Bonsoir,
Avec le temps qui s'est rafraichi ces derniers jours, j'ai attrapé un rhume, comme il fallait s'y attendre^^ Mais cela ne m'a pas heureusement pas empêché d'écrire. Comme je vous l'ai déclaré il y a deux semaines, il m'a été impossible de poster la semaine dernière du fait de la charge de travail personnel que j'ai eu. Cependant, je me rattrape maintenant avec un nouveau chapitre dans la continuité du précédent. Au programme:
- Des explications concernant le procès et l'aide apportée par Rose avec l'arithmancie.
- De l'action (je ne dirai rien de plus:D)
- Et une Rose plus déterminée que jamais à retourner d'où elle vient. Y Parviendra-t-elle?
Bonne lecture!
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10. La mare et la plume
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« N'y allez pas ».
Rose se contenta de se marteler ces mots dans son esprit, peu désireuse de laisser à nouveau transparaître sa colère à Ralston. Il lui semblait que toute faculté de maîtrise s'était échappée d'elle et qu'elle s'était métamorphosée en une sorte de monstre vorace prêt à réduire en lambeaux les parties du corps de Ralston qui tenteraient d'esquisser un mouvement vers la maison de Lisbeth Black. Et quels motifs sa crainte dissimulait-elle donc ? Rose rougit rien qu'en y songeant. Pour sûr, sa réaction démesurée devait avoir eu un effet des plus étranges. Avec un peu de chance, Ralston ne verrait là que le caprice d'une enfant apeurée à l'idée de se retrouver sous le même toit qu'une femme qu'elle jugeait « méchante ». « Non, tout compte fait, je n'ai pas envie qu'il s'imagine que je suis une fillette capricieuse », se dit Rose alors que la frustration lui faisait derechef frémir les doigts. L'air toujours interrogateur de Ralston déclencha chez elle un rire nerveux.
Elle bredouilla pour se donner une contenance :
- Je veux dire... Ne deviez-vous pas emmener Abraham au chemin de traverse ? Si nous ne partons pas maintenant, nous serons obligés d'attendre le lendemain soir.
- Ah, vous faites bien de le rappeler, fit Ralston alors que la surprise s'estompait de son visage. Je ne tiens pas particulièrement à sauter une troisième fois dans la mare sans vêtements pour avoir à nouveau propagé des paroles mensongères auprès d'Abraham... Cependant, je trouverai un moyen de faire diversion pour éviter cela. Je lui achèterai un balai avant de rentrer. Et avant cela, nous pouvons faire une halte chez Mrs. Black, ne croyez-vous pas ?
L'anxiété rendit la respiration de Rose plus effrénée. Comment sortir de cette impasse ? Elle réfléchit à toute vitesse à une excuse furtive afin de dissuader Ralston. L'exclamation suivante jaillit de sa bouche :
- J'ai faim ! Achetez-moi un maripain !... (son regard quelque peu stupéfait la fit poursuivre maladroitement) Oui, il est encore tôt, mais de toute manière, vous êtes obligé de me faire plaisir ! C'est grâce à moi que vous avez triomphé au Magenmagot, ce soir !
Ralston posa sur elle un regard réprobateur.
- Ne pensez-vous donc qu'à vous nourrir, Rose Weasley ? Ou bien désirez-vous vous venger du fait que je vous ai incombé une haute responsabilité en remettant le destin d'un procès entre vos mains ? Sachez que je vous récompenserai en temps et en heure pour le service que vous m'avez rendu. J'ai fait appel à vous parce que j'ai foi en votre talent. Personne d'autre n'aurait pu vous égaler.
