A/N : Salut tout le monde ! Comme promis me voici ce dimanche avec la suite :) J'ai bien peur qu'il ne se passe pas grand chose, mais j'essaie de mettre des éléments en place, tout ça, tout ça. Et puis, il y a des scènes que je m'amuse beaucoup à écrire. Enfin, vous verrez de vous-mêmes !

Je tenais à remercier les revieweuses du chapitre précédent, vous êtes géniales et c'est super intéressant d'avoir des avis extérieurs ! Donc merci à miss lolote, PetiteMouche, INeedAHero, Miisss, La Bgard, faolbee, Malh, Shiriliz et Syria

Le titre de ce chapitre est comme d'hab un titre de chanson, du groupe The Offspring cette fois. (Fallait absolument que je case ce titre dans une fic sur les Maraudeurs)


Chapitre 10 : Original Prankster

OoOoOoOoO

Une vision étonnante m'attend dans la Grande Salle ce vendredi matin.

Rattrapant le manque de sommeil de la nuit dernière, j'ai dormi le plus tard possible et quand je descends pour le petit-déjeuner, presque tout le monde y est déjà. J'ai beau avoir la tête dans le popotin, je ne peux pas rater l'agitation qui règne dans la Grande Salle au moment où j'y entre.

Presque tout le monde a la tête tournée vers la table des Serpentards... qui n'est plus vraiment la table des Serpentards. Elle a été complètement métamorphosée.

Il y a des fleurs. Des fleurs partout. Sur la table, sur les bancs, dans les assiettes, les carafes, les plats, qui tombent du ciel ou qui poussent directement entre les rainures du bois... La table des Serpentards est envahie par les fleurs. Roses, marguerites, oeillets, tulipes, orchidées, jonquilles, pâquerettes... il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs. Il y a même des nénuphars dans les carafes de jus de citrouille.

Et le blason des Serpentards, accroché au-dessus de la table, a été métamorphosé : il n'y a plus de blason rectangulaire vert et argent avec un serpent, mais un symbole qui me dit vaguement quelque chose, un cercle avec quatre branches qui partent de son centre.

L'ensemble est très beau, très coloré, joyeux même en cette fin de janvier. Complètement surréaliste chez les Serpentards habituellement sobres, voire lugubres. Mais bizarrement, les Serpentards n'ont pas l'air enchanté par cette amélioration de leur habitat naturel. Ils ont même l'air furieux, pour la plupart.

Alors que je vais m'asseoir à ma table, j'aperçois Avery en train de lancer des Incendio à répétition sur les rhododendrons qui ont poussé autour de lui, mais cela ne semble leur faire aucun effet. Beaucoup d'autres, comme Rosier et Mulciber, lancent des Confringo en espérant faire exploser les fleurs, mais cela a pour effet de les multiplier, ce qui les met en rage. Je ne retiens pas mon sourire devant leurs expressions ulcérées. Parmi les plus jeunes élèves de Serpentard cependant, certains semblent s'accommoder bravement de la situation, et j'ai même vu un troisième année ramasser une rose pour l'offrir à sa jolie voisine. Il y en a qui ne perdent pas le Nord.

A la table des Serdaigles, les commentaires vont bon train alors que je me sers un bol de porridge, non sans y avoir au préalable lancé un discret Specialis Revelio, comme à ma (nouvelle) habitude.

- Je n'arrive pas à croire qu'ils aient osé faire ça, commente Jonas Smith, un Serdaigle de ma promo, en secouant la tête avec incompréhension.

- Les Serpentards ont l'air furieux, regardez Avery ! s'exclame Madeleine d'une voix presque effrayée. Et Wilkes !

Avery s'acharne toujours avec ses Incendio, quant à Wilkes il est passé à la méthode moldue (ouh la honte) et détruit les petites fleurs autour de lui avec ses mains, envoyant des pétales et des bouts de tige partout. Je me demande s'il est au courant que certaines sont des orties.

- Ce n'est vraiment pas prudent de faire ce genre de choses en ce moment, dit Aphroda en fronçant le nez de désapprobation.

- On ne peut pas nier que c'est quand même de la très belle magie, intervient Emeric Headkins.

- Là n'est pas la question, rétorque Aphroda. C'est vraiment puéril de faire ça. Il serait temps qu'ils grandissent un peu.

