Chapitre 10 : Une femme ? Et dans le groupe ??
Quelques rayons traversaient la pénombre de la chambre lorsque Sanzo ouvrit les yeux enfin.
Au début, il ne chercha pas à bouger ni quoi que se soit, préférant goûter à la douceur du lit et surtout à cette douce mélodie qui vibrait dans ses tympans.
Mais quand il détourna légèrement le regard, ses yeux tombèrent sur une jeune fille. Mince, fine, très fine, des épaules arrondies, une taille bien courbée, une poitrine maternelle, un ventre rondouillet, des petites jambes dissimulées derrière le grand voile qu'était sa robe, il ne voyait pas ses pieds mais son regard s'attarda sur ses doigts.
Elle était en train de coudre la robe du moine, que la créature avait déchiqueté de ses griffes. Il restait subjugué, non pas par la texture cotonneuse de ses bras, mais surtout par les rayons que diffusaient ses mains avec les allés et venus réguliers.
Comme les vagues d'une mer intrépide, elles passaient et revenaient, tout en amenant un peu plus les deux bords déchirés à se rapprocher, pour finalement n'en faire plus qu'un et l'unir en maintenant le fil conducteur.
Puis, quand elle amena l'aiguille à ses lèvres, Sanzo aperçut enfin son visage : une frange un peu en désordre, qui descendait en dégradé le long de son visage ovale, pâle, au menton arrondi, aux oreilles timides.
Son nez était fin et aquilin, droit, ses lèvres roses étaient pulpeuses et invitaient à y goûter le miel et le lait.
Ses pommettes étaient soyeuses et lisses, autant que ses joues et que sa mâchoire, mais le plus hypnotisant demeurait son regard : d'un blanc de lait, miroitant aux faibles rayons de lumière, ils étaient pourtant vide de sens et de peur. Ils respiraient la quiétude et la douceur, un blanc de légèreté, un blanc de gaieté, mais aussi un blanc mystique et secret, un blanc que Sanzo avait déjà connu…
L'odeur de la fleur de lys envahit alors ses narines, lorsqu'elle expira et qu'elle brandit haut devant elle la robe du moine entièrement recousue.
Elle semblait fière de son travail et arrêta de murmurer cette douce mélodie.
Alors Sanzo se redressa doucement, attendant qu'elle remarque enfin son réveil pour faire bouger les choses. Et puis, l'appel de la nicotine était bien trop tentant pour rester allongé sur ce lit, aussi bon soit il…
La jeune fille se leva alors, n'ayant toujours pas remarquée Sanzo, puis plia soigneusement la robe du moine afin de la déposer à côté de ses affaires.
Elle soupira doucement encore et se tint au bureau d'une main, la tête dans l'autre.
Il attendit pendant une minute qu'elle se reprenne, secouant la tête et qu'elle se retourne.
Elle se tourna doucement, faisant voler sa robe légère aux murmures des sylphides, un bruit de grelot accompagnant les mouvements de son corps élancé. Puis elle s'arrêta net, sa robe retombant dans un frottement sourd.
Ses yeux restèrent sur ceux de Sanzo, sans réaction, qui attendait on ne sait quoi.
Elle secoua la tête et s'inclina légèrement, yeux fermés :
Yakumo : Bonsoir Sanzo Houshi-sama. Je suis Yakumo.
Sanzo :…
Voyant qu'il ne répondait pas, elle ne bougea pas. Elle l'entendit se lever doucement puis avancer vers elle. Il s'arrêta devant elle et brisa alors le silence devenu trop lourd à son goût :
Sanzo : Tu es sur mon chemin.
Yakumo : Ah (elle se poussa) gomene…
Sanzo prit alors une cigarette qu'il mit à sa bouche, puis chercha un briquet parmi les poches de son jean usé. Il n'en trouva pas.
Yakumo : Ano…
Sanzo : Mm ?
Yakumo : Est-ce que…est ce que vous…vous sentez vous mieux ?
Sanzo prit alors sa cigarette entre ses deux doigts et regarda la jeune fille d'un regard indifférent. Puis il soupira et répondit :
Sanzo : Mm.
