Chapitre Dix

Le garde du corps

Une fois Kankuro débarrassé de ses entraves, Gaara commença son interrogatoire. Il voulait un maximum de détails afin de pouvoir trouver se qui se cachait derrière tout ces mystères.

« Tu te souviens de se qui s'est passé, Kankuro ? »

Il haussa les épaules. « C'était bizarre. Je vous entendais tous parfaitement, mais j'étais incapable de vous reconnaitre. J'ai reconnu ta voix, Temari, et je savais que je ne te voulais pas de mal, mais je ne savais pas pourquoi. Et puis, j'ai entendu la voix de Shino, et j'ai su, sans raison apparente, que je ne l'aimais pas. »

Sur ses mots, Shino sembla se raidir.

Kankuro sourit au maître des insectes. « Eh, t'as bien failli me tuer une fois, tu te souviens ? »

Shino hésita une seconde, et lui répondit d'un hochement sec de la tête.

« Mais pourquoi ne nous as-tu jamais parlé de ça ? » Demanda Gaara. « C'est aussi arrivé le mois dernier, non ? »

Nouveau haussement d'épaules. « J'étais convaincu que tout ça n'était qu'un rêve. Je me couchais le soir, et je me retrouvais soudainement à galoper dehors, à chasser ou à hurler à la lune. Ma vision était différente, les sons, les odeurs aussi. Franchement, je n'imaginais pas que ça puisse être réel.

« Mais tu aurais quand même dû être réveillé par la douleur… » Dit Gaara pensivement.

Sakura fronça des sourcils. « Pas nécessairement, s'il dormait profondément. Peut-être que le fait de dormir t'empêche de résister à la transformation, et la facilite. Et lorsque la douleur te réveillait, il était déjà trop tard. »

Kankuro acquiesça. « Quand je me suis transformé, je pouvais le ressentir de tout mon corps. J'ai essayé de résister, mais ça n'a fait qu'accentuer la douleur. » Il se tut un instant, puis reprit. « Gaara, ce n'est pas comme Shukaku. Je ne peux pas contrôler ce truc. J'ai essayé, je te le jure, mais je ne pense pas que je pourrais l'arrêter quand il reviendra. »

Rock Lee intervint. « En temps normal, je t'aurais recommandé un entraînement rigoureux, mais je doute que ça puisse être envisageable dans ce cas-ci. Un bon entraînement doit être régulier, mais si cette transformation ne se produit que trois fois par mois… » Il secoua la tête. « Non, ça n'est pas possible. Il doit y avoir un autre moyen ! »

« Bien sûr qu'il y en a un ! » Naruto grogna et cogna son poing contre sa paume. « Retrouver ces saloperies de loups et les forcer à retransformer Kankuro ! »

Kankuro hocha la tête. « En attendant, on ferait mieux de préparer une des cellules. »

Naruto cessa de jouer des poings. « Huh ? Tu veux des prisonniers ? »

Kankuro eut un sourire que Temari reconnu aussitôt. Celui qu'il réservait pour les fois où il s'apprêtait à dire quelque chose qui devait être fait impérativement, même si cela le répugnait. « Ouais, moi. »

Naruto poussa un cri de protestation. « Quoi ! Non ! »

« C'est ce qu'il y a de mieux à faire. » Répondit simplement Kankuro. « Tant que je garderai ce truc en moi, on ne peut pas me faire confiance. Il est hors de question de mettre mon village en danger. Je ne devrais pas être autorisé à me promener librement dans la rue pour le moment. »

Gaara ferma les yeux. « Je suis d'accord. »

« Gaara ! Tu ne peux pas être sérieux ! Jeter ton propre frère en prison ! » Naruto se tourna vers le Kazekage, visiblement perturbé.

Kankuro gronda et, en une fraction de seconde, fit face à Naruto, l'air menaçant. Le blond fit un bond en arrière.

