Chapitre 9
Hello !
J'ai essayé de ne pas être trop longue avant la publication du neuvième chapitre, histoire ne pas vous faire trop attendre.
Alors je voulais revoir plusieurs points avec vous.
Déjà, je suis super heureuse de lire vos reviews, ils me font chaud au cœur, et je les attends comme des cadeaux d'anniversaire.
J'avais besoin de placer tout contexte, avant de placer la relation entre Hana et Thrandy, et je suis désolée que cela vous paraisse long, mais vous vous rendrez compte que tout ceci est nécessaire pour la suite. Alors oui, il va y a voir des scènes qui impliquent des dos des reins et des poitrines palpitantes couvertes de sueurs, mais pas tout de suite (que je suis sadique ! et je viens aussi de paraphraser Janet Kyle, mais passons).
Aussi, je suis désolée si les chapitres sont mal écrits, en fait je les relis deux fois chacun, mais c'est toujours à la publication que je vois ce qui ne va pas. Désolée !
Aller je vous laisse à votre lecture ! Enjoy !
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Il fait chaud. Non en fait il fait doux. Je suis enveloppée dans une douce chaleur, m'emplissant d'une profonde sérénité. Je bouge mes jambes et les étire dans mes draps…oui je suis dans des draps !
Je me relève en sursaut, et me rends compte de ma nudité. Je tire les draps sur ma poitrine, et regarde autour de moi. Je suis dans une chambre. Pas la mienne, pour sûr. Une grande chambre, elle doit au moins faire la taille de mon appartement. Les murs sont couleur ocre et recouverts de feuilles sculptées et d'inscriptions elfiques. Je vois une sorte de petit salon avec deux fauteuils et un guéridon sur lequel sont posés deux coupes et une carafe de vin vide. Des vêtements son éparpillés sur le sol, et je ne reconnais pas les miens dans cet amas de tissus précieux. Les draps sont soyeux, et couleur crème, le lit est en bois clair, et deux grandes portes fenêtres donnent sur un balcon tout aussi grand. L'air y pénètre, faisant voler les rideaux. J'arrive à en sentir la fraîcheur sur ma peau couverte de sueur. Un grand miroir souligné par un banc capitonné de daims beige en face du lit me donne une idée générale de ce à quoi je ressemble. J'ai les cheveux en bataille, bien que ce soit plus mignon que lorsque je me réveillais chez moi, et j'ai l'air…j'ai l'air d'une fille qui a passé une longue nuit, avec mes lèvres enflées, et mes cernes grisâtres. Je sens une légère douleur entre mes cuisses…oh non…
Une porte grince à ma droite, alors que je ne me suis toujours pas remise de ma stupeur. Un elfe fait son entrée. Pas n'importe lequel. Un elfe qui ne m'a rien inspiré d'autre que de l'agacement, depuis que je l'ai connu. Ses longs cheveux argentés et soyeux cascadent sur ses épaules larges et reposent sur son torse fort. Un doux sourire étire ses lèvres pleines, et je sens une myriade de frissons m'envahir alors que je me perds dans l'océan de son regard. Je sais qui il est, je sais ce que je fais dans ce lit, mais je ne sais pas comment et par quel miracle j'y ais atterri. Il s'avance vers moi, s'approche du lit, et sans dire un mot, retire sa ceinture d'argent, avant de se glisser dans le lit, pour me rejoindre.
« Altesse… » je soupire, alors que ses lèvres douces se referment sur mon cou.
« Nana ! » hurle la voix de Gal
Je me lève en sursaut, en nage.
Oh Seigneur, mais c'était quoi ça ?
Galadh me saute dessus, et m'embrasse les joues en me suppliant de le rejoindre avec Tanan qui avait trouvé une rivière.
« J'arrive, donne moi une minute… » je murmure d'une voix pâteuse, avant de me relever et de prendre ma tête entre mes mains.
Mais qu'est-ce qui t'arrives ? Depuis quand tu fantasme sur le Caun Thranduil ?
Je ne comprends pas d'où ça me vient…en fait ce n'est pas le premier, cette semaine, mais les autres rêves n'avaient jamais été aussi précis. Je pouvais le sentir ! J'ai encore son odeur musquée au creux des narines. Ca va mettre longtemps avant que je puisse l'oublier.
Quatre fois en deux semaines. Quatre fois que Thranduil Oropherion m'empêche de dormir comme il le faut. Mon Dieu, et dire que je ne le supportais pas…je ne le supporte pas ! Pourquoi je parle au passé ? Ce mec m'irrite passablement, même quand il n'est pas là ! Avec son snobisme à deux balles ! Je t'en foutrais des rêves érotiques !
Je me gifle mentalement, et reprends mes esprits, avant de me remettre difficilement sur pieds. Je boite péniblement jusqu'à la berge de la rivière trouvée par Tanan hier soir. Nous étions trop épuisés pour faire un pas de plus et nous nous sommes endormis près de cent mètres plus loin. Je reste bouche bée devant leur trouvaille. Un grand bras d'un bleu scintillant cour comme un millier de petits diamants sur la vallée rocailleuse. L'eau est si pure et transparente que l'on voit chaque petit poisson et écrevisse qui y font leur chemin. Au milieu de tout ça, des éclaboussures et des rires raisonnent. Je vois Tanan et Gal se jeter l'un sur l'autre, s'envoyant des giclées d'eau dans la figure.
J'ai l'impression d'avoir deux gosses avec moi.
« Oh, regarde qui s'est réveillée ! Bien dormi, princesse ? »
Il sait que je déteste qu'il m'appelle comme ça. Viking à la noix.
