10. Chevaliers et princesses
Les années avaient passés aussi vite qu'une comète. D'un bébé à peine plus gros qu'une poupée, Lisbeth était devenu une petite fille espiègle, amusée et amusante, qui passait son temps à caracoler partout, bricoler des objets en tout genre, ou s'ennuyer à l'école. Ses cheveux bruns étaient tombés pour laisser place des boucles rousses deux fois plus grosses que son petit nez. Elle n'était ni sage, ni raisonnable, ni même un temps soit peu recommandable. Les poupées et Barbie en tout genre ne l'intéressaient guère, pas plus que les vêtements ou les films à l'eau de rose. Au grand damne de Pepper.
Certes, sa fille n'avait que quatre ans, mais elle voyait déjà en elle tous les défauts et les qualités de son père. Tony, pour sa part, n'ayant jamais été autant vouée à quelqu'un qu'à elle, ignorait ses écarts de conduites et ses folies en tout genre, pour ne garder en mémoire que ses inventions un peu rudimentaires, mais impressionnantes pour un enfant de son âge et la compréhension, la douceur, le teint de pêche et la grâce qu'elle tenait de sa mère.
Assit sur le sol dans l'Atelier, penché sur un plastron dont le réacteur semblait être déconnecté, il sut qu'elle était derrière elle. Deux petites mains se posèrent sur ses yeux, et il reconnu à la fois son odeur et la douceur de sa peau.
-Ah ah ! S'exclama une voix chantante et un peu naïve, Je suis sure que tu ne devineras pas qui s'est, Papa !
-Hum… Murmura le génie hésitant faussement… J'avoue que je ne sais pas…
-J'en étais sure !
-Lisbeth, peut être ?
Sitôt ces paroles prononcées, le jour revint. Se retournant, il trouva sa fille campée sur ses pieds, croisant ses bras sur sa poitrine avec mécontentement. Elle portait un jean et un tee-shirt sur lequel était dessiné un lapin qui, une oreille tordue, posait sur lui un regard attendri. Ses boucles rousses tombaient sur ses épaules en un mouvement un peu trop maitrisé pour qu'il soit naturel. Pepper devait être passé par là.
-Mais pourquoi tu devines toujours ! S'exclama elle.
-Je suis un génie.
-Menteur ! D'abord la maitresse elle a dit que les génies, ça existaient pas !
-Tu es sure qu'elle parlait de ce genre de génie ?
L'enfant resta pensive un moment. La petite moue qui tordait son visage la rendait irrésistible. Derrière ses paupières bien ouvertes, l'étoile lui luisait avait quelque chose d'envoutant. Elle finit par murmurer :
-Elle nous avait lu « Aladin ». Avec ce génie bleu, qui parle… Il me faisait un peu pensé à JARVIS…
-Merci mademoiselle, ironisa l'intelligence artificielle.
-Ne te vexe pas, boite de conserve ! Et elle a dit que ça n'existait pas. Après, j'ai dus mal à t'imaginer vivre dans une lampe… ou alors c'est l'armure, ta lampe !
Tony éclata de rire, abandonnant son invention pour se lever, et épousseté son jean. Son tee-shirt gris était couvert d'huile de moteur, et il se fit la réflexion qu'il faudrait qu'il se change. Mais pour l'heure, il s'en fichait. Il était dans son Atelier, soit le lieux qu'il préférait au monde, avec sa fille, l'être qu'il aimait le plus au monde. Alors le tee-shirt pouvait bien attendre.
Même si ce soir, un événement important aurait lieux. Ce n'était ni une réunion d'hommes d'affaires en costume trop serrés, ni une soirée en tête à tête avec Pepper, mais quelque chose qui, a ses yeux, valaient tout cela réuni. Depuis son anniversaire, Lisbeth allait à l'école –lieux ennuyeux d'après ses dires, où elle passait son temps à construire des vaisseaux spatiaux avec des lego, et à dessiner des prototypes en tout genre, ce qui lui valait les foudres de sa maitresse-. Et ce soir, Madame Balances, son institutrice, avait décidé de donner un spectacle avec toute sa classe, intitulé « Chevalier et Princesse ». Cela n'avait pas l'air de réjouir la petite. Pas du tout.
