J'avais enfin terminé ma valise et ce ne fut pas une mince affaire. Inutile de préciser que le "baiser" de Demetri y était pour beaucoup dans mon manque soudain de concentration.

Pourquoi! Pourquoi diable fallait-il qu'il m'embrasse ?! J'étais tout simplement furieuse contre lui. Bien sûre, une partie de moi avait envie de sauter partout et de crier ma joie au monde mais mon esprit rationnel me disait que s'enticher d'un vampire n'était certainement pas une bonne chose pour mon Karma. Je vais finir en enfer ou pire, réincarnée dans la peau de Souxsie, le vieux chat de ma tante Mildred.

Sans oublier que cela ne devait pas être toléré par sa hiérarchie. N'oublies pas Sara que tu es un être inférieur et qu'il ne montre jamais ses sentiments, si il tant est qu'il en ait, face aux autres. L'art de souffrir en 10 leçons par Sara Carnahan.

Je n'étais pas douée pour l'amour. Je n'avais pas confiance en moi et dans cette société qui prône sans cesse la supériorité du physique, l'excellence et la compétitivité, je me sentais hors course depuis toujours et j'avais toujours cru a cette petite voix qui disait que les grandes histoires d'amour ne touchaient que les personnes d'exception : Les beaux, les brillants, les riches. Je n'étais pas laide, je n'étais pas sotte, j'étais tout simplement moi. Mon père, ce génie de l'archéologie, avait coutume de dire que l'on aime une personne pour ses défauts parce que ce sont eux qui nous rendent humains et uniques. Bien sure son choix d'épouse, une magnifique romaine, corroborait parfaitement sa théorie.

Le château semblait désert comme a son habitude et c'était tant mieux car je n'étais pas d'humeur joviale et bavarde. Non pas que je le sois d'habitude mais là, je ne crois pas que je pourrais faire semblant.

Carla était a son bureau, fidèle au poste. En un sens, elle me rassurait. Non seulement parce que je n'étais pas la seule humaine évoluant au milieu de vampires, mais également parce que son penchant pour Félix me renvoyait a ma propre situation avec Demetri. Nous étions toutes les deux dans une impasse. Tant que nous serions des humaines, des mortelles et accessoirement mets de prédilection de nos coups de foudre respectifs, rien ne pourrait se passer. Si Carla était prête a donner sa vie et vendre son âme pour devenir une de ces créatures, je n'étais pour ma part, absolument pas certaine de vouloir laisser ma condition d'être imparfait derrière moi. Ironique quand on sait l'amour que je me porte enfin, briller comme une boule disco au soleil n'est pas non plus un rêve de gamine. Non, moi je voulais simplement découvrir la tombe de Nefertiti et évoluer dans le corps de Gisèle Bundchen. Bref, des ambitions simples et accessibles.

Contrairement a Carla, je croyais fermement que c'est la mort qui donne tout son sens a la vie. Qu'on le veuille ou non, c'est parce que tout a une fin que l'on doit profiter. Je ne pouvais me résoudre à imaginer une vie ou chaque jour serait le même. Sans pouvoir sentir la chaleur du soleil sur ma peau, goûter a la délicatesse d'un bon repas ou se laisser aller à un sommeil profond et apaisant.

En entendant mon pas maldroit, Carla releva la tête et me sourit tout en me tendant divers papiers.

"Ah, Sara. Voici ta réservation d'hôtel ainsi que le numéro de la voiture de location qui t'attend a Seattle." Elle me tendit les différents papiers et me fit un grand sourire.

"Merci Carla. Bon, je dois y aller..." Avant que je n'eus le temps de terminer ma phrase, la grande blonde me serra dans ses bras. Bien, je suppose que ça veut dire bon voyage.

Le vol Florence-Seattle se passa sans encombres a mon plus grand soulagement, il faut dire que je n'étais pas une fan des trajets en avions. Comme je m'y attendais, la météo dans l'état de Washington était particulièrement mauvaise ce qui me valut d'ailleurs quelques hauts le coeur a l'atterrissage. Les choses se compliquèrent au moment ou je m'appretais a récupérer ma valise. Apres plusieurs longues, très longues, minutes passées a contempler le tapis roulant, je dû me rendre a l'évidence, ma valise était belle et bien perdue. Classique, en même temps, c'est le contraire qui aurait été étonnant.

Un employé de l'aéroport m'informa après plusieurs coups de fils que mon bagage était a Honolulu. Il en a de la chance le coquin. Et dire que je vais passer une semaine a friser comme un mouton a cause de l'humidité record.

Si je m'étais contentée de perdre la valise hors de prix que m'avait généreusement prêtée Heidi, j'aurai dit que c'était une bonne journée. Mais, c'était sans compter les talents d'organisatrice de Carla et les choses prirent une dimension encore plus catastrophique en me rendant au bureau Hertz pour y retirer les clés de ma voiture de location. En voyant l'étoile qui pendait au bout du porte-clés, n'importe qui aurait sauté de joie a l'idée de conduire un modèle de la marque allemande. N'importe qui, sauf moi. J'avais passe mon permis sur une Fiat 500 rouillée et au travers du plancher de laquelle je pouvais voir le bitume en raison d'un trou béant. La pauvre voiture ne dépassait pas le 75 km/h et encore, c'etait en pente. Je ne parlerai pas du fait que je dû m'y prendre a trois fois pour obtenir mon permis. Et encore, je soupçonne l'examinateur de me l'avoir donne par pitié ou par peur de devoir une nouvelle fois traverser Rome dans ce tombeau roulant, je n'ai jamais été fichue de savoir.