« Rejoins-nous ! Elle est très bonne ! » continu-t-il, avant que Gal le fasse taire d'une éclaboussure dans la bouche.
Je l'ignore et défais mes habits. Cela me fera le plus grand bien étant donné que j'ai transpiré comme un porc durant les dernières semaines, sans pouvoir m'offrir un vrai bain dans les contrées désertées que nous avons traversées.
Oui, je l'ai accepté dans notre compagnie. Il a prouvé sa valeur à plusieurs reprises, alors que nous avons rencontré des marchands et diverses sortes de voyageurs qui auraient pu nous vouloir du tort s'il n'y avait pas un homme avec nous qui parle leur langue. Oui, les femmes ne sont pas en sécurité dans ce monde, pas plus que dans le notre. La vérité est bien triste, mais ce sont les hommes qui font la loi ici. Les hommes font la guerre, et les femmes nettoient derrière eux. Comme chez nous. J'ai laissé tombé mes espoirs de voir un monde où les femmes auraient une place au moins à moitié aussi importante que celle des hommes, mais je sens que la parité ne fait pas parti de leur vocabulaire. Tanan est différent. Il ne me voit pas comme une personne faible de part mon sexe. Il ne m'a jamais jugée, et n'a jamais pensé qu'une femme qui acceptait la compagnie d'un homme inconnu aussi facilement serait facile ou une femme de mauvaise vie (si tant est qu'il y en ait déjà eu). Il a fait de moi son égale, en m'apprenant à me battre comme il le faut, en m'apprenant à reconnaître les terres accueillantes des terres hostiles, me faisant part de ses talents de traqueur, et des rudiments de sa langue. Je déteste penser ça, et je ne le dirais sûrement jamais à voix haute, mais il m'a redonné confiance en moi. Un peu comme un baume m'aurait guérit de mes blessures.
Mais on se détend, il n'y a jamais rien eut entre nous. C'est un homme d'honneur et un homme marié avec trois enfants dont le dernier avait l'âge de Galadh la dernière fois qu'il l'a vu. Ca expliquerait son comportement avec lui. Il l'a très vite adopté, et a su lui donner de l'affection et de l'autorité. En fait il me repose un peu. Peut être que je devrais le laisser repartir avec lui…cette idée ne m'a jamais quittée. Je ne me suis attachée à cet enfant que parce que j'étais dans une situation de détresse, et que j'avais besoin de quelque chose auquel me raccrocher, pour me motiver. Mais je commence à guérir de mes blessures, et mon amour égoïste n'est pas bon pour lui. Je ne suis plus assez bien pour lui. Lorsqu'on aura pu trouver une situation stable, je vais devoir me défaire de lui. Je l'aime assez pour vouloir le voir heureux, et je sais que ce ne sera pas moi qui y parviendrais. Je ne suis pas assez responsable…peut être trop jeune pour lui.
Mais avant cela, il va falloir qu'on retrouve Le Prince et sa troupe. Mon cœur rate un battement, lorsque les effluves de me rêve embrument mon esprit encore une fois. Ce qu'il peut être sexy…Ca fait un an et demi que je ne l'ai pas revu, et j'en garde pourtant une image parfaite. Le dernier rêve que j'avais fait de lui avant celui-ci m'a laissé pendant plusieurs jours avec un souvenir fantôme de la chaleur de sa main sur ma joue. Allez savoir pourquoi lui, alors que Celon et le Conui étaient très…très très potable aussi. Et surtout plus accessibles. Enfin, je suppose que pour l'instant, je suis aussi près de coucher avec le Prince que de revoir la face souriante de Finn. Un violent pincement au cœur me prend sous le manque de mon premier ami sur cette terre maudite.
Je me laisse aller dans le courant, alors que je savoure la chaleur matinale du soleil sur mon visage, et la fraîcheur de l'eau sur le reste de mon corps. Ça le rappelle mes baignades en France, avec mes amies…enfin, celle que je fréquentais au lycée. Plus aucune n'est restée après le bac. Comme quoi je ne peux compter que sur ma famille. Je sens des vaguelettes se former autour de moi, et mon instinct me dit de me relever. Mais je n'en fais rien. J'ouvre les yeux, et trouve un Tanan souriant au dessus de ma tête.
« Tu sais que tu ne dois pas te baigner alors que ta hanche cicatrise encore… » je soupire en refermant les yeux
« Oh je t'en prie, ne sois pas aussi rabat-joie. »
« Mmmmh…et éloignes-toi de mon soleil. » je grogne en tentant d'ignorer ses efforts pour me couler à mon insu.
Je finis par me relever, car son manque ridicule de discrétion me rend complice de sa connerie. Je lui fais face, alors que Gal sort pour se réchauffer sur les galets chauds. Je vois Tanan plisser les yeux face aux rayons matinaux. Il semble déçu de voir sa blague pourrie tomber àç l'eau (haha que je suis forte !), mais je me félicite de pouvoir le voir seule à seul.
« Combien de temps, avant que tu ne nous révèle notre destination. Je prends déjà de gros risques en plaçant nos vies dans tes mains. Qu'as-tu prévu pour nous, par la suite ? »
Il redevient sérieux en très peu de temps. Il soupire et regarde derrière lui. Une magnifique et majestueuse montagne nous surplombe.
