- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Andromeda, Steamboat Willie et Xenon.
X : Permissions de minuit
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Septembre 2002 : Fiançailles de Harry et Ginny
Période couverte par le chapitre : 29 juin au 11 juillet 2003
NOTE : constatant que le titre prévu vous avait envoyés vers une fausse piste, je l'ai changé.
Le soir de la victoire de l'équipe d'Angleterre sur le Mali, un espace fut aménagé dans le pavillon de réception pour permettre au ministre de féliciter ses joueurs. Des journalistes couvraient cet évènement, ce qui amena Harry et Ginny à une grande réserve. Leur poignée de main fut à peine plus insistante, mais, pendant l'allocution de Kingsley, ils échangèrent un long regard valant bien des discours, qui ne passa pas inaperçu à en juger par les petits sourires des autres.
Harry discuta avec Olivier Dubois qui lui décrivit tous les moments forts de la rencontre. Au crédit du passionné, il arriva à retracer sept heures de match en moins d'une demi-heure. Harry dut refuser plusieurs fois de répondre aux membres de la presse, les renvoyant à l'entraîneur de l'équipe pour commenter la rencontre qui venait de se dérouler, et à Shacklebolt pour les questions politiques. Trop tôt au goût de Harry, les joueurs furent priés de regagner leur île qui se trouvait à un kilomètre de là. Dans le désordre du départ, Harry et Ginny arrivèrent à se voler un baiser puis la poursuiveuse suivit docilement son équipe.
— Frustrant, commenta Janice.
— Mhm, grogna Harry qui n'avait pas envie d'épiloguer sur le sujet.
— Allez, viens, on va boire un coup.
— On ne l'a pas encore fait ? répondit-il en montrant le buffet à leur disposition bien garni en jus de citrouille pour les sportifs et champagne pour les autres.
— Ça manque de whisky, opposa-t-elle.
— Et tu sais où en trouver ? s'étonna Harry.
— Oui, il y a une Brasserie qui sert les repas quand on n'est pas invités aux officiels et qui propose des boissons fortes.
— Et comment sais-tu ça ?
— J'ai mes propres sources de renseignements, se vanta-t-elle.
Ils commencèrent par raccompagner le ministre à la tente où ils logeaient.
— On peut aller faire un tour ? lui demanda Janice avant de le quitter.
— Vous allez loin ?
— Non, à deux pontons d'ici. Attends, je regarde si nos badges d'appel fonctionnent.
Elle sortit de son col un anneau au bout d'une chaînette et posa sa baguette dessus. La gourmette de Harry se mit à chauffer.
— Impec ! annonça-t-il.
— Tu peux prêter ton badge à Kingsley ? le pria-t-elle.
Harry s'exécuta.
— Bonne promenade, leur souhaita leur ministre.
Janice lui fit un clin d'œil et entraîna Harry. La nuit était tombée et, comme la veille, des lumignons flottant doucement dans le vent jalonnaient le trajet menant au pavillon de réception. La collègue de Harry alluma sa baguette et prit une passerelle qu'ils n'avaient jamais empruntée. Sur la plateforme suivante, elle éleva sa source de lumière pour déchiffrer un panneau indicateur.
— Tiens, tu vois, c'est écrit là.
Ils partirent dans la direction indiquée en prenant soin à l'endroit où ils mettaient les pieds. Le chapiteau où ils se rendaient était un parallélépipède vert qui devait se fondre dans le paysage durant le jour. Les lumières et le brouhaha des discussions les accueillirent à leur entrée. Les Français composaient la majeure partie de l'assistance — des Chasseurs et le personnel de service — mais des étrangers avaient également trouvé le chemin de ce lieu de détente.
Ils commandèrent un Pur Feu au comptoir puis cherchèrent un endroit pour s'installer. Une voix les interpella et ils s'avancèrent vers une table de Chasseurs. Quand il vit Janice répondre à l'invitation de Pierre Belléclair à s'asseoir à ses côtés, Harry se dit que sa collègue ne l'avait pas amené ici uniquement par bonté d'âme. On les félicita poliment pour leur victoire de la journée, et deux Français eurent la gentillesse de faire la conversation à Harry dans sa langue.
