Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent exclusivement à J.K. Rowling

Note de l'auteur : Et… on peut dire que je serai pour toujours et à jamais en retard pour la publication… mes plus sincères excuses. Dethe

Chapitre 10

« Je pense que tout le monde se ressemble. On veut tous une vie qui ait un certain but. Et un jour tu te retournes, et tu te rends compte que tu as trouvé ce qui rend ta vie spéciale. Tu as des amis qui te font sourire. Des amis qui t'aiment et qui peuvent te faire oublier tes souffrances par leur simple présence. Parce que l'amitié est peut-être encore le seul sentiment pur qui puisse exister »

Auteur inconnu

Le soleil frappait fortement, comme en plein été, et je fermais les yeux en soupirant paisiblement, me laissant bercer par les flots.

- C'est vraiment une belle journée, murmurais-je en m'étendant aux côtés de l'adolescente déjà allongée sur l'un des bancs de la barque.

- On devrait faire ça plus souvent, acquiesça Joy en passant une main dans ses boucles sombres, les rejetant en arrière.

Je souris et tendis négligemment une main hors de l'embarcation, mes doigts venant frôler la surface de l'eau, me faisant agréablement frissonner.

- Ta mère nous a demandé de rentrer à quelle heure ? demandais-je en inspirant profondément.

- Ne sois pas stupide, me répondit ma meilleure amie.

J'attendis qu'elle développe, mais elle ne le fit pas, et je décidais que cela n'avait pas tant d'importance que ça : nous étions très bien, allongées dans notre embarcation, vêtues d'une robe d'été, sous une chaleur qui aurait pu facilement être étouffante si le tableau complet n'était pas aussi parfait.

J'entendis Joy bailler et ne pus m'empêcher de pouffer.

- Longue soirée ?

- Tais-toi, murmura-t-elle.

C'est étrange, mais même les yeux fermés, je savais que Joy souriait : ça s'entendait dans sa voix.

- Finalement, tu as battu tous les records, avec Jack. Matt avait parié moins d'une semaine, Jeff moins d'un mois… et vous êtes toujours ensembles.

- Et ça fait combien de temps ? me demanda-t-elle, taquine, en passant une nouvelle fois une main dans ses cheveux, écartant les mèches les plus courtes de son front.

J'ouvris la bouche pour répondre, mais m'interrompis brutalement. « Et ça fait combien de temps ? » Je n'en avais pas la moindre idée. Je n'en avais pas la moindre foutue idée.

- Ouah ! gloussais-je en me redressant sur mes coudes. Le soleil tape vraiment fort, j'en ai du mal à penser !

- Ne te lève pas, Ruth. Si tu perds l'équilibre et tombes à l'eau, je ne pourrais pas aller te chercher.

- Parce que tu es dans le même état que moi ?

- Ne sois pas stupide, Ruth. Je suis dans un état bien pire que le tien.

Je lui jetais un coup d'œil critique : allongée de tout son long, l'une des jambes légèrement repliée laissant apparaître son bas de maillot de bain, et une main abritant ses yeux du soleil, elle avait tout, sauf l'air d'être en mauvais état.

- C'est toi qui es stupide, Joy, répliquais-je en faisant passer mes jambes de chaque côté de mon banc, me retrouvant à califourchon sur celui-ci, l'une des rames contre la hanche.

- On en revient toujours à ça, toi et moi, Ruth… « Ne soit pas idiote, Joy… », « Ne soit pas stupide, Ruth… ». C'est assez ennuyeux en fait.

Je détournais les yeux de ma meilleure amie, préférant les occuper à la découverte du splendide paysage autour de nous.

La mer turquoise semblait peu agitée, et le seul bout de terre présent dans les environs était une petite île que je qualifiais de paradisiaque. Le cliché parfait : au centre, des arbres aux feuilles d'un beau vert foncé, avec des fruits visibles depuis la mer. Et du sable autour. Du sable qui semblait blanc et fin, parfait pour s'allonger.

- Désolé, murmurais-je en regardant avec attention un petit garçon s'amuser à faire des pâtés de sable, ses lèvres s'agitant doucement comme s'il se parlait tout seul.

Il chantonnait. Je ne savais pas comment je pouvais le savoir, vu la distance entre lui et moi, mais il chantonnait.

- Arrête de toujours t'excuser pour rien, Ruth, soupira Joy, me détournant de ma contemplation du garçonnet.

« Cours, cours, voles, voles, petite chouette. Cours, cours, voles, voles, petite chouette, fuis, fuis, vite, vite. Voles, petite chouette, fuis, bruis, survis. Cours, voles, fuis, bruis et survis, petite chouette... ».

Sa voix me parvenait jusqu'à la barque, et je sentis mon cœur s'accélérer.