« Dans deux jours, nous atteindrons les pieds de Caradhras. Si notre progression n'est pas interrompue, nous arriverons à la Moria dans les jours qui suivront. Peut être deux ou trois. Après cela, je vais vous mener à Imladris, de l'autre côté des Monts Brumeux. Là vit un seigneur elfe, le seul en qui je place une confiance totale et aveugle. Il a été bon avec moi par le passé, et je crois sincèrement qu'il le sera de nouveau avec vous. »
« Pourquoi la Moria ? Pourquoi les nains ? On ne va faire que retarder notre voyage… »
« Parce qu'il est très impoli de passer par les terres d'un grand seigneur, et dans ce cas, un roi, sans lui présenter ses respects. Peu importe les affaires. Et les nains sont une race très fière, peut être même un peu trop, alors évitons de les contrarier. Honnêtement, je me demande quel genre d'incidents diplomatiques tu déclencherais sans moi…»
Je me renfrogne. Puis je me concentre sur ce qui m'a le plus intéressé dans notre itinéraire.
Alors il nous emmène voir de nouveaux elfes ? Ceux d'Imladris…des Noldo. Et ce seigneur doit être Elrond qui a rejoint les troupes d'Eryn Galen pour le voyage. Je ne lui ais rien révélé de mon passé ici, hormis de rares bribes de notre enlèvement par les orques. Je ne sais pas encore si je dois lui faire confiance pour me mener à bon port, mais ce n'est pas comme si j'avais le choix. En tout cas, s'il dit vrai, nous serons très bientôt en sécurité. J'imagine la petite bouille émerveillée de Gal devant la beauté des elfes. Et j'ai hâte de savoir si leurs demeures sont aussi belles qu'on veut bien nous le dire. Si cela correspond à mon rêve.
Je baisse les yeux sur les cicatrices blanches sur mon ventre et ma poitrine, et vois les mêmes chez Tanan. Je crois que sa détresse doit être plus grande que la notre, peu importe ce que l'on a traversé. Et j'ai bien plus en commun avec lui que je veux bien le croire. Nous avons tous deux été arrachés à notre famille, et jetés en pâtures à des bêtes sauvages sur des Terres qu'on connaît à peine (enfin non, lui il voyageait déjà beaucoup avant). A la différence près que lui est sûr de les revoir.
« Saurais-tu me conduire en Lorinand ou à Eryn Galen ? » je murmure, de peur que le petit n'entende.
Il semble surpris lorsque je relève mon regard sur lui.
« Pourquoi voudrais-tu aller là bas ? Non pas qu'ils ne soient pas hospitaliers, les elfes de Vert-Bois le Grand son connu pour leur enthousiasme et leur joie de vivre, si on oubli leur Prince, mais…les Galadhrim ? »
Ah…ils posent encore problème. Je me rappelle la réticence de Finn quand je voulais socialiser avec l'un d'entre eux.
« Je…il y a des personnes que je souhaiterais revoir. Et ils se trouvent dans l'une de ces deux contrées. »
Il baisse les yeux, comme pour réfléchir à nos options, et à ma requête totalement farfelue (honnêtement, qu'est-ce qu'une humaine sans attaches comme moi irait faire dans un royaume elfique qu'elle n'a jamais vu ?).
« Eh bien…la Lorinand se situe un peu plus à l'Est, nous n'aurons qu'à suivre la Rivière Nimrodel, mais je doute que nous soyons les bienvenus à Caras Galadhon. Le couronnement récent du roi Amroth conduit les Galadhrim à un comportement très protecteur envers leur royaume. »
« Le couronnement ? Alors les Prince Thranduil doit toujours y être, n'est-ce pas ? » je dis avec une lueur d'espoir « Dans combien de temps pourrons-nous y être ? »
« Tu n'écoutes pas ? Je te dis que nous ne serons pas les bienvenus ! Honnêtement, j'ai autre chose à faire que de perdre un an ou deux dans leurs geôles, parce que tu caresse le doux rêve de partager la couche du futur roi sinda ! » il grogne
Je m'étouffe avec ma salive.
« De… QUOI ? » je croasse
« Ne fais pas l'innocente, je dois boucher les oreilles de Galadh quand tu soupire et gémis son nom dans ton sommeil…tu ne te souviens de rien ? »
Merde…merde…MERDE !
Non…pas ça…Mon inconscient continu à faire des siennes, même après ces années passées ici, je continu à avoir des réactions pas normales. Pourquoi lui ? Pourquoi ces pensées, pourquoi ce genre de pensées ?
« En tout cas, je comprends mieux le pourquoi de ton empressement à arriver à Eryn Galen. »
Mais il va se taire ? C'est super humiliant…Et il a l'air de savourer ses paroles, le bougre !
« Tu auras tout le loisir de lui parler et…enfin bref…tu pourras le voir à Imladris, un terrain neutre. Je ne fais pas confiance au Galadhrim… » il dit tranquillement, avant de se laisser flotter sur le dos, s'éloignant de moi, m'abandonnant à mes pensées.
C'est ça, rajoutes-en une couche…pauvre tâche
Mon cerveau fonctionne à mille à l'heure…je ne suis pas amoureuse, c'est sûr, parce que cela impliquerait que je le connaisse, et je ne le connais pas. Je l'ai entrevu plusieurs fois, et il n'a jamais daigné m'adresser un regard, ou un semblant d'attention. Mais je l'ai toujours trouvé impressionnant dans sa magnificence, et il en avait un peu trop conscience, ce qui le rendait repoussant au possible, pour moi. Non, vraiment je ne suis pas attirée par lui. Et les hommes de pouvoir ne sont pas vraiment mon trip. Connerie d'inconscient.
« Quand tu auras finit des suppositions à la con, on pourra peut être reprendre la route ? Et se chercher de quoi manger, je crève de faim. » je marmonne de mauvaise humeur.
J'entends un rire grave, et des clapotis. Non mais quel gamin !
