Merci pour toutes ces reviews !!! Chuis super contente !!! ♥


Lundi, 16h47.

Dimanche et lundi ont été deux très longues journées. Et lundi soir n'arrive pas.

Il ne veut pas. Lundi soir ne veut pas arriver.

De une, parce que dimanche soir je ne travaille pas. De deux parce maintenant pendant la journée je ne travaille plus.

Bon, il est vrai que j'ai apprécié de dormir jusqu'à 2 heures de l'après midi le dimanche et jusqu'à midi et demi le lundi (j'ai été réveillé par le téléphone. J'ai cru que j'allais le défoncer, c't'appareil de mes deux).

Mais je sais pas pourquoi, il me tarde d'être ce soir.

Peut être parce que Sexy Man y sera et m'a prévenu à MOI que ce serait pour MOI.

En même temps, on se connaît pas trop, on s'est vu que deux fois. Et je ne sais pas à quoi ça mène une relation avec un super beau Yakuza fils de mon patron s'il faut pas que ça finisse dans une pièce.

Et tous seuls tous les deux, accessoirement.

Et avec un lit en option.

Enfin voila. Ca sert à rien quoi.

Discuter, c'est bien. Mais quand on en veut plus et qu'on peut pas, c'est nul.

Que faire ? Le laisser tomber comme une vieille chaussette ? Il est trop bien pour mériter ce traitement.

Continuer ce jeu de flirt mutuel ? Un jour ou l'autre il en aura marre et c'est lui qui me laissera tomber comme une vieille chaussette.

Donc pour sauver mon honneur, il faudrait que ça soit moi qui le largue avec ses copines en premier.

Mais pas tout de suite, huhuhu…

En attendant il est toujours 16h48… quoi ??? Il était 16h47 y'a une demi heure !!

Le temps passe lentement quand on veut qu'il passe vite, et trop rapidement quand on veut qu'il passe lentement.

Ce soir, je m'habille normal. Je vais rester sobre. Pas de pantalon en cuir moulant. Je ne veux pas qu'il pense que je m'habille pour lui.

Et lui, que mettra t'il ?

Un costume léger noir avec une chemise noire. Ou blanche. Ou bleue.

Oui, bleue. Comme ses yeux.

Une chemise à manche longue, cachant des bras fins mais sûrement musclés. Un torse ferme et lisse, une peau douce et agréable au toucher.

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« -Salut les mecs !!!!

J'entra en trombe dans le salon. Les groupes d'Adonis qui y étaient s'arrêtèrent subitement de discuter pour me dévisager.

Euh ouais… j'ai l'air con.

Entrée d'ahurie, sourire d'ahuri, visage d'ahuri…

La panoplie complète du mec qui débarque de « Niailand ».

Bref, la tronche et le comportement d'un abruti heureux.

En plus y'a la moitié des mecs que je connais même pas.

-Euuuu… t'es sûr que ça va, Duo ?

Sho eut l'audace de sortir du groupe et de pointer le doigt sur le fait que oui, j'ai l'air con et il faut que je me soigne. Et bien.

C'est le seul qui ose, hein. Parce les autres du genre les crevards de Daiki, Ujiro et compagnie, c'est plutôt « Ah mais non, on le connaît pas celui là, c'est pas notre pote ! Non non non, attention ! Jamais vu ! Oulaaaa… » ou alors « Bon… on se cache… Personne ne nous voit… On n'est pas là…».

-Oui… pourquoi ?

-Ouuuuuuh… toi… il t'es arrivé quelque chose de super. Ou alors il va t'arriver quelque chose de super.

Ouiiiiiiiiii comment t'as deviné ???

-Non, pas spécialement.

-Bon. Il s'appelle comment ton médecin ?

Crevard. Tous des crevards.

11h37. Bouhouuuuu toujours pas de Heero TT. Il devrait venir d'un moment à l'autre. Obligé. En attendant je suis chaud bouillant et j'arrête pas. Les clientes qui sont avec moi ne reviennent pas de mon énergie, et ont mal au ventre tellement je les fais rire, aidé par Yuya.

-Eh beh, t'as la forme ce soir ! T'as un rancard avec une jolie fille ? Me demande t'il lorsque les clientes sont partie.

Il était content. Les clientes nous avaient donné un pourboire, et pas des moindres. Il m'en est un peu reconnaissant.

-Noooooon.

-… Un joli gars ?

