Un innocent en prison
La sortie à Hogmeade du mois de novembre arriva et les trois quart de l'école décidèrent de se rendre au village Sorcier. Profitant du fait que les plus jeunes allaient investir le château, Harry demanda à Draco et Neville de le couvrir et il fila dans les cachots. Bien évidemment, Severus lui avait indiqué comment se rendre dans ses appartements. Le jeune garçon donna rapidement le mot de passe et entra. Severus accueillit Harry avec un grand sourire.
-Je te promets qu'on essaiera de partir à la maison pour le Solstice, affirma Severus. Pas trop déçu par Halloween ?
-Disons que j'ai vu mieux, soupira Harry. Et n'oublions pas le troll …
-D'ailleurs, je tenais à te remercier, fit Severus. Tu es le seul que ça a frappé que mes serpents logeaient là où se trouvait le troll. Je crois qu'ils hésitent à t'encenser ou à considérer que ta remarque allait de soi.
-Pas grave, sourit Harry. Tiens, j'aurais besoin de ton avis …
L'enfant lui tendit lettre qu'il avait rédigé la veille. L'homme la lut.
Monsieur le ministre,
Je suis entré dans le monde Sorcier cet été et c'est à ce moment-là que j'ai appris la vérité sur la mort de mes parents.
Ils ont été assassinés par Voldemort et j'en ai réchappé par miracle.
Oui, à mes yeux, ça tient du miracle.
Dans de nombreux livres qui supposent ce qui s'était passé cette fameuse nuit, il est mentionné l'emprisonnement d'un certain Sirius Black qui avait amené Voldemort jusqu'à chez moi.
J'ai voulu me renseigner en demandant le compte-rendu du procès et on m'a appris qu'il n'y avait pas de compte-rendu.
Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ?
Merci par avance
Harry James Potter
Severus leva la tête.
-Tu as demandé le compte-rendu du procès ? fit Severus
-Tu m'as toujours dit de penser à tous les détails, roula des yeux Harry. En fait, c'est l'une des premières lettres que j'ai envoyé depuis l'école.
-Et la réponse ? fit Severus
-Dans ma malle, répondit Harry. J'ai également contacté l'avocat des Potter.
-Comment tu as eu l'adresse ? demanda Severus, surpris
-J'ai demandé à Gripsec, haussa des épaules Harry.
-Harry … gronda Severus. Comment tu as contacté l'avocat ?
-Une simple lettre, avoua Harry.
-Très bien, laissa couler Severus. Qu'a dit l'avocat ?
-Je vais lui envoyer une copie de cette lettre, répondit Harry. Et il m'a dit que si ça n'allait pas assez vite, il s'assurerait que tout se passe correctement.
-Je vais contacter Augusta et Lucius pour qu'ils aillent le voir, réfléchit Severus. S'il est vraiment efficace, je pense qu'on va le mettre au courant pour toi.
-C'est toi qui voit, haussa des épaules Harry.
-Sinon, comment ça va à l'école ? demanda Severus
-Pas trop mal, répondit Harry. A part ce Weasley …
-Il ne s'est toujours pas calmé ? leva un sourcil Severus
-Il n'a toujours pas compris que tant qu'il serait méchant avec Draco et Neville, je ne voudrais pas le voir, soupira Harry.
-Je pense que pour qu'il soit aussi insistant, c'est que ça doit tenir à cœur à sa mère, se hasarda Severus. Et qui dit Molly dit certainement Dumbledore.
-Si tu le dis, haussa des épaules Harry.
-Et cette jeune fille, Hermione ? demanda Severus
-Une encyclopédie sur pattes, sourit Harry. Il faut juste qu'on arrive à la convaincre définitivement que tout ce qui est écrit dans les livres n'est pas forcément vrai.
-Elle a également des défauts physiques facilement réparables, remarqua Severus.
-Tu parles de ses dents ? fit Harry. Elle sait qu'il y a des méthodes magiques pour les corriger mais ses parents sont contre et ils veulent qu'elle utilise la méthode Moldue.
-Combien de temps ? réfléchit Severus
-Au moins jusqu'à ses seize ans, répondit Harry. De toute façon, elle s'en fiche. Elle nous a dit que si les autres s'arrêtaient sur ses dents, c'est qu'ils n'en valaient pas la peine.
-Mature pour son âge, commenta Severus.
-C'est toi qui le dit, haussa des épaules Harry.
-Je voulais te dire, prévint Severus. Je pense que Dumbledore va te convoquer dans son bureau. Sûrement pour ta remarque à Halloween.
-Si il veut, haussa des épaules Harry.
-Je pense aussi qu'il va t'interroger sur les Dursley, ajouta Severus.
Le garçon se raidit instantanément.