Madeleine hoche la tête, montrant son approbation, tout comme Smith.

A l'instar d'Aphroda, personne n'a de doute sur l'identité des auteurs de cette farce. Mon regard se tourne vers la table des Gryffondors. Vers le milieu, entourés par leurs admirateurs, les Maraudeurs observent la scène en s'esclaffant et en se tapant dans les mains à chaque fois qu'un Serpentard utilise un maléfice d'explosion qui provoque juste la multiplication des fleurs. Potter a le bras passé autour des épaules d'Evans qui ne peut s'empêcher de rire elle aussi. Comment pourrait-elle les réprimander pour cette farce inoffensive et même plutôt poétique ?

Ils sont pliés en quatre lorsqu'un pissenlit sort soudain du bol de porridge de Snape et lui saute à la figure, le faisant couiner de peur et provoquant son départ précipité et furieux de la Grande Salle. Un Gryffondor de cinquième année a sorti son appareil photo et se met debout sur son banc pour prendre des clichés de ce spectacle mémorable, encouragé par toute la table.

Entre deux éclats de rire, Sirius croise mon regard et lève le pouce en ma direction. Je ne peux m'empêcher de lui sourire en retour. Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu heureux comme ça.

A la table des professeurs, j'aperçois McGonagall qui peine à dissimuler son sourire en coin tandis que Slughorn examine une orchidée d'un regard expert. Je le vois jeter un rapide coup d'oeil autour de lui pour vérifier que personne ne le regarde, puis mettre plusieurs orchidées dans sa poche, l'air de rien. Quant à Dumbledore, après avoir essayé quelques sorts sans succès (et sans vraiment essayer non plus, comme je le soupçonne), il lève les mains en signe de défaite et déclare, les yeux pétillant :

- Puisque c'est ainsi, réjouissons-nous de cette inattendue floraison printanière, avant que l'hiver ne reprenne ses droits !

Cette déclaration provoque les vociférations des Serpentards en sa direction. Plusieurs, comme Regulus Black, imitent Snape et quittent carrément la Grande Salle sans manger en jetant des regards meurtriers aux Maraudeurs qui leur font un joyeux signe de la main.

Moi je finis tranquillement mon petit-déjeuner alors que les autres Serdaigles remontent peu à peu aux dortoirs. J'en profite pour enregistrer dans ma tête l'image des Serpentards recouverts de fleurs. Mémorable. Snape n'avait plus l'air si terrifiant lorsqu'il a sursauté à cause d'un pissenlit.

C'est peut-être ça la solution pour ne plus avoir peur d'eux et me liquéfier comme la dernière fois. Les tourner en ridicule.

Je pense que cela mérite d'être ajouté à mon plan de défense.

OoOoOoOoOoO

Le soir venu, je ne me suis pas départie de ma bonne humeur.

Certes, elle a été fortement ébranlée lorsque, juste avant le cours de DCFM, Aphroda est venue parler à Sirius, pour lui dire que sa blague était (je cite) « la chose la plus drôle que j'ai jamais vue », le tout assorti d'une main négligemment posée sur son bras et d'un rire de pimbêche. Alors qu'elle venait de déclarer au petit déj' que c'était puéril ! Quelle hypocrite. Ai-je déjà dit que je détestais cette fille ?

Heureusement, le cours de DCFM m'a vite remise de bonne humeur, notamment lorsque le prof a demandé à Snape de nous faire une démonstration d'un sort d'attaque et que tout ce qui est sorti du bout de sa baguette, c'était des fleurs. Il était furax ! Il enchaînait les Stupéfix, Impedimenta, Expelliarmus, mais rien n'y faisait, à chaque fois c'était une nouvelle fleur qui en sortait puis se désagrégeait poétiquement dans l'air. J'avais mal aux côtes tellement je retenais mon fou rire.

A la fin, le prof l'a arrêté et lui a dit qu'il ferait mieux de faire réparer sa baguette. Snape s'est rassis à sa place avec un énième regard meurtrier aux Maraudeurs morts de rire et il a boudé pendant tout le reste du cours.

C'était limite orgasmique.