« Oui…plus vite je me débarrasserais de toi, plus vite je reverrais ma femme et mes enfants. » il dit en se traînant en dehors de l'eau.
Je marmonne dans ma barbe. Sil n'est pas content de nous aider, rien ne l'oblige à rester. Sa famille est restée dans sa forêt, au Rohan. Il me la décrit comme le plus bel endroit de la Terre du Milieu. J'ai envie de le croire, mais les gens sur cette Terre on une grande tendance à l'extrapolation quand il s'agit de leur contrée d'origine. Si tous les endroits habités sont comme la forêt de Fangorn, alors je peux comprendre.
Je sèche le petit et lui fait enfiler ses vêtement, avant d'enfiler moi-même les miens.
Nous pêchons quelques saumons que nous faisons sécher au soleil, et cueillons quelques baies sur les berges, avant d'emballer nos affaires et de lever le camp. Nous marchons pendant des heures, nous relayant pour porter le petit que les pierres sur le sol font souffrir. Nous marchons toute la nuit. Nous avons finalement opté pour Caradhras et la Moria. Tant qu'à faire, autant se mettre en sécurité. Et je n'ai jamais vu de nains de la Moria, la plupart allaient vers Erebor, une autre montagne ou les monts de fer. Je n'en reviens pas de me faire manipuler aussi facilement. Je devrais essayer de rejoindre la Lorinand par mes propres moyens. Mais si Tanan a raison ce ne sera qu'une perte de temps et une prise de risques inutile. Et c'est quelque chose que je ne peux plus me permettre. J'ai deux choses auxquelles me raccrocher, maintenant : Gal, et ma liberté.
Je souris en voyant le garnement empêcher Tanan de dormir en lui sautant sur le dos. Ce dernier est si calme, si doux avec lui. Je ne l'ai jamais vu hausser le ton. Il sait se faire respecter et aimer. Un pincement de jalousie m'envahit la poitrine, quand je vois leur complicité. Celle d'un père et d'un petit garçon. Un truc que je ne pourrais jamais lui donner étant donné que je suis une femme.
« Viens ici, petite tête. Tonton Tanan doit se reposer. » je l'appel au bout de cinq minute
Il pose gentiment sa tête sur mes genoux, alors que je surveille l'horizon de ma nouvelle vue, une main distraite caressant ses cheveux. Les nuits sont claires et calmes par ici. Il est difficile de dire qu'on pourrait tomber sur des troupes d'orques en pleine immigration vers les monts de l'Ouest dans des cavernes inhabitées. Tanan me dit que les nains de la Moria, bien qu'ils soient trop fiers pour le dire, ont pas mal de fil à retordre avec nos amis à gueule cassée. Je reste néanmoins très vigilante. Je sais ce qui se cache derrière chaque ombre, chaque rocher. Je sais que l'on ne peut jamais ses croire en sécurité en dehors. C'est un monde merveilleux, recelant de tas de mystères et de trésors, mais comme un cadeau empoisonné, il se retourne contre vous en moins de deux.
Une ombre se profile au loin, venant de la montagne. Cela soulève la poussière sous ses pas pressés. Comme une chose qui foncerait sur nous au galop. Y étant que trop familière, je me relève, et bande mon arc. Mon bras tremble légèrement. Je reprends une grande respiration, et le vise à nouveau, parfaitement concentrée. Je m'interdis la panique. Je l'attends. Il s'approche. De plus en plus vite, de plus en plus près. Et lorsqu'enfin je l'ai dans ma ligne de mire, un poignard surgit de nulle part et lui traverse le crâne. Le Warg s'écroule et tourneboule le long du flanc de la montagne, avant d'atterrir à quelques mètres de nous. Le bruit fait gémir Gal qui ne se réveille pas, trop épuisé par la marche.
Je me retourne vers le lanceur de couteau, frustrée de ne pas avoir eu ma proie. Tanan m'offre un sourire satisfait et parle sur un ton faussement désolé :
« Je sais que si je te l'avais laissé, tu aurais été insupportable pendant des semaines à me rappeler que je te dois la vie. Je m'évite de l'ennui en trop grande quantité. »
Non mais quel…quel…
Je le mitraille du regard, et me penche pour ramasser son poignard. Je l'essuie, et le range avec mes affaires.
« Que…qu'est-ce que tu fais ? » dit-il, abasourdit.
« Une compensation. Tu m'a prit ma proie et la seule distraction que j'aurais pu avoir dans ces montagnes, alors je te prends quelque chose en retour. Nous sommes quittes. »
Je l'entends renifler fortement, avant de soupirer pour se calmer.
« Soit… Maintenant vas dormir, je sens que je ne dormirais plus avant très longtemps… » grogne-t-il avant de prendre ma place sur un rocher qui nous surplombe.
« Mais on vient de se faire attaquer par un Warg ! »
« Oui, un Warg, pas une troupe, pas une meute. Et il ne nous attaquait pas, il fuyait. Ce qui veut dire que des nains sont en train de faire leur boulot plus haut. Faisons leur confiance. A mon humble avis, aucun autre ne suivra. » dit-il en prenant une branche sur le sol et commençant à la tailler avec un autre de ses nombreux poignards. Ca a l'air lourd, je me demande comment il fait pour courir aussi vite.
« Le prochain sera pour moi… » je marmonne en m'allongeant sur les pierres au sol.
Il ricane, et se concentre sur sa branche.
Je ne m'endors pas tout de suite. J'ai peur que mes rêves recommencent, et je ne me sens pas de gémir le nom d'un homme que je n'apprécie même pas devant un autre homme duquel dépend ma survie. Je me retourne sur le dos et me contente d'observer le ciel. Le ciel est magnifique. La Nuit est magnifique, comme toujours ici. Et cette lune, ces étoiles…
« Ithilnîn ah êlnîn… » (Ma Lune et mon Etoile)
Un murmure parcourut mon esprit comme un coup d'électricité.
