R/R spéciale : Chère Vlad, je me suis retrouvée toute embêtée pour te répondre longuement car point de mail, point de profil d'utilisateur, mais merci infiniment pour ton adorable retour ! Les félicitations ont été transmises, merci pour la dessinatrice ! Tu sais que je frémis à chaque fois qu'Hagrid appelle Rusard « stupide cracmol » ou autre gentillesses ? Rusard est affreux parce qu'il est Rusard, mais il n'y peut strictement rien si il est né sans magie… En tout cas merci encore, j'espère que la suite te plaira tout autant !
Merci à NinonDG et Win H Lockwood III pour vos reviews, Édouard (à qui je pense tout particulièrement en cette sombre période) pour ses retours enthousiastes, et bien sûr ma géniale sœur qui pris le temps de corriger ce chapitre depuis les geysers de la Nouvelle-Zélande (c'est son côté Professeur Mercador…)
Rappels des éléments nécessaires à la compréhension de ce chapitre:
Pré-au-lard a été attaqué par les Mangemorts pendant une manifestation de l'Union des Sorciers et des Sans-Pouvoirs. Dans la précipitation, James et Peter ont révélé leurs formes animagi à Lily. Par ailleurs, James et Lily ont été confrontés pour la première fois à Voldemort, mais, chacun dans leur genre, ils sont parvenus à lui tenir tête. Emma Prewett a surpris Abraxas Malefoy en train de se battre avec le professeur Mercador. Sur une note moins politique, Remus Lupin se meurt d'amour pour Marlene McKinnon depuis presque deux ans...
Disclaimer : Rien ne m'appartient (à part quelques personnages de mon invention), JK Rowling et la Warner own the stuff. Et je ne tire pas une noise en écrivant cette histoire !
Avertissement : K+, en raison du contexte politique troublé et de quelques allusions adultes. N'hésitez pas à me prévenir si ça vous paraît trop bas.
Rappel exhaustif de personnages présents dans ce chapitre et qu'on peut rechercher avec un ctrl+F :
Abraxas Malefoy : ancêtre de nos Malfoy préférés qui a quitté l'Angleterre après avoir créé un Horcruxe à la fin du 17ème siècle.
Adriana Mercador : enseignante de DCFM, Compagnonne de la magie, a échappé à Abraxas Malefoy après un incident en Islande.
Susan Abbington : enseignante d'Etudes des Moldus, amie d'enfance de Darren.
Darren Warwick : cracmol, fils d'Octave Warwick et Cybel Malefoy, ami de Lily.
Catherine McKinnon : Première Ministre par interim depuis l'assassinat de Paige Parkinson, mère de Marlene, épouse d'Edward McKinnon qui travaille au service de régulation des créatures magiques.
Penny et Joshua Pierceman : gérants pro-moldus, pro-cracmols de la Théière frappée attaquée durant l'attaque du Chemin de Traverse. Les Pierceman avaient accueilli Darren après sa fugue.
Emma Prewett : préfète des Serpentard, fille d'une moldue et du cracmol Gaspard Prewett.
Alice Darlay : Gryffondor de septième année, petite amie de Frank Londubat.
Gill Mariano : né-moldu, Gryffondor, président du club d'échecs sorciers de Poudlard. Est décédé dans les bras de Sirius pendant l'attaque de Pré-au-lard.
Jules Tiffany : séduisante septième année de Poufsouffle qui tourne autour de James.
Marlene McKinnon : meilleure amie de Lily, Gryffondor.
Erin Shacklebolt : batteuse de Gryffondor, 6ème année, « friends with benefits » de Sirius.
Morag Mulciber : pénible Serpentard de septième année.
Antigone Greengrass : capitaine de l'équipe de quidditch de Serpentard, nemesis d'Aileas Barrow.
Chapitre 10 : La guerre est déclarée
Le mage frappa trois coups et poussa doucement la porte.
La Ministre et deux sorciers habillés de l'uniforme du Département des Mystères se tournèrent vers lui, étrangement silencieux.
« Excusez-moi. Comme vous m'avez appelé en urgence, madame la Ministre… mais je peux attendre dehors. »
« Non, pas du tout. Entrez, je vous prie. Nous avions fini. »
Les langues-de-plomb acquiescèrent silencieusement et quittèrent la pièce, non sans saluer le nouvel arrivant d'un signe de tête respectueux. Catherine McKinnon s'approcha de lui. La sorcière paraissait anormalement vieillie, lasse. Elle se posta ses épaules en arrière, comme si elle s'attendait à recevoir un coup.
« Allez-y, Albus. Comment se présente la situation ? Et ne me ménagez pas. »
« Marlene va bien. » lui assura-t-il doucement.
Catherine McKinnon se figea, ses phalanges tremblaient sur sa baguette. Elle passa sa main sur son front et s'autorisa finalement un soupir.
« Par Merlin, merci… » souffla-t-elle si bas qu'il faillit ne pas l'entendre.
« Elle a quelques bleus et une petite plaie au crâne, mais c'est tout. D'autres n'ont pas eu cette chance… » annonça-t-il, un imperceptible vacillement vocal trahissant son émotion.
« Fol-Oeil m'a annoncé une trentaine de victimes. Sainte-Mangouste accueille déjà vingt-sept blessés graves et le chiffre ne cesse d'augmenter… qu'en est-il des autres élèves ? »
« Nous avons pu procéder à l'appel en bonne intelligence avec les autorités sur place. J'ai la tristesse de vous annoncer… » Sa voix se brisa mais il parvint à reprendre. « … que quatre élèves sont décédés. »
La sorcière accusa le coup et essuya une larme de l'index.
« Il s'agissait de deux nés-moldus, Gill Mariano et Jane Creevey, respectivement un Gryffondor et une Poufsouffle. Les deux autres étaient Lucy Jorkins et Benedict Cattermole, tous deux à Serdaigle. Les directeurs de maison sont en train de l'annoncer à leurs parents. »
« Je connais le père de Cattermole, il travaille à la Régulation des transports magiques. » murmura McKinnon.
« Quant à ceux qu'ils ont tenté d'enlever… votre fille Marlene et Margaret Chourave étaient ciblées mais nous avons pu les ramener au château. En revanche, Sam Willis manque toujours à l'appel. Nous avons d'abord cru qu'il se trouvait coincé quelque part dans les décombres mais… »
Il secoua la tête. Le garçon était perdu, et tous ceux qui le cherchaient, impuissants.
« Il s'agissait du fils de Hugh Willis, le propriétaire de la Gazette, n'est-ce pas ? » s'enquit la Ministre.
Dumbledore acquiesça.
« Que faudrait-il faire pour protéger nos enfants, Albus ? » se lamenta McKinnon. « Les envoyer au loin ? Edward m'a répété tout l'été qu'il valait mieux envoyer Marlene terminer sa scolarité à Ilvermorny… je désapprouvais, d'autant qu'elle souhaitait passer son diplôme à Poudlard. »
« Vous savez comme moi que le MACUSA réagit tardivement à ce qui déroule dans nos contrées européennes. C'était déjà le cas, la dernière fois. Je crains qu'ils ne soient complètement dépassés dans les semaines à venir. »
« Vous pensez que ça recommence ? » s'alarma-t-elle. « Que ce… Voldemort est le prochain Grindelwald ? »
« Loin de moi la volonté de me montrer alarmiste… » avança-t-il le plus prudemment possible. « … mais vu ce qui m'a été donné l'opportunité de voir cet après-midi… je crois que Voldemort pourrait s'avérer, dans une certaine mesure… autrement plus retors. »
Catherine McKinnon ouvrit de grands yeux.
« Pardonnez-moi, Albus, mais… Plus retors que Grindelwald ? »
« J'ai affronté Voldemort aujourd'hui, et je peux vous assurer qu'il a utilisé une magie obscure pour augmenter ses capacités magiques. Je croyais que les yeux rouges et la tête de reptile n'étaient que des rumeurs mais il m'a fallu reconnaître leur véracité aujourd'hui. »
« Une fois de plus, notre communauté vous doit beaucoup. Comment était-il, magiquement ? »
Dumbledore hésita.
« Agressif. Puisant volontiers dans les rituels interdits. Belliqueux. »
Il se tut.
« Dites-le donc… » ironisa-t-elle. « … Aussi puissant que vous ? » insista-t-elle.
« Je dirais équivalent ? » répondit calmement Dumbledore à la Ministre qui posa sa main sur sa bouche horrifiée. « Mais vous savez comme moi que ça ne veut rien dire. S'il a eu recours à de la magie très noire, il a une dette à payer. En fait, plus sa magie sera puissante, plus sa vulnérabilité sera grande… C'est pour ça que je ne fais pas grand cas de ce type de pratiques. Mais si nous désirons connaître son point faible, il me semblerait d'autant plus utile de comprendre d'où il vient. Où a-t-il appris tout cela ? Vient-il d'une famille de sorciers ou de moldus ? Où a-t-il étudié ? Est-ce que sa famille, ses anciens amis font partie de notre communauté ?»
« Ça fait des mois que tout le département des mystères travaille de concert avec Fol-Oeil pour obtenir des informations, mais nous piétinons ! » pesta la Ministre. « Tout ce que nous savons, c'est qu'il a passé un certain temps à l'est de l'Europe. C'est tout ce que nous avons réussi à retracer… C'est comme s'il avait effacé toute trace le concernant. » Elle se mit à tourner autour de son bureau. « Par Merlin, de la poudre d'Éruptif… Je me suis toujours positionnée contre le commerce de ce genre de produits. Une telle inflammabilité ne peut causer que des ennuis. »
La porte s'ouvrit d'un coup, laissant apparaître un sorcier sobrement vêtu d'une robe et d'une cape bleu foncé.
« Professeur Dumbledore, Catherine. » salua-t-il plutôt froidement. « Fol-Oeil vient de m'annoncer les noms des Mangemorts que nos Aurors ont attrapés. Maxime Collen, Darius Straczynski et Egid Ameen en faisaient partie. Les autres sont encore en cours d'identification.»
« Très bien, Bartemius. Quand aura lieu l'interrogatoire ? »
« Vous ne m'avez pas compris, Catherine. Ils sont tous décédés. Il n'y aura ni interrogatoire, ni procès. »
Un silence s'abattit dans la pièce.
« Maxime Collen et Egid Ameen étudiaient à Serpentard il y a une trentaine d'année. » murmura Dumbledore.
« Est-ce que ce sont nos forces qui les ont abattus ? » s'enquit la Ministre.
« Collen est tombé après avoir reçu cinq sortilèges de stupéfixion à la fois. Ameen a été retrouvé, le buste complètement tailladé : il a vraisemblablement reçu un maléfice non homologué par le Ministère. Aucun Auror ne se serait laissé aller à un tel acte. Quant à Straczynski, il s'est bêtement ouvert le crâne après avoir subi un puissant sortilège de désarmement. » Il se tourna ensuite vers le directeur de Poudlard.« Vous avez vu ce… mage noir, Dumbledore. Que veut-il ? Que pouvons-nous lui offrir ? » interrogea brutalement Croupton.
Mais le vieux mage haussa les épaules.
« Il utilise la doctrine du sang-pur pour motiver des adeptes, mais je doute qu'il s'agisse de son objectif véritable. Comme d'autres avant lui, il cherche à asseoir la suprématie des sorciers, des « vrais sorciers », en révélant au monde notre existence. Il n'a rien à faire du Secret International.»
« Alors, c'est la guerre. » conclut la Ministre d'une voix blanche.
Ce fut d'une incroyable brièveté, mais le furtif coup d'œil que lança Croupton à la sorcière ne put échapper au directeur de Poudlard.
« Hélas, il semblerait bien que la guerre soit en effet déclarée. Je suis heureux de constater que vous semblez prête à lui tenir tête. » fit remarquer Croupton avec condescendance.
« Vous en doutiez ? » claqua-t-elle aussitôt, revenue à la réalité des luttes de pouvoir intestines qui rongeaient le Ministère.
« Sauf votre respect, cela fait quatre mois que le service de la Justice magique s'emploie à démasquer les potentiels dissidents, sans aucun soutien de votre part… »
« Vous avez poursuivi des pro-moldus, Bartemius, et vous avez profité qu'on vous lâchait la bride pour enquêter sur tous ceux qui vous semblaient avoir des mœurs ou des opinions plus marginales que les vôtres. Nous ne partons pas en guerre contre eux, mais contre les mages noirs : c'est après eux qu'il vous faudra chercher maintenant ! »
Elle tourna les talons et revint à son bureau.
« Nous allons augmenter nos effectifs d'Aurors dans les prochains mois. Nos services pourraient intervenir à Poudlard pour présenter la filière à vos dernière année. Si vous nous donnez votre accord, bien sûr, Albus. »
« Si vous me permettez… je crois que le Ministère devrait s'engager encore davantage à Poudlard. » intervint Croupton.
« Que voulez-vous dire ? » demanda la Ministre en fronçant les sourcils.
Pour la première fois depuis le début de l'entrevue, Croupton chercha à rencontrer le regard de McKinnon, comme à la recherche d'un soutien.
« Vous l'avez souligné vous-même, Dumbledore. Les Mangemorts que nous avons identifiés étaient tous passés par Poudlard. Votre école est un véritable vivier d'adeptes pour ce Seigneur des Ténèbres auto-proclamé… »
« C'est également un vivier d'Aurors et d'honnêtes fonctionnaires du Ministère, dans lequel vous puisez à votre guise depuis des années. » répondit tranquillement le directeur.
« Certes… mais si nous voulons prévenir d'autres attentats, nous pourrions, par exemple, mener quelques entretiens. Enquêter sur place parmi vos éléments les plus… susceptibles de répondre présents à l'appel des mages noirs. Quelques gouttes de veritaserum pourraient… »
« Combattre la terreur par la terreur ? » trancha la Ministre. « C'est hors de question, Croupton. Poudlard est une école, pas une prison ni un camp d'entraînement du Ministère. »
« Je ne l'aurais pas mieux dit moi-même. » sourit légèrement Dumbledore. « Mais en parlant de prison, puis-je évoquer le pénible sujet des Détraqueurs ? »
« Qu'en est-il ? » rétorqua Croupton avec frustration.
« Si Voldemort est parvenu à convaincre des Sombrarchers de travailler pour lui, je doute que les Détraqueurs tergiversent bien longtemps… tôt ou tard, ils se rallieront à lui. »
« J'y ai songé. » répondit McKinnon. « C'est pour cela que je pense proposer au Magenmagot de tripler les effectifs des Aurors. Pour nous défendre, mais aussi pour remplacer petit à petit la présence des Détraqueurs à Azkaban : dans ces circonstances, ils seront trop versatiles. »
« Et avec quel argent comptez-vous payer le salaire d'autant de sorciers hautement qualifiés ? » railla Croupton.