Au bout d'une heure et demie, après son troisième verre, Harry décida de rentrer. Il regarda en direction de Janice, mais elle avait disparu, ainsi que son ami. Il prit congé et ressortit. Une fois sur la plateforme, il resta quelques secondes immobile pour habituer ses yeux à l'obscurité. Il perçut des chuchotements sur sa droite et vit deux silhouettes en train de discuter, accoudées à la rambarde qui prévenait des chutes dans les marais. Il reconnut sa collègue en compagnie du Chasseur et se garda bien de les déranger.
Il retrouva sans peine le chemin de sa tente et se coucha. Il n'entendit pas Janice rentrer.
Le match auquel ils assistèrent le lendemain fut beaucoup moins long, mais la fin fut décevante. L'attrapeur du pays de Galles s'inclina devant celui de l'Inde. Gwenog Jones vécu très mal sa défaite et insulta copieusement l'équipe adverse avant de s'en prendre à ses coéquipiers. Les Britanniques espérèrent être les seuls à comprendre l'argot vulgaire qu'elle utilisa.
Lorsqu'elle avait commencé à vitupérer, le ministre avait jeté un regard significatif à ses Aurors. Sans doute craignait-il un débordement, comme quelques années auparavant quand la joueuse avait réussi à introduire sa baguette sur le terrain et avait attaqué la batteuse adverse, une ancienne Harpie qui avait demandé son transfert. Normalement, des mesures étaient prises pour que les spectateurs ne puissent utiliser de magie pendant le match, mais par diplomatie cela ne s'appliquait pas aux loges officielles. Harry et sa collègue se préparèrent donc à intervenir si le besoin s'en faisait sentir.
— Je ne pense pas qu'elle finira un jour arbitre, glissa Harry à Janice.
— Pas après ce qu'elle a dit sur la moralité de celui qui officiait aujourd'hui, convint Janice. Même si on ne comprend pas le gallois, le geste était assez expressif.
Heureusement, le gardien de but et l'autre batteur gallois vinrent parler à l'enragée et ils parvinrent à la convaincre de quitter les lieux.
La petite réception qui suivit fut nettement moins joyeuse que celle de la veille. Les joueurs étaient sous le coup de leur défaite et les encouragements de Kingsley sonnèrent dans le vide. Il eut rapidement pitié d'eux et les laissa partir pour cacher leur déception.
Harry et Janice retournèrent à la brasserie, entraînant cette fois dans leur sillage le reste de leur délégation. Des responsables des sports de diverses nationalités s'y trouvaient déjà et une réunion informelle à propos du prochain tournoi international de Bavboules se tint autour de vins français et de whiskys. Harry retrouva les Chasseurs avec lesquels il avait discuté la veille et, quand ils apprirent que l'Auror séjournerait toute la semaine dans leur pays, ils entreprirent de lui indiquer les endroits de Paris où l'on s'amusait le plus. Harry leur signala en retour quels établissements de l'Allée des Embrumes garantissaient de passer une bonne soirée sans violer trop de lois.
Ce fut une joyeuse procession qui revint vers le pavillon d'accueil. Certains eurent du mal avec les passerelles étroites, mais ils ne perdirent que le secrétaire des Sports bulgare dans une jolie gerbe d'eau. Son service de sécurité le récupéra sans problème. De son côté, Janice avait disparu après avoir fait signe à Harry qu'il pouvait la joindre avec son badge en cas de besoin.
Ils se rendirent tous les jours à Paris la semaine suivante, le ministre français ayant profité de la présence des invités étrangers sur son sol pour organiser un certain nombre de tables rondes internationales. Harry et Janice passèrent beaucoup de temps à faire office de potiches décoratives, ce qui semblait être le prix à payer pour la promenade. Le mercredi soir, avant le repas, Kingsley annonça :
— J'ai obtenu une permission de minuit, ce soir. J'emmène Harry.
Janice, qui avait sans doute d'autres projets, parut satisfaite par ce programme.
— Où va-t-on ? demanda Harry en suivant Shacklebolt vers la plateforme de transplanage.
— Chez des amis, sourit son ministre.
Ils atteignirent le ponton où les sortilèges anti-transplanage étaient levés. Kingsley montra son laissez-passer aux Chasseurs qui gardaient l'endroit et prit le bras de Harry pour l'escorter. Quand celui-ci retrouva son équilibre, il se trouvait devant une porte qu'il reconnut. Kingsley saisit le heurtoir et quelques secondes plus tard, les parents de Fleur les accueillaient dans leur maison.
— Cher Kingsley, Cher Arry, roucoula Madame Delacour. Quel plaisir de vous voir !