Ces paroles… Je les connais. Elles ne m'ont pas quittée depuis ma première crise. Celle après laquelle je me suis réveillée à l'infirmerie de la Fac. Je n'en connaissais pas le sens à l'époque, mais aujourd'hui…pourquoi ? Pourquoi est-ce que je les entends encore, aujourd'hui ? Et d'où sortent-elles ?
Je frissonne, et ramène mes genoux contre moi. Je ne suis pas folle, j'ai entendu ce murmure comme si quelqu'un à la voix de miel me l'avait murmuré au creux de mon oreille. Je en suis pas folle…
Le sommeil m'emporte. Sans rêves.
C'est le soleil en pleine face qui me réveil. Je vois les hommes s'activer pour repartir. Ils allaient me réveiller.
« Rien d'inhabituel ? » je demande en bâillant
« Tu veux dire hormis le fait que tu n'ais pas gémis de toute la nuit ? Non, rien d'inhabituel… »
Je vais me le faire, lui…à la marocaine…
Le frotte mes yeux à la place, pour m'habituer à la luminosité réverbérée par la pierre blanche au sol. Gal me tend allègrement une pomme cueillie il y a deux jours, et s'en va jouer avec des pierres. Je croque avec délice dans la pomme. Un peu de sucre me fait du bien. Je m'avance ver Tanan, alors que je m'assure que le petit n'entend pas.
« Ne refais plus jamais ce genre d'allusions devant le petit ou je t'étripe avec les dents, je suis claire ? »
Il me sert son sourire le plus insupportable, et je roule des yeux, avant de prendre la tête de l'expédition. Direction la Moria et Imladris !
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Les gardes des portes du Royaume de la Moria nous accueillent joyeusement, ce qui est un soulagement, après toutes ces rencontres hostiles. Je ne sais pas pourquoi je me sens soulagée…je m'attendais à pire, ça c'est sûr.
Les nains sont…comment dire ? De toutes les races que j'ai fréquentées jusqu'à aujourd'hui, ils sont les plus sensibles à la démesure. J'ai été habituée un an aux elfes et leur éducation classique sui leur impose la mesure et la retenue en toute circonstance, les Hommes qui sont…ben des hommes quoi, et maintenant eux…je les aime. Je crois que je vais rester ici, finalement.
Rien qu'à l'entrée, on nous en a mis plein la vue, avec la démonstration de forces armées qui tient les portes. Une centaine de nains en armure lourde de cuivre jaune, et le symbole de Durin gravé sur leur casque (une sorte de chapeau-couronne et un marteau). Une immense arche avec une porte sous la montagne ne pouvant s'ouvrir que sur ordres du roi, ou à la lumière des étoiles avec une formule magique en sindarin (étrangement ironique étant donné que les deux peuples ne se supportent pas). Ils étaient méfiants, puis Tanan a donné son nom et un motif à notre visite dans un Khûzdûl parfait (que je ne comprends pas, ça marche pas toujours le super pouvoir d'intégration), et enfin, on nous a fouillé deux fois chacun (même Gal qui riait sous les assauts de leurs mains fortes qui le chatouillaient). On nous a dépouillés de nos armes « simple précaution » d'après Tanan, mais je me sentirais plus rassurée avec un poignard dans ma poche…simple précaution.
On nous a fait traverser des kilomètres de corridors, et monter des milliers de marches, certaines dans de longs couloirs dont les murs sont d'une pierre grise bleutée gravés d'écriture qui ressemble au vieux norrois (je vous dis que j'aime les options inutiles à la fac) utilisé par les peuples scandinaves dans l'Europe médiévale. Parfois ces escaliers sans fin se prolongent dans d'immenses cavités dont le plafond est si haut qu'il en est invisible et où chaque murmure se répercute en écho sur les murs eux aussi rendus invisibles par l'immensité, et le vide. Oui, en parlant de ça, j'ai cru défaillir à plusieurs reprises en regardant en bas, avant que Tanan me dise de regarder devant moi. Ce palais est une vrai caverne d'Ali Baba…des gravures sur les murs sont ornées de peinture d'or, des pierres finement taillées y sont incrustées, des portes immenses finement ciselées et soigneusement sculptées reflètent les siècles, les millénaires de savoir-faire et de prestige d'un peuple méconnu. Des courtisans et serviteurs se pressent ou se promènent dans les couloirs, tous admirant notre taille et pestant sur notre allure négligée.
Ah…les aristos…
Nous arrivons finalement dans une grande salle où trône une forêt de colonnes de marbre d'un bleu sombre dont les socles sont incrustés d'or massif. Je retiens des exclamations d'émerveillement à chaque pas dans ce palais, ce temple de la démesure. Je jette un coup d'œil amusé à Galadh qui se balade tranquillement la bouche ouverte devant tant de splendeur.
J'ai emmené le petit à Disneyland.
Devant nous, à près de cent mètres, se dresse un trône immense pour la taille de son propriétaire, qui ne le remplit que par sa prestance et son charisme. Un grand siège du même marbre bleu que les colonnes, gravé de motifs naniens et incrusté de joyaux bleus et jaunes. Le roi est assis sur une sorte de plaid en cuir richement travaillé.