« Tu n'as pas l'air de saisir, Fox boy. Je ne suis plus humain. Je ne suis même pas un Jinchuriki comme toi, bordel ! Je suis devenu quelque chose d'autre encore, et je n'ai aucune idée de ce que c'est ! Je ne peux pas prendre le risque de blesser mon propre peuple, peu importe le prix à payer. »

Naruto lui rendit son regard. « Bien sûr que je comprends, qu'est-ce que tu crois ! Mais le fait est que tu n'as blessé personne. Pas vraiment. Tu as perdu ton sang-froid, d'accord. Tu as tué des animaux. Mais tu n'as tué aucun humain. Et je ne pense pas que tu le feras. »

« Mais ça on n'en sait rien ! » Cria Kankuro. « J'aurai très bien pu essayer de vous tuer les uns après les autres s'il n'y avait pas eu… Qui est l'enfoiré qui m'a cogné, déjà ? »

« Ca doit être moi. » Dit calmement Rock Lee.

« Ouais, merci, au fait. » Kankuro se retourna vers Naruto. « Ecoute. Je peux comprendre que ça puisse te foutre les nerfs, mais le fait est que cette mesure est nécessaire. Je ne peux pas faire courir de risques aux villageois. Je vais aller dans cette cellule, et personne ne pourra m'en empêcher. Ni toi, ni personne d'autre. »

Gaara comprenais pourquoi Naruto se comportait comme s'il était soudainement devenu le meilleur pote de Kankuro. Le jinchuriki de Kyubi avait déjà prouvé son empathie pour tous ceux qui possédaient des pouvoirs handicapants, notamment ses camarades de galère hébergeant des bijus. A présent que Kankuro était plus ou moins possédé par un monstre, tout comme Naruto et Gaara auparavant, l'instinct protecteur du blond recommençait à pointer le bout de son nez. Ceci étant, Gaara doutait que son frère apprécierait ce geste autant que lui-même. Premièrement parce qu'il considèrerait que Naruto ne voudrait se montrer gentil avec lui uniquement qu'à cause de la présence du loup. Deuxièmement, Kankuro avait toujours été le genre de personne à faire passer son village avant tout, et la simple idée de le mettre en danger pour des raisons personnelles lui serait impensable. Gaara ne put s'empêcher de repenser à l'affaire Uchiha. Il savait que si qui que ce soit venait à trahir Suna comme Sasuke l'avait fait avec Konoha, Kankuro aurait été le premier à ramener cette personne morte ou vive, peu importe son degré d'affection envers elle. En réalité, la seule raison pour laquelle Kankuro ne s'était jamais opposé à Gaara étant petit, c'était que celui-ci lui avait prouvé que, s'il ne s'intéressait pas au village, il combattait néanmoins dans son intérêt. Ca lui avait suffit.

Shikamaru se racla la gorge. « Je peux me permettre une suggestion ? Bon, toute cette histoire est basée sur les différentes phases de la lune. Apparemment, le loup est plus présent lorsque la lune est pleine. Et il ne se transforme que la nuit. Par ailleurs, si tu n'es effectivement pas totalement rationnel en ce moment, Kankuro, tu restes tout de même relativement maître de tes actions. Voilà ce que je propose. Tu devras affectivement être enfermé, mais uniquement les nuits de pleine lune. »

Kankuro regarda Shikamaru. « Ah ouais ? Et si j'attaquais quelqu'un sous ma forme humaine ? Je t'ai déjà attaqué, tu te souviens ? »

« Je me souviens, ouais. » Répondit Shikamaru d'un air ennuyé. « C'est pourquoi je propose également que l'on t'assigne un genre de garde du corps dans le cas où tu péterais encore un plomb. Quelqu'un doué en taijutsu, qui pourrait te mettre hors course… » Ses yeux rencontrèrent ceux de Lee.