-Je devrais dire quoi ? hésita Harry
-Reste évasif, conseilla Severus. Il ne doit rien savoir sur ce qui s'est passé réellement. Sinon, il va découvrir bien trop vite que nous t'avons sauvé.
-D'accord, fit Harry, figé.
-Ne t'inquiète pas, rassura Severus en le prenant lentement dans ses bras. Tu resteras avec moi.
-Promis ? murmura Harry dans ses robes
-Promis, répondit Severus.
Ça ne tarda pas. Alors que les discussions sur les événements d'Halloween s'estompaient enfin, une lettre arriva pour Harry un matin. Curieux, l'enfant l'ouvrit et lut.
M. Harry Potter,
Veuillez vous rendre dans mon bureau à huit heures précises.
Vos professeurs sont prévenus de votre absence.
Albus Dumbledore
-Qu'est-ce que c'est ? demanda Neville
-Une convocation du directeur, annonça Harry. A huit heures.
-Il ne te reste pas beaucoup de temps, constata Draco. Tu devrais demander à un préfet de t'y conduire.
-Bonne idée, sourit Harry.
Le brun repéra un préfet et se dirigea vers lui. Il lui tendit la lettre et ce dernier hocha de la tête. Avisant l'heure, le préfet se leva et quitta la Grande Salle avec sur ses pas le jeune Harry. Rapidement, ils arrivèrent au bureau du directeur. Le préfet lui ouvrit le passage et après s'être assuré que le jeune garçon montait bien les marches, il partit. Harry puisa dans son courage inexistant de Gryffindor et frappa à la porte.
-Entrez, fit une voix.
Harry ouvrit la porte et examina discrètement les lieux. La pièce était spacieuse et les murs étaient recouverts d'étagères. Celles-ci étaient remplies de livres anciens et de bibelots en tous genres. Et derrière un bureau en chêne massif se tenait Albus Dumbledore. Toute personne entrant dans la pièce ne pouvait qu'être écrasé et impressionné par la prestance et l'aura de puissance du vainqueur de Gellert Grindelwald. Seulement, Harry avait vécu près de huit années avec les Dursley. Et il pouvait affirmer une chose : Albus Dumbledore et Vernon Dursley avaient un point commun, celui d'utiliser leur force, physique pour Dursley, magique pour Dumbledore, pour se faire obéir. Soit, Dursley utilisait ses poings pour se faire obéir d'Harry mais ce dernier avait été prévenu par son père que Dumbledore usait de son influence et son don de persuasion pour obtenir ce qu'il voulait.
-Bonjour, mon garçon, salua Albus. Installe-toi, je te prie.
Aussitôt, Harry se raidit. Il détestait viscéralement qu'on l'appelle comme ça. Cela lui rappelait trop Vernon Dursley. De plus, le directeur se permettait de le tutoyer sans lui demander son avis, ce qui ne le mettait absolument pas en confiance. Il obéit donc quand même et s'installa avec une confiance qu'il n'avait pas envers le vieil homme.
-Vous vouliez me voir, monsieur le directeur ? demanda Harry
-Tu peux m'appeler Albus, mon garçon, sourit Albus. Je t'ai connu bébé, tu sais.
-Je vais rester à monsieur le directeur, déclara fermement Harry.
Albus pesta en son for intérieur. Harry ne semblait pas vouloir se rapprocher de lui.
-Je voulais savoir comment tu trouves Hogwarts, fit Albus.
-C'est … magique, commenta Harry avec un petit sourire.
Albus attendit des précisions mais voyant qu'Harry n'allait pas s'étendre sur cette affirmation au demeurant vraie, il reprit la parole.
-Je t'ai convoqué parce que j'ai reçu une lettre du ministre de la magie à ton sujet … poursuivit Albus.
-Je vous écoute, fit calmement Harry.
-Il dit avoir reçu une lettre de ta part, déclara Albus.
-Je ne vois pas en quoi mon courrier personnel vous regarde, monsieur, déclara Harry.
Albus se figea, surpris. On ne lui avait jamais faite, celle-là !
-En tant que directeur de l'école, je pensais t'aider, fit Albus.
-Comme vous l'avez dit, vous n'êtes que le directeur de mon école, rappela Harry. Ma vie privée ne vous concerne pas, sauf si cela touche mon travail scolaire.
Albus serra les dents. Harry Potter ne l'aidait pas du tout.
-Tu ne connais personne dans le monde Sorcier, avança Albus.
-Ce n'est pas comme si on m'avait éloigné de ce monde, répliqua calmement Harry.
Albus commença à s'affoler. Se pouvait-il qu'Harry se doute de quelque chose ?
-Que veux-tu dire ? demanda Albus
-N'ai-je pas été élevé par ma famille sans pouvoirs magiques ? demanda Harry de manière rhétorique
-C'est vrai, concéda Albus.
