Pour sa seconde séance d'hypnose, le capitaine Picard avait demandé au lieutenant-commandeur Data et au commander Riker d'être présents. Data avait déjà pris connaissances des travaux de Léa et il était plus à même de comprendre et d'utiliser l'information qu'il pourrait obtenir de cette séance. La conseillère avait amené un carnet de dessins et des crayons, plus pratiques qu'un padd pour permettre à un patient sous hypnose de dessiner un souvenir si le besoin s'en faisait sentir.
La conseillère Troi prit le petit socle et le déposa sur la table de conférence. Elle l'activa et l'image holographique réapparue. Elle hypnotisa le capitaine de la même façon que la dernière fois. Quand il passa la porte, il se trouva dans une salle de classe.
Léa était assise sur le bureau du professeur et regardait la salle vide.
- Je reconnais cet endroit, s'étonna Jean-Luc.
- C'est une des classes de science de l'Académie.
- Oui, je m'en souviens. J'avais l'habitude de m'asseoir à ce bureau, dit-il en prenant un pupitre.
Léa se leva avec un magnifique sourire et se dirigea vers le tableau.
- Maintenant que tous mes étudiants sont arrivés, on peut commencer.
- Comment ça, tes étudiants?
- Si je n'étais pas entré dans Starfleet, j'aurais enseigné les sciences.
- Et moi, je serais devenu archéologue.
- Wow, il faudra que tu me montres ça, un jour! Mais là, c'est à mon tour.
- Alors, allez-y, professeur Roberge.
Elle s'installa au tableau et y entra une série de calcul mathématique.
- Peut-on commencer par le début, demanda Jean-Luc? Je suis déjà perdu.
- Monsieur Picard, dit-elle en prenant un air faussement sévère, ceci est un cours de mécaniques temporelles avancées, et cette équation en est la base. Si vous ne pouvez suivre, vous n'êtes pas dans le bon cours.
- C'est une équation de base, s'étonna-t-il!
- Bien sûr. Il s'agit en fait de l'équation de base dans la science temporelle telle qu'élaborée par le professeur Bradshaw. Mais, si j'ajoute, les calculs suivants…
Elle ajouta une série de calculs tout autour de l'équation.
- Nous avons ma théorie sur les convergences temporelles.
- Conseillère, chuchota Data, est-ce que le capitaine est en mesure de reproduire ces formules?
- Capitaine, dit la conseillère, Je vais vous donner un crayon et un carnet de dessin, essayez de dessiner ce que vous voyez.
Elle le tendit au capitaine qui couvrit la première feuille du carnet de symboles mathématiques. Data les étudia avec attention.
- J'avais vu cette équation dans les travaux de l'enseigne Roberge, mais elle avait omit certains détails. Ce qui n'est pas inhabituel pour un chercheur ou un étudiant qui ne veut pas qu'un autre recopie ses travaux.
- Est-ce que ça va nous être utile, demanda Riker?
- Je vais devoir l'étudier, mais ça nous rapproche sensiblement de la solution.
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Léa se réveilla avec un affreux mal de tête. En ouvrant les yeux, elle reconnut l'infirmerie du Pioneer. Elle savait exactement ce qui s'était passé; ça ne cessait de se produire depuis qu'elle avait été enlevée. La différence est que, cette fois, on avait pris soin d'elle au lieu de la laisser dériver dans l'espace, inconsciente. Elle frissonna en repensant à cet épisode. Elle se rappela du Dénobulien et de ses conseils. Elle devait agir avant la prochaine attaque. Il lui fallait trouver une solution rapidement, mais elle craignait que, cette fois encore, elle ne soit la solution.
Elle tenta de se lever, mais un infirmier accourut pour la recoucher.
- Je dois y aller, insista-t-elle. J'ai un travail à faire.
- Vous n'irez nulle part, enseigne, dit le docteur Pulaski. Vous devez vous reposer. Ordre du médecin.
Elle se releva.
- Non, vous ne comprenez pas, ils vont m'utiliser encore et encore. Je dois trouver un moyen… Laissez-moi!
- Si vous ne vous calmez pas enseigne, je vais devoir vous mettre sous sédation.