Ben si c'est pas l'un, c'est l'autre. Banane.

-Euh… non plus. Non je suis de bonne humeur, c'est tout.

-Ah parce que d'habitude t'es pas de bonne humeur ? Ben c'est beau.

-Mais nooon. Mais tu peux pas comprendre. C'est psychologique.

J'adore ce mot « psychologique ». Il veut tout dire. Il existe UN seul mot pour décrire quelque chose, une sensation forte que l'on ressent et que l'on veut faire comprendre, que l'on veut faire communiquer, voire faire ressentir cette même sensation à nos potes. Un seul. Car tous les autres mots ne suffisent pas, tous les autres mots ne veulent rien dire, n'expliquent pas, ne décrivent cette sensation, même pas les gestes. Il suffit de dire : c'est psychologique. Ce mot indique qu'il n'y a pas de mots pour décrire cette sensation tellement elle est grande, spéciale. Tout le monde comprend. Si c'est psychologique, ça veut dire que ça peut pas être ressentit. Même en essayant.

-Aaaaah d'accord.

En plus, ça fait vachement intelligent quand tu dis « c'est psychologique, tu peux pas comprendre. ».

Par contre, j'aurais rien dû lui dire à celui là. Yuya, c'est le genre de personne qui fait carrefour des potins. J'espère qu'il fait pas téléphone arabe en prime.

Et là, petite musique de fond. IL apparaît.

Ti… aaaaaamo… (comme dans Astérix mission Cléopâtre !)

Stop ! On arrête le scénario débile.

Et zut, je me suis trompé.

Sa chemise est beige.

Une myriade de hôtes lui souhaitent la bienvenue, le questionnent car il est rare de le voir deux fois en l'espace de trois jours, lui demande s'il a besoin de quelque chose et essaye de lui taper la causette. Apparemment je suis le seul qui ne suis pas étonné de son arrivée surprise.

Il s'est habillé très décontracté. Pas de costume. Décidemment j'ai eu faux sur toute la ligne.

Et il est tout seul.

Je quitta Yuya qui de son coté partit squatter une autre table et m'avança vers lui. Cette fois, j'ai compris. C'est avec moi qu'il veut discuter. C'est moi qu'il veut regarder. C'est moi qu'il veut entendre.

Nos yeux se croisèrent.

-Excuse moi, fit t'il à un serveur à qui il parlait pour lui dire que l'audience était terminée pour lui et qu'il avait à faire avec quelqu'un d'autre.

Il se détourna de celui-ci qui avait l'air un peu dépité et se dégagea de la masse de personnes à l'entrée en faisant une remarque assez sèche.

-Si vous restez tous planté là à coincer l'entrée, cela fait une mauvaise image du bar et les clientes ne viendront pas.

Les serveurs lui obéirent sans broncher et circulèrent, reprenant leur place.

On se retrouva enfin face à face. Il est à la hauteur de mes yeux.

-Tiens, tu n'as pas mis ton pantalon noir en cuir moulant ?

-Non, j'aime changer. J'espère que ça ne va pas te gâcher ta soirée et que tu ne vas pas retourner chez toi.

-Ne t'inquiètes pas, je suis là pour une inspection des lieux et des personnes, mais toi tu es parfait. Attends…

Il se rapprocha et ses mains vinrent déboutonner lentement les deux premiers boutons du haut de ma chemise. Je dégluti discrètement. Je sentis ses doigts effleurer doucement ma peau qui se hérissa. Je fus parcouru d'un petit frisson mais paradoxalement, mon sang circula plus vite durant un instant et la température de mon corps monta de 4 ou 5 degré d'un coup.

-Voila, c'est mieux.

Il me sourit, satisfait. Et mon corps et moi soufflons intérieurement, comme après avoir couru un marathon.

-J'en ai pour un quart d'heure. Je fais un tour de la salle, vérifie le bar et je suis à toi.

En effet, il ne fut pas long. Enfin quand même trop long pour moi. Mais son personnage fut différent durant son inspection. Il fut plus dur, plus froid, et il distribua deux-trois remarques tranchantes. Lassé d'attendre, je ne fis plus attention à lui et le laissa finir son inspection sans l'espionner. Je m'installa au bar, après son passage. Katsuo, qui pourtant était débordé, prit trente seconde pour me glisser un mot à l'oreille.

-J'ai observé Jiro pendant un moment. Il a Heero d'un mauvais œil. C'est pas bon signe pour lui.