- Joy ? J'ai un mauvais pressentiment.

- C'est vrai, continuait celle-ci, inconsciente du trouble dont j'étais sujette, tu t'excuses toujours pour rien, Ruth, alors que tu es…

Je sentis la barque trembler légèrement, comme si quelqu'un se tenait debout dessus et faisait exprès de s'agiter pour la faire renverser. J'entendis alors trois coups distincts, et je crus que c'était Joy qui frappait contre la paroi en bois de l'embarcation.

Sur la plage, le garçon s'était relevé, abandonnant son seau rouge brique dans le sable, et s'approchant lentement du rivage, ses pieds nus allant s'enfoncer dans l'eau.

- Joy ? murmurais-je alors en détournant le regard.

Joy n'était plus allongée sur le banc du canot, mais se tenait au contraire debout dessus, dans un numéro d'équilibriste laborieux, les vagues faisant dangereusement tanguer le bateau.

- Joy ? répétais en me relevant à mon tour.

Elle fixait un point par-dessus mon épaule, et je sus qu'elle regardait la plage, mais je ne me tournais pas pour vérifier, obnubilée par la teinte rouge que prenait sa robe au niveau de sa poitrine.

Enfin, elle tourna ses grands yeux bleus vers moi, et je vis ses lèvres s'entrouvrir, comme si elle voulait parler, mais elle ne le fit pas, basculant soudainement en arrière tandis qu'une nouvelle fois, des bruits de coups contre le bois atteignaient mes oreilles.

- Joy !

Je me penchais pour la rattraper, et ma main s'agrippa à son poignet, dans une position maladroite. J'entendis le bruit des vagues s'écrasant contre la paroi externe du bateau, et celui-ci chavira, nous entraînant dans sa chute.

- Ruth ?

Je clignais des yeux, totalement déboussolée, les jambes emmêlées dans une couverture, les cheveux en bataille me recouvrant les yeux, et le souffle court.

Je passais une main dans mes boucles brunes pour découvrir mon père se tenant dans l'encadrement de la porte de ma chambre, une main sur la poignée.

- J'ai frappé, mais tu n'as pas répondu, expliqua-t-il tandis que je remettais mes draps en place.

- Pas grave, soufflais-je en portant une main à ma joue droite et au gros pansement qui y était collé.

- Ton amie est arrivée…

- D'accord, dis-lui… que j'arrive dans 10 minutes, d'accord ?

Il acquiesça et je m'extirpais de mon lit, courant jusqu'à la salle de bain, ignorant la douleur dans mes jambes protestant contre l'exercice aussi matinal que soudain.

Je pris la douche la plus rapide au monde avant de regarder mon reflet dans le miroir, le regrettant immédiatement : j'étais tout sauf présentable, avec mes yeux cernés, mon teint pâle, mes cheveux en bataille et mon pansement recouvrant la plus grosse partie de ma joue droite qui aurait bien besoin d'être changé.

Je tirais le bord supérieur de celui-ci en grimaçant avant de l'arracher d'un geste net, me faisant monter les larmes aux yeux tandis que j'appliquais immédiatement sur la blessure une pommade malodorante d'une couleur oscillante entre le bleu et le vert, ce qui eut pour effet de me faire ressentir comme une légère chaleur agréable indiquant le début de l'anesthésie.

Je me lavais les mains avant de mettre un nouveau pansement, et repassais dans ma chambre.

J'avais pratiquement fini d'enfiler ma robe noire lorsque l'on toqua à la porte.

- Je peux entrer ?

J'approuvais d'un léger « bien entendu », tentant toujours d'accéder aux fermetures cachées dans le dos de ma tenue.

Je sentis soudain des doigts repousser les miens et se mettre agilement au travail, parvenant à fermer les agrafes en un temps record.

- Merci, Esther, marmonnais-je en me baissant pour attraper mes chaussures.

Mon amie s'assit à la chaise de bureau en face de moi, croisant ses longues jambes qui semblaient bien pâles, compte tenu du tissu sombre de sa robe. Ses longs cheveux bruns reposaient sur son épaule droite, et elle était plus belle que jamais, malgré la coupure à peine visible sur sa lèvre et qui était astucieusement cachée. Je devais avoir l'air bien pitoyable comparée à elle, malgré mes boucles brunes à présent coiffées.

- Quel est le programme ? demandais-je froidement en attrapant ma veste.

- Matt, Jeff et Lucy arriveront ensemble, et Drew avec Tyler et Taylor.

Je ne fis pas le moindre commentaire, me contentant de la suivre jusque dans mon salon où mon père attendait, un saladier maladroitement emballé dans du papier aluminium posé sur les genoux.