« Et bien, pour commencer, en taillant dans certaines dépenses de votre Département ! Ça fait des mois que cette Dolores Ombrage s'obstine à traquer des cracmols qui s'évanouissent dans la nature ! C'est une perte de temps et d'argent. »
« C'est à cause de ces cracmols que Pré-au-lard a été attaqué aujourd'hui ! » rétorqua-t-il. « Sans cette stupide manifestation… »
« Les Mangemorts auraient attaqué de toutes façons. » trancha McKinnon.
« Pour ce que vous en savez… »
« Au cas où vous l'auriez oublié, je suis l'actuelle Ministre, Croupton ! » s'emporta-t-elle. « Et la Ministre parle au Département des Ministères. »
« Ministre temporaire… » cracha-t-il.
« Bartemius. » appela calmement Dumbledore.
Un silence tendu s'installa dans le bureau.
« Vous devriez m'écouter, Dumbledore. » supplia finalement Croupton. « C'est entre vos murs que cela se passe. Ce ne sont encore que des adolescents, mais ils seront recrutés dès qu'ils seront diplômés. Peut-être même avant… j'ai cru entendre que vous aviez déploré des incidents anti-moldus depuis la rentrée. Celui-qu-on-ne-nomme-plus incarne tout ce en quoi ils croient. Ils sont jeunes, naïfs… certains le rejoindront avec un enthousiasme et un aveuglement qui seront catastrophiques pour nous. N'oubliez pas qu'ils ne resteront pas toujours sous votre giron. Certains d'entre eux n'auront pas de garde-fou pour les retenir du bon côté. »
« C'est votre avis, Bartemius. Puis-je toutefois rappeler que la poudre éruptive a été volée alors que le Ministère encadrait son transfert ? Depuis des mois, la Gazette nous rappelle que Paige Parkinson était parvenue à vendre une énorme quantité de poudre éruptive aux sorciers des steppes mongoles. Trois tonneaux ont pourtant échappé à votre surveillance et leur explosion a causé des dizaines de vies précieuses. Si vous cherchez un traître, vous devriez chercher en priorité dans ce bâtiment. »
Croupton se retint avec peine de répondre. Il salua le directeur et la Ministre d'un bref signe de tête et sortit du bureau en claquant la porte.
« Il a raison sur un point : les mages noirs recruteront des élèves de Poudlard. » admit McKinnon. « Vous avez une idée à ce sujet, Albus ? »
« Nous ne pourrons pas retenir ceux qui sont déjà fanatisés, malheureusement. Cela fait trop de siècles que notre communauté s'endort sur la doctrine de la pureté du sang. A force d'ignorer le sujet, il n'en est devenu que plus prégnant dans certaines familles… Je ne suis pas sûr que Poudlard soit de taille à lutter contre les traditions des Black, des Rosier ou des Lestrange. »
« Vous avez raison, bien sûr. » soupira-t-elle. Elle fit apparaître un service à thé du bout de la baguette et servit deux tasses.
« Merci bien. » la remercia le directeur en prenant sa soucoupe.
« Faites attention, il est fort. C'est mon thé spécial pour les situations inextricables. » prévint-elle. « Le département des mystères lui-même ignorait que les Sombrarchers existaient encore. Ils n'avaient pas laissé la moindre trace depuis quatre cent ans. Ça dépasse l'entendement de penser que ce mage noir ait réussi à les convaincre de l'accompagner. Les centaures sont déjà récalcitrants, mais un Sombrarcher ? Qu'est-ce qu'il a pu leur promettre ? »
« De vivre au grand jour, sur les terrains que nos ancêtres leur ont pris ? » suggéra Dumbledore en rajoutant la moitié du sucrier dans sa tasse. « Auriez-vous un peu de lait, Catherine ? » demanda-t-il poliment en réprimant une grimace.
Elle fit apparaître un pot de lait dont il s'empara avec soulagement.
« J'espère que vous avez conscience que d'ici quelques heures, je ne serai plus Ministre. » sourit-elle amèrement.
Il secoua sa longue manche pour dégager la montre accrochée à son poignet.
« Le temps que Bartemius donne ses instructions, retourne voir Fol-Oeil et convoque tous les membres du Magenmagot… Je pense que nous serons réunis d'ici trente-six heures. Mais rien n'est perdu, Catherine. Je voterai pour que vous restiez Ministre par interim et je ne serai pas le seul. »
« Je ne tiens pas particulièrement au titre ni à la fonction, et vous le savez. Mais par qui Croupton souhaitera-t-il me remplacer ? »
Dumbledore lui lança un regard éloquent par-dessus ses lunettes en demi-lune.
« … je suppose qu'on est bien servi que par soi-même. » en conclut McKinnon avec amertume.
Tête de Sanglier
12h43
« Tu te sens mieux ? Tu n'as plus de vertiges, d'hallucinations… ? »
« Non, non ! » assura-t-il avant d'oser un sourire. « Tout a disparu en quelques jours, ne t'inquiète pas pour moi. Ce que j'ai vécu, c'était… il n'y a pas de mots… c'est comme si mon cerveau avait doublé de capacité, comme si… » Il se tut, résigné à l'idée que l'expérience demeure indicible, impossible à résumer.
« J'ai eu très peur. » murmura-t-elle. « Je n'aurais jamais dû te lancer ce sortilège, j'aurais dû réfléchir… »
« Mais tout va bien. Regarde un peu… » Il ouvrit son sac et lui tendit une liasse de papiers. « Regarde ! Je suis en train de le ré-écrire ! D'accord, c'est en latin, mais on pourra le traduire. C'est incroyable, non ? C'est comme si j'avais une mémoire photographique, tout coule de ma main sans que je force ! »
Elle feuilleta les documents. Il décela d'abord la curiosité qui brillait si souvent dans ses yeux verts, mais la peur prit le dessus.
« Et si on jouait avec quelque chose de dangereux ? »
« Tu as toi-même dit que ça ne ressemblait pas à de la magie noire. »
« Je ne sais plus, Darren ! Je n'ai que dix-sept ans, je n'ai même pas passé mes examens ! »
Il secoua la tête de dénégation.
« Ce que tu as fait l'autre soir, c'était merveilleux ! Ce James Potter lui-même l'a reconnu, non ? Tu es douée, je te fais confiance. »
« Pourtant, j'aurais pu te tuer. Ton organisme n'est pas fait pour… »
« Ne le dis pas, s'il te plaît. » coupa-t-il.
Ils évitèrent de se regarder pendant un instant.
« J'ai failli être renvoyée. Il faut que je me consacre un peu à mes études. » insista-t-elle d'une voix blanche mais décidée. « Tiens. »
Malgré sa frustration, il prit le sac qu'elle lui tendait et l'ouvrit : il était rempli de victuailles et d'un bocal qu'il ne put s'empêcher de sortir à moitié. Emprisonné dans le verre, un feu multicolore brûlait malgré l'apport limité en oxygène.
« J'ai pensé que ça pourrait t'aider à avoir chaud… »
« Merci. » croassa-t-il. « Et… tu as raison. Pour tes études. Tu as de la chance d'avoir une école qui t'accueille et te prend en charge, tu ne dois pas les décevoir. » se força-t-il à formuler. Il tourna la tête vers les tours de Poudlard qu'on distinguait par-delà les toits des maisons de Pré-au-lard.
« Tu pourrais retourner à l'université moldue, si tu le souhaitais, non ? » osa-t-elle lui demander.
« Mon monde, c'est ici. » rétorqua-t-il avec défi. « Qu'ils le veuillent ou non, c'est d'ici que je viens. Pourquoi la magie devrait être réservée à certains si tout le monde peut potentiellement en faire usage ? C'est tellement injuste ! »
Avec surprise, il la vit s'approcher et sentit ses bras se refermer autour de lui. Il distingua l'odeur devenue familière de lys et d'épices et se laissa aller contre elle, enfouissant son visage dans l'épaisse chevelure rousse. Était-ce normal d'éprouver quelque chose de si intense pour une personne qu'il connaissait finalement si peu… ? L'étreinte amicale prit rapidement fin et elle sortit un bout de papier de sa poche.
« Il faut vraiment que j'y aille, mais prends-la avant. C'est une cocotte de papier enchantée. Si tu veux, tu peux m'écrire et le message me parviendra directement. Le réseau de cheminette de Poudlard est désormais surveillé. » grimaça-t-elle.
« Je comprends. »
Elle fit quelques pas avant de se retourner.
« Reprends-en une ou deux gouttes, tes cheveux s'éclaircissent ! »
Place de Pré-au-lard
14h36
Il acquiesça, sortit de sa poche la fiole de polynectar que lui avait confiée Thomas Weasley et but une petite gorgée au goulot.
« Reprends-en un peu, mon vieux, ton nez est en train de s'aplatir. » lui lança Thomas à voix basse.
« C'est bizarre, qu'il fasse effet aussi peu de temps… » remarqua Susan qui n'avait plus de badges à distribuer : tout leur stock avait disparu.
« Il est possible que je l'aie piqué à une apothicaire en formation qui s'est légèrement plantée dans ses dosages… mais rassure-toi, il n'y aura pas d'effet secondaire, ça a juste joué sur son efficacité dans le temps. » se hâta de préciser Thomas.
« Et c'est de l'extrait de qui ? » demanda Darren qui appréhendait légèrement la réponse.
« Un moldu qui a perdu un cheveu sur son manteau pendant que je l'interrogeais pour ma thèse. Il est avaleur de sabres. Les moldus sont vraiment des gens fascinants… »
« Impossible. »
« Non, je te jure, il avale vraiment des sabres sans magie, c'est sacrément impressionnant ! »
« Pas ça. Regardez ! »
Il pointa du doigt une sorcière d'une cinquantaine d'années qui observait la scène avec un visage inexpressif. Ses cheveux grisonnants et bouclés étaient coiffés en torsades compliquées, et une cape de velours bleu nuit tombait avec élégance sur sa silhouette droite et digne. Ses mains gantées de cuir gris serraient sa baguette au manche recouvert d'ivoire. Soudainement, elle tourna la tête et croisa son regard. Elle ne pouvait pas le reconnaître… Il avait pris l'apparence de quelqu'un d'autre… Il s'efforça de détourner les yeux et de faire comme si de rien n'était, continuant de distribuer des tracts à la ronde.
« Appia Fawley ? » s'étonna Thomas. « Mais c'est pas son mari qui avait signé une chronique horrible dans la Gazette ? »
« Si. » approuva Susan. « Magnus Fawley disait que la publication anonyme du Registre des Vingt-huit familles de sang-pur (1) devait être utilisée à bon escient. Qu'il était temps d'interdire toute union avec les moldus, comme en Amérique. Quand leur fille a refusé de se marier avec le fils Wilkes, il l'a condamnée publiquement. »
« Appia Fawley était aussi une amie de mes parents. Elle est venue deux fois chez les Pierceman pour essayer de me ramener. C'est à cause d'elle qu'Isidore a lancé un sortilège de Fidelitas sur sa maison pour me protéger. »
« Tu crois qu'elle t'a reconnu ? » s'inquiéta Susan.
« Comment le pourrait-elle ? » s'étonna Thomas. « T'as vu sa tête ? Il se ressemble pas du tout ! Mais je demande quand même ce qu'elle fait là, cette mégère… J'espère qu'elle n'est pas là à nous espionner pour le compte de son crétin de… »
Le reste de sa diatribe fut couvert par le bruit assourdissant de l'explosion. Le souffle et le mouvement de foule les emportèrent, déchirant les groupes, heurtant les corps paniqués.
« PRENDS MA MAIN ! » cria-t-il à Susan. Leurs doigts s'accrochèrent, se frôlèrent, mais il fut emporté par le courant. Il heurta alors les fondations du kiosque dont le toit avait été soufflé par la poudre éruptive. Il essaya de se dégager mais se cogna contre un sorcier qui hurlait de peur. « Petrificus totalus ! » glapit le mage. Il s'effondra sur le sol et roula sous le kiosque, impuissant. Au coin de sa vision, il voyait les pieds des sorciers disparaître, courir, fuir.
15h02
« Finite incantatem ! VIENS! »
Toutes les sensations de Darren lui revinrent d'un coup et il attrapa la main de Thomas qui le tira du dessous du kiosque. Dehors, ce n'était que chaos. La fumée avait envahi toute la place. On tirait les blessés à l'abri, on laissait à l'arrière ceux pour qui il était trop tard.
« Où est Susan ? » demanda-t-il mais Thomas paraissait aussi désorienté que lui.
C'est alors que les flèches fusèrent dans les airs. Ils coururent à toutes jambes vers la vitrine multicolore de Honeydukes où se pressaient des élèves de Poudlard complètement affolés. La boutique se remplissait à une vitesse impressionnante et la vendeuse scella la porte d'un coup de baguette peu après leur arrivée.
« Il y en a encore plein, dehors ! » protesta Darren avec force.
« Les Mangemorts arrivent ! » sanglota l'employée pour toute réponse. Il la jaugea avec incrédulité : les larmes roulaient sur ses joues, ses doigts tremblaient sur sa baguette.
« Dans la réserve ! Par ici ! » pressait le gérant, amenant les élèves à se réfugier dans le sous-sol que Darren avait visité quelques temps auparavant. Au-dehors, des silhouettes noires, encapuchonnées, déambulaient dans les rues en poussant des cris assassins. Il regarda autour de lui et se jeta sur un étalage de caraméléons qu'il entreprit de défoncer. Le gérant cessa de rameuter les adolescents pour l'interpeller à travers la boutique. « Hé ! On ne casse pas ! » criait-il. Mais il s'interrompit bientôt et Darren comprit pourquoi : tandis qu'il s'acharnait sur le présentoir de bois, ses mains s'étaient transformées, abandonnant l'aspect calleux du moldu auquel il avait emprunté son apparence. Le polynectar cessait de faire effet, le métamorphosant aux yeux de tous. En quelques dizaines de secondes, il avait récupéré un pilier du portant, long et plus ou moins pointu. Dans sa poche intérieure, il s'assura de la présence du couteau d'arrêt.
« On ne trouvera pas Susan dans cette cohue ! Il faut transplaner ! » lui lança Thomas.
Il hésita un instant de trop : un grand éclair orangé les aveugla et la porte s'ouvrit en grand, sortant littéralement de ses gonds. Un Mangemort pénétra dans le magasin, la baguette tendue en avant, presque tranquillement. Visiblement, il souhaitait s'assurer qu'aucune menace ne se trouvait dans la confiserie, par précaution…
« Nous ne sommes que de simples commerçants ! » couina le gérant, les mains en l'air. « D'honnêtes artisans… des clients ordinaires… nous ne nous opposerons pas… »
Il émit un étrange glapissement quand le mage noir tourna vers lui sa face insondable. Le nouvel arrivant recula dans un froissement de robe et s'apprêtait à quitter la boutique quand son visage se retrouva face à celui de Darren.
