13.
- Non, Sky, je ne comprends pas ! siffla Ayvanère debout devant son beau-frère qui se tenait dans le canapé. D'ailleurs, permets-moi de te dire que tu en tiens une aussi solide couche que mon mari ! Il y a cinq jours, tu le jugeais complètement délirant, et maintenant, tu veux le faire sortir d'HP ! Crois-moi, les psys ne le voudront pas, et toi tu pourrais bien rejoindre Aldie en chambre double !
- Je pense effectivement ne pas pouvoir agir de façon conventionnelle, en suivant la voie normale.
Elle tressaillit.
- Toi, ne pas suivre la procédure ? Effectivement, tu as pété plus qu'un boulon ! remarqua-t-elle dans un grincement. Et sans vouloir contrarier tes petites manigances, je doute fort qu'il te suffise de, juste, sortir Aldie de là où tu l'as toi-même envoyé, pour que tout rentre dans l'ordre ! D'ailleurs, comment parler d'ordre alors que nos univers sont complètement chamboulés ? !
- Et j'y ai ma part de responsabilités. J'ai douté de mon frère au pire moment possible !
- C'était la voix de la raison. Et nous la suivions tous !
- Oui, en oubliant le petit grain de folie si coutumier à mon frère… En voulant le protéger, nous l'avons trahi. Il ne nous pardonnera jamais !
- C'est plus que probable. Il nous le fera payer très cher. Quelles sont donc tes intentions, Sky ?
- Rejoins-moi au Pavillon 17 de l'HP, juste avant l'heure de fin des visites.
- Ils risquent de se douter de quelque chose puisqu'Aldéran n'est pas en état d'en recevoir !
- Je pense venir avec des arguments incontournables !
- Tu commences vraiment à m'intriguer, releva Ayvanère. Je voudrais juste que tu me fasses une promesse, Sky.
- Laquelle ?
- Que si tu le fais encore pour le bien d'Aldie, il ne va plus endurer tout ce qu'il vient de vivre ?
- Je ferai tout pour l'éviter.
- Mais qu'as-tu donc en tête ? se récria-t-elle.
- Quelque chose qui te donnera à penser que la fêlure au cigare est de famille.
- De cela, je n'ai jamais douté ! A ce soir, en ce cas.
Hadréa Velk se planta devant l'épouse et le frère de son patient.
- Je peux savoir ce qui vous donne à penser que je vais le laisser sortir ? Et pour commencer, c'est vous deux qui avez signé son internement ! Je n'ai pas à vous faire remarquer que vous manquez singulièrement de logique !
- Un trait de famille, je le crains.
- Et qui est en singulière contradiction avec vos choix professionnels, Pr Skendromme ! remarqua la psy. Veuillez-vous retirer et me laisser faire mon travail.
- Vous ne le soignez pas, comment espérez-vous qu'il aille mieux ? Je n'aurais pas dû vous laisser faire, pas un instant !
- Et vous m'avez donné les pleins pouvoirs, si je puis dire, releva la psy.
- Je vous en décharge.
- Nous vous en déchargeons, ajouta Ayvanère. Mon mari est peut-être ravagé du ciboulot, mais il y avait quelques points de vérité dans ses raisonnements, et sans nul doute plus que nous ne le pensions.
- J'ai un spacewolf sur le toit de l'hôpital, faites-y transférer mon frère !
- Je n'ai pas d'ordres à recevoir de vous. Aldéran est mon patient, et je ne le lâche pas !
La psy sursauta, sans doute aussi violemment qu'Ayvanère d'ailleurs, quand Skyrone braqua sur elle une arme au calibre conséquent.
- C'est ça ou je n'hésiterai pas à vous estropier puisqu'il n'y pas d'autres moyens de vous faire céder.
- Je porterai plainte, vous ne vous en sortirez pas ainsi, toute sommité scientifique que vous soyez ! Votre nom et votre position sociale ne vous permettent pas tout !
- Ce que je vous obtenir ce jour me suffit. Faites transférer mon cadet et copiez-moi son protocole de désintoxication ! Ah oui, encore une chose : pas d'entourloupe, j'ai effectivement, au vu de ma position, bien des amis, et un partenaire de choix sur ce coup !
- Un associé ? s'étonna Ayvanère que ce rôle passif n'enchantait guère et ignorant où il allait la conduire !
- Tu feras sa connaissance durant le voyage, bien que tu aies bien entendu parlé de lui !
Au moment d'embarquer à leur tour dans le spacewolf automatisé, Ayvanère retint son beau-frère par le bras.
- Au fait, je ne voulais pas mettre à mal ton petit plan, tout à l'heure, mais avec le cran de sûreté mis, tu n'aurais pu estropier personne !
- Oups…
- Et d'où sort ce revolver, pour commencer ?
- Je ne sais pas me battre, mais je dois pouvoir protéger ma famille, au cas où.
- Avec le cran de sûreté, gloussa-t-elle. Allez, donne-moi cette arme, tu serais juste capable de te tirer dessus !
- Ce n'est pas de refus, ce revolver me met singulièrement mal à l'aise !
- Tu m'étonnes ! Mais, où allons-nous ?
- A bord du Lightshadow, évidemment.
- Le clone mémoriel n'obéit qu'à Aldéran. Sans lui, il ne bougera pas du Dock Orbital !
- J'ai un partenaire, je te le rappelle !
Un long moment, Aldéran considéra le capteur médical à son poignet. Bien des choses lui échappaient et c'est tout juste si le brouillard persistant des solutions tranquillisantes lui avait permis d'identifier l'endroit où il s'était réveillé.
- Le Light… Mais, il n'a pas pu décoller sans mon autorisation.
- Ton Doc Mécanoïde m'a prévenu que tu avais émergé, fit Skyrone en rentrant dans sa chambre.
- Mais comment le Light a-t-il pu entamer son processus de démarrage ? Il lui faut mon empreinte palmaire, ma voix, au minimum !
- Et tu crois être un exemplaire unique ? rappela Skyrone.
- Kwendel…
