Il continuait de repasser toute la scène dans sa tête, depuis le moment où Jim avait dit « on se rend », jusqu'à ce que Hotch pose les yeux sur lui. Ces instants n'avaient pas de prix, et il voulait en garder le souvenir ancré en lui pour longtemps. Tout le monde était sain et sauf, et son équipe savait à présent que lui aussi faisait toujours parti des vivants.

Cela semblait tellement surréaliste. Après tout ce qui s'était passé, Reid était finalement sorti de la banque, en route pour l'hôpital. Il se sentait complètement engourdi, à l'exception de la douleur sourde, lancinante, au coté gauche de son torse. Il savait que c'était principalement dû à la blessure par balle, et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait quelque chose d'autre.

- Et voilà, Docteur Reid, lui dit l'un des médecins avec un grand sourire en échangeant un regard avec son collègue. Détendez-vous, et nous y serons avant même que vous vous en rendiez compte.

Reid acquiesça doucement. Il ne fut pas certain que l'homme le voit, mais au moins, il essaya. Puis, il tourna les yeux vers JJ, qui lui tenait toujours fermement la main. En vérité, il ne s'attendait pas vraiment à ce que ce soit elle qui monte avec lui dans l'ambulance. Non pas qu'elle ne l'aurait pas voulu, mais Reid présumait que ce serait Morgan, ou même Hotch, en temps que chef de leur équipe. Néanmoins, en la regardant dans les yeux, un sentiment de paix l'envahit ; ils avaient à présent un je-ne-sais-quoi que seules les mères semblaient posséder. Et cela le faisait se sentir en sécurité.

- Reid, dit-elle quand les médecins eurent visiblement terminé tout ce qu'ils avaient à faire. On pensait…

- Je sais, dit-il dans un souffle, réalisant brusquement combien il était fatigué. 'Suis désolé.

Elle parut décontenancée, et Reid ne put que remarquer qu'elle ne semblait pas pouvoir ni détacher son regard de lui, ni s'empêcher de sourire.

- Ne le sois pas. Je suis tellement heureuse que tu sois vivant.

Il lui sourit, bien qu'un grand sentiment de culpabilité lui torde toujours l'estomac. Il exécrait plus que tout l'idée que son équipe l'ait cru mort. Il ne pouvait qu'imaginer comment lui-même réagirait face à une telle nouvelle : il serait dévasté. Et par-dessus tout, cela s'était passé juste sous leurs yeux. Bien entendu, cela n'était pas réel, seulement ça, ils l'ignoraient. Il se sentait terriblement mal en y pensant.

- 'tait le seul moyen, se justifia-t-il, ayant le sentiment qu'il fallait absolument qu'elle le sache.

- Je le sais, Reid, répondit-elle, plus souriante que jamais. Tu… tu as fais un travail incroyable. Ils sont tous sains et saufs. C'est… remarquable.

Il la dévisagea, et eut l'impression que le fait qu'elle comprenne diminuait la douleur dans son estomac. Malheureusement, cela ne fit rien pour sa cage thoracique. Son regard dévia dans l'ambulance, sans se fixer sur quoi que soit. Puis, avant qu'il ne comprenne ce qui se passait, les ténèbres commencèrent à envahir le coin de ses yeux. Elles semblaient si accueillantes…

- Docteur Reid, l'appela une voix, faisant temporairement disparaître les ténèbres. Docteur Reid, je veux que vous restiez avec moi, d'accord ? On y est presque.

Il regarda l'homme qui lui parlait, et bien qu'il souhaite désespérément lui désobéir, il avait conscience que le médecin ne faisait que son travail, et que c'était dans son propre intérêt de rester éveillé. Il vit le médecin échanger un regard avec JJ, et il dû demander à la jeune femme de continuer à lui parler, car elle s'approcha alors plus près de son visage.

- Hé, Reid, dit-elle en essayant d'attirer son attention. Regarde-moi… Voilà. Hey, dit-elle à nouveau avec un grand sourire quand elle parvint à attraper son regard.

Il ne put s'empêcher de lui sourire également. La dernière fois qu'il l'avait vu sourire autant, c'était lorsqu'elle tenait son fils qui venait à peine de naître dans ses bras. Elle était bien plus heureuse à ce moment là, évidemment, mais pourtant cela lui faisait du bien de la voir aussi souriante. Hélas, leur travail avait souvent tendance à leur ôter tout sentiment de joie.

