Chapitre IX : Entre les cases, le gris

Auteur : Rain

Disclaimer : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne gagne pas de sous, ne tente pas de voler ses personnages, lieux, idées. Je veux juste prouver mon fanatisme. Histoire de faire rager Rea. *sort*

Note :

Ce chapitre contient des réflexions et citations sur la religion catholique, ce qui est normal puisque Jeanne a été élevée en catholique. J'en profite pour préciser que mes opinions, etc, ne sont pas celles de mes personnages, surtout Jeanne (puisqu'elle est quasiment tout mon contraire en tant que personne) et qu'il ne faut pas s'indigner devant les opinions de personnages de fanfic. Ce qu'elle dit, ce qu'elle fait, c'est sa vie, venez pas me chercher là-dessus.

J'espère que ce chapitre ne vous décevra pas! Et que le prochain ne sera pas aussi lent à venir (hahahaHA)

Songs to listen to when reading :

- Hans Zimmer – The Dark Knight Rises (Nokia Trailer Music)
- Epic Score – I still have a Soul


La nuit était tombée depuis bien longtemps déjà sur le petit coin de Norvège où le camp se dressait, mais ses occupants n'étaient pas couchés pour autant. Au contraire, un joyeux vacarme s'en élevait.

Eh oui, la petite troupe ripaillait, une fois n'est pas coutume. Dites donc, ils font que manger ces Shamans, il est bien temps que le Shaman Fight débute. Bref, ils mangeaient tous, chacun blablatant à qui mieux mieux, jusqu'à ce que Blocken s'éclaircisse la voix.

Comme il n'était pas Hao, cela eut à peu près le même effet que s'il s'en était allé crier au milieu d'un défilé de carnaval. Il s'éclaircit de nouveau la voix, sans plus d'effet, et il fallut qu'Hao se redresse dans sa chaise avec un soupir pour que les clameurs se taisent et que les cuillers se reposent sur la table de bois. (Eh oui, ils étaient en train de manger du bouillon. C'est pour grandir, qu'on prétendait à Ashiru.) Presque toutes les cuillers, du moins. Une certaine albinos continuait obstinément à tendre la cuiller pleine à ras bord vers la bouche d'Opachô, bien que celui-ci l'ait fermée automatiquement.

"Merci," lança Blocken d'une voix forte, "de votre attention." Mattie eut l'audace de pousser un rire bref à cet instant, mais un regard d'Hao la fit taire rapidement. « Je profite de ce rassemblement pour vous prévenir qu'en prévision de la seconde phase du tournoi, les équipes seront réorganisées. »

Tout d'un coup, tout le monde l'écouta avec plus d'intensité. Les groupes d'entrainement faisaient partie d'un sujet longuement débattu, et celui qui en annonçait les évolutions avait toujours le statut temporaire d'un dieu à cet instant.

Blocken se racla la gorge. « Donc. Rackist et Opachô seront désormais dans l'équipe d'Hao-sama. Mari, Macchi, Kanna, vous serez ensemble. Nos trois musiciens pratiqueront à l'écart des autres, histoire d'éviter des conflits -
- Quels conflits, » demanda Ryô, mi-candide mi-suspicieux, mais un coup de coude de son camarade Boz le calma aussitôt.

« Merci de ne pas m'interrompre. Turbein et Bill seront avec moi. Boris et Yamada-
- Ah ça non, » grogna Boris. « Tout mais pas ça, sérieux, ça va mal tourner si je dois me le coltiner vingt-quatre heures sur vingt-
- Tu disais, Boris ? » La voix d'Hao n'était pas spécialement menaçante. Elle était même plutôt distraite, et l'apparence générale du chef de la petite troupe – appuyé sur ses mains, les yeux sur les étoiles naissantes – augmentait cette impression de légèreté, mais même Jeanne n'aurait pipé mot après cette intervention.

« R-rien, Hao-sama, » qu'il balbutia le pauvre vampire, et Yamada n'eut pas l'audace de rire à la déconfiture de son rival.

« Bref, » reprit Blocken. « C'est a peu près tout. Quant à Ashiru et Jeanne, ils apprendront à travailler en équipe, ce qui je le précise à la demande générale, ne signifie pas s'attaquer chaque fois que vous vous voyez. » Un rire général et attendu retentit, et Jeanne ne leur fit pas le plaisir de se renfrogner.

« Ce n'est pas tout ce que Blocken avait à vous dire, » les interrompit Hao du même ton léger. « N'est-ce pas, Blocken ?
- Vous avez raison, Hao-sama. Notre position était censée faciliter le travail des Paches, mais il devient évident que cette génération n'a pas la grandeur des organisateurs d'antan, puisque la mort d'un seul de leurs examinateurs suffit pour que toute l'organisation se délite. Nous sommes donc priés de nous rapprocher du Japon pour la fin des examens, ainsi que pour la première phase du tournoi. N'ayant aucune raison de nous attarder ici, il a été décidé que nous partirions vers Tokyo demain matin, vers cinq heures, » finit-il de son ton métallique. « Vous feriez mieux de préparer vos affaires au plus vite. »

Peyote accompagna ces mots d'un accord particulièrement dramatique, avant de se faire à moitié assommer par Boris. Celui-ci avait plus d'un verre dans le nez. La confusion qui s'ensuivit força les gens peu intéressés dans la bagarre à quitter la table, et Turbein commença à relater un conte de son pays pour les plus jeunes que le spectacle ennuyait.

