9. Réunion importante aux Trois Balais

Entre les entraînements de Quidditch, les cours et les travaux pratiques, le mois d'octobre passait très vite. On commençait à s'habituer sans renâcler aux devoirs, leçons par dizaines et critiques sévères. Le temps passait vite, le joyeux septembre souvent souriant et lumineux, quoique vite remplacé par une longue nuit, devint l'octobre sombre et parfois pluvieux qui était la marque de l'automne. Une nouvelle excita particulièrement les élèves : la première sortie au Pré-au-Lard se faisait de plus en plus proche. C'était le vendredi 18, et ce jour sonnait comme la venue du Messie sur terre. Enfin une journée sans travail, qui ferait un beau week-end de trois jours complets, surtout que les prochaines vacances seraient dans pas moins de deux mois entiers.

Un soir après les cours, Hermione se posait à la salle commune, et fit le point sur sa situation actuelle à Poudlard. Tout se passait bien, elle avait de bonnes notes partout, même en Divination, bien que parfois Trelawney ne la manquait pas. Elle avait si bien retenu ses cours qu'elle était en avance sur tout le monde. Quand à l'Étude des Moldus, ce n'était pas un problème. Elle avait reçu de McGonagall des montagnes de parchemins avec tous ses cours dessus, et elle n'avait qu'à synthétiser. Quand à ses devoirs en la matière, ils étaient aussi excellents que d'habitude, le professeur lui remit en souriant la veille son premier devoir, noté d'un O. Dans ses cours en général, elle avait toujours l'avantage partout. De ce côté, elle n'avait rien à redire, si ce n'est qu'elle fatigue très vite devant tant de charge scolaire. Ça l'arrangeait car elle s'endormait très rapidement la nuit, étant assommée d'un travail souvent intensif l'après-midi ; mais d'un autre, cela la fatiguait, elle dormait plus longtemps, et espérait plus rapidement les vacances que d'habitude, ce qui était mauvais signe de ce côté. Elle se disait qu'elle changera radicalement de mode de travail l'an prochain.

Quand à sa situation sociale à Poudlard, Hermione s'en préoccupait de plus en plus. Et pas qu'un peu. Il y avait certes Ron qui boudait encore ailleurs, mais maintenant, la préfète s'en fichait, trouvant le comportement de son ami ridicule et infantile. Si cela l'amusait de les ignorer, qu'il le fasse, très bien. De l'autre côté, elle était très satisfaite de son amitié avec Ginny, qui était plus drôle et plus positive, et avec qui elle pouvait discuter longtemps. Elle se souvenait encore de ces dîners et promenades dans le parc, quand il ne pleuvait pas, qui étaient des moments de plaisir fort. Et c'était réciproque ; car Weasley appréciait de beaucoup le calme de sa nouvelle amie, qui lui permettait de mieux réfléchir, et de se détacher de ses problèmes, de les prendre moins à cœur. Elle ne cessait de répéter que c'était grâce à Hermione.

Un des changements notables de cette année, c'est que désormais, la préfète s'intéresse davantage à autrui. Dans ses premières années à Poudlard, la jeune fille était, elle devait se l'avouer, égoïste. Elle se fichait de qui s'intéressait à elle ou non ; elle n'avait cherché l'amitié d'Harry et de Ron seulement, et peu en importait les autres. Avec le recul, elle finit par trouver cette attitude inutile, surtout quand elle voyait le plaisir et l'enrichissement de ses nouvelles fréquentations ; avec Ernie, elle riait beaucoup, en plus d'être aidée en Divination ; avec Seamus, elle pouvait parler de tout ce qu'elle voulait, il était facile de parler avec lui, et de tout, il n'était pas chiche. La préfète, encouragée par ces succès, se demandait si elle ne devait pas encore élargir ses horizons.

Il y avait aussi une autre histoire imbriquée à celle-ci, sans doute motivée par la précédente ; Hermione avait désormais envie d'amour pour parachever le tableau de sa nouvelle vie sociale réussie. Ce besoin, d'abord refoulé ou ignoré, se disant que ce n'était qu'une ineptie, finit par se faire entendre de manière plus insistante ; Hermione voulait un petit ami, une histoire amoureuse. Elle regrettait qu'avec Krum, ça se soit fini trop vite. Elle lui a écrit une petite missive en prenant une des chouettes de Poudlard, il y a une semaine ; mais l'hibou n'est jamais revenu, et elle n'a jamais eu de réponse. Elle se consolait en se disant que la Bulgarie était très loin de la Grande-Bretagne, et que l'hibou ne pouvait aller si loin en peu de temps, sans parler du voyage de retour. Mais elle trouvait le temps long. Hermione se disait qu'elle n'était pas femme de marin, et incapable d'attendre son petit ami des mois durant sans aucune trace de vie. On ne pouvait même pas parler de rupture, il n'y en avait pas ; la distance détruisait peu à peu leur relation en secret, comme un de ces poisons longs qui ne font effet que longtemps après leur absorption.

Et même, l'adolescente se demandait avec inquiétude si Krum ne l'avait pas remplacée entre temps. Après tout, il a une légion de filles autour de lui, certaines plus belles qu'elle. Était-elle finalement oubliée ? Elle n'espérait pas. Devant l'absence de réponse à sa question, elle ne pouvait qu'attendre que Krum réponde un jour ou l'autre. Ou bien, tirer un trait quelque part, ce qui allait s'annoncer difficile. Ce fut surtout à ce moment-là qu'Hermione aurait aimé aller plus loin avec lui, et qu'il lui manquait. Il était le seul, comme elle y avait parfois songé, à disposer de traits de caractère qu'elle appréciait chez un homme, et que malheureusement, elle ne retrouvait pas à Poudlard. La question était alors : si ce n'est pas Krum, qui le remplacerait ? Bien qu'Hermione était intelligente, elle ne pouvait pas répondre à cette question-là, et cela l'énervait.

Elle avait toutefois une consolation. Un soir d'octobre, elle avait reçu sa grammaire bulgare de Fleury et Bott, enfin ; à peine l'eut-elle feuilleté, qu'elle adora la langue et le livre, et délaissa même la Botanique et les Potions pour apprendre l'alphabet cyrillique et la phonétique. Elle ne cessait de penser à lui, tout en étudiant les déclinaisons de la langue ; mais en même temps elle se demandait quel avenir sentimental elle se proposerait. Elle se disait qu'elle apprendrait le plus possible de bulgare sur le tas pour aller chez lui l'été prochain, et le revoir, pour mettre leur relation au clair, et voir ce qu'elle ferait ensuite. Mais aurait-elle au moins de quoi se payer le billet d'avion pour là-bas ? Et elle n'était même pas majeure encore. Ah, quel casse-tête, que faire ?

La préfète repensait à tout ça, en caressant d'un air rêveur sa grammaire bulgare ; puis alors, venaient de rentrer, trempés d'une séance de sport, Harry, avec Fred et George derrière, qui escortaient une Ginny boueuse et râleuse.

- Ça n'a pas l'air d'aller, remarque Hermione.

- Non, tu crois, répond sèchement Fred. Quel sens de l'observation !

- On ne revient pas de la piscine, madame la préfète, réplique George. Il pleuvait des cordes et on a dû finir l'entraînement en avance !

- Ce n'est pas le pire, frangin. Mon manche à balai m'a glissé des mains, et il n'y avait rien pour me retenir avant de toucher le sol, maugréait Ginny.

Hermione se félicitait intérieurement de ne jamais avoir fait de Quidditch. C'était vraiment un sport dangereux et avilissant, pour le corps et l'esprit, à voir leur état. Elle se demandait alors, avec inquiétude, si Viktor subissait des sorts pareils en allant faire ses entraînements. Et si il revenait tout boueux comme ça le soir pour dîner ? Quelle horreur.

- Bon, Hermione adorée, dit Fred. On te prévient parce qu'on t'aime bien, mon frangin et moi, mais ne mange jamais de bonbons verts.

- Je serai déjà intrigué si j'en trouve, cette couleur ne se voit jamais, répond la préfète, perplexe de cette demande. Que me vaut ce honneur imprévu ?

- C'est que nous avons commercialisé nos Pastilles de Gerbe, ajoute George. Elles font un ravage, et les élèves se les échangent sans cesse.

Et ils partirent en riant, tout en tapotant de l'épaule leur sœur et Harry, de camaraderie, au passage.

- C'est de la provocation, lance Hermione, furieuse. Ils aiment que je les frappe, voilà qu'ils me tendent le bâton, maintenant. Ils sont sado-masochistes, tiens. Et si j'écrivais encore à leurs parents pour le leur dire, tiens ?

- Ils font cette publicité à tout le monde, même à Flitwick, rit Ginny. Les Serpentard aussi en font les frais. Ils ont accosté Montague hier pour lui proposer d'acheter des Nougats Néansang. Et il a accepté d'en prendre, en plus.

