Bien le bonjour, mes lecteurs adorés ! Je vous souhaite la bienvenue sur mon dixième chapitre !

Alors, déjà, pour bien commencer mon chapitre, je tiens à vous remercier toutes et tous pour vos magnifiques petites reviews, qui sont ce qui me motivent le plus pour écrire la suite. D'ailleurs, croyez-moi ou pas, mais mon rythme de publication ne pourrait pas être plus rapide. En fait, je passe rarement un jour sans ouvrir mon fichier Works, mais il se trouve que j'ai des problèmes personnels et un emploi du temps surbooké qui me prennent beaucoup de temps.

J'en suis désolé, mais je promets de ne pas m'arrêter dans cette histoire pour autant. J'aime trop vos reviews pour ça ! (Remarquez le message subliminal glissé dans cette petite remarque =D)

Allez. Place à la lecture, maintenant !

Disclamair:

La plupart des personnages sont à M. Kishimito, mais j'y ai mêlé de mon imagination, surtout pour les personnages secondaires. L'histoire se déroule en France, par soucis de maniaquerie. Ainsi, au moins, je suis sûr de connaître le système scolaire.


Chapitre 10 :

Ascension

Une porte qui claque. Un chien qui court. Un éclat de voix. Tout me laisse comprendre que je suis enfin chez moi. Etrangement, ces petites choses auxquelles j'étais habitué n'ont d'ailleurs pas la même signification, aujourd'hui. Au contraire, l'intervention de Shikamaru a complètement modifié mon système de raisonnement. Certes, dire que je suis fier de ce que je suis serait bien exagéré mais je commence à entrevoir tout un tas de possibilités en ce qui concerne mon avenir. Je me sens… soulagé, tout simplement.

Mon humeur prend vite le dessus sur moi lorsqu'Akamaru se jette à mes pieds et se roule par terre, pour une raison que je n'arrive pas à m'expliquer. Parti dans un fou-rire incontrôlable, je réalise combien rire peut faire du bien. Puis, graduellement, je me calme et reprend un air sérieux. Un rapide coup d'œil m'informe que je suis toujours seul dans l'entrée et je devine que Hana n'est toujours pas revenue de son boulot. Même si ce n'était pas arrivé depuis longtemps, il n'est pas rare de la voir faire des heures supplémentaires au travail, aussi je ne m'en inquiète pas et monte jusque dans ma chambre, talonné de près par mon chien. Là, encore fatigué par toutes les émotions par lesquelles je suis passé ce matin, je jette mon sac dans un coin et m'écroule sur le lit. Rapidement, mes paupières vont se fermer et mon esprit va se mettre à divaguer.

Il serait difficile de dire tout ce qui a pu traverser ma tête durant les minutes qui ont suivi. Je pense avoir retracé le déroulement de ma vie ces dernières semaines, comme un spectateur qui suivrait l'évolution de mes sentiments et de mes réflexions. Paradoxalement, si ces pensées ont été celles qui m'ont purement et simplement gâché l'existence, des jours comme aujourd'hui font que je ne regrette absolument rien. Cette journée était si…

Mes yeux se rouvrent brutalement. L'image de Shikamaru en train de m'embrasser est revenue sans prévenir et je pourrai presque sentir ses lèvres contre les miennes. Bêtement - et ce pour m'assurer de la bêtise de cette idée - je porte une main à mes lèvres et les frôle délicatement, réalisant soudainement ce qui s'est véritablement passé ce matin. Ma situation est très étrange. Certes, je savais très bien que mon ami m'avait embrassé mais… ce que ça pourrait impliquer me saute aux yeux seulement maintenant. Mon ami serait-il… gay, lui aussi ? Non, ce n'est pas possible… Il cherchait juste un moyen de m'aider, n'est-ce pas ? Oui, évidemment.

… Enfin, je crois. En fait, même si je pense que les probabilités pour que cela soit le cas se rapproche du zéro, je ne peux m'empêcher d'envisager cette solution. Comment faudrait-il que je réagisse si mon ami était vraiment homosexuel ? Je… ne l'aime pas, moi. Que voulait dire ce baiser, pour lui ? … Non, je ne dois pas faire des plans sur la comète. Il voulait juste m'aider, rien de plus. Sa technique était quelque peu originale mais il ne cherchait rien de plus.

Je me donne de moi-même des coups sur la tête - histoire d'évacuer ses mauvaises pensées - sans cesser de me répéter : « Il n'a fait que m'aider ». Cette phrase est devenue une sorte de leitmotiv et je n'ai de cesse de la repasser en boucle dans mon crâne, quitte à devoir me faire un lavage de cerveau. La situation inverse n'apporterait que des problèmes et je dois absolument les éviter. Une manière d'échapper à la probable réalité ? Certainement. Toutefois, j'ai bien le droit à un peu de répit, moi aussi. J'aimerais ne pas enchaîner les mauvaises nouvelles sans temps de pause. Je demande un jour. Non, une semaine. Ce serait déjà un bon début. Nous partirons donc du principe que Shikamaru n'est rien de plus qu'un ami qui… ne voit rien de bizarre à embrasser d'autres hommes.

… Je crois que c'est encore pire, vu sous cet angle.

Oh, et puis flûte ! Je me lève brutalement de mon lit, puis attrape le sac jeté dans un coin il y a quelques minutes pour entreprendre l'enfer que sont habituellement les devoirs. Dans l'état où je suis, je n'arrive à rien de bien constructif alors je vais essayer de me changer les idées en travaillant. Peut-être même qu'avec des chiffres plein la tête, j'en arriverais à oublier la soirée de samedi…

Un long soupir m'échappe. Décidément, ce n'est pas pour tout de suite, cette semaine tranquille. En effet, je n'arrive pas à déterminer si je dois me réjouir ou bien m'inquiéter de cette fête à venir. Je reconnais volontiers que je sombre peu à peu dans la paranoïa, mais je n'arrive plus à penser si sincèrement que Sakura ne tentera rien avec Gaara. Sans risquer de perdre une once d'objectivité, on peut affirmer que Gaara est vraiment agréable à l'œil. Sakura doit s'en être rendue compte, elle aussi… J'ai donc de bonnes raisons de m'inquiéter.