Je n'ai pas résisté à écrire une lettre à Giorgio pour le lui raconter. J'ai évoqué brièvement que je m'étais fait repérée par les Serpentards, mais sans entrer dans les détails pour ne pas qu'il s'inquiète. Giorgio n'est que mon oncle, mais parfois, il est super protecteur envers moi, il s'inquiète beaucoup de la situation politique du monde sorcier en Grande-Bretagne dont on commence à parler à l'étranger. Je pense que c'est parce qu'il n'a pas d'enfant, et que je suis la seule de la famille à avoir des pouvoirs magiques comme lui.

En tout cas, je suis toujours de bonne humeur alors que je m'installe à la Grande Salle pour dîner. Les fleurs chez les Serpentards ont toutes disparu, dommage...

D'ailleurs, les Maraudeurs aussi ont disparu. Tous les élèves sont là sauf eux quatre. Ils préparent encore quelque chose ? Ou ils se sont fait piéger par les Serpentards en représailles ? A moins que...

Je lève la tête vers le plafond étoilé. Oui c'est bien la pleine lune. Lupin doit déjà être dans la cabane hurlante depuis la tombée de la nuit, et ils doivent l'avoir rejoint sous leurs formes d'Animagus pour lui tenir compagnie. Si j'ai bien compris, c'est comme ça qu'ils font à chaque pleine lune.

Bon, je me souviendrai de rester éloignée du parc cette nuit. J'ai déjà entendu Potter et Pettigrow parler en cours de leurs balades nocturnes et ils n'avaient pas l'air de dire qu'ils restaient dans la cabane hurlante, ça m'avait tout l'air d'être une balade dans le parc, là où n'importe quel élève ou prof pourrait tomber sur eux. Si déjà, je me liquéfie sur place lorsque je me fais attaquer par des Serpentards, j'imagine même pas ce que ce serait si je me retrouvais face à un loup-garou. C'est vraiment dangereux leur histoire.

Mais bon, c'est pas moi qui vais aller leur faire la morale, ils sont bien assez grands pour s'en rendre compte tous seuls. De toute façon, ce sont des Gryffondors, ils ont une conception toute relative du mot "dangereux".

Et puis, je l'avoue, je ne peux pas m'empêcher d'être impressionnée à l'idée qu'ils soient devenus des Animagi à 15 ans. S'il y a assez peu d'Animagi dans le monde, c'est pas pour rien, c'est vraiment difficile d'y arriver. Moi j'aimerais bien pouvoir me transformer en un animal, mais le souci c'est qu'on ne peut pas choisir en quel animal on se transforme, cela dépend de la personnalité, et j'aurais trop peur que mon Animagus soit une limace ou un hippopotame. Imaginez tout le travail accompli pour au final se rendre compte qu'on a un Animagus tout pourri ! Le plus cool, ce serait d'être un oiseau. Comme ça, dès que j'ai besoin de m'enfuir, hop je m'envole par la fenêtre. Ça m'aurait sauvée de bien des situations.

J'engloutis mon repas, puis me dirige vers la bibliothèque. Je dois rendre mon livre de numérologie.

Mme Pince me l'arrache des mains et le feuillette page par page comme une maniaque pour bien vérifier que je ne l'ai pas abîmé. Je prends mon mal en patience et attends devant son bureau jusqu'à ce qu'elle me fasse un court hochement de tête, signifiant que c'est bon.

Je lui dis ou pas qu'elle a un gros poil noir sur le menton ?

Sans m'attarder auprès de cette charmante mégère, je me dirige vers le rayon des Sortilèges, pensant regarder s'il y a un autre livre intéressant pour les nuls en duel, motivée par mon succès contre Snape, quand je croise le regard de Lily Evans assise à une table un peu plus loin. Elle me sourit et me fait de grands signes pour que je vienne vers elle.

Les Gryffondors ont vraiment un souci avec la discrétion.

Je me dirige néanmoins vers elle.

- Salut Lucy, dit-elle à voix basse lorsque j'arrive à sa hauteur. Ça va bien ?

- Heu oui, merci.

S'ensuit un mini blanc gênant.

Merde je devais ajouter « et toi ? ». J'ai oublié.

- Il faudrait qu'on commence à discuter du thème qu'on va choisir en Runes, enchaîne Evans sans me laisser le temps de corriger mon oubli.

Je hoche la tête.

- Lupin n'est pas avec toi ? je demande innocemment.

