Non, ce n'est pas une blague !
J'ai eu un étonnant sursaut d'inspiration et d'envie d'écrire, alors j'ai pondu ce chapitre en trois jours o ais bon, vous attendez pas non plus à ce que ça devienne une habitude :p
On va dire que c'est une excuse pour l'énorme retard de mes précédents chapitres !
Chapitre 85 :
La troisième semaine de cours commençait déjà. Adam enfila sa robe de sorcier, attrapa son sac et quitta le dortoir, suivi par la silhouette fantomatique du jeune, mais néanmoins très ancien, Léopold Gryffondor. Le sorcier descendit dans la salle commune et, voyant qu'il lui restait du temps avant son cours d'Etude des Runes, s'approcha d'une des grandes fenêtres qui donnaient sur le domaine du château. Septembre avançait, l'automne serait bientôt là.
-C'est calme, murmura-t-il en parcourant le parc des yeux.
-C'est comme ça la plupart du temps, répondit Léo.
-Chez les moldus, on appelle ça « Le calme avant la tempête ».
..o)-!-(o..
Le prophète essuya la sueur qui perlait sur son front et ferma les yeux à nouveau, essayant de se concentrer un maximum. C'était sa dernière chance, il ne devait pas échouer. Allez, oracle, regarde-moi ! Cherche-moi ! Trouve-moi ! Sauve le messager ! Sauve-les tous !
Sauve-moi !
Olivier était encore à son poste, comme la veille. Il avait d'ailleurs terminé son bouquin et était à la moitié du second, une énorme brique qui semblait le passionner. Nicolas l'observait depuis sa chambre, tentant de comprendre pour quelle raison ce sorcier si prétentieux et arrogant avait décidé d'accepter la proposition de la directrice et, surtout, pour quelle raison il y mettait tant d'ardeur.
L'oracle était remonté dans la vie de l'ex-champion, depuis son enfance heureuse jusqu'à son entrée à Beauxbâtons. C'était une opération très difficile à effectuer, car il devait, pour chaque moment passé, fouiller dans une multitude de vies pour trouver celle d'Olivier Génerelle. De cet Olivier Génerelle.
Regarde-moi !
Nicolas sursauta et se retourna, abasourdi. Qu'est-ce que… c'était ?
Cherche-moi !
Le jeune garçon porta la main à son front en grimaçant.
Trouve-moi !
Quelque chose… forçait son pouvoir…
Sauve le messager !
L'oracle écarquilla les yeux. Le messager ? A qui appartenait cette voix ?… non, ce n'était pas juste une voix, c'était un fait, un fait réel parmi les milliards qui se passaient en même temps dans ce monde. Mais pourquoi celui-là…
Sauve-les tous !
Pourquoi ces moments précis prenaient-ils autant de place dans son esprit ? C'était comme s'ils l'agressaient, imposaient leur présence dans ses visions. Nicolas résista quelques secondes puis, épuisé et intrigué, céda et plongea dans ce qui appartenait désormais à un passé proche.
Vois-moi !
Nicolas évoluait à présent dans un… monde ? Non, ce n'était pas réel, ni même imaginaire. Cela n'existait même pas. L'oracle tourna sur lui-même, où sur ce qui servait de support à sa conscience dans ce non-endroit.
… !
Tout. Tout ce qui était en train d'arriver. Il voyait tout, là, maintenant, devant lui. Il voyait le soleil se coucher et se lever simultanément. Il sentait la parfum des fleurs et celui de la mort. Il entendait les plus douces mélodies et les plus affreux des hurlements. Il était cette femme qui priait dans une sombre église. Il était cet homme prêt à se jeter du haut d'un building. Il était ce vieillard à l'article de la mort, cet enfant qui venait de naître. Il était ce premier amour, et celui qui l'aimait. Mais plus encore, il voyait d'immenses étendues neigeuses défiler sous ses ailes, l'obscurité des abysses éclairée par la lueur d'un prédateur astucieux…
Nicolas naquis, mourut. Plusieurs fois.
