Chapitre 10 : le bal d'Halloween (1)

Cher Remus,

Je crois me souvenir que tu m'as demandé de t'écrire si j'avais besoin d'aide. Et bien voilà, ce moment est arrivé. Ce matin, Rogue nous a demandé de préparer une potion de nouvelle mémoire. J'en ai bu, et ce que j'ai vu m'a un peu…perturbé. A vrai dire, je ne sais plus que penser. J'ai revu la nuit où mes parents sont morts. Je ne vais pas te donner plus de détails, déjà parce que je pense que tu imagines très bien l'horreur de la scène sans eux, et surtout parce que je n'en serais pas capable. Toujours est-il que je me sens un peu bizarre en ce moment.

J'ai lu le journal ces derniers temps, et si j'ai bien compris Verpey compte reprendre en mains les détraqueurs ? C'est assez intriguant un tel changement de sa part, je sais qu'avant sa fuite, ce n'était le genre d'homme à risquer sa peau. Peut-être a-t-il pris conscience de l'enjeu : il se pourrait bien qu'il remplace Fudge, n'est-ce pas ? C'est en tout cas ce que pensent beaucoup d'élèves ici. Parfois je les écoute dans les couloirs, juste pour savoir leurs opinions.

Tu dois sûrement le savoir, mais le professeur de défense contre les forces du mal cette année est le professeur McClaggan. Il a l'air bien décidé à nous faire rattraper le retard que nous avons pris avec Ombrage. Sirius m'avait dit que tu la connais bien, en raison des décrets contre les loups-garous qu'elle a instaurés. Mais soit ! L'autre jour, McClaggan nous a fait nous battre en duel contre les autres de la classe. Je crois qu'il était plutôt content de me voir gagner contre Ginger Fitgeralds, une nouvelle élève, qui est arrivée avec sa sœur au début de l'année. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, car les professeurs se doivent d'être neutres. Enfin, je ne vais pas me plaindre de savoir que celui-là a confiance en moi. Ca me rassure quelque peu.

Il faut aussi que je te parle de cette Ginger, que je viens de mentionner. Elle me semble dangereuse. Tu dois sûrement avoir eu vent du meurtre de Michael Corner. Dumbledore se refuse à accuser un des élèves de l'école. Pourtant, je ne peux m'empêcher de douter de Ginger. Elle maîtrise les sortilèges impardonnables et comme je l'ai dit à Ron et à Hermione, j'ai de bonnes raisons de croire en sa folie. J'attends donc de voir si ça se confirme…

Un bal est organisé pour Halloween, j'y accompagnerai Ginny. Molly est peut-être déjà au courant, mais j'imagine que ça doit lui faire plaisir, non ?

Puisses-tu me répondre et trouver les mots pour me rassurer…

Amicalement

Harry

Harry relut une dernière fois sa lettre avant de l'attacher à la patte d'Hedwige. Celle-ci hulula d'impatience et, par la fenêtre de la volière, s'envola au loin dans la nuit étoilée. Harry la regarda s'en aller et resta respirer l'air frais encore longtemps après qu'elle fut hors de vue. Il avait besoin de s'isoler un peu. La salle commune avait été désertée, mais au moins, ici, il ne risquait pas d'être dérangé. Muni de sa cape d'invisibilité et de la carte du maraudeur, il était venu envoyer sa lettre en passant par les couloirs déserts à cette heure tardive, qui représentèrent bien son esprit à ce moment. Vide. Ou du moins, c'était ce qu'il aurait aimé, car à chaque fois qu'il fermait les yeux, il entendait soit un rire démoniaque, soit un de ses parents qui hurlait. La meilleure des solutions lui semblait être une visite à Dumbledore, mais il devrait attendre le lendemain. Alors il remit sa cape d'invisibilité et, à l'aide de sa carte, se promena dans le château aussi longtemps que ses jambes le portèrent. Mais la nuit étant déjà bien avancée, il ne put bientôt plus tenir debout, et il s'assit contre un mur, recroquevillé pour échapper un peu au froid et au vent glacial qui s'engouffraient dans l'école. Il laissa sa tête aller contre la pierre gelée et ferma les yeux.

-Non, pas Harry !

Il frissonna de peur et de froid. De rage, il cogna violemment du poing le sol pierreux du château, et pour ne pas ressentir la douleur, serra très fort sa main. Il maudissait Rogue qui avait eu l'idée de leur faire préparer une potion comme celle-là. Il maudissait le gouvernement de laisser les choses passer sans rien faire. Il maudissait les professeurs de ne pas chauffer les couloirs. Mais il maudissait plus que tout Voldemort, qui avait tué ses parents sans aucune pitié.