Puis, il m'abandonna pour retourner à son travail. Alors que j'étais entrain de papoter avec un petit groupe de serveur, je sentis une main se poser sur mon épaule, la serrant doucement, comme pour signaler que je lui avait promis un moment d'attention et que je le lui devait.

-Tu aimes me prendre par derrière on dirait.

Heero avait fini son tour. Il l'avait certainement abrégé vers la fin.

-C'est vrai. J'aime. Tu viens ? Ou tu es occupé ?

-Je suis occupé à t'attendre, alors si tu as finis on y va.

On s'installa à la même table que le samedi, et je ramena deux verres à cocktails soigneusement décorés pour son effet sur un plateau que je tenais d'une seule main.

-Quelle maîtrise, me fit il en plaisantant.

-Allure oblige.

-J'ai pensé à toi. Je n'ai pas amené de cigarettes.

-Merci. Moi aussi j'ai pensé à toi.

-Nos deux précédentes conversations m'ont bien faites réfléchir, et je m'aperçois que je ne sais rien de toi.

-C'est parce que je ne t'ai rien dis. J'étais plus intéressé à te connaître un peu plus.

-Tu as une copine ? Ah non, c'est vrai que tes orientations sexuelles sont plus vers les hommes.

-Je l'ai déjà dis, tu ne sauras rien la dessus.

-Même pas moi ? Je ne le répèterai pas, tu sais.

Arrête d'insister, bordel !! Je t'ai dis que je te dirais jamais rien ! JAMAIS !!!

-Bon… Si tu tiens vraiment à le savoir, je ne suis avec personne en ce moment.

Putain mais noooooon pourquoi j'ai dis çaaaaaa ???!!! Chuis con ou quoi ???!!!

Heero t'es qu'un abominable manipulateur !!!

-Ah bon ?

Il leva les sourcils, fit une tête étonnée.

-Tu devrais ouvrir les yeux un peu.

-Je les ouvre assez. Et être célibataire ne me dérange pas. Enfin pas pour l'instant en tout cas. Par contre, toi ça a l'air d'aller pas mal, avec toutes les filles que tu nous ramènes à chaque fois !

-Bof, pour la plupart, je ne les connais même pas, et je ne les revois pratiquement pas après. Et avoir une copine, c'est avoir des obligations. Et je suis comme toi, être célib' c'est pas grave, c'est surmontable. Il y a juste le petit problème de… enfin bref.

-Quel petit problème ?

-Non rien.

-Allez, dis le maintenant ! Tu vas pas me laisser dans le suspens ?

-En fait c'est qu'à partir de 25-26 ans au Japon, si tu n'es pas marié ou que pire, tu n'as pas de situation relationnelle stable avec quelqu'un, tu deviens de moins en moins considéré. Et voila, mon père, encore lui, commence à se faire du souci pour moi et quand papa mafieux s'en mêle… c'est chiant. Il me fait rencontrer des tas de ses « amis » qui ont des filles à peu prêt de mon âge… J'ai vraiment l'impression que plus je vieillis, plus je retourne en enfance avec lui.

-Ah ouais… c'est vrai que ça craint quand on se sent obligé de se plier à une certaine obligation familiale.

-Pour lui faire plaisir, et surtout pour qu'il me foute la paix, je sors les filles. Ici entre autre. Certaines se retrouvent dans mon lit, d'autres pas, mais c'est tout. Franchement si je pouvais ne pas le faire, je ne le ferais pas.

Jusqu'à là, on n'avait utilisé un langage assez soutenu, poli, même dans la drague qu'on se faisait conjointement. Mais son vocabulaire se fit plus cru. Son sourire était devenu forcé quand il se mit à parler de sa vie privée, et je sentais que celle-ci ne l'enchantait pas, même s'il paraissait le contraire. Ses yeux s'étaient légèrement assombris, peut être sous le coup de sa vision obscure pour sa vie privée, et il regardait par terre ailleurs, ignorant mon insistance pour le regarder en face et le dévisager comme s'il s'agissait d'un être parfait et parfaitement insaisissable. Puis il releva son regard vers moi et se força à sourire un peu plus, comme un sourire ironique qui veut dire « j'ai l'air heureux, pourtant je cache bien que ce n'est pas toujours vrai ».

-Il essaye de me « caser », ce n'est qu'une manière de me faire bifurquer vers les affaires de la mafia locale dont il veut que je prenne les rennes à sa suite.

