pour me faire pardonner du retard, je vous poste deux chapitres en un jour (lol), si je suis pas généreuse! en plus, je préfère largement celui-ci au chapitre huit.

bonne lecture!


Potter était là, devant lui, son regard flambait… Draco ne savait pas si les flammes dans ses yeux étaient réelles ou non. Il y avait des explosions autour d'eux, mais il n'arrivait pas à se concentrer dessus… il ne voyait qu'Harry, là. A genoux. Avec du sang sur le visage et des lames sur les joues, des larmes, des larmes, des torrents de larmes, qui ne s'arrêtaient jamais. Draco avait l'impression que quelqu'un le transperçait, mais non, non, personne ne le transperçait, il était en train de brûler… Brûler. Il était devant tout Poudlard, devant tout le monde, les élèves, les professeurs, tous les sorciers du monde, et il était accusé, de meurtre, il allait être brûlé vivant, sur le bûcher, et il sentirait la vie s'échapper de lui tandis qu'il crierait à s'en arracher les poumons… Un froid soudain s'abattit sur lui, en un instant. Il ouvrit les yeux, et vit sa chambre, sa chambre d'enfant, au manoir des Malfoy. Si froid, si dur, glacial. La voix de son père dans sa tête, ou alors celle de Lord Voldemort… Tu n'as pas le choix, Draco, pas le choix, pas le choix… tu dois obéir, obéir, ou mourir. Mourir ou obéir. Tu dois les tuer. Tu dois leur faire du mal. Tu dois le tuer… tu dois le tuer, le tuer, regarde-les dans les yeux pendant que tu les assassines. Tu deviendras un monstre, un assassin, tu n'as pas le choix, pas le choix… C'est le 2 mai, c'est la bataille, la bataille finale, tout se décide aujourd'hui… Tout finit, ou tout commence. Le feu, le feu, le feu, les explosions, Potter, devant toi, le regard émeraude, feu, transpercé, monstre, cheveux roux, il entendait les cris, les cris encore qui résonnaient sans fin, il sentait la mort se faufiler vers lui, et rien ne pouvait l'arrêter, le combat, le sang… Le feu. La mort. Tu brûles, Draco… Tu meurs.

Il se redressa brusquement, en sueur, dans des draps trempés. Un cauchemar. Encore. Il prit une grande respiration, s'essuya distraitement le front du dos de la main, tandis qu'il sortait de son lit. Il lança un sort inaudible pour tout sécher. S'il pouvait moins transpirer pendant ses cauchemars, ça l'arrangerait. Il avait l'impression qu'il venait de courir un marathon. Son cœur battait la chamade, et il ne parvenait pas à respirer normalement. Sachant qu'il ne restait que quelques heures avant l'aube, et que de toute manière iln'avait aucuen chance de se rendormir, il se changea vite fait, enfila une veste et des chaussures, puis se glissa en dehors du dortoir. Il devait être aux alentours de 3 ou 4 heures du matin, il n'y avait probablement personne qui se baladait dans le château. Du moins, il espérait. Après le parc, un de ses endroits préférés étaient le haut de la tour d'astronomie. Bien-sûr, pas du tout par rapport à ce qu'il s'était passé en fin de sixième année… Certainement pas. Ceci était un mauvais souvenir. Comme tant d'autres. Non, il aimait cet endroit pour la vue imprenable sur le ciel étoilé. Il n'était pas féru d'astronomie, mais la beauté des étoiles le laissait toujours sans voix. Il se dirigea donc, le plus discrètement possible, vers la tour monta les marches en silence, sur la pointe des pieds, doucement. Il allait pour s'asseoir, dans son coin habituel, quand il se rendit compte que quelqu'un était déjà là. C'est une blague, putain. Aucune importance, se dit-il, si c'est un gamin de troisième année qui pense faire son rebelle en sortant la nuit, je n'ai qu'à le dégager de là.

Il s'avança donc d'encore quelques pas pour voir clairement qui était l'inconnu. Et, il crut qu'il allait sauter du haut de la tour quand il le vit.

- Potter… ? chuchota-t-il.

L'autre leva ses yeux émeraudes vers lui – toujours les mêmes, comme dans son cauchemar, comme toujours – et prit l'air le plus surpris de l'univers.

- Malfoy ? Toi, ici ? Qu'est-ce que tu fous ? C'est le milieu de la nuit, je te signale, commenta le Gyffondor.

- T'es ici aussi, je te ferais remarquer.

Le blond s'assit, tout de même, à une bonne distance du brun. Qui ne le quittait pas des yeux.

- Cauchemars, je présume ? fit ce dernier.

- Tu présumes bien, affirma Draco.

Ce qu'Harry ne savait pas, c'est qu'il figurait toujours à l'intérieur.