- Voilà qui m'afflige encore plus que la dernière fois. Katie n'est pas morte depuis qu'elle a avalé ces muffins diaboliques ?

- Non, elle a juste manqué l'école une journée complète. Au fait, Hermione, tu dois savoir que c'est dans deux jours qu'on va à Pré-au-Lard.

- Comment aurai-je pu l'ignorer, remarque la préfète. Je n'entends parler que de ça ! Pré-au-Lard par ci, Pré-au-Lard par là… Avec l'habitude, je finis par trouver ce village ordinaire. Il n'y plus rien à voir à la quatrième visite, vraiment.

- Oh, peu importe. Harry, explique lui ce qu'on a dit en chemin.

En entendant ceci, intriguée, Hermione se tourna vers son ami à la cicatrice, qui la regarda d'un air décidé.

- Bien… Là, c'est définitif. C'est pour de bon, le groupe de sorts. Et on a les membres. On a parlé aux personnes concernées.

- Et pour ce qui est du Serpentard, demande Hermione.

Ginny eut un rire amusé. Harry, moins content, dit d'une voix irritée :

- Oh, je verrai ! Quand au reste, je ne suis pas sûr moi-même du nombre qui sera présent. Certains m'ont dit « Je ne sais pas » ou « Je ramènerai des amis ». Donc, je verrai avec toi, ce sera… une surprise. Si on peut dire ainsi.

Hermione levait les yeux au ciel. Oh, quelle surprise. Tu ne sais pas qui viendra au final, oui. Espérons que le bouche-à-oreille ne fera pas de dégâts. Harry avait une logique impressionnante. Il circule l'information n'importe où, mais par contre, attention, les Serpentard, n'en sauront jamais rien. Harry savait pourtant que les Serpentard ont de nombreux amis à Poufsouffle et Serdaigle… Plus un à Gryffondor, le fameux Finnegan. Et cela ne choque pas trop Harry de dire des choses pareilles à d'autres qui peuvent en informer les Serpentard. Enfin, passons, elle verra bien elle-même. La pire chose qui puisse leur arriver, c'est que Drago soit de la partie, ce qui n'arrivera probablement pas.

Le vendredi 18 octobre, jour tant attendu par tous, pour des raisons différentes, il y avait une foule énorme tassée près des grilles du château, pour sortir au village campagnard. Rusard, muni d'un capteur de magie noire, passait chaque élève au crible, et se montrait d'autant plus coriace si l'élève se plaignait d'attendre ou de l'utilité de repasser le capteur six fois dans les mains. Au final, ceux qui étaient les derniers venus à dix heures du matin ne purent aller à Pré-au-Lard que presque à midi.

Comme Hermione était parmi ces retardataires, elle pouvait le dire mieux que personne, elle était aux premières loges. Levée plus tard que d'habitude à cause de la fatigue de trop de travail, elle prit son petit-déjeuner mollement, pour se retrouver, consternée, devant une foule énorme d'élèves qui attendait impatiemment que Rusard arrête d'enfoncer son capteur dans les vêtements des élèves. Pour se distraire, elle lut un livre de cours, mais elle l'eut terminé assez vite, et Rusard s'amusait encore avec son thermomètre géant. Elle dût tester sa patience pendant un bon moment.

Une fois sortie, elle oublia toute sa mauvaise humeur pour penser à autre chose. Elle se demandait qui viendrait à la réunion d'Harry. Elle avait bien des idées, mais son inquiétude de l'inconnu la poussait à se dire tout et n'importe quoi, jusqu'à ce qu'elle se rendit compte qu'elle ne savait même pas déjà où la réunion se tiendrait, ce qui était encore plus problématique. Pré-au-Lard étant minuscule, il y avait quand-même une trentaine de bâtiments et une forêt touffue où on pouvait se cacher aisément. Où Harry pouvait-il avoir choisi son point de rassemblement ? Elle finit par supposer, qu'ils devaient être allés aux Trois Balais, ou à la Cabane Hurlante. L'un était bondé de monde, on était sûr de se retrouver rapidement à l'intérieur, et le second était une excellente cachette. Sirius s'y était refugié pendant un an, il pouvait le dire en souriant.

Hermione se décida pour le pub de Rosmerta. Au moins, si Harry n'y était pas, elle serait sûre de trouver un ami, ou de boire un verre en attendant de se décider pour sa prochaine destination.

Quand elle entrait à ce moment dans les Trois Balais, elle fut surprise de constater à quel point la taverne était bondée. Tout le monde s'était précipité sur les offres promotionnelles affichées à l'extérieur. Comme elle hésitait à avancer en voyant tant de monde, Rosmerta, la patronne du pub, qui était aussi la serveuse, voyant une cliente perdue, décidait de quitter son comptoir pour s'approcher d'elle et l'aider - à consommer une boisson; comme à l'aider - en la voyant aussi perdue.

- Je peux quelque chose pour vous ?

- Hmm… Bonjour… Je cherche un ami, Harry Potter. Vous l'auriez vu ?

- Comment ? Potter ? Ah, oui ! Il est à l'étage.

- À… À l'étage, répète Hermione.

- Oui. Drôle de demande ! Harry Potter qui réserve une chambre, non pas pour la nuit, mais pour un après-midi ! Il m'a même payé le prix. Quand je dirai ça à Dumbledore ! Si vous voulez le chercher, il est dans la chambre 12. Pensez à ne pas écouter aux portes, elles mordent aux oreilles des indiscrets.

Hermione eut un rire en entendant ce fait, croyant à une bonne plaisanterie.

- Oh, cela n'arrivera pas… Je vous remercie.

Et sur ce, elle partit à l'étage, avec appréhension. Il était temps de voir ce qu'avait préparé son ami en guise de première réunion de son groupe résistant.

Devant la porte 12, l'adolescente toqua plusieurs fois. Un « Entrez » lancé par plusieurs personnes la poussa à ouvrir la porte, quoiqu'avec appréhension. Qui l'attendait derrière ? Elle ouvrit alors, et remarqua que dans la chambre immense, venaient de se tasser pas moins de quinze adolescents.

- C'est Hermione Granger, remarque Luna, joviale. Je la connais, elle est très gentille.

Un rire se fit entendre. La préfète regarda qui avait ri, c'était Cho Chang. Présente au coin de la salle, à côté d'Harry, elle la regardait étrangement, entre la joie et l'ennui.

- Entre donc, lance Potter, qui était sur un fauteuil dans la salle. Tu es des nôtres, ne reste pas ici à décorer. Nous te souhaitons la bienvenue, Hermione.

Tous les regards étaient braqués sur la Gryffondor. Cette dernière était gênée de tant d'attention. Elle ne raffolait pas du feu des projecteurs. Elle laissait ça d'autres, elle préférait sa place confortable sur son fauteuil favori à la salle commune, à étudier seule.

Alors qu'elle fermait la porte derrière elle, tout en se trouvant une place pour s'asseoir, la préfète examinait qui était invité. De gauche à droite, elle remarquait évidemment Luna Lovegood, assise sur une chaise à côté d'elle et de la porte, souriante. À côté d'elle, à sa gauche, on trouvait Cho Chang qui la regardait d'un air dédaigneux. En tournant l'œil à leur droite, près de l'armoire à vêtements, s'étalait Ernie MacMillan sur le sol, avec à côté, Susan Bones, qu'Hermione connaissait de vue, qui était recroquevillée dans un coin à côté. Au coin opposé à la porte, en diagonale, se trouvait un lit, et dessus, la personne la moins susceptible d'être venue : Ron. D'ailleurs, il grimaçait à sa vue, non pas de dégoût, mais d'appréhension, se doutant que la préfète n'allait pas bondir de joie à sa vue. Il avait comme compagnie Dean Thomas, un de ses amis de Gryffondor, qui s'était allongé sur le lit, sans doute car c'était plus confortable, et Seamus Finnegan, debout à côté du lit, l'air sévère et impénétrable. Ginny Weasley, de son côté, était assise avec ses deux frères plus loin à droite, par terre. Les trois la saluaient de la main, et l'invitaient à venir avec eux, tandis que George s'écartait de Fred pour laisser une place à Hermione. Enfin, plus à droite, il y avait enfin Harry, en maître de cérémonie, avait pris un fauteuil à côté de la cheminée. C'était une place stratégique : de là, il voyait tout le monde. Il était très content de ce qui se passait, visiblement. Il avait sur ses genoux, fait étrange, une plume et un parchemin vierge. Et enfin, à côté de lui, sans un geste abrupt, Adrian Pucey, aussi rêveche que l'ordinaire, adossé au mur, l'air quelque peu inquisiteur. Mais il se radoucit en la voyant, ce qui intrigua Hermione. Ça devait être sa façon de dire « Bonjour ».

