10.
A l'entrée de Doc Machinar sur la passerelle, Alérian comprit, s'assombrit.
- Kobrun ?
- Il n'a pas survécu à ses blessures, confirma de fait le Mécanoïde. Je suis désolé, colonel.
- Remplir ma mission et sauver les Tyréniens est donc une charge qui me retient entièrement. Ça me soulage, bien que cela ne me laisse que l'entière responsabilité… Bien, maintenant que le Géroboar couvre la face désertique de Tyrène, je vais me rendre au sol rencontre Yka, la responsable des civiles et seule autorité si on peut dire.
- Je reste ici. Sois prudent, Alie !
Ce dernier regarda autour de lui.
- Allons bon, maintenant que j'ai besoin de lui, Kropion n'est pas là ! Fichu Caméléon ! Vivement au sol, je pourrai faire appel à Zunia !
- Qui ? interrogea Kropion, paraissant surgir du mur, au sens propre.
- Une amie, une toute petite amie ! ironisa le jeune homme en empoignant sa casquette pour se lever de son grand fauteuil noir.
Oshryn eut un rire léger tandis que son ami et supérieur quittait la passerelle.
Minuscule, à peine haute de un mètre, Ika ne se démontait néanmoins pas un instant face à son interlocuteur balafré.
- Nous ne partirons pas, sauf en dernier recours !
- J'ai déjà entendu cela, à de multiples reprises, ces derniers mois. Je ne peux vous faire partir par la force, vous tous, mais si je ne fais rien vous mourrez tous ! La décision ultime vous revient, Ika.
La septuagénaire tressaillit.
- Vous nous laissez réellement le dernier mot ?
- Je n'ai pas le choix, encore moins que vous.
- Et que dirait le Militaire pur et dur ?
- Que les Squales vont attaquer la cité, la ravager. C'est aussi simple que cela. Nous vous défendrons, c'est notre mission. Vous pouvez compter sur la Flotte Intergalactique, Ika !
- Merci, colonel – je pourrais dire au pluriel à présent – j'espérais votre raison et non votre objectif obsessionnel de mission. Oui, je vous remercie. Je vous ferai bientôt savoir ce que j'ai opté pour les miens.
- Ne tardez pas, c'est ce qui m'importe, pria Alérian.
Le vétéran Menrod Destrovelk ne décolérait pas.
- Vous allez vraiment laisser ces civils régir leur sort ?
- Oui. On n'obtient jamais rien par la force, quoique j'aie pu penser, quoique j'aie pu croire en mes galons et la férocité meurtrière des canons de mes vaisseaux ! S'ils ne veulent pas, nous ne pourrons les évacuer… Et même si nous y arrivons, ils ne nous pardonneront jamais de les avoir obligés à…
- Nous sommes des Militaire ! objecta Menrod avec véhémence. Et bien que nos grades soient égaux désormais, vous êtes à nouveau le chef de cette mission, et je me plierai à vos décisions !
Menrod eut un léger sourire.
- Vous êtes vraiment selon votre réputation, Rheindenbach : un imprévisible de première, et un génie !
- J'espère juste sauver les Tyréniens, sur ce coup. Je n'ai pas d'autre ambition !
- Je vous crois, Alérian ! Je suis fier d'être une fois de plus votre partenaire de mission.
- Merci.
Le vétéran fronça les sourcils.
- Pourquoi être si sombre ?
- Si les Squales de Ghéoriens poursuivent dans leur nouvelle stratégie, on est très mal ! jeta le jeune homme à la crinière d'acajou, triturant sa mèche blanche. Ils vont attaquer la principale cité des Tyréniens, et très vite ! Vous grimacez, Menrod ?
- Je n'aime pas quand vous confirmez mes pires prévisions !
- Quoi, vous me comprenez, au fond ?
- Bien sûr ! Jamais notre amiral n'aurait dépêché un jeune stratège de génie sur cette mission sans espoir. Il savait que vous feriez à nouveau tout pour votre mission – comme il y a quelques mois avec la toute petite colonie des Erguls ! Notre amiral vous porte aux nues et ce n'est qu'au cours de cette dernière année que je réalise combien il avait raison !
- Menrod…
- Je redoute votre instinct, colonel, poursuivit le colonel du Géroboar. Je protège la face où les Ghéoriens vont débarquer, mais vous… ?
- Je retourne placer mon Firestarter pour éviter la destruction de la principale cité ! Les Ghéoriens ne l'atteindront pas !
- Bonne chance, colonel.
- Merci, colonel.