Le Serpentard se demandait si Merlin avait réellement une dent contre lui, ou si c'était juste une impression. D'abord, cette fichue Amortentia, qui ne lui sortait pas de la tête, et revenait sans cesse le perturber dans ses pensées. Puis, les excuses de Potter, dans le couloir, leurs regards échangés qu'il ne comprenait pas, la dernière fois, lorsqu'ils s'étaient vus à Prés-au-Lard, et maintenant, ça. Une rencontre inattendue en haut de la tour d'astronomie. Comme par hasard. A croire que quelqu'un là-haut faisait tout pour que Potter et lui se… rapprochent. « Rapproche-toi de lui, deviens son ami, gagne sa confiance, fais-toi bien voir des autres, aie l'air de quelqu'un de bien. » La voix de son père. Lancinante. Est-ce qu'il devait lui obéir ? Est-ce qu'il devait essayer de sympathiser, pour de vrai, avec Potter ? Est-ce qu'il devait, enfin, s'échapper de l'emprise de son père ? Bordel, bordel, bordel. Il avait l'impression d'être déchiré de toutes parts. Heureusement, le Gryffondor ne disait rien, et ne le regardait plus. C'était comme s'il était seul.

Que devait-il faire ? Et… Et si, pour une fois, il faisait ce qu'il voulait, vraiment lui, et pas ce que son père lui demandait de faire ? Rien qu'une fois ? Que se passerait il alors ? Et si… et si sa volonté et celle de son père ne faisait qu'une, cette fois-ci ? Et s'il avait envie d'être ami avec Potter… ?

Maintenant, il en était certain, la folie l'avait complètement atteint. Lui ? Potter ? Amis ? Impossible. Pas après ce qu'il avait fait. Il savait que l'autre s'était excusé… Et qu'il avait aussi dit qu'il ne le pardonnerait jamais, jamais, jamais. Peut-on être amis si quelque chose d'aussi gros est là, si une aussi grande fissure se dresse entre les deux ? Peut-on devenir amis si l'un des deux est un monstre sans nom et l'autre un héros sauveur du monde ? Non, bien-sûr, qu'il était stupide, il n'aurait même pas dû y songer, quelle connerie, encore, il devait arrête avec ses pensées à la con…

- Malfoy, quand tu réfléchis trop de la fumée s'échappe de tes oreilles.

Draco ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire. Quelques années auparavant, jamais il n'aurait laissé passer telle insulte. Mais tout avait changé. Maintenant il était assis pacifiquement à côtés de Potty, en haut de la tour d'astronomie, au beau milieu de la nuit.

- Ferme-la, Potter.

Leurs noms de famille sonnaient autrefois presque comme des injures qu'ils se lançaient chacun à la figure, et à présent, ça ressemblait plutôt à une vielle habitude qu'ils appréciaient tous les deux… Voir les choses de cette façon donnait un sentiment très étrange à Draco. Oh, par Merlin, il voulait devenir ami avec Potter. Il voulait devenir ami avec son ennemi de toujours, avec celui qui mériterait de le frapper jusqu'à le tuer, avec celui qu'il avait torturé pendant des années, avec celui qu'il était censé avoir toujours détesté, avec celui qui était dans tous ses cauchemars, et qui hantait ses journées tout aussi bien, celui qui lui rappelait l'horreur de la bataille, de la mort, du feu, celui qui le regardait trop intensément et qui possédait des yeux trop verts, trop émeraudes.

Draco secoua fortement sa tête de droite à gauche. Ok, calme, toutes ces âneries étaient dues à la fatigue, juste la fatigue, ça n'avait aucune importance… Oh, putain, il devenait fou, timbré, il lui manquait une case. Il devait vraiment, vraiment, vraiment arrêter de divaguer si loin dans son esprit, ça n'allait plus, il perdait pieds.

Il se tourna vers Potter, et le dévisagea un instant. Il avait le regard tourné vers le ciel. Les jambes repliées contre sa poitrine, entourées de ses bras. Il portait un gros pull en laine, qui semblait bordeaux, ou quelque chose du genre. Son jean était troué aux genoux. Ses cheveux étaient dans un désordre total, très foncés, un peu bouclés. Il avait une mâchoire plutôt carrée, la peau assez bronzée – Draco le remarquait parce qu'il avait l'air noir par rapport à lui –, les verres de ses lunettes étaient fissurés à un endroit, une toute petite fissure, ses joues étaient quelque peu rosies par le froid. Draco se rendit compte qu'Harry avait de nouveau tourné les yeux vers lui trop tard. Il baissa immédiatement la tête, dans un réflexe, et se mit à rougir, comme un adolescent de quatorze ans. Son cœur battait fort, fort, fort. Trop fort. Certainement, oui, trop fort.

Il ferma les paupières en espérant de tout son cœur disparaître de là, et tout oublier. Oublier à quel point il perdait le contrôle près de l'autre. Oublier ses battements cardiaques si rapides, et ses pensées qui s'emmêlaient et partaient dans tous les sens. Il voulait juste, tout oublier. Tout effacer.