Le jeune garçon se sentit avalé par ces innombrables spectacles, ces innombrables vies qui semblaient être les siennes. Son esprit commença à se disloquer, tiraillé entre autant de possibilités, agressé par chaque nouveau moment présent.
Vois-moi !
Non ! J'ai tant de vies à vivre, tant d'êtres à être !
Trouve-moi !
Encore ce moment présent, qui l'attirait à lui plus que les autres. L'oracle résista, désespéré, mais finit par céder. Une fois de plus.
-Qui êtes… vous ?
Le prophète baissa les yeux sur la silhouette enfantine qui se tenait devant lui. Ca avait… marché ? C'était ça, l'oracle ? un gosse ?
-Qui êtes-vous ? répéta l'enfant.
-Je…
Le petit homme regarda autour de lui. Où était-il ? Dans son esprit ? Dans un rêve ? Il faisait noir, mais il voyait son interlocuteur comme s'il était en plein jour.
-J'ai vu tant de choses, soupira l'oracle. Mais vous m'en avez arraché… après m'y avoir emmené. Que voulez-vous ?
-Vous aider ! s'écria le prophète.
-M'aider ?
L'Américain prit son courage à deux mains.
-Je travaille pour vos ennemis ! Ils… m'ont obligé à leur révéler vos prophéties et ceux qui les détiennent ! J'ai essayé d'en cacher certaines, et je ne pouvais de toute manière pas toutes les trouver… mais depuis ce qui arrivé à la petite fille…
L'oracle écarquilla les yeux.
-Carey…
-Oui, c'était son nom ! J'ai essayé de ne pas le faire, je vous jure ! Mais ils m'ont torturé et…
-Je ne pensais pas… que ce futur se réaliserait.
-…pensais que… quoi ?
Nicolas regarda le misérable prophète qui lui faisait face. C'était donc lui, parmi tous les voyants existants, qui était la cause de ces malheurs ? Un être aussi insignifiant était intervenu dans les différentes prophéties, jusqu'à conduire Carey à la mort ?
Mais était-ce accidentel ? Le destin n'avait-il pas toujours prévu que cet homme se mette en travers de son chemin ? Certaines prophéties n'avaient-elles pas été faites pour le combattre, justement ? Au vu de leur ambigüité, c'était bien possible. Carey devait-elle mourir comme ça ? Stephen devait-il disparaître ? La guerre devait-elle avoir lieu ? Cet homme était-il… son allié ?
Il existait une possibilité que tout cela se réalise, Nicolas le savait. Il la connaissait, tout comme les innombrables futurs qui en découleraient. Ainsi, la Relève des Ténèbres perdait un pion. Non, elle en perdait trois.
-Très bien, décida-t-il. Travaillons ensemble. Mais pas maintenant. Vous vous êtes évanoui, vos geôliers ne vont pas tarder à venir vous réveille… à moins qu'ils ne vous tuent dans votre sommeil, ou ne décident de vous libérer. Quelques pions en moins, cela leur ferait les pieds !
-Je…
L'oracle sourit, avenant.
-Nous n'aurons plus besoin de nous parler. Je sais qui vous êtes exactement, à présent. Je surveillerai votre vie. Montrez-moi juste ce que vous savez, en l'écrivant ou en le prononçant, même à voix basse, je le saurai.
-Mais… vous savez tout !
Nicolas fronça les sourcils.
-Certaines choses me restent voilées. Vous semblez capable de localiser Stephen, contrairement à moi. Quand vous l'aurez trouvé, beaucoup de choses deviendront plus faciles. A bientôt.
-Non, attend…
L'oracle secoua la tête et disparut. Lorsqu'il réintégra son corps, quatre-vingt cinq secondes s'étaient écoulées. Le jeune garçon s'assit sur son lit en soupirant. Les choses allaient-elles s'arranger ? Il était loin d'en être sûr. Stephen pouvait être retrouvé, à présent, mais qu'en était-il des prophéties ? Les avait-il toujours ? N'était-il pas trop tard pour certains de leurs propriétaires ? Beaucoup de temps avait passé depuis sa disparition. Beaucoup trop.