Un sourire déforma sans prévenir la mâchoire de Rose. Il lui parut particulièrement agréable de recevoir un éloge de la part de Ralston, d'autant plus qu'il reconnaissait à sa juste valeur cette merveilleuse discipline qu'était l'arithmancie. Dans son monde, au-delà du fil temporel qui reliait cette époque à la sienne, Rose avait dévoré moult ouvrages traitant d'arithmancie dans les recoins de sa chambre, tandis que les dessins au fusain de sa cousine Roxanne étaient exposés au grand jour et admirés. Les passions de Rose étaient au mieux incomprises, au pire, moquées. Seule sa mère l'avait encouragé à s'inscrire à des cours optionnels d'arithmancie et à poursuivre son ambition de devenir un jour une arithmancienne de grande renommée (peu de sorciers parviennent à devenir arithmanciens, car l'apprentissage demande une grande assiduité).
« Maman, songea Rose en sentant une émotion l'étreindre soudainement. Se pourrait-il que je reste bloquée ici ? Qu'il n'y ait finalement aucune porte de sortie ? ».
- Rose ?
L'interpellation de Ralston la fit sursauter.
- Laissez tomber l'idée d'aller manger, marmonna-t-elle en contrôlant sa brusque envie de laisser échapper des larmes de rage. Je n'ai plus faim... Si vous voulez vraiment me récompenser, alors montrez-moi votre manuscrit avant que je n'aille dormir. Je ne veux rien d'autre. Et ne me posez pas de questions à ce sujet.
De nouveau, Ralston la scruta avec perplexité, comme s'il s'efforçait de décrypter son langage gestuel. Après quoi, il dit simplement :
- Venez.
...
En noyant la foule de sa senteur, la sardine citronnée provoquait un surprenant déferlement de passants ; Rose n'y résista guère très longtemps, et se retrouva à engloutir un deuxième maripain en l'espace de vingt minutes. Il lui fut forcé d'admettre qu'elle avait conservé certains réflexes enfantins, car quelques gâteries suffisaient à faire réapparaître son entrain. Alors qu'elle agitait la bouche avec contentement en marchant, Ralston la regarda, non sans une certaine narquoiserie. Il venait de délaisser sa robe du Magenmagot pour un costume moldu qui comportait un étrange chapeau large recouvert de plumes (qui ne manqua pas d'amuser Rose).
Cet accessoire l'empêcha presque de se concentrer lorsque Ralston lui raconta le déroulement du procès. Toutefois, il s'attarda sur des détails qui suscitèrent son étonnement :
- Votre arithmancie a sauvé Juliet, comme je vous l'ai expliqué. Parmi les résultats que vous m'avez confié, j'ai choisi le nombre vingt-sept et ce n'est pas le fruit du hasard. J'ai procédé par déduction : le nombre vingt-trois ne correspondait pas à la situation de Juliet. « Le nombre vingt-trois est celui de la faiblesse et de la soumission. Juliet Sirma est déficiente en magie et en puissance. La nuit du 26 août 1622, elle a été attaquée par un sortilège magique et n'a pas été en mesure de se défendre ; soumise à l'impero, elle a torturé l'un des siens. Le 2 octobre 1622, elle se pliera de nouveau à la volonté de personnes exerçant la magie ». Et voici la révélation du nombre vingt-sept – que vous connaissez déjà : « Le nombre vingt-sept est celui de la passivité et de la résignation. Juliet Sirma est déficiente en magie et en courage. La nuit du 26 août 1622, son apparence a été utilisé avec malveillance ; un sorcier a libéré l'autre victime. Le 2 octobre 1622, Juliet Sirma sera de nouveau impliquée dans un complot dramatique. »
Incapable de comprendre d'où Ralston détenait sa logique, Rose fronça les sourcils en réfléchissant. Quoiqu'elle ait elle-même hésité lors du résultat final, les caractéristiques du nombre vingt-trois lui avaient d'emblée paru plus cohérentes que celles du nombre vingt-sept.
- J'étais persuadée que vous feriez l'inverse, marmonna-t-elle. Quelqu'un se serait donc servi du polynectar pour prendre l'apparence de Juliet ? Ça ne tient pas debout. Il n'y a aucune preuve... De plus, cela signifierait que l'auteur du crime est un sorcier.