Le roi…en parlant de démesure. Le roi est un nain d'une trentaine d'année (du moins c'est ce qu'il paraît), avec une chevelure et une barbe rousse flamboyante, rangée en tresses et ornées de perles d'onyx, d'or et d'argent. Chacun de ses doigts porte une bague plus renversante les unes que les autres. Entre ses genoux repose sa couronne, la même qui est gravée sur les casques de ses soldats. Il porte des vêtements riches, de ce même tissu que je porte sous ma tunique, avec une épaisse ceinture en cuir ainsi que des avant bras et des protège-tibias de la même matière richement travaillée. Les bras de sa tunique sont relevés sur ses avant bras forts, et le col en V ouvert sur sa poitrine saillante, est brodés d'argent. Tout en lui respire la grandeur et la virilité, et son allure guerrière et expérimentée intimiderait Gengis Khan lui-même!
Ca c'est du mec…
Ses yeux gris perçant s'ancrent dans les miens au moment où notre vue nous permet de nous fixer (c'est-à-dire tout de suite). Je tremble, transpire, ne sais plus où me mettre. Je me place en retrait par rapport à Tanan qui lui, les connait mieux que moi. Il prend la parole avec assurance, et je suppose qu'ils parlent de notre motif pour notre passage sur ses terres. Je les vois échanger un bon moment, avant que les yeux se tournent vers Gal et moi. Je tremble légèrement et resserre mon emprise autour des épaules du garçon, alors que lui est encore trop absorbé par sa contemplation des « cailloux qui brillent » pour remarquer quoi que ce soit. Je vois le roi continuer de nous fixer, tout en enchaînant les questions avec notre « interprète ». Puis, au bout d'un moment qui me semble interminable, je l'entends parler en sindarin dans un fort accent nanien. Avec sa voix grave qui cause un tsunami de frisson en moi, comme si elle se répercutait entre mes côtes. La voix d'un vrai souverain, qui impose le silence et le respect.
« Sois la bienvenue dans ma demeure, Dame Hana. Sais-tu qui je suis ? »
Après un très long moment où je cherche à humidifier ma gorge et ma bouche, je réussi à articuler quelques mots :
« Je sais que vous êtes le seigneur de ces Terres, et le roi des royaumes nains. Je sais que vous êtes Durin IV » je croasse
Il sourit, satisfait de ma réponse. Il reporte son regard d'acier sur Tanan qui semble lui aussi satisfait de n'avoir pas déblatéré pour rien pendant deux jours.
« Elle apprend vite ? » demande-t-il en sindarin pour que je comprenne. Donc il me cherche…
« Aussi surprenant que cela puisse paraître, Majesté… » ajoute Tanan avec un œil moquer sur mes rougeurs
Je vais le tuer.
J'entends le roi rire de bon cœur, alors que tout ce que je vois c'est la lumière réverbérée par sa dentition parfaite…ils sont croisés avec des elfes les Durin, c'est pas possible !
« Allons, allons, ma chère ! Ne prenez pas cet air, si je ne vous appréciais pas, il y a longtemps que vous auriez finit dans nos geôles ou je ne vous aurais pas permis d'entrer. »
Il se lève et s'avance vers nous, assez prêt pour ne pas avoir à parler aussi fort pour se faire entendre, tout en restant sur ses marches. Il est clair qu'il veut nous dominer. Quoique son charisme à lui seul aurait suffit.
« Soyez les bienvenus, toi et ton fils. Allez vous rafraîchir, nous donnerons un repas en votre honneur. Tanan est homme de valeur, et ses amis sont les nôtres. Vous reprendrez votre route aux aurores. »
Il nous invite à quitter la salle d'un geste ample de son bras. Aussitôt, des serviteurs nous entourent et nous guident vers les appartements des invités. Mois, Hana Lowell, la pauvre étudiante paumée, je suis invitée par le Roi des rois des nains, la quatrième réincarnation du Père des Nains pour festoyer et dormir dans ses meilleurs lits. Ah…un lit ! Les pierres m'ont recouverte de bleus, et d'écorchures. Après ça, Tanan n'a pas intérêt à essayer de me faire croire qu'il n'a été que de passage ici, tout le monde l'aime…mais tout le monde a ses secrets.
Les deux jeunes naines que l'on nous a assignées sont originaires du Beleriand, qu'elles me disent. Je n'ai absolument aucune idée de où ça se trouve, mais je les laisse parler et prendre soin de moi, ça me détend. Je tique deux secondes lorsque je me rends compte que ce sont les premières femmes que je rencontre dans ce monde. Et il fallait que ce soit des servantes…
Elles aussi ont reçu une bonne éducation, car elles parlent toutes les langues parlées en Terre du Milieu. Elles m'ont précisé que le roi exige de donner une éducation au personnel. Car il est le roi des Nains, de tous les nains, et pas seulement des nains bien nés. Un socialiste. Je l'aime bien.
Elles m'emmènent dans une salle de bain gigantesque où je ne sais plus où donner de la tête. Elle est séparée en deux, une partie pour moi et une autre pour Galadh. Je crois qu'ils ont compris que je ne veux m'en séparer sous aucun prétexte. Nous somme séparés par un rideau, et je dois le rassurer plusieurs fois avant qu'il ne parte avec la douce naine aux tresses brunes. Celle qui reste à mes côtés m'entraîne dans une baignoire (une piscine serait plus exacte) d'eau fumante. Je rougis de honte en quittant mes vêtements souillés de crasse, et soupire de soulagements en entrant dans l'eau chaude. Elle dénoue mes muscles et picote un peu au niveau de la plante des pieds et de mes jambes où j'ai de nombreuses écorchures…mais c'est le pied.