Nicolas se leva et s'approcha de la fenêtre. Le prétentieux Olivier Génerelle montait toujours le garde. Aurait-il un rôle à jouer dans cette histoire ? Tout était possible…
..o)-!-(o..
Stephen faisait les cent pas, en proie à une multitude d'émotions aussi diverses que variées. Enfin… il ne faisait pas réellement les cent pas, son corps était encore trop faible pour ça. Il était juste confortablement installé dans son lit et se tournait les pouces.
Sept mois. Sept longs mois. D'après ce crétin, il était resté dans un état proche du végétatif, mais avait passé son temps à écrire toutes ces prophéties qui embrouillaient son esprit. Pourquoi ne se souvenait-il de rien ? Et pourquoi avait-il repris conscience en transférant le juge dans la tête de cet imbécile mal fagoté ? Il n'arrivait as à l'expliquer. Il n'arrivait à rien expliquer.
-Stephen ?
Le jeune homme sortit de ses pensées, surpris. Une fille entra dans sa chambre, visiblement mal à l'aise. Elle avait quelque chose qui lui était familier… mais quoi ?
-C'est Emilie, sourit-elle en voyant son air perplexe. Tu te souviens ?
Ah, oui. Cette cruche.
-Bien sûr, répondit-il en souriant platement.
Il y eut un silence, gêné d'un côté et désintéressé de l'autre. Le sorcier observa son interlocutrice, étonné de son malaise. Puis il se rappela ce qu'elle avait vu et entendu. Et elle aussi, apparemment.
-Je… commença-t-il.
-Il faut que je sache ! le coupa Emilie. Je… qui es-tu, Stephen ?
-…Un sorcier.
La jeune femme hocha la tête, comme s'il venait de confirmer ce qu'elle avait déjà deviné.
-Et que s'est-il passé, dans l'avion ? Comment nous en sommes-nous tirés ?
-J'ai transplané…
Stephen baissa la tête. Les visages de ses agresseurs lui revinrent en mémoire. Ils avaient tué l'hôtesse de l'air, menacé de tuer tous les voyageurs, puis Emilie... et il avait transplané. Et ils auraient dû se noyer ! Comment avaient-ils pu survivre, inconscients, au beau milieu de l'Atlantique ?
-Tu veux dire… qu'on s'est téléporté ? hasarda la jeune femme.
-Dans un sens, oui… je nous ai fait sortir de l'avion. Mais après… je ne sais plus.
Emilie détourna les yeux.
-L'avion a eu un « accident », lui révéla-t-elle. Nous sommes les deux seuls survivants. Désolée.
Le messager blêmit, réprima la nausée qui montait en lui et ferma les yeux. C'était sa faute. Tous ces gens étaient morts parce qu'il était dans l'avion. Il les avait tous tué. Tous. Plusieurs centaines, hommes, femmes et enfants, morts noyés ou assassinés par ces tarés de mages noirs. Et tout ça à cause de lui.
-Je suis… un monstre, murmura-t-il en enfouissant son visage entre ses genoux.
Sa visiteuse ne répondit rien, se contentant de baisser tristement la tête. Le pensait-elle également ?
C'était une belle journée. Vraiment très belle. Eden mit un peu d'ordre dans ses cheveux, grimaçant en voyant les racines noires de ses mèches blanches. Il allait bientôt devoir se refaire une décoloration. En attendant, il arrangea le tout avec du gel et descendit au rez-de-chaussée. Irène était déjà partie travailler, vu l'heure, mais lui avait quand même préparé un bon petit-déjeuner. Le jeune homme mangea joyeusement, regardant le ciel par la fenêtre de la cuisine.
Le juge, hein ?
Pourquoi n'avait-il pas pensé à ça ?
