Disclaimer : Ni Severus, ni aucun des personnages de cette histoire ne sont à moi, sauf Ioann, Milo, Ivanna et Sergueï

Merci à Zarakynel pour ta fidélité qui me touche beaucoup.

Dans ce chapitre, on est toujours en parti à Poudlard. Des mots vont être échangés entre plusieurs personnes et un nouveau personnage arrive également. J'espère que ça vous plaira toujours.

Bonne lecture…


Chapitre 10 : Débordements.

Severus arriva dans le couloir de l'infirmerie d'un pas rapide. Il était tout ce qu'il y avait d'énervé. Contrairement au reste de la journée, quand il était revenu au château, des élèves grouillaient dans tous les couloirs. Il avait failli se faire renverser dans l'escalier par un Gryffondor pressé et une Poufsouffle avait échappé sa bouteille d'encre à son passage, salissant ainsi ses chaussures. Merci aux sorts de nettoyage d'être aussi efficaces. Sans compter les autres avortons à qui il avait retiré sans vergogne quelques dizaine de points. Ce n'était pas parce qu'il ne donnait plus de cours actuellement qu'il n'était plus leur professeur. Heureusement que les quelques Serpentard qu'il avait croisés, avaient filé droit en le voyant, sinon il n'était pas sûr d'avoir su garder sa partialité. Enervé comme il était, il aurait sûrement enlevé des points à sa propre Maison. Un comble. Il poussa la porte de l'infirmerie avec une certaine violence, faisant sursauter le Serdaigle qui était allongé dans un des premiers lits à l'entrée.

Il se dirigea sans hésitation vers le lit caché par les paravents. Il poussa un soupir de soulagement en voyant que Ioann n'était pas réveillé. Il s'était tourné et tenait son oreiller tel qu'il aurait tenu son dragon. Il se gifla mentalement d'avoir oublié de lui prendre sa peluche. Il s'approcha du lit, s'assit et le regarda. Il avait eu peur qu'il ne se réveille et panique de ne pas le voir. Il avait essayé de ne pas prendre trop de temps mais il avait tout de même été absent plus de deux heures et demi avant de pouvoir revenir. Il s'était également rendu à la maison pour y déposer ses affaires et les ranger ainsi que le ravitaillement qu'il venait d'acquérir. Il se demanda s'il avait fait un cauchemar et se dit que ce n'était sûrement pas le cas. L'enfant possédait à l'instant l'air très serein de quelqu'un qui dort au mieux.

- Il n'a pas bougé et a dormi d'un sommeil profond.

Si Severus fut surpris de la présence de Poppy à ses côtés, il n'en montra rien. Il fut rassuré de voir que tout s'était bien passé et se traita d'idiot pour s'être autant inquiété.

- Puis-je utiliser votre cheminée pour joindre Albus ?

- Bien sûr Severus. Faites donc.

Il posa doucement sa main sur la petite épaule comme pour se rassurer que l'enfant allait bien puis se leva sans geste brusque pour se diriger vers le bureau. Il referma la porte alors que l'infirmière allait voir son malade. Il établit la connexion entre les deux cheminées et s'agenouilla dans le foyer pour joindre le directeur.

- Albus ?

- Severus. Tout se passe bien ? Il est assez tard, je ne pensais pas que vous resteriez aussi longtemps dans nos murs.

- Ioann s'est endormi après son examen et j'ai préféré le laisser dormir tranquillement. Mais je me doute bien que vous devez vraisemblablement le savoir.

- J'en avais effectivement une certaine idée.

- J'ai fait tout ce que j'avais à faire ici. J'attends le réveil de mon fils et nous repartirons. Mais comme les élèves ont fini leurs cours, je préfère repartir directement depuis l'infirmerie. Je ne veux pas l'exposer plus pour l'instant. Il n'est pas assez remis pour cela.

- Je comprends mon enfant, je comprends. Vous repartez chez vous, impasse du Tisseur n'est-ce pas ?

