Ils avaient conspiré pendant des semaines. Une remarque de Midoriya avait lancé toute l'affaire et une troupe menée par Mina et Uraraka s'était échinée à tout organiser. Ç'avait été difficile, puisqu'il vivait avec eux, partageait leurs repas et pouvait toujours avoir une oreille à traîner dans leurs conversations. Heureusement, personne n'avait eu à craindre son groupe d'amis, qui s'étaient joints au projet dès le début. Ce ne serait pas une mince affaire, mais ils arriveraient à la mener à bien. Aujourd'hui, ils fêteraient l'anniversaire de Bakugou, que ça lui plaise ou non.

Ils avaient décidé d'entrer dans la dernière phase du plan pendant la pause du midi. Kirishima, Kaminari et Sero étaient chargés de la délicate mission de tenir Bakugou éloigné de la classe. Ils tenaient Uraraka informée en temps réel. De leur côté, les autres élèves avaient été mis à contribution pour accrocher des ballons et pendre des décorations. Perchée sur les épaules de Shouji, Hagakure installait une bombe à confettis à côté de la porte. Le petit engin, trafiqué et prêté par Mei Hatsume, cracherait un torrent de cotillons sur simple pression d'un bouton. Satou arriva avec un gâteau en forme de grenade, sur lequel Todoroki s'empressa d'installer seize bougies.

Tout s'accéléra quand Uraraka reçut un message paniqué de Kirishima. Bakugou en avait soudain eu assez d'être baladé sans but dans l'école et se dirigeait vers la classe sans rien pour l'en retenir. Il n'était censé arriver que dix minutes plus tard et ce temps venait juste d'être réduit de moitié, voire des trois quarts.

— Allez, c'est bon, on arrête tout ! annonça Uraraka. Quelqu'un veut bien se mettre dans un coin avec la caméra ?

— Je m'en charge, dit Tokoyami. Je préfère ne pas me mettre trop sous les projecteurs.

Il prit le caméscope et alla s'asseoir sur une table. A peine trois secondes plus tard, la porte s'ouvrit, Bakugou entra et Uraraka appuya sur le détonateur. Les confettis partirent dans toutes les directions et retombèrent en une pluie multicolore qui se déposa sur les épaules et dans ses cheveux.

— Joyeux anniversaire !

Il se tourna et fit face aux autres élèves, rassemblés près de son bureau. Un long silence s'ensuivit, durant lequel les deux parties se faisaient face comme des cowboys dans un western. Personne n'osa faire un geste, jusqu'à ce que le regard de Bakugou rencontra celui de Midoriya.

— Deku… me dis pas que c'était la tienne, cette putain de foutue idée !

Il avait articulé chaque mot avec un calme des plus olympiens. C'était toujours mauvais signe quand il arrêtait de hurler. Il se dirigea vers son ami d'enfance mais fut coupé dans son élan par Uraraka qui se précipita à sa rencontre, gâteau en main. Todoroki trottinait derrière elle pour allumer les dernières bougies du bout de son doigt.

— Qu'est-ce que c'est que ça, Face de Lune ?

— Tais-toi et souffle.

Elle affichait un simple sourire, comme si la colère noire de Bakugou n'avait aucun effet sur elle. Son stage chez Gun Head lui avait appris une maîtrise d'elle-même hors du commun… ou peut-être avait-elle compris que ne pas avoir peur de Bakugou était le meilleur moyen de les lui faire perdre. Interloqué par le ton qu'avait employé Uraraka, Bakugou ne prit pas la peine de protester davantage. Il se pencha et éteignit ses bougies sans enthousiasme.

Quatre d'entre elles, les plus excentrées restèrent allumées. Il les contempla un instant et souffla de nouveau. Elles s'allumèrent de nouveau, il souffla encore une fois. Et encore, et encore. Des bougies magiques… Heureusement pour eux, il ne remarqua pas ses amis hilares qui se tordaient de rire dans son dos. Un tonnerre d'applaudissements retentit dans toute la salle mais Bakugou n'y prêta pas attention. Il écarta la foule et s'installa à sa place.

Uraraka revint une minute plus tard, et posa une assiette en carton devant Bakugou. Une lueur de détermination brillait dans ses yeux, comme si elle s'apprêtait à lui faire une prise pour le mettre au sol.

— Manges-en. Il est super bon.

— Je vais m'en passer, merci.

Il tourna la tête et soupira. Uraraka, loin d'abandonner, leva une cuillère pleine de gâteau au chocolat et la lui colla sur les lèvres.

— Mange.

Elle souriait mais le tremblement nerveux qui agitait sa paupière trahissait son énervement. Qu'est-ce que c'est que son problème, à elle ? pensa Bakugou avant d'ouvrir la bouche. Elle avait raison, c'était délicieux, mais il aurait préféré mourir plutôt que de l'admettre. Il n'eut pas le temps de l'envoyer balader. Yaoyorozu s'approcha à son tour et posa un cadeau sur son bureau.

— Ce n'est pas grand-chose, mais j'espère que ça te plaira.

Il poussa un grognement et défit le paquet. Il ne s'encombra pas de délicatesse et arracha sans ménagement le papier brillant. C'était une petite boîte en carton, dans laquelle reposait une poupée russe aux cheveux ébouriffés et à l'expression énervée. Elle portait la tenue de héros de Bakugou, reproduite jusque dans les moindres détails. Il la prit, l'ouvrit et y trouva une réplique de la première, dans laquelle se trouvait une nouvelle copie et ainsi de suite. C'était étrangement mignon et le visage satisfait de Yaoyorozu n'aidait pas.

— Mouais… merci…

Le soir-même, il la posa sur une étagère de sa chambre, d'où elle ne bougea pas jusqu'à la fin de l'année.