La jeune fille le prit alors pour un oui et lui sourit de toutes ses belles dents :
Yakumo : Yokata…
Puis ses yeux se fermèrent doucement et elle s'effondra par terre, inerte. Sanzo d'abord inquiet se précipita vers elle, mais quand il entendit un léger gémissement, il comprit tout simplement qu'elle était tombée de fatigue.
Alors il la posa sur le lit où il avait dormi, lui mit sa robe comme couverture, et sortit de la chambre tout en fermant la porte.
La chambre donnait sur un couloir, et Sanzo n'eut aucune difficulté à en sortir. Il suivit les voix de Goku et d'une vieille femme pour déboucher sur un petit salon.
Gojô était en train de faire la vaisselle, Hakkai essuyait celle-ci et Goku apprenait à faire la lessive avec une vielle grand-mère âgée d'à peu près la soixantaine.
Lorsqu'il vit que Sanzo s'était levé, il s'arrêta tout simplement et s'approcha de celui-ci en sautillant frénétiquement ce qui agaça le moine en question.
La grand-mère aussi se leva sourire aux lèvres, puis s'avança vers lui tout en essuyant ses mains sur son tablier.
Goku : Sanzo tu vas mieux ! J'ai eus si peur si tu savais ! Heureusement que Yakumo était là !
Sanzo, agacé : Uruse…
Oba Chan : Je suis Nanami, la propriétaire de ces lieux. Mais tout le monde m'appelle Oba Chan. Je suis heureuse de vous rencontrez Sanzo Houshi-sama.
Sanzo en soupirant : Je ne sais pas si enchanté est mon état d'esprit…
Oba Chan : J'ai déjà eu un petit aperçu de vous Sanzo Houshi-sama, mais je vois que les histoires racontées sont toujours aussi loin des réalités. Oh mais quelle impolitesse, veuillez donc prendre place, je vais vous servir un bon thé.
Sanzo : Arigato.
Oba Chan : Après cette longue fièvre, je pense que vous devez avoir soif ! Mais dites moi, Yakumo n'était elle pas dans votre chambre ?
Sanzo : Elle a perdu connaissance peu après mon réveil, je l'ai installée sur le lit.
Oba Chan : Merci beaucoup Sanzo-sama.
Sanzo : Que s'est il passé ?
Hakkai revenant de la cuisine avec des tasses de thé : nous avons été attaqué par un chasseur.
Sanzo : Un Chasseur ?
Goku, en mangeant un gâteau : c'est un Yokaï très dangereux et très rare qui boit le sang de ses victimes !
Gojô : et d'après Oba Chan, cette créature possède un venin mortel pour tout ceux qu'elle mord.
Sanzo posa alors sa main sur le bandage de son cou, comprenant alors l'importance de celui-ci. Les autres n'étaient là que pour couvrir d'éventuelles blessures provoquées par le combat.
Oba Chan : Vous avez compris Sanzo-sama. Ne me demandez pas pourquoi mais vos amis n'ont pas été mordus.
Sanzo : Si ce venin était aussi puissant alors pourquoi suis-je en vie ?
Visiblement, Sanzo n'avait pas l'air de croire à ce qu'ils racontaient. On aurait même pu dire qu'il trouvait que ses compagnons abusaient sur l'importance même de sa blessure.
Oba Chan : Parce que Yakumo vous a sauvé.
Sanzo : La fille aux cheveux blancs ?
Oba Chan : Oui, elle rentrait de la ville quand elle a entendu Goku crier. Il vous serrait très fort, et empêchait le venin de s'écouler plus dans votre corps. C'est ce geste qui a permis à Yakumo de vous sauver à temps.
Hakkai : Mais d'après ce que j'ai compris, l'antidote réclamait pas mal de son côté.
Sanzo : C'est-à-dire ?
Hakkai : Le seul antidote disponible a provoqué une forte fièvre. C'est pourquoi tu es resté au lit pendant 4 jours.
Goku : Et Yakumo-chan n'a pas cessé de te surveiller.