Malgré tout, l'heure n'était pas aux discussions et aux dévisagements. Elle se détourna d'Adrian qui était adossé dans son coin, pour aller rejoindre son amie qui lui faisait une place énorme entre ses frères jumeaux. Elle s'assit à cet emplacement, et regarda avec tout le monde Harry, qui attendait qu'elle s'installe pour commencer à parler.

- Il n'y a personne d'autre qu'on doit attendre, demande alors Ernie.

- J'avais attendu surtout parce que j'espérais voir également les capitaines des équipes de Quidditch nous rejoindre, mais finalement, on dirait qu'ils ne semblaient pas très intéressés. Laissons ceci de côté, nous attendons depuis trente minutes, tant pis pour eux. Je vais pouvoir commencer à dire pourquoi je vous ai réunis ici, n'attendons pas plus, je vous prie.

Mais aussitôt, Luna poussa un petit cri. Tout le monde la regarda, intrigué, avant qu'elle ne dise :

- Quoi ! Nous serons donc treize ! Ce chiffre porte malheur ! Ça veut donc dire que parmi nous, il y aura un traître !

- N'importe quoi, lance Potter, négligent. Ce n'est qu'une supersitition.

- J'ai en tous cas, cette drôle d'impression, grimace Luna. J'ai déjà vu ça dans un rêve, la nuit dernière. Quelqu'un ici ne nous restera pas fidèle.

Lovegood avait fait son petit effet, les plus supersititieux ou anxieux du groupe étaient gênés par sa remarque, mais les regards revinrent aussitôt à Harry. Le sorcier à la cicatrice reprenait alors de plus belle, d'un ton confiant comme il ne l'a jamais été encore :

- C'est bien sûr, à propos des évènements concernant Ombrage et la Coupe de Feu, que je vous rassemble ici. Allons au but : j'affirme que Voldemort est de retour, ainsi que sa clique de mages noirs. C'est un grand danger, danger que le Ministère refuse pertinnement de voir, pour s'obstiner à garder le contrôle, et s'encroûter de même dans leurs vieilles habitudes aussi méprisables qu'eux, et préfèrent languir à ne rien faire, que d'affronter en face les choses et ne plus déguster de délicieux mensonges chaque jour. Je vous renvoie aux journaux et autres, qui répètent sans cesse, comme pour rassurer quelqu'un, que tout va bien dans le meilleur des mondes. Si c'était le cas, soyons réalistes, il n'aurait pas besoin de le préciser, encore moins aussi souvent.

- Tu affirmes que Tu-Sais-Qui est de retour, demande Dean Thomas, alors. Mais si on tombe sur lui, comment va-on faire ?

- Rassure-toi, je vois mal Voldemort traquer des adolescents. Il laisse ça à ses subalternes. Ce que je veux dire, c'est qu'il est temps, à un moment où cela est plus que nécessaire, d'apprendre à nous protéger. Je rejoins ainsi, le second but. L'enseignement d'Ombrage ne nous apprend aucun sort, et nous endort tous. Il est temps donc de trouver une alternative pour pratiquer des sorts de Défense, et par nous mêmes, s'il le faut ! C'est à ce but que nous sommes tous réunis. Ensemble, nous allons apprendre ce qu'on nous interdit d'apprendre. Si bien sûr, vous êtes d'accord.

Personne ne répondit, du moins pas négativement. Les jumeaux lancèrent à Harry qu'ils trépignaient surtout d'impatience. Comme personne n'avait rien à redire, Potter continuait d'annoncer ses idées.

- J'ai trouvé une salle secrète où nous pourrons nous entraîner ensemble, et Rusard jamais ne nous y trouvera, pas moins qu'Ombrage. Nous y fixerons des rendez-vous… Comme bien sûr, étant moi-même un grand fan de Quidditch - il y eut des rires et des applaudissements dans l'assemblée - je tiendrai compte des horaires de chaque équipe de sport. Pour la première réunion, j'ai fixé le mardi 22 octobre au soir. Cela ne gêne pas Gryffondor, qui voit son terrain volé par Montague ; cela arrange-il aussi Poufsouffle et Serdaigle ?

- Non, lance Ernie de sa confiance habituelle. Nous c'est lundi et jeudi.

- Et nous, c'est le vendredi soir et le dimanche la semaine prochaine, ajoute Cho, ravie de participer.

- Très bien. Et qu'en dit Serpentard ?

Adrian Pucey, qui était le seul de la maison des Serpents à être présent, en plus d'être un des joueurs de l'équipe de sa maison, put participer pour la première fois de toute la réunion. Après un petit silence où il semblait réfléchir, il dit d'une voix très grave :

- Ça ira.

- Parfait, va pour le 22 octobre. Ce sera à 19 heures, je trouve ça plus simple d'y aller après dîner, on a plus de temps avant le couvre-feu. Rusard n'est vraiment embêtant qu'après neuf heures, donc, nous éviterons de dépasser cet horaire, ne serait-ce que pour nous épargner nos heures de sommeil, pour ne pas en plus s'endormir le lendemain en cours.

- Où est cette fameuse salle secrète, demande Fred avec avidité.

- Elle est au sixième étage, avec la peinture du danseur aux trolls… Vous voyez où c'est ?

Il y eut quelques exclamations. Oui, certains et certaines savaient où c'était.

- Je vous laisse guider les autres dans ce cas. Nous nous réunirons dans la salle secrète pour travailler des sorts. Je vous avouerai que je ne sais pas combien de fois on se verra. Nous sommes en mi-octobre, les examens commencent en juin : huit mois, c'est un peu court pour apprendre une myriade de sortilèges, surtout si c'est une poignée de fois dans cet intervalle. Je vous apprendrai les rudiments, pour que tout le monde soit au même niveau. Puis nous ferons plus compliqué. J'ai vu à la bibliothèque à quoi ressemblent les attendus des examens, même aux A.S.P.I.C., ça reste accessible, je peux largement vous apprendre tout cela quand nous nous verrons.

- Parmi tous ces sorts, demande alors George, est-ce que nous pourrions en trouver un qui transformera Ombrage en autruche ?

- Heu… Je ne sais pas si un tel sort existe. Si je trouve l'incantantion d'un maléfice pareil en lisant un livre, je te le dirai. Si nous sommes en avance, peut-être que je vous apprendrai les sortilèges les plus difficiles. J'ai pensé à vous enseigner les Patronus, avec des sorts comme le Fracassement et l'Aguamenti.

Le programme avancé réjouit tout le monde et il y eut des acclamations de joie. Hermione, qui avait déjà lu les Sortilèges niveau 6, savait que c'était des sorts qu'on apprenait dès la sixième année, en niveau expert. Rien à voir avec les sortilèges de Récuration et de Rangement qu'enseignait Flitwick. Un calibre qu'on permet difficilement aux élèves peu qualifiés, en somme.

- J'ai hâte d'être à mardi, lance Fred, jovial. On va se bouger à fond les baguettes pour atteindre les Patronus avant le mois de juin. Et plus encore.

- Très bien, nous serons tous mardi soir là-bas… Des questions ?

Deux élèves levèrent le doigt, comme en cours, ce qui fit rire Ginny aux éclats. C'était Luna et Cho. Même si Harry était ennuyé de l'hilarité mal placée de son amie, il interrogea en premier Luna pour répondre à sa demande.

- Est-il possible d'inviter par la suite plus de monde, demande-elle. J'aurai invité des amis de Serdaigle parmi nous volontiers, comme Terry, Anthony ou Padma, mais je ne sais pas si tu serais d'accord, donc je ne l'ai pas fait.

- Le fait d'accueillir de nouveaux venus, ça ne me pose pas de problème. Je demande en premier lieu qu'on m'en parle. Je ne veux pas de pique-assiette dans notre groupe. Toutes les inscriptions se feront par moi.

Luna hocha la tête. Il n'avait rien à en redire. Voyant que c'était clair de son côté, Harry demanda à Cho ce qu'il voulait dire, avec un petit sourire.

- Tu ne comptes quand même pas te limiter à ça, dit-elle alors, d'un drôle d'air. Je pensais que tu nous parlerais de ce soir, où Tu-Sais-Qui était de retour.

Tous les regards s'intensifirent sur Harry. Même Ron, si timide d'ordinaire, semblait se pencher plus près pour mieux entendre. Pincé, le sorcier à la cicatrice grogna avant de lui répondre :

- J'ai déjà dit ce qui s'est passé à ce sujet l'an dernier. Vous devriez avoir bonne mémoire. Je n'ai pas envie de me répéter. D'accord ?

Cho eut l'air soudain très dépitée et déçue, au point qu'Hermione trouvait ça exagéré. Mais elle remarqua qu'elle n'était pas la seule à se poser la question.

- Oui, mais, coupe soudain Ernie, je pensais qu'on allait combattre Tu-Sais-Qui, moi. J'aurai trouvé ça plus palpitant.