Son mari leur serra la main avec conviction et Gabrielle les embrassa sur la joue. Au moment où elle se haussait vers lui, Harry la trouva absolument sublime. Quand elle recula, il lui jeta un regard de reproche, conscient que son élan vers elle n'était pas naturel.
— Gabrielle ! lança Apolline. Excusez-la, vous savez comment sont les jeunes filles de cet âge, justifia-t-elle avec indulgence.
Harry se souvint que Fleur avait aussi tendance à utiliser ses pouvoirs de séduction sans modération lorsqu'il l'avait croisée pour la première fois. Durant le dîner, ils commentèrent les résultats sportifs.
— C'est deumage pour votre équipe galloise, remarqua Monsieur Delacour. Mais vous devez être contents pour l'Angleterre et la petite Ginny.
— Effectivement. La rencontre de dimanche sera sûrement très intéressante. Vous y serez ?
— Oui, nous sommes ravis que nos billets correspondent à la demi-finale France-Angleterre, se réjouit Apolline. Quel deumage que Fleur ne puisse venir. J'ai essayé de la convaincre, je lui aurais cédé ma place, mais elle n'a pas voulu. Elle préfère ne pas s'éloigner de son bébé. Elle ne peut pas se permettre de rester coincée chez nous comme c'est déjà arrivé à cause d'une grève-surprise des portoloins.
— Dimanche prochain risque d'être explosif, chez eux ! remarqua Kingsley.
— Pour parer à toute éventualité, Andromeda a promis de prendre les deux enfants chez elle, précisa Harry.
— Cela me semble sage, commenta le ministre. Vous devez être heureux d'avoir un second petit enfant.
— Oui, c'est une grande joie. Nous avons parlé à Victoire l'autre jour. Vous savez qu'elle répond toute seule à la cheminée quand sa mère n'est pas dans la pièce ? Elle est enchantée d'avoir une petite sœur. Elle lui fait plein de câlins, c'est adorable.
— Je crois que Bill sera là pour la finale avec Charlie, poursuivit Harry.
— Oui, ils doivent dormir ici, car ils n'ont pas trouvé de portoloins pour rentrer le soir même.
Durant le repas, Kingsley évoqua avec les Delacour leurs connaissances communes qui dataient du temps où la famille française s'occupait de garantir un lieu et un moyen de subsistance aux sorciers anglais qui fuyaient le régime de Voldemort. Monsieur Delacour leur apprit que le mouvement français Les Sangs-Purs d'abord, qui s'était fait discret après la chute du tyran anglais, reprenait peu à peu du poil de la bête et cherchait à faire pression auprès du ministère français pour limiter certains postes officiels aux « familles traditionnelles ».
— Enfin, pour le moment, c'est loin d'être l'opinion dominante, tempéra Monsieur Delacour. Nous n'allons pas faire appel à tes services tout de suite, plaisanta-t-il en regardant Harry.
— Ce genre d'idée n'a pas complètement disparu chez nous, fit remarquer Kingsley. Certains étaient bien contents que les Mangemorts fassent le sale boulot à leur place. Je dois régulièrement répondre à des accusations de favoritisme qui, comme par hasard, concernent toujours des postes que j'ai accordés à des sang-mêlés ou issus de Moldus. Enfin, lors de ma fonction de garde du corps du Premier Ministre moldu, j'ai pu constater que ce genre d'idéologie nauséabonde n'est pas propre à notre nature de sorcier.
— Ce n'est pas vraiment une consolation, soupira Madame Delacour.
— Non, mais nous pouvons regarder ce qui a été fait dans les pays moldus où cette tendance est combattue.
— Vous vous inspirez des Moldus pour vous opposer à ceux qui les détestent ? souligna Victor Delacour. Ne vous étonnez pas d'avoir des ennemis tenaces, sourit-il.
— J'ai aussi beaucoup d'amis, rappela Kingsley en regardant Harry.
— Je ferai bien entendu tout mon possible pour vous soutenir, Kingsley, réagit Harry, mais mes capacités en politique sont très limitées.
Le ministre sourit, visiblement non convaincu par la modeste réplique du jeune Auror. Harry préféra laisser tomber. Kingsley changea de conversation en demandant à Gabrielle des nouvelles de ses études. La sœur de Fleur avait encore un an à passer à Beauxbâtons avant d'entrer dans la vie professionnelle. Elle était attirée par une carrière de vétérimage et devait faire un stage auprès d'un soigneur de créatures magiques les deux dernières semaines d'août.