Cela voudrait-il dire que je devrais la mettre au courant de mon attirance pour lui ? Je doute de la portée d'une telle action. Plus grave encore, j'ai… peur. Peur de ce qu'elle pourrait me répondre. Je pense qu'elle n'a toujours pas abandonné l'idée d'être avec son beau brun ténébreux et arrogant, mais je trouverais normal qu'elle envisage autre chose en rencontrant quelqu'un comme Gaara, même si là, pour le coup, j'ai perdu toute mon objectivité. Du coup, savoir qu'elle pourrait m'annoncer de but en blanc qu'elle ressent elle aussi quelque chose pour Sabaku me paralyse de peur. Je… en tant qu'homme, je n'aurais aucune chance face à elle. Aussi, et ce même si c'est une réaction puérile et stupide, je refuse de lui en parler. Pour le moment, tout du moins.

Heureusement, tout n'est pas noir, dans cette idée de soirée. L'enthousiasme de Kilia en est la preuve parfaite. Durant tout l'après-midi, elle n'a eu de cesse de nous répéter encore et encore combien cette sortie s'annonçait géniale. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est motivée, et cette motivation me donne un petit coup de pouce, moi aussi. Difficile d'envisager une soirée catastrophique, lorsqu'on la regarde s'agiter de la sorte, dans tous les sens.

Trop plongé dans mes pensées, mon corps est pris d'un léger sursaut au moment où l'on toque à ma porte. Sachant pertinemment que ça ne peut être que ma grande sœur, je me reprends très rapidement et l'invite à entrer. À son tour surprise, elle s'arrête dès qu'elle me voit et me regarde avec deux yeux écarquillés.

- Tu fais tes devoirs ?, me demande-t-elle, l'air sceptique, un doigt pointé dans la direction de mon sac. Sais-tu quelle heure il est ?

À sa remarque, je pouffe de rire.

- Oui, oui, ne t'inquiète pas, articulè-je difficilement. Je sais quelle heure il est et je vais parfaitement bien.

Devant mon enthousiasme, elle ne peut retenir un sourire à son tour.

- Ne me refais pas ça tous les jours, tout de même. Je ne sais pas si je pourrais m'y faire.

- Promis, chef !, dis-je en me mettant au garde-à-vous.

Pour accompagner mon geste, Akamaru se poste tout près de moi et aboie. Je jurerai qu'il comprend de quoi nous parlons, ce chien. Mon sourire ne fait que s'élargir en le constatant.

- Bien. Repos, soldat. Je venais juste t'annoncer que je suis rentré, ajoute-t-elle après un petit temps de pause. Je suis exténuée alors je vais me reposer un peu. Si tu as le temps, tu veux bien aller promener mes chiens en même temps que le tien ?

- Bien sûr !

- Merci. Allez, je te laisse, maintenant. Tu as l'air si occupé avec… tes devoirs.

Je devine à son ton qu'elle n'y croit toujours pas, ce qui me fait rire de nouveau. Sans attendre que je ne reprenne mon sérieux, elle quitte la chambre et je me retrouve seul, avec un chien pour seul compagnie. Ah ! Non. Où diable avais-je la tête : il me reste également mes devoirs. Quelle joie… ! Mon regard se perd sur la couverture de mon cahier de mathématiques quelques secondes.

… Si seulement Hana connaissait les raisons qui ont poussé le fainéant que je suis à s'intéresser à ces maudits devoirs, elle ne trouverait probablement pas ça aussi amusant. Guidé par la bonne humeur dans laquelle la venue de ma sœur m'a mis, je refuse cependant de me miner le moral et me mets cette fois très sérieusement à mon calvaire. Autant ne pas se laisser submerger par de sombres pensées.

Plus tard, j'irai promener les chiens.

Jeudi 2 octobre

De nouveau, on tape à ma porte. Seulement, cette fois, c'est tout sauf normal.

Dans un état semi-conscient, j'entends la voix de ma sœur qui semble s'impatienter. Obligé par la force des choses, j'ouvre donc un œil, très difficilement mais surement, et constate qu'il n'est pas encore l'heure de se lever. J'ai même encore de l'avance ! Pourquoi s'acharne-t-on à vouloir me tirer de mon lit ?

- … m'entends ?, demande la voix de ma sœur. Dépêche-toi de sortir du lit, Shikamaru est ici et il t'attend en bas, dans le salon !

Je fais un bond dans mon lit. Shikamaru ? Ici ? Mais… que… pourquoi ? Depuis quand est-ce que Nara daigne passer me prendre directement chez moi ? Surtout que cela signifie qu'il a dû se lever encore plus tôt, et ce dans le seul et unique but de me voir. A-t-il… perdu la tête ?

- Tu m'écoutes, Kiba ?, s'énerve Hana, en tambourinant sur ma porte.

- Oui, oui, j'ai entendu, déclarè-je, maintenant totalement réveillé grâce au choc de la nouvelle. J'arrive.

Je l'entends soupirer un « Il était temps », puis elle repart dans la direction des escaliers. Toujours abasourdi par la nouvelle, je tends l'oreille et n'arrive à croire ce que j'ai entendu que lorsque la voix de Shikamaru s'adressant à Hana parvient jusqu'à moi. Puisque je déteste me faire attendre, j'accélère vite le mouvement. Je saute en bas de mon lit, attrape des vêtements propres et me propulse dans la salle de bain, si vite qu'Akamaru n'arrive plus à suivre le rythme et préfère se rallonger dans ma chambre pour gagner quelques précieuses minutes de sommeil.