- Justement, Rose, ce sont les preuves qui m'ont guidé dans mon choix. Shirley Brackman, l'un des membres de la brigade, a retrouvé des mèches de cheveux appartenant à Juliet éparpillées dans la cour de l'entrée. Sirma, la mère sorcière, a également été aperçue ; il ne fait aucun doute que c'est elle qui a délivré la victime enchaînée au sol. Et que l'auteur du crime soit un sorcier ou non n'a aucune importance tant que le Magenmagot a prit connaissance de l'existence de ces preuves... Mon interprétation des faits n'a pas pu être démenti par le Magenmagot.
En se réappropriant l'image de Ralston, telle qu'elle l'avait vu la première fois au tribunal, le jour de son arrivée en l'an 1622, Rose l'imagina se dresser avec une ardeur juvénile entre deux gradins et plaider la cause de Juliet d'un ton convaincu. Elle-même aurait sans nul doute été conquise par toute la passion qu'il paraissait mettre dans son rôle de membre du Magenmagot sans même avoir entendu ses arguments.
Elle déclara d'une voix pensive :
- J'aurais aimé vous voir discourir. Vous deviez avoir l'air cool !
- Cool ? Répéta Ralston en plissant les sourcils.
Rose se sentit rougir, surprise par sa propre spontanéité.
- C'est... euh... un langage codé entre une amie et moi. « Cool » signifie que vous êtes admirable... Ou plutôt... (sa gêne s'intensifia) que vous avez l'air admirable.
- Admirable, répéta Ralston avec un petit rire tout en passant une main frénétique dans ses cheveux.
« Encore un réflexe de la famille Potter », pensa Rose, nostalgique. Elle ne pouvait guère compter le nombre de fois où ses cousins et son oncle avaient malmenés leurs chevelures désordonnées de leurs doigts. Que leur ancêtre ait le même automatisme avait quelque chose d'extrêmement fascinant. Cette pensée fut sienne jusqu'à ce que Ralston et elle parviennent chez un vendeur de balais. La boutique avait un aspect antique, et le choix de balais était restreint. Rose en manipula un, puis s'étonna de la lourdeur du manche qu'elle avait à la main, ainsi que de son manque de puissance palpable ; quant à la matière rêche, non poli, elle devait certainement incommoder le joueur de Quidditch après des heures d'utilisation. On était bien loin de l'éclair de feu révolutionnaire qui comportait le manche le plus souple, le plus léger, et le plus rapide de l'histoire de la magie !
Un court instant, Rose se montra réticente à l'idée d'étaler son savoir concernant les méthodes modernes de fabrication des balais, mais elle finit par se rapprocher du vendeur d'un pas timide en murmurant :
- Euh, monsieur ?... Puis-je me permettre de vous faire une suggestion ? (il la considéra, non sans une certaine stupéfaction) Pour vos balais, vous devriez utiliser un Voltiflor. Il faut extraire la partie qui est au cœur de la plante, la moudre, et la placer dans le bois du manche à balai... Le Voltiflor a des propriétés magiques positives, contrairement au filet du diable. En ajouter à la composition d'un balai permet d'améliorer son altitude et sa maniabilité. Et aussi... (les yeux écarquillés du vendeur ressemblaient à présent à deux boules de cristal) vous devriez vous servir d'une crème à polir à base de dictame pour le confort et pour éviter les paralysies du dos durant un vol prolongé.
Le Quidditch à travers les âges de Whisp regorgeait d'informations qui se révélaient être très utiles, même à l'époque moderne, et il n'était guère nécessaire d'être éperdument amoureux de la discipline pour se documenter sur le sujet ; l'une des qualités de Rose était la curiosité. Elle voulait constamment en savoir le plus possible, même si les sujets qu'elle abordait étaient en apparence futiles. L'an dernier, elle avait réparé le balai de son frère grâce à la recette d'une crème que l'on retrouvait dans l'annexe du livre.
- Pour avoir l'audace de contester les méthodes de fabrication traditionnelles d'une personne expérimentée telle que moi, seriez-vous une praticienne ? L'interrogea le vendeur d'un ton sec.