Je me laisse aller, calmant ma respiration, savourant le massage crânien que m'offre la jeune femme de ses mains expertes. Elle passe tout un tas d'huiles et d'onguents dans mes cheveux, je n'en connais pas la consistance, mais le résultat est extraordinaire. Je n'avais qu'un amas de nœuds plein de poussière et collant de crasse à la racine, et elle en a fait une crinière soyeuse au toucher…j'aime cet endroit ! Je ne suis pas à l'aise lorsqu'elle commence à me frotter le corps, et elle le comprend. Elle finit par me laisser le faire moi-même, et me laisse seule. Enfin un moment en tête à tête avec moi-même. Je ne sais même plus à quand remonte la dernière fois que j'ai pris soin de moi avec tant de sérénité. Je prends plaisir à me frotter, à décrasser ma peau calcinée par le soleil sans protection. Je passe mes mains sur mes cicatrices blanches. Je refusais de poser les yeux dessus, les premiers temps. Gal ne m'en laissait pas le temps, et je pensais que leur vue me donnerait plus de mal que lorsqu'elles m'ont été infligées. Mais maintenant que je prends le temps de les détailler, je me rends compte que rien ne survient. Pas de culpabilité, pas de honte…pas même de la haine. J'ai fini par m'y faire. Et je suis même heureuse qu'elles soient là. Elles me rappellent pourquoi je suis encore en vie.
Je me laisse reposer encore quelques minutes dans l'eau renouvelée, et ressors finalement, une serviette douce enroulée autour de la poitrine. La servante m'accueille avec un sourire et me fait m'assoir sur un tabouret rembourré devant un miroir en face du bain, une sorte de coiffeuse avec plus de produits cosmétiques posés dessus que dans la salle de bain de ma cousine Sofia. Elle libère mes cheveux de la natte que je leur ais faite, et commence à démêler mes cheveux avec douceur et savoir-faire. Je la regarde me parler de sa vie dans ce palais, tout en tressant mes boucles et les arrangeant en un chignon compliqué. Ils ont tellement poussé qu'elle peut même les laisser retomber sur mon épaule. Elle y glisse des fleures et des perles. Je ne me serais pas reconnue si je ne me regardais pas en ce moment même. Je tente de la calmer dans son élan, mais elle me dit qu'elle reçu des ordres spécifiques, et qu'elle y prend le plus grand des plaisirs. Je me laisse faire. Si en plus c'est gratuit et de bon cœur…J'enfile ensuite une robe magnifique bleue océan avec une ceinture blanche qui me prend toute la taille, de sous els seins aux reins. J'enfile une paire de sandales blanches, et elle me guide finalement vers la grande salle où Toute la Moria s'est réunie pour manger et boire. Notre venue n'est qu'un prétexte je le vois bien. Gal et moi sommes des inconnus pour eux, mais Tanan…Tanan semble à sa place ici.
Alors toi, mon cocot…il va falloir qu'on parle.
Je prends place entre lui et Galadh qui dévore avec appétit la pièce de viande qu'un noble lui a servit dans un plat en terre cuite. Je le ralenti tout de suite. Ce la fait des mois qu'i lest habitué à manger en petites quantités, un trop gros repas le rendrait malade. Je lui enlève toute cette viande grasse et lui met du raisin et des carottes. J'ignore sa moue boudeuse, et me tourne vers Tanan qui finit sa conversation en khûzdul avec son voisin. Il m'énerve avec ses faux-airs de Monsieur-Je-Sais-Tout ! Il se présente comme notre meilleure chance de nous en sortir, mais il n'est même pas capable d'être honnête avec moi !
« Ne me dis pas que tu faisais des affaires avec le roi en personne…Ton épouse est une naine ? Ne me prends pas pour une idiote, je sais que tu m'as menti. Avoue que tu n'es pas qu'un interprète, et que tu veux nous vendre comme esclaves au roi ! Qu'est-ce qui me prouve que tu ne cherche pas à nous perdre ? J'en ai plus qu'assez de tes mensonges, Tanan ! » je veux juste le provoquer, histoire d'être sûre d'avoir la vraie version de lui pour une fois.
Il avale tranquillement sa bière et se tourne vers moi, avec un rire cynique. Il se calme petit à petit, et reboit encore une gorgée, et parle d'une voix un peu plus basse qu'à l'accoutumée.
« Je n'ai pas été très honnête avec toi… »
« Dis-moi quelque chose que je ne sais pas déjà. »
Il boit encore à grandes gorgées. Ok, ça ne va pas être facile pour lui, mais j'ai besoin de savoir à qui j'ai confié ma vie, même si je sais que je peux lui faire confiance.
« Avant la guerre, je me suis engagé dans l'armée rohirrim à l'âge de dix-sept ans, et je combattais pour le roi en portant ses couleurs avec fierté, et je suis toujours fier de ma contrée d'origine… »
« Mais ? »
Il reprend une gorgée, et fixe sa choppe.
« Mais la vie a été chienne…comme tu t'en doute. »
Il a perdu son sourire. Pour la première fois depuis que je l'ai rencontré, je vois ce qu'il y a sous ce sourire abominablement faux. Il a souffert. Plus que moi, plus que ce que je pensais. J'y ais été trop fort avec lui.