Le vieil homme regarda son élève par-dessus ses lunettes en demi-lunes.
-Pourquoi avoir demandé le procès-verbal du procès de Black ? demanda Albus
-Procès-verbal ? fit Harry, perdu
-Le compte-rendu du procès de Sirius Black, précisa Albus.
-Je suis curieux, avoua Harry. Je voulais connaître les raisons pour lesquels cet homme a trahi mes parents.
-Ecoute, tu ne devrais pas creuser cette affaire, déclara fermement Albus.
-En quel honneur ? leva un sourcil Harry. Pourquoi ne devrais-je pas connaître mon histoire ? Chaque personne qui me croise en sait plus que moi, je vous signale !
-Tu exagères, tempéra Albus.
-Vous trouvez ? ironisa presque Harry. C'est Ronald Weasley qui m'a appris que mes parents étaient passés à Gryffindor et que mon père était Auror !
Albus tiqua. Evidemment, vu comme ça …
-Mais ce n'est pas la peine de remuer le passé, tenta Albus.
-Justement, c'est mon passé que j'essaie de connaître, contra Harry. Pourquoi vous refusez que je le fasse ?
Albus était piégé. S'il insistait, le jeune garçon se douterait de quelque chose. Mais s'il laissait faire … L'homme pesa le pour et le contre. Laisser Harry aux Dursley ou le confier à Sirius ?
-Tu as raison, capitula Albus. Tu as le droit de connaître ton histoire. Je vais convaincre le ministre de te répondre.
-Merci, monsieur le directeur, répondit Harry.
-Tu peux y aller, je t'ai assez retenu, fit Albus.
Le jeune garçon salua le directeur avant de sortir. Pendant ce temps, Albus se promit d'avoir une sérieuse discussion avec Sirius Black s'il venait à être libéré.
Distrait, Harry attendit la fin de la journée pour écrire un mot pour demander à voir son père. Inquiet, Severus s'empressa de le rejoindre dans un jardin caché du château pour tomber sur son fils perturbé. Après des explications un peu brumeuses, Severus prit la parole.
-Je ne comprends pas ce que tu veux me dire, fit Severus.
-J'aurais aimé que tu sois là, se plaignit Harry.
-Ce n'est pas une idée bête, s'exclama Severus.
-Comment ? s'étonna Harry
-Draco ou Neville ont dû te parler des arts de l'esprit ? demanda Severus
-Par rapport à l'Imperium, se souvint Harry.
-Je suis un maître Legilimens, expliqua Severus. Je peux entrer dans les esprits des autres. Tu vas penser à l'entretien que tu as eu avec Dumbledore et moi je vais le voir. Tu auras juste à me regarder dans les yeux.
-OK, souffla Harry.
Le plus délicatement possible, Severus s'introduisit dans l'esprit d'Harry. Le souvenir de son entretien avec le directeur fut le premier qu'il rencontra et il le visionna avant de reprendre ses esprits.
-Qu'est-ce que je dois faire ? s'inquiéta Harry
-Tu poursuis ce que tu fais, conseilla Severus. Que Dumbledore ait tenté de te faire renoncer présage que cela le servait que tu sois chez les Dursley. Maintenant, nous devons savoir pourquoi. Et qu'il faut que nous puissions parler à Black avant que Dumbledore ne le fasse.
-Pourquoi ? demanda Harry
-Je crois qu'il veut soumettre Black comme il a Molly Weasley sous sa coupe, avoua Severus. Qu'il ait cédé aussi facilement peut signifier plusieurs choses, dont celle qu'il savait que Black était innocent. Mais aussi qu'il pense pouvoir ramener Black à sa cause.
-Il n'a pas fait partie de l'Ordre ? demanda Harry
-Si, concéda Severus. Mais j'ai l'impression que les buts de Dumbledore ont changés, et pas forcément en bien.
Conscient qu'il ne pourrait pas dire plus sur le sujet, Severus s'approcha de son fils.
-J'ai remarqué que tu réagissais quand Dumbledore t'appelait « mon garçon », fit Severus. Mauvais souvenirs ?
-C'est comme ça que mon onc… Vernon m'appelait, soupira Harry. Il ne m'a jamais appelé par mon prénom, comme ma … Pétunia. Ils ne voulaient pas me donner d'existence réelle.
-Je peux comprendre, fit Severus en lui caressant tendrement les cheveux. Ne t'inquiète pas, Dumbledore ne peut rien faire contre toi. Continue comme ça et bientôt, on sera plus tranquille.
-Si tu le dis, fit Harry en réclamant un câlin à son père.
Après un long moment l'un dans les bras de l'autre, père et fils se séparèrent sans un mot.