Quand Kingsley et Harry revinrent à leur campement, minuit était passé. Janice n'était pas dans la chambre, ce qui n'étonna pas Harry. Elle avait découché presque une nuit sur deux depuis leur arrivée. Cela ne lui posait aucun problème dans la mesure où elle était toujours présente, fraîche et dispose lorsqu'ils commençaient leur service le matin.
Le jour où l'équipe de Ginny devait affronter la France survint enfin. En pénétrant dans le stade, Harry trouva l'atmosphère plus électrique que pour le quart de finale. De nombreux Anglais avaient fait le déplacement et le faisaient bruyamment savoir. Les Français venus pour soutenir les leurs n'étaient pas en reste et les chants guerriers avaient envahi les lieux bien avant le début de la rencontre. Même les spectacles d'introduction, bien que de grande qualité, n'attirèrent pas l'attention des supporters, trop occupés à brailler contre ceux du pays adverse.
— Il paraît que c'est toujours comme ça quand ces deux pays se rencontrent, expliqua Harry à Janice. Ça date du match de 1902 où les Français ont perdu, avec dix points contre huit cent cinquante. Les Français ont accusé les Anglais d'avoir jeté à toute l'équipe un sort de Confusion. Cela n'a jamais été prouvé et notre fédération a toujours nié.
— En tout cas, ils ont mis le paquet en matière de forces de l'ordre, indiqua Janice d'un ton qui laissa supposer qu'elle en avait discuté avec son ami français.
Quand les équipes entrèrent en piste, le mélange d'acclamations et de sifflements devint assourdissant. Harry scruta les gradins avec ses multiplettes pour voir si aucun spectateur ne brandissait de baguette, malgré les mesures de sécurité qui protégeaient théoriquement les joueurs des sorts émanant du public. Il repéra des figures connues, des Chasseurs qu'il avait croisés à la Brasserie durant la semaine. Par ailleurs, des membres de la police magique étaient répartis tout autour du terrain, face à la foule. Des balais à proximité leur permettaient d'intervenir rapidement si le besoin s'en faisait sentir.
Il reporta son attention vers les Chasseurs qui assuraient la sécurité de la loge officielle. Il nota qu'ils étaient davantage sur le qui-vive que pour la rencontre précédente, et qu'ils scrutaient avec suspicion toute la portion du stade dont ils étaient dans l'angle de tir.
— Des infos sur la façon dont la tribune est protégée ? demanda-t-il à Janice.
— On est dans l'angle mort des places attribuées aux clubs de supporters connus pour leurs débordements, indiqua-t-elle. Les gradins juste en face de nous sont remplis par des invitations données par le ministère français à ses relations et fonctionnaires méritants. Et comme tu peux le constater, les spectateurs les plus proches sont au moins à quarante mètres. Peu de sorts peuvent être lancés avec force et précision d'aussi loin.
— Les armes moldues sont mortelles, même à cette distance.
— Les Chasseurs sont, comme nous, formés à les reconnaître, lui rappela-t-elle.
Harry regarda les deux ministres qui étaient devant lui. Diplomates, ils professaient l'un envers l'autre d'une grande amabilité, comme parfaitement inconscients que leurs ressortissants avaient l'air prêts à s'écharper sous leurs yeux.
Le match commença. Comme celui contre le Mali, il sembla bien parti pour durer. Le trio de poursuiveurs anglais était au mieux de sa forme. Ginny et ses partenaires lançaient action sur action vers les cercles adverses et défendaient comme des lions leurs buts quand ils perdaient la balle. Malheureusement, malgré leur incontestable supériorité, ils marquaient peu, tant Thierry Prévolant, le gardien, était efficace. Si le spectacle était au rendez-vous, les points s'enchaînaient lentement en dépit des efforts fournis de part et d'autre.
Peu à peu, Harry se trouva entièrement absorbé par le match. Il souffrait avec sa fiancée à chaque fois qu'une initiative spectaculaire de sa part se soldait en échec dans les mains magiques du gardien français. Il voyait ses efforts pour surprendre Prévolant, ses feintes, ses voltiges, l'effet qu'elle donnait à la balle pour que sa trajectoire soit moins prévisible, mais rien n'arrivait prendre de court le Français. Quoi qu'elle fasse, le souaffle fonçait dans les gants du goal comme un animal docile. Harry aurait pu croire que la balle était ensorcelée s'il n'avait su discerner l'immense talent du Français.
