13 Décembre 1919, Cité de Westminster
- Lou' ? Appela Zayn.
Le châtain vit son compagnon jeter un regard circulaire à la pièce, et, ne le voyant pas, il haussa les épaules, un sourire apparaissant sur ses lèvres. Il retira ses chaussures accompagnées de ses chaussettes, ouvrit les trois premiers boutons de sa chemise et commença à monter les escaliers, totalement inconscient du mécheux qui le suivait du regard. Regard qui eut une étincelle à la vue du balancement des hanches, il faut le noter. Silencieusement, Louis sortit de sa cachette, grimpant à la suite du basané. Il cala ses pas sur ceux de son compagnon, veillant bien à ce que rien ne le trahisse.
Une fois devant la porte, Zayn toqua doucement, mais, n'obtenant pas de réponse, il l'ouvrit et rentra dans la pièce. Ne voyant pas son amant, ses sourcils se froncèrent adorablement, regardant de droite à gauche, et il sursauta quand une voix se vit entendre.
- Tu cherches quelque chose, Zayn ?
Le basané se retourna vite, totalement surpris par la voix de Louis. Elle avait rarement été aussi sensuelle et autant chargée de sous-entendus. Le métis déglutit difficilement en voyant le mécheux accoudé à l'embrasure de la porte. Son attitude nonchalante contrastait avec son regard brûlant. Les doigts du châtain pianotaient sur ses bras croisés tandis qu'il haussait un sourcil, attendant visiblement une réponse. Le basané resta interdit quelques instants et lorsqu'il eut à nouveau l'esprit clair, il se rapprocha de Louis, un sourire en coin se dessinant lentement sur son visage.
- Non. Je cherche quelqu'un. Enfin, cherchais, ajouta-t-il, ses mains se plaçant sur le cou du plus vieux. Et je ne sais pas comment, mais je l'ai trouvé.
- J'ai plutôt l'impression que c'est moi qui t'ai trouvé non ?
Le métis rigola légèrement, murmurant quelque chose qui ressemblait fortement à un « oui, possible » qui délia Louis. Ce dernier entoura les hanches de Zayn, le surplombant de ses quelques centimètres. Ils partagèrent un baiser tendre, loin de toute la sensualité qu'ils dégageaient il y a pourtant juste quelques instants.
Mais brusquement, le mécheux rompit leur contact, faisant gémir Zayn de protestation, et posa ses deux mains sur le basané, sérieux jusque dans la moelle de ses os.
- Laisse-moi te transformer.
Un grand silence succéda à la phrase de Louis. Le plus jeune était totalement immobile, et rien ne filtrait de lui. Pourtant, dans son esprit, c'était une pagaille sans pareille. Louis, son Louis, venait-il réellement de lui proposer cela ? Venait-il réellement de lui demander d'être comme lui ? Venait-il réellement de lui demander la permission... de le transformer ? Le métis se trouvait dans un état de surprise confuse semblable à celle qu'il avait ressentit lorsqu'il avait appris que le châtain n'était pas humain. Puis, finalement, il parut se rendre compte de ce que Louis avait dit, et sa bouche s'entrouvrit de stupeur.
- Tu... Tu serais prêt à faire ça ?
- Je serais prêt.
- Mais, Louis... Tu m'as raconté ce qui arrivait aux mutants et aux transgresseurs. Tu, enfin, on devra vivre en marge de ton monde. Il ne te manquera pas ?
La voix de Zayn était serrée. Louis lui faisait le plus beau des cadeaux à ses yeux, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que le plus vieux le regretterait un jour. Mais celui-ci posa son front contre le sien, se noyant dans les iris noisette.
- Zayn. Tu es la plus belle chose qui me sois arrivé sur cette Terre. Je ne peux même plus penser à une vie après toi. Alors si je dois vivre une éternité, je souhaiterais le faire avec toi.
Louis se figea un léger instant, avant d'avoir un léger rire.
- Je suis dégoulinant de romantisme, là. Mais oui, je suis prêt à être un paria pour tous, si cela me permet d'être avec toi, je le ferais avec plaisir.
Le basané coupa subitement Louis dans son élan en l'embrassant passionnément. Les larmes coulaient à présent le long de ses joues, mais il n'en avait rien à faire.
- Alors fais-le, murmura-t-il.
Le mécheux scella à nouveau leurs lèvres, et ce baiser-ci fût tout aussi fort que le précédent. Cela faisait déjà un bon bout de temps qu'ils se livraient entièrement, et toute forme de timidité avait disparu entre eux. Mais là, c'était l'apothéose. Le plus vieux entremêla ses doigts à ceux du métis, et, d'un mouvement, il les colla contre son cœur.