- On est déjà en retard, donc on les rejoindra directement chez les Hamlet, et après… on verra sur place.

Mon père se releva, me tendant le plat.

- Donne-le à la mère de ton amie, Ruth, et communique lui tout mon soutien, d'accord ?

J'acquiesçais, lui arrachant presque l'ustensile des mains, soudain incapable de prononcer le moindre mot, et lui promis de l'appeler d'une cabine téléphonique moldue dès que je pourrais, tout en sachant que je ne le ferais pas. Lui aussi en était conscient, et étrangement, cela ne fit qu'augmenter ma mauvaise humeur.

OoOoOoOoOoOoOoOo

Le voyage jusqu'au chemin de traverse se fit en silence, trop occupée que j'étais par ma vérification tous les 5 pas qu'il n'y avait aucun sorcier dans notre dos prêt à nous jeter un endoloris.

Lorsqu'enfin, nous parvînmes au Chaudron Baveur, je me permis de respirer de nouveau, et attrapais ma baguette, pouvant le faire ici sans que cela ne semble étrange. Esther me jeta un regard en coin, mais ne se permit aucun commentaire, se contentant de marcher vers les cheminées mises à la disposition de tous. Elle insista pour payer ma part de poudre de cheminette, et pénétra dans le conduit, tandis que je faisais de même, faisant attention de ne pas laisser de la poudre s'échapper d'entre mes doigts avant que je n'aie eu le temps d'annoncer ma destination.

- Dundee, Ecosse !

OoOoOoOoOoOoOoOo

J'avais toujours détesté utiliser le réseau de cheminées pour me déplacer, mais à l'instant où je sortis de l'âtre de l'une des cheminées appartenant au quartier magique de Dundee, ma haine envers ce moyen de transport battait des records, et je me pris à remercier Merlin d'être née au mois de février : je pourrais passer mon permis de transplanage au printemps, et ne plus jamais avoir à me déplacer avec ces horreurs.

Esther m'attendait un peu plus loin, le visage, les cheveux et la tenue impeccables, contrairement à moi qui devait avoir l'air d'un vrai petit ramoneur. Elle tendit avec gentillesse sa baguette dans ma direction en murmurant un sort que je ne connaissais pas, et je sentis un souffle léger me caresser la peau.

- Parfaite, sourit-elle.

Je ne l'étais pas, bien entendue, avec mes yeux gonflés d'avoir trop peu dormi, mais je ne la contredis pas, la suivant en silence jusqu'à la sortie. Elle héla un taxi, et moins d'une demie heure plus tard, nous nous retrouvions à sonner à la porte de la maison dans laquelle j'avais séjourné l'été dernier.

- Ruthanna ! Esther ! Je suis si heureuse que vous ayez pu venir ! s'exclama Mrs. Hamlet en ouvrant la porte d'entrée.

Je résistais à l'envie enfantine que j'avais de lui dire que non, elle n'avait pas l'air particulièrement heureuse de nous voir là, avec son visage couvert de larmes, ses cheveux en bataille et son maquillage ayant coulé, mais je ne dis rien, parce que je n'en avais pas le droit, et que je savais qu'elle était réellement heureuse de nous voir. Autant heureuse qu'elle pouvait l'être à cet instant là, tout du moins.

- Bonjour, Mrs. Hamlet. Mon père m'a demandé de vous donner ça, ajoutais-je en lui tendant le saladier.

- Comme c'est gentil !

Elle nous enlaça, nous étouffant presque, et ce fut l'arrivé de Mr. Hamlet qui nous sauva de l'asphyxie.

- Vos amis attendent dans le salon…

- Daniel, mon cœur, vient me voir ! le coupa sa femme.

Je regardais Danny passer devant nous dans son costume sombre, et suivis Esther jusqu'à la salle de séjour qui était déjà remplie de monde : la famille Hamlet et mes amis de Poudlard.

J'acceptais avec plaisir l'étreinte d'ours de Matt, le sourire triste de Jeff et une légère pression sur l'épaule de la part de Drew avant qu'il ne prenne dans ses bras Esther. Avec un serrement au cœur, j'attrapais la main de Lucy dont les joues humides luisaient à la lumière des bougies allumées ci et là.

Tyler et Taylor se tenaient un peu plus loin, celui-ci en grande conversation avec le grand-père de Joy tandis que sa petite amie tenait de ses deux mains son bras, le teint pâle, regardant autour d'elle avec un air maussade.