- Non, fait Lily d'un air désolé. Il est à l'infirmerie, il a des migraines.

Des migraines, c'est cela.

OK, donc soit elle croit ce qu'ils lui ont dit, soit elle le couvre. J'aimerais bien savoir.

- Ah c'est à cause de la pleine lune, non ? fais-je d'un ton badin.

- Quoi ? Non, non pas du tout, dit-elle précipitamment. Pourquoi tu dis ça ?

Intéressante réaction.

- Et bien, souvent les maux de tête peuvent être liés aux phases de la lune, dis-je l'air de rien.

- Ah oui je suppose, dit Evans, visiblement soulagée. Enfin, en tout cas, Remus aura sûrement besoin du week-end pour s'en remettre, donc je me disais qu'on pourrait se retrouver lundi après le déjeuner pour en discuter, qu'en dis-tu ?

- OK.

Vu ma motivation aussi élevée que le quotient intellectuel d'un veracrasse, ça m'est complètement égal.

- Tu pourras le dire aussi à Shepperd ? Je ne la connais pas du tout, dit-elle d'un air embêté.

La chance, j'aimerais pouvoir en dire autant.

- OK, je lui dirai, dis-je en retenant une grimace.

- Super, c'est réglé alors.

Je hoche la tête et un silence gêné s'installe.

- Tu restes à la bibliothèque ? demande Evans alors que je cherche comment la saluer pour m'en aller.

- Non, je vais aller prendre l'air dans le parc je pense, dis-je prise d'une soudaine inspiration.

Eh eh, parfait pour vérifier si Evans est au courant que son copain est un Animagus non déclaré. Je suis brillante, des fois.

- Dans le parc ? Maintenant ? s'étonne Evans.

- Oui, pour m'aérer un peu la tête, j'explique d'un ton léger.

Quelle actrice je fais.

Je décèle une lueur de panique dans les yeux de la rousse en face de moi.

- Mais tu ne peux pas aller dans le parc à cette heure-ci, c'est... dangereux, cherche-t-elle à me dissuader.

- Oh non, c'est plutôt agréable en fait, il n'y a jamais personne, dis-je comme si j'étais une habituée des promenades au clair de lune. Bon, je te laisse travailler. A lundi.

Je m'apprête à tourner les talons quand elle me retient par le bras.

- Attends, ne va pas dans le parc, dit-elle d'une voix grave et un peu paniquée. Je... je suis Préfète-en-chef et je devrai t'enlever des points si tu faisais ça.

Je la sonde du regard, surprise. Elle a l'air sérieuse pour ce qui est d'enlever des points.

- Très bien, je vais juste retourner dans ma salle commune, alors, dis-je. Il doit sûrement faire froid dehors, de toute façon.

- D'accord, dit-elle, soulagée. Juste... ne va pas dans le parc, OK ?

Je hoche la tête, ce qui semble la rassurer, et m'éloigne vers la sortie. Voilà qui était surprenant... Evans était prête à m'enlever des points, quitte à se mettre à dos quelqu'un avec qui elle doit travailler, pour que je n'aille pas me mettre en danger dans le parc. C'est plutôt gentil de sa part. Enfin, j'imagine qu'elle fait surtout ça pour les quatre autres, pour qu'ils ne se retrouvent pas en mauvaise posture, mais bon.

En tout cas, maintenant je suis sûre qu'elle est au courant de l'histoire, Potter a dû tout lui raconter. Ou alors elle a deviné toute seule, mais ça m'étonnerait. On a du mal à imaginer Remus Lupin comme un loup-garou, il est tellement gentil et il a l'air parfaitement inoffensif. Moi j'avais du mal à y croire au début, alors même que j'entendais tout le temps Potter et Pettigrow en parler en classe pas très discrètement, quand ils pensaient que je n'écoutais pas.

Je me souviens encore du jour où j'ai découvert leur secret. On était en quatrième année, lors du cours de DCFM, commun aux Serdaigles et aux Gryffondors. A cette époque, la prof était une vieille dame, sûrement encore plus vieille que Dumbledore et McGonagall réunis, et on ne peut pas dire que ses méthodes d'enseignement étaient des plus modernes. Elle nous faisait recopier pendant des heures le manuel (qui datait de 1875) sur nos parchemins.