- Écoutes, il va falloir que tu me fasses confiance. Les bannis ont toujours dit que si la transformation est merveilleuse et lie pour toujours le transformé et son mutant, elle s'accompagne d'une douleur atroce. Alors je te le demande une dernière fois, Zayn, es-tu sûr de vouloir le faire ? Il n'y aura pas de retour en arrière possible, que ce soit pour toi ou pour moi. Je... Tu vas voir les gens que tu aimes vieillir, et toi, tu resteras toujours vivant.
Zayn ferma un instant les yeux, ayant une pensée pour Niall, mais il se rappela ensuite que celui avait fait une rencontre il y a bientôt trois semaines. Et que visiblement, c'était bien parti pour durer. Alors oui, il n'avait pas d'inquiétude à avoir pour le blond.
- J'en sûr. Transforme-moi, dit-il en relevant les yeux dans ceux de Louis. Je t'aime.
Louis embrassa tendrement son amant une dernière fois, mais avant que ce dernier ne puisse répondre, il s'était déjà éloigné. Lentement, il dirigea Zayn vers le lit, puis l'allongea, essayant de faire passer toute la douceur qu'il pouvait dans ce geste. Il lui retira sa chemise, le laissant torse nu, et s'assit sur les cuisses du métis qui, sur le ventre, essayait de se détendre comme il pouvait.
De son pouce, Louis griffa profondément son compagnon au niveau du bas de son dos. La forme était celle d'un croissant de lune, signe distinctif de son espèce. Le châtain murmura quelque chose, et la coupure doubla de volume. Des larmes coulèrent sur le visage du métis qui essaya de retenir un cri de douleur, enfouissant sa tête dans l'oreiller. À la vue du dos contracté de son amant, Louis ne put retenir une grimace, et il serra la mâchoire, se penchant légèrement.
- Je suis désolé Zayn, mais je ne peux pas te soigner. Cela te tuerait, dit-il, la gorge nouée.
Un grognement lui répondit. Grognement qui se transforma en cri lorsque le mutant enfonça ses dents supérieures dans le croissant de lune. Celles-ci s'étaient considérablement agrandies depuis que Louis avait commencé la transformation, et avaient transpercé la peau de Zayn comme si elle n'était qu'un fruit. Le basané mordit l'oreiller alors que la dentition de son petit-ami continuait à se développer à l'intérieur de son dos, qui lui semblait être criblé de millions de balles. C'était comme si les dents du mécheux déchiraient tout sur leur passage – et c'était bel et bien le cas.
Elles transpercèrent plusieurs muscles, mais le basané, n'ayant jamais suivis des cours de biologie, n'avait aucune idée de leurs noms. Des réseaux sanguins furent sectionnés, et pourtant, le sang ne se répandit pas dans le corps du métis, il se solidifia, créant de nouveaux réseaux sanguins contournant les intruses. Celles-ci s'arrêtèrent d'un coup, leurs pointes étant au milieu du corps du basané, à équidistance entre son dos et son ventre.
Zayn transpirait abondamment, la douleur était insupportable et seule la présence de son amant sur ses cuisses le maintenait conscient. Il aurait pu jurer qu'un incendie consumait son corps. Puis la bouche de Louis se détacha de son dos, tandis que ses dents restaient dans son dos. Celui-ci se tordit sous le feu qui envahissait ses sens, et il ne resta en place que grâce au châtain qui le retenait fermement. Celui-ci se baissa à nouveau et lécha délicatement la plaie, passant sa langue sur ses dents primitives qui apparaissaient comme de simples ronds sur le dos de son compagnon.
Sa salive glissa lentement dans les trous, glissant sur toute la longueur des dents, comme une couche protectrice, et commença à scintiller. Le blanc éclatait à travers la peau du plus jeune, puis, alors que ce dernier poussait un hurlement déchirant, tout son corps s'illumina, forçant le mutant à fermer les yeux.
Lorsqu'il les rouvrit, quelques secondes plus tard, la pièce n'était plus que doucement éclairée par le corps du métis. Le procédé avait duré plus de trois heures. Zayn était à présent nu sous Louis, le reste de ses vêtements ayant disparu, et le châtain le contempla, ébahi par la beauté qui se dégageait de lui, accompagnée d'un sentiment de plénitude et de douceur. Quelque chose en lui faisait penser à une flamme dans les draps blancs. Sa respiration était douce, contrairement à celle du plus vieux, qui était hachée. La repousse de ses dents secondaires le démangeait, et il ne cessait de passer sa langue sur ses gencives. Justement, pensant à ça, le mécheux descendit son regard là où la morsure avait été effectuée.