Oba Chan, regard mystérieux : elle avait une promesse à tenir…
La grand-mère se leva et s'inclina respectueusement. Puis elle sortit en direction du couloir, histoire de jeter un coup d'œil sur la jeune fille et de laisser les hommes entre eux.
Lorsqu'il entendit le bruit de la porte qui se ferme, Hakkai prit alors la parole, sans parler trop fort pour autant :
Hakkai : J'ignore si c'est un hasard, mais c'est une chance d'être tombé sur elle.
Sanzo : Mouai peut être.
Goku : D'après elle nous approchons encore plus du Tenjiku. Nous allons entrer dans une zone où vivent des Yokaïs que nous n'avons jamais vu.
Sanzo : Comme ce chasseur ?
Gojô : Non, on ne risque plus d'en retrouver.
Sanzo : Pourquoi ?
Hakkai, sourire aux lèvres : C'était le dernier de son espèce et Goku lui a éclaté la tête.
Sanzo : Je vois. Je pense que nous ne devrions pas tarder ici.
Goku : Pourquoi ? Yakumo a tellement voulu que tu ailles mieux ! Tu pourrais attendre qu'elle se remette de ses émotions non ?
Hakkai : Je suis d'accord avec Goku, et puis tu es toi-même encore en convalescence alors tu devrais faire attention. Partir maintenant vers des terres inconnues encore plus dangereuses que les précédentes, ce n'est pas prudent.
Gojô : Et puis pour une fois il a pas tort. Tu lui dois la vie à la fille. La moindre des choses serait de t'assurer qu'elle aille bien avant de partir.
Sanzo : Tch vous faites chié.
Cela signifiait qu'ils restaient ici pendant quelques temps.
Oba Chan arriva quelques temps après, la jeune fille dans les bras, endormie.
Goku se précipita vers elles, inquiet :
Goku : Yakumo-chan !
Oba Chan : Ce n'est rien. Elle est très fatiguée.
Hakkai : C'est plutôt normal, ne pas avoir dormi pendant 4 jours d'affilés, je comprends.
Oba Chan : Certes mais je suis fière d'elle. Elle a tenu sa promesse.
Goku : Quelle promesse ?
Oba Chan : Tu étais trop fatigué, tu ne t'en souviens pas. Tu lui as demandé si elle pourrait sauvé Sanzo-sama. Et elle t'a répondu qu'elle n'aurait de repos tant que son état ne sera hors de danger. Yakumo a déjà souffert de beaucoup de promesse qu'elle n'a put tenir. J'avais peur qu'elle ne puisse tenir celle là. Mais j'avais omis une chose : c'était de Yakumo que nous parlions.
Hakkai : C'est le genre de fille à se battre pour ce qu'elle trouve juste. Je vois, vous avez une bonne fille.
La vieille femme prit une teinte pivoine et reprit les propos de Hakkai :
Oba Chan : Ce n'est pas ma fille !
Gojô ignorait si elle avait rougi de honte ou de fureur. Cependant, la vieille dame amena Yakumo dans une autre pièce, assez éloignée, une pièce que personne n'avait visité.
Goku : C'est sa chambre là bas ?
Gojô : Il y a des chances.
Hakkai : Je me demande…
Les trois autres le regardèrent, attendant la suite de sa phrase.
Hakkai : Je me demande qui est vraiment Yakumo ?
Sanzo : Ca doit être une orpheline que la grand-mère a recueillit par bonté. Ca arrive souvent. Dans ce genre de situation où la personne âgée peut subvenir à ses propres besoins, elle comble sa solitude avec un enfant, enfant qu'elle désignera comme son héritier.
Goku : Oh d'accord…Ne Sanzo ! Tu as vu les yeux de Yakumo-chan !
Hakkai : J'allais te poser la même question.
Goku : Ils sont beaux hein ?
Sanzo : Baka saru, ce n'est pas tout. Oui j'avais remarqué, ses yeux sont blancs. Penses tu qu'elle soit…
Hakkai : Une aberration ? C'est possible. Après tout, des rumeurs disaient bien que Goku était né d'un rocher alors…
Gojô : Et après ? Qu'est ce que ça change ?