- Hey… souffla-t-il en réponse, notant à quel point il se sentait toujours devenir faible.

- Alors, dit-elle rapidement, tentant de garder son attention tandis qu'il se battait de toutes ses forces pour rester conscient. Tu avais prévu ça depuis le début ? Ta… de te faire tirer dessus, et le reste ?

Il sourit à nouveau, sachant qu'elle n'avait pas grand-chose d'autre à l'esprit.

- Oui, répondit-il. D'solé. Seul moyen…

- Reid, s'il te plaît, dit-elle, bien plus sérieusement. S'il te plaît ne soit pas désolé. Ce que tu as fait était incroyable, et très courageux.

- Merci, lâcha-t-il, sur le point de céder à la fatigue.

- Allez, Spence, l'encouragea-t-elle. Allez, reste avec moi. On arrive à l'hôpital.

Et elle ne mentait pas. Tout aussi rapidement qu'ils l'avaient fait monter à bord, les médecins le firent sortir de l'ambulance et passèrent en courant les portes des urgences, se parlant entre eux très rapidement. Reid cligna lentement des yeux alors que la lumière étincelante l'éblouissait, et laissa son regard suivre JJ qui resta en arrière.

Il détesta la voir soudain paraître si effrayée, alors il fit de son mieux pour lui sourire. Cependant, avant d'avoir la chance de voir sa réaction, elle avait disparut, et il se trouvait dans une des salles de l'hôpital.

On se mit à lui parler, sans qu'il ne puisse comprendre le moindre mot. On lui faisait des piqures, on lui posait des choses, et un brouhaha envahissait son cerveau. Et parmi tout ce chaos, les ténèbres, si paisibles… Reid ne put leur résister davantage. Il laissa derrière lui le remue-ménage de la salle des urgences et trouva la tranquillité, dans un monde de paix et d'obscurité.

-o-o-o-

La salle d'attente. Plutôt étrange de s'y trouver, pensa Hotch. Les émotions et la tension qui envahissait chacun des membres de l'équipe semblait insupportables, et pourtant bienvenues. Aussi nerveux, perdus, extatiques, et inquiets soient-ils pour leur ami et collègue, ils savaient tous que ce chaos émotionnel était mieux que le deuil et la douleur auxquels ils s'attendaient.

Seulement, Reid n'était pas mort.

Hotch se détendit légèrement sur sa chaise à cette pensée. Bien sûr, Reid n'était pas complètement hors de danger, mais de ce qu'il avait compris, le jeune agent avait de bonnes chances. Et toute chance était bonne à prendre.

Il regarda tout autour de lui, contemplant son équipe. Il avait été si occupé qu'il n'avait pas vraiment eu l'occasion de les observer, et, bien qu'il sache qu'ils ressentaient beaucoup d'émotions différentes, ce qui en ressortait principalement, c'était le soulagement. Ils étaient bien évidemment conscients de l'endroit où ils se trouvaient et de l'état de Reid, mais cela aurait été un mensonge pour Hotch de prétendre que quelque part, il n'était pas certain que Reid s'en sortirait. Et visiblement, chacun avait la même certitude.

- Ok, dit une voix forte, rompant le silence paisible de la pièce.

Hotch leva rapidement le regard pour voir, devant eux, une analyste échevelée et particulièrement furieuse.

- Est-ce quelqu'un peut avoir l'obligeance de m'expliquer ce qui se passe ici, à la fin ?! exigea de savoir Penelope Garcia.

Hotch se mordit la lèvre en réalisant combien elle devait être perdue d'avoir éprouvé le déferlement d'émotions frénétiques dû à la nouvelle de la mort d'un ami, puis d'avoir appris que cela n'était pas vraiment arrivé. Sans compter qu'ils ne l'avaient plus tenue au courant de la situation depuis qu'on lui avait appris que Reid était vivant.

- Hé, ma belle, commença Morgan en quittant sa chaise et en se dirigeant vers elle, les bras ouverts comme pour l'enlacer.

Elle esquiva cependant ses bras et le regarda très sérieusement.

- Il n'y a pas de « ma belle » qui tienne ! rétorqua-t-elle férocement. D'abord on me dit que notre petit Reid est mort, puis on me dit qu'il est vivant, ce qui est bien sûr merveilleux, si ce n'est une nouvelle bouleversante, et après ça aucun d'entre vous n'a la décence de décrocher son foutu téléphone ?