Hao fit signe à Rackist de le suivre, après un regard appuyé à sa Bell. Le prêtre sembla hésiter, puis se leva et le suivit. Jeanne fronça les sourcils, et jeta un coup d'œil vers les autre; tous semblaient absorbés par le conte de Turbein (sauf les Boz, Bill, Boris et Yamada qui préfèreraient chahuter leurs camarades). Intriguée, elle se leva, mais trébucha sur son propre lacet et s'étala dans la neige dure. Heureusement, les autres ne la regardaient pas. Avec un soupir las, l'albinos se redressa, et épousseta sa large tunique.

Kanna lui avait trouvé des vêtements adaptés au climat, mais… Elle nageait dans ses bottes, et devoir s'inquiéter à tout instant de perdre sa capeline compliquait les taches les plus simples. Bon, au moins elle avait chaud, et ils étaient confortables. Quand ils ne tombaient pas. Et elle devait s'habituer à porter des vêtements de garçon. Ugh. C'était affreux, ça grattait, c'était inconvenant –

Un éclat de voix interrompit ses pensées, et la main qu'elle avait posé inconsciemment sur sa hanche (ou l'absence de hanche, aurait jeté Hao d'un ton odieux) vint l'aider à enjamber le banc pour rejoindre le lieu de l'échauffourée.

Chose rare, c'était contre Opachô que Kanna s'énervait. Les yeux pleins de foudre, l'adolescente grondait au-dessus du petit Africain, qui se plaquait contre un arbre comme pour empêcher qui que ce soit de voir le large tronc sombre.

« Opachô, bouge. »

La voix de l'adolescente ne laissait pas de place à une quelconque protestation, et pourtant le petiot serra les dents et se plaqua mieux contre l'arbre, laissant entrapercevoir un trou dans le tronc. « N-non ! »

« Je t'ai dit de bouger ! »

Sans plus attendre, la jeune femme saisit le bras potelé de l'enfant, et le força à se décaler, non sans déclencher moult pleurs de la part de l'intéressé. Une fois qu'il fut éloigné du tronc, l'orifice qu'il cachait de sa petite stature s'emplit de lumière, dévoilant un étrange petit être noir et tremblotant, qui s'aventura dans la lumière pour bêler après son compagnon de jeu.

Kanna fit deux pas en arrière, jurant comme une charretière devant cette inconnue à l'équation. A la surprise crue s'ajoutait un dégoût assez compréhensible, vu l'odorant parfum du petit agneau qui s'avançait vers elle.

Opachô profita de la surprise de sa geôlière temporaire pour retourner auprès de l'animal, l'entourant de ses bras comme s'il s'était agi d'une peluche tout à fait normale.

Kanna s'était désormais remise de sa courte frayeur, et elle s'approcha autant qu'elle osait pour lancer de son ton le plus menaçant (il fallait bien, pour nettoyer son honneur souillé) au petit bonhomme : « Qu'est-ce que c'est que ça ? »

On a fait mieux, comme réaction digne. Mais bon, l'apparence générale de la jeune femme (bras croisés, tapant du pied, les yeux plus acier qu'outremer) était suffisante pour terrifier le petit, qui se retourna pour cligner des yeux vers l'animal, comme s'il ne savait pas bien lui-même. Puis, après un petit temps, alors qu'il sentait qu'elle s'énervait :

« U-uh, c'est un petit mouton Kanna-nee… »

Kanna jura dans sa barbe inexistante, voulut faire un pas, se retint à grand-peine alors qu'un bêlement particulièrement pathétique retentissait. « Je vois bien, » sa voix était gelée. « Ce que je vois pas, c'est pourquoi tu aurais un sac de laine puant derrière ton dos, par contre.
- A-ah… Il… Il était d-dans les bois et s-sa maman elle est t-tombée et e-elle ne voulait p-plus bouger et il a suivi Opachô e-et il est si t-triste et Opachô veut le gardeeer… » Quelque part au milieu de son explication, l'enfant s'était mis à pleurer, sans retenue, sans sanglots non plus, juste des grosses larmes qui tombaient en billes rondes sur sa tunique. Jeanne se serait précipitée pour le calmer, mais son éducation se rebellait à l'idée de s'approcher de l'animal visqueux et parfumé.

Ledit animal, de nouveau, fit comprendre son mécontentement par un bêlement sonore. Depuis qu'Opachô s'était mis à pleurer, il semblait tendu, et grattait la terre comme pour se préparer à charger la jeune femme.

Kanna fronça les sourcils.

« Y me cherche le laineux ?
- Calme-toi, Kanna, » intervint enfin Turbein, dans une voix plutôt calme. Son expression sereine semblait indiquer que lui pouvait passer outre l'odeur pour le moins persistante de l'animal, et la main qu'il avait posée sur le bras de l'Allemande était ferme, comme celle de Rackist aurait pu être.

