Chapitre 10 : La Compagnie Boinoir
Oreyn m'observa froidement alors que je me dirigeais vers le poste disponible pour ceux qui devait écrire un message, dans un coin de l'étage des bureaux. Il ne commenta pas mon armure couvert de sang que je n'avais pas eu le temps de nettoyer après avoir quitté la Cité Impériale, ni mon air fatigué. A cette heure tardive, la plupart des membres prenait un repos mérité mais Oreyn était toujours le dernier à partir, même s'il était aussi le premier à arriver. A croire qu'il ne dormait jamais. Cet elfe noir n'était pas normal.
Je sentais son regard me percer le dos alors que je rédigeais une brève lettre pour Martin, afin de le mettre au courant des derniers évènements. Je perçus plus que je ne vis la présence de l'elfe dans mon dos et retins un frémissement de surprise. Sans me retourner, je pris le temps de cacheter ma lettre et de la poser sur la pile à poster le lendemain à la première heure. Je poussai un soupir fatigué et pris enfin mon courage à deux mains pour faire face à Oreyn. Il était bien plus proche que je ne m'y attendais et du me reculer sur un pas pour ne pas lui rentrer dedans. Ses yeux me fusillaient, parcourus par l'agacement et un mépris profond. Je plongeai mon regard dans le sien avec obstination, pour lui montrer qu'il ne m'intimidait pas.
Finalement, il se détourna et s'assit à son bureau. Je relâchai lentement ma respiration que j'avais involontairement retenue durant la confrontation. Je croyais l'évènement terminé et m'éloignai vers la sortie lorsque je l'entendis m'aborder.
« − Asseyez-vous, claqua sèchement sa voix aux échos métalliques
Perplexe je fis ce qu'il me demanda et attendis qu'il continue.
− J'ai une mission pour vous.
Le silence retomba encore quelques minutes.
− Quel genre ?, finis-je par dire pour briser l'atmosphère tendue
− Du genre pas entièrement officiel
Je laissai en place mon masque neutre mais l'étonnement résonnait dans mon esprit. Je n'arrivai pas à cerner ce personnage. D'un côté il me méprisait et me soupçonnait de trahison envers la guilde et d'un autre côté il me croyait suffisamment compétente pour me confier des missions délicates.
− C'est-à-dire ?
− Viranus Donton vous accompagnera.
− Donton ?
− Oui, il est le fils du maître de la guilde. Il a besoin de s'entrainer sur le terrain mais sa mère le retient et le protège de trop. Ca se comprend après ce qui est arrivé à Vitellus, le fils aîné. Un bon gars celui-là, mort après une mission ratée.
− Et le contenu du travail ?
− Il faut que vous retrouviez une personne disparue, un certain Galtus Previa. Il a été vu pour la dernière fois près d'une grotte au nord-est de Chorrol, je vous montrerai sur la carte.
Il se tue et m'observa minutieusement. Encore une fois nous nous affrontâmes du regard.
− Je ne vous aime pas.
Ca avait le mérite d'être franc…
− Mais vous avez les capacités pour ça alors je vous confie la vie de ce jeune apprenti.
− Très bien, je le ferais. »
Je pris congé sans m'attarder et rejoignis mon lit. Je n'étais pas vraiment heureuse de devoir trainer un jeune débutant avec moi, j'appréciais plus le travail solo mais Oreyn semblait vraiment tenir à ce que je protèges ce novice. Je tachais de me laisser entrainer par le sommeil malgré tous les évènements de ces derniers jours car le lendemain risquait d'être mouvementé.
La maison de Viranus Donton était juste en face de la Guilde, tout aussi imposante. Je frappai lourdement à la porte en bois massif et patientai quelques instants avant qu'elle ne s'ouvre sur un jeune homme à la peau mate. L'innocence de la jeunesse baignait encore ses traits du visage et seule sa carrure imposante montrait qu'il entrait dans l'âge adulte. Il semblait surpris de voir quelqu'un à cette heure précoce de la journée.