- Je ne vois pas trop où je pourrais aller autrement que chez moi.

- C'était juste pour confirmation. Au cas où j'aurais besoin de vous contacter.

- N'oubliez pas que mon rôle a quelque peu changé. Ne me contactez pas inutilement ou je pourrais bien décider de ne plus me mêler de vos affaires. Il y a énormément d'endroits où je pourrais finalement m'installer à votre insu.

- J'ai bien compris Severus. Bien que je pense que nous en reparlerons plus tard quand tout sera moins instable pour vous.

- Ne vous leurrer pas, vieil homme, ma décision ne changera pas.

- Ne dit-on pas que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis ?

- Il est également dit que seuls les indécis changent invariablement d'opinion.

- Vous n'êtes pas un imbécile

- Pas plus que je ne suis indécis.

- Vous devriez rentrer chez vous et vous reposer. Les évènements récents vous ont sûrement plus malmené que vous ne le pensez. Et je pense que Ioann doit vous attendre.

- Ne vous faites pas d'illusions, Albus. Je ne reviendrais jamais sur cette décision là. Il faudra vous trouver un autre espion. Maintenant vous avez raison, je vais rentrer chez moi, avec mon fils, afin de m'y reposer. Ne vous avisez pas de me déranger pour du vent.

Severus se retira de la cheminée passablement énervé de cette discussion. Il comptait juste signaler à Dumbledore qu'il rentrait en passant par l'infirmerie et non par son bureau et le sujet Voldemort avait pris le pas sur le reste. Merlin que c'était frustrant. Il se retourna vivement pour repartir auprès de son fils quand il découvrit Poppy sur le pas de la porte, le regardant étrangement. Ce qui fit grimper son énervement d'un cran.

- Quelque chose vous dérange Poppy, à part d'écouter les conversations privées des autres ?

- Me déranger ? Non pas spécialement. M'intriguer, oui plus spécialement.

- Evitez de vous monter des scénarios, je ne compte pas vous dire quoique ce soit.

- Si Ioann n'était pas là, vous seriez reparti auprès de V… de Celui-Dont-On-Tait-Le-Nom, n'est-ce pas ? Pour espionner comme vous l'avez déjà fait à la fin de la dernière guerre. Je ne me leurre pas. Je sais qu'Albus est sûr qu'il n'est pas mort et qu'il reviendra. Vous auriez repris votre rôle. Je me trompe ?

- Je suis absolument désolé que les informations que je ne vous rapporterai plus vous fassent cruellement défaut, mais il y a là un petit garçon qui compte bien plus pour moi que n'importe lequel d'entre vous, grogna Severus

- Et j'en suis pleinement satisfaite, répondit sèchement Poppy s'attirant un regard étonné de l'homme. Vous ne vous rendez même pas compte combien votre vie a de la valeur. Merlin, Severus, n'avez-vous donc jamais eu d'estime pour vous-même que vous préfériez mourir pour quelques informations ?

- Ce ne sont pas quelques informations. Ce sont des données importantes qui peuvent sauver des vies entières.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ? Demanda Severus réellement désarçonné.

- De votre génération, certains ont fait beaucoup de choses, des bonnes et des moins bonnes. James Potter aimait la célébrité et aurait adoré récolter les fruits d'un statut de héros. Il est mort en voulant sauver sa famille. Il est en quelque sorte un héros mais n'a pu en jouir. Peter Pettigrow était un suiveur. Il récoltait les lauriers au travers des actes des autres. La seule fois où il a joué les héros par lui-même, il en est mort. Et n'a pu non plus en profiter. Sirius Black, n'avait peur de rien. Il fanfaronnait, jouait de sa notoriété. Il aurait exposé son héroïsme aux yeux de tous pour accroitre sa gloire. Il est derrière les murs d'Azkaban pour trahison et meurtre sur ses propres amis. Pas très héroïque. Régulus Black. Un an de moins que vous. Jeune homme effacé. Il a vécu dans l'ombre de son frère, a pris ses décisions pour l'ombre d'un mage noir et est mort à l'ombre d'incertitudes. Ni héros, ni meneur, ni suiveur, juste une vie d'insignifiance, juste une autre vie gâchée. Et vous Severus. L'affreux Serpentard qui avec l'aide des maraudeurs m'offrait des sueurs froides dès que je vous voyais passer la porte de mon infirmerie. Celui qui a choisi les ténèbres pour mieux revenir. Homme de caractère qui se rendait à chaque réunion de Mangemorts avec dans l'idée que c'était peut-être les derniers instants qu'il vivait si jamais sa couverture était brisée. Vous êtes aussi un héros de cette guerre Severus et vous êtes vivant. Et pourtant vous n'en avait même pas conscience. Pourquoi ?

