable que la brume…oui, je te ferai connaître dans tout l'Hanamachi comme la Maiko aux yeux de brume.
-Merci, Onee-san.
-Pas de précipitation hâtive, petite sœur. Nous avons encore un long chemin à parcourir, et malheureusement, peu de temps…
-Je vois, l'enjeu du pari est strict, soupirais-je. Cela va être dur mais je ferai de mon mieux. Après tout, c'est une première pour tout le monde. Vous qui entraînez un youkai, moi qui doit apprendre l'art d'une Geisha.
-Un pari est un pari. Nous allons devoir te transformer et ce pendant les trois mois qui viennent. »
Prochain Chapitre : «-Nous allons devoir te transformer, et ce qui prend des années d'apprentissages, tu devras le connaître en quelques semaines.
-N'oublie jamais, ce que sont les Geishas.
-En cette cérémonie du san san ku do, nous voici désormais lié. Désormais tu porteras le nom de Amarinth. »
Trois mois. C'est à peine de temps d'une saison, c'est à peine le temps pour une graine de s'enraciner dans la profondeur de la terre. Pourtant, c'est durant ces trois mois, que la petite graine que j'étais, deviendra une magnifique et grande fleur, mêlant la grâce du mystère et l'impudence de la sauvagerie.
Prochain Chapitre : Devenir une Geisha