« − Bonjour, puis-je vous aider ?, me demanda-t-il aimablement
− Mettez votre armure, nous avons une mission. Ordre d'Oreyn, lançai-je sans préambule
− Une mission ? Euh… Bien sûr ! Je suis certain que nous pouvons le faire !, répondit-il avec hésitation, vous avez dit que c'était un ordre d'Oreyn en personne ?
Je sentais que ma patience serait mise à rude épreuve avec ce jeune naïf.
− Oui alors préparez-vous, nous partons sur le champ.
− Je devrais peut être en parler à ma mère avant…
− Pas le temps, nous devons partir dès à présent.
− Mais… C'est le maître de la Guilde. Elle ne…
Il s'interrompit abruptement lorsqu'il croisa mon regard sans équivoque.
− Vous avez raison. Si l'ordre vient d'Oreyn, il n'y a pas à discuter. Ne perdons pas un instant. Je regrette, rajouta-t-il alors qu'il m'invitait à patienter dans le corridor, c'est seulement que je n'ai pas reçu de contrat depuis que mon frère… Depuis l'accident.
La douleur de la perte se ressentit dans son attitude mais disparut bien vite quand il se redressa pour aller s'équiper.
− Je ne serais pas long, je vais me changer de ce pas. »
Je patientai un petit moment en farfouillant du regard la pièce, y notant un certain goût rustique mais raffiné dans la décoration. Viranus réapparut bientôt avec son armure complète sur le dos. Il semblait bien plus imposant à présent et le guerrier en lui ressortait plus facilement. Il attrapa son épée posée soigneusement sur un promontoire à l'entrée et me fit signe qu'il était prêt.
Nous rejoignîmes l'écurie au pas de course alors que la ville s'éveillait lentement. Je bondis sans attendre sur Dust qui m'accueillit avec un petit hennissement et attendit un moment que le jeune homme harnache son propre cheval. Fin près, nous nous élançâmes au galop sur la route, près à affronter notre prochaine mission.
Le voyage se passa dans un silence plutôt tendu. Lui étant bien trop mal à l'aise pour me parler et moi bien trop préoccupée par mes propres pensées pour envisager de faire davantage connaissance. Nous arrivâmes à la grotte seulement deux heures après notre départ de Chorrol. Je fis signe à Viranus de mettre pied à terre. Prudemment, je m'approchai de l'entrée de la grotte.
Je contemplai le sol tassé par de lourds pas et devinai que l'endroit devait grouiller de créatures. Plusieurs empreintes attirèrent mon attention cependant, des traces de bottes. Le disparu était sans doute rentré dans la grotte. Je me retournai et faillis percuter le jeune novice de plein fouet. Celui-ci recula maladroitement et grommela une vague excuse. Je soupirai et me dis que la tache de le garder en vie serait peut être plus hardi que je ne le présageais.
« − Bon, il va falloir procéder avec précaution, l'avertis-je
− Pourquoi ça ?
− La grotte est infestée de troll, ça risque d'être compliqué de tous pouvoir les tuer. Nous allons tentez d'aller le plus loin possible en silence, en tachant de se faire discret.
− Très bien, je vous suis.
La peur se lisait dans son regard sombre et je tentai de le rassurer.
− Tant que vous faites tout ce que je vous demande, tout se passera bien. »
Il acquiesça fébrilement et dégaina son épée.
Je suivis son exemple et après une profonde inspiration, je pénétrai la grotte. Celle-ci empestait l'odeur de fauve et de charogne. Des échos de grognement nous parvinrent et je sentis Viranus frissonner dans mon dos. Les ténèbres étaient bien plus importantes que je ne l'avais envisagé. Aussi m'arrêtai-je pour sortir une petite fiole de ma sacoche. Je bus une gorgée avant de la tendre à Viranus. Il s'agissait d'une potion de vision nocturne et celle-ci ne mit que quelques secondes avant de faire effet. Un picotement désagréable parcourut mes yeux alors que l'accommodation se faisait. Bientôt, je fus en mesure de voir comme en plein jour.