Ils regardèrent surpris l'hybride qui venait d'allumer sa cigarette et qui laissait son teint blafard et ses cheveux d'un rouge flamboyant prendre le soleil.
Gojô : Qu'est ce qu'on s'en fou qu'elle soit une aberration, que je sois un hybride, qu'Hakkai soit un assassin ou que Sanzo soit un bonze pourri, corrompu, qui fume, qui boit et qui ne suit aucun enseignement de Bouddha ?
En prononçant ses derniers mots, il réveilla le gène endormi de Sanzo, celui qui codait pour le phénotype « Buter le cafard rouge ».
Il se retrouva avec un flingue collé à la tempe et un blond fou de rage :
Sanzo : Nani ?
Gojô : Calmes tes ardeurs la belle, je sais que la fièvre t'a mise en chaleur mais tout de même…
Sanzo : NANI ??
Et il tira. Heureusement que Gojô se trouvait presque dehors, parce que sinon les pauvres vitres de la résidence de Nanami auraient succombées sous les charges dévastatrices des balles de Sanzo.
Oba Chan arriva alors, surprise et inquiète :
Oba Chan : Que se passe-t-il ? Une attaque ?
Voyant la scène, Hakkai s'avança vers la vieille femme :
Hakkai : Ne vous en faites pas ! Ils retrouvent les bonnes vieilles habitudes…Si jamais quelque chose est cassée, je vous prie de le rappeler, nous vous rembourserons les dégâts.
Oba Chan : Ce n'est pas tellement pour moi, mais Yakumo a le sommeil très fragile. Elle peut se réveiller pour tout et n'importe quoi…
En entendant cela, les deux ennemis s'arrêtèrent de se battre et le silence revint enfin sur l'assemblée.
Oba Chan les regarda tour à tour, se demandant ce que de tels étrangers faisaient dans ces contrées. Elle se doutait bien qu'ils avaient une bonne raison, elle ne voyait pas personnellement le bonze se promener avec de tels énergumènes juste pour le plaisir ou pour le fun.
Mais poser des questions aurait été trop indiscret, et cela aurait put porter atteinte à son statut d'hôte. Goku cependant, que la curiosité rivalisait avec son appétit, se permit de poser une question des plus indiscrète :
Goku : Est-ce que Yakumo est une orpheline que vous avez accueillie parce que vous vous sentiez seule ?
La vieille femme resta paralysé, non pas parce que les propos de Goku était déplacés, mais parce qu'elle ne s'attendait pas à avoir autant de vérité venant d'un enfant, bien qu'il ne soit qu'un peu plus jeune que Yakumo.
Sanzo sortit son baffeur d'on ne sait où et frappa la tête de Goku au moins 10 fois, répétant qu'il y avait des choses à ne pas dire !
Mais Oba Chan se reprit très vite et décida de ne plus rien cacher pour le moment :
Oba Chan : Vous êtes bien trop imprévisible pour moi. Je ne pense pas que garder les choses secrètes soit possible avec vous.
Elle s'assit sur une des marches de la porte fenêtre et attendit que tous s'installèrent.
Oba Chan : De ce que je sais et de ce que j'ai droit à dire, Yakumo est une jeune orpheline. Elle est arrivée il y a quelque temps ici, et ne semblait n'avoir nulle part où aller. Je lui ai proposé de rester quelques temps, car elle était très fatiguée. Elle a accepté. J'ai appris qu'elle devait mener une mission importante, une mission qui lui a été confié par Kanzeon Bosatsu en personne ! Bien sûr je ne l'ai pas cru. Je ne la crois pas non plus maintenant, mais je m'y suis habituée. C'est une fille très intelligente, qui maîtrise aussi bien les plantes que les nombreuses tâches ménagères et sa compagnie est des plus agréables…Parfois, elle est tellement silencieuse qu'il m'arrive de l'oublier. Je m'y suis bien habituée à cette petite et je dois dire que ses remèdes sont très utiles pour mes rhumatismes…
Goku : Yakumo-chan elle est cool hein ?
Gojô : Une vraie jolie petite fleur.
Sanzo : Vous ne sentez pas ?