[…]

Quelques minutes plus tard, je repasse le seuil de la porte de ma salle de bain. Je dois avouer que je n'ai jamais fait aussi vite pour me préparer. Cela dit, aussi court fut-il, ce temps de préparation fut largement suffisant pour me permettre de cogiter. Ainsi, j'en suis arrivé à une conclusion simple mais efficace : à moins que la situation ne s'y prête vraiment, Shikamaru ne se serait jamais, ô grand jamais, levé de si bonne heure. En somme, il y a donc quelque chose d'important dont il souhaiterait m'entretenir. Puis, avec la discussion que nous avons eu hier… J'ai dû mal à croire qu'il n'y a aucun lien. C'est donc un peu stressé que je passe l'embrasure de la porte de notre salon.

Et là, je réalise que l'impossible ne l'est plus : Shikamaru est bel et bien ici. De plus, il ne semble même pas souffrir de manque de sommeil et il me gratifie d'un large sourire au moment où j'apparais dans son champ de vision.

- Tu as le sommeil lourd, dis-moi, déclare-t-il d'emblée. Je ne serais pas près à parier qu'il m'aurait fallu aussi longtemps que toi pour sortir de mon lit.

Je passe une main à l'arrière de mon crâne et me gratte nerveusement le cuir chevelu. A-t-il fallu si longtemps que cela avant que je ne remarque ma sœur ? Je n'ai rien le temps d'ajouter pour ma défense que Shikamaru se déplace dans ma direction.

- Maintenant que la belle au bois dormant est réveillée, que dirais-tu que nous y allions ?

Une telle vivacité, si tôt le matin, défie totalement l'entendement. En particulier lorsqu'elle vient de Shikamaru, si bien que je vais jusqu'à en perdre mon latin.

- Euh… oui, si tu veux.

Il ne retient pas un petit ricanement devant mon désarroi, puis se tourne vers la cuisine et s'adresse à ma sœur.

- Merci pour l'hospitalité de si bon matin, Hana. Nous allons y aller. Bonne journée.

- De rien !, s'écrie-t-elle en revenant dans le salon, son éternelle tasse de café dans les mains. Travaillez bien !

Emporté par le flot des évènements, je salue ma sœur, ramasse mon sac au passage, puis prend la suite de mon ami. Je dois avouer que je ne suis pas habitué à quitter la maison avant elle. Pourtant, plus important pour le moment, c'est sur la raison de la venue de Shikamaru que toutes mes pensées vont se focaliser.

Rapidement, je me retrouve à l'extérieur, dans un froid quasi-hivernal. Shikamaru m'a pressé de manière à ce que je n'ai pas le temps d'en placer une et nous marchons maintenant côte à côte, dans un silence pesant. Il n'est tout de même pas venu me chercher juste pour le plaisir, n'est-ce pas ? Puis, au moment où je m'apprêtais à prendre les devants, il rompt ce silence de lui-même.

- Comment vas-tu, aujourd'hui ?

Comment je vais ? Et bien… Avec tout ce qui s'est passé, je n'ai même pas eu le temps de me poser la question. Ceci étant dit, si je devais répondre, je pense que je vais bien.

- Mieux que je ne l'ai été depuis plusieurs semaines. Et toi ?

- Je vais bien, même si j'aurais bien dormi une petite demi-heure supplémentaire, dit-il en baillant.

« Alors que fais-tu ici ? » est la première chose qui m'est passée par l'esprit, mais je l'ai retenu de justesse avant que la question ne franchisse le seuil de mes pensées. Il finira bien par m'expliquer de lui-même et je ne veux pas être paraître impoli ou désagréable. D'ailleurs, je suis encore plus près de la réalité que je ne le pensais, puisqu'il enchaîne directement.

- Tu dois te demander ce que je fais ici, n'est-ce pas ?, demande-t-il en me dévisageant.

- Oui.

Inutile de le ménager, s'il aborde le sujet le premier.

- Tu fais une de ses têtes !, s'exclame-t-il en riant. Je ne vais pas te faire un sale coup ! Je suis ici seulement parce que je me suis dit que tu aurais peut-être envie de parler un peu, après ce qui s'est passé hier. Nous n'avons pas vraiment eu beaucoup de temps et la discussion a été comme avortée.

Je ne lui réponds pas. Ce qui s'est passé hier ? Parle-t-il… du baiser, ou de mes révélations ? Les deux même, peut-être ? Devant mon mutisme prolongé, Shikamaru se penche un peu pour observer plus attentivement les traits de mon visage, puis continue ce qui ressemble pour le moment à un monologue.

- Est-ce que je me serais trompé ?, s'interroge-t-il, sceptique.

- Non, répondè-je enfin. Seulement… Je n'ai pas l'habitude d'en parler. De mon point de vue, c'est encore une chose assez étrange et je ne suis toujours pas totalement à l'aise avec ce que je suis.

- Tu as honte de toi, c'est ça ?

- Oui, avouè-je sincèrement.

- Tu ne devrais pas, ajoute-t-il après quelques secondes de réflexion. L'Homme a depuis longtemps dépassé le stade où l'amour n'existait que pour la procréation.

Un frisson parcourt mon échine. Je lui dis avoir du mal avec ça et il me parle directement de finir dans le lit d'un autre homme. Se rend-il compte que c'est précisément avec ça que j'ai du mal ? Constatant mon malaise, il pose une main réconfortante sur mes épaules.

- Ne t'inquiète pas, Kiba, ça viendra doucement. Si jamais tu as des problèmes avec ça, quel qu'il soit, tu peux m'en parler.

- Merci, Shikamaru. Je m'en rappellerai.

Ma déclaration lui arrache un sourire, tandis qu'il retire sa main et la réinsère dans sa poche, bien au chaud.

Pendant ce temps, je redirige les yeux droit devant moi et remarque que nous approchons du croisement entre ma route et celle de Gaara. Aujourd'hui, je ne m'attends pas à le voir, puisque nous sommes en avance, et je dois dire que ça m'arrange. Il me reste encore une chose qui me perturbe et j'ai besoin de savoir… Seulement, comme beaucoup des questions que je me pose en ce moment, je ne suis pas sûr de pouvoir encaisser la réponse sans broncher.