- Garcia, nous sommes dans un hôpital… tenta Emily avant d'être rapidement coupé.

- Et alors ? Il y a un bon nombre d'endroits dehors où vous auriez parfaitement pu prendre votre téléphone et faire un numéro que d'habitude aucun de vous ne semble avoir de mal à composer de nombreuses fois par jours !

- Garcia, dit Hotch, à présent debout, et prenant le contrôle de la situation. Nous sommes vraiment désolés de ne pas t'avoir mieux tenue informée. Tout est arrivé très vite pour nous, et notre première priorité était de rester avec Reid. Je suis désolé qu'aucun de nous n'ait pensé à t'appeler à nouveau, mais c'est avec plaisir qu'on va te dire tout ce qu'on sait pour l'instant.

Il se sentait sincèrement mal pour elle ; de toute évidence, elle avait sauté dans le premier avion pour la Floride qu'elle avait pu trouver après avoir appris la mort de Reid, et n'avait pas perdu de temps pour se rendre à l'hôpital. L'énergie et le chatoiement qui la caractérisait d'ordinaire avaient pour l'heure complètement disparus, et elle tenait son sac de voyage démesuré serré dans sa main.

- Je suis désolée, dit-elle finalement, en marchant lentement vers une chaise proche des leurs. Je n'aurais sûrement pas eu vos appels, de toute manière. J'étais dans l'avion ces deux dernières heures. Il se trouve que j'étais en train d'attendre à l'aéroport quand tu m'as appelée, Emily. Mais j'en suis soulagée, continua-t-elle en posant le sac sur la chaise à coté d'elle. Ca aurait été largement pire en fait d'arriver ici en m'attendant à… enfin, en m'attendant à ce qu'il soit parti, pour finalement découvrir que ce n'est pas le cas.

Chacun acquiesça en silence, sachant que ce scénario aurait sûrement abouti à une Garcia encore plus bouleversée.

- Alors allez-y, dit-elle en les observant avec impatience. Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment va-t-il ? Est-ce qu'il a de bonnes chances de s'en sortir ?

- Doucement, modéra Morgan, on va te dire tout ce qu'on sait.

Hotch écouta tandis qu'ils se relayaient tous pour expliquer pourquoi Reid était à la banque, comment s'était déroulé la prise d'otage, la mort supposé de Reid, tout cela réveillant les émotions ressenties alors avec vivacité.

- Alors tu as fait le trajet avec lui, JJ ? Il était conscient ? demanda Garcia, la regardant avec espoir.

JJ hocha simplement la tête, et Garcia enchaina immédiatement :

- Et comment allait-il ? Est-ce qu'il a dit quelque chose ?

Hotch se tourna alors vers l'agent de liaison, réalisant soudain qu'elle n'avait pas dit grand-chose concernant le voyage dans l'ambulance, mis à part qu'elle lui avait un peu parlé. Mais même là, elle n'était pas entrée dans les détails.

JJ prit une profonde inspiration, et il vit qu'elle était toujours un peu secouée.

- Oui, il était conscient, commença-t-elle.

A leur plus grand soulagement, elle ne semblait pas trop affectée par ce qu'elle allait dire, leur indiquant par là-même que le voyage ne s'était pas trop mal passé.

- Pour être honnête, il ne semblait pas aller trop mal. Il m'a un peu parlé, la plupart du temps pour dire qu'il était désolé…

- Désolé pour quoi, demanda aussitôt Rossi, devançant tous les autres.

- Pour nous avoir mis dans cette situation, je suppose, dit JJ.

- Mais ce n'est pas comme s'il l'avait voulu, rétorqua Emily, les sourcils froncés. Je veux dire, il ne voyait que cette solution-là pour protéger les otages.

- C'est ce qu'il a dit, confirma JJ : « c'était le seul moyen. »

- Ouais, et bien s'il nous refait un coup comme ça, je lui tords son petit cou maigrelet, ajouta Morgan, avec malgré tout un soupçon de légèreté dans la voix. Mais si le gamin pensait que c'était le seul moyen, je pense qu'on doit juste avoir confiance en lui.

- Le fait que tout le monde ait quitté ce bâtiment en vie parle de lui-même en ce qui concerne la pertinence de ses actes, intervint Hotch, mettant fin à la discussion.