Dans la famille, au contraire, cela avait été l'effervescence. Pepper lui avait apprit à marcher sur des talons –ce qui avait été totalement infructueux, et amusant étant donné le nombre de fois où Lisbeth était tombé-, Banner avait fait le déplacement depuis New York, Natasha n'avait pas put venir malgré ses efforts, et même Happy –qui pourtant n'aimait pas beaucoup la petite fille-, était venu. En effet, lorsque le mercredi la petite n'avait pas école, Pepper l'emmenait au siège de Stark Industrie, où elle était libre de faire ce que bon lui semblait. Et jouer des tours au responsable de la sécurité avait toujours été son activité favorite.
Avec un sourire, le génie déclara :
-Il faut qu'on y aille ! On va être en retard, sinon.
-Je ne veux pas aller, grommela elle.
-Ah ? Mais pourquoi ? Tu vas être superbe, je suis sure !
-Je ne veux pas !
-Allez, on y va.
Lisbeth, fronçant les sourcils, s'assit en tailleur sur le sol. Décrétant un simple « non », elle leva les yeux vers son père, et le nargua du regard. Lorsqu'elle s'opposait à une cause, c'était toujours ce qu'elle faisait.
-Je n'irai pas, décréta elle.
-Tu iras.
-J'ai dis non !
-Dans ce cas, c'est moi qui y vais !
Disant cela, il se mit en marche, et ne fut pas étonné que deux bras saisissent sa jambe à bras le corps. Elle s'exclama :
-Tu ne bougeras pas !
-Si !
Il continua d'avancer, trainant l'enfant qui, avec de grands éclats de rire, hurlait :
-Papa ! J'ai dis qu'on irait pas !
-Mais je veux te voir en action.
-Mais ça va être nul !
Stoppant sa marche, le génie fit la moue. Il se laissa tomber sur le sol, et planta sur sa fille un regard bleu de connaissance. Elle avait tordue ses petites lèvres en une moue presque comique, suppliante, qui lui donnait l'air d'un chaton abandonné. Seulement, si cette tête marchait très bien avec sa mère, ce n'était pas du tout le cas de son père. Se penchant vers elle, il demanda :
-Pourquoi tu dis ça ?
-Par ce que c'est vrai ! Je déteste ce spectacle ! C'est minable ! L'histoire est nulle !
-Ecoute, sur le thème « Chevaliers et princesses », il ne fallait pas s'attendre à beaucoup…
-Mais il n'y a pas une seule explosion !
-Lisbeth, les chevaliers ne vivaient pas à l'époque des explosions.
-Mais ils avaient des armures, non ?
Le génie entendit JARVIS éclater de rire, et il ne put que sourire lui aussi. Le fait qu'il soit Iron man n'avait pas qu'apporter de bonnes choses à sa fille. Lisbeth, haussant un sourcil, demanda :
-Quoi encore ?
-Ils n'avaient pas des armures dans le sens où tu l'entends, expliqua Tony.
-Il n'y avait pas JARVIS dedans ?
-Non.
-Je me disais aussi qu'il était un peu jeune…
-Ils n'y avaient rien dedans. C'était juste… Du métal.
-Est-ce qu'ils avaient des masques comme le tiens ?
-Non ma puce. Ils avaient de gros casques en ferrailles, c'est tout.
La fillette resta silencieuse un moment. Croisant les bras sur sa poitrine, elle fixa son père un instant, les sourcils froncés, comme en réflexion intense. Des galaxies en tout genre hantaient son regard :
-Je comprends mieux pourquoi les costumes des garçons sont si moches.
-Lisbeth, ne dis pas ça !
-Mais tu dis toujours que la vérité vaut mieux qu'un mensonge !
L'homme éclata de rire. Il s'étonnait parfois que sa fille lui ressemble autant. La prenant sous les aisselles, il la souleva, et la posa sur ses épaules. Il se leva et se dirigea vers l'escalier, un sourire aux lèvres :
-Bon allez, on va aller voir ce spectacle…
-… et les armures trop moches des garçons.
-Bah ! On s'en fiche ! C'est classe d'avoir une armure, non ? Qu'elle soit en métal ou en carton, c'est presque pareil!
-Mais non ! C'est pas pareil !
-C'est certain, mais…
Il hésita un instant, alors qu'ils arrivaient dans le salon. Assise sur un canapé, portant une robe un peu décolletée pour échapper à la chaleur, Pepper pianotait sur son ordinateur avec une frénésie digne du comique. Tony, posant Lisbeth au sol, la regarda poser sur lui un regard interrogateur. Plus d'une fois, il s'était demandé si elle le prenait pour un puit de science, avant de déduire que non : il était son père. Donc pour elle, il avait forcément réponse à tout.