-Je vais peut être dire quelque chose qui ne va pas te plaire… je peux ?

-Il me semble que tu es payé pour le contraire, me répondit il avec cette fois un sourire franc.

-Je sais… mais j'ai envie de dire ce que je pense sur toi.

-Oula… vas y, mais ne sois pas trop dur avec moi.

-En fait, tu es un Yakuza sociable et pas dangereux.

-Et c'est là que tu te trompes, malheureusement. Mais je suis content que tu croies ça, si c'est vraiment ça que tu crois.

Après une bonne heure de discussion bercée par la musique de fond et le brouhaha presque assourdissant de la salle, et entrecoupée par des petites gorgées d'alcool, Heero retroussa légèrement la manche droite de sa chemise afin de regarder l'heure de sa montre, dévoilant son poignet fin et une parcelle de sa peau lisse et hâlée (1).

-Ah…

Puis il finit la dernière goutte de son verre et se leva de sa chaise en enfilant sa veste d'un geste souple et précis.

-Il va falloir que j'y aille.

-Quoi ? Déjà ? Mais tu n'es resté qu'à peine une heure ?

-Une heure et demie. J'aurai été ravi de prendre un autre verre avec toi mais…

Il prit une voix à mis ton.

-… le devoir m'appelle.

J'émis un petit rire que je tenta de cacher avec une main devant ma bouche et en tournant un peu la tête.

-Quoi ? Tu ris ? Mais c'est très sérieux !

Pourtant il finit par rire avec moi. Je l'accompagna au bar pour payer et quand il eut finit de ranger son portefeuille bourré de billets dans une poche de sa veste, il se tourna vers moi, m'emmenant vers la sortie, prolongeant quelques paroles échangées à la va-vite, puis on s'arrêta devant la porte du Navigate, encore à l'intérieur.

-Cette fois, j'y vais pour de bon, confident indigne.

Je crus qu'il aller ouvrir la porte pour s'en aller.

Mais ce n'est pas ce qu'il fit.

Il se glissa derrière moi posant délicatement les doigts longs et fins puis la paume de sa main gauche sur une de mes épaules, et je sentis son autre main sur ma fesse droite.

Mais c'est qu'il me touche le cul !!!

Bon… c'est pas comme si j'aimais pas ça mais… c'est un client. Et les clients, ils ont PAS le droit de faire ça.

Pas touche aux culs des beaux serveurs. C'est la loi.

Je voulu me dégager d'un mouvement de hanche non brutal mais avant que je ne fasse quoi que ce soit il retira sa main et parti sans se retourner et sans me regarder, comme si de rien n'était. J'étais un peu abasourdi. Jiro me tira de mes pensées (tiens ! le revoilà celui là).

-Duo, tu as un billet qui dépasse de ta poche arrière droite de ton jean, me dit t'il agacé.

Ainsi il y avait une raison à cette caresse postériale ( quel joli mot). Je pris le billet. C'était une somme conséquente.

-Tu… Heero t'as donné un pourboire ?? Bégaya Ujiro qui à son tour vint me voir.

Ca me faisait ni chaud ni froid. Que les clientes donnent des pourboires, et même des gros, c'était commun. Quand à moi, c'était au moins mon douzième pourboire.

Une dizaine de serveurs que je connaissais et qui m'observaient de biais me sautèrent dessus, façon de parler (ils m'espionnent ces crevards en plus !!!).

-Apparemment oui… fit je simplement et en haussant les épaules.

-Mais il n'en donne jamais à personne.

-Et alors ? Les gens peuvent changer.

C'est sans doute un exploit. Tous les hôtes qui m'entourent font les yeux ronds comme des pastèques.

Jiro, lui, était sceptique. Il avait les sourcils un peu froncés.

-A ce rythme là, dit Sho, dans deux semaines tu es son shimeisha et dans un mois c'est le mariage !

Ca suscita l'hilarité de l'assemblée de serveur. Seul Jiro ne riait pas.

-Tu ne devrais pas sympathiser avec lui. Etre proche de lui, c'est bien Trop, ça devient dangereux.

-Qu'est ce que t'es rabat joie, Jiro… »

Je lui mis un bras par-dessus ses épaules et pencha ma tête pour voir sa figure en face mais il détourna la tête.

(1) Je ne comprends pas pourquoi tout le monde porte sa montre à la main gauche alors qu'ils sont pratiquement tous droitiers.