« Opachô s'est simplement pris de pitié pour un animal, c'est naturel, et pas une mauvaise chose, à tout prendre. Quant à savoir si ce petit pourra rester, ce n'est pas vraiment de notre ressort. Pour l'instant, » continua-t-il en souriant, « tu ferais mieux de le conduire vers votre tente, Opachô, et d'y attendre Hao-sama, qui décidera. Jeanne, accompagne-le. »

L'homme dût sentir que ce n'était pas un cadeau à faire à l'albinos, et lui offrit un pâle sourire. « Mais, Opachô, qu'on s'entende bien : c'est toi qui l'as amené ici, alors c'est à toi de t'en occuper. Ne vas pas embêter Jeanne plus que nécessaire.
- Oh, non, Turbein-nii ! »

Au fur et à mesure que le jeune homme parlait, le visage du petit s'était éclairé, et il souriait maintenant à pleines dents, malgré la tête mi horrifiée mi menaçante de Kanna. Heureux mais prudent, le petit garda son camarade de jeu près de lui alors qu'il s'éloignait de la table, trottinant vers la tente qu'il partageait avec Hao et Jeanne.

« Opachô ! » La voix de Jeanne n'était pas tremblante, mais au moins inquiète alors qu'elle lui faisait signe de s'approcher. Le petit obtempéra, gardant son mouton près de lui. Ensemble, le trio se posta derrière les premiers arbres de la forêt, juste à temps pour voir passer Kanna comme une furie. A sa suite, le reste des filles, puis les hommes, qui tous devaient finir de ranger leurs bagages pour le départ. Vu la vitesse de marche du petit (qui, même vif, était ralenti par les quarante couches de vêtement imposées par les adultes pour qu'il ne prenne pas froid), ils auraient forcément croisé la jeune Allemande sans cet innocent stratagème, et tout en sachant qu'elle ne ferait rien avant le retour d'Hao, Jeanne préférait éviter la confrontation.

« Viens ici, que je te débarbouille, » lança Jeanne quand tout danger fut écarté. En effet, le visage d'Opachô était encore tout mouillé de larmes, ce qui vu la froideur ambiante ne tarderait pas à lui faire mal. Sortant d'une de ses poches un tissu blanc, l'albinos se mit au devoir de nettoyer les joues de son petit camarade. Elle avait presque fini lorsque le mouton, peu amusé par la façon dont Jeanne l'excluait de ce nouveau jeu, s'approcha et vint lui léchouiller le visage comme un toutou noir.

Déséquilibrée, Jeanne tomba les fesses dans la neige, se retenant à grand peine de crier d'horreur sous l'assaut de la langue râpeuse et des petites pattes maladroites. Les glapissements d'Opachô n'aidant que peu la situation, Jeanne eut bien peur de finir morte d'effroi, ce qui à ce niveau de tournoi serait quand même bien idiot – mais soudain l'assaut prit fin, et alors qu'elle cherchait à l'aveugle son mouchoir pour se débarbouiller Jeanne entraperçut un Ashiru ennuyé et un peu méprisant.

« Opachô, tu sauras rentrer tout seul ? »

Le petit venait d'agripper l'agneau, lui marmionnant de ne pas se conduire ainsi avec une princesse, franchement, mais il se retourna bien vite au son de la voix du Grec, sans pour autant lâcher son précieux fardeau. « Bien sûr, Ashiru-nii ! »

Celui-ci hocha la tête, indiquant au petit de s'en aller. « Parfait… Ne vas pas faire de bêtises avec cet animal, hein. Il ne rentre pas dans la tente.
- Oh non ! Opachô va faire comme Turbein-nii a dit ! »

Jeanne, pour son compte, venait de retrouver son mouchoir, et tentait à grand peine de se nettoyer le visage à son tour. Un bruit creux – la neige qui s'écrasait sous le poids de quelque chose – lui parvint alors qu'elle gardait encore les yeux fermés, mais Ashiru ne se moquait toujours pas. Qu'attendait-il… ?

« Ne vas rien imaginer. »

Ce fut tout ce qu'elle entendit. Quand elle put rouvrit les yeux, elle était seule, une bouteille d'eau à quelques centimètres de sa main.


Ce fut donc une Jeanne propre mais plus qu'un peu perdue qui se dirigea vers sa tente, et elle faillit rentrer dans plusieurs arbres dans sa confusion.

Ladite confusion, cependant, ne fut pas suffisante pour l'empêcher d'entendre l'explosion, suivie par les cris d'orfraie dérangée qui s'échappaient de la tente des Boz. Quelque peu inquiète pour la santé des deux moines musiciens, Jeanne s'approcha jusqu'à la porte, laissant ses ongles crisser sur le tissu de la toile pour les avertir de sa présence.

Quelques instants plus tard, Zen vint entrouvrir la 'porte', souriant à sa vue. « Ah, princesse ! Opachô et son copain ne t'ont pas trop ennuyé ? »

Secouant la tête pour le rassurer, Jeanne s'enquit de la santé des deux frères, en précisant la portée sonore de leur dernière frasque. Avec un sourire gêné, Zen ouvrit l'entrée de la tente en grand, l'invitant à regarder à l'intérieur.