Tous se turent et s'échangèrent des regards surpris, tout en reniflant bruyamment. Mais personne ne sentait quoi que se soit. Ils avaient beau se concentrer sur leur odorat, ils sentaient les herbes du jardin, la douceur amer des sèves des arbres, des feuilles, mais à part ça…
Hakkai : Non je ne vois pas. Pourquoi que sens tu Sanzo ?
Sanzo : Ca sent la fleur de Lys…
Oba Chan prit alors un air effrayé et se releva furtivement. Yakumo apparut au pas de sa porte, faiblement et s'agrippant un maximum sur le pallier pour ne pas s'écrouler.
Lorsqu'ils la virent, les garçons se levèrent de même et accoururent plus ou moins rapidement vers la jeune fille qu'Oba Chan tentait d'aider mais en vain.
Son visage d'un naturel impassible et sans expression était tordu par la peur et la douleur et des spasmes la prenaient irrégulièrement.
Oba Chan : Calmes toi mon enfant, calmes toi !
Hakkai : Que se passe-t-il ? Que lui arrive-t-il ?
Oba Chan : Je ne sais pas. Je sais qu'elle fait des cauchemars et qu'ils la mettent dans cet état là, mais c'est différent de maintenant. Ca n'a jamais été aussi grave…
Gojô : Que peut on faire ?
Yakumo: Ye…yada! Yamero! Dame ! Yamero! Dame! YAAAAAAA!!
Le ciel s'assombrit et des ombres apparurent à la lisière de la forêt. Des rires carnassiers se firent entendre et les garçons purent reconnaître le bruit familier des Yokaïs.
Yokaï : Sanzo-ikku ! Enfin nous vous avons retrouvé ! Donnez nous le Sutra où vous mourrez !
Gojô avec une cigarette dans le bec en train de se gratter la tête : Ma, ma. C'est toujours pareil, on aura jamais la paix.
Goku invoquant Nyoibo: Vous avez fait peur à Yakumo-chan ! Vous allez me le payer.
Hakkai vers Oba Chan et Yakumo : N'ayez crainte, on a l'habitude, permettez que l'on vous débarrasse d'eux ?
Oba Chan : Soyez prudent, je m'occupe de Yakumo.
Yakumo: Dame…yamero, dame…
Sanzo: Tch, font chié.
Ils sortirent tous dans la cour et attendirent que les Yokaïs se jettent sur eux pour riposter avec la même vitalité que d'habitude.
Du côté de Oba Chan, les choses s'étaient plus ou moins calmées. Oba Chan avait mené Yakumo dans sa chambre et l'avait allongée sur le lit :
Oba Chan : Yakumo-sama vous allez bien ?
Yakumo : Oba Chan…J'ai peur…Il me déteste Oba Chan ! Il m'en veut…il…
Oba Chan : Non Yakumo-sama, il ne vous déteste pas, j'en suis sûr, ce n'est qu'un mauvais rêve Yakumo-sama vous devez être plus forte.
Yakumo : Gomenasai…
Oba Chan : Ce n'est rien, ça doit être l'approche des Yokaïs qui a provoqué ce mauvais rêve, ce n'est rien. Vous devez vous reposez.
Yakumo, d'une petite voix douce et incertaine : Oba Chan…
Oba Chan: Oui Yakumo-sama.
Yakumo: Onegai…
Oba Chan: Pardonnes moi Yakumo, je ne m'y fais toujours pas…
Yakumo : Elle va venir…
Oba Chan : Qui ? Elle ?
La jeune fille acquiesça silencieusement. Oba Chan prit la jeune fille et l'amena dans le salon doucement. Au même moment les garçons revinrent de leur combat, un air plutôt joyeux, principalement pour Goku et pour Gojô, à qui l'exercice manquait.
Hakkai préservait son éternel sourire et Sanzo semblait blasé de tout, comme à son habitude.
Ils s'assirent tous sur un canapé et les deux fumeurs s'allumèrent une clope et attendirent.
Attendre, ils ne faisaient que cela depuis 5 jours déjà.
Enfin, Oba Chan prit la parole :
Oba Chan : Vous semblez avoir l'habitude de ce genre de choses je me trompe ?