Il finit par conclure :
-Ces armures en carton, c'est un déguisement. Ils ne vont pas vraiment aller combattre avec. Ni même se mettre en danger. Disons que, pour la soirée, ils sont comme moi. Ils ont une armure. Donc, juste ce soir, ils vont pouvoir sauver le monde et aider les gens… C'est clair mon cœur ?
-C'est clair.
Il posa un baiser sur son front, avant de dire à Pepper qu'il montait se changer. La rousse regarda sa fille s'asseoir à même le sol, et sortir de sa poche un petit oiseau métallique, et un tourne vis de taille réduis.
Se penchant sur l'objet lui luisait d'un reflet doré, elle ouvrit une petite plaque sombre qui se trouvait entre ses pattes, et y plongea son tourne vis. Une minute plus tard, elle referma la plaque, et lança l'oiseau en l'air. La jeune femme allait le rattraper d'un geste, lorsqu'elle entendit un sifflement sortir des lèvres de l'enfant. Aussitôt, le jouet métallique sembla s'animer. Ses pattes s'étirèrent, ses ailes s'allongèrent, et son corps entier se couvrit d'un duvet multicolore. Sa tête s'orna d'immenses plumes violettes, ainsi que sa queue et ses ailes. Alors, il ne ressembla plus du tout à un petit oiseau métallique, mais à une créature féérique, fantastique, sortit à tire d'aile d'un livre pour enfant.
Il prit de l'altitude, avant de venir se percher en haut d'une lampe, gazouillant à son aise. Lisbeth sourit, avant de siffler à nouveau. L'oiseau lui répondit, et s'envola à travers la pièce. Il fit quelque acrobatie, avant de venir se poser sur l'épaule de l'enfant.
Pepper applaudit :
-Très jolie. C'est toi qui la construis ?
-Oui !
-Toute seule ?
-Papa m'aider pour la reconnaissance vocale, avoua elle.
La rousse eu un sourire. Elle avait beau savoir que sa fille était née dans une famille étrange, où elle même l'était, elle n'arriverait jamais à entendre des mots tel que « reconnaissance vocale » s'échapper de ses lèvres. Elle n'avait que quatre ans.
-Pourquoi tu l'as construit ?
-Par ce que ma maitresse n'aime pas les oiseaux… Et si un jour elle m'embête, je ferais décoller celui là.
-C'est méchant, non ?
-C'est pour rire !
-Mais elle ne rira pas.
-Bah ! Tant pis. Les autres riront.
Poussant un soupir, la jeune femme délaissa son ordinateur, pour venir s'asseoir près de la fillette. La prenant dans ses bras, elle la serra un long moment, avant de murmurer :
-L'important dans la vie, ce n'est pas les autres.
-Ils ne m'aiment pas maman.
-Qui ça ?
-Les autres.
-Ne dit pas n'importe quoi.
-C'est vrai, soupira elle alors que l'oiseau venait se retransformer en métal. Ils m'aiment pas maman. Ils disent que je suis différente…
-Et alors ? C'est bien d'être différente.
-Les filles me disent que c'est les garçons qui font du bricolage. Et les garçons me disent que je suis une fille…
-Ecoute, ce n'est pas grave Lisbeth.
-Mais si je ne peux pas être comme les autres…
-… tu seras ce que tu es. La plus belle chose au monde.
L'enfant resta silencieuse, avant de se tourner vers sa mère, et de la serrer tendrement dans ses bras. La jeune femme enfouit son visage dans ses cheveux, et la souleva. Elle passa ses jambes autour de son ventre, et resta accroché à Pepper comme un petit singe à sa mère.
-Ne sois pas triste ma puce, murmura elle.
-Je ne suis pas triste. Je n'ai pas envie d'aller au spectacle…
-Ah non ! Tu iras ! On a trop envie de te voir à l'œuvre ! Et puis parrain sera là.
-Parrain ?
Celui que Lisbeth appelait « parrain » n'était pas son véritable parrain, mais celui qui l'avait fait naitre. Banner. Sans que quiconque ne sache pourquoi, la fillette s'était attachée à cet homme un peu gauche, un peu triste, qui souriait peu et ne s'énervait jamais. Elle lui sautait au cou dés qu'elle le voyait, un grand sourire aux lèvres, et cela semblait amuser le scientifique.