Au bout d'une heure, les Anglais se découragèrent, tant gagner des points semblait être mission impossible. Fatigués, ils firent des fautes qui entraînèrent des pénalités. Les Français profitèrent de ces occasions pour marquer des buts. Doucement au début, puis de plus en plus vite, le score se confirma en faveur de la France, à la grande joie de ses supporters.
Enfin, le Vif se montra. Les deux attrapeurs foncèrent et se retrouvèrent rapidement botte à botte. Des coups sournois furent échangés de part et d'autre mais, considérant sans doute que les torts étaient partagés, l'arbitre ne siffla pas d'arrêt de jeu. Suite à une manœuvre vicieuse, l'attrapeur anglais fit pratiquement chuter son adversaire de son balai et attrapa la balle dorée.
Outrés, les supporters français huèrent l'action, avant de rugir de joie en réalisant que la fin de la partie se soldait malgré tout par une victoire pour leur pays : les Français avaient dix-sept buts d'avance au moment où le Vif était apparu et ils gagnaient donc de vingt points. Harry regarda Ginny. Comme ses coéquipiers, elle paraissait assommée par cette défaite. Complètement vidée, elle se laissait flotter sur son balai, comme incapable de comprendre que tout était terminé et qu'il était temps de réintégrer les vestiaires.
Sur les gradins britanniques, les mots grossiers fusaient et les gestes se faisaient menaçants. Kingsley et le ministre français se levèrent et se serrèrent ostensiblement la main, chacun félicitant l'autre du talent de ses ressortissants. Shacklebolt dissimulait sa déception sous un sourire poli tandis que son homologue cachait charitablement sa joie. Ils quittèrent ensemble leur loge, entourés par des Chasseurs et des Aurors vigilants.
Harry fut soulagé d'apprendre qu'il n'y avait pas de rencontre prévue entre les joueurs anglais et la délégation britannique. Il avait terriblement envie de voir Ginny et de la réconforter, mais il pensait qu'il était cruel d'obliger l'équipe à faire des mondanités après une telle déception. Dans le pavillon de réception, ils mangèrent silencieusement à la table qui leur avait été attribuée, avant de se retrouver entre eux dans la chambre de Shacklebolt, ne souhaitant pas se trouver mêlés aux autres à la brasserie.
— Pas de changement dans le programme ? demanda le ministre.
— Pas à ma connaissance, répondit Elaine Turpin qui était en charge de l'agenda. Nous rentrons à Londres demain à dix heures du matin et nous reviendrons ici pour assister à la petite finale samedi prochain.
Harry soupira discrètement en prévision de la semaine solitaire qui l'attendait. Pour se donner toutes les chances de récupérer la troisième place, l'équipe de Quidditch resterait en France et il ne reverrait pas Ginny avant la fin de la compétition. Il décida d'insister pour qu'elle prenne de longues vacances après ce marathon. Soudain, il n'en pouvait plus de la vie qu'ils menaient tous les deux depuis six mois.
Janice et lui regagnèrent leurs quartiers. Pendant que Harry se trouvait dans la salle de bains pour se mettre en pyjama, il entendit des voix de l'autre côté de la porte. Il se dépêcha, pensant que le ministre requérait peut-être ses services. Quand il revint dans la chambre, Janice n'y était plus, mais Ginny l'attendait, assise sur son lit.
Il s'installa à côté d'elle et la serra contre lui.
— Comment te sens-tu ?
— Il faut voir le bon côté des choses, répondit-elle. J'ai participé au Championnat du monde de Quidditch et on est allés jusqu'en demi-finale. La dernière fois, l'Angleterre n'avait pas dépassé les huitièmes. Et puis tu es là, cela pourrait être pire.
— Je suis très fier de toi. Tu as très bien joué, vous aviez tout le temps le souaffle. Mais ce fichu gardien était un vrai mur.
— Celui qui prend les choses le plus mal, c'est Olivier. Il a bien dû reconnaître qu'il était nettement surclassé, cette fois-ci. Ça lui fera les pieds, conclut Ginny, redevenant une Harpie.
Harry eut un petit rire.
— Ne sois pas trop dure avec lui. C'est un ami quand il ne joue pas.
— J'essaierai de ne pas l'oublier, promit-elle. Et toi, comment vas-tu ? Dis donc, ce n'est pas grand chez toi !