En voyant la marque laissée, la respiration de Louis se bloqua. Certes, il ne restait qu'un croissant de lune formant une courbe plus claire suer la peau de Zayn, mais elle était remplie par des points noirs, légèrement écartés les uns des autres. Ils étaient des ronds parfaits, et, du bout des doigts, le châtain ne sentis aucune bosse ni aucun creux. Plus gros au centre et plus petits aux extrémités, les points suivaient parfaitement la marque.
Puis un « pop » retentit dans la pièce et Louis sursauta, ne s'étant pas rendu compte du silence quasi-complet qui flottait dans la pièce. Il regarda autour de lui, cherchant l'origine du bruit. Pourtant, rien n'avait changé dans la chambre. Ce fut quand il passa nerveusement sa langue sur ses lèvres qu'il comprit. Ce n'était que le bruit de ses secondaires qui venaient de finir leur croissance accélérée. Un fin sourire se déposa sur ses lèvres, alors qu'il pensait qu'au moins, la démangeaison avait cessé.
Après quelques minutes à observer Zayn en silence, Louis se leva doucement de ses cuisses. Ses pieds épousèrent le plancher sans bruit alors qu'il se retournait pour le regarder encore une fois. Le mécheux s'agenouilla lentement et caressa de son pouce la joue de son compagnon. Il se délecta de la sensation de la peau sous la sienne, jusqu'à ce qu'une question se pointe dans son esprit, amenant avec elle l'incertitude.
- Quand vas-tu te réveiller Zayn ? murmura-t-il.
Sur le coup, il avait agi instinctivement, et cela avait été si puissant. Mais à présent que l'adrénaline était retombé, Louis réalisait qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire. Les récits des transformés mentionnaient toujours qu'ils ressentaient un moment de calme, doux, et si agréablement long après que la douleur se soit subitement arrêtée.
Mais le châtain n'avait jamais écouté ces récits. Bien qu'il les trouvait intéressants, ils étaient trop guimauves à son goût. Maintenant, il se mordait les doigts de ne pas avoir été plus attentif.
Justement, ceux-ci glissèrent sur le cou de son compagnon, et il remarqua que toutes les petites cicatrices qui parsemaient la peau basanée avaient disparu. Émerveillé par la douceur de cette dernière, il la contempla presque admirativement, puis le plus vieux déposa un léger baiser sur les lèvres pleines. Même leur goût avait légèrement changé. Certes, les lèvres du basané possédaient toujours cette sensation de douceur, mais elle était maintenant plus tenue, et se mélangeait avec une légère pointe de sel, qui devait à voir avec la sueur qui faisait briller son front.
- Je t'attendrai toujours, Zayn, murmura-t-il, ne sachant pas réellement s'il pouvait l'entendre.
Oui. Même s'il ne savait pas ce que lui réservait l'avenir, et même si celui-ci ne voulait pas l'aider, il resterait avec Zayn. Il resterait avec celui qui faisait battre son cœur. Alors oui, il attendrait et protégerait son compagnon, pendant des milliers d'années s'il le fallait, en attendant son réveil.
Poussant un soupir à s'en fendre l'âme, le mécheux se leva, remontant la couverture sur le corps du basané. Sans bruit, il enfila un boxer à son amant et sortit de la chambre pour aller se chercher un verre d'eau.
Ce fut seulement quelques minutes après que Louis prit place sur le lit à quelques centimètres du brun. Finalement, il avait pris dans la cuisine un saladier entier de fruits avec deux bouteilles d'eau pleines. Bien décidé à rester au chevet du basané, il tiendrait avec ses réserves au moins deux, voir trois semaines.
- Avantage de mutant, hein, dit-il, douloureusement.
Il s'installa confortablement dans le lit, assis, et prit le métis dans ses bras. Mais ce qu'il ne pensait pas, c'est que Zayn réagirait. Car à peine eut-il fini son mouvement que son compagnon se colla à lui, posant une main sur son torse nu et entremêlant ses jambes avec celles de Louis, et relâcha son souffle lorsqu'il s'arrêta de bouger.
De... bouger ?
Un sourire s'installa sur le visage du plus vieux alors qu'il resserrait sa prise sur le corps de Zayn. Peut-être n'allait-il finalement pas à attendre trop longtemps.