Sur toutes les étagères, il y avait des photographies de Joy. Sur le buffet, je reconnus une photo datant de 1973, prise par Drew, sur laquelle Joy et Esther peignaient de petits œufs pour fêter pâque. Les sourcils de ma meilleure amie étaient légèrement froncés, comme quand elle était particulièrement concentrée, fixant son petit œuf pressé entre ses doigts, tandis que du bout de son pinceau, elle traçait un trait rouge. « Un coquelicot ! Je vais faire un œuf-coquelicot ! » m'avait-elle dit à l'époque.

L'instant d'après, l'œuf se brisait dans sa paume, et elle éclata de rire, repoussant les boucles ébènes recouvrant son visage à l'aide de sa main propre, tandis qu'elle présentait l'autre vers Drew, tout en continuant de rire, ses dents aussi blanches que régulières éclairant son visage.

Et dans un cadre en bois, posé un peu plus loin, se trouvait une photo de Joy et moi : elle devait dater de l'année dernière, au vu des cheveux courts de Joy dont les boucles frôlaient joliment ses épaules. J'observais avec nostalgie nos grands sourires tandis que nous nous enlacions fortement tout en fixant l'objectif, les lèvres tremblantes, tentant de retenir le fou rire qui viendrait inévitablement, tandis qu'elle me pinçait discrètement les hanches pour essayer de me faire capituler la première.

- Ruth ?

Je croisais le regard humide de Lucy qui me désigna d'un signe de tête le père de Joy, se tenant au milieu de l'assemblée, et d'un petit homme qui semblait avoir 100 ans et qui était visiblement en train de parler.

- … et c'est pour cette raison que le soutien apporté à la famille endeuillée est la chose la plus importante. Nous allons à présent rejoindre la crypte de la famille Hamlet.

Sans lâcher la main de Lucy, je suivis le cortège jusque dans la rue, sans comprendre où nous allions, me contentant de marcher derrière, observant le ciel gris, une douce brise venant me souffler dans le cou.

Enfin, après ce qu'il m'avait semblé être des heures, nous arrivâmes sur une plage laissée inexplorée par Joy et moi-même durant l'été dernier, et appartenant pourtant à la famille Hamlet.

Nous nous dirigeâmes vers une falaise de roche brune, et je vis le vieil homme dont je n'avais entendu que la fin des paroles – « Le prêtre », avait marmonné Matt tout en tirant nerveusement sur la manche de sa chemise - tapoter la paroi du bout de sa baguette magique, avant d'être imité par Mr. Hamlet. L'instant suivant, la pierre commençait à s'effriter, jusqu'à laisser un espace suffisamment large pour nous laisser tous passer.

Je suivis la procession, observant avec attention les torches allumées et accrochées aux murs, ainsi que les dalles couvrant le sol le long du chemin que nous empruntions. Enfin, le passage s'élargit, et un espace gigantesque apparut.

Je me souvins alors de ce jour, il y a une éternité me semblait-il à présent, où Joy m'avait confié que la famille Hamlet avait été par le passé une aussi illustre et grande famille que celle des Black ou des Brown. J'en avais la preuve sous les yeux.

D'épais piliers soutenaient la salle longue d'une quarantaine de mètres, dans laquelle étaient dispersées différentes pierres tombales de toutes les formes et grandeurs. Un espace avait été libéré pour que des chaises puissent y être placées. J'aperçus avec un serrement au cœur un cercueil en bois vernis laissé ouvert face à une pierre tombale sur laquelle était gravée ces quelques mots :

Joyce Sara Hamlet

29 juillet 1960

24 décembre 1976

Notre bien-aimé fille, sœur, et amie

Puisse le repos te sied

Mrs. Hamlet me fit signe depuis le premier rang de venir la rejoindre, et je m'exécutais, confiant la main de Lucy à celle de Matt, et je me retrouvais assise entre Danny et Jack Gordon, que je n'avais pas remarqué jusqu'ici.

Le teint pâle, les yeux brillants, il fixait sans un mot le cercueil à quelques mètres de nous, et je fus heureuse de remarquer que l'on ne pouvait voir ce qui reposait à l'intérieur.

Le prêtre se leva, et le silence tomba immédiatement, tandis qu'il murmurait des mots en agitant sa baguette, les torches accrochées aux murs semblant répondre vaguement aux paroles, les flammes crépitant doucement.

Mr. Hamlet se leva et se plaça près du cercueil de sa fille. Pendant quelques instants, il ne fit rien d'autre que de regarder l'assistance, avant de finalement prendre la parole, de sa voix grave qui me faisait toujours frissonner. A moins que ce ne soit dû à la température dans la crypte.

- Si nous sommes réunis aujourd'hui, dans la crypte des Hamlet, ce n'est pas pour prier les anciens dieux de veiller sur nos illustres défunts ayant depuis des décennies rejoint l'au-delà. Nous sommes aujourd'hui réunis ici pour prier pour le bien-être d'une nouvelle âme, qui était aimée par chacune des personnes présente avec nous. J'espère… sincèrement qu'aucun autre parent n'aura à enterrer son enfant, mais… nous savons tous que cela est impossible.