Quelques minutes passent, sans que l'un de nous deux ne décrispe sa mâchoire. Je ne sais pas de quoi il retourne de son côté, mais je ne sais tout simplement pas comment aborder le sujet qui m'intéresse. De multiples idées me sont venues spontanément, mais je n'en ai pas trouvé une seule qui soit suffisamment convaincante. Il faut que je fasse attention à tout, en particulier à la manière dont je pose ma question.

Heureusement, je suis finalement tombé sur une technique claire mais efficace. Je n'ai pas le temps de chercher la situation parfaite, alors autant me lancer le plus simplement possible.

- Shikamaru… ?

- Ah !, s'exclame-t-il brutalement, à ma grande surprise. Je commençais à croire que tu ne me poserais jamais la question et que mon esprit de déduction laissait à désirer !

- … Pardon ?, demandè-je, sceptique à mon tour.

- Tu allais me demander si je suis homosexuel, non ?, dit-il fièrement.

J'en reste bouche-bée.

- Il est tout naturel de se poser la question, avec la façon dont j'ai agi hier, ajoute-t-il.

Je reprends peu à peu contenance. Ainsi, il savait que je lui poserais la question ? D'un côté, savoir qu'il a pu deviner mes intentions si facilement me vexe un tantinet. En revanche, la manière enthousiaste avec laquelle il réagit me met en confiance et soulage quelque peu mes angoisses. Hélas, cela ne fait rien de plus que les soulager. Ne me reste donc qu'à battre le fer tant qu'il est encore chaud.

- Et… et donc ?, questionnè-je, pas très sûr de moi.

À nouveau, il me dévisage sans retenu. Je ne me gène pas pour faire pareil et tenter de relever le moindre petit indice qui infirmerait ou confirmerait une hypothèse. Puis, comprenant l'importance de sa réponse pour moi, il se décide enfin à me répondre.

- Ce baiser ne voulait rien dire pour moi, Kiba. Je ne suis pas gay.

Ma tension redescend brusquement. C'est étrange : maintenant qu'il me l'a clairement affirmé, je me sens affreusement stupide d'avoir posé la question.

- Excuse-moi, je n'aurais pas dû te demander ça, dis-je nerveusement.

- Non, c'est normal. Je pense que je me serais posé des questions à ta place, moi aussi.

Un sourire étire le coin de ses lèvres. Mes peurs s'étant envolées, je l'accompagne volontiers, soulagé comme jamais.

- Ah, ça, je ne te le fais pas dire ! Est-ce que tu embrasses souvent tes amis, toi ?, fais-je avec ironie.

- Non, tu es le premier, je te rassure. Je pensais juste que c'était la manière la plus efficace de te faire comprendre que ce n'était pas un problème. J'aurais pu passer du temps à te convaincre avec les mots mais je ne m'en sentais pas le courage.

Un rire franc s'échappe de ma gorge. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Shikamaru restera toujours Shikamaru. On ne le refera plus, à cet âge, et c'est exactement ce qui fait que nous nous entendons si bien.

- Mais tu n'as vraiment aucun problème avec ça ?, m'informè-je. Je ne comprends pas comment tu peux arriver à faire ça aussi facilement, alors que j'ai moi-même tant de problèmes avec le sujet.

- Et bien…, commence-t-il, c'est simple. Je considère qu'embrasser quelqu'un ne me posera jamais problème, quelle que soit la personne, et donc quel que soit son sexe. Si je ne suis pas amoureux de la personne en question, je ne vois pas pourquoi je devrais m'en faire. Ce n'est pas comme si on me demandait de coucher avec !, s'exclame-t-il avec le sourire.

Quelle… étrange manière de voir la chose. Ce qui n'empêche pas que ce qu'il dit tient la route. Je n'arrive tout simplement pas à appliquer : ce n'est pas si facile que ce qu'il essaye de me le faire croire.

- Tu es sceptique ?, me questionne-t-il.

- Non. Je dois juste avouer que je t'envie ta manière de prendre les choses. Je suis incapable de réagir de la même façon.

- Ne t'en fais pas, m'encourage-t-il. Je te l'ai déjà dit : ça viendra avec le temps. Et puis… je trouve que tu as plutôt bien choisi.

- De quoi est-ce que tu parles ?, m'étonnè-je.

- Gaara. Je ne comprends pas très bien comment il fonctionne mais c'est un choix qui se défend.

Pour la première fois depuis le début du dialogue, je suis certain que mes joues prennent une jolie teinte rose bien prononcée. Entendre Shikamaru parler de Gaara - et donc de mes goûts - aussi librement est une chose qui me perturbe. En fait, il parle de Sabaku comme il pourrait parler de n'importe quelle femme dont j'aurais pu m'éprendre et je ne sais pas comment je devrais réagir. En revanche, ce dont je suis certain, c'est que le savoir si ouvert d'esprit me fait extrêmement plaisir ; j'ai comme l'impression d'émerger après une longue baignade en eau froide.

- Mais dis-moi, enchaîne-t-il, tu es certain de ne pas vouloir en parler aux autres ? Je pense que ça te rendrait la vie bien plus facile, d'autant plus lors de certains évènements, comme la soirée de samedi.

Je ne peux retenir une grimace. Je l'avais oubliée, cette soirée, et avec elle tout ce que cela implique.

- Oui, je suis certain. Même si c'est étrange et que cela me procure plus de mal que de bien, je tiens à ma relation avec Gaara telle qu'elle est maintenant. En fait, j'ai déjà beaucoup de mal à être naturel lorsque tu es dans les parages, et ce seulement parce que tu connais la nature de mes sentiments à son égard. Imagine donc ce que ce serait avec Sakura !

- Je vois ce que tu veux dire.

Sa remarque s'étouffe dans un fou-rire et je ne parviens que difficilement à comprendre ce qu'il me dit. Sa bonne humeur étant contagieuse, je me surprends moi aussi à sourire, et c'est dans cet état d'esprit que nous parvenons jusqu'aux grilles du lycée. Nos amis peinent à croire que nous arrivons ensemble - et surtout tout ce que cela implique -. En conséquent, un petit coup d'œil à leurs visages choqués me fait d'autant plus sourire.