Toujours aux aguets, je me remis en mouvement. J'entendais chacun des pas lourds de Viranus et grimaçais d'agacement. Le jeune n'avait pas appris à faire dans la finesse. Malgré tout, nous poursuivîmes dans un relatif silence notre route. Il allait falloir que nous visitions chaque salle dans l'espoir de retrouver le disparu.
Nous rencontrâmes notre premier ennemi au bout de la troisième salle. Je fis signe à Viranus de passer par la gauche pendant que je me dirigeais vers la droite. Le troll était occupé à ronger un os et ne nous remarqua pas alors que nous l'encerclions. Je tirai lentement une flèche de mon carquois et l'encochai dans mon arc. Je croisai le regard de Viranus qui se tenait près à passer à l'action et fit feu. La flèche se planta dans le flanc de l'énorme bête. Elle poussa un hurlement de douleur et lâcha son os. Sans attendre, Viranus abattit son épée. Malgré son manque d'expérience, le jeune homme avait acquis une force brute pendant son entrainement. Il trancha d'un coup net et précis la tête de la créature, interrompant brusquement son hurlement.
J'entrainai rapidement le jeune homme hors de la pièce, pour éviter de nous retrouver encerclés par les créatures attirées par le bruit. Je lui lançai cependant un regard encourageant. Le petit n'était pas si mauvais que ça finalement.
Nous poursuivîmes notre route, toujours aux aguets. Les salles s'enchainaient, toutes semblables et différentes à la fois. Je pris soin à chaque nouveau chemin de marquer par une flèche les parois que nous empruntions à l'aide d'une roche calcaire, sous le regard perplexe du jeune homme. Il semblait comprendre que cette mission ne pouvait se jouer sans faire preuve d'imagination et de précaution.
Le troll nous bondit dessus sans que nous l'ayons vu venir. Sa lourde patte s'abattit sur moi et je me retrouvai éjectée à l'opposé. Ma vue se brouilla alors que ma tête percuta le sol avec force et je mis de précieuses seconde à revenir à la réalité. J'aperçus aussitôt Viranus qui tentait de se protéger tant bien que mal des assauts hasardeux et brutaux de la bête. Je bondis sur mes jambes malgré l'étourdissement qui me prit et fonçai sur la créature. Occupée qu'elle était à s'acharner sur le jeune homme, elle ne me vit pas approcher. D'un coup d'épée ajusté, je tranchai les tendons derrière ses jambes. Le troll poussa un glapissement de douleur et tomba à genoux. Sans attendre, je portai un deuxième coup et sa tête se détacha de son corps.
Nous restâmes quelques minutes à reprendre notre souffle et je portai la main à l'arrière de mon crâne. Je sentis un liquide poisseux couler le long de mes doigts et grimaçai de douleur. Mon regard se porta finalement sur mon équipier. Son visage avait pris une teinte verdâtre et je voyais ses jambes trembler violemment.
« − Tout va bien ? Vous n'êtes pas blessé ?, lui demandai-je »
Il se contenta de me fixer d'un air absent et parvint à peine à secouer la tête. Je m'appliquai difficilement un sort de guérison à l'arrière de la tête. De nouveau en état, je fis encore une fois signe au jeune homme de me suivre et nous repartîmes tant bien que mal.
Je maudis plusieurs fois les créateurs de cette grotte car elle semblait interminable. Puis à mon grand soulagement, nous finîmes par tomber sur l'endroit qui nous intéressait.
Mon soulagement fut de courte durée cependant lorsque je me rendis compte que l'homme que nous devions retrouver était étendu mort sur le sol. Je fis signe à Viranus de monter la garde pendant que j'inspectais les lieux. Je sentis son regard se poser plusieurs fois sur moi alors que je tournais autour du mort.