Cette fois Severus était totalement renversé par ce laïus et surtout très perdu. Son masque de froideur se fissura légèrement mais il était bon acteur, et n'en montra rien. Pourquoi un tel discours ? Il n'en comprenait pas l'intérêt.

- C'était une plaidoirie intéressante mais je ne vois pas où vous voulez en venir. Sans compter que je ne vois pas pourquoi je serais reconnaissant en un monde qui justement à voulu m'envoyer rejoindre Black. N'importe lequel des deux frères d'ailleurs. Si c'était une façon de me convaincre de reprendre mon rôle, vous avez passablement échoué.

- Non, je voulais juste vous montrer la valeur que représente votre vie, vu que vous ne lui accordez que peu de crédit. Et que tout héros de guerre que vous êtes, je ne vous trouverais aucune couardise à renoncer à ce rôle pour l'amour de votre fils. Severus, je crois que vous avez mal interprété mon opinion depuis le début de cette conversation. Je trouve que risquer votre vie comme vous l'avez fait jusqu'à présent était très courageux de votre part. Mais renoncer à un certain haut statut, à une position de héros face au monde, que vous pourriez largement obtenir en espionnant encore, afin de protéger votre fils et préserver au maximum son faible équilibre familial, j'estime que tout cela est une marque indéniable de votre valeur. Je suis sûre qu'Albus le reconnait également même s'il a juste trop de choses à s'occuper pour s'en rendre réellement compte.

Severus ne savait plus quoi dire. Il ne releva même pas le descriptif un peu trop Gryffondoresque à son goût. Il hocha péniblement la tête. Poppy sourit gentiment avant de l'étreindre légèrement. Une faible alarme résonna et Severus fut heureux de la diversion qu'elle apporta. Il ne pensait pas trouver une telle alliée ici. Et il était bêtement heureux qu'elle comprenne que même s'il n'estimait guère sa vie, il ne pouvait plus la mettre en danger comme il l'avait fait auparavant. Il se promit de retenir ses prochains sarcasmes envers elle. Elle le sortit de ses pensées avec un léger rire dans la voix.

- Allons Severus, je ne pensais pas vous rendre ainsi amorphe. Par Merlin, vous, l'immonde chauve souris des cachots à la réplique facile et disgracieuse, mis KO par une simple petite infirmière ? Votre réputation va en pâtir, c'est une évidence.

- Taisez-vous donc, insolente, grogna-t-il, tout en ayant bien conscience qu'une certaine complicité traversait leurs mots.

- Allez voir votre enfant. L'alarme nous signale qu'il est en train de sortir de sa phase de sommeil et qu'il va se réveiller. Et je pense que vu qu'il ne connait pas encore bien mon infirmerie, il risque de paniquer de ne pas vous voir.

- Vous avez raison.