Oui, décidément, cette journée commence bien trop bien pour qu'on puisse me la gâcher.

[…]

La porte de notre salle se referme sur l'un des professeurs les plus barbant que j'ai connu jusqu'à ce jour. Comme souvent, nous n'avons pas à nous déplacer pour le prochain cours et je profite de nos cinq petites minutes de répit pour étirer mes muscles, fatigués de ne rien faire, qui ne demandent que ça. Puis, tout en reprenant une allure plus convenable, je tourne la tête vers mon voisin de table. Exactement de la même manière qu'il le fait à l'accoutumée, Sasuke a son visage tourné vers la fenêtre et semble ne pas se préoccuper de ceux qui l'entourent. Malheureusement pour lui, je me sens trop euphorique pour ne pas avoir envie de partager mon humeur avec quelqu'un. Je serais presque désolé que ça tombe sur lui. Hélas, ça ne dépasse pas le stade du « presque ».

- Qu'est-ce que tu vas faire de ton week-end, Sasuke ?

À l'entente de son prénom, il tourne enfin la tête vers moi, surpris de voir que je m'adresse effectivement à lui.

- Depuis quand est-ce que ça te regarde ?, rétorque-t-il froidement.

- Je suppose que tu ne viendras pas la fête organisée par des étudiants, ce samedi ?, demandè-je, ignorant sa remarque acide.

- Que veux-tu que j'aie à faire dans ce genre d'endroit ?

De nouveau, il dirige son regard vers l'extérieur, visiblement persuadé d'avoir mis fin à la discussion. Pourtant, je n'en ai toujours pas fini avec lui et il ne s'en tirera pas comme ça.

- Gaara nous y accompagne bien, lui. Je pense que tu deviendrais bien plus aimable si tu te mélangeais avec tes semblables, de temps en temps, ajoutè-je en constatant qu'il ne bronche pas.

- Laisse-moi tranquille, Kiba, tu veux ?

Je devine à son ton qu'il commence à s'énerver. Pour une fois que je cherche à me montrer agréable, il ne fait aucun effort de son côté. Il ne faut pas croire que j'en viendrais à m'intéresser à lui mais… sa situation m'interpelle. Qu'est-ce qui le pousse constamment à être si désagréable avec son entourage ? Je me demande comment il se sent, lorsque, le soir venu, il rentre chez lui… Comment peut-on vivre avec si peu de contacts humains ? En ce qui me concerne, sans mes amis, ma sœur, ou encore Akamaru, il ferait longtemps que je me serais jeté sous un train. Dans un geste lent, mon champ de vision dévie instinctivement sur la droite, pour s'arrêter sur le dos de Gaara. Lui aussi, il fait partie des personnes qui constituent dorénavant mon quotidien et le tour de force que Shikamaru a réussi sur moi me permet d'être plus à l'aise avec ce que je ressens.

De ce fait, c'est avec un léger sourire en coin que je me concentre à nouveau sur mon voisin.

- Tu ne sors donc jamais ?, m'informè-je.

Dans un mouvement brusque, Sasuke redirige ses deux onyx dans ma direction et me foudroie du regard.

- Tu ne pourrais pas me laisser tranquille, Inuzuka ? Je ne t'ai rien fait, que je sache.

- Et tu ne pourrais pas arrêter d'être aussi désagréable ?, demandè-je avec le sourire. Il n'est pas étonnant de te voir tout le temps seul si tu envoies balader tout ceux qui tentent de faire un pas vers toi. Pourtant, crois moi, je ne t'aime pas non plus.

- Je n'ai pas besoin de personnes comme toi pour me tenir compagnie, se défend-t-il agressivement. Je me débrouille très bien seul et je voudrais que tu me fasses de l'air. Ce n'est pas parce que je suis ton voisin de table que tu dois te sentir obligé de me parler. Je ne l'ai pas choisi, moi non plus.

- Tu mens, rétorquè-je, du tac au tac. Personne ne peut vivre comme un ermite, dans son coin. Tu es bien plus dépendant des autres que tu ne veux le faire croire.

- Tu n'en sais rien. Tu ne connais rien à ma vie, conclut-il d'une voix glaciale.

Considérant que le sujet est maintenant clos, Sasuke tourne une dernière fois sa tête en direction de l'extérieur. Aller jusqu'à dire que j'ai pitié de lui serait bien exagéré mais il est certain que je n'échangerais ma place avec la sienne pour rien au monde. Sa vie me paraîtrait bien fade, à côté de celle que je connais tous les jours.

Je n'ai pas le temps de réfléchir davantage à la question que le professeur assurant le cours suivant passe par l'embrasure de la porte. Même si ce n'était pas de manière très positive, Sasuke aura au moins le mérite d'avoir fait passer le temps plus vite qu'il n'aurait dû.

[…]

Voici enfin le moment que je préfère dans la journée : la fin des cours. Accompagné de mes camarades de classe, ainsi que de Kilia, je me dirige vers les grilles du lycée. Par ailleurs, je constate avec joie que ma bonne humeur ne m'a pas quitté de la journée. Au contraire, le repas de midi a été particulièrement mouvementé, grâce à Kilia, qui a tout fait pour nous faire promettre de ne pas lui poser de lapin ce samedi. Je ne sais pas si c'était à cause de son sérieux ou de son regard menaçant mais je n'ai pu m'empêcher de pouffer de rire en la regardant s'agiter dans tous les sens. Autant dire que je sens l'excitation monter et je me surprends à être pressé de voir cette soirée arriver.

Ainsi, après les quelques salutations d'usage, Gaara et moi nous sommes séparés des autres pour prendre le chemin qui nous mènera jusque nos chez-nous respectifs. Je n'arrive que difficilement à contenir ma bonne humeur et je dois faire un effort surhumain pour ne pas danser sur place. Ceci étant dit, le sourire qui me colle à la peau ne pourra quant à lui pas me quitter de si tôt.

