On dit merci à Elnini-chan qui a pris le temps de me laisser un long commentaire (sans fautes) qui m'a suffisamment motivée pour me décider à vous poster la suite. Comme quoi, il suffisait de demander! =D Enjoy!
La balle effleura le cou de Sasuke, qui grimaça sous la douleur vive ressentie dans la seconde. Cette dernière fut bien vite remplacée par un endolorissement peu commun, mais pourtant pas inconnu. Il porta une main à sa blessure. Du sang s'en écoulait avec abondance, et déjà dans ses veines, l'Uchiha pouvait ressentir les premiers effets du poison. Avec la vivacité qu'on lui connaissait, il lança une salve de kunais en direction de son agresseur. L'obscurité ne fut en aucun cas un handicap pour les pupilles du jeune homme. Alors qu'il pensait l'avoir touché, une seconde détonation retentit, il sentit la balle passer près de lui et toucher un point derrière lui. Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que la victime n'était qu'un clone du Jinchuriki dont le manteau de kyubi s'était déployé afin de protéger leur coéquipière toujours dans ses bras.
Ce dernier grimaça, toujours logé dans le corps de son hôte. Sa voix gronda sourdement aux oreilles de Naruto qui resserra sa prise sur la jeune femme. L'étroitesse de la pièce était handicapante et restreignait le moindre de ses mouvements. Il avait évité de justesse le projectile en se réfugiant à même le plafond. A l'odeur du sang qui emplissait ses narines, Sasuke n'avait pas eu cette chance. Enfin, le principal était de tenir Sakura hors de portée de leur agresseur, il se préoccuperait de la santé de son ami plus tard.
Rapidement, il s'arrangea pour créer un autre clone et l'envoya dans la direction présumée de leur adversaire. Présumée, seulement. Ils avaient été pris de court. Comment ? Ni lui, ni Sasuke n'avaient remarqué une quelconque présence avant l'attaque. Il se repassait la scène encore et encore. Non, il était certain de n'avoir senti aucun chakra étranger. Alors, comment ?
- Sasuke, tu survis ?
- La ferme.
Un sourire sauvage qu'Hinata aurait qualifié de ravageur étira les lèvres du blond. Ses pupilles d'or s'illuminèrent d'une lueur de défi. Il n'eût pas besoin d'exposer son plan à Sasuke, celui-ci comprit de lui-même, et recula d'un bond. Face à lui, l'obscurité fut remplacée par la blanche lumière d'un rasengan créé par le clone du jinchuriki. Les deux shinobis profitèrent de l'explosion créée par l'impact pour se faufiler hors de la pièce. Si l'idée de rester et attendre de voir ce qu'il était advenu de leur adversaire leur effleura l'esprit à tous deux, aucun ne s'arrêta. Ils ne pouvaient pas se permettre un combat dans un endroit pareil, où aucune possibilité de fuite n'était envisageable. Ils devaient sortir de là. Retourner à la surface, mettre Sakura en sécurité, et accessoirement songer à arrêter l'hémorragie de Sasuke. Quoiqu'avec son habitude de saigner des mirettes, il n'était plus à ça près. Cette remarqua amusa Naruto autant qu'elle dépita Kurama.
L'Uchiha, même s'il n'en montrait rien, peinait à suivre le rythme soutenu de son ami. Sa vue se faisait trouble, son corps plus lourd, et il sentait que son chakra luttait contre quelque chose, provoquant en lui une brûlure presque insoutenable. Son organisme menait son propre combat, et il n'avait pas son mot à dire. Autant dire que c'était très désagréable, surtout pour quelqu'un qui ne supportait pas de ne pas avoir le contrôle.
- Putain je me souvenais pas qu'il était aussi long ce passage ! Râla Naruto en sautant par-dessus un amas de pierre.
Une fine goutte de sueur perla le long de la tempe de Sasuke.
- J'y suis pour rien.
Naruto freina sa course. Il se retourna lentement vers son ami, un air dubitatif collé au visage. Quelques secondes passèrent ainsi.
- Putain t'as défoncé le passage ?! Pourquoi t'as défoncé le passage ?!
- Pourquoi t'as déclenché TOUS les pièges de ce bled, hein ?
- Répond pas à mes questions par des questions, enfoiré !
- Alors boucle la et avance, crétin.
- Si j'avais pas les bras chargés je te jure que…
- Que quoi ?
Pour toute réponse, Sasuke se retrouva avec le paquet dans les bras. Il n'eut pas le temps de cligner des yeux que Naruto s'élançait derrière lui. Sasuke n'entendit que trop tard le sifflement caractéristique d'un projectile. Il s'accroupit, tournant le dos au souffle de l'explosion. Par réflexe, il avait resserré sa prise sur la kunoichi, et baissé la tête. Sakura n'avait qu'à peine senti qu'on la soulevait pour la tirer hors de la pièce qui la retenait prisonnière, aussi ne sut-elle pas qu'elle se retrouvait blottie contre le corps protecteur de Sasuke.
Le nuage de poussière se dissipa, et le sharingan chercha longuement mais rapidement une quelconque présence, de préférence la signature de chakra de son ami. Il la trouva en hauteur, accolée au plafond. Naruto fonça, rasenshuriken en main, sur une seconde signature, plus faible, voire tellement insignifiante que Sasuke songea que cette attaque était inutile. Le chakra du vent n'atteignit que l'air et fut stoppé par le sol qui explosa à nouveau. Naruto écarquilla les yeux sous l'étonnement.
- Putain, mais où il est passé bordel ?!
Ce type ou quoique ce soit d'autre était rapide. Trop. Et en plus, il pouvait masquer sa présence. Sasuke fronça les sourcils. D'autant plus que des pas et des lueurs au loin annonçaient la venue de renforts.
- Naruto. Faut se tirer.
- Pars. Je dois retrouver Yamato.
Sasuke se tourna vers le jinchuriki. Ce dernier lui tournait le dos, se redressa et se tint immobile au milieu des débris. Il avait cette posture si caractéristique, le dos droit, les épaules tendues, et, même s'il ne pouvait le voir, Sasuke devinait parfaitement son regard déterminé.
- Occupe-toi de Sakura-chan.
L'armure de Susano recouvrit le corps de l'Uchiha tandis que le jinchuriki se retournait pour lui faire face. Un nouveau rasengan prit naissance dans sa main tandis que trois clones apparaissaient derrière lui. Sasuke se faufila sans difficulté entre les assaillants une fois ceux-ci sur eux. Il entendit Naruto engager les hostilités sans se poser davantage de questions.
- Laisse tomber mec, c'est chaud. T'y arriveras pas.
Croisant le regard noir et chargé en ampères de son équipier, Atsui recula prudemment de quelques pas. Il se demanda brièvement à quel moment son ami était devenu si déterminé, lui d'ordinaire si pessimiste. C'était vraiment déstabilisant. Cependant nombreux étaient ceux qui avaient changé depuis la guerre. Il devait se faire une raison, pourtant il avait encore du mal à s'habituer. Le déprimé Omoi était devenu un shinobi confiant, bien que toujours flemmard. Il s'était démarqué durant les conflits tant parmi les ninjas de Kumo que parmi ceux des autres nations. Il arrivait même que ces dernières le demandent personnellement lors de quelques missions impliquant l'Alliance. Et même s'il ne l'avouerait jamais, il y avait pris goût. Autant dire qu'il ne comprenait pas pourquoi c'était son amie qu'on avait envoyée à Konoha et non lui. Sérieusement, Karui était TOUT sauf diplomate. Il s'imaginait déjà la rousse dans tous ses états, essayant de trucider le premier ou la première venue pour une raison débile… Enfin, pour l'heure, il n'avait pas le temps de se préoccuper de la santé mentale des habitants de la feuille. Il avait un plus gros problème sur les bras.
Chargeant son katana en chakra, il s'élança à nouveau contre la paroi invisible. Et pour la énième fois, il fut repoussé avec violence. Atsui le regarda tomber au sol dans un bruit mat. Sa peau noire était plus carbonisée que naturelle, et l'électricité statique qui se dégageait de son corps n'était en rien due à son chakra. Il soupira en s'accroupissant à ses côtés.
- Puisque je te dis de laisser tomber… C'est vraiment pas à notre portée.
Un grognement sourd lui répondit. Las, il tourna les yeux vers sa sœur.
- Eh soeurette, dis-lui toi !
Samui ne répondit pas. Les deux aigues marines fixaient le ciel dans un silence presque religieux. Elle n'avait pas bougé depuis plusieurs heures. Depuis que l'Uchiha était parvenu à forcer la barrière, en fait. Le moins qu'elle pouvait dire, c'était qu'il s'était acharné dessus, avec une volonté incompréhensible. Lui qui avait trahi son village, menacé ses anciens camarades, et tué un Hokage. D'où venait cette lueur qu'elle avait pu apercevoir dans ses yeux onyx ? Il n'était qu'un criminel parmi tant d'autres. Son village lui avait passé ses caprices et sauts d'humeur. Mais son village était aussi une chose qui échappait à toute compréhension. Konoha était un village étrange, particulier. Ses eus et coutumes lui échappaient complètement. Elle doutait de pouvoir s'y accommoder un jour.