Sa main vint se poser sur le rebord du cercueil, et il en caressa le bois, lisse et brillant, tandis que des murmures dans mon dos faisaient frémir ma nuque.

- Personne ne devrait avoir à enterrer son enfant… mais n'oubliez jamais que nul n'est éternel. Nous mourrons tous un jour ou l'autre. En attendant, faite simplement tout ce qui est en votre pouvoir pour que de nombreuses personnes soient attristées de ce départ : cela signifiera que votre existence aura eu du sens. Celle de Joy en a eu.

Les lèvres de Mr. Hamlet continuaient de bouger, je les voyais distinctement à la lumière des torches, mais c'était comme-ci quelqu'un avait poussé le bouton off. Plus aucun son ne sortait de sa bouche. Ni de nulle part, d'ailleurs.

En jetant un rapide coup d'œil à ma gauche, je compris que j'étais la seule à avoir ce problème : toute l'assistance avait les yeux fixés sur le père de la défunte, les yeux brillants d'émotion, approuvant par instant en secouant faiblement la tête. C'en était risible.

Et avant que je me rende compte, Mr. Hamlet retournait à sa place, et sa femme me tapotait gentiment l'épaule, tout en me murmurant quelque chose que je n'entendais pas. Je sentis le regard des autres fixés sur mon dos, et Jack Gordon me donnant des coups de pied dans les chevilles en me désignant du menton la place occupée par le père de Joy quelques secondes plus tôt, près du cercueil de celle-ci.

Je me mis debout, sans trop savoir pourquoi, m'approchant de la longue boite en bois, gardant mes yeux prudemment fixés sur le bout de mes chaussures. « Il faudrait penser à les changer », pensais-je, « elles sont toutes usées. »

J'eus un petit rire nerveux que tout le monde, à par moi, entendis, et je croisais le regard larmoyant de Lucy qui tenait un mouchoir en dentelle près de son visage, ses lèvres fines serrées et le corps secoué de sanglots silencieux. Matt passa un bras autour de ses épaules, lui murmurant des paroles sans doute encourageantes, et je détournais le regard, tombant sur Tyler et Taylor.

Ils s'étaient installés sur les chaises à proximité des murs et des torches qui illuminaient le visage inexpressif de Taylor et sa chevelure blonde. Jamais je ne l'avais plus détesté qu'à ce moment-là, où elle attrapa avec douceur la main de Tyler, et où celui-ci décrocha son regard perplexe de mon visage et la regarda, lui souriant gentiment.

Il l'aimait. Evidemment qu'il l'aimait.

Je laissais mon regard vagabonder dans la crypte, jusqu'au cercueil et à son contenu. Et le son revint, me faisant frissonner.

Joy était là, allongée dans cette boite qui semblait tout à coup bien trop petite et étroite, ses boucles ébènes reposant sur la surface capitonnée, le visage pâle et toujours aussi beau que lorsqu'elle était en vie, vêtue de cette robe grise qu'elle aimait tant.

« Elle l'avait porté pour impressionner Jack Gordon », me rappelais-je, « ce jour-là, au match de quidditch, elle avait porté cette robe parce qu'elle savait qu'elle serait belle dedans. »

C'était étrange d'avoir ce genre de pensée à présent, surtout lorsque l'on se tenait sans un mot devant une assemblée de sorciers attendant que l'on parle depuis plusieurs minutes déjà. Si la situation avait été différente, j'aurais rougi de honte et me serais enfuie en courant. Seulement, les choses étaient différentes. Il n'était plus question de petits moments honteux à raconter à ses petits-enfants au coin d'un feu durant le dîner de Noël alors que leurs parents coupaient la dinde.

- Hum… je m'appelle Ruth Hayward. Certains ici me connaisse… j'étais la meilleure amie de Joy.

« Je suis la meilleure amie de Joy », murmura une voix dans mon dos que je reconnus immédiatement. Mais je ne me retournai pas.