- Tu plaisantes, réplique Harry, contrarié. Je doute déjà que tu aurais une chance contre lui - j'ai énormément de difficultés pour ma part - et pour ce qui est de défier son entourage, tu surestimes tes capacités. Les Mangemorts sont nombreux, et contrairement à nous, ce ne sont pas des débutants. Si tu tiens à les affronter, je te dis que tu es un fêlé ou un courageux rare, mais sans une solide formation de défense, tu finiras au cimetière.

Certains furent refroidis d'une telle déclaration, et eurent un air inquiet, regardant Harry avec intrigue. De l'autre, MacMillan ne se dégonflait pas.

- Donc en fait, on va juste lancer trois sortilèges et c'est tout.

- Ernie, quand même, ce n'est pas un pique-nique qu'on fait, réplique le sorcier à la cicatrice. Je pensais surtout aux examens, à ce que cela profite à tous. Je ne veux pas vous apprendre de sorts dangereux, simplement à parfaire votre formation défensive ! Ah, et tu me faisais penser à quelque chose.

Il prit un moment de pause pour se racler la gorge. Il avait parlé trop vite et avait envie de tousser, en réalité.

- Je vous rappelle, sans faire de discours ennuyeux, qu'Ombrage réprime toute activité contraire à son enseignement. Pour ceux qui… enfin, qui m'ont vu le premier jour contre elle, vous avez bien dû comprendre, comment cela sautait aux yeux qu'elle ne tolérait pas d'avis contraire à son enseignement. En guise d'exemple, je n'ai qu'à citer ses activités de Grande Inquisitrice. Comme elle écrit à la fois pour elle et pour Fudge, le Ministre de la Magie, ce n'est pas la même chose que Rogue ou McGonagall qui ne travaille que pour Dumbledore. Vos parents aussi sont visés. Je sais que certains travaillent au Ministère. Si Ombrage apprend que les enfants se rebellent, cela peut retomber sur toute votre famille. Je préfererai éviter ceci, vous aussi, je pense.

Hermione approuva l'argument en hochant la tête. Elle constatait aussi qu'elle était l'une des seules à ne pas être inquiète de ce fait. Hormis Luna Lovegood, toujours aussi impassible, tous comprenaient alors que l'idée n'était pas si drôle que ça au final. Ron déglutit, et Cho recula d'un pas contre la porte où elle s'était adossée.

- Donc, je vous demanderai bien sûr d'être discrets, et de ne pas aller dire à Ombrage ce que vous faites, cela me paraît évident, continue Harry. De même, je veux que pour rejoindre nos rendez-vous, on soit en groupe, plutôt qu'en individus isolés, parce que ce sera alors plus facile pour Rusard, d'en attraper un au hasard qui erre dans les couloirs. Comme nous avons ici les quatre maisons, j'aimerai que chacune organise son propre cheminement de manière à éviter le concierge et la Grande Inquisitrice. Je ne veux perdre personne, d'accord ?

- Ça ne pose aucun problème pour nous, remarque Fred. On a posé tellement de lapins à Rusard, qu'à force il va se reconvertir à la chasse, mais au lapin de Pâques.

- Ce n'est pas aussi simple que ça, réprimande Harry, quoiqu'amusé par la réflexion. Je vous fais confiance, je vous connais, mais j'ai remarqué que depuis peu, la plupart des personnes ont changé du tout au tout, et pas en bien. S'il vous plaît, ne parlez pas de ce groupe, sinon que par allusions tellement vagues qu'elles n'attireront pas l'attention. J'ai eu le loisir de constater qu'à Poudlard une rumeur va très vite, donc j'aimerai que celle-ci ne soit jamais apprise par qui que ce soit. Donc, pas de vantardises et de commérages. Compris ? Vous vous engagez à ça, si vous venez avec moi.

La majorité de la salle acquiesça, du regard ou de la tête, bien que certains furent très désorientés tout à coup.

- C'est tout pour les mesures de sécurité. Pour le dernier problème des dates, je veux qu'elles soient fixées à chaque rendez-vous. Par exemple, mardi, nous nous occuperons de choisir un autre intervalle.

- Mais si il y a un imprévu, remarque alors Luna. Comment fera-on ?

- On s'arrangera. Je demanderai à Fred et George de me relayer les demandes ainsi que je sois au courant. Je fixerai alors une autre date et on passera le message à tous. Il y a des avantages à n'être que treize, le message passe plus vite.

- Wouah, tant de mérite pour nous, sourit George.

- Ce n'est pas tant attribué au hasard. Vous êtes sociables, et je suis sûr que pour vous, notre groupe passera au dessus des devoirs.

- Ça c'est sûr, rit Fred. Quoique, la Boîte à Flemme d'abord, bien que nous avons tout le temps du monde pour la finir…

Il y eut des rires dans la salle, mais Hermione ne broncha pas. Qu'on soit bête et fier de l'être, cela la déconcertait.

- Maintenant, nous allons délibérer. Nous voulons un nom pour notre groupe. Procédons par un vote. Alors ? Des idées ?

Oui, il y en avait à en remplir une bibliothèque. Voici que désormais qu'on le leur proposait, tous proposèrent des noms, pas forcément très élaborés, d'autres trop vagues, hors-sujet, ou même trop longs. Harry se demanda si finalement, après cinq minutes de dispute entre les membres, s'il ne devait pas le choisir lui-même pour éviter ce genre de scène.

- La Ligue Commune de Défense contre les Nunuches du Ministère, propose George.

- Le Cauchemar d'Ombrage, propose Seamus.

- Les Amis de Poudlard, suggère Ginny.

- La Troupe à Potter, lance Fred.

- La Parade fatale des Champions de l'école, essaie Ernie.

Hermione, de son côté, n'ayant que dire, profitait du spectacle sans y participer, regardant ailleurs. Quand chacun eut donné son avis, Harry, gêné face à tant de propositions contradictoires, demanda à Hermione de trancher. L'ennui était qu'Hermione, même si elle était un génie, avait la plus grande difficulté à trouver des prénoms aux choses. Par exemple, si elle aurait un garçon ou une fille, elle ne saurait pas comment le nommer et cela lui mettra la pression. Malgré tout, elle improvisa un petit quelque chose.

- Hé bien… Pourquoi pas… L'Armée de… de Dumbledore ?

Ça lui avait échappé comme ça.

S'attendant à des rires ou à quelque chose de moqueur, elle eut la surprise de constater que son idée plut à tout le monde. Même Cho ne savait pas quoi dire. L'idée fut adoptée.

- Ouais, j'aime bien, remarque Fred. C'est classe.

- En plus, on sponsorise notre directeur, c'est pas génial ça, fit George, ravi.

- Et si nous apprendrons assez de sorts, remarque alors Ron, nous serions alors son armée.

L'idée faisait alors l'unanimité chez tous. Harry, en hochant la tête, prit de la main le parchemin et écrivit avec la plume sur ses genoux, le nom « ARMÉE DE DUMBLEDORE », et montrait le parchemin à tous. La satisfaction fut immédiate. Certains applaudirent et crièrent.

- J'ai tout dit, il ne me reste plus qu'une formalité, et je vais demander à mon amie Hermione de commencer notre première action commune.

Soudain, Granger haussa les sourcils, de même que tous la fixèrent à ce moment. Qu'allait-on le lui demander ? Avec un sourire, Harry se leva du fauteuil, et tendit à Hermione un parchemin neuf. Il était absolument vierge, sauf sur un coin en haut du parchemin, où il était écrit « Harry Potter ».

- Heu… Que veux-tu que je fasse avec ?

- Mettre ton prénom, dit alors son ami, fier. Tu seras la seconde, j'ai mis le mien entre temps. Puis tu passeras le papier aux autres. Que chacun s'inscrive !

Devant le compliment, Hermione eut un sourire amusé et commença par saisir la plume pour y inscrire son prénom. Puis elle tendit la plume et le parchemin à Ginny, qui s'empressa de tout prendre pour écrire avidement son prénom, et de tendre à ses frères le papier pour leur enregistrement. Pendant que tout ceci se faisait, la préfète, gênée d'une surprenante attention, regardait ailleurs un moment. Pendant que le papier circulait, Hermione se tournait à sa gauche, et remarquait Cho qui la fusillait des yeux, l'air dégoûté. De quoi ? Mystère. Mais cela l'irritait au plus haut point. Décidément, elle n'était pas très sympathique, se disait-elle en grimaçant.

Il n'y eut pas de problème dans l'opération, elle fut même amusante, chacun regardait le parchemin, et sa promenade dans la salle, faisant le tour. Ce fut rapide dans l'ensemble. Cependant, Fred et George, soit par soutien familial à leur frère Ron qui était à la gauche d'Hermione, ou par indifférence au Serpentard, firent circuler le parchemin dans l'autre sens, et il y allait avoir un problème quand à l'enregistrement du dernier. Luna, qui finissait entre temps de noter son nom de famille avec une écriture raffinée, se levait pour pouvoir rejoindre Adrian et lui donner à son tour le parchemin, quand soudain, Fred dit d'un ton soupçonneux :

- Harry, lui, on peut le mettre entre parenthèses, non ? On supporte déjà assez Adrian et son gros ventre chaque année en novembre pour ne pas se le coltiner avec nous en plus dans nos réunions.

