Chapitre 10 :
- Non, il faut que tu resserre davantage ta ceinture, sinon ton uniforme va bailler.
Très sérieusement, fronçant les sourcils et tendant les bras pour atteindre mes épaules, Rukia a décidé de me servir de chaperon-habilleuse-décodeuse de l'Académie tout en bataillant avec mon shihakusho que je suis visiblement infoutue de nouer correctement.
Je ne l'aide pas beaucoup, trop occupée à la regarder faire et à éclater de rire quand elle se retrouve emmêlée dans mes vêtements qui pourraient lui servir de tente. J'en ai mal au ventre et nos fous-rires de plus en plus fréquents et de plus en plus bruyants ont finis par attirer l'attention du bataillon de serviteurs. Ils rôdent inquiets comme des chats sans pour autant oser intervenir afin de rétablir le calme et fuient devant mon corps à demi nu comme si j'étais porteuse d'une maladie contagieuse. Et je m'en fiche comme d'une guigne.
En fait, je me contrefous d'être en petite tenue avec une veste de kimono en tout et pour tout sur moi et un pantalon de shihakusho en accordéon autour des chevilles le comportement de Rukia m'intéresse beaucoup plus que la façon dont je suis habillée.
Car Rukia me parle normalement comme si elle s'adressait à Ichigo ou autre. A savoir, sans formules ampoulées (mis à part sa façon de parler vieillotte que les animes n'ont pas rapporté) sans marque de déférence particulière, sans me regarder comme une bête curieuse. Et je m'aperçois que ça me manque énormément. De plus, elle me manipule les bras les jambes, le torse avec une poigne de fer, sans s'excuser de marcher sur mon ombre.
Elle joue à la poupée alors que nos gabarits diffèrent complètement et que je pourrais la coincer sous mon bras sans problèmes. Et moi, je me laisse faire par cette petite bonne femme, tout en cancanant comme deux vieilles copines que nous ne sommes pas et le côté irrépressible de la situation me fait exploser de rire pour un rien.
Tout en se battant avec les pans de ma veste, elle m'a expliqué pas mal de choses quant à l'attitude à avoir à l'Académie pour ne pas attirer l'attention sur moi : bien sûr, ne jamais enlever mon pendentif qui dissimule mon reiatsu porter une coiffure discrète et sobre qui cachera mes cheveux blonds, laisser Hoshi et Tsuki en partant. Une élève de l'Académie même en dernière année ne doit pas encore avoir son propre Zanpakutô, elle n'as pas assez de connaissances pour invoquer son nom. Alors deux…
Appliquer le règlement à la lettre, montrer toujours énormément d'humilité, rater une ou deux fois mes exercices, ne jamais poser de questions ou se faire remarquer. Super. Et on disait les mormons stricts ?
De toute façon, les autres élèves seront suffisamment curieux pour venir vers moi d'eux même sans que je cherche à me faire remarquer. Qu'est-ce que ça me gonfle…
Je soupire.
Elle arrête de batailler avec ma ceinture pour relever la tête et plonger ses immenses yeux bleus dans les miens j'oublie à chaque fois que derrière son apparence d'adolescente, elle est bien plus âgée que moi:
- Je me doute que cela doit être assez rébarbatif pour toi, Kei. Je n'ai pas envie de te faire la morale en te parlant des enjeux liés à ton apprentissage, mais…
Mais si je veux maitriser au plus vite les techniques de combats j'ai intérêt à suivre scrupuleusement les règles, je sais.
Elle ne répond rien et tire sur un pan de ma veste :
- Pour être tout à fait franche avec toi, je n'aimerais pas être à ta place.
J'ai un sourire ironique :
- A qui le dis-tu.
Elle poursuit néanmoins sur sa lancée :
- Nii-Sama estime qu'il est plus sage pour tout le monde que tu ne dises pas que tu vis au domaine en plus d'être la nièce du commandant Yamamoto, si on apprend…
- Que ton frère n'a aucune pédagogie d'enseignement et que je suis bien placée pour le savoir, ça risque de faire désordre, oui.
Elle ouvre de grands yeux :
- Mais ! Ce n'est pas ce que je voulais…
Je la coupe une dernière fois en riant, savourant la légèreté du moment :
- Je sais que ce n'est pas ce que tu voulais dire, rassure toi ! Mais il n'empêche que ton bien-aimé grand frère n'est franchement pas doué comme professeur !
- Kei !
- Mais c'est vrai ! Comment veut-il que je comprenne les subtilités du combat à l'épée s'il se contente de me taper dessus sans m'expliquer ? Moi étrangère au cerveau endormi, moi pas comprendre…
- Oh, cesse, je te prie ! Ta nationalité n'a rien à voir dans tout ceci et cesse également de ridiculiser Nii-Sama !