- Je… j'avoues que je ne sais pas vraiment quoi dire. Je n'avais jamais pensé me retrouver dans cette situation, mais… Joy était ma meilleure amie, et comme chaque personne présente ici le sait, Joy était une personne merveilleuse. Et… ce que nous allons enterrer aujourd'hui, ce ne sera jamais que son corps… une très jolie enveloppe, mais… ce qu'il y avait à l'intérieur était tout aussi beau, et ça… ça ne pourra jamais être enfermé dans une petite boite, au fond d'une crypte humide. Et je pense qu'elle n'aurait pas voulu que nous nous apitoyions. C'est normal d'être triste quand une personne aussi exceptionnelle que Joyce Hamlet meure, mais… il ne faut pas voir ça comme une démonstration de la puissance de l'ennemi et de la faiblesse du ministère qui devait nous protéger… la mort de Joy n'est pas synonyme d'erreur. Le fait que Joy soit morte n'est pas un échec. Et… il faut être heureux, malgré tout, parce qu'elle est morte à un moment où elle était vraiment heureuse. Je veux dire… elle aura connu ce bonheur que nous souhaiterions tous connaître. Elle est morte au sommet de sa gloire, à l'instant où elle était pleinement consciente de ses facultés.

Je tournais les yeux vers le cercueil où reposait ma meilleure amie, à jamais dans ce corps d'adolescente.

- Elle ne sera pas morte vieille et avec des facultés… dégradées. Même si elle aurait pu être l'une de ces vieilles sorcières qui peuvent raconter leurs exploits à leurs arrière-petits-enfants en radotant… elle est morte en étant une sorcière, une sœur, une fille et une amie merveilleuse, et je pense que… c'est tout ce qui comptait vraiment pour elle. Alors, c'est ce qui compte le plus pour moi également. Joy est morte en étant une personne extraordinaire, appréciée des gens qui méritent de l'attention, et… je suis triste. Evidemment que je suis triste, mais… je pense que nous sommes ici pour célébrer la vie extraordinaire qu'a eu Joy. Et je peux vous dire que… elle est restée digne. Comme elle l'a toujours été. Et… elle savait qu'elle allait mourir, et pourtant… elle… elle était réellement au sommet de sa gloire, elle n'aurait pas pu aller plus haut, elle…

- Quelle gloire ? demanda la voix dans mon dos. Quelle gloire, Ruth ? Le fait de savoir lancer quelques sorts conduits à être au sommet de la gloire ? Honnêtement, si c'est le cas, je ne suis pas ravie d'être arrivée à ce sommet.

- Elle était mon amie.

- Je ne le suis plus ?

Je secouais la tête, comme pour tenter de faire disparaître la voix pressante dans mon dos.

- Elle était mon amie. Elle était vraiment mon amie, et je l'aimais. Non seulement parce qu'elle était ma meilleure amie, mais aussi parce qu'elle était ce genre de fille que j'avais toujours eu envie d'être. J'avais de l'admiration pour elle, et… sans doute que j'en aurais toujours. Aujourd'hui, nous allons mettre sous terre son corps, mais… ce qui alimentait mon admiration pour Joy ne sera pas enseveli. Jamais. Parce qu'elle sera pour toujours Joy, et que nous l'aimions tous, et tant qu'il y aura une personne pour chérir sa mémoire… alors elle ne disparaîtra jamais.

Je tournais mes yeux embués de larmes vers les parents de Joy.

- Moi, je… je ne cesserais jamais de chérir sa mémoire et ce lien qui nous unissait. Jamais… je le promets.

- Ne fais jamais de promesses que tu n'es pas sûre de pouvoir tenir, Ruth, murmura la voix de Joy dans mon dos. Règle n°1 pour être une sorcière respectable.

OoOoOoOoOoOo

L'éclat du soleil de l'après-midi hivernal avait suffi à me faire remonter les larmes que j'avais difficilement retenu lors de l'enterrement de Joy.

Je n'avais jamais assisté à un enterrement magique, mais malgré la tristesse de la scène, je l'avais également trouvé magnifique. Le cercueil dans lequel reposait Joy avait été conduit jusqu'à sa fosse, et de ma place au premier rang, j'avais pu voir la première flamme apparaître près de l'une des boucles foncées de Joy, mais elles n'avaient pas semblé réagir au feu comme je l'avais imaginé, à savoir, en brûlant.

Les flammes avaient pris dans tout le cercueil, et pourtant, je voyais distinctement le corps de Joy rester le même, sans brûlures, sans que ses cheveux et vêtements ne se transforment en cendres et que sa peau ne fonde. J'étais pourtant certaine que si je m'approchais et tendais la main, je me retrouverais avec une brûlure au troisième degré.

Et puis, sans que je comprenne comment, la fosse avait commencé à se remplir, jusqu'à faire disparaître les flammes, le cercueil et le corps de Joy.

Nous étions alors ressortis, chacun à notre rythme, la famille Hamlet restant plus longtemps pour se recueillir auprès des tombes des autres membres de leur famille, et j'avais entendu Esther expliquer à Jeff que les flammes servaient à protéger le corps de Joy des attaques extérieures, et que cela était récurrent parmi les grandes familles sorcières de faire usage de ce maléfice.