Ces mages noirs l'avaient déjà retrouvé une fois, c'était évident qu'ils n'auraient aucun mal à mettre la main sur lui à nouveau ! Pourquoi avait-il décidé de prendre le moyen de transport le moins cher, alors qu'il aurait pu utiliser les relais de cheminée en déboursant plus d'argent ? Il était stupide, égoïste. Il n'avait pas pensé à la sécurité des autres voyageurs, juste à sa destination. La mort toujours sur ses talons. Il avait peut-être mal compris ce passage, peut-être qu'il était destiné à semer les germes de la mort partout où il passait ?
Le cœur de Stephen se serra. Cela voulait-il dire…? Les visages de Ted, Lexandre et des autres membres de l'Ordre du Phénix apparurent devant lui. Etaient-ils morts, eux aussi ? Et ces gosses à qui il avait donné leur prophétie ? Et le couple du Chemin de Traverse ? Et…
…Thomas ?
-Non, geignit-il. Non, je ne peux pas le croire…
Eden sortit de chez lui en sifflotant, mains dans les poches et tête en l'air. Quelques voisins occupés dans leur jardin ou dans la rue se tournèrent vers lui, mais aucun ne le salua. Le jeune homme marcha jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche et s'adossa à un panneau publicitaire en attendant le véhicule. Les évènements de la veille lui revinrent en mémoire. Stephen, le pseudo-autiste, était redevenu lucide et s'avérait être un sorcier britannique porteur d'une séries de prophéties au sujet d'une future guerre entre mages.
Un pur film fantastique, quoi. Le seul problème, c'est qu'il était devenu malgré lui un des acteurs principaux. Le juge de par lui-même, jamais ne se fourvoie. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Que parce qu'il est le juge, il ne se trompe jamais ? Ses paroles sont d'or, son silence abyssal. C'était flatteur, mais complètement insensé. Il n'avait pas toujours raison. Souvent, oui, mais pas toujours, et il sortait pas mal de trucs stupides aussi. Selon ses ren…
La sonnerie de son téléphone le sortit de sa rêverie. Eden soupira et décrocha.
-Quoi ?
« Ed ? C'est Olivia. Tout va bien ? »
-…Bah, oui, pourquoi ?
« Je sais pas, moi… Peut-être parce qu'on est lundi, qu'il est presque onze heures et que tu n'es pas venu en cours ! »
-Le lycée ? Han, j'avais oublié !
« Tu as oublié de venir au lycée ? Te fous pas de moi, Ed ! En plus, Emilie est pas là non plus…»
-Normal, il s'est passé plein de trucs ce weekend, tu me croiras jamais !
« Comment ça ? »
-Eh bien voilà : samedi, je suis allé à l'hosto pour ma thérapie, avec le Doc, tu sais ? Enfin, en allant vers l'ascenseur…
Stephen inspira profondément et remit de l'ordre dans ses idées. Il ne devait pas se laisser aller, c'était loin d'être dans ses habitudes. Il devait… aller de l'avant, accomplir sa putain de prophétie. Ensuite, il pourrait pleurer et s'en vouloir. Mais par où commencer ? l'Amérique était si vaste… comment trouver les quelques personnes à qui il devait confier une prophétie ?
-Il faut que je parle à ce crétin, dit-il tout haut.
Emilie sursauta et se tourna vers lui.
-Qui ça ?
-Le juge. Un garçon bizarre, habillé en noir et blanc. Ses cheveux aussi sont de ces deux couleurs, tiens, c'est… juste bizarre.
-Eden ? s'écria la jeune femme.
« …abruti ! »
-Comme tu es cruelle, Livy, soupira Eden.
« Et après, que s'est-il passé ? »
-Tu veux vraiment savoir ? La pause déjeuner est presque terminée.
« Je comptais sécher le cours de sport de toute manière. »
-Bonne idée ! Alors… ensuite, Stephen a commencé à m'expliquer cette histoire de prophéties, et qu'il devait en distribuer à plein de gens, et blablabla… J'ai un peu décroché, à vrai dire. Bref, il m'a demandé de l'aider à sortir de l'hosto.