Il reprit complètement ses esprits et se dirigea vers la sortie du bureau. En passant devant elle, il la regarda droit dans les yeux avant de lui murmurer un « Merci » sincère et de rejoindre le lit de l'enfant. Poppy sourit. Elle l'avait vu grandir et évoluer. Elle l'avait vu choisir le mauvais côté et se repentir auprès de Dumbledore. Elle l'avait vu vivre comme si sa vie n'avait aucune importance et aujourd'hui elle le voyait avec son fils. Severus était une personne sombre, froide, acerbe et difficilement cernable. Mais il était avant tout un homme. Elle secoua la tête et alla s'asseoir devant ses dossiers.

o0o

Severus était installé sur le lit et le regardait se réveiller. Son souffle devenait moins régulier, ses paupières tressautaient légèrement, il bougea afin de se pelotonner un peu plus contre l'oreiller. Puis ses yeux bouffis de sommeil s'ouvrirent difficilement alors que sa mâchoire se décrochait presque dans un bâillement. Il se frotta les yeux et regarda autour de lui. Le professeur sut exactement quand sa présence fut remarquée. Une lueur s'alluma dans le regard noir de l'enfant. Une lueur de bonheur. Et il ne put s'empêcher de lui sourire doucement.

- Tu as bien dormi ?

- Mouiii, répondit Ioann en bâillant une autre fois. Longtemps ?

- Oui, tu as dormi assez longtemps. Mais tu étais fatigué. Est-ce que tu as faim ?

L'estomac de Ioann répondit lui-même à cette question. Severus redonna aux vêtements de l'enfant leur forme originelle avant de l'aider à se lever et à mettre ses chaussures.

- Je crois que ça voulait dire oui. Bien, alors on va rentrer à la maison et je vais nous préparer un bon repas. Viens, on va passer par le bureau de Poppy et tu pourras lui dire au revoir.

- Va comprendre ?

- Ne t'inquiète pas. Elle comprendra. Et puis elle apprendra. Toi aussi tu apprendras à parler en anglais, comme ça tu pourras parler avec tous les autres ici.

- Peux apprendre ?

- Bien sûr que tu le peux. Tout le monde le peut.

- Veux apprendre !

- Voilà qui est une bonne décision jeune homme. Allez, direction la maison.

o0o

Plus haut dans les étages, et particulièrement dans la Salle Commune des Gryffondor, Bill Weasley soupirait pour la énième fois. Merlin que son frère pouvait être exaspérant quand il voulait à tout prix lui parler de façon urgente. Il finit par se lever, l'attrapa fermement par le bras et l'entraina dans son dortoir. Là il le poussa afin qu'il s'assoit sur le lit, ferma la porte d'un sort et s'appuya dessus en croisant les bras. Charlie se maudit d'être bien plus petit que lui, parce que là, il paraissait réellement terrifiant. Prenant son courage à deux mains, après tout il était bien un Gryffondor n'est-ce pas ?, il reprit sa conversation. Il demanda donc à Bill s'il avait déjà vu Snape se comporter autrement que comme un salaud de base.

- Je ne sais pas à quoi tu joues, mais me déranger dans mes révisions pour ça… Bordel, t'as déjà vu Snape se comporter autrement que comme un bâtard ? Réfléchis. Même avec ses Serpentards chéris il n'est pas aimable.

- Il ne leur enlève pas de point et les congratule.

- Évidement. Il ne va pas défavoriser sa propre Maison. Il est partial. Ce n'est pas nouveau. Mais aimable, non, jamais.

- Oui mais tu ne l'as vraiment jamais vu faire autre chose? T'es sûr?

- Oui je suis sûr ! Je ne sais pas comment il était la première année qu'il a enseigné là. Mais depuis que je suis ici, moi, je l'ai toujours vu se comporter comme il le fait. Rien de plus rien de moins. Franchement Charlie, c'est quoi ces questions à deux noises !

- C'est que ce matin avec Tonks, on l'a croisé dans les couloirs. Et il avait un gamin dans les bras. Et il ne lui hurlait pas dessus, au contraire. Il était très protecteur envers lui. Alors on s'est posé des questions.

- Et qu'est-ce que vous faisiez dans les couloirs au lieu d'être en cours ?

- Incident de métamorphose, grogna Charlie.

- Tonks était ta partenaire ?