Un coup d'œil sur la droite me permet cependant de constater que Gaara ne partage pas mon enthousiasme. Au contraire, il semble en proie à certains tourments.

- Tu as un problème, Gaara ?

Ses yeux se lèvent de leur point d'encrage sur le sol et se posent dans les miens. Dieu que je peux aimer la couleur de ses émeraudes. Je m'efforce cependant de ne pas me perdre dans cette immensité au vert si lumineux, puis me concentre sur son visage contrarié.

- … Je n'aurais pas dû dire oui à cette invitation, déclare-t-il, avec une certitude inébranlable.

Immédiatement, j'en perds mon sourire.

- Pourquoi est-ce que tu dis ça ? Tu ne veux plus venir ?

Plongé dans ses pensées, il ne répond pas tout de suite. Mon intuition me dit qu'il cherche à trouver les mots pour exprimer ce qui le tracasse et je le laisse réfléchir.

- Je vais être un poids mort pour vous.

Je vois… Après tout, on ne pourra pas changer Gaara en si peu de temps. Pour le moment, il est toujours partiellement persuadé qu'il ne peut pas se mêler à « notre monde ».

- Arrête de dire n'importe quoi. Au contraire, la fête aurait été moins amusante si tu n'avais pas pu venir.

Encore une fois, il reste silencieux. Seulement, cette fois, son regard se décroche du mien et il regarde le sol, mi-gêné, mi-désolé. Je devine donc qu'il ne répondra rien de lui-même et me décide ; je déteste le voir dans cet état.

- Tu seras toujours un meilleur partenaire que ce que pourrait l'être Sasuke. Sincèrement, Sakura ne se force pas. Dans sa tête, il ne fait aucun doute qu'elle va s'amuser, même si tu es persuadé du contraire.

Ma réponse ne doit pas lui sembler totalement stupide, puisqu'il médite dessus quelques instants avant de reprendre.

- Est-ce que… est-ce qu'il y a des choses que je devrais savoir ?

Se moquer du malheur des autres n'est pas bien, je le sais, mais je ne peux retenir le petit sourire qui revient étirer mes lèvres. Penser que cette situation mettrait Gaara si mal à l'aise ne m'avait jamais effleuré l'esprit jusqu'à maintenant.

- Tu n'es jamais sorti avec quelqu'un, Gaara ?

Nous sommes tous d'accord : cela ne me regarde pas le moins du monde. Cependant, cette question a franchi la barrière de mes lèvres avant même que je ne puisse la retenir.

- Non.

Je me doutais de la réponse mais je me sens étrangement content d'en avoir la confirmation. Là, dans l'immédiat, je ne me sens pas prêt à « partager » Sabaku. De la jalousie ? Sûrement.

- Sois naturel, c'est tout, conseillè-je enfin. Sakura ne te demande pas d'être parfait et personne ne t'en voudra si tu n'arrives pas à être aussi à l'aise que nous.

Il acquiesce d'un bref mouvement de tête mais je vois clairement qu'il n'est qu'à moitié convaincu. Ceci étant dit, le connaissant comme je le fais, je sais qu'il lui faudra plusieurs sorties de ce genre avant de comprendre ce que j'essaie de lui dire. Soit ; nous avons la vie devant nous.

À cet instant, son regard croise une nouvelle fois le mien et un pincement au cœur se fait sentir chez moi. La raison ? Je viens de me souvenir du baiser que j'ai échangé avec Shikamaru et ai été parcouru par l'irrésistible envie de sceller mes lèvres à celles de Gaara, exactement de la même manière.

… Visiblement, Shikamaru a réussi l'impossible. Non seulement je me sens mieux, mais j'arrive à avoir envie d'être plus qu'un ami aux yeux de Sabaku. J'espère juste que… ça ne me nuira pas. Après tout, cet amour n'est qu'à sens unique et rien ne devrait pouvoir inverser la donne. J'ai peur d'en souffrir, dorénavant…

Heureusement pour moi, cette… pulsion - car il n'y a pas d'autres mots - est une chose avec laquelle je peux facilement faire, tant que ça ne va pas plus loin. Aux yeux des autres, je devrais même n'avoir eu qu'un blocage de l'ordre de la seconde, tout au plus. Quitte à choisir, je préfère toujours largement cette situation à celle de la semaine dernière.

Redevenu maître de moi-même et de mes pensées, je décide toutefois de lui donner le seul conseil que je considère comme utile.

- Fais juste un effort, histoire d'avoir l'air présentable.

Et ce même si tu es déjà sculpté comme un dieu grec.

… Enfin, ça, je ne peux pas te le dire.

… Je n'en reviens pas que je puisse arriver à penser de telles choses ! D'un côté, c'est très déconcertant, mais de l'autre, c'est une sensation absolument géniale. Et tout ça, je le dois à Shikamaru.

Enfermé dans ma petite bulle de bonheur, j'en oublie que je suis accompagné de Gaara, et manque de sursauter lorsqu'il réengage le dialogue.

- Kiba… ?

- Oui ?, répondè-je après une petite seconde de décalage.

- Pourquoi est-ce que vous êtes comme ça, avec moi ?

Parce que je t'aime. Voilà exactement ce que je souhaiterais répondre à une question pareille. Pourtant, habitué à ne pas parler de mes sentiments, cette pensée reste enfouie dans les profondeurs de ma tête, bien tranquille. En revanche, je suis un peu peiné de voir que Gaara n'arrive pas à se débarrasser de ses doutes à notre sujet.

- Encore cette question ?, lancè-je, presque vexé. Comment dois-je te faire comprendre que tu es un ami, Gaara ?

Le ton employé suffit à lui faire comprendre ma frustration face à ses doutes. Par conséquent, il se terre dans un mutisme long de seulement quelques secondes, puis reprend.