Le temps passa, mais Harry aurait été incapable de dire combien d'heures exactement il resta assis là, à grelotter dans le noir. Par à-coup, il se laissait aller à une somnolence qui le reposait bien, mais chaque fois il se réveillait en sursaut, la cicatrice brûlante.

-Mr Potter ?

Harry sursauta. Au bout du couloir se tenait le professeur McGonagall, en robe de chambre écossaise, un châle en laine sur ses épaules. De son chignon de travers pendaient quelques mèches décolorées qui lui tombaient devant les yeux d'une manière assez particulière, étant donné qu'à l'ordinaire, ses cheveux étaient tirés à la perfection.

-Que faîtes-vous là ?

Harry regarda autour de lui. La cape d'invisibilité avait glissé de son corps pendant qu'il sommeillait.

-Professeur, je… Vous savez… Ce n'est pas ce que vous croyez…

-Venez avec moi, au lieu de dire n'importe quoi ! Regardez-vous ! Si je ne vous connaissais pas, je vous prendrais pour un revenant !

McGonagall l'emmena dans son bureau où brûlait un feu qui fut bien accueillit par Harry qui éternua.

-Qu'est-ce qui vous a pris de passer la nuit dans les couloirs, Mr Potter ? demanda sèchement le professeur.

-Je n'ai pas passé toute la nuit dehors, professeur, mentit Harry. Je…

-Cessez vos mensonges, Mr Potter !

Elle transperça Harry du regard.

-On vous a vu.

-Qui m'a vu ? interrogea Harry durement. Si c'est un élève, je crois que…

-Le professeur McClaggan vous a vu, Mr Potter, dit McGonagall d'un ton cassant. C'est lui qui est venu me prévenir.Vous n'allez pas me dire qu'il a menti, n'est-ce pas ?

Harry soupira.

-Non, avoua-t-il.

-Ce qui nous ramène au point de départ : pourquoi avez-vous passé toute la nuit hors de votre dortoir, dans les couloirs glacés de l'école ? J'imagine que ce n'est pas par pur plaisir, sinon j'aurais tendance à croire que vous êtes fou !

-Je n'ai pas envie d'en parler, répondit simplement Harry en baissant les yeux. Je n'ai rien d'autre à dire.

Le regard du professeur McGonagall se radoucit.

-Y aurait-il un problème, Mr Potter ? s'enquit-elle plus posément.

-Je n'ai pas envie d'en parler, répéta Harry.

Il avait seulement envie de s'en aller. D'être seul.

-Est-ce grave ? demanda encore McGonagall.

Harry fit non de la tête, bien qu'il sentait qu'au fond, oui c'était grave. Assister à l'assassinat de ses parents était quelque chose d'important.

-Très bien… Vous pouvez regagner votre dortoir, dans ce cas, dit le professeur McGonagall.

-Merci, professeur.

Harry sortit sans demander son reste.

L'émotion passa au bout d'une semaine au cours de laquelle ses amis lui posèrent tout un tas de questions qui demeurèrent sans réponse. Visiblement, son visage trahissait ses sentiments.

-Mais tu peux au moins nous le dire, Harry ! s'était énervée Hermione. A quoi servent les amis, à ton avis ?

Seul Neville connaissait la cause de ce changement d'attitude. Harry lui était reconnaissant de ne rien dire à personne, et à ce moment plus que jamais il constata que Neville était quelqu'un en qui on pouvait faire confiance sans aucune crainte. Il ne savait pas ce qui gênait le plus son ami : le fait de savoir à quoi il avait échappé, ou bien le fait d'apprendre la destinée de Harry. Toujours était-il qu'il mit trois jours avant d'entreprendre à lui reparler. A aucun moment ils ne discutèrent de cette nuit qui avait confondu leur vie à tous les deux. Mais à présent, il était indéniable qu'ils s'étaient largement rapprochés et se ils soutenaient dans tous les aspects de leur vie, que se soit en cours ou ailleurs.

En revanche, Rogue n'avait pas fait preuve d'autant de compréhension quand il lui apprit qu'il n'avait pas pu écrire ses deux rouleaux de parchemin. Le professeur retira vingt points à Gryffondor et lui donna une retenue, qui consistait tout simplement à raconter ce qu'il avait visionné en cinq rouleaux. Harry se doutait qu'il savait ce qu'il avait vu, sinon il lui aurait demandé d'effectuer quelque tâche ménagère désagréable, comme le nettoyage des chaudrons, bien qu'il aurait préféré rester toute la nuit dans les produits nettoyants que ne serait-ce qu'une heure dans les cachots à relater à Rogue ce que les effets de la potion lui avait permis de se remémorer.