- Mouais, McGonagall voulait sûrement me faire payer pour quelque chose que je n'ai pas encore fait.

- C'est vrai que tu ne fais jamais de bêtises. Bon alors tu disais que Snape avait un enfant dans les bras ? Vous avez sérieusement bu quoi pour voir ça ?

- Mais rien du tout! On en est pas revenu d'ailleurs. Pendant un instant j'ai cru voir papa quand il tient fièrement Ginny dans ses bras.

- Quoi? Tu veux dire qu'il t'a donné l'air d'être …un père ?

- Oui je sais, ça parait idiot quand on connaît le professeur, mais oui. Il nous a pas vu et se croyait seul… et franchement, oui il pouvait très bien passer pour le père du môme.

- Rien que de penser qu'il ait pu toucher une femme c'est dégoutant, grimaça Bill. D'ailleurs personne ne peut le supporter alors de là à faire un enfant avec lui…

- Tu crois que c'est réellement impossible qu'il ait un gamin ?

- Attends Charlie, je pense qu'il y a certaines choses qui doivent t'échapper. Crois-moi, une fille capable de… enfin avec Snape… non c'est une vision que je préfère oublier. Et toi n'y pense même pas. Non c'est peut-être son neveu, tout simplement. Oui c'est sûrement ça.

- Oh ça va. J'ai treize ans et demi, je sais quand même comment on fait les bébés !

- Tant mieux pour toi. Maintenant que ça c'est réglé, je peux retourner à mes révisions ? Toi tu n'as peut-être qu'à avoir la moyenne pour passer en 3ème année. Moi je dois passer en 5ème année et j'ai mes BUSE dans un an. Ce n'est pas rien.

Bill rouvrit la porte du dortoir et retourna s'installer à sa table où ses livres et parchemins attendaient son retour. Charlie, lui s'allongea complètement sur le lit de son frère. Il le trouvait légèrement pénible avec ses études. Un vrai petit intello. Sûr qu'à la rentrée prochaine il serait préfet. Puis il réfléchit à l'affaire Snape. Il était maintenant sûr que c'était le fils du professeur. Il lui ressemblait vraiment trop pour être autrement. Il devrait chercher à la bibliothèque s'il trouvait quelque chose sur un éventuel frère ou sœur de Snape. Juste au cas où. Mais la perspective de devoir se terrer là bas au lieu de profiter de l'air chaud de ce mois de Juin, ne l'enthousiasmait pas. Il n'était pas comme Bill. Lui il aimait le grand air. Et s'il chargeait Tonks de faire cette recherche, il était sûr qu'elle finirait par mettre le feu à la bibliothèque. Sauf si … Mais bien sûr. Slughorn ! C'était lui qui assurait l'intérim de Snape et il avait été longtemps directeur de Serpentard avant de prendre sa retraite en 81. Il devait sûrement savoir si Snape avait des frères et sœurs. Oui, il avait trouvé sa solution. Ravi, il se releva et sortit du dortoir avant de se retrouver nez à nez avec Bill qui arrivait. Zut. Il était resté si longtemps à réfléchir ?

- Qu'est-ce que tu fais encore ici, Charlie ?

- Mais rien du tout, je réfléchissais c'est tout.

-Sors-toi cette histoire de la tête tout de suite. Tu as aussi des examens à préparer et tu devrais t'y mettre.

- Oh ça va, arrête avec tes grands airs. T'arriveras pas à te faire passer pour maman.

- Et si justement je disais à maman que tu comptes fouiner dans la vie privée d'un professeur au lieu de travailler ?

- Tu ferais pas ça ? S'offusqua le plus jeune.

- Tu crois ça ?

- Bon, ça va, ça va. Je vais réviser.

- Et manger aussi. J'étais venu ranger mes affaires avant d'aller à la Grande Salle. Tu m'accompagnes ?