— Je n'y suis pas beaucoup. Pour dormir, c'est bien suffisant.
— Mais moi je ne suis pas venue pour dormir, assura Ginny.
— Je ne suis pas tout seul ici, rappela Harry.
— Elle est sympa ta collègue, se félicita Ginny. Elle m'a assuré qu'elle ne reviendrait pas avant plusieurs heures. Ça laisse du temps pour voir si ton lit est confortable, non ?
Harry admit que oui.
Ginny repartit vers six heures du matin. Elle sortit discrètement et, moins d'une minute plus tard, Janice arrivait. Les deux femmes avaient dû se croiser dans le couloir. Harry pouvait imaginer le sourire complice qu'elles avaient dû échanger.
De retour en Angleterre, Harry raconta son séjour à ses collègues envieux. Il fit aussi un compte rendu détaillé aux Weasley quand il alla y dîner. Bill vint voir ses parents en fin de soirée, mais Fleur était restée chez elle, attendant sans doute que sa belle-famille ait digéré sa défaite avant de venir y parader. La semaine passa rapidement, d'autant qu'il reprit les entraînements pour la promotion de Demelza. Le vendredi soir, la délégation britannique retourna en France pour soutenir son équipe qui allait tenter de sauver l'honneur et d'obtenir la troisième place.
Alors qu'ils se rendaient du ponton d'arrivée vers leur tente, ils tombèrent sur un groupe dans lequel ils reconnurent les joueurs bulgares qui repartaient vers leurs cantonnements.
Harry rechercha des yeux leur attrapeur. Il croisa son regard et lui adressa un grand sourire. Krum répondit de même et se tourna vers l'appontement : une des deux barques qui devaient rapatrier l'équipe vers son camp de base s'éloignait déjà, tandis que la seconde se remplissait lentement. Le Bulgare chuchota à l'oreille d'un de ses compagnons et revint en arrière pour serrer la main de Harry.
— Comment vas-tu ? s'enquit Harry. Au fait, bravo pour votre qualification en finale.
— Merci. Les Anglais ont bien joué aussi. Transmets mes encouragements à Ginny pour demain.
— Je n'y manquerai pas. Euh, tu vas rater ton bateau, remarqua le jeune Auror en voyant le reste de l'équipe sur le point de quitter l'endroit.
— Si tu as le temps, je prendrai le suivant, proposa Viktor. Mon entraîneur est dans la première barque et ne se rendra pas compte tout de suite de mon absence.
Harry regarda Kingsley qui avait assisté à l'échange. Le ministre sourit :
— On va juste dîner au pavillon de réception et rentrer dormir. Pas besoin d'escorte.
— Tu es déjà allé à La Brasserie ? demanda Harry à son ami.
— Non, qu'est-ce que c'est ?
— Exactement ce qu'il nous faut, répondit Harry en guidant Viktor.
Une fois sur place, ils commandèrent un repas, une bière française pour Harry et un jus de citrouille pour Krum, avant de se trouver une table tranquille qu'ils entourèrent d'une bulle de silence.
— Alors, commença Krum. Que deviens-tu ?
— Je suis Auror. Tu sembles au courant de ma situation sentimentale.
— Tu es très connu chez nous, expliqua Viktor. Je corresponds aussi avec Fleur de temps en temps. Comment va-t-elle ?
— Tu sais sans doute qu'elle a eu un bébé il y a un mois. La dernière fois que je l'ai vue, elle était en pleine forme et la petite Dominique également. Quant à Victoire, c'est une adorable fillette. Et toi, quoi de neuf ?
— Je me suis marié il y a un an. Nous espérons, ma femme et moi, fonder une famille au plus vite.
— Félicitations, s'exclama Harry. Je suis heureux pour toi.
— Nous en avons fait du chemin depuis le tournoi des Trois sorciers, commenta Viktor.
— C'est vrai, répondit Harry en pensant cependant à celui dont le voyage s'était prématurément arrêté cette année-là.
Krum dut avoir la même pensée, car il s'assombrit et dit :
— Vu ce qui s'est passé à la fin, on peut s'estimer heureux d'en être arrivés là. Quoiqu'en ce qui te concerne, ce n'est pas uniquement de la chance.
Viktor dut sentir que Harry n'avait pas envie de s'étendre sur le sujet, car il demanda :
— Et tes amis, ils vont bien ?
— Ron et Hermione ? Ils se sont mariés il y a un an et demi. Ron travaille avec son frère dans leur magasin de farces et attrapes. Hermione est au ministère et fait son possible pour améliorer le sort des créatures magiques.