Pourquoi « parrain » ? Personne ne le savait, sauf elle. Un jour, elle avait regardé « Harry Potter » avec son père, et avait dut associer Sirius Black à Bruce Banner. Le lendemain, elle avait un parrain elle aussi, sans qu'aucun lien officiel ou religieux ne les lis. Avec uns sourire, la fillette s'exclama :
-Oh oui ! Mais pourquoi il est venu ? Je croyais qu'il ne pouvait pas !
-Tu le connais… Quand il s'agit de toi, il est capable de tout. Il nous rejoint à l'école.
Lâchant sa mère, Lisbeth eu un sourire. La tirant vers la porte, amusée elle s'exclama :
-Viens maman ! On y va !
-Je croyais que tu ne voulais pas y aller !
-Je veux voir Parrain !
-On attend papa.
-Je vais le chercher !
Traversant la pièce en courant, la petite fille arriva en bas des escaliers. Montant les marches quatre à quatre, comme un étrange canard aux faux airs de cigogne qui jonglerait d'un pied sur l'autre, elle arriva bientôt au premier étage. Passant devant sa chambre, elle s'exclama :
-Papa ! Viens ! Parrain nous attend à l'école !
-Ah tiens, fit Tony sortant de sa chambre dans un jean, une chemise et une veste de costume, Quand Banner est dans le coup, soudain, tu veux y aller à ce spectacle !
-Ce n'est pas Banner : c'est parrain.
-C'est pareil.
Saisissant sa fille, le génie la lança sur ses épaules, et s'en fut d'une démarche amusante. Accrochée à son menton, riant aux éclats, Lisbeth regardait le monde avec un peu de hauteur. Elle savait ne pas le voir comme tout le monde –un peu de travers, disait certain-, mais elle ne se sentait jamais mieux qu'en hauteur. Elle se demanda si son père voyait le monde comme elle.
Ils descendirent les escaliers, et arrivèrent dans le salon où la rousse avait enfilé ses chaussures. Tendant une paire de sandale à sa fille, elle la regarda grogner, avant qu'elle ne passe les chaussures. Levant les yeux, le génie demanda :
-On y va ?
-Oui ! S'exclama elle baissant la tête.
Ses boucles tombèrent sur le visage de son père, le faisant éternuer. Il rit brièvement, avant de quitter la maison, Lisbeth sur ses épaules, Pepper sur ses talons. Ils pénétrèrent dans la nuit bleutée, et avancèrent jusqu'à l'Audi R8 qui, non loin, luisait dans la pénombre. Lisbeth monta à l'arrière, et les parents devant.
Le moteur vrombit, et l'engin s'éloigna de la maison à une vitesse raisonnable. La tête contre la vitre, Lisbeth regardait le paysage défiler, sous un incandescent soleil couchant. Elle entendait vaguement ses parents parler, sans trop savoir de quoi. Soudain, au creux de son ventre, elle sentit un étrange froid l'attirer, l'une façon unique, envoutante, presque magnétique. Fermant les yeux, elle se concentra sur les voix de ses parents, et serra les poings. Elle n'aimait pas ce moment qui, insatiable, revenait chaque soirs, quel que soit le lieux où elle trouvait.
Attrapant la main de sa mère, elle la serra, et l'entendit demander :
-Qu'est ce qui se passe ?
-La nuit m'appelle.
-Petite fêtarde.
-Tony, j'espère qu'elle n'a pas hérité cela de toi !
Aussitôt, une vague de chaleur déferla sur l'enfant. Lâchant la main de sa mère, elle sentit l'appel se taire, et elle put coller à nouveau son front à la surface translucide. Au volant, le génie la regarda dans le rétroviseur central, et eu un sourire. Depuis qu'elle était en âge de parler, Lisbeth parlait chaque soir de cet appel de la nuit, qui semblait surgir el soir, pour disparaître une minute plus tard.
A son âge, il avait peur du croquemitaine. Comme quoi, les enfants avaient une imagination plus que fertile. Ils arrivèrent bientôt devant le petit bâtiment sombre, en face duquel un parking bondait se tenait. Garant le véhicule près de la sortie, le trio descendit, et travers le parking en vitesse.
Arrivés devant la porte d'entrée, Lisbeth l'ouvrit, et ils pénétrèrent dans un hall bondé, dont les murs jaunes les encerclaient tel une arène. La jeune fille se faufila à travers les parents, pour rejoindre une porte à la dérobée, qu'elle poussa et disparut. Tony et Peppr, poussant un soupir, échangèrent un regard.