« Ed, t'es sûr que c'est pas juste un malade mental ? »
-J'ai entendu le truc dans ma tête ! Et je l'entends encore, d'ailleurs. C'est assez désagréable, mais on s'y fait vite.
« C'est quand même un peu gros, non ? »
-Pas tellement… personne ne sait pourquoi l'avion s'est crashé, ni comment Emilie et lui ont pu survivre pendant deux semaines avant qu'on les retrouve. Si la magie intervient là-dedans, c'est tout de suite plus plausible.
« Mais quand même… de la magie… »
-Je te demande pas d'y croire, Livy. J'y crois, et ça me suffit.
« Comme toujours… »
Stephen haussa les épaules.
-Je connais pas son nom, mais j'imagine qu'il ne passe pas inaperçu… Tu peux l'appeler pour moi ?
-Je n'ai pas son numéro, soupira Emilie.
-Ca, je peux le comprendre. En tout cas, il a promis qu'il m'aiderait à quitter cet asile de fous.
La jeune femme écarquilla les yeux.
-Quoi ?
-Me regarde pas comme ça ! Je vais mieux, j'ai plus rien à faire ici. En plus, j'ai une mission à accomplir.
-Une mission ?
-Mieux vaut que tu ne sois pas au courant…
-Et Ed l'est, lui ?
-Un peu, mais uniquement parce que ça le concerne.
-Et moi, ça ne me concerne pas ?
Emilie avait crié, surprenant son interlocuteur. Le messager haussa les sourcils, intrigué par son comportement. Elle avait l'air sur le point de fondre en larme mais, en même temps, très en colère.
-J'ai passé des mois à me battre pour toi, sanglota-t-elle. Je m'inquiétais tout le temps ! J'avais peur que ces monstres reviennent pour toi, mais je ne pouvais rien faire. Je suis resté des heures à attendre au consulat pour découvrir qui tu étais, en espérant à chaque fois avoir de bonnes nouvelles…
Stephen se mordit les lèvres, hésitant. Il ne savait vraiment pas comment s'y prendre avec les gens, et encore moins avec les filles ! Que devait-il faire ? La prendre dans ses bras ? Non, sûrement pas. Lui dire quelque chose ? Oui, mais quoi ? Oh, c'était tellement compliqué…
-Merci, dit-il finalement, à court d'idées. Mais c'est fini, maintenant, tu ne dois plus t'occuper de moi. De toute manière, tu n'aurais jamais rien appris par les voix officielles moldues.
-Comment ça ? demanda la jeune femme d'une petite voix en reniflant.
-Eh bien… En tant que sorcier, je n'existe pas sur les registres des moldus… des gens non-sorciers.
-J'ai fait tout ça… pour rien.
-Qui sait ?
Emilie sourit tristement et s'apprêta à répondre, lorsque la porte s'ouvrit en grand, frappant violemment le mur de la chambre.
-Le grand Ed est dans la place ! Ah, tiens, Emilie, je savais pas que t'étais là… J'imagine que le boss t'as tout raconté. C'est pas trop cool, son histoire ? En plus j'ai un des rôles principaux, c'est génial !
Grand blanc.
-C'est affligeant, marmonna Stephen.
-Il est déchainé, s'étonna Emilie.
-Bon, Boss, sourit Eden, on y va ?
..o)-!-(o..
L'homme… non, la femme… ou la vieille femme ? Ouais, c'est la vieille. Euh… protège… protégeait un… quelque chose… pour le… futur ? Surement pas le passé, en tout cas, et c'est certainement un mot désignant une période. Et l'autre, juste avant, ce serait pas « parchemin » ? Y avait pas de livres, à l'époque, et il y a la racine du mot « écrire » dedans. On protège pas une plume ou de l'encre, ça doit être un truc écrit.