Je plonge à mon tour mes yeux dans les siens :
- Je n'ai pas dit qu'il était ridicule, Rukia. Mais pour ce qui est de comprendre les autres, permet-moi de douter fortement de ses capacités.
Je dois avoir marqué un point, car elle ne répond rien. Nous gardons un instant le silence toutes deux, puis elle a le même geste qu'Ichigo : elle pose sa main sur mon épaule et conclu :
- Il est tard et tu as besoin de te reposer demain, une dure journée t'attend.
Je hoche la tête doucement et au moment de sortir de la pièce, Rukia me crucifie :
- Si la situation ne s'y était point prêtée, je passerai sans doute les cinquante prochaines années à penser que mon frère m'ignore totalement, alors que je sais combien il se soucie de moi. Ne te fie pas aux apparences, Kei, ici plus qu'ailleurs elles sont trompeuses.
J'espère retrouver le chemin de ma chambre, à défaut de trouver une compréhension quelconque à ce qu'elle vient de dire.
- C'est elle ?
- Oui, entre le directeur et le professeur de Kidô.
- Tu es sûr ? Elle a plutôt l'air d'avoir avalé un parapluie... Vu sa dégaine, cela m'étonnerait qu'elle ait autant d'aptitudes pour arriver comme cela au beau milieu du trimestre de la dernière année!
- Elle ne ressemble vraiment pas au Capitaine –Commandant…
- Heureusement pour elle !
Des ricanements discrets mais parfaitement audibles s'élevèrent parmi les chuchotis. Depuis son arrivée à l'Académie, les élèves se bousculaient afin de voir de plus près la nièce du Capitaine Yamamoto et ne se privaient pas de remarques acerbes afin de dissimuler leur curiosité.
A présent, dans l'immense hémicycle où les cours théoriques étaient donnés, elle se tenait debout devant le tableau et gardait les yeux résolument baissés dans une attitude humble plus que convenable, du moins en apparence. Les commentaires, eux, allaient bon train. En retrait près de la porte, le directeur soupira discrètement et l'observa à son tour.
Bien plus grande que ses comparses de dernière année, des cheveux visiblement blonds malgré leur attache stricte et des yeux noirs brillants comme des diamants dans la nuit on ne pouvait en vouloir aux autres élèves de manifester de la curiosité et même de l'envie devant cette future haute gradée qui le sera sans même passer les examens finaux. Tout cela car elle était la nièce du fondateur de l'école.
Le directeur se gratta le bout du nez pensivement, tandis que la jeune fille écrivait à présent son nom au tableau noir de l'amphithéâtre. Même si singulières, les instructions du Capitaine-Commandant avaient été pourtant très claires : sa nièce devait travailler très dur pour rattraper son retard et pour ce faire elle avait besoin d'une totale liberté le soir venu.
Le Capitaine de la première division comptait donc sur le directeur de l'Académie pour obtenir une complète compréhension de la part des enseignants et il était inutile de perdre du temps avec des explications trop longues à donner.
Le directeur l'avait rassuré : au lieu de rentrer à l'étude sitôt les cours finis comme tout un chacun, elle pourrait aller et venir à sa convenance. Il se demandait bien pourquoi, mais se garda bien de s'en ouvrir au vieil homme afin de satisfaire sa curiosité.
A présent, le professeur avait demandé à la nouvelle élève de bien vouloir s'assoir à une place libre au troisième rang. Elle obtempéra mais en se dirigeant vers sa place, un instant distraite, elle évalua de façon erronée la distance de l'estrade au sol elle trébucha et failli tomber.
Et bien évidemment, la foule des élèves présents ne cacha pas son hilarité. La nouvelle venue releva la tête avec défi, les joues empourprées, plantant son regard dans ceux qui riaient le plus fort et le message qu'elle faisait passer était on ne peut plus clair : « si tu continue à te moquer de moi, tu vas le regretter ». Cela fonctionna bien, visiblement, car les rires cessèrent sans que le professeur ou le directeur aient à intervenir afin de rétablir le silence.
Le dirigeant de l'Académie des Shinigamis la regarda s'assoir près d'une jeune fille brune à l'air malicieux bien plus petite qu'elle. De nouveau impassible, la nièce du Capitaine-Commandant, regardait le tableau, prête à suivre le cours comme si de rien n'était.
En ouvrant la porte pour sortir, le directeur hocha brièvement la tête à l'encontre du professeur afin qu'il poursuive sa leçon son intuition lui disait que mademoiselle Yamamoto n'allait pas se laisser marcher sur les pieds. Il espérait simplement qu'elle ne lui cause pas trop d'ennuis.
- Psss, Kei-San !
L'interpelée se retourna au beau milieu du couloir, afin d'attendre sa camarade de classe qui venait de l'interpeller. Elle la reconnu c'était sa voisine de droite lorsqu'elle s'était assise en classe, il y avait trois jours de ça.