Sur un tout autre plan, Harry pouvait être content de lui : il avait une très bonne cavalière pour le bal, et au moins, lui ne l'avait pas choisie au dernier moment, comme Ron avait choisi Hermione la veille de la soirée, alors que les élèves de troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième années profitaient d'une bonne journée ensoleillée au village de Pré-au-Lard. Il avait éclaté de rire tellement son ami s'y était pris maladroitement, et il était persuadé que si Hermione avait accepté d'y aller avec lui, c'était uniquement parce qu'elle n'avait trouvé personne d'autre.

La nouvelle avait rapidement fait le tour de l'école : Ginger Fitgeralds danserait avec Malefoy toute la soirée. Nombreux furent les garçons déçus d'un tel choix, mais Harry, qui commençait à la connaître, se dit que finalement, personne ne s'entendrait mieux avec elle que Malefoy. Mais celui-ci afficha pendant toute la semaine précédant le bal une expression d'intense satisfaction et de supériorité qui énerva Harry à un tel point qu'il dut se retenir de le remettre à sa place. Il n'était pas certain de pouvoir supporter pareil duo.

Finalement, ce fameux bal arriva plus rapidement que Harry ne l'aurait voulu. L'excitation fut à son comble dès la fin de la matinée. Dans la tour de Gryffondor, Ginny, Lavande et Parvati, comme la plupart des filles, sautillaient partout. Mais lui préféra s'asseoir près du feu à jouer aux échecs version sorciers avec Ron. Ce dernier perdit la partie, ce qui le surprit beaucoup. En général, Ron gagnait de beaucoup à chaque fois. Mais à ce moment, il semblait plutôt préoccupé, comme les autres après tout, par le bal.

-On devrait peut-être aller s'habiller, proposa-t-il en jetant un regard à l'escalier menant au dortoir. Pour être prêt à l'heure, enfin tu sais…

-Ron, le bal n'a lieu que ce soir !

-Ah oui, c'est vrai, mais je me disais que pour être parfait ce soir, il faudra se préparer tôt…

Harry dévisagea son ami.

-Ron ? Tu es sûr que ça va ? Je doute qu'Hermione te jugera par la façon dont tu seras habillé ou peigné…

-Ah, tu crois ?

Harry éclata de rire.

-Hermione ? C'est elle qui te préoccupe ainsi ?

Ron rougit fortement. Il marmonna quelque chose où seuls les mots « pas ma faute, veux ressouder les liens » furent compréhensibles, puis il se leva de son fauteuil et monta dans son dortoir sans un regard en arrière, et on ne le revit pas avant l'heure du déjeuner.

Pour passer le temps, Harry s'en alla rendre visite à Hagrid, qui lui offrit un bon thé bien chaud. La température extérieure était descendue si bas qu'on pouvait déjà commencer à s'inquiéter de l'hiver qui s'annonçait glacial.

-On en a vu d'autres, dit simplement Hagrid alors que Harry regardait par la fenêtre de sa cabane la grêle qui tombait bruyamment. Et puis, en ce moment on a d'autres préoccupation que la météo, n'est-ce pas ?

Harry reporta son attention sur le demi-géant.

-C'est vrai, approuva-t-il.

-Je me demande bien ce que le Ministère serait aujourd'hui si Verpey ne lui avait pas sauvé la mise. C'est lui qui a calmé la population, même si ça n'a pas duré bien longtemps, c'est lui qui a repris en mains les détraqueurs à lui tout seul…

-C'est sûr qu'il fait du bon travail, accorda Harry. Vous pensez qu'il prendra la place de Fudge si celui-ci en venait à être détrôné ?

Hagrid émit un soupir de réflexion.

-Oui je pense. Il est beaucoup monté dans l'estime de la communauté, ces derniers temps.

-J'imagine que ce sera une bonne chose s'il prend le pouvoir, n'est-ce pas ?

Là encore, Hagrid soupira.

-On ne sait pas ce qu'il fera une fois ministre, dit-il sereinement. Peut-être reprendra-t-il ses mauvaises habitudes. Nos espions de l'Ordre ne parviennent pas à décrocher d'informations à son sujet. Il se cache bien, on peut dire.

-Et pourquoi cela ?