- Je suis désolé, s'explique-t-il, mais j'ai parfois l'impression de ne pas appartenir à votre monde et d'être de trop.

- Non, c'est moi qui devrait m'excuser, me reprenè-je immédiatement. Je n'avais pas compris que c'était de cette manière que tu posais la question.

Un bruit guttural me permet de deviner qu'il accepte mes excuses, puis un silence assez pesant s'installe. Maintenant que je comprends mieux le sens de sa question, je ne sais quoi lui répondre. Après tout, il serait stupide de dire que Gaara est du même genre que nos amis. Seulement… Je ne sais pas ce que je pourrais rétorquer à ce genre de déclaration.

- Je comprends ce que tu veux dire, me risquè-je finalement, mais je n'ai pas de vraies réponses. Certes, tu n'es pas comme nous, mais chacun de nous accepte celui que tu es et nous ne te demandons pas de changer. Tant que tu es satisfait de la place que tu as dans notre groupe, tu n'as pas à te poser d'autres questions.

En réponse à mes explications, Gaara arrête sa marche, m'obligeant à faire de même, quelques mètres devant lui. Je me tourne complètement face à lui et observe son visage de brefs instants. Il faisait longtemps que son visage n'avait pas été aussi impassible, même pour moi.

- … Je peux avoir confiance en vous ?

Cette remarque me fait l'effet d'un coup de poignard en plein cœur. Cette question est si enfantine, naïve, qu'elle me fait comprendre à quel point Gaara est en marge de la société. Jusqu'ici, j'ai l'impression qu'il n'avait réussi à faire confiance à personne, isolé dans son propre monde. Encore une fois, une pulsion s'immisce dans mon esprit et je me retiens de justesse pour ne pas me précipiter à ses côtés pour l'enlacer, montrant par là même que je suis présent pour lui, même si le monde entier se mettait à le traquer. Dans le rôle que Kiba Inuzuka doit jouer, je me contente pourtant de soutenir son regard et ainsi lui transmettre la sincérité de mes paroles.

- Tu peux. Sans trop m'avancer, je peux même te jurer qu'aucun de nous ne te trahira jamais. En ce qui me concerne, tu as déjà ma confiance.

Etrange… Il a fallu que je le dise pour me rendre compte que c'est totalement vrai. En effet, même si je reconnais que certains points obscurs de son histoire me turlupinent, j'ai confiance en lui. Ceci étant, je sais que la nature de mes sentiments à son égard influx grandement mes réactions… mais peu importe. Il n'en est pas moins que je crois en ses sentiments et je les laisse me guider, juste pour cette fois.

De son côté, Gaara semble perturbé par la portée de mes propos. Je devine qu'il est le genre de personnes à ne jamais utiliser les mots qui véhiculent une signification très forte, sauf toutefois s'il les pense vraiment. En l'occurrence, dans le cas présent, ses yeux se couvrent une nouvelle fois d'un voile humide et je dois vraiment me faire violence pour ne pas enrouler mes bras autour de son torse, et poser mon visage dans son cou, où je pourrais respirer à plein poumon l'odeur de sa peau.

Chassant de ma tête ces pensées frustrantes, je remets les deux pieds sur terre. De ce fait, je me rends facilement compte que la situation est comme figée dans le temps. Pourtant, ce silence n'est pas lourd ou malsain. Au contraire, il me donne l'impression que tout a été dit, comme si nous n'avions plus besoin de parler pour nous comprendre. Par conséquent, je décide de lui tourner le dos et l'invite par ce geste à me suivre.

Le reste du voyage que nous avons en commun se fait sans un seul mot. En revanche, aussitôt qu'il bifurque au croisement de sa rue et de la mienne, je ne peux retenir le sourire qui vient éclairer mon visage. Cet homme, je l'aime de plus en plus, et je sais que je compte pour lui. J'en suis même certain. Ainsi, aussi bête que cela puisse l'être, cette certitude me plonge dans un état d'euphorie permanent.

Et quoi de mieux que la soirée de samedi pour me servir d'exutoire ?

Samedi 4 octobre

- Et bien… Mais c'est que mon petit frère est super sexy !

Devant la remarque de Hana, je ne peux m'empêcher de rougir.

- Tu trouves ?

- Bien sûr !, s'exclame-t-elle, outrée que je ne m'en rende pas compte de moi-même. Si je n'étais pas ta sœur, je te ferais des avances dans la minute.

Je pouffe de rire, et ce parce que je suis certain qu'elle le pense vraiment. Pourtant, je n'avais pas l'impression de mériter une telle réaction. En effet, je n'ai rien fait de plus que d'enfiler un jean noir, assez moulant, qui met en avant mes quelques atouts. Puis, en guise de haut, je me suis contenté d'une chemise à manches longues, elle aussi noire, que j'ai préféré ne pas fermer jusqu'en haut, encore une fois dans le but de mettre mes avantages en avant. Après tout, puisque je sais que mon corps a tout ce qu'il faut où il le faut, je considère qu'il serait bête de ne pas en profiter. D'autant plus que ce sont les femmes qui commandent, ce soir, et que Kilia m'a ordonné d'avoir un minimum de classe, suite à quoi Ino et Sakura ont demandé exactement la même chose à leur partenaire de la soirée.

C'est au moment où je m'apprêtais à la remercier que l'attention de ma sœur et moi est attirée vers la porte d'entrée. Nous sommes pour l'instant dans le salon et quelqu'un vient de toquer à la porte. Persuadé qu'il s'agit de Shikamaru, je me déplace jusqu'à l'entrée et attrape ma veste au passage. Toutefois, je me stoppe net en ouvrant la porte. Effectivement, je ne m'étais pas trompé : Shikamaru est bien celui qui est là. Par contre… sa tenue me laisse pantois. Pour faire simple, il porte un costume complet, auquel l'on aurait enlevé la cravate. Je dois d'ailleurs avouer que mon meilleur ami est sacrément sexy, lorsqu'il s'en donne les moyens.