Alors que je recopiais sagement le chapitre du jour, Pettigrow à ma droite avait soudain lâché un murmure terrifié.

- James, James, avait-il soufflé d'une voix pâteuse en se penchant vers Potter à ma gauche. Je crois que... que je vais l'avaler.

- Peter non ! avait chuchoté Potter en réponse. Essaye de ne pas y penser !

- Je n'y arrive pas... c'est trop dur. Qu'est-ce qu'il se passerait si je l'avalais sans faire exprès ? Est-ce que ça peut me tuer ?

Je le sentais frissonner à côté de moi. Ils parlaient à voix tellement basse que je devais tendre l'oreille pour comprendre ce qu'ils disaient, tout en faisant semblant d'être trop concentrée sur mon parchemin pour écouter.

- Ne dis pas de bêtises, avait répondu Potter d'un ton rassurant. Une petite feuille de Mandragore ne peut pas te tuer. Mais tu ne dois pas l'avaler, Peter, ou il faudra tout recommencer !

- Je sais, mais je crois que je n'y arriverai pas. Un mois, c'est trop long...

- Tu peux y arriver Peter ! l'avait encouragé Potter. Fais comme nous et essaye de ne pas y penser.

- Je ne sais pas comment vous faites, j'ai juste envie de tout recracher.

- Pense à Remus ! Il n'y a que comme ça qu'on peut l'aider, ça en vaut la peine !

Pettigrow avait hoché la tête, l'air toujours aussi nauséeux, avant de retourner sur son parchemin. Quant à moi, je n'avais pas arrêté d'écrire mais mon cerveau fonctionnait à cent à l'heure. Pettigrow avait peur d'avaler une feuille de Mandragore qu'il devait garder dans sa bouche pendant un mois. Ça m'avait aussitôt rappelé quelque chose. On avait étudié les Animagi en Métamorphose l'an dernier et j'avais lu que l'une des étapes était justement de garder une feuille de Mandragore dans sa bouche pendant un mois.

Cela signifiait-il que Pettigrow essayait de devenir un Animagus ? Et ses amis aussi ? Et ils faisaient cela pour aider Lupin... Mais en quoi devenir des Animagi pouvait-il aider Lupin ? Cela avait-il quelque chose à voir avec le fait que Lupin était tout le temps malade ?

J'avais alors fait des recherches à la bibliothèque. Cherché quelles maladies pouvaient être soignées par une feuille de Mandragore mâchée ou par le fait de devenir Animagus. Mais je n'avais rien trouvé. Alors j'avais observé. J'étais plus que jamais attentive dans les deux cours que j'avais en commun avec les Gryffondors, la DCFM et les Sortilèges, pour surprendre une autre conversation entre Potter et Pettigrow.

Un jour, Pettigrow avait mentionné la pleine lune. Et c'est là que je m'étais rendue compte que Lupin était toujours absent aux moments de la pleine lune. J'avais alors cherché quelle maladie était liée aux phases de la lune, mais tout ce que j'avais trouvé, c'était la lycanthropie. Cela me paraissait tellement improbable que je n'y avais pas cru.

Au début. Parce que peu à peu, je m'étais rendue compte que tous les éléments concordaient. Et c'est là que j'avais compris à quel point l'amitié entre les Maraudeurs était forte. Ils étaient prêts à faire quelque chose d'extrêmement dangereux, difficile et illégal pour soutenir leur ami. J'aurais pu les dénoncer, ne serait-ce que pour les protéger. Ou les confronter, pour les convaincre que c'était trop dangereux. Mais je n'ai rien fait de tout ça. Je ne voulais pas interférer dans un si bel acte d'amitié. De toute façon, ils n'arriveraient sûrement pas jusqu'au bout. C'était beaucoup trop dur.

Mais un jour, en cinquième année, ils ont commencé à s'appeler avec de nouveaux surnoms. Lunard, Cornedrue, Queudver et Patmol. Le premier ne faisait que confirmer ce que j'avais déjà deviné. Mais les autres... la coïncidence était beaucoup trop grosse. J'avais recommencé à y réfléchir.

Cornedrue... Un rhinocéros ? Une licorne ?

Queudver... Un ver de terre ? Un fourmilier ? Ou une souris peut-être ?

Et Patmol... j'avais du mal à voir quel animal avait les pattes molles... Un canard, peut-être. Ce n'était pas très sexy.