- Frangine ! T'es partie dans quel pays, là ?
Elle tourna lentement la tête en direction de son jumeau. Ce dernier affichait son air le plus ennuyé. A ses pieds gisait le corps fumant de son coéquipier. Elle poussa un léger soupir et s'en approcha. Le Raikage lui avait collé deux jeunes chunins, il y avait de cela quelques années. A défaut de lui confier des genins, il lui avait dégotté deux jeunes orphelins recueillis et entraînés par Bee-sama. Elle avait pensé que ce serait une mince affaire. Elle aurait juste à être capitaine de deux shinobis compétents. Les missions seraient exécutées avec brio et rapidité. Elles l'avaient été, certes. Mais Omoi et Karui étaient loin d'être les shinobis auxquels elle s'était attendue. Ils étaient bruyants, intenables par moments, immatures la plupart du temps. Ils étaient impulsifs et inséparables. Ils ne se supportaient pas mais ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre. Ils étaient opposés et se ressemblaient. Ils étaient le jour et la nuit, et elle avait l'impression de vivre une éclipse continuelle.
- Frangine, t'es pas avec moi là ! Il t'arrive quoi ? C'est l'Uchiha qui t'a tapé dans l'œil ou quoi ?
La jônin impassible qu'elle était avait dû s'habituer aux caractères bien particuliers des deux chunins. Ca n'avait pas été évident. Mais elle s'y était fait, et très vite, ils étaient devenus une partie d'elle. Sa main se posa sur le dos brûlant d'Omoi qui peinait à se redresser. Le jeune homme en était à ramper jusqu'à son sabre tombé un peu plus loin. Atsui le regardait faire, surpris.
- Mais pourquoi tu t'acharnes putain !
- Parce que c'est dans sa nature.
Atsui jeta un regard étonné à sa jumelle. Cette dernière observait le sabreur. Omoi était comme ça. Aux yeux du monde, il passait pour un lâche. Il envisageait toujours le pire, mais ne fuyait jamais. Il n'était pas du genre à se planquer et à attendre que ça passe. Il était un combattant peureux, mais fier. Téméraire.
- Et de toute façon, on ne peut pas se permettre de rester en arrière. C'est notre urne, c'est à nous de la récupérer.
Le regard si clair de Samui était devenu si déterminé qu'Atsui se sentit contaminé par cette envie irrépressible de détruire ce champ de force.
- J'suis chaud là. Mais on s'y prend comment ?
Si seulement elle le savait, cela ferait déjà longtemps qu'elle se serait lancée à la poursuite des shinobis de Konoha. Elle avait entendu parler du village d'Aki, malgré tout, les mystères entourant cette contrée sinistre persistaient depuis toujours. On disait qu'il était impossible d'accès aux shinobis de Kumo. Elle avait cru à une rumeur, ou bien un décret diplomatique. Peut-être était-ce le cas, cependant, cette barrière en était sans doute la raison principale. Aussi infime soit-il, les shinobis du village de Kumo possédaient tous un chakra de type foudre, même si certains avaient d'autres éléments de prédilection. Elle connaissait les avantages et inconvénients de ce type de chakra, pourtant, jamais elle n'aurait pensé qu'il puisse être aussi handicapant. Mais l'Uchiha était passé lui. Elle fronça les sourcils. Aucun shinobi de Kumo n'avait rien à envier à ce type.
Un froid intense réveilla ses sens. Ses yeux se rouvrirent sur un paysage flou, dont la clarté soudaine l'aurait fait vaciller si elle n'était pas déjà à demie allongée. Non, en fait tout n'était pas si clair. Il fallut plusieurs minutes à ses pupilles pour s'adapter à la faible luminosité. Le ciel était gris, et une fine pluie tombait des nuages qui la surplombaient. Fine et glacée. Elle sentit un manteau de frissons l'envelopper. Ses jambes particulièrement. Machinalement, elle se recroquevilla sur elle-même, en position fœtale. Ce geste lui tira une violente douleur, qui éveilla son corps endolori dans son intégralité. Seul un gémissement franchit ses lèvres cependant. Elle se replia un peu plus sur elle-même. Elle était allongée à même le sol. L'herbe mouillée chatouillait ses jambes, sa tempe, sa joue et son cou. Un bruit discret termina d'éveiller son ouïe, mais elle ne bougea pas. Elle ne s'en sentait pas la force, et son cerveau avait un mal fou à reconnecter ses pensées diffuses avec ses réflexes de ninja.
Une main se posa sur son bras. Lourde. Mais tellement plus chaude que sa température corporelle. Elle ferma les yeux, profitant un maximum de cette source de chaleur inespérée. Elle se laissa pivoter. Dans son dos, l'humidité reprit le dessus, lui arrachant de nouveaux frissons incontrôlés. Quelque chose passa sous sa nuque, puis sous ses genoux. Elle se sentit soulevée, et tenta de recouvrer ses instincts de kunoichi, avec maladresse toutefois. La prise se resserra sur son corps, l'encourageant à gesticuler d'autant plus, malgré la douleur qui tiraillait ses membres.
- Arrête de gigoter comme ça, c'est pénible.
Elle étouffa un hoquet de surprise. Ses prunelles vertes se posèrent sur le visage impassible si souvent contemplé. Croisant le regard perdu de la jeune femme, Sasuke s'accroupit, la déposant sur l'herbe humide, calant un genou replié contre son dos.
- Naruto est parti chercher Yamato. Reste tranquille, je vais te ramener auprès des shinobis de Kumo.
Il fronça les sourcils lorsque la main de Sakura se posa sur sa cuisse pour y prendre appui. A travers le tissu de son pantalon, il pouvait sentir la peau glacée de la kunoichi. Il la regarda essayer de se redresser pour tomber à genoux sur le sol spongieux. Elle semblait lutter contre la lourdeur de son corps. Il la laissa faire un moment, avant de saisir son avant bras. Elle lui jeta un regard interrogateur, qu'il vit se changer en surprise en l'espace de quelques secondes.
- Sasuke-kun ?!
- C'est maintenant que tu percutes ?
Elle se jeta à son cou sans préavis. Pas comme lorsqu'ils étaient enfants, non. Elle s'était jetée sur sa blessure. Il était parvenu à sortir de la villa, et se réfugier en forêt, laissant à Naruto le soin de s'occuper des ennemis présents. Il avait déposé le corps de Sakura contre un arbre, et avait entreprit de compresser sa blessure, avant de reprendre sa route et sortir du village. Il l'avait aperçu du coin de l'œil reprendre lentement connaissance, et se rouler en boule. Une impression de déjà vu. La seule différence était la chevelure rose éparpillée sur l'herbe, plutôt qu'une brune à moitié ensevelie sous le sable.
- Sakura-
- Tais toi. J'ai besoin de me concentrer.
Il obtempéra, songeant qu'il avait déjà entendu cette phrase, et ce ton sans appel. A moitié collée contre lui, Sakura plaça une main au dessus de la plaie et concentra son chakra dans sa main. Une brûlure insoutenable lui arracha un cri silencieux et Sasuke tourna à peine la tête pour apercevoir un filet de sang s'écouler de ses lèvres.
- Sakura ?
- Mon chakra… Haleta-t-elle.
- Laisse tomber, je vais bien.
Un léger silence s'installa, durant lequel Sakura tenta de se remémorer les derniers évènements. Tout était flou, trop flou dans son esprit. Elle baissa les yeux sur sa tenue. Elle reconnut la veste de Naruto, et fronça les sourcils face à ses jambes dénudées. Par réflexe elle porta une main contre sa poitrine, enserrant entre ses doigts le tissu orangé. Que lui était-il arrivé ? Elle ferma les yeux, signe qu'elle réfléchissait. Elle revit rapidement la mission, le corps inerte d'Hinata, le teint blafard de Sai, la chute dans l'océan, et c'était le trou noir, jusqu'à son réveil dans un lit d'hôpital. Puis elle avait senti quelque chose, un chakra particulier, une présence familière. Elle l'avait suivie. Elle avait reconnu Naruto, puis ensuite Sasuke et Yamato. Et elle leur avait emboîté le pas. Puis il y avait eu la barrière que les shinobis de Kumo ne pouvaient franchir. Yamato, Naruto et elle étaient entrés dans la villa, puis Yamato avait disparu et … Elle fronça les sourcils quelques secondes.
- Sakura ?
Elle rouvrit les yeux. Que s'était-il passé ensuite ?
- Qu'est-ce qui m'est arrivée ?