-Peut-être parce qu'au fond de lui, il désire prendre le pouvoir, mais qu'il ne veut pas que ça se sache, on n'en sait rien.

-De toute évidence, il ne peut pas être pire qu'un mangemort au pouvoir, n'est-ce pas ?

-Bien sûr, agréa Hagrid. Mais un incapable au pouvoir ne résiste pas longtemps à la menace que Tu-Sais-Qui porte au Ministère. Regarde Fudge, par exemple : seul, il n'aurait pas tenu à l'attaque. C'est Dumbledore qui lui a indiqué que faire, qui lui a imposé les mesures de sécurité… Sans Dumbledore, Fudge aurait déjà été remplacé par Tu-Sais-Qui… Alors maintenant, si Verpey prend le pouvoir et qu'il reste solide, c'est bien, mais s'il se relâche…

Le regard de Harry se perdit dans le vide.

-J'aimerais que rien de tout ceci ne soit arrivé, avoua-t-il.

Hagrid poussa un nouveau soupir, ce compassion cette fois.

-Je te prendrais pour un fou si tu appréciais cette situation, Harry.

-Pourquoi a-t-il fallu que ça tombe sur moi ?

-Et pourquoi sur un autre ? Ecoute, Harry, il ne faut pas que tu penses à tout cela pour l'instant. Tu as encore le temps avant de devoir affronter Tu-Sais-Qui pour la dernière fois.

-Et comment le savez-vous ?

-Je le sais, c'est tout. Mais, en attendant, il va falloir être prudent, et prêt surtout.

-Hum…

Hagrid ramassa les tasses de thé vides.

-Ca te dirait de venir voir la prochaine créature que nous allons étudier ? demanda-t-il pour changer de sujet. J'ai trouvé sur le marché un eruprif.

-Euh… je crois que je vais rentrer au château, dit Harry. Il est tard et je dois me préparer pour le bal…

-Bon, très bien, répondit Hagrid, un peu déçu.

-J'aurais vraiment voulu, dit pas très sincèrement Harry. Les eru… enfin les créatures que vous nous faîtes étudier sont toujours intéressantes, mais là il vaut mieux que j'y aille.

-A ce soir alors !

Harry sortit de la petite cabane en bois qui servait d'habitation à son ami et prit la direction de l'école. Il n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait être un eruprif, mais il n'était pas sûr de vouloir le savoir. En général, les cours de Hagrid étaient intéressants, mais les créatures étudiées plutôt dangereuses. Et il avait très envie d'aller au bal avec Ginny. Au moins, avec elle, il se sentirait plus à l'aise qu'avec Parvati, comme il en avait fait l'expérience deux ans plus tôt.

Il retrouva Ron dans le dortoir, déjà habillé et coiffé. Harry fit un bond en arrière en le voyant. Sa robe couleur écorce s'alliait joliment avec ses cheveux roux vifs, eux-même peignés soigneusement de chaque côté de son visage.

-Ca ne te plait pas ? s'enquit –il.

Harry assura le contraire, encore stupéfait d'un tel changement de la part de son ami.

-Parce que je peux faire différemment, enfin c'est juste que je trouvais que ça faisait plus… comment dire…

-Sérieux ? proposa Harry.

-C'est ça ! Parce tu sais, Hermione aime les gens comme ça… Et puis, comme je l'accompagne, ce serait mieux que…

-J'ai compris, Ron ! sourit Harry

Le comportement de son ami l'amusait beaucoup. Pourquoi s'intéressait-il tout d'un coup à ce que penserait Hermione ? Eprouvait-il quelque chose de plus fort que ce qu'il laissait paraître ?

Il voulut le lui demander, mais Dean et Seamus firent irruption dans la pièce, apparemment bien décidés à se refaire une beauté avant le bal.

-Waouh, Ron ! s'exclama Dean.

-Chapeau ! renchérit Seamus. Qui est ta belle, ce soir ?

Ron rougit et ne répondit pas.

-Hermione, annonça Harry d'un air amusé.

-Et bien figurez-vous que nous, nous y allons les deux plus belles jeunes femmes de l'école, concéda Dean.

-Parvati Patil et Lavande Brown, précisa Seamus. Je n'arrive toujours pas à y croire ! Qui accompagnes-tu, Harry ?

-Ginny.

-Pas mal non-plus ! s'exclama Seamus.

-Mon ancienne petite-amie, murmura Dean.

Ron lui jeta un regard noir.