Hakkai : Disons que quand on voyage, il y a beaucoup de rencontre, pas toujours bonne certes, c'est une question de principe. Et puis, comme nous voulons empêcher la résurrection de Gyumao, qui est leur roi, alors forcément…
Gojô : On n'a pas que des amis c'est sûr, mais déjà que je dois me trimballer avec l'autre bonze pourri, j'vois pas c'qui pourrait être pire…
Sanzo : Tch, merdeux…
Oba Chan en soupirant: Et bien quelle aventure !
Hakkai : Mais une question demeure, vous avez dit que Yakumo était la guérisseuse de votre village.
Oba Chan : oui.
Hakkai : Hum, en fait j'aimerai connaître, si cela n'est pas trop indiscret, comment vous avez appris tout cela, je veux dire les plantes, les remèdes etc…
Il y eut un silence, durant lequel tous contemplait le visage impassible de la jeune fille. Ses lèvres closes s'ouvrirent puis elle prit la parole :
Yakumo : Je sais que vous êtes ici. Montrez vous s'il vous plait et donnez votre ordre.
Puis elle se leva et s'agenouilla vers la fenêtre. Elle s'inclina respectueusement et attendit sous le regard ébahis des autres personnes présentes de la pièce.
Alors, une petite lueur apparut du ciel et prit la force d'un oiseau, puis celle d'une femme.
La déesse apparut, rayonnante au coucher de soleil, dans sa grandeur magnanime (et dans son narcissisme des plus royales).
Kanzeon : Tu m'étonneras toujours Yakumo ! Tu es bien la seule à sentir ma présence.
Yakumo : Je suis désolée de vous avoir importunée Kanzeon Bosatsu-sama.
Kanzeon : Ce n'est rien. Je suis venue pour plusieurs raisons. La première était de me rassurer de l'état de mon petit bonze préféré.
Sanzo, catégorique : Va chier !
Kanzeon avec le sourire : Il semble aller mieux. Je te remercie d'ailleurs Yakumo d'avoir sauver mes émissaires.
Yakumo : C'est un honneur.
Kanzeon : Ensuite je suis venue te voir parce que la mission que je t'avais confiée est achevée.
Gojô : Alors la Kwannon lui avait vraiment donné une mission…
Kanzeon : Tous les chasseurs ont été exterminés, le dernier ayant été tué par Goku.
Yakumo, toujours dans la même posture : Je n'ai fais qu'obéir à vos ordres Bosatsu-sama.
La déesse s'agenouilla auprès de Yakumo et lui releva le menton, la forçant à la regarder dans les yeux. Les iris de la déesse brûlèrent le cœur de la jeune fille qui s'efforça pourtant de ne rien faire, ne rien dire, pas protester, toujours accepter.
Kanzeon : Cependant tu n'as toujours pas remboursée le contrat. N'oublies pas ton pacte Yakumo.
Yakumo : Je ne l'oublie pas grande déesse. Que désirez vous encore de moi ?
Kanzeon : Cette bande de vieux dégénérés commence à s'user à force de croupir sous le sable et les Yokaïs. Je pense qu'ils ont besoin de douceur et de légèreté. Aussi (déclara-t-elle solennellement) moi Kanzeon Bosatsu, je t'ordonne à toi ma Grande prophétesse de suivre le groupe de Sanzo dans son périple !
Le silence s'installa durant lequel Goku se retenait de ne pas exploser de joie, Gojô imaginait les pires situations s'il venait à se retrouver seul face à Yakumo, Hakkai qui acceptait la nouvelle avec soulagement (enfin il n'aurait plus à supporter le bazar tout seul) et Sanzo qui réfléchissait à comment faire rôtir une vieille carne de déesse à la broche.
Au final, le regard de Yakumo croisa chacun de ceux des garçons. Elle y lut de la joie, de la compassion, de l'acceptation, mais aussi de la haine et de la frustration.
Elle n'eut pas le temps de répondre, que Sanzo réagit :
Sanzo : Qui te dis que j'ai envie de l'avoir avec moi ? J'ai déjà 3 boulets, j'en prendrais pas d'autres !