« Toi ! » s'exclama-t-il d'une voix étouffée que le jeune homme reconnut pourtant immédiatement.
Lucius.
Le mage lança un sort que Darren évita à quelques millimètres près. Sans réfléchir, il plongea en avant, les mains serrées sur la barre de bois. Il rassembla toutes ses forces pour frapper Lucius à l'arrière des genoux : pris par surprise, ce dernier ploya en poussant un cri de douleur. Darren se releva, prit Thomas par le bras et ils se retrouvèrent dehors, dans le chaos le plus absolu. Par moment, une flèche empoisonnée frappait un fuyard qui tombait au sol, mort sur le coup. Les Sombrarchers étaient plus redoutables encore que ce que prétendaient les contes.
« Attrape-les ! » tonna la voix de Lucius dans la rue, et Darren se demanda à qui il s'adressait.
« Alors ? On a blessé le petit Lucius ? » les interpella une Mangemort en fonçant droit sur eux. Sa main dégantée saisit Thomas par le crâne et le rouquin tomba à genoux, incapable de résister à la violence du maléfice informulé. « Toi, tu es un Weasley ! De la racaille. Mon maître m'a appris comment traiter les raclures comme toi ! » Une vibration émana de sa main et le visage du sorcier se tordit en tous sens tandis qu'il se battait pour respirer, ses cheveux blanchissaient, son visage se creusait… Une substance cuivrée suintait de lui, désormais…
« Quoi, tu en veux aussi ? » cracha-t-elle, hargneuse, en tendant sa main vers Darren. Ce dernier lui asséna aussitôt un coup de couteau sur le dos de la main. La sorcière cria et Darren se jeta sur Thomas.
« Transplane, s'il te plaît, transplane ! »
Thomas gémit de douleur, mais le paysage tangua, et ils furent comme aspirés dans un long tuyau de sons, de couleurs et d'odeurs avant de s'écraser violemment dans l'herbe.
C'est comme chuter et prendre le choc une nouvelle fois. Il se réveilla d'un bond et se cogna à la poutre située juste au-dessus de son lit. La douleur s'étendit sur son front, mais recula tandis qu'il prenait conscience de l'élancement aigu qui parcourait la partie droite de son torse.
« Aïe... » grinça-t-il entre ses dents. Mais aucun son ne paraissait approprié pour désigner la souffrance qui était la sienne. Il s'efforça de la contrôler un instant, le temps de comprendre où il était : car la couette était bien trop moelleuse, l'oreiller bien trop doux pour être ceux de sa modeste paillasse de Pré-au-lard. Il se trouvait dans une chambre, dont l'occupant ne devait pas être âgé de plus de sept ans, vu les couleurs criardes et le mobilier naïf qui formaient la décoration. Une guirlande de dragons de papier était accrochée à la fenêtre. Il se tourna vers la porte qui s'ouvrait en grinçant, laissant apparaître la silhouette d'un enfant qui le fixait.
« MAMAAAAAAN ! » hurla le petit garçon avec une force surprenante pour sa taille. « IL EST RÉVEILLÉ ! »
Des bruits de pas lourds résonnèrent dans le couloir et la porte s'ouvrit en grand cette fois, laissant apparaître une femme replète aux cheveux roux vénitiens coiffés à la hâte. Elle entra, le petit garçon trottinant derrière elle.
« Restez allongé. » lui ordonna-t-elle d'un ton autoritaire. « Vous avez des côtes cassées. J'attendais que vous soyez réveillé pour vous donner du poussos. »
Elle repoussa le drap sans aucune pudeur et vérifia l'état des bandages.
« Où suis-je ? »
« Je suis Molly, la belle-sœur de Thomas. Il a réussi à vous ramener en entier. Ça a été une hécatombe. » ajouta-t-elle d'un air morose.
« C'est vrai que t'as pas de pouvoir magique ? » demanda le petit garçon qui le regardait avec curiosité à l'autre bout du lit.
« Charlie, vas donc aider ton frère à mettre la table. »
Déçu, l'enfant traîna des pieds jusqu'à la porte. Molly sortit de la poche de son tablier une bouteille en forme de squelette et une boîte de comprimés blancs.
« Apparemment, le poussos convient aussi aux personnes non-magiques, mais le reste de mes remèdes n'était pas vraiment recommandé. Mon époux est passé acheter des pilules anti-douleur à la pharmacie moldue. » Elle lui tendit la boîte d'un air circonspect, comme si elle doutait que ce soit-disant paracétamol puisse se trouver aussi efficace que la bave de crapaud ou l'asphodèle. « Deux comprimés avec un grand verre d'eau, trois fois par jour. C'est ce qu'ils ont dit. »
Elle sortit sa baguette et fit apparaître un verre d'eau qu'elle lui tendit. Il avala les médicaments avec difficulté, le moindre mouvement du torse lui causant de terribles élancements. Elle le força ensuite à ingérer une cuillerée de poussos avant de quitter la pièce, en prenant le soin de fermer soigneusement la porte. Il n'avait pas la force de l'arrêter, de lui demander combien, combien étaient morts, et qui les avait injustement quittés… le mélange de plantes l'assomma et il sombra dans le sommeil.
« Hé… tu dors… ? »
Il parvint à entrouvrir les yeux et tomba face au visage constellé de tâches de rousseur de Thomas.
« Plus maintenant… »
Il se redressa contre ses oreillers et observa son ami. Ce dernier paraissait exténué, le visage barré de bleus et de coupures, mais surtout, il arborait de larges mèches blanches dans ses cheveux d'ordinaire roux vif. On remarquait aussi des rides inhabituelles autour des yeux, du nez et de la bouche.
« Molly m'a dit que tes côtes étaient en train de se ressouder. Tu as échappé au pire. »
« Et toi ? » s'empressa-t-il de demander.
Thomas détourna les yeux.
« Elle m'a pris une sacrée quantité d'énergie vitale. » Il amorça un sourire forcé. « C'est une vieille pratique de magie noire, apparemment, ils font souvent ça entre eux. Molly voulait que je reste allongé, mais je lui ai dit que s'il ne me restait pas beaucoup de temps… je préférais autant pouvoir me lever… »
Darren posa sa main sur le bras anormalement glacé de son ami et déglutit difficilement, luttant contre la nausée qui venait titiller son œsophage.
« Susan est partie à Sainte-Mangouste, mais elle s'en sortira. »
Le sorcier leva son visage, déserté du spectre de l'enfance. Les tâches de son avaient perdu leur éclat malicieux, comme fondues dans la peau cireuse.
« Vous continuerez de vous battre, n'est-ce pas ? »
Sa voix enrouée, amère, marqua Darren comme le fer brûlant dans la peau.
« C'est une promesse. » jura-t-il farouchement.
L'infirmerie sentait la camomille, le dictame, le poussos et le brûlé. Pomfresh avait tamisé les lumières pour permettre aux blessés de somnoler malgré l'heure : il était déjà onze heures du matin. Lily, elle, se sentait parfaitement réveillée. Elle serrait dans sa paume la cocotte en papier qu'elle avait récupéré dans sa robe trempée de sueur, de sang et de poussière. « Je suis en vie. » Darren ne possédait de baguette mais par un quelconque miracle, il était tout de même parvenu à s'enfuir. Elle avait pleuré de soulagement en recevant le message, cachée dans les draps de l'infirmerie remontés jusqu'à la racine de ses cheveux.
La troisième année de Serdaigle qui avait occupé le lit voisin en gémissant de douleur toute la nuit venait d'être transférée à Sainte-Mangouste. Depuis, leur coin semblait plongé dans un silence tout aussi assourdissant. Lily se redressa, s'assit sur son propre lit et observa la couche voisine, froissée et tâchée d'onguent verdâtre. Elle-même avait eu beaucoup de chance. Plusieurs fois elle avait cru sa mort imminente, et pourtant… elle était toujours là, sans plus de dommages qu'une intense fatigue et des vertiges dus au sortilège de l'Imperium. Pomfresh lui avait fait garder le lit pour observation, mais elle repartirait à la tour de Gryffondor dès le lendemain.
Après un instant d'hésitation, ses pieds touchèrent le sol de pierre et elle s'approcha doucement du lit d'en face. James Potter y était allongé sur le ventre, son dos à disposition de Mme Pomfresh qui venait régulièrement appliquer de la pommade sur l'impressionnante cicatrice en forme de croix. Lily se pencha sur le garçon pour vérifier qu'il était bien endormi. Son visage était à moitié dissimulé par les mèches noires et la couette qu'il avait remonté jusqu'aux yeux, mais elle perçut sa respiration lente et profonde. Silencieusement, elle saisit une chaise et s'assit en face du dormeur.
Si on lui avait révélé que James Potter possédait un casier judiciaire, ou qu'il s'était un jour saoulé avec les Bewitched Boys en personne, elle n'aurait pas été tellement surprise. C'était le genre de garçons imprévisibles qui collectionnaient les petits secrets. Mais ça… elle ne l'avait pas vu venir.
« Comment va-t-il ? » demanda une voix blanche.
Elle leva la tête. Sirius Black, épuisé mais manifestement intact, soutenait Remus Lupin qui boitait, un hématome couvrant toujours la moitié de son visage. Ils étaient accompagnés de Peter Pettigrow qui portait un bras en écharpe. Sirius aida le préfet à s'asseoir sur un lit vide.
« Pomfresh dit qu'il a échappé au pire, mais que la cicatrisation sera douloureuse. Il gardera les marques. » répondit-elle.
Black se passa la main sur le visage. Lily ne l'avait jamais connu si blafard. Il posa doucement la main sur l'épaule de son meilleur ami et se pencha au-dessus du visage à peine distinguable dans les plis du drap et les mèches rebelles.
« Hé, désolé pour hier matin… » murmura-t-il à l'oreille de James.
Il retira sa main et s'assit directement sur le lit, comme pour garder un œil sur lui. Lily le dévisagea, puis Peter qui fixait obstinément le sol, et enfin Remus qui croisa son regard.
« Tu t'es transformé en rat. » déclara-t-elle à Pettigrow qui déglutit avec difficulté. « Et il s'est transformé en cerf. » poursuivit-elle en pointant James du doigt.
Remus brandit sa baguette par-dessus son épaule. « Assurdiato. »
« On fait quoi ? » lui demanda Sirius comme si Lily n'existait pas. « Oubliettes ? »
« Essaie seulement. » rétorqua-t-elle aussitôt, la baguette pointée sur lui. Black fronça les sourcils, dégainant sa propre baguette. Peter sursauta et sortit également la sienne.
« Ça suffit. » claqua Remus. « Je vais lui dire. Lily, ça fait maintenant six ans et demi que nous partageons les mêmes cours, la même salle commune… »
« Tu n'es pas obligé. » marmonna Sirius.
« Non. Mais il le faut. Cette fois, c'est moi qui décide. »
La détermination qui émanait de sa voix sembla décider le jeune Black à ravaler sa parole.
« Il ne t'aura pas échappé que je manque les classes… à peu près une fois par mois… »
« Je sais que tu es un loup-garou. » coupa-t-elle. « Je le sais depuis longtemps. En revanche, je ne savais pas que Pettigrow et Potter étaient des animagi. »
« Assurdiato. » répéta Black. « Juste pour être sûr. » grinça-t-il, sarcastique.
« Tu sais… ce que je suis ? » demanda Remus, incrédule.
« Bien sûr. Et je m'en fiche complètement. » assura-t-elle. « Mais je ne vois pas le rapport avec… »
« Tu es la seule… ou… est-ce que d'autres sont au courant ? » balbutia-t-il, soudainement agité.
« S'ils le savent, ils gardent la vérité pour eux. Chacun ses secrets. Enfin, jusqu'à un certain point. » précisa-t-elle en regardant de nouveau Black et Pettigrow. Si le premier la jaugeait avec une souveraine condescendance, le deuxième tremblait, appréhendant la suite de l'échange. « Rassure-toi, ta lycanthropie n'a pas d'importance pour moi. » sourit-elle légèrement, se voulant encourageante auprès de Lupin. « Mais j'aimerais bien savoir pourquoi vous vous êtes mis en tête de devenir animagi alors que c'est peut-être l'acte magique le plus compliqué au monde. Après, on passe directement à la magie noire. Qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? »
« C'était pour moi. » marmonna Remus. « Les morsures de loup-garou n'ont pas d'effet sur les animaux. »
Lily cligna. « Attends un instant. Est-ce que tu essaies de me dire que… »
Remus l'observait, nerveux. Elle remarqua les coupures, les petites cicatrices près des oreilles, dans le cou, sur les phalanges. Et la jeune fille percuta.
« Ils t'accompagnent. Vous l'accompagnez. Vous… »
« Tu comptes nous dénoncer ? » la coupa Sirius.
« Comment vous avez… mais… il ne faut pas garder une feuille de mandragore dans la bouche pendant un mois ? » bégaya-t-elle. « … attendre un orage… tout recommencer à la moindre erreur… ? » (2)
« Ce fut un très long mois. » marmonna Peter. « J'ai mis six mois à récupérer une haleine saine. Tu n'imagines pas la quantité de dentifrice qu'on a utilisé cette année-là. »
« Vous êtes complètement fous. » affirma-t-elle. « Vous auriez pu rester coincés, vous auriez pu mourir ! Tout ça pour accompagner votre ami pendant la pleine lune ! »
Sirius la jaugea avec commisération.
« Tu n'as aucune idée de ce que subit un loup-garou enfermé pendant une métamorphose. Il se faisait mal, il se blessait lui-même. James a pensé qu'on pouvait l'empêcher en l'accompagnant sous forme animale sans risque de contagion, et il avait raison. Pas vrai, Remus ? » Ce dernier ne répondit pas. « Maintenant, dis-nous : est-ce que tu comptes nous dénoncer ? »
« Je serais dans ta situation, Black, je ferais preuve d'un peu plus de politesse. » répliqua-t-elle vivement. « Pour qui est-ce que tu me prends ? Évidemment, que je ne vais pas vous dénoncer ! Honnêtement, vous vous êtes suffisamment mis dans de beaux draps, pas besoin que je vienne en rajouter. Évitez juste de dire au Ministère que j'étais au courant. Des animagi… bien sûr que c'était une idée de Potter… on n'a pas idée… c'est extrêmement dangereux… sous le nez de McGonagall… »
Trois animagi non-déclarés. A la barbe d'Albus Dumbledore lui-même, à raison de dix transformations par an. Elle passa mentalement en revue tous les châtiments et sanctions encourus : renvoi de l'école, casiers judiciaires interdisant de postuler au Ministère, pensions tous frais payés à Azkaban, chaînes et suspensions aux pieds par Rusard… Et l'arrogance, l'arrogance totale qui avait été la leur. D'oser mener un acte d'une telle complexité magique, de courir le risque de graves séquelles, monstrueuses et irréversibles. Et sans parler du reste ! Sans parler de… de… de...