Sasuke la regarda, surpris. Si elle n'était pas fichue de la savoir, ce n'était lui qui allait lui fournir une réponse. Il soupira.
- Tu t'es faite enlever. Naruto t'a retrouvée et délivrée.
« Encore » Pensa amèrement Sakura. Ce n'était pas la première fois, et ce ne serait sans doute pas la dernière. Elle passa une main dans ses cheveux roses, les plaçant machinalement en arrière, sachant pertinemment qu'ils se replaceraient d'eux-mêmes. L'absence sous ses doigts de la plaque d'acier arborant l'insigne de Konoha ramena soudain son lot de flashs.
Elle ne l'avait pas senti arriver. Comme la première fois, lorsqu'il avait enlevé Hinata. Elle avait senti une main s'abattre sur sa bouche et la pointe d'une aiguille s'enfoncer dans son cou. Son corps l'avait abandonné dans les bras de ce qui lui semblait être un homme. Elle s'en rappelait, maintenant. C'était flou, mais elle se souvenait de la sensation de chute, de son corps endolori, du bandeau qu'on lui arrachait et des vêtements qu'on lui retirait. Elle se souvenait d'une autre injection. Elle porta machinalement une main à sa cuisse. Pour la première fois, elle remarqua les chaînes enserrant ses poignets. Du bout des doigts, elle attrapa les chaînons. Le fer glacé lui rappela le sol sur lequel elle s'était recroquevillée tandis qu'elle suppliait silencieusement Naruto de la retrouver.
Un voile sombre traversa son regard. Encore et toujours, elle n'avait rien su faire d'autre que prier Naruto et espérer une de ses interventions miraculeuses. Sasuke bougea à côté d'elle. Elle releva à peine la tête pour savoir qu'il s'était relevé. Elle sentait sur elle son regard sombre, ou peut-être l'imaginait-elle seulement. Un sentiment étrange lui vrilla les entrailles. Entre malaise de se sentir fixée et désir d'être enfin remarquée.
- Sakura.
La voix grave la fit sursauter malgré elle. Elle leva ses yeux clairs vers l'homme qui lui avait toujours fait tourner la tête, aussi loin qu'elle s'en souvienne. Quand ? Et comment était-elle tombée sous le charme du shinobi qui la surplombait de toute sa hauteur ? Elle se sentait écrasée par sa prestance, par tout ce qu'il dégageait et ne put que sentir l'immensité et la profondeur du fossé qui n'avait cessé de se creuser depuis sa désertion. Non. Depuis l'examen chunin. Depuis toujours, en fait. Elle n'avait jamais été réellement proche de Sasuke. Seul Naruto avait réussi à l'être, en fin de compte.
Sasuke soupira doucement. Elle semblait être complètement ailleurs, comme déconnectée de la réalité. Et il n'avait pas de temps à perdre en reconnexion. Il attendit patiemment qu'elle daigne se relever par elle-même. Sans plus attendre, il s'éloigna, jetant à peine un coup d'œil par-dessus son épaule pour s'assurer qu'elle lui emboîtait bien le pas. Il s'écoula plusieurs minutes avant qu'elle ne l'interroge sur leur destination. La réponse qu'il lui donna fit stopper tout mouvement à la jeune femme. Intrigué, l'Uchiha se retourna pour lui faire face. Le regard de la kunoichi n'avait désormais plus rien à envier à celui du jinchuriki. Ils avaient été formés dans le même moule.
Le silence était une des choses familières qu'il détestait le plus. Pourtant, il l'avait souvent côtoyé, dans son enfance. Partout où il allait, le silence l'accompagnait. Et lorsqu'il n'était pas présent à ses côtés, il l'accueillait, dès lors qu'il rentrait chez lui. Il l'avait tellement détesté, mais s'y était pourtant habitué. Faute de mieux. Pourtant, depuis quelques temps, il l'avait quitté, délaissé pour laisser place à une présence, une douceur et une tendresse sans borne. Vraiment, il n'aurait pas cru le rencontrer à nouveau, et si vite.
Pourtant, c'était bien un silence presque religieux qui accueillit Naruto tandis qu'il foulait à nouveau le sol de la villa délabrée. Le démon renard grondait au fond de ses entrailles. Pour une raison obscure qu'il ne parvint pas à s'expliquer. Il ne chercha pas d'explication, d'ailleurs. Tout son être se tenait prêt, tendu au possible. Ses sens étaient aux aguets du moindre bruit, du moindre mouvement, de la moindre odeur. De quoi que ce soit d'anormal et susceptible de venir troubler la tranquillité angoissante des lieux. D'un côté, il espérait ne croiser personne, de l'autre il n'aspirait qu'à rencontrer quelqu'un, ami ou ennemi, pourvu qu'il y ait une présence. C'était paradoxal. Mais tout lui semblait contradictoire depuis qu'il avait quitté Konoha. Cela avait commencé à l'hôpital. Il avait forcé Shizune à s'enquérir de l'état d'Hinata, faisant passer Sakura au second plan. Et il l'avait regretté, à peine l'eu-t-il découverte dans cette cave étroite et glacée. Il aurait voulu la garder près de lui, ne pas la lâcher jusqu'à ce qu'elle soit en sécurité, mais l'avait confiée à Sasuke. Bien sûr, elle ne risquait rien à ses côtés. Pourtant il n'était pas tranquille. Inexplicablement. Il avait une confiance aveugle en Sasuke. Mais de lointains souvenirs lui soufflaient que les liens qu'il entretenait avec l'Uchiha lui étaient peut-être exclusifs, malgré tout l'amour que Sakura était prête à lui offrir. Il chassa mentalement ces pensées, tâchant de se concentrer sur son environnement.
« Ne traîne pas trop ici, Naruto. » Gronda une voix dans sa tête. Il fronça les sourcils, continuant d'avancer prudemment dans les couloirs sombres. Au loin résonnaient quelques sinistres grondements. Sous ses pieds il avait l'impression de sentir les vibrations se diffuser à travers les planches sales et vieilles du sol.
- Je sais. Mais je partirai pas sans Yamato-taichou !
« Cet endroit me hérisse le poil. »
- Ouais.
Un craquement termina d'accentuer la tension qui le tenaillait déjà. Kunai en main, il se retourna vivement. Ses deux pépites d'or fixaient la pénombre avec insistance. Etre un shiboni, comme disait Ino, signifiait avant tout discrétion et discernement. Patience et anticipation. Pourtant, il n'y tint plus. D'une voix forte, il mit fin à son principal ennemi : ce silence qui n'en finissait plus.
- Montrez vous !
Il avait réussi à se débarrasser avec une incroyable facilité de la poignée d'assaillants qui avait débarqué dans le passage souterrain. C'en était déconcertant. A travers cette mêlée, cependant, il n'avait su discerner leur premier adversaire, celui là même qui avait lancé les hostilités et blessé Sasuke.
« Naruto. »
Le kunai du Jinchuriki fendit l'air dans un sifflement discret tant il était rapide. L'arme se planta dans le bois de la rambarde d'un escalier qu'il avait déjà monté plus tôt dans la journée. A nouveau, Naruto s'élança et grimpa les marches quatre à quatre. Une porte claqua sur le palier. Il se tourna précipitamment dans sa direction pour en entendre une autre s'ouvrir sur sa gauche, dans un grincement horripilant.
- Il se fout de ma gueule, en plus !
« Il joue avec tes nerfs, ne te laisse pas prendre au jeu. »
- C'est un genjutsu ?
« Quoiqu'il en soit, Sasuke n'est pas là pour te sauver la mise, cette fois-ci. Reste sur tes gardes. »
- Je sais ! Se renfrogna le blond.
Malgré le temps écoulé, il n'appréciait toujours pas d'être comparé à son rival, et encore moins d'être rabaissé. Ino se serait très probablement éclatée la tête contre mur, si elle avait été présente, songea le blond tandis qu'un de ses rasengans faisait voler en éclat les portes du corridor, les unes après les autres. Naruto pouvait s'avérer très joueur, mais l'heure n'était pas au jeu. Sa seule envie était de rejoindre Sakura, de veiller lui-même à sa sécurité, comme elle avait veillé à celle de son épouse, et de retrouver cette dernière dans les plus brefs délais. Avant ça, il devait retrouver Yamato, en espérant que son ennemi invisible ne lui ait pas fait subir le même sort qu'à son équipière.
- Je ne me répèterai pas. Sors de ta cachette. Je te trouverai de toute façon. Alors gagnons du temps.