- Kei, c'est vraiment joli comme prénom, tu sais ? Et je trouve cela vraiment original. Je ne sais pas si tu as retenu le mien : je m'appelle Oyana Mitsuki et je suis enchantée d'être dans la même classe que toi. Je sens qu'on va devenir amies toutes les deux, pas vrai ? Mais dis moi, lorsque tu t'es présentée, tu as oublié de nous dire quelle était ta spécialité ?
La nouvelle élève sembla très étonnée par cette rafale de questions sans queue ni tête et haussa un sourcil dans un geste d'ignorance :
- Ma spécialité ? Que veux-tu dire ?
Sa voisine insista :
- Est-ce les différentes formes de combat ou le Bakudô ? Moi, j'ai beaucoup de mal avec le Shunpô et il m'est très difficile de poursuivre un combat pendant plus de cinq minutes. Mais par contre, en Bakudô, je me débrouille plutôt bien. Au moins, on ne risque pas de se couper un bras en voulant attaquer son adversaire et…
Les autres élèves qui les croisaient continuaient à se retourner discrètement afin regarder la nièce du Capitaine-Commandant à la dérobée. Ou bien était-ce l'intervention d'Oyana-Senpaï qui avait visiblement décidé de prendre sous son aile la nouvelle arrivée ?
L'élève la plus populaire était littéralement irrésistible, surtout quand elle parlait en souriant, comme elle le faisait maintenant. Difficile de lui dire non et ne pas être sous le charme. Ce n'était pas plus mal, après tout : la nouvelle serait moins gourde, ainsi, chaperonnée par celle dont tous les élèves voulaient l'amitié.
Quoiqu'il en soit, les commentaires se faisaient plus discrets depuis cette prise en charge salvatrice et la nièce Yamamoto semblait du coup presque détendue. Mais pour l'heure, elle se laissa entrainer par le babillement incessant de sa camarade et se dirigea vers le jardin en sa compagnie le cours d'incantations allait bientôt commencer.
Pendant que nous arpentons les couloirs au rythme ininterrompu du bavardage de ma nouvelle amie, j'essaie de remettre de l'ordre dans le tourbillon de souvenirs qui s'entrechoquent dans mon esprit : en à peine trois jours, j'ai l'impression d'avoir vécu plusieurs vies. Entre ma « rentrée des classes » alors que j'ai cinquante ans (mais bon, glissons là-dessus), mes cours avec les autres élèves qui me considèrent toujours comme une bête curieuse et mes combats nocturnes avec les différents Capitaines du Goteï 13, j'ai vécu pas mal de choses, en effet.
Une routine s'est mise en place rapidement concernant mes entrainements et les dix Capitaines se sont impliqués plus rapidement que je le pensais. En fait, ils ont décidé de tourner et se passent le rôle d'instructeur à mon égard chaque soir. A peine ai-je appris quelque chose avec l'un que je le mets immédiatement en pratique avec le suivant.
Nous avons également déterminé un emplacement à l'abri des regards indiscrets, désert et isolé : le Sôkyoku et sa forêt fantomatique, là ou Ichigo a affronté Byakuya Kuchiki après avoir sauvé Rukia. L'endroit idéal pour des combats désordonnés et violents. De plus, l'heure avancée de la soirée que nous avons choisie comme heure d'entrainement nous permet d'être sûrs de trouver l'endroit parfaitement vide.
Aussi, contrairement à ce que m'avait annoncé le Capitaine de la sixième division lors de mon premier combat avec lui, ce ne fut pas lui qui fut mon adversaire le second soir, mais Kyoraku. Puis ce fut le tour d'Ukitake.
Concernant les deux derniers Capitaines, les « affronter » est un bien grand mot : ils m'on surtout patiemment donné des leçons de combats à l'épée et sont restés stoïques face à mes bourdes. J'ai loupé de me faire couper en deux par Ukitake en perdant ma concentration lors d'une passe d'armes : j'ai failli lui demander si Maitre Yoda ne s'était pas réincarné en Yamamoto, la couleur verte en moins.
Forcément, il n'a rien compris à ma remarque, mais je me suis presque étouffée de rire avec mes propres idioties en imaginant Yamamoto petit et vert tout en parlant les phrases inversées de l'illustre maitre Jedï.
Néanmoins, grâce à cette méthode d'apprentissage intensive et ultra courte, j'ai bien progressé. Leurs compétences et leurs pédagogie parfaite m'ont grandement aidé, chose qu'un certain Capitaine chez qui je loge ferait bien de s'inspirer, mais c'est une autre histoire.
Mais pour mon prochain combat… le concernant, mon problème se corse gravement, car je soupçonne le Capitaine impliqué de ne même pas savoir épeler le mot « pédagogie ». Et encore moins d'en savoir sa signification.
C'est en partie pour toutes ces raisons que j'ai particulièrement flippé hier soir lorsqu'Ukitake m'a précisé que mon adversaire suivant serait le Capitaine Kenpachi.