Adam résista à l'envie qui le prit de se frapper la tête contre son bureau et se tourna pitoyablement vers son ami avec un regard de chien battu.
-Vincent, tu m'aides ?
-Deux secondes, j'ai presque fini.
-Quoi, déjà ?
-J'ai presque fini le paragraphe, pas le texte.
-Je me disais aussi.
Le né-moldu s'accouda sur son banc, observant la classe presque silencieuse. Leur professeur d'Etude des Runes lisait un bouquin pendant qu'ils traduisaient un long texte runique, et ce depuis plus d'une heure. Il était arrivé à la moitié, alors que Vincent en était déjà aux trois-quarts.
-Voilà, soupira le sang-pur. Fais voir ce qui te bloque.
-Ces deux mots-là, lui montra Adam. Celui-là c'est parchemin ou pas ? Et l'autre, c'est un truc genre futur ?
Vincent regarda sa propre traduction.
-Le premier, c'est « testament » et le second « descendants ». C'était dans la liste de vocabulaire à apprendre pour aujourd'hui !
-J'ai pas eu le temps de tout retenir, se défendit le bouclier. Merci quand même.
-De rien.
Le né-moldu retourna à son texte runique, découragé. Il commençait à en avoir sérieusement marre…
Le tunnel était sombre, parsemé de lueurs orangées défilant à une vitesse incroyable. Thomas, habitué au spectacle, réfléchissait à la façon dont il dénicherait l'agaçant Harry Potter. Il n'avait pas mis les pieds au ministère depuis si longtemps… et n'eut pas le temps d'approfondir ses pensées. Il déboucha dans le hall d'entrée lumineux de ses souvenirs, toujours aussi clair et bondé. Des dizaines d'employés ou de visiteurs entraient et sortais par les cheminés, les ascenseurs et les portes latérales, marchant sur un sol dallé de marbre, mais aussi parcouru d'étranges lignes de toutes les couleurs et allant dans tous les sens. Un des bouts de l'énorme salle était occupé par le guichet de la réception et les ascenseurs venant de la surface, l'autre par une statue dorée mutilée et cabossée, représentant différentes races intelligentes. Le Serdaigle savait, pour l'avoir déjà examinée, qu'un panneau expliquait en long, en large et en travers qu'elle avait été la victime d'une impressionnante bataille qui avait opposé le Ministre de la magie et les Aurors au Seigneur des Ténèbres et ses Mangemorts, pendant la guerre.
-C'est plus grand que ce à quoi je m'attendais !
Thomas se tourna vers Senneri, enfin arrivé.
-On fait quoi, maintenant ? demanda l'Atlante.
-On va au bureau des Aurors.
-Tu sais où c'est ?
-Pas du tout ! Mais je crois qu'il y a un plan quelque part…
Le Britannique parcourut le hall des yeux et repéra ce qu'il cherchait A quelques mètres de la réception s'élevait une réplique miniature de l'intérieur du ministère. Les deux champions s'en approchèrent et cherchèrent leur destination parmi la multitude de noms qui flottaient dans les airs. Thomas toucha celui qui l'intéressait du bout de sa baguette et, une seconde plus tard, un trait rouge lumineux indiqua l'itinéraire à suivre sur le plan…
…Et sur le sol.
-Impressionnant ! s'étonna Senneri en baissant les yeux. C'est donc à ça que servent toutes ces lignes…
-Ce n'était pas là la dernière fois que je suis venu, fit remarquer le Serdaigle. Au moins, on ne risque pas de se perdre.
Il partit vers les ascenseurs, suivi par son ami. Leur ligne directrice se divisait, allant vers chaque ascenseur. Ils montèrent dans l'un d'entre eux et virent que le trait montait sur le mur jusqu'au bouton de l'étage souhaité.
-Vraiment pratique, s'enthousiasma l'Atlante.
-C'est une idée du nouveau Ministre, expliqua un homme à côté d'eux.