Kanzeon : Dans ce cas tu peux jeter la carte que t'a remise la trinité bouddhique. Parce que c'est moi qui assure les frais de ton voyage vers l'ouest, ne l'oublies pas. Et puis Sanzo (elle s'approcha dangereusement de lui avec assurance) une présence féminine te fera du bien.
Sanzo : A d'autres ! Je n'ai nullement l'intention de plier sous tes menaces vieille sardine desséchée.
Kanzeon sourit alors, se rappelant d'une chose d'autrefois, d'un fait qui avait changé les choses, et aussi le monde céleste…
Elle prit délicatement le Sutra qui entourait les épaules de Sanzo et le déposa sur ses lèvres. Son regard n'avait pas quitté celui de Sanzo, mais le monde semblait avoir disparu autour de lui. Pendant un instant, il crut voir son Sutra devenir des cheveux blonds, mais cela était certainement dû à sa fatigue.
Kanzeon : Dis moi Sanzo…Serais tu un cœur de pierre ?
La phrase que la déesse avait lâchée le pétrifia sur place. Il ignorait pourquoi, mais l'assonance de ces mots, les syllabes, la concordance, le verbe, la forme même de cette phrase, le ramenait vers un sentiment extrême de déjà vu. Un sentiment étrange, sorte de pincement au cœur mais en même temps une sensation de bien être, et ce parfum de fleur de Lys qui le prenait depuis le début…
Trop d'émotion, trop de déjà vu, sans que Sanzo ne sache vraiment le pourquoi du comment. Tout était brouillé dans sa tête, et ça l'énervait d'autant plus qu'il n'arrivait pas à réagir.
La déesse, victorieuse, lâcha le Sutra du bonze et se retourna vers Yakumo qui n'avait toujours pas bougé.
Elle releva un peu le menton et la regarda en baissant les yeux :
Kanzeon : Alors Yakumo ?
Yakumo : Si tels sont vos désirs Kanzeon Bosatsu-sama…
Kanzeon : Ne me déçois pas Yakumo, je compte sur toi pour veiller sur eux.
Yakumo : Il en sera fait selon vos ordres.
Puis la déesse ressortit de la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin, et disparut en même temps que le soleil.
Le silence s'installa durant lequel Oba Chan regardait Yakumo et les garçons regardaient Sanzo toujours pétrifié.
Enfin, il reprit la parole, histoire de ne pas perdre la face devant les autres :
Sanzo : Tch ce vieux travelo ! Hoy ! (s'adressant à Yakumo), on partira demain matin, alors prépares tes affaires. Mais j'te préviens, à la moindre connerie, on te lâche !
Puis il partit direction la chambre. Goku le suivit quelques instants plus tard, en faisant de grands sourires à Yakumo, histoire de l'encourager.
Gojô en partant à son tour : Ne t'en fais pas. Au bout d'un moment tu auras l'habitude. Il est comme ça, mais il ne mord pas. Enfin pas souvent…
Puis il disparut dans le couloir, cigarette en main.
Enfin Hakkai salua distinctement Oba Chan, et s'adressa à Yakumo avec le sourire :
Hakkai : Tu as de la chance tu sais. Sanzo n'aurait jamais accepté quelqu'un de plus. Je crois qu'il t'apprécie bien.
Oba Chan : C'est étrange, j'aurai pensé l'inverse.
Hakkai : Vous savez, ce voyage est très dangereux, et Sanzo a eu un passé douloureux. Je n'ai pas le droit d'en parler aussi ne le ferai je pas. Simplement, dites vous que pour la sécurité de Yakumo-sama, il vaudrait mieux pour elle qu'elle reste ici.
Yakumo : Je n'ai plus le choix.
La jeune fille s'inclina respectueusement et disparut derrière la porte de sa chambre, que personne n'avait jamais vue.
Hakkai soupira, visiblement résigné :
Hakkai : Et bien, les choses vont changés. Maintenant qu'une fille vient d'entrer dans la Sanzo-ikku…
Et il disparut à son tour dans le couloir, retrouvant la nuit silencieusement où chacun voguait à ses propres pensées…