Pucey, qui était tout le temps adossé au mur au silence, sans rien dire et en écoutant, se bougeait de là où il se trouvait pour se rapprocher du Gryffondor, le regard noir. George se mit à rire, alors.

- Quoi, tu n'es pas sérieux ? Harry, je t'en prie. Tu ne comptes pas sur cet obèse dont aucune fille ne veut, pour nous rejoindre ? C'est un Serpentard. Nous ne faisons pas confiance aux Serpentard. Ce sont tous des voleurs.

- Ce n'est pas faux, remarque Ernie, venimeux. C'est toujours vous qui mettez le trouble dans l'école, et vous êtes de la maison dont est issue Tu-Sais-Qui. Il y a quelqu'un de trop ici.

- Cela ne me plaît pas non plus, intervient Harry, calmement, mais chaque maison a le droit de participer à l'effort commun.

- On se passe bien de lui, en tous cas, dit Dean, irrité. Il ne nous méprise pas, j'espère, s'il vient avec nous.

Hermione était scandalisée de ce qui se passait, en plus qu'il voyait que cela ne faisait pas plaisir du tout à Adrian. Il se faisait attaquer injustement, et Harry levait à peine le doigt pour le défendre. Elle sentait bien dans ses yeux un air de surprise et de souffrance, que de celui de se faire insulter pour rien. Et même si c'était pour passer pour une ennuyeuse chipoteuse, elle tenait à avoir les quatre maisons de Poudlard ensemble, au lieu de trois plus une exclue. Elle décida alors de se lever pour dire d'un ton cassant, en préfète qui se respecte :

- Il décidera bien de lui-même s'il veut rester ou non ! De toute façon, votre avis importe peu dans l'histoire, c'est Harry qui commande. Tu es d'accord pour qu'il reste ?

- Je ne vois pas d'inconvénient, mais gare à lui s'il s'avise de parler de nous dans notre dos, dit Potter d'un ton aigri.

- Parfait. Eh bien, Adrian, dépêche-toi de t'inscrire pour qu'on en finisse, car on a aussi à trouver un nom pour le groupe avant de partir. Nous n'allons pas y passer la journée ! Nous ne sommes à Pré-au-Lard que trois jours dans l'année.

Elle semblait assurée, mais Dieu seul sait qu'en fait c'était le contraire. Intervenir dans une salle remplie d'élèves était le comble pour elle, elle en avait horreur. Malgré tout, personne ne broncha, et même, on se tut et on eut l'air ailleurs. La préfète, pour ne pas subir les regards fuser sur elle, se pencha vers Pucey, qui était resté immobile un moment.

Après un moment de réflexion, le Serpentard, regardant en biais un coin de la salle, se décida pour noter d'une grosse écriture son prénom.

- Ça a intérêt à être bien, dit Adrian d'une voix irritée. Sinon. Je te ferai payer. En deuxième. Après eux. Je n'oublie jamais un visage.

Et il lança un regard assez brutal à Dean, à Ernie, puis aux jumeaux. Si Ernie ne broncha pas - il est téméraire - en revanche, les autres perdirent de leur assurance. Il ne rigolait pas, ça se voit dans son regard.

Et il rendit le parchemin à Harry. Ce dernier, indifférent, le prit et le remercia machinalement. Sans prêter attention aux diverses positions de la salle quand à cette admission-là, il dit d'un ton décidé :

- Parfait ! Donc, à mar… Ha !

Soudain, l'euphorie disparut pour laisser place à l'étonnement. C'était un jour nouveau dans la semaine ? Sourcils froncés, Harry se leva d'un coup de son fauteuil, pour aller voir dehors. Il eut alors une exclamation, presque de rage.

- Drago Malefoy ! Quel mauvais hasard t'amène ?

Hermione se levait, comme d'autres l'ont fait, pour regarder qui était venu. D'autres, inquiets, se retranchaient dans leur coin, comme pour se cacher.

- Harry Potter. Quel dégoût que de te revoir… C'est pour te prévenir, que… heu, la sortie à Pré-au-Lard finit plus tôt aujourd'hui.

Puis il sourit d'un air méchant.

- Tu devrais dire à Angelina que tu manqueras les entraînements, parce que cela sera sans doute le cas.

Il disparut sur ces entrefaites. Certains respirèrent, d'autres étaient furieux.

- Il va balancer, ce cafard, lance Fred. Attends un peu. Je me fiche que son père bosse au Ministère. Si il va nous dénoncer, je l'attrape, je le fous à poil et je le jette dans la Grande Salle.

Harry ne fut pas totalement satisfait. Il renifla avec mépris, à l'allusion que Drago pouvait l'espionner comme un rat. Il serra les poings.

- Serpentard vient de perdre encore quelques points au hit-parade de l'estime que je leur porte, grogne-il, furieux. Toi, j'imagine que tu ne sais rien du tout de ce que faisait Malefoy ici.

Tous les regards se braquèrent sur Adrian Pucey, qui était retourné à sa place. Il esquissa un sourire ironique, comme ceux de Rogue, avant de dire :

- Non.

- Tu as une discussion impressionnante, dit Fred avec ironie. C'est pourtant anglais que de savoir converser. Tu me fais penser aux portiers, et aux gardes qui se tiennent devant le château de la Reine. Tu es aussi bavard qu'eux. Si Rusard passera dans les couloirs pour demander si notre salle secrète est prise, ta voix douce et mélodieuse le fera fuir à des kilomètres.

- Tu ne parles pas car tu es bête ou bien parce que tu as peur de nous, continue George, malveillant.

Comme seule réponse, Adrian lui lança un mauvais sourire. Hermione ne semblait pas comprendre. Était-il vraiment de leur côté ou non ? De l'autre, Harry grimaça de plus belle. Cela ressemblait à une sorte de jeu de massacre se faisait voir dans la salle, où même les Poufsouffle et les Serdaigle commençaient à rejoindre la partie de moqueries. Pour une fois, c'était un Serpentard qui se faisait insulter, et cela était un fait rare. C'était peut-être car Adrian était seul et encerclé d'une multitude de personnes, ce qui devait donner - un faux - sentiment de courage. Ne voit-on pas souvent une multitude s'en prendre à des individus isolés, et rarement l'inverse ? À ce sujet, Hermione songea que le courage ne se mesure pas aux nombre de personnes présentes, mais à ceux qui l'exercent en se dépassant soi-même, sans dépendre d'une chose ou d'une personne extérieure…

Redoutant le pire, Hermione lança un regard inquiet à son ami, le pressant d'arrêter. Comme ce dernier était aussi en quête d'un conseil en se tournant vers elle, il se décida alors en la voyant, et déclara d'une voix très forte :

- Bien, je vais en finir sur ce chapitre. Au revoir, vous pouvez aller dehors vous amuser et faire ce qu'il vous plaît désormais.

À cet appel, tous sortirent, plus ou moins vite, selon leurs motivations. Fred et George sortirent en discutant rapidement, Luna sortait l'air de rien, Cho partit aussitôt à sa suite, pressée de s'en aller, Ernie rejoignait Susan, Seamus et Dean qui se levaient du sol pour aller boire un verre, et Adrian, les poings serrés et les lèvres pincées, fulminait silencieusement sur place avant de sortir à pas lents. Les amis d'Harry restèrent, ce qui était logique. Mais le sorcier à la cicatrice ne bougeait pas, car il était gêné, comme ses amis, d'ailleurs, de la scène qu'on fait les autres membres au Serpentard.

Cela occupa les esprits des quatre adolescents restés sur place. Harry resta un moment contrarié sur son fauteuil, pensif, quand, Ginny compatissait en silence, quand Ron, ennuyé, disait qu'il n'y avait pas de quoi en faire un foin, et que ses frères n'avaient pas tort de rabrouer Pucey, qu'il se moquait lui aussi trop des Gryffondor, et que c'était bien fait. Hermione, de son côté, demandait si le Serpentard serait accepté parmi eux.

- Oui, je trouve que c'est finalement une bonne idée, dit Potter. En échange de sa participation, j'ai pensé à lui demander des renseignements sur les Malefoy. Je sais que le père est Mangemort. Il peut nous fournir directement une piste d'accès à Drago et à son père, donc à Voldemort. Par contre… J'aurai préféré que les jumeaux, ne cherchent pas à rire, ici à l'occurrence, des autres.

- Je ne veux pas faire mon rabat-joie, intervient Ron, las, mais vu l'accueil résevé au premier jour, il risque de s'attendre à la même chose au suivant. Il peut être gentil et tout ça, comme dit son ami, mais tout le monde s'en fiche. Il va se faire isoler, et mes frères en rajouteront une couche. Je les connais.