Elle ignora le docteur et se leva. L'infirmier avança vers elle. Pulaski lui fit signe de la retenir pendant qu'elle allait chercher une seringue. Léa se calma en voyant l'objet.
- Arrêtez! Je vais rester tranquille.
Pulaski déposa la seringue.
- Mais, ajouta Léa, vous devez m'aider.
- En quoi puis-je vous être utile?
- J'aimerais pouvoir étudier les données des senseurs. Si je ne peux pas quitter l'infirmerie, puis-je travailler d'ici?
- Ce n'est pas ce que j'appelle se reposer, maugréa-t-elle.
- Non, mais au moins, je serai sous votre garde. Si je m'épuise trop, vous pourrez toujours revenir avec votre seringue. Vous savez ce qui est en jeu : je ne veux pas continuer d'être torturé comme ça par ces Omz. Je dois trouver un moyen.
- D'accord, abdiqua-t-elle, mais vous allez devoir être raisonnables et prendre des pauses de temps à autre.
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Jeau-Luc Picard était resté dans la salle de conférence à regarder la page du carnet de dessin laissée sur la table : l'équation de Léa. Data était presque devenu excité en la voyant, ce qui était beaucoup pour un androïde dont la puce à émotion était désactivée. Mais, même s'il reconnaissait quelques symboles mathématiques, il lui aurait été impossible de dire ce que c'était et c'était en ça que sa fille était si spéciale. Il regarda les étoiles par la baie vitrée et réfléchit. S'il pouvait aider tous ces vaisseaux à sortir de cet endroit étrange, pouvait-il ramener sa fille?
Tout de temps ou plutôt ce non-temps passé avec elle dans le Nexus, les avait indiscutablement rapprochés. Il ne se rappelait pas de tout, mais depuis sa séance d'hypnose, plusieurs souvenirs étaient revenus spontanément. Plus il se rappelait et plus elle lui manquait. Il comprenait maintenant pourquoi la famille pouvait parfois être un désavantage : les enfants, même adultes, causaient toujours des inquiétudes à leurs parents.
Il soupira. Ce n'était pas le genre de pensés qui allait le faire avancer. À ce moment, la porte de la salle de conférence sonna.
- Entrez!
Le lieutenant-commandeur Data entra.
- Du nouveau?
-J'ai analysé ce secteur en modifiant les scanners grâces à l'équation de l'enseigne Roberge et j'ai découvert que tout cet espace est fragilisé par des micro-anomalies du même genre que celle que l'enseigne Roberge a refermée il y a deux ans.
- Et qu'est-ce qui peut causer ça?
- Ce serait à Q de nous le confirmer, mais c'est sans doute une conséquence de leur guerre contre les Omz.
- De toute évidence. Y-a-t-il quelque chose que nous pouvons faire?
- C'est là tout le problème, capitaine, nous risquons d'être les prochains.
- C'est sûr qu'il y a un risque.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, capitaine. En étudiant les données de la nacelle et en les comparant avec les travaux de l'enseigne Roberge, tout porte à croire que les vaisseaux n'ont pas été aspirés dans l'autre univers parce qu'ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment, mais parce qu'un phénomène se produit de l'autre côté et produit un surplus d'énergie quantique qui se déverse dans notre univers créé une fissure entre les deux mondes. La présence d'un vaisseau dans ce secteur amplifie le phénomène qui est attiré par le vaisseau.
- Si je comprends bien, dès que le phénomène se reproduira, le Galaxy sera aspiré de l'autre côté.
- Exactement, à moins que nous ne quittions le secteur immédiatement.
- Peut-être que nous devrions être aspiré, pensa Picard après une courte réflexion.
- Capitaine?
- Si au moment où le phénomène se reproduit, nous avons résolu le problème, nous pourrons ensuite rouvrir la brèche et ramener tout le monde.
- Nous sommes loin de là, dit Data. Il faudrait que Q coopère.
- Elle coopérera, surtout quand elle connaîtra nos projets. Je ne crois pas qu'elle ait envie d'y retourner et d'y rester coincé.
Il activa son communicateur.
- Picard à Riker.
- Ici Riker.
- Numéro un, j'ai une petite mission pour vous.