Cependant, Lee secoua vigoureusement la tête. « Je serai ravi de vous aider, mais mes méthodes sont beaucoup trop brutal pour être utilisées de manières régulières, du moins si on veut éviter les traumatismes crâniens. Qui sait combien de temps cette situation va durer, et je n'ai pas vraiment envie de causer des dommages irréversibles…. Mais je sais qui serait parfait pour ce rôle. » Il posa les yeux sur Neji, qui lui renvoya un regard agacé.

« … Neji ? » Demanda Gaara, espérant visiblement que Lee l'éclaire un peu plus.

Neji soupira. « La technique du poing souple ne sert pas uniquement à toucher les points de chakra. Il peut aussi me permettre de toucher certains points de pression. En théorie, je pourrais mettre un homme hors d'état de combattre sans avoir à utiliser l'approche plus… expéditive de Lee. Et la technique des points de pression ne nécessite ni ninjutsu, ni genjutsu. Je peux l'exercer sans utiliser mon chakra. »

« Tu penses que ça pourrait fonctionner même sous ma forme de loup ? » Demanda Kankuro. « Je veux dire, ma morphologie est différente. Qui sait si ces points de pression sont les même que pour un humain ? »

Gaara reprit la parole. « On pourrait en être fixés cette nuit, quand tu te transformeras. Bien sûr, tu as le droit de refuser, Neji. »

Neji soupira. Il n'aimait pas ça. Il ne voulait tout simplement pas rester trop longtemps loin de Konoha. Mais il comprenait bien la nécessité de tout ça. « Non, j'accepte. »


« Tu sais, je ne pense pas que Gaara entendais que tu devrais me suivre continuellement, jusqu'à ma maison. » Lança Kankuro à Neji alors qu'ils quittaient l'hôpital.

« Ca n'est pas plus mal de s'habituer l'un à l'autre. » Neji haussa des épaules. « Crois-moi, je ne suis pas non plus particulièrement heureux de ta compagnie. »

« Oh, très bien. Tu sais, c'est peut-être pas plus mal que tu restes avec moi. Qui sait, tu vas peut-être apprendre à te détendre un peu. Je veux dire, j'ai bien vu que ce balai qui t'est resté coincé dans le cul n'est plus aussi profond qu'il ne l'était il y a quelques année, mais… »

« Te voilà, Kankuro. » Baki, qui attendait aux portes de l'hôpital depuis un moment, vint à leur rencontre. « On m'a raconté. »

« Je vois. »

« Ca va ? » Demanda Baki, et les deux ninjas du Sable commencèrent à descendre la rue. Après un moment, Neji les suivit.

« Ca va. »

« Bien. »

Ils échangèrent encore quelques mots, avant de continuer leur route dans un silence apaisant. Baki, bien que toujours inquiet au sujet de Kankuro, n'était cependant pas du genre à couver ses élèves. Ceci dit, il n'en avait pas vraiment besoin. Rester à leurs côtés suffisait amplement, et, s'il n'avait pas la même relation avec eux que certains Jonin de Konoha avec leurs propres élèves, ils restaient quand même assez proches.

Ce n'était tout simplement pas dans les habitudes des hommes du désert de se montrer trop affectueux les uns envers les autres. Baki lui-même avait fait rentrer ça dans les crânes de Temari et Kankuro dès leur plus jeune âge. Temari avait alors sept ans et Kankuro en avait cinq. Il se rappela les nombreuses fois où il les avait emmenés s'entraîner pendant que leur père picolait, couchait avec des prostituées, voir les deux à la fois. Bien sûr, Kankuro ne pensait encore qu'à jouer avec sa petite marionnette de bambou à l'effigie d'un serpent, mais Temari était suffisamment grande pour comprendre la situation. Elle était également assez mature pour saisir une vérité importante : Papa avait changé depuis la mort de Maman, et elle ne pouvait à présent compter que sur elle-même et prendre soin de son petit frère. Baki lui avait appris que, si elle pouvait s'occuper de Kankuro, elle ne devait jamais dévoiler son affection pour lui, encore moins en public. On pourrait utiliser cette faiblesse contre elle, ou lui. Ce n'était que malchance que Temari s'avéra être, en réalité, une jeune femme très aimante et chaleureuse, et que, parfois, sa nature généreuse parvenait à se frayer un chemin au grand jour.