Le sol, les meubles, tout était jonché d'habits et de fournitures diverses. L'épicentre du problème semblait être une valise orange vif, qui était maintenant réduite à des lambeaux de plastique déchirés que Ryô serrait contre son cœur en gémissant : « oh la la, Blocken va avoir ma peau, les valises ça court pas les rues, on abîme pas du matériel comme ça, oh la la…
- Calme-toi, frangin, » lui lança Zen. « C'est rien. Blocken va prendre l'air furieux pour la forme, mais il s'en fiche bien, au fond. C'est ton problème, qu'il dira, c'est toi qui va devoir porter tes fringues dans tes bras. »

Cela sembla, en effet, calmer un peu le frangin, qui se mit aussitôt à supplier son frère de lui laisser de la place dans sa propre valise, en s'agrippant à son pantalon comme au mat d'un bateau en déroute. La scène, bien qu'amusante, ne parvint pas réellement à captiver Jeanne, dont la curiosité (le seul péché qu'elle se reconnaissait… et qu'elle se trouvait des fois bien en peine de calmer !) la poussa à regarder autour d'elle. Elle n'avait jamais pénétré cette tente-ci (elle n'avait jamais vu que l'intérieur de la tente des Hana, en plus de celle qu'elle partageait avec Hao) et la tentation était simplement trop forte.

Un objet en particulier capta son attention. Il s'agissait d'un sorte de bloc de plastique noir, d'à peu près la taille d'une brique avec pleins de boutons scintillants. Jeanne s'approcha, intriguée. C'était bien la première fois que la technologie était acceptée au campement...

"Ca ne fonctionne pas avec des piles ou des batteries," expliqua Zen comme s'il l'avait entendue. "C'est un esprit à Peyote qui maintient la mécanique de ce petit bijou."

"C'était un cadeau de moi, un lecteur cassettes tout neuf" lança Ryô fièrement, la dépassant pour allumer la chose et y glisser une cassette. "Et ça, ça servira de fond musical à nos concerts!"

L'air qui emplit bientôt la tente était contraire à tout ce que Jeanne aurait pu attendre des deux compères. C'était un air classique, un air familier, un air qui semblait sortir tout droit d'un opéra. Maintenant captivée, l'albinos écouta encore, se battant avec le fog de ses vieux souvenirs, cherchant à agripper au passage l'histoire, le souvenir contenu dans ces notes –

"C'est bien ce que je croyais," souffla-t-elle en souriant presque inconsciemment. "C'est un morceau de la Création de Haydn…
- De la quoi ? »

Apparemment, Ryô était aussi inculte dans ce domaine. Jeanne aurait presque pu s'offusquer. « La Création ! Haydn ! Un des grands morceaux de la musique classique ! Un chant religieux, » elle précisa devant l'air perdu du jeune homme. « La Genèse raconte la création du monde par Dieu. Il y a trois chanteurs dans cette partie : Gabriel, Uriel et Raphael… J'ai toujours préféré Gabriel, sa voix est si pure… Ecoutez… »

Jeanne avait fermé les yeux, se laissant bercer par l'air familier. Depuis le fin fond de son enfance, les notes semblaient jaillir, comme des camarades qu'elle retrouvait après des années d'absence.

Maintenant qu'elle y songeait, c'était Hans qui lui avait fait écouter la composition de Haydn pour la première fois. Le colosse autrichien avait une passion pour les morceaux classiques, et tenait à ce que Jeanne aie une connaissance plus qu'approfondie pour sa fresque musicale préférée.

Quand elle les rouvrit enfin, c'était par indignation. Zen, qui s'était approché de son « lecteur », comme il disait, venait d'étreindre brutalement l'appareil, et le tendait vers elle.

« Qu'est-ce que…
- Prends-le. »

Dans la tête de Jeanne passa, à peu près dans le même temps : « hein ? » « pourquoi arrêter au beau milieu du morceau ? » « je croyais que c'était un cadeau de… » « Haydn pour moi toute seule ? » « hein ? »

Résultat, elle resta coite, son visage exprimant plutôt bien toutes les émotions qu'elle ressentait. Zen, voyant qu'elle ne bougeait pas, soupira et répéta :

"Prends-le. Je préfère pas le garder si la seule cassette qu'on a est bloquée en mode prêchi-prêcha. Ca pourrait m'attirer des ennuis…. Toi ça va, il tolère que tu te rebelles un peu, mais quand on a pas dix mille points de furyoku, c'est pas pareil." La jeune fille fronça les sourcils, quelque peu perplexe, mais avant qu'elle n'ait pu l'interrompre le jeune homme continuait : "Tu sais ce que c'est, Ryô, Peyote et moi? 15 000 points de furyoku, point final. Sans la fête des étoiles, on est foutus, et sans le tournoi on est rien. Toi, tu as une chance de t'en sortir toute seule. S'il disparaissait là maintenant, tu aurais quand même suffisamment de pouvoir pour faire une bonne concurrente dans le Fight.
- Alors gâche pas ta chance, Princesse. Go go go, » ajouta Ryô avec entrain.