- D'accord, soupira Charlie, comprenant bien qu'ainsi Bill comptait l'avoir à l'œil.

o0o

Severus débarrassait la table. Il avait dû restreindre l'appétit de son fils et avait vraiment eu du mal. Mais s'il ne l'avait pas fait, Ioann aurait été malade. Il lui donnerait un goûter un peu plus tard afin de combler le vide qui rester dans son estomac. L'air triste de l'enfant quand il lui avait dit qu'il ne pouvait pas reprendre de la purée lui avait fait l'effet d'une lame dans son cœur. Il soupira et déposa les verres dans l'évier. D'un sort il ensorcela l'éponge pour qu'elle nettoie toute seule. Puis il monta à l'étage. Quand il poussa la porte de l'ancienne chambre d'ami, il ne put s'empêcher de sourire. Ioann était assis confortablement dans l'amas de coussins, son dragon blanc dans les bras, le tigre et le lapin à côté, le livre sur Poudlard ouvert sur ses genoux et le petit ange en train de babiller à ses peluches, comme n'importe quel enfant raconterait ses vacances à un camarade de classe. Il leur disait que les tableaux bougeaient et que l'un d'eux lui avait fait peur car il n'y avait que les yeux de mobiles, des yeux qui le fixaient et lui suivaient partout. Il chuchota qu'il avait vu un vrai fantôme traverser les murs.

Il avait l'air en forme ce soir là. Il avait bien sûr fait une grande sieste et n'avait pas été réveillé par des cauchemars. Il était donc bien reposé. Mais Severus n'était pas idiot. Il savait aussi que malgré tout, il avait besoin de beaucoup de repos. Alors il entra dans la chambre le faisant sursauter. Puis l'enfant se leva et abandonna peluches et livres pour s'agripper au pantalon de son père. Celui-ci passa sa main sur sa chevelure, le faisant relever la tête. Aucun mot ne fut échangé. Juste un sourire. Puis l'adulte s'accroupit et lui dit qu'il était temps d'aller se laver. Ioann hocha la tête avant de retourner pour poser le livre sur le bureau et les peluches sur le lit. Severus le regarda faire avec fierté avant d'attraper son pyjama. Ils se dirigèrent tous les deux vers la salle de bain. La baignoire fut remplie au tiers. Severus attrapa son fils pour l'asseoir dans le bain et alors que le petit tendant la main pour attraper le gant, il lui tint doucement la main.

- Que dirais-tu si ce soir je te laissais un peu jouer dans le bain avant qu'on ne te débarbouille ?

- Jouer ?

- Oui, jouer.

Ioann baissa les yeux vers l'eau et la clapota avec ses mains. Oui, jouer c'était bien mais dans un bain c'était ennuyeux non ? Severus se redressa et alla chercher une boite en plastique d'un jaune bien voyant. Puis il la posa sur l'eau lui demandant de l'ouvrir. Dedans l'enfant y trouva trois bateaux de plastique coloré, un canard flottant, des poissons étranges que l'on pouvait remplir d'eau, et plein d'autres petits trucs. Il regarda le tout comme si c'était un trésor. Puis il leva les yeux vers Severus.

- Pendant que tu dormais je suis allé faire quelques courses, je te l'ai dit tout à l'heure. Et je me suis dit que tu serais content d'avoir quelques jeux pour prendre tes bains.

- Pour moi ?

- Non, pour le père Noël, ne put s'empêcher de répondre Severus avant de se reprendre bien vite devant la crainte qui apparut dans le regard du petit. Bien sûr que c'est pour toi, Ioann. Ça te plait ?

- Ouiii ! 'ci !

- Allez, je te laisse jouer un peu tout seul. Je reviens tout à l'heure pour te laver. Si tu as un problème, appelle moi, d'accord ?

- 'cord.

- Amuse-toi bien.

Il posa un sort d'alarme qui le préviendrait en cas de danger immédiat et referma la porte en regardant son fils commencer à jouer les yeux pétillants de bonheur. Il retourna dans la cuisine pour finir de ranger les restes du repas et pour préparer une petite collation pour la sortie du bain. Il finissait de découper une poire lorsque l'alarme de la cheminée retentit. La baguette à la main il arriva dans le salon pour voir les flammes vertes cracher son passager sur son tapis. Il croisa le regard sarcastique de l'arrivant avant de ranger sa baguette en soupirant.