Son ton posé trahissait son impatience et la colère qu'il sentait grimper en flèche en lui. L'image des corps inanimés d'Hinata, Sai, et Sakura se succédait dans son esprit, maintenant son désir d'en finir le plus rapidement avec cette histoire. Il envoya sans plus attendre ses clones à travers toute la maison. Ils fouillèrent sans gêne aucune chaque pièce, chaque recoin. C'était une maison lugubre, mais qui pouvait sous bien apparences ressembler à n'importe quelle autre. Les mieux étaient vieux et abîmés, mais délimitaient chaque pièce de façon significative. Il pénétra dans une chambre sombre, où perçait difficilement un rayon de luminosité entre les volets mal fermés. Ses yeux reprirent un instant leur bleu éclatant, tandis qu'il saisissait une vieille poupée chiffonnée.
- Une chambre d'enfant hein…
Il arpenta la pièce du regard. Elle ressemblait à une chambre de petite fille. Des voiles poussiéreux tombaient gracieusement jusqu'au lit, les couvertures étaient encore douce et brodées avec soin, et quelques peluches étaient rangées au dessus d'une armoire à la peinture arrachée. Ses doigts effleurèrent les longues lignes irrégulières le long du bois. On aurait dit des griffures. Sans vraiment savoir pourquoi, il s'était avancé vers la coiffeuse. Il discernait à peine son reflet dans le vieux miroir poussiéreux et fissuré par endroit. Pourtant, il sentit un sentiment lourd étreindre son cœur. Son anxiété s'était mêlée d'un sentiment de tristesse. Ses doigts rendus moites se faufilèrent jusqu'à la poignée en ferraille du tiroir qu'il ouvrit avec lenteur. Un vieux journal attira son attention. Il y lut plusieurs avis de recherche, des personnes avaient disparues durant les dernières décennies. Les disparations allaient du Pays de l'Automne, aux petits pays alentours, et s'arrêtaient à la frontière du Pays de la Foudre. Il regarda rapidement les vieilles photographies presque effacées par le temps. Des jeunes femmes principalement. Même s'il trouvait ça particulièrement glauque, il fut un soupçon rassuré. Yamato avait disparu, mais il restait un homme. Sans s'en rendre compte, Naruto avait décidé que les responsables de ces disparations vieilles de plusieurs années se trouvaient à proximité. Il tirait peut être des conclusions hâtives, mais suivait cet instinct qui ne l'avait que rarement trompé par le passé.
Kurama grogna une seconde trop tard. Un reflet venait d'apparaître dans le miroir délabré. Naruto se retourna rapidement mais ne put éviter l'aiguille qui se planta dans son abdomen. Le renard sentit dès lors une présence étrange se répandre à travers le corps de son réceptacle. Et Naruto était bien placé pour savoir que son démon était du genre possessif. Il l'avait prouvé à maintes reprises. Aussi le laissa-t-il se charger de ce poison qui affluait dans ses veines et attaquait son chakra pour se lancer à la poursuite de son agresseur. Encore une fois, ce dernier s'était comme volatilisé.
La pluie avait redoublé d'intensité. Elle imprégnait son vêtement, ruisselait le long de ses jambes dénudées, et détrempait ses cheveux dont le rose pâle semblait beaucoup plus sombre. Si elle frissonnait, elle n'en laissa rien paraître. Elle déambulait à travers les ruelles désertes et inondées par endroits. L'eau atteignait ses chevilles, mais elle n'en avait cure. Elle semblait errer, chercher quelque chose sans vraiment connaître sa destination.
Finalement, c'était lui qui avait été contraint de lui emboîter le pas. Il avait laissé derrière lui un jinchuriki têtu, pour se retrouver avec une fille pas vraiment différente. Ce constat le ramena plusieurs années en arrière, à l'époque de leur enfance. Elle aurait alors été la première à encourager un repli stratégique. Il serait allé à la rescousse de Naruto. Puis elle l'aurait suivie, de toute manière. Elle était comme ça. Elle suivait le mouvement, toujours. Comme si elle ne voulait pas être laissée derrière. Même si elle n'était pas à la hauteur, elle était là. Elle imposait sa présence, où qu'ils aillent et quoiqu'ils fassent.
Un vent glacé s'engouffra dans la ruelle. Il sentit le froid hérisser ses poils et lui donner une chair de poule désagréable malgré ses vêtements et l'épaisse cape de voyage qu'il portait. Devant lui, Sakura sembla à peine vaciller sous le courant d'air. Ses mèches roses voletèrent un instant, s'emmêlant les unes aux autres, et la veste imbibée d'eau lui arrivant à mi-cuisses bougea à peine, lourde qu'elle était. Une enseigne claqua contre le bois d'un porche, un bon mètre au dessus d'eux. Elle leva les yeux. La pancarte indiquait l'entrée d'une taverne dont les portes battantes ne cessaient de grincer sinistrement aux oreilles de la jeune femme. Ce village, elle ne l'appréciait pas. Elle ne l'avait foulé qu'une fois, et n'avait pas pris le temps de l'observer. Elle était pressée. Elle n'avait qu'une idée en tête, trouver Kiba et récupérer Hinata.
Sasuke la vit s'approcher du battant de bois, avec l'intention d'entrer dans le bar. Il se demanda brièvement si elle était sérieuse. Si elle se rendait bien compte de l'endroit dans lequel elle comptait s'abriter et surtout de l'image qu'elle renvoyait d'elle. Visiblement, non.
- C'est vous, la faiseuse de miracles ?
Sakura arrêta son geste alors qu'elle s'apprêtait à pousser la porte. Elle tourna la tête de côté, et manqua sursauter. Un vieillard était appuyé contre une poutre dont le bois assombri par la pluie renvoyait une odeur désagréable d'humidité, mêlée à celle, fétide, se dégageant de l'homme. Ses yeux étaient petits et la mettaient mal à l'aise. Elle s'efforça de rester de marbre face à ce regard qui ne la lâchait pas.
- Je vous demande pardon ?
Il ne répondit pas. Son silence mit la kunoichi sur ses gardes. Instinctivement, elle porta une main à la sacoche qu'elle gardait accrochée à sa cuisse droite, et jura mentalement en se rendant compte qu'elle n'y était plus. Ses doigts effleurèrent juste sa peau glacée. Elle était désarmée. Elle recula alors lorsque l'homme enfouit une main dans la poche miteuse de son vêtement sale et décousu. Sur ses gardes, elle s'apprêta à riposter, ou esquiver. Sans se départir de son regard insistant, le vieillard sortit de sous ses vêtements un objet qu'il ne tarda pas à lui tendre. Sakura fronça les sourcils. Un léger couinement attira son attention, et l'homme desserra ses doigts à la peau tachetée et fripée.
- C'est…
Au creux de la paume, une petite souris noire remua museau et moustache. Sasuke arriva à hauteur des deux individus juste au moment où Sakura baissait sa garde et tendait la main pour récupérer l'animal. Etrange échange, songea-t-il pour lui-même. Il fronça les sourcils lorsqu'il aperçut le rongeur se dissoudre dans la main de sa coéquipière pour ne laisser qu'une tâche d'encre. Cette dernière se mut en un kanji qui surprit à peine la kunoichi. Elle leva ses yeux clairs vers l'homme.
- C'est Sai qui vous a donné ça ?
- Sai… C'est donc le nom de cet artiste ?
Sakura déglutit. Son coéquipier n'était pas du genre à décliner son identité à droite à gauche, il laissait volontiers cela à Naruto. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. L'envoyé de Danzo avait bien changé depuis leur rencontre, mais il restait et resterait, elle le savait, une personne discrète et indéchiffrable. Ce que la surprenait en contre partie était le fait que cette souris ne se soit pas dissoute dès lors que Sai eut quitté le village d'Aki. Il était arrivé à sa limite, avait perdu connaissance, et pourtant, une infime partie de son chakra avait subsisté en cette petite souris porteuse d'un message à son attention.
« Aide la. »
Sakura sentit une pointe de tristesse comprimer son cœur tandis qu'elle repensait à son coéquipier. Il était dans un état critique, et pourtant… Elle ferma les yeux. Tout était de sa faute, encore une fois. Si elle n'avait pas paniqué, peut-être aurait-elle vu que sa technique pompait trop de sang, et était de toute façon inefficace. Elle avait voulu sauver Hinata à tout prix. Et elle aurait pu causer la mort de Sai, en échange. Une larme brûlante roula sur sa joue tandis qu'elle en arrivait à ce constat. La perle salée se mêla à l'encre ancrée dans le creux de sa main. Elle rouvrit lentement les yeux. L'encre de Sai avait pour habitude de disparaître après avoir délivré son message, pour ne laisser aucune trace, aucune preuve, derrière elle. Pourtant, cette fois, elle ne semblait pas vouloir la quitter. Dans un sens, Sakura sentait que même à plusieurs kilomètres, son coéquipier restait à ses côtés. Lentement, elle braqua son regard dans celui du vieillard.
- Qui suis-je censée aider ?