Une fois de retour sur la plage, j'avais été obligé d'abriter mon visage de mon avant-bras et d'aller m'asseoir quelques instants sur le sable froid pour retrouver un sens de l'équilibre parfait.

Jack Gordon se tenait un peu plus loin, près de l'eau, les mains dans les poches, fixant la mer, le visage fermé. Je me levais alors afin de le rejoindre, presque timidement.

- Salut, murmurais-je en m'arrêtant à ses côtés.

Il me jeta un rapide coup d'œil agacé avant de soupirer.

- Tu n'es pas obligée de faire ça, tu sais ?

- Faire quoi ?

- La fille qui se sent obligée d'aller réconforter le petit ami alors que tu le détestes.

- Quoi ? Je ne te déteste pas ! protestais-je.

- Bien sûr que si. Rassure-toi, Joy a tenu sa langue, même si elle en était autant consciente que moi. Et tu sais quoi ? Je ne t'aime pas non plus, Ruth. Je te trouve… trop pleurnicharde. Toujours à te plaindre et à vouloir être plainte, à tel point qu'on dirait que tu tends la baguette pour être battue, parfois. Et tu as cette espèce de fausse sympathie tout à fait horripilante.

- Quoi ? Quand est-ce que…

- Qu'est-ce que tu me reproches, au juste ?

- Je ne te reproche rien !

- Et tu as des difficultés à assumer, en plus ?

- Je ne t'ai jamais détesté. C'est vrai, je ne t'ai jamais beaucoup aimé, mais… Joy était ma meilleure amie, et elle sortait avec toi, et… tout le monde sait que tu es ce genre de garçon qui collectionne les filles. Joy méritait mieux qu'un mec qui collectionne les filles.

- Je n'ai jamais fait souffrir Joy.

- Tu n'en as pas eu le temps, c'est tout.

- J'imagine qu'on ne le saura jamais.

- Tu sais très bien que j'ai raison. Tu ne l'aimais même pas, ajoutais-je maladroitement.

- Quoi ? C'est tout ? Ce que tu me reproches c'est d'avoir aimé Joy ? Parce que c'était le cas, je l'aimais, et tu le sais très bien. Tu étais jalouse en fait, n'est-ce pas ? Et tu avais peur que je prenne la place que tu occupais dans son cœur ? Mais, Ruth… je l'ai occupé cette place. Je l'ai occupé, et tu es retombée au second plan pour elle. Dommage pour toi.

- Je te déteste.

- J'avais raison, alors.

Il m'adressa ce sourire qui faisait craquer toutes les filles et commença à s'éloigner, le sourire toujours collé sur le visage. Mais pour la première fois, ce sourire me sembla bien faux, comme un morceau de carton accroché à son visage.

- Je suis désolée, lançais-je alors. Si tu aimais vraiment Joy, alors, je suis désolée. Je sais à quel point tu souffres, et…

- Tu vois ? Un joli exemple de ta fausse sympathie… et je trouve ça vraiment écœurant. Tu ne peux pas avoir que des amis, Ruth. Accepte-le.

OoOoOoOoOoOo

- Joli discours. Un peu répétitif, mais joli quand même.

Je me retournai pour découvrir Tyler me sourire, affable.

Nous étions tous retournés à la maison des Hamlet quelques heures plus tôt, afin de poursuivre la journée de deuil, acceptant avec courtoisie les hors-d'œuvre proposés, la fatigue commençant lentement à grandir et à nous donner à tous envie de rentrer chez nous. Ce que mes amis avaient tous fais, vers 19 heures 30.

J'avais promis à Esther et Drew que j'étais capable de rentrer toute seule, et je les avais salués sur le porche de la maison des Hamlet. Et une fois qu'ils avaient disparu de mon champ de vision, j'étais allée m'asseoir sur le trottoir, les pieds dans le caniveau, sans la moindre intention de me relever et de rentrer chez moi avant de longues heures.

Et voilà comment je me retrouvais seule, dans une rue mal éclairée, avec Tyler.

- Merci, marmonnais-je. Taylor n'est pas là ?

- Elle est rentrée chez elle depuis une heure déjà. Je pensais que tu étais partie depuis longtemps.

- Déçu ?

Il sourit avant de s'asseoir à mes côtés, repliant ses jambes et laissant reposer son menton sur ses genoux.

- Alors comme ça, tu as réussi à te disputer avec le petit-ami de Joy… à l'enterrement de Joy ?

Il avait l'air amusé, mais je n'aurais su dire s'il l'était réellement.

- Comment tu sais ça ?

- Taylor me l'a dit.

Je reniflais avec mépris, et son sourire ne fit que s'agrandir, accentuant le serrement dans mon cœur.

- Tu l'aimes vraiment, pas vrai ?