Heureusement, les Maraudeurs me donnaient eux-mêmes des indices. Il arrivait que Sirius appelle Potter "le cervidé", quelques fois. Et quand Sirius était trop excité, Potter lui disait parfois en rigolant "couché !" ou "arrête d'aboyer !". Personne n'y prêtait plus d'attention que cela. Après tout, les Maraudeurs passaient leur temps à se charrier les uns les autres.

Mais c'est comme ça que j'en ai déduit que Sirius se transformait en chien. Et Potter, en cervidé avec des cornes... Ce pouvait être un cerf, un renne ou un élan. Quant à Pettigrow, c'était plus difficile. Une fois, j'avais entendu Potter dire que c'était lui le plus petit, et j'aurais pu parier qu'il parlait de sa forme d'Animagus. Mais cela ne m'avançait pas beaucoup plus.

De toute façon, c'était surtout Sirius qui m'intéressait. Et pour lui, il n'y avait aucun doute. Son Animagus était bel et bien un chien.

Evans aussi a passé du temps autour des Maraudeurs, donc c'est possible qu'elle ait eu le même raisonnement que moi, mais dans tous les cas, je pense que Potter l'aurait quand même mise dans la confidence.

Émergeant de mes souvenirs, je me jette un sort de Désillusion en sortant de la bibliothèque et me dirige vers la salle commune.

C'est vraiment une bénédiction de se balader sous un sortilège de Désillusion. Pour preuve, je viens de croiser Peeves avec des pots de terre dans les mains et un air machiavélique sur le visage, et il est passé à côté de moi sans me voir.

J'arrive donc sans encombre à la salle commune. Elle n'est pas encore pleine à cette heure. Dans un coin, un petit groupe de troisième année fait de grands gestes autour d'un tas de brindilles, testant probablement des pratiques de xylomancie, tandis que près de la cheminée, deux petites filles, sûrement de première année, s'amusent à passer leurs mains dans les flammes en gloussant de rire. Elles ont dû se jeter un sortilège de Gèle-Flamme, ça chatouille.

Oh mais que vois-je ? Mon siège préféré à côté de la fenêtre est libre ! C'est rare, c'est le siège préféré de quasiment tout le monde en fait. Ne ratons pas cette occasion, je vais m'y asseoir.

Je ne suis pas souvent dans la salle commune, parce qu'il y a en général trop de monde à mon goût, mais j'aime beaucoup cette pièce. C'est une grande pièce circulaire, avec des fenêtres en arcade tout autour qui de jour donnent sur un paysage magnifique. Les murs sont en pierre beige et forment des niches à certains endroits, contenant des bibliothèques, des tableaux ou, pour celle en face de la porte, la belle statue en marbre de Rowena Serdaigle. Des rideaux en soie ou en velours pendent du plafond, d'un bleu nuit profond comme celui de la moquette.

L'ensemble dégage une atmosphère de sérénité qui ne peut qu'apaiser ceux qui s'y trouvent. Enfin sauf les excités de première année qui courent partout en criant, eux rien ne les apaisent. Heureusement, ma place préférée se trouve dans une alcôve reculée, encadrée par de lourds rideaux bleus, m'isolant légèrement du reste de la salle commune. C'est le top.

Je m'installe confortablement sur la banquette, les jambes allongées dessus, à moitié tournée vers la fenêtre. Je regarde dehors, vers la pleine lune qui semble me narguer, comme pour me rappeler que Sirius est là, dehors dans ce parc, en compagnie d'un loup-garou. J'ai beau scruter attentivement les ténèbres, je ne vois aucune trace de lui ou de ses amis. Peut-être sont-ils dans la Forêt Interdite, ça ne m'étonnerait qu'à moitié. J'imagine que Lily Evans doit être tout aussi inquiète que moi, si ce n'est plus. Après tout, son petit ami aussi est là-bas avec un loup-garou.

Enfin, pas que Sirius soit mon petit ami. Du moins, pas réellement. On est juste... quoi, exactement ? Bah, je préfère ne pas y penser.

Détournant les yeux de la fenêtre, je sors mon livre de mon sac et l'ouvre sur mes genoux. Alors, voyons quels sont ces quelques sorts utiles pour se sortir du pétrin...