« − C'est l'homme disparu ?, s'enquit-il dans un souffle nerveux
− Oui, j'en ai l'impression.
Quelque chose clochait dans cette scène macabre. L'homme au visage barbu était recroquevillé au sol, le visage tordu par la douleur. Ses vêtements étaient chiffonnés et sa bourse n'était plus accrochée à sa ceinture. Je me mis accroupie et poussa le corps pour qu'il soit sur le dos et je compris enfin ce qui clochait. Cet homme avait été transpercé par une lame, il avait été assassiné. Je perçus enfin le sang qui entourait le corps, à peine visible à cause de la potion de vision nocturne
− Etrange, marmonnai-je
− Quoi ?, s'enquit Viranus en me sortant de ma contemplation
− Il n'a pas été tué par les trolls, quelqu'un s'est chargé de l'achever ici même
− Mais… Qui ?
− C'est bien la question. Nous devons prévenir Oreyn.
Je me penchai une dernière fois sur le mort et lui retira l'anneau qu'il portait en guise de preuve. Un grognement résonna dans la grotte et je me relevai d'un bon. Mon regard se porta sur l'ouverture en face de moi. La pièce comportait au moins trois sorties et l'une d'entre elle semblait avoir un visiteur. Viranus se rapprocha de moi et se mit en garde.
− Il nous faut partir au plus vite, marmonnai-je à son encontre
Nous nous dirigeâmes rapidement par la ou nous étions venus. Nous nous stoppâmes aussitôt lorsqu'un autre grognement nous parvint en face. Nous nous repliâmes vers l'ultime sortie. A ce moment, la potion de vision nocturne cessa de faire effet. Je jurai mentalement et posa ma main sur le bras de Viranus pour ne pas le perdre dans les ténèbres. Je ne voyais plus rien, pas la moindre lumière ne filtrait. Je sentis mon cœur se mettre à battre la chamade mais tentai de garder un souffle régulier. J'entendais les créatures se rapprocher rapidement ainsi que la respiration laborieuse du jeune homme près de moi.
− Ne bouge pas, murmurai-je avec nervosité »
Je me collai contre lui puis lâchai son bras avant de m'emparer de mon arc. Je pris le temps de me remémorer la disposition de la salle puis décochai ma flèche droit vers ce que je supposai être la première ouverture. J'entendis la flèche ricocher sur la roche. Les grognements cessèrent aussitôt et le silence tomba quelques secondes. Brusquement, un des trolls se mit à courir lourdement vers l'origine du bruit et je le senti passer à quelques centimètres de moi. Les trolls n'étaient pas réputés pour leur intelligence mais ils possédaient une ouïe fine qui leur permettait de se déplacer dans l'ombre sans difficulté. Je patientai quelques secondes avant de me mettre en marche aussi silencieusement que possible. J'agrippai de nouveau le bras de Viranus qui n'avait pas bougé et l'entrainai avec moi vers la sortie. Nous mîmes du temps à rebrousser chemin, trébuchant et le cœur battant, priant pour ne pas rencontrer de créature sur notre chemin. Heureusement pour nous, la chance semblait se trouver de notre côté. Je remerciais la nature de m'avoir offert une mémoire et un sens de l'orientation suffisamment développé pour pouvoir me diriger dans le noir.
Après une terrifiante marche dans les ténèbres, nous finîmes par rejoindre la sortie au pas de course. La lumière nous aveugla momentanément et je pris le temps de respirer profondément l'air pur de ce milieu de journée. Viranus perdit le peu de sang froid qui l'avait fait avancer aussi loin et il courut rendre le contenu de son estomac dans les fourrées. Je secouai la tête avec un petit sourire amusé mais ne dis rien. Le jeune homme avait été surprenant et efficace, contrairement à ce que je pensai. Je m'approchai de Dust et le caressai gentiment en attendant que Viranus ne se reprenne.