-Je plaisantais ! grogna Dean. Ta sœur et moi ne sommes jamais sortis ensemble !

-Je le savais, bougonna Ron, mais à partir de ce moment, il fut beaucoup plus sympathique avec lui qu'il ne l'avait été de toute l'année.

Chacun se prépara minutieusement en demandant l'avis des autres pour savoir quelle coiffure adopter, comment mettre le col de sa robe ou bien comment danser avec sa partenaire de façon à ne pas se faire passer pour un guignol. Harry enfila rapidement sa longue robe noire brodées de motifs vert émeraude qui plut beaucoup à ses amis.

-Assortie à tes yeux, commenta Dean.

-C'est frustrant de voir que certains n'ont besoin que de quelques motifs sur leurs robes pour être parfaits ! avait ajouté Ron. Harry, tu m'énerves !

Il était vrai que Harry se trouva assez bien quand il regarda son reflet dans la vitre. Si l'on oubliait ses cheveux qui partaient dans tous les sens, il était plutôt satisfait du résultat. Mais il eut beau tenter toutes les brosses qu'on lui proposa, il ne parvint pas à les aplatir.

-Au pire, dit Seamus, ça te crée un genre bien à toi…

Ce qui eut pour effet de faire pouffer de rire les autres.

Neville déboula dans le dortoir vingt minutes avant le festin. Essoufflé, il se précipita vers sa valise et sortit une robe toute froissée.

-Oh non, marmonna-t-il.

Il revêtit son habit et observa son allure dans la même fenêtre que celle où Harry s'était inspecté.

-Je dois avoir l'air d'un manche à balai, avec ça… soupira-t-il.

Il était vrai que la robe qu'il portait, rouge bordeaux, ne l'avantageait pas : elle semblait au contraire faire ressortir la rondeur de son visage.

-C'est ma grand-mère qui m'a donné une ancienne tenue de mon père, expliqua-t-il. Elle n'a pas accepté de m'en offrir une autre.

Ron partit farfouiller dans sa propre valise et, après avoir jeté à Neville plusieurs regards scrutateurs, en ressorti une autre robe de soirée, noire et blanche, qui passerait beaucoup plus inaperçue.

-Essaie ça, dit-il. Si ça ne va pas, j'en ai d'autres. Mes frères m'en ont offert tout un tas, ajouta-il devant les regards surpris de Dean et Seamus.

Neville, ainsi paré, n'étincelait pas de beauté, mais au moins semblait normal. Le pan de la robe était peut-être un peu grand, mais cela ne choquait pas, aussi décida-t-il de la garder pour la soirée et il remercia Ron très sincèrement.

-Il est temps d'y aller, maintenant, avertit Dean, sinon nous allons être en retard. Je me demande ce qui t'a pris de t'y prendre si tard, Neville.

Ce dernier rougit et baissa la tête.

-Je cherchais une partenaire, bredouilla-t-il.

Les autres, assez surpris par une telle déclaration, ne posèrent plus de questions jusqu'à ce qu'ils n'arrivent devant la Grande Salle. Une troupe d'élèves attendait déjà l'ouverture des portes, et Harry, Ron à ses côtés, put parcourir des yeux le groupe à la recherche de Ginny. Sa longue chevelure rousse flamboyante lui permis de rapidement la repérer. Elle semblait aussi perdue que lui quelques secondes auparavant, et ne cessait de regarder autour d'elle dans le but de l'apercevoir.

-Ginny ! appela-t-il.

Son amie leva la tête vers lui et lui adressa un grand sourire en s'avançant. Alors qu'elle sortait de l'attroupement d'élèves, Harry put enfin distinguer sa robe. Il se souvint qu'il avait été impressionné, il y avait de cela deux ans, quand il avait vu pour la première fois Lavande en tenue de bal. Mais là, il se rendit compte que Ginny avait dû passer un temps fou à se préparer pour obtenir ce résultat. Sa coiffure était particulièrement bien faîte, bien que Harry ne put lui donner de nom précis. Sans doute s'agissait-il d'une sorte de chignon, mais de nombreuses mèches partant volontairement de leur attache pour venir pendre devant ses yeux, on pouvait aussi penser à une queue de cheval. Toujours était-il que le résultat était là, et Harry en fut très impressionné. Et devant ses yeux légèrement maquillés, il ne put rien dire d'autre qu'un vague « waouh ». Avec un certain soulagement, il constata que leurs robes s'harmonisaient parfaitement. D'ailleurs, en regardant de plus près, il nota même qu'il s'agissait du même model, mais que les motifs chez Ginny étaient orange clair.