- Changeons d'air, d'accord, dit Ginny, alors. Allons voir comment il fait beau dehors. Nous en causerons mardi soir.

Il y eut quelques grognements. Enfin, sur ce chapitre plus ou moins clôt, on décida alors de sortir dehors se dégourdir les jambes.

Après la chaleur du comité aux Trois-Balais, tous n'avaient qu'une envie, c'était prendre de l'air frais. Une fois dehors, ils respirèrent la fraîcheur automnale de Pré-au-Lard. Tout en marchant tous les quatre vers Scribenpenne et Honeydukes, ils discutèrent de la réunion.

- Joli discours, Harry, fit Hermione, joviale. Tu es un leader inconstesté pour l'école, même Dumbledore te tirerait son chapeau.

- Merci, répondit-il non sans sourire.

Il regarda dans les yeux son amie, un moment, qui était peut-être trop long, car Ron crut à un silence, et décidait de dire un mot.

- Oui, c'était très bien… Mais il y a quelqu'un qui est… assez plaisante… C'est Susan Bones. La nièce de la juge ! Tu la connais, Harry, elle est avec nous, Ernie et Justin en Botanique. Tu l'as invitée ? Tu as du bon goût, alors.

- En fait, répond Harry, c'est Ernie qui l'a invité, mais c'est vrai, je la trouve plutôt jolie aussi.

Soudain assez dédaigneuse et amusée, Ginny leur lança d'une voix forte :

- Elle ? Ha, ha ! Vous n'avez aucune chance. Elle préfère les filles, elle est sortie avec Hannah Abbot il y a un an. Plutôt que de vous leurrer d'illusions, vous voulez plutôt assister à son enterrement de vie de jeune fille ?

- Quoi, sérieusement, lance Ron, épouvanté. Elle… Elle aime les filles ?

- Eh oui, contrairement à toi, elle a une petite amie, répond Ginny, amusée. Tu ferais mieux de ne pas le lui demander, tu gagnerais juste à être ridicule.

En apprenant cela, Harry et Ron pâlirent, quand Hermione, indifférente, se demandait pourquoi on parlait de ça, ce qui n'avait aucun intérêt.

Comme on était soudain moins enthousiastes maintenant, on se taisait. Ils ne reprirent la discussion, que lorsque, quelques boutiques plus loin, Ginny remarquait quelque chose qui la contrariait :

- Enfin, personnellement, je n'ai pas aimé l'attitude de Cho avec nous. Elle nous parle mal ! Elle prend de haut tout le monde, comme si nous n'étions rien… En plus, elle a passé son temps à dévisager Susan ! Trop à mon goût ! Vous m'y faites penser ! Peut-être qu'elle…

- Ah non, rit Harry. Elle est sortie avec Cedric, donc aucune chance…

- Ça veut rien dire, tu sais, beaucoup changent d'avis après coup, le choix de l'orientation sexuelle peut être très précoce comme plus tardif, une fois qu'on quitte les relations superficielles, remarque Ginny, alors. Et je suis sûre que c'est le cas ! Cho considère très peu les garçons, et est entouré d'un véritable harem de femmes ! En me rappelant ce fait, je viens à m'en poser la question.

- Tu n'as pas beaucoup d'amies garçons, toi aussi, réplique Harry. Et ne parle pas mal de Chang, elle vaut mieux que ça.

- En fait, c'est les garçons qui ont peur de moi, rétorque Weasley. J'aurai déjà une armée de garçons autour de moi si je ne les intimidais pas. Et bien quoi, Cho ? J'ai le droit de ne pas l'aimer. Qu'est-ce que ça peut te faire ?

- Tu es ridicule de le faire sans la connaître, continue le sorcier à la cicatrice, mécontent. Tu sais qu'elle est très malheureuse en ce moment. Depuis la mort de Cedric, elle reste seule à pleurer et à subir des difficultés.

Ginny eut un rire mauvais en entendant ce fait. Quand les garçons, surpris de sa réaction, demandaient ce qui la faisait rire, elle dit d'un ton sec :

- Une fille dont tout le monde veut, ah oui ! Eh bien, je suis garantie que Chang a toutes les chances de se faire des amis. Après tout, elle a un beau visage, de bonnes manières. Mais pour ce qui est de les garder, j'ai des doutes. Elle est menteuse, hypocrite, changeante, et n'hésite pas à utiliser les gens. Je ne connais pas beaucoup de personnes qui acceptent d'avoir pareil individu dans leur cercle intime, ou alors, cette personne est insensée.

- Tu n'as pas le droit de parler d'elle comme ça, tu ne la connais pas. Et cesse donc ! Je n'apprécie pas qu'on parle de mes amis ainsi !

- Tu as une définition médiocre de l'ami. Il t'en faut peu, vraiment. J'ai déjà assez approché Chang pour savoir que c'est une idiote.

En entendant ça, Harry foudroya Ginny du regard, qui ne broncha pas, la fixant d'un air indifférent, sans se laisser toucher par sa colère. Comme Weasley refusait de plier sous ses regards de braise, le sorcier grommella et dit d'une voix furieuse :

- Très bien ! J'y vais ! J'ai surtout besoin de réfléchir à tout ce qui s'est passé aujourd'hui. Et aussi, ton comportement me déplaît au plus haut point. Et je ne veux pas m'énerver encore une fois.

Et il s'éloigna, furieux. Weasley grogna.

- Super. Et maintenant Harry qui boude. Et avec quelles manières. C'est lui qui s'énerve tout seul. Des fois, il m'exaspère.

- Il ne te boudera pas longtemps, assure Ron. Il en a vu d'autres.

- Hm, en parlant de bouder, remarque alors Hermione, il serait bon que tu m'expliques, pourquoi tu reviens avec nous alors que tu as snobés tout un mois. Et avec une fille. Tu ne me reprochais pas, au fait, de collectionner les garçons ? Ça t'a tellement impressionnée que tu as décidé de t'y mettre ?

Honteux, Weasley n'osait pas affronter le regard furieux de son amie. Il avouait alors, quoique avec grand peine :

- Heu… Non, non, tu te trompes… J'ai reparlé à Harry hier… En temps normal, je serai aussi allé te voir, mais je savais que tu allais me hurler dessus… Pour Lavande et tout ça… C'est fini, enfin, je ne leur parle plus.

- Elles t'a rejeté ? Remarque, elle a dû comprendre que tu te payais sa tête.

- Rien à voir. Lavande était horriblement collante. Je crois qu'elle est tombée amoureuse de moi. Alors j'ai décidé de m'éloigner.

- On va dire que tu es quitte cette fois, remarque Ginny, amusée. Tu a été puni pour ton insolence, donc, re-bienvenue parmi nous.

- Mon insolence, répète Ron, furieux. Tu m'as volé ce poste par un coup dans le dos ! Tu as intérêt à ne pas perdre contre Serpentard le mois prochain, parce que sinon je t'envoie une Beuglante.

- Oublions ça, lance Hermione. Repartons de zéro, et ne nous disputons plus pour des histoires de balais, ou de filles qui s'aiment entre elles.

- Oui, d'ailleurs, insiste Weasley, contrarié, comment Susan ose être lesbienne ? C'est un crime, elle est trop belle, je conteste. Elle est à moi ! Attends, quand Harry m'aura appris un sort, je la transformerai Hannah en citrouille pour Halloween.

- Tu sais, la beauté extérieure ne vaut rien si la beauté intérieure ne suit pas, remarque Ginny. Et n'essaie pas de faire ça, tu vas te rater complètement, Ron. Surtout que je crois qu'Hannah a rompu depuis quelques jours, donc tu t'en seras prise à une innocente, espèce d'imbécile.

- Ah, elles ont rompu, en plus ? À quinze ans ? Argh ! Mais, c'est odieux ! Les plus belles filles du monde sont prises par les plus moches !

- Tu crois être plus beau que tous les autres, peut-être, demande Ginny, acerbe. Écoute ce que tu dis là, tu comprendras pourquoi les filles te fuient comme la peste.

Ron n'osa rien dire de plus, mais c'était parce qu'il regardait Hermione qui grimaçait en les entendant se disputer. Il semblait soudain s'apaiser en la voyant, comme si elle avait ôté de son corps toute colère, comme un antidote miraculeux. Mais Hermione n'avait que faire de ce qu'il pensait ou ressentait, elle ne l'avait même pas vu se calmer.

Cette querelle fut le seul incident de la journée. Au final, même sans Harry, les trois adolescents passèrent la journée complète à Pré-au-Lard à acheter des bonbons, du matériel scolaire manquant, des distractions, des livres et quelques amusements. Granger regagna le château vers la tombée de la nuit avec Ginny, sans prêter attention à un Ron qui lui parlait plus gentiment qu'à l'habitude, sans doute car elle lui faisait de l'effet.