Jeanne cligna des yeux, un peu perdue et un peu dubitative aussi, mais lui semblait y tenir, alors elle acquiesça bravement, saisit le léger lecteur de cassettes et s'apprêtait à sortir de la tente lorsque ses yeux tombèrent sur un objet insolite. Jeanne leva un sourcil devant la paire de caleçons noirs qui avait échappé à l'œil de Ryô. Quand le pauvre garçon vit la chose, il rougit. "Ah, désolé. Mes précieux cadeaux du Nouvel An, couverts de poussière si tôt..."

"Si tu étais précautionneux," lança Zen, "ça se saurait. Deux semaines, ça doit être un nouveau record!"

Jeanne pigea pas.

"Nouvel an? On est en novembre, Ryô..."

Il fronça les sourcils. "Je crois pas, non. Hao-sama est revenu parmi nous au tout début de janvier, tu te rappelles pas? On est le quinze maintenant."

Jeanne cligna des yeux. Dans sa période noire, elle n'avait pas pour le moins du monde prêté attention aux dates, mais... non... Elle n'aurait pas...

Elle avait manqué Noël!

L'expression catastrophée qu'elle dût arborer alors dût faire peur à Zen, qui s'approcha. "Eh, princesse, ça va...?"
"O-oui, oui, ça va. Je vous laisse."

La vitesse avec laquelle elle fusa hors de la tente des Boz aurait fait pâlir d'envie Mathilda. A toute berzingue, l'albinos se dirigea vers sa tente (celle d'Hao, d'accord, mais n'empêche) et passa sans un mot devant Opachô et son compagnon bouclé, ne s'arrêtant qu'une fois tombée à genoux devant ses affaires. Le lecteur cassettes, qu'elle avait gardé au creux de ses poings serrés dans sa course, fut jeté négligemment sur le sol, en un état peu enviable, alors que Jeanne cherchait à se calmer.

Elle avait laissé filer les jours, durant cette période d'ombre, incapable de s'inquiéter, incapable de comprendre ce qui se passait, et Noël ne l'avait même pas marquée. Bien sûr, au camp, personne ne fêtait le 25 décembre, mais elle aurait dû y songer! L'année d'avant, elle avait passé une heure en prières, loin des autres, sans qu'on la dérange, et enduré les remarques mordantes de ces païens, mais dans cet état perpétuellement gelé, elle n'avait rien fait... Et trois semaines avaient passé depuis.

Sans vraiment savoir ce qu'elle faisait, l'albinos se mit à fouiller sa valise, faisant s'écrouler les piles de vêtements bien ordonnés, à la recherche de son collier. Elle le trouva au fond du sac, sous les habits qu'elle portait le tout premier jour (maintenant bien trop petits). Elle avait trouvé bizarre de le porter après cette période 'noire', mais elle y tenait bien trop pour le jeter, alors elle l'avait laissé là, au fond du sac. Assise là, au milieu des chiffons pâles, elle tendait la main vers son précieux pendentif, quand elle marqua un temps d'arrêt.

Qu'est-ce qu'elle voulait faire exactement? "Rattraper son retard"? Ca ne marchait pas comme ça. Elle avait oublié une des cérémonies les plus importantes de l'année, et elle ne pouvait rien y faire à présent. Mais, peut-être... Elle pouvait toujours réclamer le pardon, et espérer que Dieu serait bon... mais elle sentait bien, alors même qu'elle plongeait sa main dans sa valise et pêchait le chapelet/pendentif des X-Laws, que sa conscience ne la laisserait pas tranquille si facilement. L'acier, gelé, lui mordit la peau des mains, mais elle n'arrivait pas à s'en inquiéter.

Mon Seigneur, veuillez me pardonner...

Comme prise de fièvre, l'albinos se lança à voix basse dans une série de prières, se crispant à chaque fois que sa langue fourchait, bégayant sous l'effet du stress. Les mots semblaient à tout instant vouloir lui échapper, dansant à la lisière de sa mémoire. Elle bredouillait ainsi depuis ce qui lui semblait être une éternité lorsqu'ils s'évanouirent soudainement, la laissant choquée et terrifiée.

Je... omnibus Sanctis et tibi Pater quia et... Et... Je sais ce qui vient après, je le sais parfaitement! Bien sûr que je le sais! J-je... A la fin il y a mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, mais avant, je… et tibi Pater et... Noooon...

Elle se rendit soudain compte que son corps tremblait violemment, et qu'elle était parvenue à se couper sur les bords affûtés du chapelet, tellement elle le comprimait fort. Jeanne le lâcha, comme brûlée, se leva, respira, et tenta de se calmer.

Le... le Père... Père Rackist devait avoir un missel... Il en avait toujours un sur lui avant, une Bible et un missel... Mais... En aurait-il un maintenant...?

Comme assommée, la petite sortit de sa tente, cherchant des yeux celle que le vieux prêtre partageait avec quelques autres... en vain. Elle avait déjà été empaquetée. Sans vraiment réfléchir, Jeanne se mit à s'éloigner vers la forêt, se laissant guider par sa perception de l'énergie du prê trouverait... une excuse, un prétexte, n'importe quoi pour lui subtiliser le précieux ouvrage...