Je me plonge dans les livres et les minutes passent sans que je m'en rende compte. La salle commune se remplit de plus en plus à mesure qu'approche le couvre-feu, mais je suis assez bien isolée pour que cela ne me dérange pas.

En plus, le livre est vraiment pas mal, il me donne plein d'idées auxquelles je n'aurais jamais pensé, des sortilèges qu'on ne nous apprend pas en cours normal de DCFM. Il y a des suggestions envisageables et réalisables, comme le sortilège Colloshoo qui bloque les pieds de l'adversaire au sol et te permet donc de t'enfuir sans qu'il ne te poursuive.

Et puis il y a des idées un peu tirées par les cheveux, comme celle d'utiliser le Vomitare Viridis pour se faire vomir et ainsi dégoûter son adversaire afin qu'il ne nous attaque pas. Sinon il y a plein de petits maléfices originaux, censés surprendre l'adversaire qui s'attend à un simple Stupéfix ou Expelliarmus.

- Hum, Lucy ? fait soudain une voix au-dessus de moi.

Surprise, je lève la tête de mon livre.

- Oh salut, dis-je en reconnaissant Emeric Headkins, l'un des trois garçons de Serdaigle de septième année.

Par rapport aux deux autres Serdaigles de ma promo, Richard Clarke et Jonas Smith qui se la pètent parce qu'ils sont dans l'équipe de Quidditch, il est assez sympa et il n'est pas complètement amouraché d'Aphroda comme les autres mecs. En fait, il est même assez populaire à Poudlard, il a des amis dans toutes les Maisons. Il a des cheveux blonds cendrés, et des oreilles décollées qui lui donnent un air un peu nigaud, mais pour avoir discuté plusieurs fois avec lui, je sais qu'il n'en est rien en réalité.

- Salut, sourit-il. Je voulais te demander, tu pourrais me prêter tes notes en Arithmancie du cours de cet après-midi ? J'étais à l'infirmerie, je n'ai pas pu y aller.

- Oh. Oui bien sûr, dis-je en cherchant mes parchemins dans mon sac.

- Merci.

- Voilà, dis-je en les lui tendant.

Il les prend, mais au lieu de partir avec, il les parcourt rapidement du regard, avant de s'asseoir à côté de moi pour les lire plus attentivement.

Heu, je veux bien être gentille mais y a des limites. On ne me pique pas mon fauteuil ! Enfin, techniquement, il y a largement la place pour deux, mais tout de même.

- Qu'est-ce que c'est déjà, le théorème de Saragosse ? me demande-t-il en relevant les yeux vers moi.

- Tu sais, c'est celui qu'on a vu l'année dernière, je réponds, attendant patiemment qu'il s'en aille. Sur la relativité des effets magiques.

- Ah oui c'est vrai, j'avais pas compris grand chose, dit-il en continuant à lire mes notes. La prof a ramassé les essais de numérologie, au fait ?

- Oui.

- Ah et dire que je l'avais bien fait, pour une fois, soupire-t-il. Tout ça à cause de Peeves.

- C'est lui qui t'a envoyé à l'infirmerie ?

- Ouais, dit-il en secouant la tête d'exaspération. La blague sur les Serpentards de ce matin l'a inspiré, il se baladait dans les couloirs avec des pots de plantes et jetait de la terre à tous ceux qui passaient en criant "tempête de sable !".

Je ne retiens pas mon sourire en imaginant la scène, d'autant plus qu'elle me rappelle celle de ce matin.

- Ça m'aurait fait rire aussi si je n'en avais pas reçu dans les yeux, dit-il. Ça fait un mal de chien.

- Aïe, désolée, compatis-je avec une grimace. C'est juste que ça me rappelle Snape en cours de DCFM.

- Oh oui, un grand moment ! Je ne l'avais jamais vu aussi furax, rigole-t-il. Je dois avouer que le peace and love chez les Serpentards, c'était bien trouvé.

- Le pisse quoi ?

- Peace and love, tu ne connais pas ? s'étonne-t-il.

Je fais non de la tête.

- Tu sais, c'est ce mouvement en vogue chez les jeunes Moldus, qui sont contre la guerre et pour l'amour libre, explique-t-il en s'installant plus confortablement sur le fauteuil. Ils ont les cheveux longs et tout, et on les appelle les hippies. C'est très à la mode en ce moment.