… de l'incroyable loyauté qui avait inspiré ce geste.
« Tu ne le diras à personne ? » insista Sirius, les bras croisés mais la voix soudainement radoucie.
« Vraiment à personne ? » répéta Peter, incrédule.
« Je ne vous ferai pas de serment inviolable mais le cœur y est. » ironisa-t-elle. « Je n'ai aucun intérêt à vous dénoncer. C'est un secret suffisamment lourd à porter. »
« Merci. » souffla Remus.
« A partir de maintenant, tu n'as pas intérêt à nous balancer. » grogna toutefois Sirius d'une voix menaçante. « Sinon… »
« Oh, ça va. » le rembarra Lily, pas impressionnée pour une noise.
Un silence tendu s'installa, chargé d'odeurs médicamenteuses et d'embarras.
« Oh ! » s'exclama-t-elle soudain, faisant sursauter les trois autres. « C'est pour ça que vous vous payiez ma tête pendant le cours de Mercador ! » Elle regretta aussitôt sa réflexion à haute voix. « Mais ce n'est qu'une coïncidence. Il faut bien que certains sorciers partagent le même patronus… il n'y a pas tant d'animaux que ça… et d'ailleurs, ce ne sont pas les mêmes animaux, vraiment, ça ne veut rien dire… » se hâta-t-elle de justifier.
Ses paroles avaient eu le mérite de légèrement détendre l'atmosphère. Les trois garçons se relâchèrent un peu, un vague sourire apparaissant sur leurs visages fatigués.
« Qui aurait cru que vous étiez faits pour être ensemble ? » s'amusa Sirius.
« Mais pas du tout ! » protesta-t-elle.
« Lupin ! Pettigrow! » surgit alors Pomfresh. « Les entorses et les fractures, c'est de l'autre côté ! Si vous voulez votre dose de poussos, c'est maintenant ou jamais ! »
Elle aida Remus à se remettre debout et l'amena d'autorité à l'autre bout de l'infirmerie, Peter sur leurs talons.
Bientôt il ne resta plus que Sirius et elle, réunis autour du lit de James. Celui-ci bougea légèrement dans son sommeil, sa main ensommeillée dégageant le drap, laissant apparaître une partie de son visage. Sans lunettes, débarrassé de l'espièglerie constamment logée à la pointe du sourcil ou dans le creux de la lèvre, il ne semblait pas être tout à fait lui-même.
« Tu devrais lui lâcher du leste. » conseilla soudainement Sirius.
« A qui ? » s'étonna-t-elle.
Il fit un signe de tête vers James. « Tu sais. Être un peu plus indulgente… »
« Indulgente ? » répéta-t-elle avec incrédulité. « Au contraire, j'ai été trop clémente pendant six ans ! Permissive, même ! J'aurais dû l'envoyer sur les roses bien plus tôt et bien plus fermement encore ! » poursuivit-elle avec férocité. « Je sais que c'est ton meilleur ami mais on parle quand même de quelqu'un qui m'a harcelée pendant des années… »
« On parle de quelqu'un qui s'efforce de faire amende honorable depuis la rentrée. C'est un bon préfet et tu le sais. Il n'a provoqué personne en duel depuis des mois. Il m'a même dissuadé à plusieurs reprises de le faire, et pourtant, si tu connaissais vraiment mon frère, tu saurais à quel point ça me coûte de me retenir… »
« Il s'est battu avec Mulciber hier matin. » rétorqua-t-elle.
« Et Mulciber s'est contenté de subir, il est resté assis sur le banc de touche ? » persifla-t-il.
« Non… mais… »
« Ce cher Mulciber avait dû commencer et tu le sais pertinemment. J'ai bien compris que tu nous prenais pour une bande de crétins sans cervelle unie par la seule volonté de ruiner la coupe des quatre maisons… c'est ton droit, pense ce que tu veux. Mais je suis ami avec James parce que c'est quelqu'un de sincère. Quelqu'un de bien. Qui ne juge pas. »
« Il a jugé Severus Rogue dès notre premier voyage en train. » répondit-elle. « Tu étais là. Il a décidé qu'ils n'avaient rien commun et il l'a tourmenté ensuite avec la détermination d'un niffleur volant un sac à main. »
« Severus Rogue a déterminé que lui et James Potter n'avaient rien commun. » tempéra Sirius. « C'est peut-être le seul point sur lequel nous sommes d'ailleurs tous d'accord. En plus, Rogue ne s'est pas privé de lui rendre la pareille pendant toutes les années qui ont suivi. Il est juste plus discret, c'est un Serpentard typique. Oublie Rogue. Je te parle de James. Tu crois vraiment qu'il y en avait beaucoup, à vouloir être mon ami, le jour de la rentrée ? »
« Black. Tu es un des élèves les plus populaires de cette école. » répliqua-t-elle.
« Grâce à qui ? Je n'avais jamais vraiment envisagé d'échapper à Serpentard avant de le rencontrer, lui. Si je n'avais pas été à Gryffondor, les choses auraient été différentes. »
Il haussa les épaules. Une image lui revint en tête : l'attitude froide de Mary, Liwanu et les autres quand Sirius était entré à la Tête de Sanglier quelques heures auparavant.
« Je viens d'une des familles les plus noires qui puissent exister sur notre belle île d'Angleterre. Et je peux t'assurer que ça marque. J'ai des… réflexes, difficiles de m'en débarrasser. James a toujours détesté la magie noire : lui aussi, ça lui vient de ses parents. Pourtant, non seulement il m'a tendu la main mais il m'a accueilli comme un frère quand je suis parti de chez moi. Tu crois que tant de gens auraient accepté de se mettre les Black à dos ? Pour ton information : ils sont peu nombreux. »
Il fut interrompu par un gémissement provenant du lit de James. Sirius souleva le drap, passa un doigt entre les bandages pour inspecter la cicatrice. Finalement, il saisit le pot de pommade que Pomfresh avait laissé sur le côté.
« Je le ferais bien moi-même, mon vieux, mais j'ai peur de faire une bêtise. » dit-il à l'adresse du blessé bien que ce dernier ne soit pas en état de l'entendre. « Je reviens. »
« Sirius ? »
Il se retourna.
« Toi, tu te transformes en… quoi ? »
Il lui adressa un sourire frustrant pour toute réponse et partit à la recherche de l'infirmière sans ajouter quoi que ce soit.
Elle se recroquevilla sur sa chaise, pensive. Mille questions se pressaient dans sa tête. Elle souhaitait connaître le décompte exact. Combien de morts ? Et qui ? Que faisait le Ministère ? Aucun journal ne traînait à l'infirmerie. Était-ce la guerre ? Seraient-ils appelés à combattre les mages noirs ? Elle ignorait les procédures prévues par la loi sorcière.
Comment avait-elle résisté au sortilège de l'Imperium ? Il s'agissait d'un maléfice interdit et tabou, elle ne se rappelait que de la brève définition d'un quelconque manuel d'enchantements ou de défenses contre les forces du mal. Cette dernière se concluait par : « il est presque impossible de le combattre. » Si sa propre magie était venue à la rescousse, elle ne l'avait pas sentie. Or, les cours de Mercador l'avaient rendue sensible à l'activité magique qui circulait en elle. De quoi s'agissait-il alors ? De son mauvais caractère, entêté et obstiné ? De son état d'esprit au moment où le mage noir l'avait frappée ? On avait forcé des gens à se tuer avec ce sortilège et elle avait pourtant réussi à résister. Se souviendrait-il d'elle pour cette raison ? Chercherait-il à la tuer en exemple ?
Elle frissonna quand le cours de sa pensée dériva vers une hypothèse encore plus terrifiante : elle aurait pu torturer un innocent. Un innocent qui s'était jeté sur elle quand les ténèbres les avaient engloutis, qui l'avait sauvée en lui dévoilant son plus lourd secret et qui lui avait tout de même proposé de partir à la rescousse de Marlene alors qu'ils n'étaient clairement pas de taille à affronter de tels dangers.
L'innocent en question s'agita de plus en plus, elle distinguait ses cils qui papillonnaient, annonciateurs d'un réveil imminent.
Abattue, elle se leva, ses pieds toujours glacés contre la pierre, et partit se réfugier sous les draps, presque certaine que personne ne viendrait chercher à l'assassiner dans son lit d'infirmerie.
« Retour à la vie normale, mon vieux Cornedrue ! Et t'as du boulot en retard ! »
Sirius laissa tomber sa pile de cours, de devoirs rendus et de questionnaires sur le torse de James, allongé tout habillé sur son lit. Sous le choc, le garçon expira d'un coup tout l'oxygène que contenaient ses poumons.
« Aïe ! Ma cicatrice ! » gémit le convalescent.
« Elle est sur ton dos, pas sur ton ventre. » fit remarquer Sirius, impitoyable.
Il ignora James qui grognait des mots tels que « tortionnaire » et « psychopathe » et désigna une boîte de chocolats entourée d'un papier rouge vif. Il saisit la carte qui l'accompagnait et l'ouvrit sans aucune gêne.
« Jules Tiffany t'a envoyé des friandises de bon rétablissement ? Quelle charmante attention de sa part… Je ne l'ai pourtant pas croisée à ton chevet. »
« Sur mes conseils, elle t'a soigneusement évité. » expliqua James. Il posa la pile de notes sur la table de chevet et s'étira en grimaçant. Il avait revêtu son uniforme et ré-attaché son badge de préfet-en-chef sur son pull. « Si on oublie la douleur, je suis bien content de pouvoir enfin quitter l'infirmerie. Même la perspective de retourner en cours me met de bonne humeur, tu te rends compte ? Ça me donne l'impression de retourner à la normale… »
« Mmm. »
Il n'osa pas faire remarquer à James que les choses n'étaient plus normales. Quelques familles étaient venues récupérer les affaires de ceux qui avaient été tués à Pré-au-lard. Sam Willis manquait toujours à l'appel, enlevé par les Mangemorts. Les journaux se faisaient de plus en plus alarmants, pressants, mais aussi plus minces… Directement ciblée par le mage noir, la Gazette avait opté pour un profil bas. Son propriétaire, Hugh Willis, faisait l'objet d'une protection constante. Le journal ne diffusait désormais plus que des articles factuels vérifiés par le Ministère. McKinnon avait été destituée. Il n'y avait plus de premier ministre. Le Magenmagot avait opté pour un nouveau gouvernement d'urgence présidé par le Directeur de la Justice Magique, Bartemius Croupton, en attendant de pouvoir organiser des élections en bonnes et dues formes. On parlait véritablement de guerre civile. Et chaque soir avant de se coucher, Sirius pensait à Gill Mariano, transpercé sous ses yeux par une flèche empoisonnée, à ses parents moldus qui avaient sacrifié leur fils à un monde des sorciers ravagé par des siècles de propagande raciale.
Cela faisait trois semaines, maintenant. On avait pleuré, on s'était étreint, on avait crié sa colère et sa peur sous les bâches noires qui avaient été tendues dans la Grande Salle. Puis, après une semaine de deuil, on avait retiré les teintures sombres, séché ses larmes, repris les cours. Malgré les absents, malgré les morts et ceux que leurs parents avaient retiré de l'école. La vie continuait, plus futile et absurde que jamais.
« Moi aussi, j'y pense. Je pense à Voldemort. »
Comme d'habitude, James avait lu dans ses pensées. Il se tourna vers son meilleur ami qui regardait au loin, la mâchoire serrée. James et Remus lui avait raconté : l'aspect cauchemardesque du mage noir, la violence de sa magie qui soumettait les esprits avant de vaincre les corps. Et l'attitude servile des Mangemorts qui vénéraient leur maître spirituel, s'organisaient autour de leur stratège, et semblaient vouer davantage que leur baguette à l'abject sorcier. « Je ne sais pas quel type de magie il a utilisé pour se déformer à ce point. » avait susurré Remus aux deux autres, par-dessus James plongé dans un sommeil artificiel mais néanmoins réparateur.
Sirius passa son bras autour des épaules de James, qui lui rendit la pareille.
« Bah. Tant qu'on a Dumbledore… »
« … ouais, tant qu'on a Dumbledore. »
James lui avait raconté la débâcle qui avait suivie l'arrivée du directeur de l'école, comment il avait instantanément protégé ses élèves grâce à des bulles de protection, comment il avait fait reculer les Mangemorts et Voldemort lui-même, jusqu'à ce que tous transplanent, clairement impuissants face à une telle manifestation de force.
Une quinte de toux résonna et ils se tournèrent vers la porte de l'infirmerie.
« J'ai cru comprendre que tu sortais aujourd'hui alors je suis venue dire bonjour. » les salua Lily Evans avec une expression timorée qu'ils ne lui connaissaient guère.
« Tu es descendue spécialement pour me voir ? » la taquina James.
« Certainement pas ! » répondit-elle du tac au tac. « Je voulais accompagner Margaret Chourave au petit-déjeuner. Mais, elle, heu… n'a pas l'air d'être là. »
« Non, elle est sortie hier soir. » l'informa James.
« Ha. Bon. Je voulais juste te dire… »
Elle jeta un coup d'œil gêné à Sirius qui haussa un sourcil. La préfète semblait véritablement en proie à une douloureuse bataille intérieure. Ils pouvaient observer les muscles de ses joues se contracter tandis qu'elle rameutait en elle la force nécessaire pour prononcer la suite.
« … te dire merci. Pour l'autre jour. Sans toi, on était coincé dans l'espèce d'endroit noir, sale et déprimant où nous avait envoyé le Mangemort. Alors voilà. Merci. Je l'ai dit. »
« Merci à toi de ne pas m'avoir endolorisé. » répondit James avec un large sourire.
« Merci à toi, merci à lui, merci tout le monde ! » résuma Sirius, clairement décontenancé par la nature de l'échange en cours. Il avait certes suggéré à Evans de se comporter plus amicalement avec James, mais il fallait replacer le contexte… Son meilleur ami était blessé, il avait pendant quelques heures craint qu'il soit mort, et que leur dernier échange ait été les paroles puériles et emportées échangées au petit-déjeuner. Des paroles d'un autre temps, où le danger ne frappait pas à la porte avec tant d'insistance.
Il songea qu'elle allait en rester là, mais la préfète n'avait pas terminé. A leur grande surprise, elle s'avança et tendit une main droite et décidée vers James.
« Amis ? » proposa-t-elle. Son visage était avenant mais nullement expressif, comme si elle se parait à l'éventualité qu'il puisse refuser ou se moquer d'elle.