Tout d'un coup elle entendit l'écho d'une conversation, et se planqua immédiatement derrière un arbre. Oui - Hao avait mentionné qu'il voulait causer avec Rackist - que personne d'autre n'était invité - ils étaient partis en forêt - mais Jeanne avait BESOIN du missel, elle DEVAIT reprendre le cours de la prière –

Il y eut comme une mini explosion, puis plus rien pendant un instant. Cela calma Jeanne – ou, tout du moins, arrêta un instant ses considérations alors qu'elle tendait l'oreille.

« Vous avez gagné, Hao-sama. »

Il y eut une pause, et Jeanne aurait juré qu'elle pouvait voir, même à travers l'arbre, la main d'Hao se dresser pour signifier que cela ne signifiait que peu.

« Je ne te dis pas de la repousser. C'est sa façon de tester son pouvoir et ses limites, de se prouver ce qu'elle vaut. Elle a beau dire, elle n'est pas encore bien grande. Fais attention, c'est tout.
- Je m'en doute, Hao-sama. »

Un crissement de neige.

« Je ne te dis pas de la repousser, pourtant… » Un rire doux. « Cela peut-être une expérience enrichissante pour elle, après tout. Simplement… » Une motte de neige tomba, non loin de Jeanne, qui cessa complètement de respirer. Après un temps, le brun reprit :

« Simplement, fais attention. Je ne veux pas de tensions au sein de mon équipe. »

Rackist acquiesça (du moins, Jeanne décida que cela devait être sa réaction, parce qu'elle n'entendit rien), et elle perçut de nouveaux bruits de pas.

Jeanne pensait être bien cachée, et s'autorisa à respirer de nouveau alors qu'elle entendait les pas s'éloigner. C'était pas tout ça, mais même si sa crise de panique était passée, elle voulait tout de même récupérer le missel de Rackist…

Avec un peu de chance, il viderait ses poches – ou mieux, laisserait son manteau – pour mieux aider avec les tentes, et alors – son poignet fut attrapé par un gant renforcé, et elle faillit perdre ses bottes alors qu'Hao la tirait vers l'avant d'un pas énergique.

Il n'y eut pas un mot de prononcé durant le trajet du retour, bien que Jeanne sentait ses joues brûler et son cœur s'emballer alors qu'elle cherchait une façon digne d'expliquer qu'elle n'était pas du tout en train de les espionner et qu'elle priait Hao de la lâcher, elle pouvait marcher toute seule, merci –

« Rackist, tu confieras tes affaires à cette demoiselle pendant que tu aides les autres, hm ? Je crois qu'un de tes ouvrages l'intéressent grandement…
- Oui, Hao-sama.
- Bien, » sourit le jeune homme. « Au fait, princesse, je me disais que ça t'intéresserait : je viens de gagner mon premier match de qualifications. » Elle fronça les sourcils, retenant le « hein » indigne qui cherchait à passer ses lèvres alors qu'elle continuait de courir à moitié pour ne pas se faire traîner par la poigne ferme du Shaman de feu. Elle aurait voulu demander plus de précisions, mais ils arrivaient au camp, et déjà Hao la lâchait pour se diriger vers Blocken et Turbein.

« Tiens, Jeanne, » lui souffla Rackist, lui glissant son manteau dans les bras. « N'hésites pas à le porter, il fait très froid, » dit-il encore, d'une voix presque mal à l'aise alors qu'il se détournait. Sans plus lui adresser la parole, il partit rejoindre les Boz, occupés à plier les étoffes des tentes.

Pendant quelques instants, Jeanne resta les bras ballants, aussi perdue qu'un manchot au Sahara, le manteau lourd sur ses bras ballants.

« C'est moi qui ai dû faire ta valise, » ronchonna Mathilda en passant. « La prochaine fois, je laisse tout en plan, pigé ? »

Mais Marion confia Chuck à Jeanne le temps d'aller préparer les derniers sandwichs, et Jeanne vit les deux jeunes filles rabrouer un Ashiru mal luné qui désirait embêter sa soi-disant rivale, alors elle s'autorisa un sourire.

Malgré son remord, les choses semblaient tout de même être au mieux, qu'elle pensa, et elle ne songea même pas à nuancer cette pensée alors qu'on se préparait à embarquer.

Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Mariæ semper Virgini, beato Michæli Archangelo, beato Ioanni Baptistæ, sanctis Apostolis Petro et Paulo, omnibus Sanctis, et tibi, Pater,quia peccavi nimis cogitatione, verbo et opere: mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michælem Archangelum, beatum Ioannem Baptistam, sanctos Apostolos Petrum et Paulum, omnes Sanctos, et te, pater, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.