Durant ses trois années d'errance, Sasuke avait traversé bien des villages, foulé bien des contrées. Il avait vu de près ce qu'avait engendré la guerre, avait subi les conséquences de ses actes. Il avait rencontré des familles dévastées, des individus délaissés, des enfants abandonnés. Il avait connu le froid, la faim, la soif et la solitude. Il avait contemplé la bassesse de ce monde qui l'avait vu naître. La pauvreté, le malheur et la maladie étaient des choses récurrentes qui frappaient la société sans qu'il ne sache vraiment dire pourquoi, ni même y trouver une solution fiable.
Sakura avait grandi et vécu dans un monde différent. Elle avait toujours connu l'amour et l'amitié, n'avait jamais manqué de rien, si ce n'est de force. Sasuke en était persuadé. Son malaise face à la dépravation qui s'étalait sous leurs yeux en était la preuve formelle. Elle avançait avec si peu d'assurance entre les rues étroites et sombres, que l'Uchiha pensa à plusieurs reprises qu'elle allait tourner de l'œil ou s'enfuir. La ruelle dans laquelle les avait mené le vieillard dégageait une odeur nauséabonde, entre détritus, urine et excréments, auxquels se mêlaient les effluves de pluie et d'alcools. Quelques ivrognes sifflaient au passage de la jeune femme courtement vêtue et relativement débraillée. Les plus sages d'entre eux se contentaient de quelques sifflements, d'autres allaient jusqu'à faire de vulgaires sous-entendus. Les plus téméraires osaient quelques caresses désespérées. Le passage était si étroit qu'ils devaient enjamber les individus avachis au milieu du chemin. Il était facile à n'importe lequel d'entre eux de les toucher, et Sasuke n'échappa pas à l'attention de quelques femmes si dépravées que même l'homme le plus désespéré au monde n'en n'aurait certainement pas voulu. Il ignora les sourires enjôleurs et les mains qui agrippaient sa cape, celles qui passaient en dessous, en songeant amèrement que l'ambassadrice d'Iwa était limite moins dérangeante.
Si ce n'était pas pour Sai, jamais Sakura n'aurait mis un pied dans ce genre de quartiers. Elle l'avait fait, une fois. Elle était alors âgée d'une quinzaine d'années et Shizune l'avait envoyée chercher leur maître sans se douter un instant de traumatisme que cela pourrait provoquer chez l'adolescente. De toute sa vie, Sakura ne s'était intéressée qu'à un seul garçon, et le plus souvent avec des pensées innocentes. Peut-être que si le destin avait été autrement, elle aurait été moins naïve. Elle aurait pensé à des relations plus passionnées que sentimentales. Elle aurait songé à la perversité des hommes. Pour elle, un homme pervers s'arrêtait à Kakashi-sensei et ses lectures d'adultes. Et jamais Kakashi n'avait eu le moindre geste condamnable à son égard. Elle avait toujours été au contact d'hommes appréciables et droits. Cette recherche de Tsunade dans les quartiers chauds de Konoha avait suffi à taire cette innocence.
Si elle n'avait pas été la raisonnée kunoichi qu'elle était, Sakura aurait clairement mis tous les hommes dans le même panier. Elle n'aurait plus jamais permis à aucun d'entre eux de l'approcher. Une voix au fond d'elle lui criait encore qu'elle détestait les hommes. La vérité était qu'elle détestait ce genre d'hommes. Et qu'elle craignait les autres.
« Sai, si tu survis, je te tue. » Pensa-t-elle à l'égard de son compagnon qui l'avait encouragée à suivre le vieillard, pour une raison inconnue. Elle serra les dents lorsqu'une main poisseuse agrippa son poignet. Elle ne se sentait pas la force de frapper cet importuné, bien que l'envie ne lui manque pas. Quelque chose remonta le long de son mollet, s'attarda un instant dans le pli de son genou et continua son ascension jusqu'à sa cuisse. Elle sentit avec horreur des doigts se faufiler sous sa veste lorsqu'un cri aigu lui vrilla les tympans. Elle baissa les yeux vers l'homme bedonnant assis au sol, qu'elle s'était efforcée de ne pas regarder jusque là, pour le voir suffoquer, comme pris par une terreur soudaine. Dans son dos, elle remarqua une présence dont elle pouvait presque sentir la chaleur tant elle était proche d'elle. Entre les jambes de l'homme aux mains baladeuses était plantée la larme brillante d'un katana dont le manche tenu par une main bandée laissa Sakura le souffle court.
Le bedonnant tremblait comme une feuille. La lame tranchante n'était qu'à une petite dizaine de centimètres de son entrejambe, autant dire qu'il n'était pas passé loin. Le plus effrayant restait l'œil au coloris mauve et aux spirales étranges que son possesseur posait sur lui.
- Sasuke-kun… Souffla Sakura du bout des lèvres.
- Cessez de jouer avec nos nerfs. Si vous avez quelque chose à nous montrer, faîtes-le, et vite.
La jeune femme leva les yeux vers le vieil homme qui leur servait de guide. Elle braqua sur lui ses yeux vert pâle, attendant qu'il reprenne sa route. Sans grande surprise, il ne trouva rien à redire face au ton glacé qu'avait employé Sasuke. Il recommença à déambuler dans la ruelle, saluant parfois quelques ivrognes, ignorant les autres. Sakura lui emboîta le pas, à peine plus sereine de savoir son équipier derrière elle.
Enfin, ils arrivèrent à destination. Le vieil homme se décala pour laisser passer la kunoichi, après avoir déplacé une vieille planche en bois d'un mur qui tenait debout par elle ne savait quel miracle. Elle s'avança dans la pénombre, refluant une nausée quant à l'odeur pestilentielle qui la prit aux tripes. L'homme alluma une vieille lampe à huile et s'approcha d'un coin au sol, où se trouvait un drap sale et informe. Il s'y accroupit, et découvrit délicatement ce que Sakura distingua être un corps. Un corps abîmé et âgé, mais les années n'expliquaient en rien la trop faible respiration de la femme allongée sous ses yeux. Ni l'odeur qui s'en dégageait, bien qu'elle devinait qu'ainsi alitée, la vieille ne pouvait plus se lever ne serait-ce que pour effectuer les besoins les plus primaires.
Agenouillé près de la malade, le vieillard laissa voir pour la toute première fois une expression sur son visage. Il fixait la femme, et Sakura put voir au travers de son regard un mélange d'émotions intenses alliant tristesse, désespoir, résignation mais aussi une pointe de dégoût, ou peut-être était-ce du mépris.
- Que lui est-il arrivé ?
Sa voix lui parut si lointaine qu'elle eut du mal à croire qu'elle lui appartenait bien. Elle lui paraissait plus distante, plus froide qu'à l'accoutumée. Elle mit ça sur le compte de la fatigue qui l'étreignait un peu plus à chaque instant.
- L'artiste a dit que vous étiez capable de soigner tous les maux.
- Certains maux sont incurables.
Sasuke assista silencieusement à l'échange, impassible comme à son habitude. Il observa, immobile, la jeune femme s'avancer avec lenteur jusqu'au vieux couple. Elle s'accroupit face à la femme. De son point d'observation, il la vit tendre une main au dessus de la poitrine se soulevant avec difficulté et irrégularité. Elle la retira prestement, comme si elle s'était brûlée. Un soupir passa ses lèvres rendues bleues par le froid. Sakura pesta mentalement. Son corps régissait violemment au moindre malaxage de chakra. Incapable de scanner le corps de la malade à l'aide de ses techniques habituelles, elle entama un examen minutieux typique de la médecine traditionnelle, même si l'idée d'un contact direct avec un individu infecté lui déplaisait fortement.
- Depuis combien de temps était-elle comme ça ?
Elle avait posé cette question mais n'entendit qu'à peine la réponse. Ses pensées allaient et venaient. Elle se demandait comment Sai était arrivé dans pareil endroit. De son plein gré, l'idée qu'il ait pu suivre ce vieil homme, lui parut totalement absurde. Elle ne connaissait personne d'aussi méfiant que le brun. A part peut-être celui se trouvant derrière elle. Un flash lui apparut soudain en mémoire. Elle revoyait un pont, Sasuke debout face à une jeune femme rousse et prêt à l'achever. Elle se revoyait elle, lui jurant loyauté et amour. Et elle le revoyait, lui, sur le point de lui lancer une attaque mortelle. Elle tourna imperceptiblement la tête. Une goutte de sueur glissa le long de sa tempe. Soudain, l'idée de le savoir dans son dos la dérangea. Elle ne sentait pas à l'aise.