-Ca te plait ? demanda Ginny malicieusement.

Elle semblait avoir perçu l'admiration de Harry.

-Beaucoup, répondit-il, et il reçut un grand sourire en échange.

-Ce n'est pas au goût de Cho Chang, dit-elle narquoisement. Je l'ai vu en compagnie de Roger Davies. Mais ils ne sont plus là, je crois…

Ron les regarda et sourit du coin de la bouche.

-Bon, je vous laisse !

Harry et Ginny le suivirent des yeux et reprirent leur conversation.

-Et as-tu vu Malefoy et Ginger Fitgeralds ? demanda Harry.

-Oui, mais ils sont partis il y a une dizaine de minutes. Tu devrais voir la robe de Malefoy ! Noire et décorée d'éclats de diamants et de fils d'or. Ca me fait mal au cœur de la dire, mais c'est magnifique. En revanche, Malefoy l'est beaucoup moins. Il a testé une nouvelle coiffure, c'est assez… spécial. Il a ramené tous ses cheveux en arrière. Par contre, Ginger a totalement changé de style. Tu verras par toi-même. C'est frappant. Tiens, la voilà !

En effet, Ginger et Malefoy descendaient l'escalier majestueusement.

-Combien tu paries qu'ils ont fait exprès de débarquer devant tout le monde ? marmonna Harry. Malefoy est très fier de sa cavalière. Et Ginger… Oh !

Il resta bouche bée devant la Serpentard.

-Tu as vu ça ? s'exclama-t-il

Les cheveux blonds de Ginger s'étaient à présent transformés en une longue chevelure rouge tomate, extrêmement lisse, qui s'alliait parfaitement avec sa tenue toute noire, seulement traversée d'une flamme de la même couleur que ses cheveux. Ses yeux verts à l'ordinaire étaient bleus pâles et semblaient creusés, aussi quand son regard se posa sur lui, Harry se sentit très mal à l'aise.

-Qu'est-ce qu'elle a fait ? murmura-t-il

Ses lèvres rouges sang lui inspiraient également une sorte de crainte qu'il ne parvint pas à expliquer, et ses dents paraissaient plus longues que d'habitude.

-Je t'avais dit que c'était spécial, chuchota Ginny. Elle a sans doute voulu marquer le coup…

Un silence avait envahi le hall. Malefoy toisa la foule d'un regard supérieur, comme lui seul en avait le secret.

-Joyeux Halloween ! minauda Ginger.

A ce moment, les portes de la Grande Salle s'ouvrirent. Chacun reporta son attention sur la personne qu'il accompagnait, et un par un, les duos entrèrent dans la salle du bal.

-Viens, dit Ginny.

Mais Harry ne pouvait détacher son regard de Ginger. Derrière elle, il entrevit sa sœur, Ashley, seule. Elle semblait à peu près normale, hormis le fait qu'elle était d'une pâleur effrayante.

-Harry ! insista Ginny.

Elle lui tira sur le bras pour le faire venir.

-Excuse-moi, murmura-t-il en lui emboîtant le pas.

La Grande Salle avait été décorée aux couleurs de la fête. Les tables n'occupaient pas toute la place, comme habituellement, mais elles avaient été poussées contre le mur et portaient des dizaines de plats composant un buffet très appétissant. La lumière créait une ambiance chaleureuse qui rassura quelque peu Harry, et les bougies diffusaient des lueurs sympathiques qui chauffaient la salle, au milieu de laquelle se rassemblèrent tous les élèves ainsi que les professeurs. Dans le fond, Harry aperçut Ron et Hermione, qui pour l'occasion avait tiré ses cheveux en arrière dans un chignon bien serré. Pas très loin d'eux se tenaient Cho et Roger Davies, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle.

Là où aurait du se tenir la table des professeurs avait été placée une estrade de bois, haute d'une cinquantaine de centimètres. Elle attira le regard de beaucoup d'élèves, qui tous se posaient la même question : qui ferait la musique accompagnant le bal ?

Par la porte au fond de la salle, Dumbledore fit irruption sous les applaudissements. Vêtu d'une longue robe de soirée mauve foncée parsemée de petites étoiles dorées et coiffé d'un haut chapeau de la même couleur, il représentait l'élégance à lui tout seul, et il salua la foule en écartant les bras en signe de bienvenue.

-Mes chers amis de Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle et Serpentard, je vous souhaite à tous une excellente soirée, ainsi qu'à tous les professeurs de cette école !