Le voyage sur Spirit of Fire n'était jamais qu'égal à lui-même, un voyage tranquille, sans cahot ni trou d'air – tant qu'on avait pas à faire à un autre de ses passagers, bien sûr, ce qui était justement le cas de Jeanne, qui cherchait à éviter un Ashiru furax pour elle-ne-savait-quelle stupide raison. Pour le moment, elle ne se débrouillait pas trop mal, et avait même réussi à avoir l'air assez innocente pour ne pas recevoir de remarque moqueuse. Bon, c'était probablement aussi parce qu'Hao avait d'autres humains à fouetter (… oui, il abhorrait l'idée de fouetter des chats. En fait avec lui, Jeanne avait vite compris que les chats avaient un passe-droit. Mieux valait ne pas discuter des droits des chats sous son toit, parce qu'on avait toujours tort, même lorsqu'une folle fille venait tout exprès sur votre lit et vous mordait jusqu'à l'os de la cheville avant de se tailler nonchalamment.) mais tout de même, l'albinos se sentait fière d'elle-même.

« Ah, Jeanne, tu tombes bien. C'est mon tour de garder Opachô et son mouton, là, mais, tu vois, genre, Zen a parié que j'étais pas cap' de défier Boris au bras de fer, rapport à ce que son bras fait trois fois le mien, alors s'il te plait garde-moi les gosses un instant, okay, merci ! »

Cette longue tirade, sortie de la bouche de Ryô en à peine dix secondes, fut efficace : Jeanne, assommée, resta près du petit alors que le moine s'éloignait. Lorsque son esprit comprit finalement l'embrouille, elle était coincée : laisser Opachô seul, c'était comme jeter un chat du haut d'une falaise, on finissait grillé. Avec un soupir, la jeune fille s'assit, espérant que son camarade Grec ne la trouverait pas.

Opachô babillait dans son sommeil comme un bienheureux, retenu à l'esprit élémentaire par un harnais fait pour (ce, grâce à Yamada). Tant qu'il ne saurait pas se tenir tranquille (ou simplement éveillé), il y avait droit à chaque voyage sur Spirit of Fire, depuis le jour où le bébé babillant avait essayé de sauter sans parachute. Dans l'urgence, le Français avait aussi confectionné un harnais pour le nouveau compagnon du petit, qu'Hao avait finalement permis à Opachô de garder à condition qu'il prenne un bon bain et qu'il passe sous la responsabilité, pleine et quasi-entière, du petit Africain.

Ce qui voulait dire, si l'animal était en danger, on avait plutôt intérêt à réagir sous peine de briser le cœur du petit et de s'attirer les foudres du chef. Mauvais. M'enfin. Il ne pouvait pas aller bien loin, l'animal, même s'il était visiblement apeuré par le mode de transport pour le moins peu orthodoxe.

Avec un soupir léger, Jeanne se pencha autant qu'elle osait, cherchant à distinguer quelque chose de la terre en dessous d'eux. Ce fut plongée dans cette contemplation peu fructueuse qu'Ashiru la retrouva finalement, ce qu'il signala en attrapant violemment le bras de la Française pour la relever.

« Je n'ai pas envie de faire équipe avec toi, » qu'il dit, sans ambages. Jeanne haussa un soupir.

« Tu n'es pas le partenaire idéal non plus, tu sais… »

Elle aurait bien continué, mais quelque chose l'interrompit. De longs bras bronzés se glissèrent autour des épaules d'Ashiru, pour venir s'attacher fermement en collier autour de lui. Le visage du Grec s'était couvert de surprise; son corps était aussi raide qu'une planche de bois.

« Mais qu'entends-je, » s'indigna moqueusement le Shaman de Feu, qui était accroché au dos de son sous-fifre comme un bébé singe à sa maman (ou un serpent à sa proie). « Notre princesse qui se montre désagréable avec quelqu'un ! Franchement, Ashiru, modère-toi, tu vas la pervertir ! Déjà qu'elle espionne les honnêtes gens… »

Ledit Ashiru balbutia quelque chose d'incompréhensible, trop affecté par la chaleur et la proximité du corps de son maître. Jeanne adressa un regard blasé aux deux bruns.

« Honnêtes, » qu'elle répéta simplement, un certain sarcasme dans la voix. Hao rit, puis lâcha un Ashiru qui ne tenait plus sur ses jambes, et dépassa Jeanne sans s'arrêter pour aller voir Marion, somnolant plus loin sur l'épaule du grand esprit de feu.

Ashiru manqua passer par-dessus bord et finit par s'assoir, visiblement sonné. Jeanne en profita, « tu me gardes Opachô, hein ? » et s'éloigna rapidement, dialoguant avec Shamash des derniers évènements. Elle n'avait pas eu beaucoup de temps à elle pour réfléchir à ce que ce trajet signifiait. Si les Paches avaient indiqué au groupe d'Hao de se rapprocher du Japon, ils avaient dû faire la même annonce à tout le monde, hein… ?