Elle ferma les yeux. C'était une pensée déplacée. Sasuke n'était plus le même homme. Il ne lui ferait plus de mal. A présent, il était un shinobi de Konoha à part entière. Elle inspira un grand coup et rouvrit les yeux, reportant son attention sur sa patiente. Distraitement, elle commença à poser des questions, sur l'apparition des symptômes, le régime alimentaire, l'environnement. Cela dura un moment, et si Sasuke douta fortement de l'utilité de cet interrogatoire bien qu'il n'intervint pas une seule fois, le vieillard perdit rapidement patience. Autant Naruto avait pour habitude d'exaspérer les gens au point qu'ils perdent toute patience, autant Sasuke ne se souvenait pas avoir déjà vu Sakura se faire engueuler. Les paroles de l'homme étaient devenues si vulgaires et crues, que Sakura ne sut comment réagir. Elle comprit rapidement que le vieillard rejetait l'idée d'une maladie naturelle, que tout était selon lui, la faute d'une entité malfaisante. Un démon, dit-il. Elle fronça les sourcils. En sa qualité de médecin, Sakura ne devait pas croire ce genre d'explication irrationnelle. Elle avait cependant grandi au contact de l'hôte du démon renard, et avait déjà côtoyé d'autres jinchuriki, et combattu des adversaires aussi redoutables que des dieux. En tant que médecin, elle n'y croyait pas une seconde. En tant que Kunoichi, elle accordait le bénéfice du doute au vieil homme.
- Dites moi ce que vous savez sur l'homme qui vit dans cette villa, en retrait du village ?
- Le prédateur, eh ?
- Le prédateur ?
L'homme se leva avec lenteur et se dirigea vers un vieux tonna qu'elle n'avait pas remarqué dans tout le bric à braque de la pièce. Il en tira une louche dont il but goulûment le contenu. Sakura devina que le tonneau ne contenait pas d'eau.
- Ici on l'appelle ainsi. C'est un chasseur de vocation. De père en fils ils le sont. Leur terrain de jeu est la forêt. Et quand la chasse est bonne, ils fournissent tout le village en viande fraîche ! Ah ! A l'époque, ma femme lui soutirait toujours les meilleurs morceaux !
Il avait dit ça comme s'il regrettait cette période, et but une nouvelle louche. Elle reporta son regard sur la femme. Du sang séché tachait l'encolure de sa chemise de nuit, et d'autres taches laissaient à penser qu'elle avait vomi.
- Le démon a profité de la guerre pour bénir le prédateur.
Elle braqua à nouveau ses yeux sur le vieillard.
- Que voulez vous dire ?
- Il était pas là avant, gamine. Et maintenant… Maintenant il est là. Il maudit les gens. C'est un fardeau… Un fardeau. La chasse est mauvaise alors… Alors il se venge !
- Sakura.
La jeune femme sursauta. Elle en avait oublié la présence de l'Uchiha.
- Laisse ces inepties de côté. Tu peux la soigner, ou non ?
- Son état est beaucoup trop avancé, et je-
- Oui ou non ?
Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Pour toute réponse elle baissa la tête. Sasuke prit cela comme un nom et lui ordonna de se lever. Sous les yeux du vieillard, il l'entraîna hors de la pièce. Elle tenta de s'excuser maladroitement, l'idée d'abandonner ainsi un patient ne l'enchantait guère. Mais Sasuke n'en n'avait rien à cirer, pensa-t-elle tandis qu'il la tirait jusque dans la ruelle. Passer à nouveau au milieu de l'allée emplie de dépravés n'était pas envisageable pour le shinobi qui préféra la voie des airs. Sakura le suivit sur le toit le plus proche.
- Pourquoi ?!
- Retrouvons Naruto. L'urne. Et allons-nous-en.
- Mais enfin, Sasuke-kun…
Il l'ignora. Sakura sentit comme un vide envahir sa poitrine. Elle aurait voulu dire des tas de choses, mais elle ne trouvait plus les mots. Elle doutait même que si elle en avait, Sasuke les écoute. Il ne ferait même pas semblant. Elle jeta un dernier regard en contrebas avant de lui emboîter le pas, docile.
Il avait cessé de pleuvoir, remarqua-t-elle lorsque des voix d'enfants attirèrent son attention. Dans une ruelle, un groupe de quelques bambins chahutait. Elle s'arrêta un instant pour les observer, sans noter que Sasuke avait fait de même, quelques mètres plus loin. Une fillette pleurait, et quelques garçons rigolaient. Cette image lui rappela sa propre enfance, lorsque les enfants de son village se moquaient de son grand front, à une époque où Ino n'était pas encore entrée dans sa vie. Cette petite était comme elle, assise au milieu de l'allée, pleurant à chaudes larmes. Et plus elle pleurait, plus les autres riaient.
D'un bond habile, Sakura atterrit près de l'enfant, et lui tapota gentiment la tête avec un sourire rassurant, qui disparut sitôt eu-t-elle tourné la tête vers les garçons.
- Qu'est-ce que vous lui faites comme misères ?! Dit-elle d'un ton faussement colérique.
Les enfants, surpris par l'intervention de la kunoichi étouffèrent un cri, et détalèrent sans préavis, laissant derrière un objet empaqueté, que la petite, trop effrayée n'osa récupérer. Sakura s'interrogea brièvement sur ce qui avait ainsi fait fuir les garnements, et ramassa le paquet. C'était un objet assez gros, soigneusement emballé dans un torchon humide. Elle le soupesa d'une main, avant de se tourner vers l'enfant.
- C'est à toi ? Demanda-t-elle en le lui tendant.
La gamine semblait méfiante, mais finit par s'approcher d'elle. Avec une timidité qui lui rappelait celle de sa propre enfance, la fillette attrapa entre ses doigts le tissu froid sur lequel elle tira pour s'approprier le paquet. Ce dernier se défit entre les mains de la kunoichi qui écarquilla les yeux en en découvrant le contenu. Elle se reprit bien vite, désireuse de ne rien laisser voir de son trouble. A l'inverse, elle s'accroupit pour le ramasser et s'excusa auprès de l'enfant qui secoua la tête. La petite lui offrit un sourire timide.
- C'est pas grave Madame. Je vais pouvoir l'amener à Maman et c'est grâce à vous !
Une perle de sueur glissa le long de la tempe de la kunoichi, qui hocha tout de même la tête.
- Pourquoi… Ta Maman a-t-elle besoin de ça ?
L'enfant parut surprise. Sakura se traita mentalement d'idiote. Pour toute réponse, elle sentit une petite main enserrer la sienne. Elle se releva, tandis que l'enfant l'entraînait à travers les ruelles du village. Elle sentit plus qu'elle ne vit Sasuke descendre du toit et les suivre.
Ils arrivèrent au bas d'un vieil immeuble délabré. Décidément, ce village était vraiment laissé à l'abandon, pensa-t-elle en montant les marches d'un vieil escalier dont la pierre s'effritait à chaque pas. La petite serrait contre elle son paquet, tandis qu'elle tenait de sa main libre, celle de Sakura. Lorsqu'elles furent face à une porte, elle fut contrainte de la lâcher pour y cogner trois coups distincts, à intervalles réguliers. Sakura prit ça pour un coude, et se fit la remarque que les habitants du coin devaient vraiment être méfiants.
La porte s'ouvrit dans un grincement. Une adolescente sortit sa tête, et ouvrit la porte, juste un peu pour leur permettre d'entrer.
- Saya ? Qui est-ce ?
L'enfant tendit triomphalement son pactole, avant de raconter toute l'histoire. Les enfants qui l'embêtaient, et comment Sakura l'avait aidé. Si l'adolescente l'en remercia, les deux shinobis n'étaient pas dupes. Ils n'étaient clairement pas les bienvenus en ces lieux. La kunoichi jeta un rapide coup d'œil à la pièce. Elle était moins sale et encombrée que celle du vieillard, mais tout restait précaire. Un évier sous une fenêtre à demie barricadée semblait être le seul coin d'eau de l'habitation. Sur un petit réchaud trônait une vieille marmite abîmée d'où s'échappait une odeur particulière. Ni agréable, ni désagréable. Sakura comprit vite que ces enfants devaient être livrés à eux-mêmes et que l'adolescente s'occupait des tâches ménagères pour subvenir aux besoins de la plus jeune.
- Vous êtes toutes seules ici ?
- Papa va bientôt rentrer ! S'exclama la petite Saya.
L'adolescente ne répondit pas. Elle se contenta de défaire le paquet, et soupesa le contenu qu'il rinça, pour le déposer sur une planche à découper.
- Vous pouvez rester pour dîner. On n'a pas grand-chose alors ce sera du ragoût de viande.
Tandis que Sakura observait le moindre fait et geste de l'adolescente, Saya observait ceux de Sasuke. Ce grand bonhomme recouvert d'une cape noire de la tête aux pieds l'intriguait. Elle n'avait pas eu l'occasion de voir beaucoup de voyageurs. Encouragée par la témérité de son jeune âge, elle souleva un pan de la large cape. Sakura choisit ce moment pour jeter un regard à Sasuke et fut amusée par la scène. Cependant l'enfant recula vivement, comme si elle s'était brulée. L'Uchiha ne pipa mot. Il devina qu'elle avait vu le katana attaché à sa ceinture.