- N'as-tu donc pas reçu ma lettre de ce matin ?

- Si, j'ai bien compris que tu ne voulais pas me voir avant deux-trois jours.

- Alors pourquoi donc es-tu ici ?

- Parce que j'ai senti quelque chose d'important à travers tes mots et que je me suis inquiété.

- Toi ? Tu t'es inquiété ? Merlin, Morgane et les quatre Fondateurs réunis, je ne pensais pas avoir mis autant de désespoir dans cette fichue lettre.

- Au moins tu n'as pas perdu ton ironie mon cher Severus. C'est déjà un bon point.

- Je suppose que la bienséance veut que je t'offre de t'asseoir ainsi qu'un verre.

- C'est un minimum. Tu as refais la décoration ? C'est … plus chaleureux.

- Allez, vas-y, pose donc ta question Lucius, qu'on en finisse.

- Je ne suis pas sûr de vouloir le faire puisque tu risques de ne pas me répondre et de me laisser dans le vague.

- Bien, alors la jeune femme sur les photos s'appelle Ivanna. C'est la femme que j'ai aimé et que j'aime toujours. Tu ne la rencontreras jamais, elle est morte. L'homme est son meilleur ami, Milovan. Il est devenu le mien et tu le verras sûrement un jour ou l'autre. L'enfant avec Iva… c'est Ioann, notre fils et il est à l'étage.

- Votre fils ? Salazar, tu as un fils ? Et tu comptais me mettre au courant quand au juste ?

- Ça ne fait à peine qu'une semaine que je suis au courant.

- C'était donc ça ton départ ?

- Oui. Il avait de graves problèmes. Milo m'a contacté pour que je le récupère.

- Et tu l'as fait.

- Oui. Je suis rentré hier avec lui.

- Je pense qu'il va me falloir un autre verre, Severus. Non apporte la bouteille, par précaution. Maintenant si tu pouvais détailler un peu plus, je ne serais pas contre.

Les deux hommes parlèrent ainsi pendant un certain temps. Un temps suffisamment long pour que Severus oublie où se trouvait Ioann. Celui-ci commençait à avoir froid et l'eau était tout juste tiède. Il finit par sortir tout seul de la baignoire en manquant de tomber par terre. Il attrapa son petit peignoir qu'il enfila et il sortit doucement. Il avançait dans le couloir quand il entendit des voix au salon. Il ne comprenait pas car elles parlaient en anglais, mais il reconnut bien évidement celle de son père. Il ne savait pas trop quoi faire. Il ne voulait pas le déranger. Mais il ne voulait pas non plus rester seul et mouillé. Il grelottait déjà. Il descendit prudemment les marches et arriva doucement vers le salon. Il ne voyait pas son père mais il remarqua tout de suite un homme blond assis dans l'un des fauteuils. Il avait une certaine classe et ses longs cheveux presque blancs étaient attachés sur sa nuque avec un ruban noir. Il tenait dans sa main un grand verre avec un liquide doré dedans. Il tourna son regard vers lui et ses yeux gris fixèrent les siens. Ioann n'osa plus bouger.

Lucius avait écouté Severus parler avec attention. Il hésitait entre lui faire la morale comme quoi il faisait un bien piètre ami en ne lui rien disant. Rien dit sur sa mission, sur cette femme et ses amours. Mais il avait aussi compris que tous ces changements brusques perturbaient l'homme solitaire qu'il avait en face de lui. Alors il se tut pour l'instant. Les réflexions viendraient plus tard, ça, il s'en fit la promesse. Un mouvement furtif attira son attention. Et il tomba sur la vision d'un petit garçon, pieds nus, les cheveux longs mouillés, emmitouflé tant bien que mal dans un peignoir, les lèvres légèrement bleutées. Il fronça les sourcils et porta son regard sur Severus qui avait fermé les yeux après ses confessions.