« Amis. » répondit-il pourtant immédiatement en lui serrant la main.
« Il va bientôt geler dans mon chaudron. » déplora Sirius avec incrédulité. « Quoi, moi aussi ?! » s'écria-t-il alors qu'elle lui tendait également une main de réconciliation.
« On fait la paix ! » répliquèrent les deux préfets en chœur. Ils éclatèrent de rire d'avoir prononcé les mêmes mots au même moment et Sirius serra la main de la Gryffondor, vaguement décontenancé.
« Salut tout le monde ! » lança Emma Prewett en entrant de son habituel pas décidé. « Pomfresh est là ? Je viens chercher ma potion. » Elle passa machinalement sa main sur le poignet ou un maléfice cuisant l'avait atteinte peu avant l'arrivée de Dumbledore.
« Elle est dans son bureau. » lui indiqua Sirius.
Elle acquiesça mais jeta un regard interrogateur à Lily.
« Tout va bien pour toi ? Je croyais que tu n'avais plus besoin de soins. »
« Oh non, j'étais juste venue chercher Margaret. »
La Serpentard lui lança un regard concerné. « Tu devrais peut-être consulter Pomfresh quand même. Je t'ai déjà dit hier soir qu'elle était rentrée chez les Poufsouffle, voyons… »
Emma frappa à la porte de la guérisseuse et ferma derrière elle. Sirius préféra reporter son attention sur la boîte de chocolat mais James se tourna vers Lily, goguenard. La jeune fille préserva son expression insondable.
« Alors comme ça, tu ne venais pas prendre de mes nouvelles, hm ? » s'amusa James.
« Bonne journée ! » se contenta-t-elle de leur souhaiter avec dignité en tournant les talons.
« Tu étais tellement inquiète pour moi. »
« Vas voir à Brocéliande si j'y suis ! » perçurent-ils depuis le couloir.
La vie reprenait doucement et difficilement son cours. D'un commun accord, afin que tous les joueurs soient remis sur pieds, la direction avait décalé les compétitions de quidditch à la mi-janvier. On avait pesé le pour et le contre et finalement décidé de sortir les décorations de Noël. Mais elles étaient plus discrètes, moins abondantes. Les armures n'entonnaient plus Vive le vent d'hiver au moindre courant d'air. Même Peeves semblait anormalement amorphe et déprimé.
Néanmoins, certains rituels de fin d'année semblaient survivre au deuil et à la mélancolie. L'adrénaline aidant, de nombreux couples s'étaient formés depuis l'attaque à Pré-au-lard, et on retrouvait plus de boules de gui sournoisement accrochées au plafond que jamais. Une autre tradition de Noël semblait avoir également survécu, apportée par un première année un peu nerveux de devoir adresser la parole à des septième année aussi populaires. James déplia l'invitation taillée dans du papier de soie bordeaux.
« Si je résume : c'est la guerre, des gens meurent et disparaissent tous les jours, un adolescent est toujours en pension chez les Mangemorts mais ça n'empêchera jamais Slughorn d'organiser sa petite sauterie de Noël, c'est bien ça ? » ironisa-t-il en tendant la lettre à Sirius.
« Toute cette sinistrose mérite bien une orgie d'ananas confits. » répondit ce dernier en se servant de la tarte aux potirons. « On ne va pas se plaindre. Depuis que le quidditch a été reporté, l'ambiance est glaciaire. »
James grogna : il n'avait pas encore digéré l'annulation du quidditch. « Mais professeur, le quidditch, c'est l'essence de la vie ! Comment voulez-vous qu'on se remette de nos traumatismes si vous le bannissez de Poudlard ? » avait-il vainement supplié McGonagall.
Sirius sourit en lisant l'invitation au réveillon du Club de Slug. Les choses promettaient d'être intéressantes cette année. Car si l'annonce d'une nouvelle guerre ne pouvait dissuader l'enseignant d'organiser ses réceptions, il n'était pas la personne la plus obstinée de ce château. Chaque année, James et Lily Evans recevaient l'invitation. Chaque année, James proposait à Lily Evans de l'accompagner. Et chaque année, Lily Evans refusait.
Il avait pourtant déployé des trésors d'inventivité pour la faire céder : par-terres de fleurs hivernales qui poussaient sur le chemin de la jeune fille quand elle déambulait dans le château, chorale de bonhommes de neiges, et en cinquième année, une avalanche de cadeaux – littéralement, les filles de son dortoir avaient toutes manqué d'être ensevelies sous les paquets. Cette année-là, la préfète s'était vengée en envoyant au garçon un nuage de neige qui l'avait poursuivi tout l'après-midi. Il en avait récolté un rhume si tenace que même la pimentine n'en était venue à bout, et il avait éternué dans son verre de punch toute la soirée. Les tentatives de James étaient aussi distrayantes qu'agaçantes, et les Maraudeurs se faisaient toujours une joie de découvrir sa nouvelle stratégie.
« Tu as réfléchi à ce que tu vas sortir à Evans, cette année ? » s'enquit Sirius, pressé d'offrir son aide.
« Pas la peine. J'y vais avec Jules Tiffany. » répondit James sans s'arrêter de manger.
Sirius écarquilla les yeux : ça, c'était une première !
« Mais elle le sait ? » demanda-t-il prudemment.
« Ben, j'espère bien, vu qu'elle m'a dit oui… »
« Pas Tiffany. » corrigea Sirius. « Evans. »
« Quelle importance ? »
Sirius se pencha par-dessus la table et posa sa main sur le front de son ami.
« Pas de fièvre, pourtant… »
« Oh, ça va. » s'agaça James. « Tu sais avec qui tu y vas, toi ? »
« Non, mais je sais à qui demander. D'ailleurs, la voilà. »
Il fit un grand geste à l'intention de Marlene McKinnon qui passait devant eux. On distinguait encore un bandage blanc attaché près de son oreille, qui contrastait avec la noirceur de ses cheveux. Elle lui sourit amicalement et ralentit le pas.
« Marlie ! Tu vas à la soirée de Slug avec quelqu'un ? » lui demanda-t-il avec enthousiasme.
La jeune fille, pensive, s'appuya à la table pour discuter.
« Je n'ai pas encore décidé. »
« Parfait ! Je me demandais si par hasard, tu… »
Mais James lui donna un coup de coude si puissant qu'il ne put terminer sa phrase que dans un grognement.
« Si par hasard, tu avais pensé à y aller avec Remus ? » reprit James. « Slughorn ne l'invite jamais à ses soirées et on aimerait vraiment partager ça avec lui, comme c'est la dernière année, et tout ça… »
Le visage de Marlene s'éclaira.
« Remus Lupin ? Ce serait avec plaisir ! Quelle bonne idée, merci, James ! Je vais lui demander tout de suite. »
Elle s'éloigna d'un pas guilleret vers l'autre bout de la table où Remus discutait avec les sœurs Shacklebolt. Sa main toujours serrée sur sa côte, Sirius se tourna vers le poursuiveur, qui avait l'air très content de lui.
« C'est quoi, ton problème ? » grommela-t-il.
« Notre Lunard national en pince pour Marlene McKinnon. C'est pour ça qu'il te battait froid ces derniers temps. Il est jaloux… » chantonna James avec un large sourire.
« Mumus ? Avec Marlie ? » répéta Sirius, incrédule.
Les deux garçons se penchèrent d'un même mouvement. A une vingtaine de mètres, Marlene invitait, en toute décontraction, Remus à l'accompagner à la soirée de Noël. Le préfet, qui affichait un visage flegmatique, fit tomber le livre qu'il tenait à la main. Il se pencha pour le récupérer. Ses deux amis ricanèrent en apercevant l'expression de pure panique qu'il s'autorisa à extérioriser, le visage à moitié caché par le banc. Quand le préfet se redressa, il avait retrouvé ses traits calmes et avenants. Ils tendirent l'oreille… apparemment, quelque part sous la table des Gryffondor, Remus avait trouvé le courage d'accepter l'invitation.
« Nom d'un dragon ! Elle va nous le dévergonder ! Et moi qui allais l'inviter sans me rendre compte de rien ! » s'exclama Sirius sans quitter des yeux les deux Gryffondor.
« Patmol, y'avait rien entre vous deux, n'est-ce pas ? » vérifia James, brusquement inquiet.
« Non. » Il haussa les épaules. « Mais tu as bien fait de me le dire avant qu'on se côtoie plus, parce que j'avoue qu'elle est vraiment mignonne. Sacré Mumus. » sourit-il de plus belle. « Alors, comment tu te sens ? » demanda-t-il à l'intéressé qui venait les rejoindre, le regard étrangement lointain. « Ça se passe bien avec Marlene, hein ? » le taquina-t-il avec un clin d'œil appuyé.
« Tais-toi le chien ! Elle arrive. » grinça Remus entre ses dents.
« Salut ! » leur lancèrent Peter et Lily en s'asseyant à leur tour, bientôt rejoint par McKinnon qui s'assit à côté de Remus. Tous choisirent d'ignorer le tintement de vaisselle qui indiquait que Remus venait de maladroitement laisser tomber sa fourchette sur le sol.
Sirius posa sa tête dans sa main, songeur. Trois mois auparavant, qu'Evans se soit installée spontanément à leur table, par choix, sans contrainte, relevait du pur délire. Mais les choses changeaient…
« Tu comptes aller au Noël de Slug, Lily ? » lui demanda Sirius.
« Hmhm. » acquiesça la préfète. « Vous aussi ? »
« Oui. » répondit-il simplement.
« Non. » rétorqua Peter en même temps. Il avait l'air particulièrement rebuté.
« Te fais pas de bile, Queudver, on va te trouver quelqu'un. » lui assura Sirius avec impatience. « Remus y va avec Marlene. Et James avec Jules Tiffany. » balança-t-il avec la satisfaction de la commère exposant leurs quatre vérités à une audience toute ouïe.
« Pardon ? » s'étonna Remus qui surgit de sous la table où il avait malencontreusement fait glisser sa serviette.
Lily aussi dévisagea James, interdite. L'ombre des assiduités passées surgit, se distilla dans le jus de citrouille, insidieuse, pourtant prégnante.
« Tu es sûr ? » insista Remus, autant pour Sirius que pour James.
« Quoi ? » s'énerva le poursuiveur. « Elle est sympa, excellente joueuse de Quidditch, très mignonne, et en plus, elle rit à mes blagues. Que demande le peuple ? Je l'ai invitée et elle a accepté. En plus, je lui avais promis de prendre un verre à Pré-au-lard mais les choses ne se sont pas vraiment déroulées comme prévues.»
« Oh. Ah. » commenta éloquemment Remus.
« Tu as bien fait. » murmura doucement Lily.
« Mais si mes invitations te manquent, je peux toujours improviser quelque chose. » proposa James en relevant enfin la tête de son assiette.
« Non merci. » déclina-t-elle.
Leurs regards se croisèrent et ils se sourirent cordialement. Sirius soupira avec nostalgie. Le temps des grandes passions semblait résolu.
« Et toi, Sirius, tu y vas avec qui ? » demanda Lily, le ramenant à la réalité.
« Personne, pour le moment. »
« Invite Erin Shacklebolt. » lui suggéra-t-elle.
Il se tourna vers James, accusateur.
« J'ai rien dit, elle a deviné… presque toute seule. » se dédouana aussitôt le préfet-en-chef.
« Woh ! Un instant. Sirius sort avec Erin Shacklebolt ? » les interrompit Marlene, l'air confuse.
« Erin y va déjà avec quelqu'un. » indiqua-t-il en ignorant la question de McKinnon. « Mais toi, Lily, est-ce que tu as un cavalier ? »
« Non, mais très franchement, c'est pas très grave. Je m'en fiche un peu d'y aller toute seule, cette année. »
« Tu plaisantes ? » s'offusqua-t-il. « C'est d'une tristesse ! Juste impensable. Mais on n'a qu'à s'y rendre ensemble ! »
James se figea dangereusement à côté de lui.
« En tout bien tout honneur, bien sûr. En toute amitié. Sans ambiguïté. Pas de stress. » précisa-t-il en insistant sur les mots qu'il employait, autant pour sa cavalière que pour son meilleur ami.
Lily le dévisagea un instant, hésitante.
« Pas de mains baladeuses ? » demanda-t-elle en le pointant d'un bout de fourchette soupçonneux.
« Ne le prends pas mal, mais tu n'es pas mon genre. »
« Alors d'accord. » accepta-t-elle.
Sirius lui adressa un sourire triomphant.
Elle avait tué un homme.
Elle avait refusé de mentir.
Elle avait expliqué toute la scène au professeur Dumbledore lui-même.
Elle avait accepté de tout raconter à un employé du ministère qui lui avait administré du veritaserum avant de prendre son récit en notes.
Elle avait écouté, quand on lui avait dit que ce n'était pas de sa faute, seulement de la légitime défense. Qu'on fermerait les yeux sur le très mauvais maléfice qu'elle avait utilisé. Qu'elle ne serait pas poursuivie, pas cette fois-ci.
Elle en rêvait la nuit, bien sûr.
Mais ce jour-là, le vendredi seize décembre 1977, le plus gros souci d'Emma Prewett était de trouver un cavalier pour la fête de Noël de Slughorn.
Elle n'ignorait pas ce qu'on racontait d'ordinaire sur elle : qu'elle était une bûcheuse, solitaire et asociale, qu'elle n'avait pas d'amis et pas d'autres attraits que ses capacités scolaires. Trois cent soixante-quatre jours par an, ils pouvaient bien raconter ce qu'il voulait. Mais paradoxalement, l'enjeu n'en devenait que plus grand le trois cent soixante-cinquième. Personne ne se rendait seul au Noël de Slug. On avait beau nager à contre-courant, certains rituels sociaux gardaient tout de même une certaine importance…
Depuis l'attaque de Pré-au-lard, on la regardait passer dans les couloirs avec une déférence nouvelle. Elle était repartie vers le village, en dépit du danger… on ne savait pas exactement ce qui s'était passé, bien sûr, mais ses entretiens avec le délégué du ministère avaient attisé les rumeurs.
C'est pourquoi elle ne fut qu'à moitié surprise quand Tiberius McLaggen se posta en travers de son chemin alors qu'elle sortait de son cours d'arithmancie.
« Salut. » l'accosta-t-il d'une voix qu'il voulait certainement suave.
« Salut. » répondit-elle en se sentant parfaitement stupide.
« Hé, je me demandais… si tu étais libre ce soir. J'aurais bien aimé t'inviter à la soirée très privée que donne le professeur Slughorn. Après tout, ça serait une occasion pour toi de découvrir ce que c'est. » Il lui adressa un clin d'oeil absolument outrancier.