- Qui ?

- Taylor. Tu l'aimes vraiment ? Tu n'es pas avec elle juste pour me rendre jalouse ? Je suis juste narcissique de penser ça ?

- Ruth… tu sais que je… t'aimais. Je t'aimais vraiment, avec des sentiments sincères, et tu seras toujours… la première fille dont j'ai été vraiment amoureux. Alors, quand tu m'as brisé le cœur, je voulais briser le tien aussi. C'est pour ça que j'ai commencé à sortir avec Taylor, mais ça n'a servi à rien. Tu aimes Remus.

Je le regardais avec attention, comme si je le voyais vraiment pour la première fois depuis une éternité. Et j'avais oublié à quel point j'avais pu l'aimer.

- Tu as réussi, Tyler. A me briser le cœur… évidemment que tu as réussi. Te voir avec elle… ça m'a fait du mal, parce que même si j'aime Remus… je t'aime aussi.

- Il faut que tu arrêtes d'aimer tout le monde comme ça, déclara-t-il avec un grand sourire. C'est étrange… d'une certaine façon, je suis heureux de savoir que j'ai pu te faire de la peine.

- Alors… tu n'aimes pas Taylor ?

- Si… bien sûr que si, je l'aime. Elle est… différente de la personne que l'on imaginait, à l'époque. Tu te souviens ? On la trouvait tellement… exaspérante. Mais je l'aime vraiment. Juste comme toi et Remus.

- Alors… on pourrait de nouveau être ami ?

- Ruth… ne soit pas stupide. Tu sais bien que non. Tu as été la première personne dont j'ai été amoureux. Je le serais sans doute toujours un peu. Ça ne peut pas juste disparaître comme ça. Si l'on redevenait ami… Ruth, je gâcherais tout. Je ne pourrais pas rester avec Taylor, et… tu me briserais le cœur encore une fois. Je n'ai pas envie de ça. On a eu notre chance, et on n'a pas su la saisir. Mais je ne t'en veux pas. On a quand même eu de bons moments. Mais l'amitié n'est plus d'actualité, c'est tout.

- Tu m'aimes toujours ?

Il me jeta un coup d'œil amusé, avant d'approuver, et sans savoir pourquoi, cela me réchauffa le cœur. Jack Gordon avait sans doute raison, j'avais de nombreux défauts, mais je ne pouvais pas changer pour plaire à chacun. Il fallait parfois savoir se contenter du minimum.

C'est sans doute pour cette raison là que je me retrouvais nez à nez avec Tyler, assez près pour sentir son souffle contre ma peau, mais pas encore assez pour sentir le contact de ses lèvres contre les miennes. Et je n'avais qu'à m'approcher un peu plus, et cela arriverait. Il suffisait de quelques centimètres…

- Tu vois ? Tu me brises le cœur encore une fois. Tu aimes Remus… c'est pour ça que tu n'es pas capable de m'embrasser.

Il se recula et se releva, époussetant ses vêtements.

- Tu es déçu ? demandais-je sans savoir pourquoi.

- Sans doute un peu, mais maintenant, je sais à quoi m'en tenir. Tu ne seras jamais capable de monter dans ce stupide train. Essaye de ne pas tout gâcher avec Remus, c'est tout.

Il m'adressa un dernier sourire mélancolique, avant de s'éloigner, les mains dans les poches et la tête basse.

- Je pense qu'il a raison ! m'annonça une voix claironnante à quelques mètres.

Joy se tenait là, dans sa belle robe grise en laine, souriant comme jamais.

- Tu n'es pas réelle, marmonnais-je.

- Est-ce que je dois être vexée d'être la seule dont tu reconnais la non-existence ?

- Quoi ?

Elle m'adressa un regard agacé avant de se diriger vers la route, s'arrêtant au milieu, les bras écartés.

- C'est une jolie soirée. Dommage que Remus ne soit pas là… pourquoi, d'ailleurs ?

- Il ne devait pas vouloir… s'imposer, proposais-je.

- A mon enterrement ?

Elle ricana en secouant la tête, ses boucles venant frôler son visage.

- Ne gâche pas tout, Ruth. S'il te plait. Même si on sait toute les deux qu'il y a de grandes chances pour que ça arrive. Arrête de suivre ton instinct, et écoute mes conseils. Rentre chez toi, fais une bonne nuit de sommeil, passe de bonne fin de vacances, et une fois à Poudlard, va voir Remus. Tout simplement, sans te poser de questions. Sinon, tu vas tout gâcher. S'il te plait, Ruth, crois-moi. Si tu hésites… il finira par être lassé. Personne ne peut attendre éternellement. Rentre chez toi, et va dormir. Tu as une tête affreuse.