- Severus ?

- Lucius ?

- Il y a une petite chose dégoulinante qui est en train de goutter sur ton tapis.

Severus ouvrit les yeux et le regarda en fronçant les sourcils, cherchant de quoi il parlait. Lucius roula des yeux avant de continuer.

- Snape, ton fils est juste derrière toi, et il est visiblement trempé et frigorifié.

Severus écarquilla les yeux horrifié. Il avait oublié que Ioann était dans son bain. Il se leva d'un bond et se retourna pour voir l'enfant grelottant avoir un mouvement de recul, visiblement pas à l'aise du tout.

- Oh Merlin, Ioann.

Il s'avança rapidement mais sans faire de mouvements brusques pour ne pas l'effrayer, afin de l'attraper dans ses bras. Le russe se tendit. Il ne savait pas trop comment réagir. Avait-il fait une bêtise ? Aurait-il dû rester dans son bain ? Il n'avait pas compris les mots prononcés dans une autre langue. Son père ne semblait pas très content. Il avait dû être méchant finalement.

- Pardon mon Cœur. Je suis impardonnable de t'avoir oublié. Tu es gelé. On va finir la douche et tu boiras un bol de lait chaud pour te réchauffer. Je suis si désolé.

- Pas grave. Juste froid. Beaucoup froid, répondit Ioann rassuré en tremblant comme une feuille.

- Pourquoi ne m'as-tu pas appelé ?

- Pas osé.

Severus remonta rapidement à l'étage en frictionnant les bras de l'enfant tout en s'excusant inlassablement. Il vida l'eau froide du bain, rangea les jouets d'un coup de baguette et remit Ioann dans la baignoire afin de le laver et de le réchauffer. Il s'en voulait. Comment avait-il pu oublier son propre fils alors qu'il en parlait justement avec Lucius. Il se sentait vraiment tel un père indigne. Une fois séché et chaudement habillé, Ioann se retrouva à nouveau calé dans les bras du professeur alors qu'ils se dirigeaient vers la cuisine. Il fut installé sur une chaise devant un bol de lait fumant et une assiette de poires. Il avala sa collation alors que Severus s'occupait de sécher et démêler ses cheveux. Puis l'homme blond arriva dans la cuisine.

- Je vais te laisser Severus. Je pense que tu as suffisamment à faire ce soir. Je repasserais demain.

- Très bien Lucius. Tu connais le chemin pour la cheminée ?

- La maison n'a pas suffisamment changée pour que je l'oublie. Passe une bonne soirée. Et vous, jeune homme, passez une bonne nuit.

Ioann ne comprit évidemment pas les paroles, mais il lui sembla qu'elles n'étaient pas méchantes. Il le regarda sortir de la cuisine et se concentra sur son bol. Il ne savait pas qui il était, mais si c'était un ami de son papa, alors c'était tout ce qui comptait.

Ce soir là, après que l'enfant se soit endormi, frissonnant toujours un peu, Severus resta un moment à le regarder. Il lui avait passé un baume qu'il avait lui-même fabriqué sur le dos. Il espérait ainsi que ses blessures guériraient plus vite et sans cicatrice. Il finit par s'arracher à sa contemplation avec difficultés. La journée avait été longue. La discussion avec Albus, les cachots, Poppy, ses achats, Albus de nouveau, Lucius… Il n'avait qu'une seule envie : se glisser lui aussi sous ses couvertures. Mais au lieu de cela, il descendit au sous-sol. Son manquement envers son fils allait retarder son sommeil. Ioann était encore trop fragile. Par précaution il se devait de préparer quelques fioles de Pimentine. S'il tombait malade, ce serait entièrement sa faute. Alors autant commencer à assumer et à anticiper. La nuit risquait d'être longue. Surtout si un cauchemar venait troubler le repos du garçon.