Finalement le jeune homme s'approcha piteusement de sa propre monture et évita mon regard.
« − Vous vous êtes bien comporté dans cette grotte, j'en toucherai deux mots à Oreyn. Peut être vous laissera-t-on venir sur d'autres missions. »
Viranus me lança un regard surpris mais je vis ses yeux pétiller de joie alors qu'il prenait conscience de mes paroles. Sans tarder je me mis en selle et nous repartîmes en direction de Chorrol.
« − Il n'est pas mort à cause des trolls ?, grinça Oreyn
Je secouais la tête avec fatigue. Nous étions à peine arrivés à la Guilde que l'elfe noir m'avait convoquée pour me demander mon rapport. J'étendis mes jambes devant moi en soupirant et portai encore une fois mon regard sur le dumner qui allait et venait derrière son bureau
− Non, quelqu'un l'a assassiné.
− Avez –vous eu le temps de fouiller la grotte ?
− Pas vraiment, c'était infesté de troll et nous n'avions pas assez de potion de vision nocturne
Oreyn me lança un regard dédaigneux mais je me fichai bien de ce qu'il pensait, essayer de parcourir la grotte plus longtemps aurait signé notre arrêt de mort.
− Tous ces évènements…, grommela l'elfe noir, tout ça ne me dit rien de bon…
− Vous avez une idée de ce qui aurait pu se passer ?
Oreyn s'arrêta devant moi et mis un certain temps à répondre.
− Je suis sûr que la Compagnie Boinoir y est pour quelque chose mais je n'ai pas de preuve.
− Ce sont de graves accusations, observai-je
− Je le sais bien ! Je ne suis pas stupide, déclara froidement l'elfe noir, allez-vous en, je dois réfléchir !
Je le fusillai du regard mais fis ce qu'il me demandait. J'étais bien trop las pour tenter de discuter avec lui. Je me levai pour partir lorsqu'il parla à nouveau.
− Attendez. Venez me voir chez moi ce soir au couché du soleil. »
Je lui lançai un regard surpris mais il s'était déjà détourné et s'éloigna sans un regard. Je passai le reste de la journée l'esprit plein d'interrogations, à m'entrainer et me reposer à intervalle régulier.
Les derniers rayons du soleil étaient à peine disparus à l'horizon que je me dirigeai vers la maison de l'elfe noir. Je fus étonnée lorsque je vis l'habitation dans cette partie reculée de la ville. Je frappai avec hésitation contre la porte branlante et entrai à la suite d'Oreyn. Pour un Champion de la Guilde des Guerriers, je ne m'attendais pas à ce qu'il loge dans une cabane au bois pourri. La minuscule maison ne comportait qu'une salle qui faisait office de chambre, salon et cuisine. Le feu de cheminé était la seule lumière qui illuminait l'endroit. Oreyn me fit signe de m'assoir sur la chaise devant la source de chaleur et il se plaça à côté sans un mot. Finalement, après un long silence tendu, il se décida enfin à me faire part des raisons de ma présence chez lui.
« − La Compagnie Boinoir… Ils n'ont pas toujours été aussi dangereux. Ce n'était qu'une bande de petits mercenaires jusqu'à ce que Ri'Zakar les prenne en main. C'est alors que les gros contrats impériaux sont arrivés. Ils se sont installés à Leyawiin après une mission dans le marais noir. Après ça, ils sont devenus plus impitoyable que jamais.
Je le laissai débiter son discours sans l'interrompre. Il me donnait enfin des réponses aux multiples questions qui me taraudaient depuis que j'avais entendu parler de cette Compagnie.
− Avant de continuer, je vais vous donner une promotion, malgré le fait que je pense que vous ne l'a méritiez pas entièrement, grommela l'elfe en se levant.
Il se dirigea vers l'unique armoire de la pièce et en sortit un petit écusson au bout d'un collier en ficelle. Il me tendit ensuite l'objet avec répugnance.