« Je fais partie du Club de Slug depuis la quatrième année, Tiberius, on s'est déjà croisé là-bas. » soupira-t-elle. Il était d'ailleurs incroyable qu'un tel benêt s'en sorte si bien pendant les réceptions mondaines…
« Ah bon ? » s'étonna-t-il, se passant la main sur la nuque d'un air ennuyé.
« Oui, mais c'est pas grave, je te pardonne cet impair. » s'empressa-t-elle de dire. « Je veux bien y aller avec toi ce soir. »
« Super ! Je te retrouve dans le hall à dix-huit heures, Elsa ! »
« C'est Emma ! » corrigea-t-elle, déjà exaspérée.
C'est en maudissant les conventions sociales qu'elle sortit sa robe de soirée de son armoire, quelques heures plus tard.
« Eolius. » grommela-t-elle. Un puissant jet de vapeur s'échappa de sa baguette, lissant instantanément les faux plis qui s'étaient installés depuis plusieurs mois.
« Tu en as de la chance, de faire partie du Club de Slug… » déclara avec envie Sarah Montague. Assise sur son lit dans une tenue confortable qui tenait plus du pyjama qu'autre chose, elle dévorait des yeux la robe de soirée grise aux reflets argentés qu'Emma était en train de repasser. « Tu y vas avec qui, cette année ? »
« Tiberius McLaggen. » répondit-elle impassiblement.
« Le batteur de l'équipe de Serdaigle ? Plutôt mignon. Et musclé, en plus. » approuva Sarah.
« Tu ne pouvais pas trouver quelqu'un aux couleurs de notre maison ? » grogna Antigone Greengrass en sortant de la salle de bain.
Elle avait passé une robe aux teintes émeraudes, dans la plus pure tradition sorcière. La capitaine de l'équipe de quidditch s'assit devant sa table de chevet qu'elle transforma temporairement en coiffeuse, pour plus de confort. Sarah se cacha derrière son rideau de cheveux châtain et préféra se concentrer de nouveau sur la robe grise en processus de défroissage.
« Il y en a plusieurs qui auraient été ravis de t'accompagner. Pas besoin d'aller chercher chez la concurrence. » insista Antigone en piquant des épingles dans ses cheveux déjà noués en chignon au-dessus de sa tête.
« Si tu essayes de me vendre cette brute de Fergus Avery, ou Severus Rogue, qui n'a toujours pas l'air au courant de l'existence du shampoing, merci mais non merci. »
« Comme si McLaggen était mieux. » se moqua Greengrass. « Tu devrais faire attention, Emma. Les gens commencent à parler. On sait que tu es repartie à Pré-au-lard pour te battre contre des Mangemorts. Si tu n'y prends pas garde, on va finir par te traiter de gobe-fange… »
« Les parents de McLaggen sont sorciers. » répondit la préfète en passant sa robe.
Elle se posta face au miroir. Son reflet lui adressa un clin d'œil et un signe appréciateur du pouce. Le vêtement lui seyait tout aussi bien que l'année précédente, peut-être encore mieux maintenant qu'elle avait gagné quelques courbes. Elle ouvrit sa malle, sortit les quelques effets de maquillage réservés aux occasions spéciales, et arrêta son choix sur le seul rouge à lèvres carmin en sa possession. Écoutant d'une oreille distraite les récriminations de Greengrass qui essayait de retracer l'ascendance de McLaggen, elle recouvrit délicatement sa bouche du pigment.
Il s'arrêtait net et crachait une giclée de sang que même l'opacité du masque ne parvenait à retenir.
Le tube lui échappa des mains et roula sur le sol.
« … je dis juste qu'on ne sait pas qui sera à la tête du Ministère dans les prochains mois. Alors autant éviter de traîner avec des sang-de-bourbe et des sorciers au sang douteux… »
« Par Médée toute puissante ! Mon père est un cracmol et ma mère est moldue, je suis déjà bonne pour Azkaban si on écoute tes prédictions ! Je sais très bien ce que tu penses de moi, alors restons-en là ! »
Ses deux camarades écarquillèrent des yeux tandis qu'elle se mettait à brosser violemment ses cheveux. Finalement, elle se lassa d'assister à leur échange de regards silencieux qui se reflétait dans le miroir et elle quitta la pièce, décidant d'aller attendre McLaggen dans le hall avec un peu d'avance.
Il arriva au point de rendez-vous avec vingt minutes de retard et ne parla que de sa future brillante carrière tandis qu'ils se rendaient à la fête. Il semblait à peine croyable que certains esprits soient si peu affectés par la teneur de l'actualité, songea-t-elle avec effarement. La migraine pointait déjà quand ils pénétrèrent dans la salle de réception où la chaleur était étouffante.
« Regarde, c'est Rose Jones ! Elle est incroyable sur son balai ! On va se présenter ? » proposa McLaggen.
« Vas-y, il faut que j'aille prendre l'air. »
Le Serdaigle ne se fit pas prier et disparut aussitôt. Emma traça son chemin, les effluves de nourritures et d'alcool n'aidant en rien son étourdissement, et soupira de soulagement en atteignant le balcon dont la porte avait été remplacée par un rideau d'organdi.
Le vent frais, salutaire, la rafraîchit immédiatement. Mais elle n'était pas seule… une silhouette vêtue de noir se tenait accoudée au balcon, le visage tourné vers le lac. Angoissée à l'idée de se retrouver forcée à converser avec un inconnu, elle s'apprêta à faire demi-tour. Mais c'est le visage familier du professeur Mercador qui pivota vers elle.
« Je ne voulais pas déranger… » s'excusa-t-elle aussitôt.
« Absolument pas. » lui assura la sorcière en se tournant de trois-quarts.
Elle avait revêtu une robe noire qui dégageait son cou et ses bras, habituellement cachés par sa tunique de compagnonne. Ses cheveux tressés, ordinairement plaqués contre son crâne, étaient défaits. Ils encadraient son visage en un carré ondulé. Le seul éclat de couleur provenait de la plume dorée accrochée dans ses cheveux. Pendant un furtif instant, Emma la trouva étonnamment belle.
« Je déteste ce genre de soirées, mais le directeur m'a fait comprendre qu'il fallait que je sorte de ma caverne. » déplora l'enseignante en jetant un regard presque apeuré sur la pièce éclairée dont leur parvenaient les rumeurs festives et animées.
« Ce n'est pas ma tasse de thé non plus, mais les préfets aussi semblent devoir se sociabiliser de temps à autres. » expliqua Emma sur le même ton.
« Je compatis pleinement à votre souffrance. C'est terrible, d'avoir des obligations de ce genre. » reprit Mercador d'un ton badin.
Emma s'approcha et s'appuya également sur le rebord du balcon. Le ciel était dégagé, les étoiles brillaient et la lune peinait à se refléter dans la surface gelée du lac.
« Ça ne vous manque pas trop, de pouvoir voyager ? Je veux dire… le château doit vous sembler un peu étroit, non ? » interrogea Emma en se demandant si elle était autorisée à poser ce genre de questions. Mais Mercador ne sembla pas se formaliser.
« Si, bien sûr. Mais il paraît que je ne pourrais rester que jusqu'à la rentrée prochaine de toutes manières. » pouffa-t-elle.
« Vous savez, ça fait vraiment quinze ans qu'aucun professeur n'a pu rester plus d'une année scolaire… » la prévint Emma, un peu alarmée par tant de désinvolture.
« Oh, je sais. » Mercador cessa de s'esclaffer, mais son énigmatique sourire revint aussitôt s'installer sur ses lèvres. « C'est une véritable malédiction qui a frappé l'équipe pédagogique. Mais je me demande bien quel type de personnage a choisi d'utiliser une magie si ancienne et complexe pour nuire à un… poste de professeur. Je serais curieuse de rencontrer l'auteur de cette malédiction. Moi qui pensais avoir mauvais caractère, je crois avoir trouvé mon maître. »
« Est-ce à cause de l'homme de Pré-au-lard que vous avez décidé de vivre à Poudlard ? »
Elle avait failli dire « vous cacher à Poudlard », mais la crainte que Mercador se vexe l'avait emportée.
« Entre autres. » répondit vaguement la jeune femme en observant les arbres qui frémissaient dans le parc.
« On ne l'a pas retrouvé, n'est-ce pas ? Vous l'aviez emprisonné, mais il s'est sauvé ? J'ai lu les articles dans la Gazette mais je n'ai pas réussi à l'identifier. »
« On ne peut rien vous cacher, Emma. » répondit Mercador sans ironie dans la voix. « Il était vêtu comme un Mangemort mais je doute qu'il fasse partie de leurs troupes. C'est un sorcier bien trop indépendant pour ça. J'aimerais vous en dire plus, mais je ne peux pas. » sourit-elle de nouveau.
Elles restèrent immobiles quelques secondes. Puis, l'enseignante rompit le silence.
« Je sais que le directeur vous a déjà félicitée pour votre courage, mais j'aimerais vous le répéter : c'était très bien de votre part, ce que vous avez fait. »
« En fait, la directrice adjointe m'a dit que dans les circonstances habituelles, elle aurait retiré cent points à Serpentard pour me punir de ma témérité. » corrigea Emma. « Mais c'est vrai que le professeur Dumbledore s'est montré plutôt bienveillant… »
« Quelque chose vous tracasse ? »
Emma hésita. Elle avait toujours entretenu avec ses professeurs des rapports distants. Jusqu'alors, elle avait cherché à obtenir les meilleurs résultats académiques, dans le seul but de proposer un dossier irréprochable à la sortie de Poudlard. Bien sûr, elle avait préféré l'attitude de certains, méprisé l'incompétence de quelques autres. Mais elle se concentrait davantage sur les consignes à respecter, les notes à obtenir que sur la personnalité de ses enseignants. Toutefois, à ce moment, Mercador revêtait une expression qui aurait pu être celle d'une amie. La jeunesse de la sorcière la frappa brusquement : malgré son impressionnante aura de mystère, elle n'avait que quelques années de plus que les septième année qu'elle formait. Sa silhouette menue lui donnait un aspect juvénile, et Emma réalisa qu'elle-même dépassait la magicienne d'un ou deux centimètres.
Elle inspira profondément et essaya de mettre les mots sur l'étrange vertige qui la piégeait depuis l'attaque de Pré-au-lard.
« Et bien… ce samedi-là, j'ai… avant de vous retrouver, j'ai lancé un mauvais maléfice à un Mangemort qui m'attaquait. Un sort non approuvé par le Ministère, dont j'avais vaguement entendu parler un jour. Je ne sais même pas comment il m'est revenu en tête. Le Mangemort est mort sur le coup. »
Elle s'interrompit, incertaine de ce qu'elle essayait de formuler.
« Vous vous reprochez sa mort ? » lui demanda simplement Mercador, sans brusquerie, mais sans non plus chercher à tourner autour du pot. Son ton franc mit Emma en confiance.
« En fait… non. Il a essayé de me tuer, je lui ai rendu la pareille. Je ne regrette rien. » avoua-t-elle, un peu étonnée par le flot de pensées qui traçaient leur chemin jusqu'à ses lèvres.
« Vous savez que des personnes haut-placées, comme Maugrey Fol-Oeil par exemple, rêveraient de recruter des personnes telles que vous. Je ne plaisante pas ! Vous avez fait preuve d'audace, de courage, de bon sens, de solidarité à un moment critique. Peu de gens peuvent se targuer de réagir de cette manière. »
« Vraiment ? Est-ce que c'est vraiment ce que ça montre de moi ? » questionna la jeune fille, de plus en plus confuse.
« Avec vos résultats et vos aptitudes, vous pourriez aisément devenir Auror… »
« Mais je n'en ai pas du tout envie ! » s'exclama Emma, de plus en plus stupéfaite par ses propres affirmations. « Partir dans une guerre sans fin contre les mages noirs, obéir au doigt et à l'œil d'Alastor Maugrey… lui faire confiance, aveuglément… ce ne serait pas pour moi. »
Un bref éclair de compréhension passa dans les yeux noirs de Mercador.
« Et qu'est-ce qui serait pour vous ? Vous y avez déjà pensé ? »
« Je croyais… que rentrer au Ministère, au département de la justice… apprendre de la base… faire mes preuves… monter en grades… » Les larmes lui vinrent au bord des yeux et elle se prit la tête dans les mains. « … c'est ce que j'ai pensé pendant six ans, mais maintenant, je ne sais plus du tout. »
Puis, tout aussi soudainement que les sanglots étaient venus, une nouvelle réponse surgit, faisant refouler le chagrin et l'incertitude.
« L'adrénaline. Je sais, c'est monstrueux. Mais dans le chaos de ce samedi… c'est remonté en moi d'un seul coup. Comme un nouveau muscle que je ne me connaissais pas ! Courir, me battre, agir… c'était une sensation… c'était brûlant, vif. Un peu effrayant, mais… »
« Stimulant. » acheva Mercador.
Emma acquiesça silencieusement et savoura son épiphanie pendant quelques secondes, avant que le doute ne l'envahisse de nouveau.
« Mais ce n'est pas moi. » reprit-elle. « Je suis à Serpentard, je suis pragmatique, ambitieuse… et je n'ai jamais aimé courir ou me battre, sinon j'aurais été à Gryffondor… »
« Vous croyez ? » interrogea Mercador, songeuse. « Moi, je crois qu'à onze ans, on ne se connaît pas beaucoup, ou pas très bien. Est-ce que mes cours ont fonctionné ? Avez-vous rencontré l'animal qui s'incarne dans votre patronus ? »
« Oui. » souffla-t-elle. « Mais je n'arrive pas à l'identifier. On dirait un faon, mais plus petit encore… »
« Un pudu. » lui annonça le professeur. « Je ne crois pas qu'on en trouve en Europe, mais ils existent encore dans certains pays d'Amérique du Sud. J'en ai vu un, une fois, près du village de mon enfance. Ils se cachent dans les forêts car on les a trop chassés par le passé. Un cervidé, donc… comme ceux de Lily Evans et James Potter, qui sont, vous le reconnaîtrez sûrement, des Gryffondor très… Gryffondor. »
Comme tous les autres, Emma avait admiré l'incroyable biche argentée qui s'était libérée de la baguette de Lily Evans, mais James Potter peinait à accomplir le sortilège – ou du moins, il feignait de ne pas en être capable pour de brumeuses raisons, ce qui paraissait tout à fait plausible pour qui connaissait un tant soit peu l'énergumène…
« Vous connaissez les patronus de tous vos élèves? »
« Je les ai sentis, pour la plupart. Vos magies ont des points communs, c'est pour ça que je vous ai fait travailler ensemble. »
Emma ne répondit pas immédiatement.
« Doit-on en déduire que les magies de Sirius Black et de Severus Rogue se ressemblent ? Ils ne peuvent pas se supporter… » remarqua-t-elle, sceptique.