Ses paroles furent ponctuées d'une vague d'acclamations de la part de la plupart des personnes réunies dans la pièce.

-Je sais bien que vous êtes tous impatients de vous déchaîner sur un rythme endiablé dans les bras de vos partenaires respectifs, alors j'ai l'honneur de vous annoncer que ce soir, le groupe MagicPower a été convié à notre bal !

Sous le tonnerre d'ovations des élèves, quatre sorciers et deux sorcières entrèrent par la même porte que Dumbledore et allèrent se placer directement sur l'estrade montée pour leur visite.

-Eh ! C'est génial ! s'égaya Ginny. Les MagicPower ! Je n'arrive pas à y croire !

Aussi rapidement que Harry parcourut la salle des yeux, toutes les filles sautillaient sur place et les garçons cachaient mal leur enthousiasme.

-Bonsoir tout le monde ! salua la chanteuse du groupe, une jeune femme à l'allure ressemblant beaucoup à celle de Bill Weasley. Est-ce que vous êtes prêts ?

Harry comme les autres se prêta au jeu et cria que oui, ils étaient prêts.

Je ne vous entends pas, est-ce que vous êtes prêts ?

La foule cria un peu plus fort.

Alors c'est parti !

Les premiers accords résonnèrent. Harry se tourna vers Ginny qui lui tendit la main. Tout autour de lui, les couples se formaient.

Je te fais confiance, murmura-t-il à son oreille.

Ginny émit un petit rire et tous deux commencèrent à tournoyer au rythme de l'air joué par les MagicPower. La mélodie était exaltante, et au début il bougea un peu maladroitement, bientôt il pris de l'assurance. Ginny dut le remarquer car elle relâcha un peu sa main et lui sourit. Dans un foisonnement de couleurs et d'ombres, ils dansèrent tout le premier morceau sans s'arrêter et Harry, à la fin du titre, se surprit à être déçu qu'il se soit si vite terminé. Il applaudit avec les autres et jeta un regard autour de lui. Neville, à quelques pas, tenait Luna Lovegood par la main. Cette vision le fit pouffer de rire. Alors Luna était la fameuse cavalière que Neville avait passé tout l'après-midi à rechercher ? Après mince réflexion, il se dit qu'il ne pouvait en être autrement, de toute façon.

Vous en voulez encore ? interrogea la chanteuse et elle tendit l'oreille pour mieux entendre les demandes de la foule. On enchaîne avec Laisse la musique t'emporter !

Quelques notes d'introduction jouées par la guitare, et à nouveau le son monta d'un cran. Le tempo s'accéléra et Harry repartit avec Ginny dans une danse dynamique entre les nombreux couples se partageant la piste. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas autant amusé. La mélodie l'emportait et lui faisait oublier tout le reste autour de lui. Les yeux dans les yeux avec sa cavalière, il se laissait entraîner sans contrainte. Il regretta même de ne pas connaître les paroles de la chanson quand Ginny et beaucoup d'autres en reprirent le refrain.

-Et si tu veux bouger, danse, danse, danse ! La musique est là pour ça, pas de danger danse, danse, danse ! Laisse-toi aller, bouge et laisse la musique t'emporter ! C'est le moment viens danse ! Laisse tomber les contraintes, tu dois te lâcher, t'amuser, et laisse la musique t'emporter !

La cadence s'accéléra encore un peu et les pas de danse s'enchaînèrent à une allure que Harry n'aurait jamais soupçonnée. S'il avait su, quelques heures auparavant, qu'il s'amuserait autant !

La chanteuse des MagicPower continua son morceau d'une voix plus aiguë et seul le violoniste l'accompagna. La vitesse redescendit d'un coup, le temps que les danseurs soufflent un moment.

-Ca va repartir… murmura Ginny à son oreille.

En effet, à peine quelques secondes plus tard, ils étaient repartis frénétiquement dans l'espace de danse. Puis, brusquement la musique s'arrêta et les acclamations s'élevèrent de la foule. La chanteuse du groupe sembla apprécier cet enthousiasme et en réclama encore plus.

-Sydney ! Sydney ! scandèrent les élèves à son adresse.

Harry fit comme les autres et leva le poing en criant le nom de la jeune sorcière.

-Ah, ça fait plaisir à entendre ! ricana celle-ci. Je vois que vous êtes fatigués après avoir dansé tout au long de Laisse la musique t'emporter, alors on va continuer tout en douceur avec la Chanson d'amour d'un cœur brisé !