Plutôt grand, il était affublé d'un chapeau melon et d'une longue cape verte, et sa moustache frétillait à chacune de ses paroles.
-C'est rare de voir un Atlante ici, poursuivit-il.
-Comment…?
-Votre visage est assez connu, Monsieur Silis.
-Bien entendu, soupira l'intéressé.
-C'est le revers de la gloire, railla Thomas.
-Le votre ne passe pas non plus inaperçu, Monsieur Winchester.
-…Evidemment.
-Pourtant, personne n'a vraiment fait attention à nous jusqu'ici, s'étonna Senneri.
-Ces temps-ci, les gens sont plutôt occupés, expliqua l'homme. Avec les rumeurs qui se propagent dans le pays et les faits qui ensanglantent l'Amérique… nous avons beaucoup à faire.
-Toutes ces histoires sont si importantes pour le ministère ? s'étonna Thomas.
-Vous n'imaginez pas le nombre d'appels que reçoit cette institution en une journée !
-Vous avez le droit de nous dire tout ça ? s'inquiéta Senneri.
-Pourquoi ne l'aurais-je pas ? Le ministère ne devrait rien avoir à cacher… ah, c'est mon étage. A plus tard, les jeunes !
L'étrange homme au chapeau melon sortit de l'ascenseur, agita la main en souriant largement puis partit dans le couloir sans se retourner.
Le professeur Galdrar s'assit sur son bureau et croisa les jambes. Il affichait un sourire… carnassier.
-J'ai eu une petite idée, la nuit dernière, dit-il en jouant avec sa baguette. Un petit exercice pratique assez original. Vous savez… on vous demande depuis des années d'apprendre des sortilèges présents dans vos manuels. Moi, je vais vous demander d'en apprendre par vous-même. La seule condition, c'est qu'il ne soit présent dans aucun de vos manuels.
Un concert d'effarement salua cette déclaration.
-Un sort, par nous-même ? répéta Vincent.
-Encore du travail ? gémit Adam.
-Ca a l'air trop cool ! s'écria Sally.
-Je rejoins Adam, soupira Zack. On a assez de boulot comme ça…
-Tu travailles, toi ? ironisa la Gryffondor ?
-B… bien sûr !
-Un peu de calme ! fit le Balafré pour couvrir le bruit. Cet exercice ne sera pas noté, je veux juste que puissiez apprendre par vous-même quand il le faut. Mais ce n'est pas une raison pour le bâcler.
-Quand je pense qu'on est en septembre, geignit le né-moldu.
Thomas frappa à la porte pour s'annoncer et entra. Surpris, il constata que le bureau des Aurors était… banal. Il ressemblait à n'importe quel entreprise, avec ses employés, ses dossiers, et tout ce qui va avec. Un grand homme noir, assez vieux, leva les yeux du dossier qu'il consultait et haussa un sourcil en les reconnaissant.
-Allons bon, qu'est-ce que viennent faire ici les finalistes du Tournoi des Trois Sorciers ?
-Est-ce que Harry Potter est ici ? demanda le Serdaigle.
-Au fond à gauche.
-Merci.
Les deux jeunes sorciers avancèrent dans la longue pièce. Chaque bureau était séparé des autres par des étagères remplies de livres, qui traînaient également au sol ou dans les airs. Les hommes et femmes présents les regardèrent avec intérêt sans pour autant se détourner de leur travail. Certains d'entre eux étaient même au téléphone. Harry Potter, lui, croulait sous les dossiers et ne les remarqua même pas arriver.
-Monsieur Potter ?
L'intéressé sursauta.
-Thomas… Senneri ? Mais que…
-Nous sommes désolés de vous déranger, s'excusa l'Atlante. Mais nous devons vous parler de… certaines choses.
-A propos de Stephen, précisa Thomas.
Harry ferma les yeux une seconde puis soupira, vaincu. Il agita sa baguette, faisant apparaître deux chaises devant son bureau, et les invita d'un geste à s'asseoir.
-Je vous écoute.