- Non, répondit Rose en se maudissant intérieurement de ne pas être plus douée pour défendre ses arguments. Mais, je suis sûre de ce que j'affirme.
Sur ce, elle s'éclipsa de la boutique afin de ne pas avoir à subir d'autres questions embarrassantes.
Une trentaine de minutes plus tard, sur le chemin du retour vers La niche, Ralston ne manqua cependant pas de lui réclamer une explication.
- Alors, l'arithmancie n'est pas votre seul domaine de prédilection... D'où tenez-vous votre savoir ? Abraham m'a dit que vous êtes capable de monter sur un balai, et pourtant, d'après mes souvenirs, aucun enseignement de Quidditch n'est dispensé à Poudlard.
- Je ne suis pas la seule fille à savoir voler sur un balai, marmonna Rose en évitant autant que possible de s'agripper à Ralston lorsque les mouvements du cheval devenaient houleux. D'autres en sont capables, et mieux que moi... Mais vous n'avez apparemment pas suffisamment parcouru l'Angleterre pour vous en rendre compte, apparemment. (elle fut surprise de parvenir à mentir avec aisance).
- Allons bon ! Votre expérience n'est certainement pas plus mûre que la mienne ! J'ai aussi voyagé, et pas seulement du côté de Londres.
L'intonation hautaine qui avait accompagné les paroles de Ralston, comme s'il lui semblait inadmissible qu'une fille – plus jeune que lui de surcroît – ait des connaissances plus étendues que les siennes, exaspéra Rose. Ensuite, elle se rendit compte qu'en réalité, la réaction de Ralston était parfaitement logique, car les connaissances qu'elle possédait en tant que fille de quinze ans ne concordaient pas avec l'époque.
- Demain, vous nous accompagnerez au chemin de traverse, déclara Ralston alors qu'ils traversaient le bois où Rose avait été contrainte de s'appliquer à une séance de dissection d'ailes de fées. Vous ne pouvez pas retourner à Poudlard sans une nouvelle baguette et sans une tenue appropriée. La rentrée est dans quatre jours.
- Retourner à Poudlard ? S'étonna Rose. Mais...
Une fraction de seconde plus tard, Rose eut l'impression qu'on lui écorchait les tympans, tant l'explosion qui retentit fut assourdissante. Après cela, elle fut propulsée dans les airs d'une manière surnaturelle (elle eut à peine le temps de prendre conscience que son corps avait dépassé la cime des arbres avant qu'elle ne retombe en piqué vers le sol et heurte une racine), et par miracle, elle ne fut pas blessée. Quand elle se redressa, elle constata que le cheval avait disparu. Dans son dos, la voix de Ralston la fit sursauter :
- Dépêchez-vous, Rose ! Les soldats moldus sont là ! Nous devons pénétrer le cercle de protection magique qui entoure La niche pour être en sécurité ! Courez ! Vite !
Trop effrayée pour protester, Rose obtempéra immédiatement. L'odeur de brûlé, désormais caractéristique de plusieurs souvenirs macabres, lui picota les narines. Se pourrait-il que non loin de là, de nouvelles chairs se consumaient en luttant vainement pour ne pas disparaître ? À cette pensée, Rose sentit le contrôle de ses jambes lui échapper. Elle bascula sur le côté et laissa son corps exécuter une sorte de danse jusqu'au pied d'une pente raide ; l'odeur du feu rendait sa respiration de plus en plus heurtée. Elle se remit à nouveau sur ses pieds, plongée dans une obscurité angoisse, et traquant la moindre lueur orange qui pourrait signifier la présence du feu. Bientôt, elle fut rejoint par Ralston dont le visage luisant de sueur trahissait l'anxiété. Sa baguette en main, il s'attela à dresser devant eux une barrière magique protectrice.
En reprenant son souffle, Rose murmura :
- Ne trouvez-vous pas étrange que de simples moldus soient si efficaces pour les captures de sorciers ? Il doit y avoir une explication. Ne pensez-vous pas que... ?