− Vous voilà Défenseur de la Guilde.
Je ne dis rien mais affichai un petit sourire satisfait en passant le collier à mon cou. Après seulement quelques mois parmi eux, j'avais réussi à gravir les échelons aisément. Mes efforts étaient enfin récompensés.
− Ne prenez pas cet air, les vrais épreuves ne vont pas tarder à arriver, grogna Oreyn en se ressayant, maintenant que c'est fait parlons de la Compagnie Boinoir et de comment nous en débarrasser. J'ai fait des recherches sur eux. J'ai entendu des choses assez inquiétantes. Nous savons qu'ils constituent un danger pour nous. Et nous savons qu'ils font bien des choses.
− Mais pourquoi sont-ils aussi efficaces ?, intervins-je pour la première fois
− Bonne question. On raconte des histoires mais rien que je ne puisse prouver. Il y a peut être un mage qui travail avec eux. Où peut-être qu'ils ont juste reçu une bonne formation…
Seulement au son de sa voix, je savais que lui-même n'était pas convaincu parce qu'il disait.
− Pourquoi est ce que la Guilde ne les a pas arrêté plus tôt ?
− Vilena est assez hésitante depuis la mission de Coeurnoir. Elle a peur de causer notre mort, lâcha amèrement le dumner, mais nous nous faisons tuer les uns après les autres de toute façon.
Son regard rouge brillait d'un éclat rageur alors qu'il contemplait le feu. Je sentais toute la frustration faire trembler son corps.
− La mission Coeurnoir ?, repris-je
− Ca a commencé par ça. C'est quand Vilenus a été tué. Nous avons été invités par un sorcier, Argoth, à récupérer un objet du guerrier Coeurnoir. J'y suis entré avec vingt hommes. Je suis ressorti avec cinq.
L'amertume se lisait partout sur son visage alors que son esprit était parti dans les souvenirs douloureux.
− Et la Compagnie Boinoir dans tout ça ?, le ramenai-je à la réalité
− J'ai farfouillé. Apparemment, ils ont achevé ce contrat pour nous. J'y suis allé avec vingt hommes, des bons. J'arrive pas à croire que c'est eux qui ont achevé le travail… Et ce n'est pas fini. J'ai découvert qu'Argoth avait été assassiné après ça et l'objet, disparu !
Oreyn se leva et se mit à faire les cent pas alors que la colère avait repris le dessus.
− Je sais que nous nous sommes fait avoir. Ils ont sans doute conclu un marché avec Coeurnoir. Je ne sais pas mais je suis certain qu'il s'agit d'un coup monté.
− Bon et maintenant alors ? Qu'allons-nous faire ?
− Maintenant nous allons chercher des preuves que la Compagnie Boinoir n'est pas ce qu'elle prétend être. Je ne veux pas vous donner l'ordre de le faire avec moi. C'est dangereux et Vilena n'en saura rien. C'est votre choix.
Le silence tomba entre nous. Je baissai le regard et réfléchis un instant. Je comprenais enfin pourquoi Oreyn tenait tant à faire couler la Compagnie Boinoir. Je n'avais rien de personnelle contre eux mais mon instinct n'arrêtait de m'avertir qu'ils étaient dangereux, bien plus que ce que nous pensions.
− Je marche.
Oreyn acquiesça et je perçus un certain soulagement dans son regard de braise.
− Dans ce cas, nous partirons dès demain pour la forteresse de Coeurnoir, pour découvrir ce qu'il s'est réellement passé.
− Très bien. »
Je pris congé et m'enfonçai dans la nuit pour retourner à la guilde. Il me tardait de lever le voile sur toute cette histoire.
Long passage qui met en place la douteuse Compagnie Boinoir ! Prochain chapitre sur la mission avec Oreyn et un joli combat. Ca commence à chauffer les amis, on se rapproche de la fin…