« Déduisez-en ce que vous voulez. » plaisanta Mercador. « Je parviens à deviner certaines choses mais j'ai quand même un certain devoir de réserve. »
Elle n'insista pas.
« Vous croyez que je me suis trompée, après toutes ces années ? » s'inquiéta-t-elle à haute voix. La sorcière la fixa sans la comprendre. « Je suis à Serpentard, mais ma magie ressemblerait à celle de Gryffondor… »
« Pas forcément. Vous possédez les qualités de votre maison. Ça ne vous empêche pas d'en développer d'autres. Mes parents souhaitaient que je devienne Médicomage, car la plupart des femmes de ma famille se sont illustrées comme guérisseuses. Mes résultats me le permettaient… mais je suis partie. Et pour l'instant, je suis toujours en vie, ce qui veut dire que je ne me débrouille pas trop mal. Peu de sorciers parviennent à terminer un compagnonnage complet, les étapes sont trop dangereuses. Soient ils s'arrêtent avant d'avoir conquis les magies élémentaires, soient ils s'obstinent… les plus entêtés sont rarement récompensés. Les obstacles sont nombreux, et les difficultés, souvent inattendues. Il arrive fréquemment que des compagnons soient pris par surprise en visitant des contrées inconnues. Ils rencontrent des animaux fantastiques dont ils n'avaient jamais entendu parler et qu'ils savent encore moins combattre. »
« Quand vous parlez de magie élémentaire, vous parlez de… »
« Celle des quatre éléments, ou des points cardinaux, si vous préférez. »
« Qu'est-ce que vous cherchiez en décidant de devenir compagnonne de la magie ? Vous vouliez voyager ? Conquérir la magie élémentaire ? Courir au devant du danger ? Devenir la meilleure sorcière que vous ayez rencontré ? Ou juste embêter vos parents ? » ajouta-t-elle avec malice.
« Vous m'avez coupé l'herbe sous le pied, c'est généralement que je réponds quand on me pose la question ! » s'amusa Mercador.
« J'ai gagné le droit à une véritable réponse, alors. » s'enhardit la Serpentard.
Confrontée à l'intensité du regard que porta la sorcière sur elle, Emma sentit pourtant tout aplomb la déserter.
« Au début, je voulais juste m'éloigner d'Ilvermorny, et du monde de sorciers bien policé que cette école s'entête à former. La chape de plomb qui pèse sur les magiciens en Amérique du Nord requiert des sacrifices que je n'étais pas prête à faire. J'avais votre âge. M'inscrire à un tour du monde me semblait tentant. Mais je suis restée compagnonne pour une autre raison. Croyez bien que je n'ai aucune envie de mourir, mais je reconnais cette sensation que vous évoquiez tout à l'heure. La curiosité pour ce qui se passe autour de soi. L'envie de faire, de découvrir. C'est indescriptible et complètement addictif. »
« Mais… vous auriez juste pu voyager. Rien ne vous obligeait à ce sacerdoce… » objecta Emma.
« Je voulais m'éloigner de quelqu'un. »
« Le mage noir de Pré-au-lard ? »
« Non. »
Le visage de la femme se referma tel un livre dont on claque les couvertures. Emma se surprit à convoiter le don de legilimancie : elle aurait pu plonger dans les pensées de la sorcière comme dans un lac…
« Adriana ! Que faites-vous dehors par un temps aussi glacial ? » appela Slughorn depuis l'encadrement de la porte. « Rentrez-donc ! J'ai quelqu'un à vous présenter ! »
« J'arrive, Horace ! » répondit Mercador avec lassitude. Elle adressa une grimace à son élève tandis que Slughorn commandait à un elfe d'apporter un plateau de flûtes de son meilleur hydromel. « Malheureusement, je crois que j'ai atteint le quota d'impolitesse autorisé par notre hôte. J'aimerais vous demander la faveur de m'accompagner pendant cette terrible épreuve, mais je vous ai retenue trop longtemps déjà. Votre cavalier va m'en vouloir. »
« Franchement, c'est moi qui vous en voudrais de me rendre aussi vite à Tiberius McLaggen. » soupira Emma, son visage s'assombrissant aussitôt.
« McLaggen ? Tiens donc. Je vous aurais imaginée avec un autre type de conquête. »
Avant qu'Emma ne puisse répondre quoique ce soit à cette étrange déclaration, Mercador avait déjà traversé le balcon. Elle hâta le pas pour revenir à sa hauteur.
« Et vous nous amenez mademoiselle Prewett ! Tenez, tenez… oui, même vous, Emma, vous pouvez bien faire une entorse au règlement, c'est Noël… » insista Slughorn en les forçant à accepter le fameux hydromel. « Si vous souhaitez toujours rentrer au Ministère l'année prochaine, je dois absolument vous présenter quelqu'un. Vous souvenez-vous de Lucius Malefoy ? Il était préfet de Serpentard à votre arrivée à Poudlard. »
Emma reconnut en effet l'adolescent de dix-sept ans qui avait tant impressionné les première année de sa maison six ans auparavant. Son arrogance était si dévorante qu'elle avait cru, pendant les premiers mois, qu'il jouissait de quelques droits obscurs sur la salle commune de Serpentard. Puis, elle avait appris qu'en dépit des apparences, il n'était qu'un élève parmi d'autres. Il porta sur elle un regard indifférent qui contrastait avec l'affabilité de son sourire. Vêtu d'une robe de soirée de taffetas noire et pourtant étonnamment miroitante, ses cheveux mi-longs, presque blancs, soigneusement ramenés en arrière, il aurait pu être séduisant si la condescendance n'avait englouti tout son charme.
« Bien sûr. La prometteuse Emma Prewett. » la salua-t-il et elle perçut instantanément qu'il mentait : il ne l'avait connu qu'à onze ans, timide et discrète. Il n'y avait aucune chance pour qu'un sorcier tel que Lucius Malefoy se souvienne d'elle. Elle esquissa néanmoins un sourire amène. « J'ignorais que Fabian ou Giddeon avaient des enfants. » notifia-t-il avec un étonnement poli.
« Mon père est Gaspard Prewett. » corrigea-t-elle.
« Oh, autant pour moi. » s'excusa Lucius Malefoy, toujours aimablement, mais incapable de cacher le dédain dans ses yeux gris. Elle savait ce qui devait lui traverser l'esprit : s'il n'avait pas entendu parler de Gaspard, c'est qu'il devait y avoir une bonne raison, qui catégorisait automatiquement Emma dans la caste la plus minable des magiciens : ceux qui ne possédaient pas d'ascendance prestigieuse.
« Lucius vient de faire une généreuse donation à la Croix-baguette Sorcière. De mémoire ministérielle, on n'avait pas vu un mécénat aussi généreux depuis cent cinquante ans ! » se réjouissait Slughorn.
« Ces dons sont confidentiels, professeur Slughorn… Comment faites-vous pour obtenir de telles informations ? »
La flagornerie évidente de Lucius Malefoy ne sembla pas vexer le directeur de Serpentard, bien au contraire.
« Nous avons tous nos petites astuces… Ne partez pas, Adriana, je voulais vous présenter quelqu'un d'autre. » s'exclama-t-il en prenant sa collègue par l'épaule, car il avait repéré les bâillements à peine réprimés et les coups d'œil de plus en plus insistants vers un coin d'ombre à gauche du buffet. « Ah, le voilà ! »
La Serpentard manqua faire tomber son verre par terre. Elle sentit Mercador se figer sur place à côté d'elle. Le sorcier avec lequel Mercador s'était battue à Pré-au-lard, celui qu'Emma avait assommé grâce à un sortilège de lévitation, se tenait en face d'elles. Il portait des vêtements aussi coûteux que ceux de Lucius Malefoy et les salua aimablement de sa voix étrange et éraillée, prétendant ne pas les connaître.
« J'ai rencontré Abraxas la semaine dernière au célèbre Rassemblement des Potionneurs ! » s'enthousiasma Slughorn, la moustache frémissante. « Il s'agit d'un club très sélectif, bien entendu, on n'y trouve que des magiciens d'un certain calibre. Abraxas a passé toute sa vie en Islande où une partie de la famille Malefoy s'est apparemment installée il y a plusieurs générations. Je l'ignorais totalement, d'ailleurs… »
« Quand j'ai entendu que Lucius restait le seul descendant de la lignée, j'ai décidé qu'il était temps pour moi de revenir aux racines de ma famille. Le Ministère a su écouter nos attentes. Il a donc effectué la ramification de nos branches généalogiques pour me réintégrer à l'arbre principal, qui n'a jamais quitté la Grande-Bretagne. Après tout, pourquoi la famille Malefoy devrait subir la décision de l'explorateur Rufus Malefoy, mon arrière-grand-père, de partir s'installer si près du pôle nord ? »
« Fascinant ! » siffla Mercador. « Vous possédiez toutes les preuves, j'en suis certaine, pour convaincre l'administration de vous réintégrer officiellement au recensement sorcier. »
« J'ai su trouver les mots magiques pour les convaincre. »
« Je suis sûr que vous avez été nommé après votre illustre ancêtre Abraxas. » réfléchit le professeur Slughorn. « Il est admirable de songer que le patrimoine culturel d'une famille puisse survivre malgré les siècles et les départs sur d'autres continents, vous ne croyez pas ? Mais je vois la célèbre Sabine Guipure qui arrive, plus élégante que jamais ! Si vous m'excusez… »
Le professeur partit accueillir une sorcière à l'air hautaine vêtue d'une robe en plumes d'hippogriffe, laissant le petit groupe se faire face en chiens de faïence.
« Si vous partiez rejoindre votre cavalier ? » suggéra Mercador à Emma.
Celle-ci se sentait déchirée entre le désir d'en apprendre davantage et la peur que faisait émerger en elle l'apparition du mage noir. Pourquoi Mercador n'avait-elle pas dégainé sa baguette ? Pourquoi n'avait-elle pas averti la foule ? Dans ces circonstances, on aurait aisément pu le désarmer et l'emprisonner… Elle crispa sa main sur sa baguette cachée dans sa poche et décida d'obéir. Tiberius discutait avec une ponte du Ministère en espérant obtenir un stage. Le garçon ne parlait que de lui et amenait dans la conversation de nombreuses anecdotes qui le mettaient en valeur. Quelques semaines auparavant, elle aurait sauté sur l'occasion pour essayer de se placer également, mais ce soir-là, elle ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil derrière elle. A sa grande frustration, le petit groupe s'était dispersé dans la foule.
Le reste de la soirée se déroula dans l'ennui et c'est avec soulagement qu'elle constata que certains invités partaient sur les coups de dix heures. Malheureusement, Mercador et les Malefoy étaient introuvables.
« Tu pars déjà ? » demanda Tiberius, vaguement déçu.
« Ça n'aurait pas marché entre nous. » s'excusa-t-elle platement.
Il lui jeta un regard condescendant des pieds à la tête.
« C'est sûr. » rétorqua-t-il avec mépris.
Elle haussa les épaules et prit la direction de sa salle commune. Soudain, une ombre surgit devant elle et elle retint à grand peine un cri de terreur.
« Chut ! » intima Mercador. « Ce n'est que moi. »
La préfète plaça sa main sur son cœur qui battait à tout rompre.
« Que voulait cet homme ? » parvint-elle toutefois à demander. « Est-il vraiment Abraxas Malefoy ? »
« Je crois que oui, mais il a tout de même menti. Rufus Malefoy ne s'est jamais installé en Islande. S'il n'est pas revenu, c'est parce qu'il a dû se faire dévorer par une créature ou qu'il a eu le bon sens de fuir cette famille de dégénérés. Il n'existe aucun Malefoy en Islande. Maintenant, écoutez-moi bien. Cet homme est dangereux. Je ne pense pas qu'il en ait après vous mais si jamais vous le revoyez surgir pendant les vacances de Noël, contactez-moi à cette adresse »
Elle lui donna un bout de parchemin plié en quatre.
« Pourquoi ne l'avez-vous pas dénoncé s'il est si dangereux que ça ? » interrogea la Serpentard avec suspicion.
« Un homme si puissant nous aurait tous cloués sur place. Et il bénéficie de la protection du Ministère, à présent. Les mots magiques. Un sortilège de confusion et un peu d'imperium ont dû berner le pauvre fonctionnaire qui lui faisait face… »
« Est-ce que le professeur Dumbledore est au courant ? »
« Oui. » assura Mercador.
Emma examina les traits taillés à la serpe de la jeune femme. Si puissante mais si mystérieuse. Pouvait-elle lui faire confiance ?
« Je vous fais confiance. » poursuivit la sorcière comme si elle avait surpris ses pensées et Emma réprima un sursaut. « Vous saurez ouvrir l'œil, juste au cas où… »
« Très bien. »
Elle glissa l'adresse dans sa poche et reprit son chemin avant de se tourner une dernière fois.
« Bonnes vacances, professeur. » lui souhaita-t-elle.
Mercador lui adressa un sourire amusé.
« Bonnes vacances, Emma. »
« Alors ? » demanda Sirius qui feuilletait Quidditch Magazine assis sur le dossier du canapé.
« Il boude. » soupira James. Patmol grimaça, l'air de dire « tant pis ! » et balança le magazine par-dessus son épaule, qui frôla une deuxième année avant d'atterrir sur la pile de quotidiens qui traînaient dans la salle commune.
« On aurait dû s'y prendre plus tôt. » marmonna Remus en remontant nerveusement ses manches.
« Il n'avait qu'à pas se laisser larguer par Rosemary Turd. Y'a pas marqué « agence matrimoniale » sur notre front, non ? » s'impatienta Sirus.
« Je me sens quand même un peu coupable. » avoua James en se passant la main à l'arrière du crâne.
« Il n'avait qu'à se bouger un peu plus pour trouver quelqu'un. Et puis ça va, c'est qu'une fête, il va survivre… » reprit Patmol, intraitable.
« Mais j'étais tellement certain que Stella Edgecombe serait libre ! Elle est toujours libre ! » gémit James.
Il jeta un coup d'œil sur sa montre.
« Faut que je file dans le hall avant de faire attendre Jules… »
Mais Sirius lui répondit par un sifflement appréciateur qui ne lui était clairement pas destiné. Marlene et Lily descendaient les escaliers qui menaient au dortoir des filles, l'une vêtu d'un rouge sombre très gryffondorien qui mettait sa peau sombre et son décolleté en valeur, l'autre de mousseline vert forêt. Cintrée à la taille et évasée en bas, la robe de Lily lui donnait l'allure d'une statue grecque.
« Et ensemble, ça fait Noël ! » s'exclama Sirius avec enthousiasme.
« On pense à tout. » répondit Lily avec un sourire vif.
« A tout à l'heure ! » se contenta de baragouiner le préfet-en-chef en quittant la pièce.