Cela ne lui semblait pas correct de remettre en question les actes de Reid, quels qu'ils soient. Ils s'attendaient tous à ce qu'il y ait des victimes, et pourtant, grâce à lui il n'y en avait eu aucune.

- En parlant de cela, commença JJ en se tournant vers Hotch et les autres, qu'est-il arrivé à Masterson ? Ce n'était pas Reid, n'est-ce pas ?

A cette pensée, tous eurent une sorte de petit rire. Ils ne pensaient pas que le jeune agent soit incapable de faire physiquement du mal à quelqu'un, mais Reid était assurément plus du genre à vouloir arranger les choses d'une manière logique, pas de manière brutale.

- Non, répondit Morgan, souriant toujours. D'après ce que nous avons entendu avant de partir, ce type, Jim, l'a frappé à la tête avec la crosse de son fusil.

- Wow, fit JJ, ça c'est un retournement de situation.

- Reid a apparemment réussit à convaincre les hommes de Masterson de se retourner contre lui, continua Rossi. Et quand Masterson était… occupé, Jim l'a attaqué.

- Occupé ?

- Il était en train d'étrangler Reid, l'éclaira Emily avant d'ajouter rapidement : selon les dires d'un des témoins.

Cette information atténua les sourires qu'ils arboraient depuis peu, sans pour autant totalement refroidir l'ambiance dans la salle d'attente. Et, par bonheur, à peine quelques minutes plus tard, une personne en blouse bleue-verte de chirurgien entra dans la salle.

- Docteur Spencer Reid ?

L'expression du chirurgien en voyant l'équipe entière se lever fit sourire Hotch.

- Bon, messieurs les agents, j'imagine que vous allez vous battre jusqu'à ce que vous trouviez un moyen de contourner la règle « seulement la famille », et étant donné que la liste de ses plus proche parents inclut ses collègues, je vais vous épargner cette peine, déclara le médecin, visiblement familier des situations impliquant un agent du gouvernement blessé dont les collègues demandaient des nouvelles. Montrez-moi simplement votre badge, et je vous explique.

Chacun d'eux eut un petit sourire et fit ce qu'on leur demandait. Une fois que le médecin fut certain qu'il ne s'adressait qu'à des agents du FBI, il jeta un œil à son porte-bloc et commença ses explications :

- La balle est entrée dans l'épaule en faisant quelques dommages, mais rien de permanent. Enfin, dans l'hypothèse ou le Docteur Reid suivra le programme de kinésithérapie qui lui est préconisé. Mais tant qu'il suit nos recommandations, il devrait totalement guérir, et retrouver un parfait usage de son bras.

Ce fut un véritable soulagement pour l'équipe, une guérison totale était l'une des meilleures nouvelles qu'on puisse leur donner.

- La majeure partie des dégâts a eu lieu lorsque la balle a ricoché jusqu'à son poumon. Par chance, le poumon n'a pas été perforé, bien que la balle ait exercé une certaine pression sur l'organe. Nous avons atténué les dommages, mais pour le moment, il reste sous assistance respiratoire.

- Mais il va aller mieux ? questionna Garcia, en fixant très sérieusement le médecin.

- Oui, comme je l'ai dit, il devrait totalement guérir. A présent, si vous voulez bien m'excuser, je dois y aller, mais puisque j'imagine que vous serez toujours là dans environ une heure, j'enverrai une infirmière vous prévenir quand vous pourrez lui rendre visite.

Hotch ne pouvait qu'admirer la concision dont faisait preuve le médecin, et sa manière d'aller droit au but. Il s'agissait sans doute d'un des premiers de ce genre auquel il avait affaire.

Chacun d'entre eux acquiesça aux paroles du médecin, et le remercia tandis qu'il partait. Regardant autour de lui les autres membres de son équipe, Hotch constata que le sentiment de soulagement s'était accru.

C'était désormais certain, Reid allait s'en sortir.


Miss Homme Enceinte 2 : Oui ça y est, on est enfin sûr qu'il ira bien ! (et ce n'était pas joué d'avance, car j'avoue beaucoup aimer les "bad-end" ! héhéhé :D )

Guest : merci ^^

Petite parenthèse au "guest" qui a mis la review sur "désert du désert", si tu lis ceci : je ne suis pas tout à fait d'accord avec ta remarque concernant le sourire aux lèvres. Il me semble que cette expression n'est pas un pléonasme, malgré les apparences. D'ailleurs, un vrai sourire se voit dans les yeux !