Ah, c'est ça ! Je me souviens que ma grand-mère a passé son temps à râler contre eux pendant les dernières vacances, soi-disant ils seraient "sales". Vu que ma grand-mère ne les aime pas, ce sont sûrement des braves gens.

- Ah oui, j'en ai entendu parler. Je ne savais pas que tu étais d'origine moldue.

- En fait, je suis de sang-mêlé, explique-t-il. Mais j'ai un peu de famille moldue et notamment un cousin qui fait partie de ce mouvement, il est très drôle. On dirait qu'il est constamment sous les effets d'un philtre de paix, il écoute de la musique bizarre toute la journée et ne mange pas de viande. C'est vraiment un énergumène.

On continue à discuter tranquillement, assis chacun de notre côté du fauteuil. J'ai refermé mon livre et apprécie la conversation qui commence à dériver vers d'autres sujets. C'est vraiment agréable de discuter avec quelqu'un avec qui je ne suis pas particulièrement mal à l'aise, pour une fois. Ça change de Sirius avec qui chaque semblant de discussion est ponctué de mes propres réflexions de stressée : "oh mon Dieu il s'approche de moi !" , "je rougis là ou pas ?" ou encore "ne le regarde pas dans les yeux, ne le regarde pas dans les yeux, ne le... oh ses yeux sont tellement beaux...".

Au moins avec Emeric Headkins, peu m'importe ce qu'il pense de moi, il n'y a pas d'enjeu. Et je dois avouer que ça soulage.

- Bon, je vais te laisser lire, finit-il par dire. Les autres m'attendent.

En effet, ça fait un moment que le groupe de septième année, assis sur les canapés au centre de la salle commune, lui jette des regards insistants, voire l'appelle carrément pour qu'il les rejoigne.

Il se lève, me regarde, je vois qu'il hésite, l'air gêné.

- Tu veux venir avec nous ? demande-t-il finalement.

Nom d'un dragon unijambiste, jamais de la vie !

- Non merci, je réponds très vite ne cachant pas mes réticences.

- D'accord, dit-il en souriant, sans avoir l'air le moins du monde vexé. Merci pour les notes, je te rends ça le plus vite possible !

Il me fait un signe de la main et s'éloigne vers ses amis. Ceux-ci l'accueillent avec des « enfin ! » impatientés, surtout de la part des filles, mes camarades de dortoir adorées, mais il balaie leurs commentaires d'un geste de la main et semble changer de sujet car rapidement, le groupe se désintéresse de moi et repart dans ses conversations habituelles.

Haussant les épaules, je tourne à nouveau la tête vers la fenêtre, pour observer le parc plongé dans l'obscurité. Je me demande si tout se passe bien pour Sirius, s'il arrive à contrôler Lupin sous sa forme de loup-garou, s'il passe un bon moment, que ça vaille le coup au moins de prendre des risques pareils. Je repense à la blague de ce matin sur les Serpentards et je me demande s'il l'a faite pour moi, après ce qui s'est passé l'autre soir, pour me venger.

Malgré ce que je lui ai dit la dernière fois, je me plais à penser que c'était le cas. Même s'il est plus probable que lui et ses copains aient déjà prévu de faire ça depuis longtemps... Après tout, ils n'ont pas besoin de raison pour ridiculiser les Serpentards, c'est un sport national pour eux.

Je soupire. Peu importe quelles ont été les raisons de Sirius et des autres pour faire cela. Ce qui compte, c'est de survivre durant ces cinq derniers mois à Poudlard, sans me faire victimiser par les Mangemorts juniors et sans (trop) perdre ma dignité face à Sirius. Après, je pourrai partir loin d'ici et prendre un nouveau départ.


A/N de fin : Bon, pas trop de Sirius dans ce chapitre, sorry... mais c'est normal il a sa vie lui aussi.

Ça n'a strictement rien à voir avec rien, mais je viens de tomber sur la parodie "Dark Lord funk" et c'est teeeellement drôle ! Je ne sais pas comment j'ai fait pour passer à côté tout ce temps parce qu'elle a genre 11 millions de vues sur youtube, mais si vous ne l'avez pas encore vue, ça vaut vraiment le coup d'oeil. Moi je me la regarde en boucle.

Sur ce, à la semaine prochaine !