La nouvelle fut extrêmement bien accueillie, aussi bien chez les filles que chez les garçons. Apparemment, MagicPower était un groupe à tendance mixte.

-C'est un slow… chuchota Ginny alors que Harry lui reprenait la main.

L'adolescent sentit son cœur s'accélérer. Ginny passa ses mains autour de son cou et se colla presque à lui, puis lui plaça les siennes sur ses propres hanches. Elle guetta une réaction, mais il n'en fut rien. Au fond de lui, Harry se sentait à la fois très gêné et très bien. Un coup d'œil à sa droite suffit à lui faire comprendre que Ginger et Malefoy aussi appréciaient ce moment. Malefoy avait vraiment l'air de quelque chose avec ses cheveux ainsi coiffés. En revanche, sa robe était réellement splendide. Mais Ginny, d'un mouvement du bras, regagna son attention.

-Excuse-moi, murmura-t-il.

Le piano commença à jouer des notes doucereuses. Le pianiste déplaçait ses doigts avec beaucoup d'agilité sur les touches. Ensuite, le violon vint s'associer à lui et tous deux produirent une mélodie que Harry trouva presque aussi agréable que la présence de Ginny. Vraiment, il se sentait bien. Il voulut même se rapprocher mais ne put s'y résoudre, trop profondément plongé dans le regard de sa cavalière.

-Tu me disais que tu m'aimais…

La voix de la chanteuse n'imprégnait pas son esprit. Il n'était même pas sûr de pouvoir répéter les paroles, car son esprit semblait s'être arrêté.

-Mais c'est mon cœur que tu brisais…

Il s'en voulut d'avoir brisé le cœur de Ginny quand il était moins âgé. Elle ne le méritait vraiment pas.

-Si tu pouvais t'approcher et m'écouter…

Ce fut Ginny que se rapprocha, mais il ne fit rien pour se retirer. Il appréciait beaucoup de ce moment.

-Tu m'enlaçais sans même y penser…

Lui, il aurait bien voulu l'enlacer aussi, mais la foule le gênait. Pourtant, Malefoy et Ginger se s'en privaient pas.

-Je vais te chanter cette chanson d'amour d'un cœur brisé…

Le piano repartit dans une ballade lente et triste, puis laissa sa place au violon qui s'en donna à cœur joie. Il conclut la chanson mélodieusement et quand Harry leva la tête vers Sydney, il constata qu'elle avait gardé les yeux fermés, comme pour mieux apprécier les dernières notes de la chanson. Lui aussi aurait bien aimé qu'elle dure plus longtemps. Il s'était senti très bien avec Ginny.

-La ferme ! hurla quelqu'un, gâchant la magie de l'instant, et Harry reconnut immédiatement de qui il s'agissait.

Ginger Fitgeralds tempêtait contre la sœur, plantée là, près d'elle, le visage fermé.

-Crétine de sœur ! Laisse-moi !

Tous les regards se tournèrent vers elle, et Malefoy passait de l'une à l'autre comme lors d'un match de tennis.

-Tu m'avais dit que…

-Mais tais-toi ! coupa Ginger, les yeux exorbités. Pas ici ! Viens, Drago.

Elle prit Malefoy par la main et l'entraîna entre les duos jusqu'à la sortie de la Grande Salle. Sous les regards attentifs des autres, ils quittèrent le bal sans demander leur reste. Ashley les suivit en courant, mais d'après l'expression de son visage, Harry redouta qu'il se passait quelque d'anormal chez l'une d'elles. Et son instinct lui intimait que le mal venait sûrement de Ginger…


Et donc voilà un nouveau chapitre! Comme prévu je ferais le bal en deux parties, celle-ci était la partie joyeuse, si on peut dire, et l'autre sera la partie plus... révélatrice, enfin vous verrez bien. Le prochain chapitre d'ailleurs devrait mettre un peu plus de temps à venir, non pas par manque d'inspiration, mais plutôt par manque de temps. Je peux me tromper bien sûr, si ça se trouve ça ira aussi vite que celui-ci. Mais bon ça m'étonnerait. Il sera tout simplement appelé: le bal d'Halloween (2).

Merci à tous mes reviewers, ça me fait toujours plaisir, mais surtout, je remercie en particulier Maelstrom : grâce à toi j'arrive à avoir des tirets! donc merci beaucoup!

et... voilà pour ce soir! bonne lecture à tous, pensez à laisser un petit commentaire, pour que je sache votre avis sur ce nouveau chapitre! (en tout cas j'ai bien aimé l'écrire).

allez bisous tout le monde! bye!