- Qu'est-ce qu'il y a, Kiba ?, dit-il, l'air contrarié. Ferme la bouche, tu veux ? Je déteste cette tenue.

Instantanément, je pars en grand fou-rire. Après tout, Shikamaru me donne vraiment l'impression de ne pas être dans son élément. Il n'arrête pas de gigoter et de tirer sur les bords de ses vêtements, comme s'ils n'étaient pas assez grands pour lui.

- C'est ma mère qui m'a obligé à porter ce truc, m'explique-t-il. Quand elle a su que je devais avoir un minimum de classe, elle est partie fouiller le placard de mon père et en a ressortie cette… chose.

Evidemment, sa réflexion ne fait qu'aggraver l'état dans lequel je suis.

- Ah, quelle galère, je vous jure ! Ma mère ne sait pas faire les choses normalement, sans passer dans l'excès. Allez !, se motive-t-il. Allons-y avant que je ne change d'avis.

Toujours moqueur, je referme la porte derrière moi, après avoir salué Hana et Akamaru, puis prends la suite de mon ami. Depuis ma maison, il nous faudra vingt bonnes minutes pour atteindre la salle des fêtes mais nous avons décidé de tous nous retrouver devant les grilles du lycée, pour y aller ensemble. Comme il m'a fallu du temps pour trouver une tenue convenable, nous sommes en retard et je ne serais pas surpris de voir que les autres sont déjà tous arrivés. Autant nous dépêcher.

[…]

À la lumière des réverbères qui longent le lycée, je repère plusieurs profils que je devine être ceux de mes amis. L'excitation monte d'un cran : je me sens comme un gosse qui va à l'école pour la première fois. Shikamaru le remarque d'ailleurs.

- Calme-toi, tu veux, dit-il, le ton blagueur. Tu pourras danser toute la soirée, si ça te chante.

- Mais non, c'est toi qui est trop lent !, rétorquè-je en accélérant le pas.

- C'est bon, c'est bon. J'arrive.

Malgré ses dires, Shikamaru ne calque pas sa vitesse de marche sur la mienne et je me retrouve face à mes amis quelques secondes avant lui. Et là, mes yeux n'arrivent tout simplement pas à se détacher de Gaara.

Comme moi, il n'a pas été jusqu'à acheter de nouveaux vêtements, mais le pull noir qu'il porte est tout particulièrement moulant, laissant peu d'imagination en ce qui concerne les courbes avantageuses du torse juste en-dessous. Son bas, quant à lui, est beaucoup moins « provocant » - selon ma propre définition du provocant -. C'est en réalité un pantalon assez large, lui aussi noir, criblé de poches par-ci par-là. Il n'y a pas à dire : Gaara est à cet instant une véritable incitation au viol. Je n'aurais d'ailleurs pas le temps de tester ma capacité à résister à ce genre de tentations, puisque Kilia ne va pas se gêner pour réagir exactement de la même manière que ma sœur.

- Kiba !, s'exclame-t-elle. Je vois que tu as pris ma demande au sérieux.

Mes yeux se posent sur elle, tandis qu'elle hoche la tête pour montrer son approbation au choix de ma tenue vestimentaire. Je remarque alors qu'elle n'est pas en reste non plus, puisqu'elle s'est habillé pour l'occasion d'une belle robe longue, blanche, simple mais efficace, qui me fait prendre conscience plus que jamais de la beauté des courbes de cette femme. Si je n'avais pas été gay, il est évident que je n'aurais pas pu m'empêcher d'avoir des pensées plus ou moins avouables.

Juste à ses côtés, Ino s'est elle aussi vêtue d'une tenue plus que féminine, offrant un décolleté plongeant à la fois provocateur et sensuel. Je pense qu'il faudra beaucoup de force de caractère à Shikamaru s'il ne veut pas que ses yeux dévient régulièrement vers les seins de notre amie. Puis, tandis que cette pensée me fait sourire, mon regard dévie sur la dernière personne que je n'ai pas dévisagé : Sakura.

… J'en reste bouche-bée. Depuis quand Sakura… est-elle aussi belle ? Certes, la beauté de ses formes n'égalent pas celles des deux autres jeunes femmes, mais elle possède tout de même tout ce qu'il faut au bon endroit, et elle en profite, de la même manière que moi. Pour le coup, elle s'est alors vêtue d'une robe chinoise rouge, parfaitement assortie avec la couleur de ses cheveux, remonté pour l'occasion en un chignon strict, dont une mèche revient négligemment sur son front. Enfin, pour permettre une plus grand liberté de mouvement, la robe est ouverte sur l'un des côtés, dévoilant une bonne partie de la jambe de la jeune femme. Sérieusement, cette tenue semble faite pour elle.

Et c'est exactement ce qui me gène. Si je l'ai remarqué, Gaara ne peut pas être passé à côté. Tout d'un coup, je me sens pris d'un sérieux doute : se pourrait-il que Sakura et Gaara ne profitent de cette soirée pour se rapprocher, inévitablement ? Cette possibilité paralyse tout mon système de raisonnement et je me sens pris d'une peur innommable.

… Aurais-je fait une erreur quelque part ?

Fin du chapitre 10 !

Et bien voilà qu'un nouveau chapitre se ferme sur mon histoire. J'espère que l'attente aura valu le coup et que vous en serez satisfait. En tout cas, je me suis bien amusé à l'écrire, sur plusieurs parties. Kiba commence à penser des choses que je trouve assez drôles, surtout en ce qui concerne Gaara.

Ah ! Et puis... En ce qui concerne Shikamaru, je sais déjà que certains d'entre-vous (non, Nana', tu n'es pas visée, voyons XD) penseront qu'il ne fait que mentir à propos de ses sentiments envers Kiba, et ce dans le seul but de ne pas lui faire de mal. Je préfère ne pas vous donner la réponse tout de suite mais j'espère que vous serez assez curieux pour venir lire la suite, et l'apprendre de vous-même. Héhé.

Allez, je vous laisse. À plus !

Et n'oubliez pas les reviews, avant de partir =D