- Rose, peu importe ! Pour le moment, nous devons simplement partir d'ici, dit précipitamment Ralston à voix basse. Suivez-moi !
Sans attendre une quelconque réaction de sa part, il lui tira le bras sans ménagement. Toutefois, à cet instant précis, une détonation résonna à quelques mètres d'eux. Rose tressaillit violemment, puis tituba lorsqu'une lourde charge se pressa contre son épaule. Elle réalisa que c'était Ralston qui venait de perdre l'équilibre, atteint par un coup de feu.
- Oh non, Ralston ! S'écria-t-elle en s'efforçant de se retourner.
Malheureusement, le poids de ce dernier l'obligea à se courber en direction du sol. Ses jambes se plièrent douloureusement, tandis que les bras de Ralston pendaient au-dessus de ses épaules. Incapable d'esquisser le moindre mouvement, Rose haleta :
- S'il vous plaît, relevez-vous... ! S'il vous plaît !
Elle fut seulement en mesure de placer le visage inerte de Ralston sur ses genoux afin de l'ausculter. Il ne présentait aucune blessure externe sur le corps, et aucun indice ne pouvait lui permettre de déterminer l'endroit où il avait été touché. Plus étrange encore, sa température était basse et il semblait paralysé. Était-ce le fruit d'un sortilège, ou était-il tout bonnement... ?
- Non ! (Rose sanglota de manière incontrôlable) Je n'ai pas de baguette ! Je ne peux pas vous délivrer ! Je ne sais pas quoi faire, vous devez vous réveiller pour m'aider !... Et votre manuscrit ? Comment vais-je rentrer chez moi sans votre manuscrit ?
Instinctivement, elle se pencha sur lui pour lui administrer de l'air avec sa bouche.
- Ce que vous faite est inutile, Gorgone !
En levant la tête, Rose aperçut une robe orange et des traits floutés. Une minute plus tard, une deuxième silhouette s'ajouta à la seconde. Ils lui parurent tous deux familiers.
- Écartez-vous, mademoiselle, lui ordonna fermement l'un des sorciers. Il est juste pétrifié.
Il dirigea sa baguette d'un noir de jais vers Ralston, et lança un « enervatum ». Instantanément, Ralston reprit conscience. Ses yeux hébétés parcoururent les alentours, et s'immobilisèrent sur Rose. Soulagée, celle-ci eut l'impression de pouvoir à nouveau respirer. Fort heureusement, la soirée allait se terminer normalement.
...
Brutus et Thaïlis Kyle, les deux sorciers qui avaient permis à Rose et Ralston de regagner La niche en toute sécurité, travaillaient également au Conseil des sorciers (l'un s'occupait de la classification des créatures magiques, et l'autre, de tous les dossiers administratif qui concernaient les moldus). Rose s'était rappelée de sa première rencontre avec eux, notamment de la façon dont ils l'avaient obligé à assister à un massacre sans intervenir. Brutus Kyle entretenait un lien d'amitié avec Ralston, alors qu'il y avait bel et bien une rivalité existante entre Thaïlis et lui (d'où la mésentente entre les deux jumeaux). En se séparant de ces sorciers dont la couleur des vêtements était affreusement évocatrice, Rose avait senti sa migraine diminuer. Une fois à La niche, Rose avait accaparé une bassine d'eau chaude pour se laver convenablement, puis elle avait passé une nouvelle robe.
Alors que minuit approchait, elle s'était mis à la recherche de Ralston, toujours obnubilée par la question du manuscrit. Au détour d'un couloir, dans une salle de séjour, elle manqua de laisser échapper une exclamation de stupeur en apercevant l'oncle William, étalé sur le ventre au beau milieu d'un tapis velu, et entouré de tous ses akita ; ses ronflements remplissaient la pièce, accompagnés du craquement de la cheminée. En haussant les épaules, Rose poursuivit ses recherches, mais la demeure avait été désertée par Ralston et Abraham. « Que font-ils ? Se demanda-t-elle. Se pourrait-il... qu'ils soient vraiment allés à la mare ? ». La température avoisinait les cinq degrés, et un nombre impressionnant de moustiques rodaient dans le jardin.