Quand elle se posait, et cherchait activement à se rappeler, l'albinos pouvait se souvenir de son temps chez les X-Laws. Ce n'était pas agréable, et s'aventurer trop longtemps dans les couloirs de la mémoire était dangereux (Marco a dit qu'on était quittes et la prochaine fois qu'il ne se retiendrait pas et qu'elle était une sale traîtresse et – ) mais à cet instant, elle se souvint facilement du 'plan d'attaque' de Marco : rester en Italie le temps des examens et de la première manche, histoire d'être en terrain connu, puis de voler vers Tokyo pour la seconde manche. Maintenant, il avait dû changer ses plans, et Jeanne savait qu'il détestait ça. Que pensait-il ? Que faisait-il ? Que…

« Jeanne, » Marion appelait, alors que Mathilda passait une main devant le visage de l'albinos. « Ok, » qu'elle souffla la rousse, « tu viens t'assoir près de nous maintenant. On a du jus de fruit, et Turbein raconte une bonne histoire. »


Hao s'élança et sauta de son esprit, ce qui devant une foule un peu moins habituée aurait provoqué au moins des cris d'horreur, mais Jeanne fut la seule (et ce plus par conviction personnelle que par espoir réel) à se pencher pour le voir s'écraser par terre…

Ce qui n'arriva bien sûr pas. Le brun se posa délicatement sur une grande pierre plate, l'air vibrant d'énergie alors qu'il se retournait pour observer son esprit toucher le sol à son tour. L'esprit continua de se rapprocher de la terre alors que les Shamans les plus hardis (ou simplement les plus impatients) sautaient à leur tour. Bientôt ne restèrent plus que Turbein (parce qu'il avait l'agneau dans les bras), Zen (parce qu'il avait Opachô dans les bras), Jeanne, Blocken et Rackist.

Blocken se laissa tomber souplement, et Jeanne comptait bien faire de même, mais alors qu'elle s'approchait du bord une main se posa sur son épaule. « Jeanne, » fut soufflé à son oreille, et elle n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agissait de Rackist, « je dois te parler – »

Elle n'en entendit pas plus. Avec agilité (elle commençait à apprendre… elle commençait seulement, mais bon) la jeune fille avait sauté de la main de Spirit of Fire et se réceptionnait au sol.

« Mieux, » lança Hao (en référence à la dernière fois qu'elle avait dû descendre de l'esprit, ce qui avait impliqué une humiliante escalade à l'envers, un balancier dans le vide alors qu'une vision d'elle-même écrasée au sol lui repassait en boucle dans le cerveau – totalement irrationnel et absurde bien sûr, vu la faible distance avec le sol) mais elle l'ignora complètement et partit aider Marion, qui triait les bagages. De son côté, Mathilda insistait pour aider les adultes à planter les piquets des tentes, et Zen et Ryô tentaient d'échapper au labeur commun en insistant qu'ils « aidaient au moral des troupes » en chantant une mélodie de jazz.

« Hm HM ! »

Un raclement de gorge, dans ce groupe bariolé en plein préparatifs pour la nuit, n'attira pas grande attention. Ce ne fut que lorsque les Shamans virent la tête des rares camarades qui s'étaient retournés qu'à leur tour ils cherchèrent à comprendre l'origine de la chose.

L'origine de la chose, en fait, était un jeune garçon. Un jeune garçon qui n'était en aucun cas un membre du groupe, et vu qu'Hao avait cessé de recruter quelques six mois auparavant, il ne pouvait en faire partie.

Le jeune homme devait avoir l'âge d'Hao. Malgré la persistante absence de neige dans les environs, il portait une tenue de ski (ou plus précisément, même si Jeanne aurait été bien en peine de faire la distinction, de snowboard), complète avec les lunettes et le snowboard en question. Son visage était couvert de boutons d'acné, du moins la partie qui n'était pas couverte, c'est-à-dire entre le haut du blouson blanc et le bas du bandana bleu, bandana qui s'alliait merveilleusement avec l'épaisse crinière turquoise qu'il arborait.

Tout seul en haut d'une montagne enneigée, peut-être qu'il aurait pu faire une grande impression, mais au milieu des camarades d'Hao, il avait tout bonnement l'air d'un avorton ridicule, surtout juste à côté de Zang-Ching et Billy. Ce dont lesdits camarades ne se privèrent pas de lui faire savoir, l'observant avec un mélange d'hostilité et hilarité.

Pourtant, il ne se laissait pas démonter, et continuait de s'avancer dans les rangs en dévisageant chaque visage qui s'esquissait devant lui. Quand enfin, il eut repéré tout le monde (sauf Marion, que Zang-Ching camouflait parfaitement, et Mathilda, toutes deux prêtes à découper en très jolies rondelles l'infortuné intru), il sembla être satisfait, et lança avec force :

« Je suis venu défier… » L'avorton s'interrompit pour vérifier quelque chose sur son Oracle Bell. « Maxwell Jeanne ! Où qu'il est mon adversaire ? Et au passage, vous n'avez pas le droit de camper ici, c'est un parc naturel ! »

Hao éclata de rire, and Jeanne sentit que question crédibilité, ça allait être dur. Lorsqu'elle fut dûment désignée, par un Hao mort de rire, au jeune gars, celui-ci s'avança jusqu'à elle et lui fit un grand sourire :

« Je peux t'appeler Max ? »

Vraiment dur.


Jeanne : Pourquoi me torturer ainsi… ?

Rain : … Parce que je t'aime, mon enfant *a la grand méchant loup*

Jeanne : … Pourquoi moi… ? T'as Hao… T'as plein de gens…

Rain :Eheh, ce serait triste si j'arrêtais comme ça… ARE YOU NOT HAPPY PEOPLE ? 6K200 WORDS! I AM SO HAPPY!