Toutefois, une nouvelle inattendue les prit de court dès le lendemain. Dès le samedi 19 octobre, Hermione remarquait à ses dépends qu'ils feraient mieux de choisir un autre endroit qu'une chambre des Trois Balais pour faire des réunions.

DÉCRET D'ÉDUCATION NUMÉRO VINGT-CINQ

Sur ordre de la Grande Inquisitrice, signé de concert par Dumbledore et Fudge, toute association d'élèves est dissoute à ce jour, sauf permission expresse de sa part, ce qui est à demander sur place à Madame Ombrage en personne.

Une association d'élèves, à son titre, comporte tout groupe, association, équipe, même un groupe de discussion, qui comporte plus de trois élèves. Tout groupe de quatre élèves au plus en train de discuter, ou de faire quelque activité sans la permission de la Grande Inquistrice, se verra, au meilleur des cas, pour une petite discussion dans les couloirs, en retenue, au pire des cas, dans un groupe de dix élèves en une activité douteuse, renvoyé sans préavis.

Madame Ombrage, Monsieur Fudge, Dumbledore.

- Oh, oh, fit Ron, devant le tableau d'affichage de la salle commune de Gryffondor. Il va falloir retrouver Drago pour lui dire deux mots, ou bien ce qui restera de son cadavre après que Fred et George sont passés le voir.

- Je m'en doutais, grimace Harry. Dommage que le sortilège Doloris soit un sortilège Impardonnable. J'aurai voulu voir Malefoy le tester pour moi.

Il avait encore mal pris la discussion de la veille sur Cho, mais cet événement finit par ajouter la goutte d'eau de trop qui fit déborder le vase.

- Harry, peux-tu me donner le parchemin de la réunion ?

Le sorcier à la cicatrice prit soin de vérifier que personne ne regardait, pour sortir le parchemin plié en quatre de sa poche de jean, pour le passer à Hermione. Elle le prit alors, sortit sa baguette, et marmonna en touchant le papier :

- Male Veritas !

Le papier se mit à briller d'un air verdâtre un moment, mais rien ne changea. Aucun prénom n'avait changé d'apparence. L'effet se dissipa sans le moindre changement.

- Ton sort a raté, demande Ron, intrigué.

- Non, il a réussi, sinon il n'y aurait pas eu l'aura verdâtre. Le constat est clair : personne du groupe n'a trahi, Harry. Aucun de nous.

- C'est quoi ce sortilège, demande Harry.

- Un sortilège de Révélation. C'est comme le Veritaserum, à la différence près qu'il révèle les choses ou objets cachés ou douteux. Le test est clair, personne n'a été louche, pour le moment, dans le groupe.

- Pas même Adrian, demande Ron, suspicieux.

- Il est aussi innocent qu'une colombe, assure Hermione.

Elle lui tendit le parchemin pour lui montrer que rien n'a changé. L'écriture hachée de l'élève n'a pas bougé. Si Ron n'a pas paru convaincu, son amie ne lui laissa pas le temps de répliquer. Elle reprit le parchemin en le lui arrachant, et elle l'enchantait d'autres formules complexes à six phrases.

- Que fais-tu, s'interroge Potter. Laisse ce parchemin tranquille.

Après avoir lancé six sorts différents en pointant différents points du parchemin, elle l'avait fait entourer d'une lueur noire de mauvaise augure. Elle se sentit à travers la salle : les trois amis furent parcourus de la même lumière obscure un moment, ce qui les inquiéta.

- Je viens de piéger le parchemin, explique Hermione. Rien n'a changé, si ce n'est que les adhérants, comme vous l'avez compris, viennent d'être sous l'emprise d'un sort qui va marquer sévèrement ceux qui vont dénoncer le groupe. Si cela le fera, l'aura noire que vous aurez vu fera… Enfin… Il va bien punir les traîtres, ajouta-elle, en souriant fièrement.

- Tu as lancé un maléfice du Pentacle, remarque Harry. Joli. C'est pour les septième année, ça.

- Ce qui est de septième année, je t'assure, est à ma portée, rit Hermione, flattée. En tout cas, j'ai réussi mon sortilège : et si tu doutes de la fiabilité de quelqu'un, tu n'as qu'à regarder la liste. Ça va te sauter aux yeux, si quelqu'un a décidé de retourner sa veste.

Elle rendit le parchemin à Harry, et ordonna ensuite :

- Cache ça, Ombrage ne doit pas le trouver, va le mettre dans ta valise, ou dans la Salle sur Demande.

- Je le ferai, assure-il. De toute façon, on y va dans trois jours. Viens dans la Grande Salle avec moi, Ron, j'ai deux mots à dire à Malefoy.

- Quoi, tu ne vas pas parler à Drago de l'Armée, demande la préfète, irritée. Laisse-le où il est, il vit bien sans savoir.

- Rien à voir, c'est pour lui dire ce que je pense des espions qui écoutent aux portes…

Ron acquiesça, l'air confiant, ce qui signifiait qu'il voulait faire sa fête aussi à Drago. Hermione, pincée, sentait surtout les problèmes venir.

- Qu'allez-vous faire, vous deux… ?

Les voir partir tout d'un coup, l'air décidé et sévère, ne lui augurait rien de bon. Elle les suivit peu après, inquiète, comprenant plus ou moins. Elle espérait qu'elle pourrait empêcher Gryffondor de perdre des points. La préfète suivit rapidement ses camarades.

Dans la Grande Salle, on était déjà tendus à cause de l'édit, qui révoquait quasiment tous les groupes de Poudlard. On en parlait dehors ou dans le couloir de l'école, que le club des Bavboules se vit annulé, le comité de lecture de la bibliothèque se trouvait nul, le club de beauté organisée par les belles Poufsouffle se vit annulé, de même que les équipes de Quidditch de toutes les maisons, et également, les groupes de discussion dans les couloirs.

Les plus aigris à ce sujet furent les Serpentard. Pour ne pas se faire punir par l'édit, Drago s'était séparé de Crabbe et Goyle avec difficulté, pour pouvoir discuter avec Montague, le capitaine de l'équipe, qui entre-temps, parlait avec Adrian de quelque chose de privé.

- … donc on va devoir annuler l'entraînement pour parler à Ombrage, assure Drago, furieux.

- Bien sûr, petite tête, que je comptais le faire, réplique le capitaine. Et ne me donne pas d'ordre, Malefoy.

- Hmph. Je te rappelle que mon père est…

- MALEFOY !

Voici désormais Harry Potter et Ron Weasley qui se joignaient à la discussion. Peu amicalement, bien sûr. La baguette levée en direction du cerveau de Drago, Harry menaçait le Serpentard, véhément.

- Qu'est-ce que tu me veux, encore, Potter, réplique Drago. Je n'ai pas le temps de jouer avec toi ! Je ne t'aime pas ! Va t'en !

Hermione, qui arrivait derrière en essayant de rattrapper ses amis par une marche rapide, constatait avec aigreur comment Harry parvenait à attirer toute l'attention sur lui, dans le mauvais sens du terme. En plus, Rusard était aux premières loges pour le constater.

- C'est quoi cette histoire, demande Montague, alors. Pourquoi tu viens agresser les membres de mon équipe, Potter ?

- Peut-être parce que Malefoy est un sale type, réplique Harry. C'est à cause de toi, l'édit d'aujourd'hui !

- Mais non ! Pas du tout ! Tu te trompes, Potter ! Je suis autant dans le pétrin que toi, alors arrête de porter de fausses accusations !

- Moi aussi, cet édit me gêne. Mais tu dois bien payer pour tout ce que tu fais… Tu nous prends de haut, tu nous insultes, tu fais ton prince quand tu n'es que le roi des abrutis…

Hermione était de plus en plus horrifiée. Harry n'allait pas dénoncer devant tout le monde le groupe ! Elle sortit sa baguette pour se préparer à lancer un sort de Mutisme sur son ami, en cas d'urgence.

- Je ne me souviens pas d'avoir fait ça, tu dois faire erreur, réplique Drago, très mal à l'aise. Je demande à voir mon avocat ! Et baisse ça, tu vas le regretter !

Il reculait vivement, sa main dans la poche de sa robe de sorcier, quêtant l'objet taillé en bois qui permettait de lancer des sorts. Ron eut le plaisir de voir comment Drago, d'habitude si fier, et si suffisant, pouvait devenir encore plus blême que d'habitude, et ressembler à un cadavre desséché, devant Potter, véhément. Sans doute que le Serpent ferait mieux de filer doux devant le Lion.

- Tu as oublié ? Attends, je vais te rafraîchir la mémoire, au premier sens du terme. Ventus !

Ça aurait fait vingt points pour Gryffondor, vu comment ce sort était bien utilisé. Drago venait de se faire propulser comme un sac en plastique à travers la moitié de la salle, et de se fracasser contre le sol. Il l'avait échappé belle, il aurait pu se manger l'armure en fer à côté du mur de la salle.