Anxieuse, Rose écarta les volets de la fenêtre de la cuisine. À l'extérieur, le ciel était surchargé d'air. Elle frissonna.
- Êtes-vous un pleutre, cousin Ralston ? Fusa la voix d'Abraham au même moment. N'allez-vous pas sauter ?
- Je vais le faire, mais taisez-vous. Il ne faut pas réveiller oncle William.
Quelques secondes plus tard, le bruit d'un jet d'eau abondant ponctué d'un éclat de rire enfantin résonna. D'emblée, Rose comprit que Ralston venait de plonger dans la mare. Elle bondit hors de son poste d'observation, puis s'empara du premier textile qui lui tomba sous la main (à savoir une robe de chambre), après quoi elle longea le vestibule et déverrouilla la porte d'entrée. Le vent frais s'engouffra sous sa jupe, cependant, elle ne voulut guère revenir sur ses pas pour s'habiller correctement. Dans le jardin, elle évita plusieurs lianes malicieuses qui tentèrent de s'enrouler autour de ses jambes.
Près de la mare se tenaient Ralston, submergé d'eau, et Abraham, hilare.
- Normalement, vous devriez sauter une deuxième fois, mais puisque vous m'avez ramené mon balai, je vais être généreux et considérer que votre dette est payée, affirma Abraham.
Tous deux remarquèrent alors la présence de Rose.
- Rose, dit Ralston d'une voix blanche.
Sans comprendre, Rose le regarda avant de se rendre compte qu'il était à moitié à dévêtu – et qu'à cette époque, avoir la robe entrouverte en public était vraisemblablement outrageant. Déjà, le simple fait que la robe de sorcière de Rose dévoile ses chevilles suffisait à provoquer des réactions virulentes ! Elle se retourna aussitôt, mal à l'aise.
- Je venais vous voir... pour la promesse que vous m'avez faite, marmonna-t-elle alors que la robe de chambre qu'elle avait apporté lui glissait des mains.
Après cet incident, dix minutes plus tard, elle se retrouva dans une pièce circulaire aux côtés de Ralston ; un sentiment de déjà-vu l'envahit face au mobilier ancien, aux fenêtres à la géométrie biscornue et à la bibliothèque. Était-elle déjà venue ici ? Elle observa le bureau rapetisser pour devenir un coffre cadenassé sans étonnement, et il en fut de même pour le livre que Ralston posa devant elle. Il tendit une main pour l'inviter à s'avancer :
- Je vous en prie.
Elle ne se fit pas prier... Ce manuscrit corné, cette passerelle entre ce monde et le sien, était enfin à sa portée. Les mains tremblantes, le souffle coupé, elle laissa le contenu du livre se dévoiler à elle. Sans prendre le temps de déchiffrer les mots manuscrits qui figuraient sur les premières pages, elle feuilleta promptement les feuilles reliées, à la recherche de la plume magique. Cependant, il n'y avait aucune plume. Les joues en feu, le cœur battant, Rose fit face à Ralston en demandant vivement :
- Où est votre plume ?
- De quoi parlez-vous ?
Une impatience insupportable s'empara de Rose.
- La plume... pour écrire ! Vous avez bien une plume, non ? Vous en avez une ?
- En réalité, je change de plume tous les jours, l'informa Ralston en la considérant avec suspicion. C'est l'une de mes manies. Pourquoi cela a donc l'air de vous surprendre ?
Complètement désemparée, Rose ne répondit pas. « Que vais-je faire sans cette plume ? Pensa-t-elle. Pourquoi n'existe-elle pas ici ? POURQUOI ? ».
...
Merci de suivre cette histoire et de l'avoir ajouté en favori. Je suis heureuse de voir que certains d'entre vous sont toujours au rendez-vous toutes les semaines, c'est gratifiant pour moi, et ça me rend très heureuse de savoir que cette histoire plait. Qu'avez-vous pensé de ce chapitre? Toute review est la bienvenue:)