- Saya-chan a dit qu'elle voulait apporter cette viande à sa maman, où se trouve-t-elle ? Demanda Sakura pour détourner l'attention de l'enfant.
Cela fonctionna. Saya s'approcha et vint saisir le bras de la kunoichi pour l'entraîner jusqu'à une porte à la peinture écaillée se trouvant derrière un rideau. Sakura avait pensé que le tissu dissimulait une fenêtre.
- Saya ! Dit l'adolescente d'un ton réprobateur.
Mais la porte s'était déjà refermée. Sakura sentit une atmosphère différente mais pourtant familière. La petite pièce attenante dans laquelle elle se trouvait lui parut étouffante. Il y faisait noir, et elle sentit l'enfant se détacher d'elle. Une faible lueur apparut dans l'obscurité. Saya venait d'allumer une bougie, posée sur une caisse en bois qui devait probablement servir de table de chevet. La même odeur que chez le vieil homme régnait en maître dans la pièce, toutefois plus atténuée. Sakura put apercevoir dans un vieux vase ébréché des fleurs orangées et rouges. En face d'elle, un lit envahit de vieilles couvertures. Elle s'approcha doucement. Saya était appuyée contre le matelas dont les ressors grincèrent.
- Maman. La dame m'a aidé tout à l'heure.
A la lueur de la bougie, Sakura vit une femme d'une cinquantaine d'années peut-être, dont le teint blafard contrastait avec les tâches sombres visibles sur sa peau abimée. A ses oreilles retentit le souffle difficile et la respiration sifflante de la malade, qui tourna légèrement la tête dans sa direction. Elle ouvrit lentement les yeux et Sakura fronça les sourcils en apercevant les nervures rouges qui le constituaient. La femme toussa et une giclée de sang sortit de sa bouche, surprenant l'enfant et la kunoichi. Par réflexe, Sakura fit reculer Saya.
- Qu'avez-vous ?
La femme sourit à la kunoichi.
- Depuis quand ta maman est-elle comme ça ? Demanda-t-elle plus doucement à l'enfant.
- Trois ans.
Sakura se retourna vers la porte. L'adolescente venait d'entrer, les mains chargées d'une assiette de ragoût fumant et d'un verre d'eau. Elle s'assit au bord du lit, et déposa son fardeau sur la petite caisse, avant d'aider sa mère à s'asseoir.
- Depuis que les hommes du village ont pillé ceux des frontières. Avant, les malades étaient moins nombreux.
- Tu dis qu'ils auraient ramené une bactérie ou quelque chose comme ça ?
La jeune fille saisit l'assiette et commença à nourrir sa mère, cuillerée par cuillerée.
- C'est juste qu'avant, ce n'était pas comme ça.
La conversation se termina ainsi. Bien que la kunoichi tentât de soutirer d'autres informations, elle n'obtint que silence et indifférence. Impuissante, elle se retira. La pièce principale était vide. Mécaniquement, elle quitta l'habitation et sortit de l'immeuble.
- Madame ! Vous allez où ? Demanda Saya en courant vers elle.
Sakura ouvrit la bouche mais sa voix fut couverte par le vacarme d'une violente explosion dont le souffle se répandit rapidement à travers tout le village, menaçant les fondations, malmenant les enseignes, et faisant voler en éclat les caisses entreposées ici et là. Sur le toit, plusieurs tuiles se détachèrent et se soulevèrent en s'entrechoquant les unes contre les autres, avant de retomber bruyamment. Par réflexe, Sasuke s'était protégé d'un bras. Il leva les yeux une fois la puissance du vent diminuée. Son sharingan chercha la source de cette explosion peu commune dont il sentait les émanations de chakra jusqu'ici. Elles arrivaient par vagues, comme une mer déchaînée.
Sakura s'était penchée sur l'enfant, l'entourant de ses bras pour la protéger. Une fois certaine qu'il n'y avait plus de danger, elle lui intima de courir se mettre à l'abri, ce que la fillette ne se fit pas dire deux fois. La kunoichi chercha ensuite des yeux son coéquipier.
- Sasuke-kun ?! Qu'est-ce que c'était ?
Sasuke fronça les sourcils. L'onde de choc avait été si puissante qu'il avait senti une décharge s'abattre sur le village dans son entièreté. Quelques éclairs étaient encore perceptibles dans le ciel, et dans l'air, tout autour de lui, l'électricité statique semblait avoir doublé en intensité. Ce qui le dérangea cependant, était ce chakra familier qu'il sentait s'affaiblir imperceptiblement.
Yamato écarquilla les yeux démesurément. Sous ses pieds, le sol se trouvait recouvert d'un manteau rouge ondulant en fines vaguelettes d'un chakra en ébullition. Il reconnut sans mal le manteau de Kyubi, et alors qu'il songeait à le maitriser grâce à son mokuton, il freina son geste. Cela faisait bien longtemps à présent que Naruto n'avait plus besoin de lui pour dompter le démon qui l'habitait.
- Tirez vous Yamato-Taichou !
Le capitaine cependant ne bouge pas. La quantité phénoménale de chakra qui se dégageait du champ de bataille le clouait littéralement sur place. Il regarda, effaré, le responsable de toute cette émanation presque maléfique. A quelques mètres de Naruto, un enfant se tenait immobile, devant le porche de sa maison. Dans ses mains, les deux shinobis pouvaient voir une urne aux fioritures précise et finement travaillées. Naruto fronça les sourcils. Il s'était débarrassé sans mal de ses assaillants et avait retrouvé Yamato, inconscient dans une des innombrables chambres de la villa. Avec la délicatesse qui lui était propre il l'avait secoué comme un prunier et tiré de son sommeil forcé. Pour le coup, Yamato regretta de ne pas avoir été retrouvé par Sakura. Enfin, ils avaient été surpris par l'apparition d'un gamin au visage fermé.
Il observa plus minutieusement encore l'enfant, cherchant ce qui avait pu mettre le jinchuriki en pareil état. Le mode ermite avait laissé place au mode Bijû. Yamato trouva exagéré d'en venir à ce stade vis-à-vis d'un simple gosse. Il écarquilla les yeux tandis que le jinchuriki préparait l'une de ses techniques dévastatrices.
- Naruto att-
- Rasenrangan !
Une multitude d'orbes tourbillonnants s'élancèrent en direction de l'enfant sans pour autant l'effleurer une seule fois. Yamato n'en crut pas ses yeux. Ils avaient été déviés ? Comment ? L'enfant n'avait pas bougé d'un millimètre, il en était certain. Naruto pour sa part laissa échapper un juron. Ce gosse était comme le type qui les avait attaqués dans la cave. Le même qui avait dû enlever Sakura. Il ne parvenait pas à ressentir la moindre once de chakra. Il ne pouvait se fier qu'à sa vue, son ouïe, et en espérant qu'il ne s'agisse pas là d'une illusion. Ses rasengans s'écrasèrent contre les parois de la villa et les explosions successives engendrèrent un nuage de fumée et de poussière masquant sa visibilité. Dieu qu'il aurait aimé être doté d'un dojutsu à cet instant. Par réflexe, il fit un bond en arrière de manière à se retrouver à moins d'un mètre de Yamato. Ce gamin n'avait rien d'ordinaire, bien qu'il ne parvenait pas à comprendre quoi.
« Il est sous l'emprise de l'urne, Naruto. »
- J'avais compris ça ! Mais je peux même pas l'approcher !
« Débrouille toi comme tu veux, mais débarrasse-t-en. Je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir. »
Naruto plissa les yeux. Il sentait le chakra de kyubi s'affaiblir de seconde en seconde, bien que ce ne soit pas forcément visible à l'œil nu. La première fois qu'il avait tenté une approche, l'urne s'était mise à briller et son chakra avait été comme aspiré. Impression étrange mais très désagréable. Et la réaction de Kurama l'avait été d'autant plus que Naruto avait senti son corps en intégralité hurler d'une douleur sourde tandis que le chakra du démon irradiait de l'intérieur, jusqu'à créer une explosion brûlante qui se répercuta hors de son organisme. Sans le savoir, Naruto avait réduit à néant le champ de force qui protégeait le village de toute intrusion. C'est donc effaré, qu'il vit apparaître les shinobis de Kumo, et à peine quelques secondes plus tard, ses deux coéquipiers.
- Yo ! Ca a l'air chaud par ici !
- Atsui ! Reste sur tes gardes ! Tonna la voix glacée de Samui.
Cette dernière analysa brièvement la scène de combat. Lorsque ses yeux se posèrent sur l'enfant qui apparut à travers la fumée presque entièrement dissipée, son sang se glaça. Omoi fut le premier à remarquer la détresse presque palpable de son capitaine.
- Samui-san ?
