J'ai l'bras qui tâtonne dans l'vide... De l'air, de l'air, du bois... J'me renfrogne la tête dans l'oreiller. Bois, bois et là ce qui doit être le réveille. J'le prends vers moi. Contre moi. Pas envie d'ouvrir les yeux. Y a d'la pluie contre le carreau.
journée dodo... temps d'merde... bon lit.
J'ouvre les yeux. Genre, j'essaye de décrypter les barres de l'appareil. Des |, des _ et des -... J'ne pige que dalle. Mes yeux s'ouvrent et s'ferment. Ouais, c'est ça, il est 2.27 P.M. J'ai dormi comme un loir. Je repose l'engin et me retourne dans les draps. Mes bras entourant la silhouette de Wendy.
Ca fait un bail que j'ai pas aussi bien dormis... y a pas à dire se vider les couilles, ça t'libère de tous tes problèmes.
Son corps est chaud bouillant, une légère pellicule stagne sur sa peau de notre baise nocturne. Je m'trémousse contre elle, le nez dans ses cheveux, soufflant sur sa nuque. Elle remue, j'ai dû la réveiller.
«... Craig sort ta bite de là !
... »
...'chier !
Je m'dégage des draps, une trique d'enfer entre les jambes... Direction salle de bain. Je passe la porte, le salon est calme, Kenny doit encore roupiller. Je me calle sur les WC à me branler frénétiquement, les yeux plissés, jusqu'à ce que je vienne. En repensant à hier soir, c'est la première fois qu'une nana s'est occupée d'mon cul... Le pire c'est qu'j'ai aimé. Je jouis entre mes mains et me cale sous la douche, l'eau ébouillantant ma peau.
putain d'bonne soirée !
L'eau dans la gueule, ça ruisselle tout long du corps. J'me savonne viteuf, manière de, et je sors de là, une serviette à la taille. Je vais un peu bousculer, bébé Kenny, ça lui fera, les pieds. Je m'approche du canapé... Il est vide...
Où est-il passé merde... Son sac est encore là...
Je panique, c'est pas normal qu'il se soit cassé sans rien me dire, normalement il ne fait pas ça, pas tout seul, pas dans une grande ville qu'il ne connaît qu'à peine. Je retourne dans la chambre à la recherche de mon froc, fouille ses poches pour trouver mon portable. Je l'allume, recherche dans le répertoire, sélectionne le nom de Kenny, passe l'engin à mon oreille : ça sonne... Je suis accroupi sur le sol, une simple serviette me barre le bas ventre qui pendouille entre mes jambes. Wendy s'est agité quand j'ai commencé à retourner la pièce à la recherche de mes fringues, maintenant elle regarde mon dos et ma main tenant mon portable fermement collé à oreille. Ça sonne... dans le vide. La messagerie s'enclenche. Je m'impatiente de son répondeur de trois kilomètres de long à sortir une vieille blague à la con retardant le bip d'enregistrement. À travers les stores je vois la pluie battante continuer de tomber. Décidément, c'était une journée de merde. Journée de merde et en plus j'allais devoir aller sous la flotte. #Bip# enfin !
« Kenny bordel où t'es passé ! Fait pas l'con et rappel moi 'spèce de couillon ! Ca va pas de sortir dans ce merdier sans laisser ni de mot ni d'adresse, putain t'es un vrai con parfois je t'assure. Et ne fait pas genre celui qui n'entend pas. S'teplais rappel moi vite. »
Je raccroche. Ne bouge pas. Contenant une certaine anxiété. Kenny est du genre à faire des conneries. Kenny est aussi du genre à aimer les coins avec de beaux paysages...
« Wendy ? »
« C'est loin l'océan ? »
« … Long Beach doit être à une vingtaine de minutes d'ici. »
« Ok grouille toi de t'habiller, faut qu'on retrouve Kenny, je suis sûr qu'il est dans la merde ou a moitié pommée. »
« Ton pote est un couillon. »
« Ouais, tu lui diras toi même. »
Je m'empressais de réunir mes affaires et de m'habiller. J'enrage dans ma barbe, pestant contre tout et n'importe quoi mon pantalon que j'arrive pas à mettre, mon sommeil qui est trop lourd, Kenny qui est parti, Wendy qui prend son temps comme toutes les femmes... à chaque fois j'ai tendance à m'en vouloir lorsque je laisse Kenny seul. Quand je suis pas là, il lui arrive que des conneries, même si Dieu l'a à la bonne, faut pas non plus trop chercher... Quand je ne peux pas le tempérer, il est pire qu'un toxico...