— Ça a toujours été important pour elle, commenta Krum.
— Pour ça, elle ne change pas, confirma Harry.
— Et toi, tu joues encore au Quidditch ? s'enquit Viktor.
— Dans l'équipe des Aurors pour le tournoi du ministère, indiqua Harry. Depuis cette année, je suis poursuiveur, histoire de varier un peu.
— J'aurais bien fait un duel d'attrapeur avec toi.
— Je suis loin d'avoir le niveau professionnel, opposa modestement Harry. Même Ginny qui n'est pas habituée à ce poste est meilleure que moi. Dis, ça t'ennuierait de signer un autographe pour un de mes amis ? C'est lui l'attrapeur de notre équipe et je sais qu'il a beaucoup étudié ton jeu.
— Si ça peut te faire plaisir, accepta Viktor avec simplicité.
Harry trouva un morceau de parchemin dans sa poche et le Bulgare rédigea une dédicace pour Owen.
— Ton épouse joue au Quidditch ? demanda Harry.
— Oh, non. Le sport ne l'intéresse pas tellement. C'est sans doute pour cela qu'elle m'intéresse, ajouta le joueur avec un petit sourire.
— Je comprends parfaitement, lui assura Harry. Mais comment l'as-tu rencontrée ?
— Elle avait été engagée par un journaliste italien qui voulait m'interviewer. Elle est traductrice. Elle est ici d'ailleurs, avec la délégation bulgare, pour permettre à notre ministre de communiquer avec les autres officiels.
Harry tenta de se souvenir qui faisait les traductions pour le ministre de bulgare.
— Cette jolie brune aux yeux verts ? Tu as de la chance ! Tu as pu la voir un peu ? s'enquit-il.
— Pas beaucoup, tempéra Viktor. Nous sommes très occupés tous les deux. Je crois qu'elle attend avec impatience la fin de ce tournoi.
— Moi aussi, à vrai dire, avoua Harry. J'ai l'impression de n'avoir fait que croiser Ginny ces derniers mois. Je suis très fier d'elle, précisa-t-il, mais j'aimerais qu'elle rentre plus souvent à la maison.
— Ginny va continuer ?
— On va sans doute en rediscuter après le mariage. Je sais qu'elle veut des enfants. Je trouve normal qu'elle profite de sa carrière avant de devoir laisser définitivement tomber.
— Chez nous les filles se marient tôt et c'est mal vu qu'elles travaillent après, surtout dans le sport, révéla Krum. On a très peu de joueuses. Des équipes totalement féminines comme les Harpies de Holyhead ou les Sorcières de Salem sont inimaginables chez nous.
— Chacun ses coutumes, dit diplomatiquement Harry. Les femmes qui ne restent pas à la maison ne font pas l'unanimité, chez nous non plus. Hermione t'en parlerait mieux que moi. En tout cas, ton épouse travaille encore.
— Yordanka arrêtera quand notre premier bébé arrivera, indiqua Krum.
Il demanda ensuite à Harry des précisions sur les Weasley et Harry lui en fit une chronique détaillée. Puis ce fut le tour du Bulgare de raconter des anecdotes sur sa famille et son épouse. Ils étaient heureux d'avoir pour une fois l'occasion de mieux se connaître.
Au bout de trois heures de discussion, Viktor dit :
— Ce que je trouve extraordinaire chez toi, c'est que tu n'as pas changé tant que ça.
— J'espère que j'ai un peu grandi quand même, protesta Harry. J'avais quatorze ans quand tu es venu pour le tournoi.
— Ce que je veux dire, c'est que quand on pense à ce que tu as vécu… tu as su rester, euh… joyeux.
— Oh, ça ! comprit enfin Harry. Cela fait cinq ans que tout est rentré dans l'ordre, maintenant. Je fais un métier qui me plaît, je partage la vie de la femme que j'aime, j'ai une famille, des amis… Je n'ai aucune raison d'aller mal.
— Justement, j'en connais qui ont vécu moins de choses que toi et qui sont incapables de profiter de la vie. Ils n'arrivent tout simplement pas à être heureux.
Harry réfléchit à la question et dit lentement :
— Je pense que je le dois à Dumbledore. Il m'a appris à lutter avec amour et non avec haine.
— On peut se battre avec amour ? s'étonna Krum.