- C'est elle. C'est bien l'urne volée au village de Kumo.
- Pas la peine de tirer une tronche pareille soeurette, on va la récupérer vite fait bien fait.
Ce disant, il s'approcha du gosse, les bras croisés derrière sa tête.
- Allez petit, c'est pas un jouet, donne moi-
- Atsui non !
Le blond fut repoussé avec violence à une bonne dizaine de mètres. Omoi écarquilla les yeux, il n'avait rien vu d'autre qu'une brève étincelle électro statique. Atsui sentit son corps entier se tendre sous la douleur insoutenable. Il avait l'impression qu'on marquait chacune de ses cellules au fer rouge. Des cris silencieux sortaient de sa bouche, tant la sensation était intenable. Sakura voulut se précipiter sur lui mais se souvint qu'elle était incapable de malaxer son chakra. Elle jura mentalement et tourna les yeux vers l'enfant. Depuis qu'elle avait ouvert la clinique, elle avait vu des gosses. Nombreux étaient ceux qui affichaient une expression si sombre et fermée. Mais celui-là la sidérait tant il lui paraissait effrayant. Elle sortit de ses pensées lorsqu'une voix s'éleva à quelques mètres.
- Tu n'as pas le droit de mourir ! Je-
Samui s'était précipitée sur son jumeau. Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle se sentit soulevée par une force invisible et projetée dans les airs, avant d'être accueillie par un éclat de foudre. La décharge lui vrilla les entrailles. Elle laissa échapper un cri de douleur à peine masqué par les grésillements sinistres du phénomène. Son corps retomba au sol, inerte. Omoi n'avait pas bougé, incapable du moindre mouvement, il ne put que la regarder s'écraser à même la terre boueuse, et disparaître entre les herbes trop hautes.
- Que…
- C'était quoi ça ? Osa demander Sakura, trop abasourdie pour sortir autre chose.
Naruto sentit sa colère décupler. Et son chakra continuer de décroître. Ce détail n'échappa pas à Sasuke dont le katana s'abattit juste face à lui, à moins d'un mètre. Naruto reporta son attention sur son ami.
- Euh ?
Sasuke fronça les sourcils. Il avait tenté de couper ce lien invisible qui reliait l'urne au chakra de kyubi, mais sa lame l'avait juste traversé sans le toucher.
« Il l'a remarqué hein… »
Naruto fronça à son tour ses sourcils blonds.
- Sasuke, prête-moi ton œil s'il te plaît.
Il n'aurait su dire combien d'années s'étaient écoulées depuis la dernière fois où Sasuke l'avait assommé d'une façon si propre à celle de Sakura. Il aurait par contre pu jurer apercevoir une veine rouge clignoter sur la tempe du brun.
- Crétin !
- Ca fait mal… Dans tous les cas, Kurama dit qu'il faut détruire cette urne mais…
Naruto entendit le grésillement caractéristique des mille oiseaux. Lorsqu'il baissa les yeux, il aperçut l'attaque en question, toute prête à être lancée.
- MAIS je pense pas que ce soit une bonne idée.
Sakura s'était approchée d'eux. Sasuke ne dit mot, mais Naruto n'était pas dupe à ce silence.
- Tu sais ce qu'il se passera si l'urne est détruite.
L'Uchiha disparut sous leurs yeux, ne laissant derrière eux qu'un léger courant d'air. Sakura se fit la remarque qu'il était encore plus rapide que dans son souvenir. Tandis qu'elle le voyait apparaître à proximité de l'enfant, un bras chaud entoura ses épaules, et l'attira tout contre le corps protecteur de Naruto. Elle écarquilla les yeux un instant, et voulu l'interroger du regard, mais il ne lui en laissa pas le temps. Le manteau de chakra les entoura tous deux, tandis que les queues de chakra s'étendirent en trois larges bras qui allèrent protéger Yamato, Omoi et les jumeaux. Sakura entendit plus qu'elle ne sentit une très violente décharge s'abattre sur le terrain vague, à plusieurs reprises.
Naruto serra les dents. Il sentait peu à peu son chakra lui être rendu et Kurama récupérer ses forces, mais son cœurs lui procurait une désagréable sensation. Cette dernière s'accentua lorsqu'il sentit sa coéquipière se détacher de lui. Il laissa retomber le manteau de chakra et reprit sa forme originelle, certain qu'il n'y avait plus de danger. Le terrain était encombré d'une fumée opaque et quelques éclairs envahissaient parfois encore l'atmosphère. La jeune femme plissa les yeux, espérant ainsi une meilleure visibilité. Elle sentait son cœur marteler avec violence sa poitrine. Où était-il ? Son inquiétude grandissante la poussa à porter une main contre son cœur, comme si ce geste pouvait l'apaiser, ne serait-ce qu'un peu.
- Sasuke-kun… ?
Il fallut de longues, trop longues minutes au goût de Sakura pour que la fumée ne se dissipe. Enfin, quand ce fut le cas, une silhouette se détacha, immobile, du décor. Elle avança lentement, puis ses pas hésitants foulèrent le sol plus rapidement. Elle arriva en courant jusqu'à lui, Naruto et Omoi sur les talons. La kunoichi s'arrêta cependant en remarquant un corps allongé au sol.
Son regard se figea. Les deux hommes s'arrêtèrent à son niveau et eurent la même réaction. Omoi refoula un haut le cœur, tandis que Naruto détournait légèrement les yeux. La jeune sentit ses jambes l'abandonner et tomba à même le sol. Ses prunelles vertes ne purent se détacher du corps frêle gisant au sol. La terre humide absorbait le liquide sombre qui s'en découlait. Des yeux vides fixaient un point désormais invisible. Une respiration faible, difficile et douloureuse soulevait le torse imbibé de sang sur lequel quelques brisures reposaient. Elle voulut y porter une main, mais arrêta net son geste lorsqu'une giclée de sang vint souiller son propre visage. La lame tranchante du katana venait de se planter dans le cœur de l'enfant, lui arrachant un dernier soubresaut, dernier signe de vie. Elle laissa sa main retomber lourdement contre sa cuisse. Il lui fallut plusieurs secondes avant de parvenir à lever, avec une lenteur déconcertante, les yeux le long de la lame sanglante. Son regard ébahi parcourut les doigts, la main qui tenait le manche, puis remontèrent le long du bras, de la cape, jusqu'à rencontrer le bas du visage impassible, et enfin ces yeux. Ses yeux. Le sharingan et le rinnegan la clouèrent sur place. Elle eut l'impression de tomber dans le vide, de chuter de plusieurs centaines de mètres sans aucun moyen de se raccrocher à quoique ce soit. Elle tombait à pic, et n'entrapercevait même pas la fin de sa chute. Elle avait le vertige, une sensation de malaise, mais ne parvenait pas à détourner son regard du sien. Sa voix, tremblante, mal assurée, tenta de prendre le relais.
- Pourquoi ?
Ce ne fut hélas qu'un murmure à peine audible. Elle ne sut pas s'il l'avait entendue, ou si son expression criait d'elle-même son interrogation. Pourtant il lui répondit, d'une voix si détachée qu'elle eut l'impression de n'être qu'une passante à qui il aurait demandé l'heure.
- Il serait mort, de toute façon.
Sasuke retira sans ménage sa lame du corps sans vie de l'enfant, et la rangea dans son fourreau. Sans un mot, il passa à côté de la kunoichi et s'éloigna. Naruto serra les poings. Après quelques minutes, il s'efforça de poser les yeux sur le corps inerte. Ce gosse ne devait même pas avoir dix ans. Si au fond de lui, il savait que Sasuke avait agi pour leur bien à tous, il n'arrivait pas à accepter que tout se termine de façon si violente. Si macabre.
Du coin de l'œil, il vit Omoi tourner les talons, tête basse. Le sabreur s'en retourna lentement vers ses coéquipiers, hissa Atsui sur son dos, tandis que Yamato agit de même avec Samui. Pour sa part, il dégluti difficilement. Sa gorge lui parut si sèche qu'il doutât pouvoir en sortir un seul mot. Il s'accroupit aux côtés de son amie, plongée dans un silence qu'il savait torturé et douloureux. Sa main se posa sur son épaule. Elle ne réagit pas. Sa seconde main se posa délicatement sur la joue glacée de la jeune femme. Doucement, il la força à tourner la tête pour le regarder. Le regard vide qu'il aperçut lui compressa le coeur avec plus de force encore que tout ce qui avait déjà pu le blesser dans son enfance. Le métal froid de son bandeau frontal se posa contre le front de la kunoichi. Il ferma les yeux.
- Faut partir, Sakura-chan.
Besoin d'une babysitter ? Envoyez SASUKE au 232810.
(Si quelqu'un a eu la fabuleuse idée d'essayer, je suis curieuse de voir si cette suite de chiffres appartient vraiment à quelqu'un...)