« J'ai combattu les première années avec force et conviction, j'aime à croire que j'ai mis toutes mes forces dans ces combats contre le Mordor. J'ai épousé une magnifique jeune femme rencontrée à Edoras. Nous nous sommes installés avec mon peuple, dans les forêts du Rohan. Nous avons eut des jumeaux, et un petit dernier deux ans plus tard. Nous avons été les plus heureux et les plus épanouis. Puis…puis Sauron a déchaîné ses armées sur les Terres libres…J'ai été envoyé repousser les armées qui frappaient au Nord de nos frontières. Mais le Seigneur noir est malin. Il savait que nous chercherions à protéger la Trouée du Rohan à tout prix, au dépends de nos frontières au Sud, trop peu protégée, et pourtant celles qui nous séparent. Lorsque je suis revenu, il était trop tard. Tout avait été brûlé, saccagé…et l'Westfold était tombé. Il y a une chose sur laquelle je ne vous ais pas menti : ma famille m'attend bel et bien dans les forêts du Rohan…et je les rejoindrais, un jour. »
Un éclat de rire nous fait sursauter, et je vois le roi se fendre la gueule avec un autre nobliau, complètement saoul.
Tanan évite mon regard et se ressert de la bière et reprend deux gorgée, avant de continuer, encouragé par mon silence.
« J'ai déserté l'armée quelques mois plus tard, ne croyant plus à la politique menée par notre roi. Je savais qu'il nous mènerait à notre perte. Je n'avais plus foi en rien. J'ai erré pendant des mois et des mois entre le Gondor et le Rohan, dans les Mont Brumeux, jusqu'à Imladris, puis Vert-Bois…le Lorinand et les Galadhrim… » il rit amèrement « Enfin, j'ai finit par me faire enlever et torturer par des orques ayant fuit le Mordor. Je me croyais assez fort pour les envoyer manger des pissenlits par la racine, mais ils ont finit pas me submerger. Le roi passait par là, et m'a sorti de ce mauvais pas. Je lui en dois une. Il m'a accueillit ici, alors que rien ne l'y obligeait. Il a fait de moi son ambassadeur, et je traitais avec les autres contrées en sa faveur, car il connaissait mes facilités avec les mots. »
« Oui…je l'ai expérimentée aussi. » je souris…il me répond.
« J'ai rencontré une femme de ce peuple. Un magnifique jeune naine. On m'a longtemps maudit parce qu'elles sont déjà assez rares pour eux sans qu'un blanc-bec venu du Sud leur vole celles qui restent. Nous nous sommes aimés. Et un jour, elle a épousé un noble nain. Les devoirs avant le cœur. Son amour pour moi a finit par la tuer, car les nains peuvent mourir de chagrin d'amour.»
Il en a vraiment chié le pauvre gars…
« Je suis parti, je les ai quitté, bien que Durin m'ait assuré être le bienvenu à tous moments. Ma vie de rôdeur me va mal. Je ne fais que m'attirer des ennuis. Je sortais d'un énième conflit avec les gobelins des montagnes, avant de tomber sur toi et le petit. A vrai dire, vous êtes la seule chose convenable qui me soit arrivée ces dix dernières années. »
Je le vois reprendre une gorgée, avant de me regarder dans les yeux.
« Tu m'as offert un but et un défi en me laissant prendre soin de vous. Alors non, Hana fille de Dean…je ne veux pas vous vendre en esclavage. Vous êtes mon seul espoir de guérison et de réconciliation avec la vie. Mon intérêt est sincère bien que très égoïste. » il murmure en me souriant de nouveau.
Je rougis furieusement.
Mais quelle conne ! Je ne pouvais pas juste la fermer et accepter qu'il ait ses secrets ? Connerie d'orques ! Ils m'ont infligé cette connerie de méfiance, tout mon savoir-vivre en société !
Je le regarde encore un peu, et me sers moi aussi de a bière en grosses quantités. Peu importe si je dois me lever tôt demain, cela fait trop longtemps depuis la dernière fois que j'ai bu de l'alcool. Je bois de grosses gorgées, devant son sourire amusé.
« Et moi, je suis mourante. »
Il ne perd pas son sourire. Il se contente de lever sa choppe et de dire :
« A la guérison de nos âmes… »
« Et à nos cicatrices sans lesquelles la valeur de la vie n'aurait aucun sens… »
Et nous trinquons.
Je sens la tête de Gal se poser doucement sur mon bras, et sa respiration lente sur ma main.
« Montez vous coucher, demain nous repartons pour Imladris. » me dit Tanan
« Tanan mon garçon ! Ne la monopolise pas ! Laisse-nous profiter de sa délicieuse compagnie ! » nous coupe joyeusement le roi en levant sa choppe dans ma direction.
« Je crains de ne pouvoir m'attarder plus longtemps, Majesté. » je dis avec plus d'assurance « Galadh est très fatigué, mais il ne dormira pas sans ma présence à ses côtés. »
Le roi semble déçu, mais il me sourit tout de même.
« Eh bien soit. Vous êtes une jeune femme qui sait faire face à son devoir. J'admire cela. Vous êtes une bonne mère. Faites de beaux rêves Dame Hana. »
J'incline la tête dans sa direction, et suit une servante qui nous conduit jusqu'à nos appartements. Le lit moelleux fait énormément de bien à Gal qui dort d'une traite. Moi aussi.
Le lendemain, le départ se fait dans la joie et la bonne humeur. Le roi nous fait promettre à plusieurs reprises de revenir le voir à la première occasion. Je croise les doigts car je ne sais pas quand cette occasion se représentera. Un pincement au cœur accompagne ces au-revoir. Je quitte ceux qui m'ont réconciliée avec la vie. Ceux qui m'ont permis d'oublier que le monde n'est pas que blanc ou noir.
Pour une fois, je n'ai plus peur de l'avenir. Je sais où nous allons. Je suis emplie de certitudes qui me font aller de l'avant, avec ma nouvelle famille, vers Imaldris. Mon ventre se tord lorsque je me souviens qui nous attendra là-bas…
Mon Dieu, faites que tout se passe bien lors de nos retrouvailles…
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