Il avait exactement quatre cent trente deux marches, deux paliers et un escalier à enjamber pour oublier la vision verte et rousse qui s'était imposée à lui et se rendre mentalement disponible pour sa cavalière.
Cette dernière arriva au point de rendez-vous avec les cinq minutes de retard qui convenaient, magnifiquement sculptée dans une robe aux reflets dorés.
« Quelle apparition! » surjoua-t-il avec admiration et elle se mit à pouffer en lui tendant le bras.
« Ma mère est première couturière chez Madame Guipure. » expliqua-t-elle.
« Ce n'est pas que la robe. »
Elle accepta le compliment en replaçant une mèche ondulée derrière son oreille, d'un geste étudié.
Les autres Gryffondor les avaient dépassés et se trouvaient réunis près du buffet. La salle était déjà bondée, Slughorn ayant, à son habitude, rappelé tous les éminents sorciers qui étaient passés par ses classes. A mi-chemin vers eux, James se mordit la joue et se tourna vers Jules.
« Ça ne te dérange pas qu'on les rejoigne ? » se força-t-il à poliment demander.
A son grand soulagement, elle assura que non.
« Ensuite, mon père tient à ce qu'on rédige nos cartes de vœux en famille, ce qui prend généralement toute la journée... » expliquait Lily aux autres.
« Et tu t'es jamais dit qu'un petit sort de copie pouvait faire l'affaire ? » suggéra Sirius.
« Mais ce ne serait plus amusant ! » protesta-t-elle. « Puis, on remplit les chaussettes de chacun et on attend minuit pour piocher les cadeaux dedans. C'est très simple, seulement nous quatre. Mais j'ai hâte d'y être… Ils m'ont manqué, même ma sœur. »
« Les Noël moldus ont l'air d'un ennui mortel. » chuchota Sirius à l'oreille de James qui venait de les rejoindre, Jules pendue à son bras. « AÏE ! » cria-t-il aussitôt.
« J'ai entendu ! » reprit Lily en se resservant du punch. Sirius se massa le bras, penaud.
« Et toi, Remus, qu'est-ce que tu fais pour Noël ? » demanda gentiment Marlene.
« Pareil. Simple. »
James lui fit les gros yeux. Il savait que cette année, Noël coïnciderait avec la pleine lune, mais à quoi servait-il d'avoir traîné avec les deux plus gros baratineurs de Poudlard pendant six ans s'il n'était même pas capable d'inventer une histoire qui pouvait le mettre en avant ?
« Bienvenue à tous ! » leur souhaita Slughorn, habillé d'une robe en velours couleur framboise écrasée. « Même vous, Mr Black, bien que cette année encore, je ne vous aie pas fait parvenir d'invitation… »
Le groupe gloussa avec plus ou moins de discrétion. Sirius avait été un piètre élève en potions, mettant toute sa mauvaise foi à se saborder pour faire enrager sa mère. Le fait qu'il ait été rayé de l'arbre généalogique l'excluait également du Club de Slug. Mais là où James se rendait, Sirius l'accompagnait et Slughorn s'était habitué à voir l'aîné des Black squatter chacune de ses fêtes de Noël. C'était néanmoins la seule exception autorisée. Quand d'éventuels infiltrés se faisaient prendre, ils étaient courtoisement mis à la porte avec une part de pudding glissée dans une serviette.
« J'ai une excuse cette année, monsieur, car ma cavalière était officiellement invitée. »
« Ah, Lily ! Je vous ai toujours dit que le vert vous seyait davantage que le rouge ! » admira-t-il en lui lançant un clin d'œil complice.
« Je préfère toujours les lions aux serpents, monsieur. » répondit-elle calmement, habituée à entendre l'enseignant se répéter d'année en année.
« J'aurais cru que vous seriez accompagnée du jeune Rogue. » déplora l'enseignant. « Mais vous avez raison de profiter de votre jeunesse ! Ah, ne serait-ce pas Lucius Malefoy que je vois arriver ? »
Il quitta ses élèves sans plus de façons.
« Pourquoi il pensait que tu aurais invité Rogue ? » s'étonna Sirius.
« Un simple malentendu. » maugréa Lily, les joues écarlates.
« Surtout, pourquoi Slughorn a-t-il invité Lucius Malefoy ? » s'interrogea Marlene à voix basse.
Tous se tournèrent vers le sorcier aux cheveux longs qui se tenait droit comme un piquet au milieu de la salle.
« Il n'était pas préfet de Serpentard quand on est arrivés ? » dit James en fronçant les sourcils.
« Si. Et après avoir fini ses études, il s'est fait discret. On parlait de revers de fortune. Mais le voilà qui déboule avec un costume neuf et l'envie de réintégrer son réseau. Si je cherchais à savoir comment les mages noirs financent leur campagne de terreur, j'irais voir de son côté. »
« Dommage que plus personne n'ait rien à faire de ce que pensent les McKinnon. » déclara froidement Antigone Greengrass quelques petits fours dans une assiette.
L'atmosphère se tendit immédiatement, chacun resserrant le poing sur le manche de sa baguette.
« Et personne ne se soucie non plus de ce que tu penses toi. » répliqua calmement James. « A plus tard, Greengrass. »
Mais la capitaine de quidditch s'attarda un instant, dardant ses yeux pâles sur Marlene qui soutint le regard.
« Catherine McKinnon aura déshonoré le titre de ministre en quelques semaines à peine mais tout le monde se rappelle qu'Edward McKinnon avait déjà sali la fonction de sorcier avec sa loi sur les loup-garous. Personnellement, je serais déjà morte d'humiliation. »
« Dégage. » lança Sirius.
La Serpentard leur jeta un ultime regard de mépris avant de rejoindre son cavalier.
« Ne l'écoute pas. » dit Lily à Marlene d'une voix apaisante. « Greengrass n'est qu'une vipère. C'est elle qui fait honte aux sorciers. »
« J'ignorais que c'était ton père qui avait fait passé la loi sur la lycanthropie. » déclara Jules en lissant le devant de sa robe.
« C'était il y a longtemps. On était seulement en première année. » répondit Marlene, visiblement mal à l'aise.
« Mes parents trouvent que c'était très bien. Il fallait leur interdire de se réunir en meutes. Ils sont plus rassurés comme ça. » commenta la Poufsouffle avec un sourire engageant.
« C'est ton père qui était derrière cette loi ? » s'étonna Sirius, stupéfait.
« Oui, mais je ne suis pas du même avis que lui. » coupa sèchement Marlene. « Je crois que les lycanthropes sont avant tout humains, les sorciers n'ont pas à leur imposer leur mode de vie. On ne peut pas leur dicter de s'intégrer à tout prix… »
« Je vais prendre l'air. » annonça froidement Remus qui disparut dans la foule si rapidement qu'aucun d'eux ne put le rattraper.
James croisa le regard de Sirius qui semblait lui dire : « c'est toi qui l'as voulu, c'est ta responsabilité ! »
« On a dit quelque chose qui ne fallait pas ? » s'étonna naïvement Jules.
« Je vais le chercher. » murmura Marlene en posant son verre sur le buffet.
« Je viens avec toi. » décida James.
Il s'efforça de ne pas perdre des yeux la robe pourpre de la jeune fille dans la foule compacte. Finalement, ils parvinrent à la hauteur de Remus qui quittait la salle de réception et repartait en direction de la salle des Gryffondor.
« Remus ! » appela Marlene mais une silhouette vêtue de l'uniforme de Serdaigle bondit en travers de son chemin.
« Tu es là ! Je t'ai attendue toute la soirée… » s'exclama Arnav Patil d'une voix plaintive. « Je suis désolé, Marlene, je regrette… Je n'ai pas réfléchi, on n'aurait jamais dû rompre… »
James jura intérieurement. Remus avait quelques mètres d'avance mais il allongea la foulée et lui attrapa le bras.
« Lunard. »
« Lâche-moi. » se dégagea le préfet.
Il se retourna et aperçut Patil qui retenait Marlene, lui barrant le chemin.
« C'était une erreur. Tu vois ? Je n'ai jamais eu ma chance de toute façon. »
« Mais… »
« Potter. Arrête. »
Le poursuiveur le laissa remonter les escaliers à toute allure.
« Et c'est maintenant que tu te réveilles ? » criait la Gryffondor avec colère. « C'est trop tard. Je suis désolée pour Sam, je suis désolée que ça soit dur pour toi mais… »
« C'est un cauchemar. Depuis qu'il a été enlevé, tout est tellement… » La voix du Serdaigle se brisa. « J'ai besoin de toi. » implora-t-il.
La sorcière sembla se radoucir et James la maudit intérieurement quand elle tendit le bras pour le poser sur celui de son ancien petit ami.
« Pomfresh distribue des potions pour ceux qui ont du mal à dormir ou à gérer leur anxiété. Je suis désolée, Arnav, mais je ne peux rien faire de plus. »
Aussi soudainement qu'il l'avait détestée, le poursuiveur sentit son cœur enfler de gratitude envers Marlene. Celle-ci s'éloigna de la salle de réceptions, reprenant également le chemin de la tour de Gryffondor.
« Je n'ai plus le cœur à faire la fête. Bonne soirée, James. » lui dit-elle en le dépassant.
Il acquiesça avec chaleur. Quand il la quitta des yeux pour retourner à la fête du Club de Slug, Arnav Patil avait disparu.
A son retour, le petit groupe s'était éclaté, Sirius et Lily étaient introuvables. Seule Jules semblait guetter son retour, adossée à la table du buffet. Elle abandonna son verre et se serra contre lui avec effusion.
« McGonagall est passée chercher Evans. Je pensais que c'était pour un truc de préfets, j'ai cru que tu ne reviendrais pas non plus. » lui chuchota-t-elle si près de l'oreille qu'il frissonna.
L'attrapeuse recula et son dos tapa contre un des tonneaux empilés qui marquait l'entrée de la salle commune de Poufsouffle. Ses lèvres rougies par leurs baisers esquissèrent un sourire taquin.
« Attention. Si tu tapes sur le mauvais tonneau, tu risques d'être aspergé de vinaigre. »
« Seulement moi ? » demanda-t-il en haussant le sourcil.
« C'est toi l'intrus ici, pas moi. » répliqua-t-elle en laissant son index errer sur le cou du jeune homme. « Ils ont annulé le match entre Flaquemarre et Chudley. » reprit-elle avec une moue boudeuse. « On ne pourra pas se voir avant la rentrée… Tu m'écriras au moins une fois ? »
Après s'être acquitté de toutes les promesses d'usage qui précédaient une séparation de trois semaines, James réajusta son col au cas où il croiserait McGonagall et se hâta de rentrer à la tour de Gryffondor. Il pouvait tout à fait jurer avoir quitté la fête de Slug quelques minutes seulement auparavant, mais elle aurait deviné la vérité au premier pli de tissu que ses yeux de chat rencontreraient.
« Mot de passe ? » lui demanda la dame en rose, une guirlande de sapin nouée autour du cou. Elle chuchotait intensément avec un évêque aux airs de conspirateur.
« Ad nauseam. »
Le tableau pivota et il sut instantanément que quelque chose n'allait pas. A cette heure de la nuit, la salle commune n'aurait dû être peuplée que de quelques amis échangeant les derniers potins avant le départ du Poudlard Express de neuf heures. Plusieurs petits groupes étaient pourtant levés, en pyjama et en robes de chambre, murmurant avec inquiétude. Son estomac effectua un douloureux looping quand il remarqua Marlene, toujours vêtue de sa robe rouge, qui sanglotait silencieusement, assise sur les marches menant au dortoir des filles. Remus était assis à côté d'elle, blême et grave, la main posée sur son épaule. Son autre main pressait un exemplaire de la Gazette.
« Qu'est-ce qui se passe ? » les urgea-t-il.
« Il y a eu une nouvelle attaque en début d'après-midi. » expliqua le préfet. « Dans le centre de Londres. Ils ont parlé d'un incendie accidentel, mais c'était les Mangemorts. Ils poursuivaient un groupe de sorciers qui a essayé de les semer en les entraînant dans un quartier moldu. La Gazette vient d'envoyer une édition spéciale. »
« Il n'y avait plus de sorciers sur place quand ils ont décidé de… » balbutia Marlene de sa voix pleine de larmes. « C'était un grand magasin moldu, ils ont tué pour le plaisir. »
« C'est le dernier vendredi avant Noël, tout le monde faisait ses emplettes… »
Marlene leva vers lui ses yeux gonflés, aussi rouges que sa robe, désormais. Quelques boucles brunes s'étaient collées à ses joues humides. Il crut que son coeur allait s'arrêter.
« Les parents… les parents de Lily. Ils étaient sur place. Ils sont morts. »
James fonça sur l'entrée qui menait aux dortoirs des garçons et grimpa les escaliers quatre à quatre, ignorant la voix qui appelait son nom. Il faillit faire sortir la porte de ses gonds, entra dans la chambre de Lily… vide. La malle grande ouverte laissait entrevoir des vêtements et des affaires sorties à la hâte. Marlene entra à son tour, haletante, suivie de Remus, plus pâle que jamais.
« Elle est déjà partie. McGonagall l'a renvoyée chez elle par Portoloin. »
Elle contempla à son tour les effets en désordre, échos de la précipitation, de la panique, de la peur.
« Ça n'est que le début, hein ? »
Cette constatation, simple, limpide, tragique, frappa James comme un cognard en plein ventre. C'était comme prendre conscience de l'appel du vide sous leurs pieds, comme enfin affronter l'unique œil du cyclope.
La guerre était déclarée, et elle ne faisait que commencer.
(1) Source Pottermore : Le Registre des Sang-pur (Sacred Twenty-Eight) listant les vingt-huit familles présumées sans ascendance moldue a été publié dans les années 30. Bien qu'il n'eut pas été signé, l'auteur supposé serait un certain Cankanterus Nott.
(2) Le (très) long et (fort) complexe processus pour devenir animagus est expliqué sur Pottermore. Si vous ne l'avez jamais lu, allez-y, ça vaut son pesant en cacahuètes !
Pour commencer : je vous souhaite la meilleure année 2017 possible !
Nous avons atteint un pivot central de l'intrigue et je commence vaguement à en voir le bout ! La scène de l'infirmerie où Sirius et Lily discutent, c'est la toute première que j'ai écrite en imaginant cette fic, sur des pages doubles… Et il a fallu tout retravailler d'ailleurs, mais je suis tout de même heureuse d'arriver au stade où je peux enfin la publier sur ce site ! Le chapitre 11 également a été imaginé au tout, tout début de cette histoire, et comme il est déjà en cours de relecture, je ne devrais pas vous faire trop attendre.
MERCI de lire cette histoire, n'hésitez pas à reviewer, je réponds personnellement !
A très bientôt !