C'est donc avec la plus grande difficulté du monde que je déglutis en voyant le modèle ultra sportif que me désignait l'employé Hertz. Au moment ou j'ouvris la bouche pour lui dire que la petite, micro-mini, Daihatsu à la droite de ma Mercedes m'irait mieux, le bougre avait disparu. Il se plairait bien chez les Volturi lui, ils adorent vous laisser en plan.

Une fois derrière le volant de mon coupé deux places, on peut dire que je ne faisait pas la maligne. Mais a quoi pensait Carla en me réservant cet engin de la mort! Déjà que je me coupe le bras dans une bibliothèque! Elle se figure que j'ai les talents de Schumacher!

Une fois le moteur en marche, je posai délicatement le pied sur l'accélérateur, parfaitement consciente que ce monstre devait passer du 0 a 100 km/h dans un temps record. Le GPS fut d'une grande aide pour sortir de Seattle même si la voix de call girl de l'appareil avait le don de m'agacer mais impossible de la mettre sur off et de toutes façons, j'étais bien trop concentrée pour décoller les yeux de la route une seule seconde. Il faut dire que mon talon avait dérapé une ou deux fois sur l'accélérateur et j'avais littéralement vu ma vie défiler devant mes yeux. Je vis avec des vampires et je vais mourir a cause d'une paire de stilettos, La vie est mal faite.

Il me fallut près de cinq heures de route pour atteindre Forks. Même s j'étais parfaitement consciente du fait que mon refus catégorique de dépasser le 100 y était pour beaucoup. Et ce ne sont pas ces automobilistes qui klaxonnent frénétiquement qui me feront changer d'avis, non mais.

En arrivant a Forks, le seul mot me venant a l'esprit était déprimant mais c'était peut-être aussi dû a la météo ô combien plaisante de la région.

Si Carla s'était surpassée pour la voiture, pour l'hôtel en revanche, elle s'était contentée d'un Motel glauquissime et je passerai sous silence le clin d'oeil que m'a fait le réceptionniste en évoquant le matelas électrique a fonction massante.

A peine la porte de ma chambre fermée que quelqu'un frappa énergiquement sur la malheureuse planche de bois. Avec ma chance ce pervers vient me faire une démonstration de son matelas. Je sursautai en entendant quelqu'un éclater de rire. C'était un rire cristallin et mon expérience du surnaturelle m'indiquait qu'il y avait de fortes chances pour qu'il ne s'agisse d'un vampire.

En ouvrant la porte, c'est donc sans surprise que je découvrais trois vampires devant moi. J'imagine que ce sont les Cullen.

" Exact!" S'exclama le plus jeune qui ressemblait a un dieu grecqque. Ah voilà, donc j'imagine qu'il s'agit du voleur de pensées.

"Eh! C'est pas comme si j'avais le choix!" c'est qu'il serait susceptible le mignonnet.

Il rajouta rien et se contenta de lever les yeux au ciel. Je fis signe au petit groupe de rentrer dans ma chambre.

"Excusez notre visite mais Alice a vu votre arrivée et nous nous sommes dit qu'il serait bon de vous rencontrer au plus tôt."

"Bien... Vous avez bien fait. Je me prénomme Sara Carnahan mais j'imagine que vous le savez déjà" Fis-je en glissant un regard en direction de la menue vampirette qui sautait dans tous les sens. Mince, on dirait Aro au féminin... Flippant.

"Carlisle, je suis le père et chef de famille. Voici Alice et le jeune homme hilare c'est Edward." Carlisle me tendit sa main froide. Il était blond et devait avoir la trentaine. Son accent m'indiqua qu'il était anglais. J'avais a peine serré la main de son "père" qu'Alice me sauta au cou me glissant a l'oreille qu'une séance shopping s'imposait dans la mesure ou j'avais égaré ma valise.

'J'imagine que vous connaissez déjà les raisons de ma visite a Forks." Il est marrant Aro, comment leur annoncer qu'on les soupçonne de trahison, je ne suis qu'une simple bibliothécaire!

"Nous ne sommes pas des traîtres, nous avons simplement formé une alliance de bonne entente avec les Quileutes." Lâcha Edward froidement. Note pour moi-même : Cesser de penser. Il me sourit, visiblement satisfait par ma résolution.

"Peut-être serait--il plus simple si vous veniez chez nous ce soir afin de parler de tout ça au calme, voici notre adresse." Carlisle me tendit un bristol avec son adresse. Visiblement il etait docteur. Un choix de vie particulier pour un humain. J'acquieçai et glissai la carte dans ma poche. Ce n'est pas comme si j'avais le choix.