Hermione pâlit à son tour. L'école aimait badiner, mais elle aimait voir des combats en vie réelle, s'appliquer devant ses yeux ébahis. Elle se rassemblait en cercle auprès d'eux, scandant à voix forte « BASTON, BASTON. »

- Oh non, soupire Ron. McGonagall ne va pas être contente du coup.

- C'est un euphémisme, grogne Hermione. Elle va être furieuse.

Elle essayait de s'interposer dans le combat pour le stopper, mais ça allait dégénérer très vite. Alors elle prit des mesures radicales.

- Tintamarrus !

Un sortilège de Tintamarre bien placé créa des ondes de choc très puissantes qui secouèrent les deux combattants si forts, qu'ils en perdirent leur baguette magique, en plus de casser les oreilles des élèves attroupés. Au moins avait-elle réussi à calmer la foule en délire, mais ce n'était pas tellement résoudre le problème, puisqu'arrivaient désormais, McGonagall, Rogue et Ombrage, tous trois de très mauvaise humeur.

- Potter ! Malefoy ! Qu'est-ce que cela veut dire ?!

Les directeurs de maison se dirigèrent vers l'élève représentant leur classe, respectivement. Rogue soigna Drago de sa torpeur, et McGonagall réveilla Harry de son sursaut, chacun d'un sort.

- Je retire vingt points à Gryffondor, et autant à Serpentard ! Qu'est-ce que c'est que ces manières ! Vous vous battez, ici ? Quel exemple déplorable que vous donnez à toute l'école ? Vous avez une explication ?

Aucun des deux élèves ne répondit, à la fois trop honteux et trop furieux. De son côté, Ombrage souriait Harry, mais pour d'autres raisons.

- Je constate qu'encore une fois, Mr. Potter continue de répandre le trouble dans l'école, malgré mes avertissements. Vous répandez le désordre partout, c'est une manie chez vous. Par devant, autant par derrière… De ce que j'entends…

Harry, regardait avec un air incrédule le sourire de Dolores qui disait clairement qu'elle en savait quelque chose de ses désordres, et de leur nature.

- Eh bien, finit la Grande Inquisitrice, je vois bien qu'une bonne semaine de retenues lui conviendrait pour lui apprendre à se calmer. Mr. Potter, venez à dix-sept heures à mon bureau.

De son côté, McGonagall, calmée par l'intervention de sa collègue, surtout qu'elle ne voulait pas aller plus loin, dit d'une voix surprise :

- Dolores, ça ira comme ça. Potter a retenu les conséquences de ses actes, et pour une simple colère, je trouve que c'est assez. Ça n'a pas dégénéré…

- Non, je ne pense pas comme vous, votre laxisme n'est pas ma morale, réplique-elle, avec un sourire venimeux. Mr. Potter, je suis très déçue par votre comportement. Je tiens à vous dire que vous le méritez.

- Et Mr. Malefoy, alors ?

- Lui ? Eh bien, il n'est pas aussi dangereux que Mr. Potter, il sera quitte pour cette fois.

Elle lui adressa un sourire complice. Ce à quoi Drago répondit par un sourire amusé, avant de fixer goguenard Harry, qui, lui, était dégoûté.

- Vous n'êtes pas professionnelle, Dolores, remarque alors McGonagall.

- Vous non plus ! Vous laissez faire de dangereux perturbateurs s'en tirer sans problème après avoir causé du dégât. Il est temps de corriger ceci. Mr. Potter, rien à ajouter sur votre comportement ?

- Non, professeur. C'est sur le vôtre que j'ai des choses à dire. Et il y en aurait, oui, des choses à redire, dessus.

Sans répondre, Ombrage le fixa en fronçant les sourcils, l'air partagé entre la moquerie et la colère. Cette fois, Harry sut se contenir, et lui offrit son regard le plus acide. Voyant que les choses étaient réglées, et aussi pour faire partir cette masse d'élèves qu'un rien intéressait, McGonagall jugea bon de faire partir tout ce monde-là.

- Bien, retournez dans vos dortoirs, vous tous. Et que je n'en voie pas un qui traîne avant midi !

Tous les élèves de toutes maisons partirent sans demander leur reste. Drago, de son côté, rentra tranquillement à son dortoir, très content, tandis qu'Harry rentrait dans le sien, partagé entre la colère la plus ardente, et la honte la plus cuisante. Ron et Hermione le suivirent en silence un moment dans les couloirs. Enfin, la préfète demanda alors :

- M'en veux-tu pour être intervenue ?

- Plus vraiment, admit le sorcier à la cicatrice, tu as bien fait. Si j'avais éventré Malefoy, j'ignore ce qui se serait passé après. Bon, eh bien, je suis quitte pour supporter cette chose qui se veut humaine, une semaine de plus. Pitié. Je vais encore prendre du retard à voir cette abomination, et ce sera de ma faute, en plus. C'est ça qui m'horrifie plus que le reste.

Ses deux amis ne répondirent pas, inquiets à la fois de sa réaction, et aussi peinés pour lui. Ce n'était pas agréable de vivre cela.

Hermione discutait de tout cela avec Ginny dans la salle commune. Ron étant avec Harry dans leur dortoir, ils furent absents. Tandis qu'elles prirent deux canapés qu'elles placèrent devant la fenêtre pour discuter, devant une tasse de chocolat chaud, et des pancakes à la confiture en guise de petit-déjeuner.

- Drago n'était pas la cause de l'édit, demande la belle rousse, surprise.

- De ce qu'il disait, non. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi. Si ce n'est pas lui, qui a…

- C'est Rosmerta.

Seamus venait d'arriver derrière eux. Il avait parlé à haute voix, ce qui était rare. Les deux filles se retournèrent vers lui pour demander ce qui lui faisait dire ça. Finnegan répondit :

- En sortant de la réunion, après un passage à Honeydukes je suis rentré aux Trois Balais encore. J'avais vu Ombrage qui prenait un mojito à la grenadine, et elle discutait avec Rosmerta, de tout et de rien. Comme j'étais à côté d'eux, j'ai pu bien entendre… Rosmerta a raconté à Ombrage qu'Harry avait organisé une réunion de membres dans une de ses chambres. Et comme Dolores insistait pour savoir… Elle lui a vendu toute la mèche sans se faire prier. Cela n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde. En partant, Ombrage a marmonné qu'elle devait « empêcher des groupes cachés de se reformer. » Si vous ne me croyez pas, demandez à Dean, il était là aussi pour l'entendre. Ah, mais attendez, vous n'aurez pas à le lui demander, je crois qu'il est allé prévenir Harry.

Soudain, les deux Gryffondor se sentirent gênées au plus haut point. Ce n'était même pas Drago qui a dénoncé, c'était Rosmerta ! À ce moment, Hermione eut des hauts-le-cœur pour les ragots. À cause d'un simple on-dit, Harry a agressé quelqu'un, perdu un tas de points, avait était puni par l'école, et pour rien ! Cela lui mit un haut-le-cœur, quand Ginny fut simplement indignée.

- Quoi ?! Mais quelle… Elle n'aurait pas pu la fermer ?!

- Elle ne savait pas que c'était aussi important que ça, excuse Seamus.

- Mais même ! De quoi elle se mêle, celle-là ? Elle n'est pas gênée ! Ce n'était même pas Drago le problème ! Il était ici pour quoi, en fait, tu le sais ?

- Peut-être aller aux toilettes, celles du rez-de-chaussée étaient bouchées, remarque Finnegan. J'en ai fait les frais. Et Drago, pris de tentation pour entendre Harry, a dû essayé d'espionner, mais cela lui a coûté très cher.

La préfète, qui se rappelait qu'elle avait fait ça plusieurs fois l'été dernier, se sentait alors très bête. Elle comprenait pourquoi ses filatures ne marchaient jamais. Ce n'était pas malin d'écouter aux portes, parce qu'on pouvait voir très vite qui était caché derrière, si on ouvrait brutalement au mauvais moment. Ça aussi, ce serait à oublier.

- Quelle honte, quand Harry va apprendre ça, grogne Ginny. Je crois qu'on va attendre demain ou lundi pour le lui dire. Parce que là, c'est foutu. Sans parler des professeurs… Ils vont écrire ça sur son bulletin. Les éléments perturbateurs sont très inquiétants pour ceux qui aiment avoir le contrôle.

Hermione fronça les sourcils. Certes, c'est vrai, mais qu'adviendra-il si Ombrage décide de se débarrasser de Potter pour cette raison ? On dirait qu'une guerre silencieuse venait d'éclater avec la naissance de l'Armée de Dumbledore. Granger se doutait bien qu'Harry avait des arrière-pensées sur cet ordre, en apprenant à tous de dangereuses formules magiques. Elle ne l'a pas dit, mais s'en doutait quelque peu.