C'était une bonne chose, par ailleurs, que les deux plus vieux du trio aient en réalité beaucoup pris de leur père. Ils avaient tous deux hérité de son tempérament et son agressivité. Ca, Baki ne le leur avouera jamais. Il savait à quel point Kankuro haïssait son père et à son humble avis, il ne serait pas bon pour le jeune homme de savoir à quel point ils se ressemblaient. Le fait est que le Yondaime Kazekage n'avait pas toujours été le connard qu'ils avaient connu. Baki avait connu le Yondaime avant la longue guerre qui avait déchiré Suna suite à la disparition du Sandaime. La guerre avait sous bien des angles, transformé le jeune homme qu'il avait été en tueur impitoyable. Malgré tout, la douceur de sa femme avait longtemps apaisé la nature agressive du Yondaime, mais à la mort de celle-ci, tout a fini… par s'écrouler. D'une telle manière que ses enfants ne purent jamais voir autre chose que les plus mauvaises facettes de cet homme, dont les qualités avaient été balayées par les tragédies. Et, même si l'envie lui brûlait les lèvres, jamais Baki ne dirait à Kankuro à quel point le Yondaime Kazekage aurait été fier de chacun de ses enfants.

Baki était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne remarqua leur arrivé à la maison de la fratrie que lorsqu'ils s'arrêtèrent sur le pas de la porte. Il arqua un sourcil en direction de Neji.

Kankuro sourit et pointa le jeune Hyuga du doigt. « Il m'a suivi jusqu'à la maison, Baki. Je peux le garder ? »

Neji fusilla le marionnettiste des yeux, se demanda s'il ne pourrait pas s'entraîner tout de suite sur ces points de pression…

Baki considéra Neji un moment et grogna. « Il va falloir que tu le nourrisses si tu veux qu'il reste. » Sur ces mots, Baki repartit, satisfait de voir que son élève se portait bien. Il ne connaissait Neji qu'en tant que "l'espèce de taré" qui avait essayé de tuer sa propre sœur (ou cousine, Baki ne savait plus trop) et passait son temps à déblatérer sur la destiné ou des conneries de ce genre. Enfin, il se fiait au jugement de Gaara.

Kankuro, qui commençait à avoir faim, courut directement à la cuisine se préparer à manger. Neji l'observa avec surprise.

« Tu sais cuisiner ? »

Kankuro ricana. « Tout le monde n'a pas été habitué à se faire obéir au doigt et à l'œil par une horde de servants. »

« Je n'ai pas été habitué à me faire obéir au doigt et à l'œil par une horde de servants. » Répliqua Neji. « Les servants ne sont pas les miens, d'ailleurs. Ils sont à mon oncle. »

« Mais tu te fais quand même obéir au doigt et à l'œil. » Continua Kankuro.

« Absolument pas. » Cracha Neji. « Membre de la Bunke, tu te souviens? »

« Eh oh, détends-toi. » Grogna Kankuro. « C'est juste un vieux cliché de Suna. On plaisante toujours sur le fait que les habitants du Feu sont tous des enfants gâtés qui passent leurs journées à barboter dans l'eau et sucer des bonbons. »

« … Des bonbons ? »

« Je répète: Détends-toi, tu me rends nerveux. » Kankuro finit sa préparation et déposa une assiette devant Neji. « Voilà. J'espère que tu aimes le bacon. »

Neji soupira. La mission promettait d'être longue. Il sentait que Kankuro allait finir par le rendre fou.

Kankuro regarda Neji. La manière dont il mangeait… bah, ce type était la raideur incarnée. C'était peut-être l'environnement, ou la compagnie, mais il représentait la personnalisation même d'un poteau électrique. Kankuro se rappela son comportement lors de l'examen chunin, et en vint à une seule et unique conclusion.

Neji allait finir par le rendre fou.