"Nous ne sommes pas comme eux." Me dit Edward qui éclata de rire alors que je m'auto-flagellai mentalement.

Alice me prit a nouveau dans ses bras alors que les deux blonds quittaient ma chambre en marchant lentement. Les vampires devraient savoir que les humains ne sont pas si lents. J'entendis Edward s'étouffer.

Je m'allongeai sur le lit et je devais admettre que ce fichu matelas était plutôt confortable. Je ne tardai pas a trouver le sommeil et lorsque je me réveillai, il faisait nuit noire.

Je pris une douche rapide avant de sortir et de me remettre au volant de ma Mercedes qui était toujours aussi terrifiante.

La maison des Cullen était en dehors de la ville et perdue au fin fond d'une épaisse foret. Je dois dire que la bâtisse était impressionnante même si a force de vivre dans un château, j'étais devenue on ne peut plus blasée. L'ensemble du clan Cullen était sur le pas de la porte. Il ressemblait a n'importe qu'elle famille. Enfin si une famille peut-être dotée du gêne de la beauté parfaite.

Je me garai a cote d'une Porsche jaune et je sortis lentement de la voiture. Je n'étais pas intimidée parce qu'il s'agissait de vampires non, je....

"Elle est très timide." Déclara Edward-ne-respecte-pas-votre-intimité a l'ensemble de sa famille qui acquiessa a l'unisson. Lui, il commence doucement a me gonfler.

Pour couronner le tout il ne pu s'empêcher de me faire un clin d'oeil ce qui attisa la curiosité d'une petite brune qu'il tenait fermement par la taille. Ce qui me surpris, c'est qu'elle était humaine et a cette seule pensée, mon esprit s'égara a Voltera et l'image de Demetri vint se coller devant mes yeux.

Carlisle s'avança vers moi et me serra la main. Il me présenta l'ensemble de sa famille qui avait l'air fort sympathique a l'exception peut-être de Rosalie qui refusa de saluer une "ennemie". elle a tort, Caius et elle ont pleins de points communs en plus, Emmett s'entendrait a merveille avec Felix.

Ce qui me choqua c'est qu'ils étaient tous en couple et ils avaient l'air particulièrement heureux. Carlisle me venta longuement les mérites du régime végétarien, responsable de leurs yeux dorés. Visiblement, ils s'y faisaient assez bien a l'exception peut-être de Jasper. J'avais du mal a imaginer des vampires ne buvant que du sang animal au même titre que les humains ne se nourrissant que de tofu, cela me dépassait, c'était contre nature.

Apres plusieurs heures de discussion, il était clair que les Cullen ne formaient pas une alliance avec les loups garous. Il faudrait quand même que Caius se relaxe au lieu de soupçonner le monde entier de comploter. Il est vraiment parano!

Edward continuait de piquer des fous rires toutes les 10 minutes provoquant la perplexité de l'ensemble de la maison. Pour ma part, je commençais a avoir de sérieux doutes sur ma santé mentale parce qu'a priori ce que je pense est on ne peut plus sérieux.

Carlisle se proposa de m'accompagner rencontrer le chef des Quileutes le lendemain.

Sur le retour, une question me taraudait : Ils savaient que j'étais captive des Volturi mais aucune ne se proposa de m'aider et d'après ce que j'avais entendu sur eux, ils étaient du genre a voler au secours de la veuve et de l'orphelin chaque fois que la situation se présentait.

"C'est parce que tu as plus de lien avec les Volturi que tu ne veux l'admettre." Je pilai sur mes deux freins en entendant une voix féminine me répondre. Je regardai autour de moi mais il n'y avait personne. C'est officiel, je deviens cinglée.

Une fois a l'hôtel, j'appelai Aro afin de lui faire part de mes récentes découvertes. Il ne parut pas surpris par l'innocence des Cullen et je dois dire que d'entendre sa voix me manquait enfin, c'était avant de lui avouer que j'avais égaré ma valise et d'entendre une Heidi vociférer en fond.

Je ne parvins pas a trouver le sommeil et ce n'était pas dû au décalage horaire. Je repensais a Demetri et mon estomac se nouait en comprenant que l'une des raisons pour lesquelles je ne pourrai pas être avec lui ne résidait pas seulement dans notre différence de race, mais à son appartenance aux Volturi.

Les Cullen étaient des vampires très agréables pourtant je ne me sentais pas a mon aise avec eux. J'étais habituée aux intrigues, aux secrets et au respect de la hierarchie. Merci papa et ton idée de me faire grand dire au beau milieu du Saint Siège. Ils me paraissaient trop bons a en frôler l'absurdité. Je ne comprenais pas ce besoin de sauver les humains ou d'aller en cours. Si il y avait bien une chose que je savais des vampires, et cela me faisait mal de l'admettre, c'est qu'ils nous sont supérieurs. Cette obsession de la normalité chez les Cullen me choquait, elle était telle qu'ils en avaient modifié leur régime alimentaire.

Peut-être que la "voix" avait raison, qui ou quoi qu'elle soit, j'étais peut-être bien plus liée aux Volturi que je ne voulais bien l'admettre.