— Plus exactement, on le fait par amour, cela permet de rester humain. Du début à la fin j'ai été soutenu, on m'a fait confiance, on m'a aidé. C'est pour les autres que j'ai accompli tout ça. J'ai fait des choses dont je ne suis pas fier, bien sûr, mais je voulais davantage améliorer la vie des miens que détruire celle de Voldemort. Cela m'a sans doute préservé.
Viktor hocha doucement la tête.
— Cela explique que tu sois resté si serein.
Harry sourit un peu embarrassé avant de faire remarquer :
— Dis donc, tu parles drôlement bien l'anglais, maintenant.
— C'est Yordanka qui me fait pratiquer. Elle pense que c'est utile. Elle voudrait que notre bébé connaisse au moins les deux langues.
— Ce n'est pas une mauvaise idée, considéra Harry. Fleur fait pareil pour Victoire.
Krum regarda sa montre :
— Déjà onze heures ! Il faut vraiment que j'y aille, j'ai un match à gagner dans deux jours.
— Tu n'auras pas d'ennuis ?
— J'espère que mon camarade de chambre a signé le registre pour moi, sinon je vais me faire tirer les oreilles. Mais je suis content de ma soirée.
— Moi aussi. Au fait, tu sais comment rentrer ?
— Je trouverai bien.
— Attends, je vais t'arranger ça.
Du coin de l'œil, Harry avait vu Janice arriver puis repartir avec Pierre Belléclair une heure auparavant. Mais il restait les deux Chasseurs avec qui il avait discuté à plusieurs reprises durant la semaine. Il entraîna Krum jusqu'à eux.
— Bonjour. Vous pourriez aider mon ami à retourner au campement des joueurs bulgares ?
— Pas de problème, répondit un des Français. S'il me signe un autographe, je le mène à bon port.
— Ça marche, accepta Viktor.
Harry remercia et les accompagna jusqu'à l'embarcadère réservé aux Chasseurs. Ils se serrèrent la main, conscients qu'ils devaient se coucher pour remplir leurs obligations du lendemain, mais répugnant à mettre fin à cet épisode chaleureux.
— J'espère qu'on aura d'autres occasions de se voir, souhaita Harry. La maison est grande chez moi. Si ton épouse veut parfaire son anglais sur le Chemin de Traverse, on a de quoi vous loger. N'hésite pas, ça nous fera plaisir.
Viktor lui sourit et sauta dans la barque à côté de son chauffeur. Alors qu'ils s'éloignaient, Harry mit ses mains en porte-voix et cria :
— Si tu viens me voir en Angleterre, on le fera ce duel d'attrapeur !
ooOoo
07/03/2009 :
Note : le terme de Chasseur pour les Aurors français vient de la série Le Corbeau, potterfiction écrite par snakeBZH, que je vous invite à lire
(/s/4950721/1/Le_Corbeau_Livre_I_Le_Grimoire_de_Malchauzen).
Chat avec J.K. Rowling, 30 juillet 2007
o Bien sûr [que Krum a trouvé l'amour], mais il a dû retourner en Bulgarie pour ça.
Les matchs de coupe du monde (en gras le gagnant de la rencontre) :
Quarts de finale :
— Angleterre / Mali
— France / Chili
— Pays de Galles / Inde
— Irlande / Bulgarie
Demi-finales :
— Angleterre / France
— Inde / Bulgarie
Petite finale : (pas encore jouée)
— Angleterre / Inde
Finale : (pas encore jouée)
— France / Bulgarie
Rendez-vous dans une semaine pour Liste de mariage
Coup de coeur (lecture) : Je vous recommande vivement la lecture de la série Le Monde des livres de Jasper FForde qui commence par L'Affaire Jane Eyre.
Présentation de l'éditeur : Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu'une brigade spéciale a dû être créée pour s'occuper d'affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l'origine des plus folles inventions, on a parfois envie d'un peu plus d'aventure. Alors, lorsque Jane Eyre, l'héroïne du livre fétiche de Thursday, est kidnappée par Achéron Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de Charlotte Brontë d'une fin certaine... " Au croisement du roman policier et de l'uchronie déjantée, Jasper Fforde signe un ouvrage jubilatoire.
I ce jour 5 romans écrits et traduits (la première série de 4 et le premier de la série suivante). Si vous voulez rencontrer Mr Rochester, le chat du Cheshire, Hamlet ou la Reine de Coeur, plongez dans ce roman !
ooOoo