-Je crois que j'ai hâte de rentrer, avoua le génie jetant un œil à la meute de parent qui, comme des hyènes, discutaient en petits groupes.
-Certainement pas. On est ici pour faire plaisir à Lisbeth.
-Mais elle ne voulait même pas venir !
-Tony, ça suffit ! Essayons plutôt de trouver Bruce, ou Rhodey.
L'homme poussa un soupir, avant de promener son regard sur l'assemblée hétérogène. Il ne mit qu'une seconde à trouver son meilleur ami qui, prés de sa femme, discutait avec un homme un peu bourru, portant un anorak malgré le temps. Cette vision l'amusa. A la minute où Rhodey avait apprit qu'il allait être oncle, il avait tenté par tout les moyens à se faire installé en résidence permanente à Malibu. Et, Tony aidant, il avait eu une accréditation près de la maison de son meilleur ami.
C'était avec de grandes embrassades qu'ils s'étaient alors retrouvés. Ils avaient grandi ensemble à New York, et leurs enfants le feraient à Malibu. Ils ne s'étaient jamais imaginé que ce ne serait pas le cas. Ils les avaient inscrit dans la même école pour cette raison.
-Ils sont là bas.
Traversant la pièce, ils vinrent se placer près du trio, qui sembla surprit de leur arrivée. Banner eu un sourire :
-Pepper, Tony ! Où est Lisbeth ?
-Partie se changer, avoua la rousse. Une fille qui va jouer la princesse, ça a besoin de temps pour se pomponner !
-J'ai hâte de les voir ! S'exclama Ashley.
Elle sembla hésiter un instant, se mordant la lèvre inférieure. Elle échangea un regard avec James, avant de murmurer :
-Kyle nous a dit que les autres n'aimaient pas trop Lisbeth…
-Comment ça ? Demanda Pepper.
-Et bien, peut être que ce n'est ni le lieux ni le moment, convint elle, mais Kyle nous parle tous les soirs de sa classe. Il nous raconte des anecdotes, des histoires à propos de ses camarades… mais il ne parle jamais d'elle. Quand on lui a demandé pourquoi, il a répondu qu'elle était bizarre, que les autres ne l'aimaient pas. Je ne sais pas trop pourquoi…
-Elle est différentes, murmura Tony. Désolé, c'est de ma faute.
-Quand on était petit, narra James, c'était le seul garçon à ne pas jouer au foot dans la coure. Il était assit dans son coin, à bricoler des trucs bizarres… Sa popularité est arrivée en même temps que la première Gameboy… c'est lui qui l'avait construit.
Ashley eut un petit rire, alors que Banner faisait la moue. Se tournant vers Pepper, qui grimaçait au souvenir des paroles de son amie, il posa une main sur son épaule. Levant les yeux, elle eut un bref sourire :
-Bonsoir Bruce.
-Pepper, n'écoute pas ce qu'elle vient de dire. Lisbeth est parfaite.
-Elle te prend pour son parrain.
-Son parrain est deux, mais…
Il resta songeur quelques secondes. Soudain, les portes par lesquels Lisbeth s'était faufilée s'ouvrirent, et l'assemblé de parent s'y engouffra. Le médecin murmura un bref « Rien », avant de suivre les autres. Le groupe, noyé dans la cohue, fut emmené dans une salle immense, où des chaises en plastique avaient été installées. Face à elles, un rideau de feutre rouge cachait une estrade. Ils prirent place au troisième rang, et attendirent que la salle se remplisse. Une dizaine de minutes s'écoulèrent. Tony, entre Pepper et Banner, souriait seul. Il se souvenait de la première représentation qu'il avait fait avec James, à l'école primaire. Ils avaient alors quatre ans, et avaient chanté côte à côte dans la chorale dirigée par le professeur de musique.
Soudain, le noir couvrit la pièce, et des spots s'allumèrent devant le rideau. Celui ci remua, et une jeune femme brune apparue. Elle était petite, rehaussée par des talons, et portait un ensemble noir un peu triste. Avec un sourire, elle s'exclama d'une voix forte :
-Mesdames, messieurs, ce soir nous allons vous présenter une pièce de théâtre de ma conception, et interprétée par la classe de maternelle du premier niveau. Le titre est « Chevalier et princesse ». Tous les élèves ont participer à la conception, mais ne sont acteurs que Jonathan Goldsmith, Carmen O'brien, Kyle Rhodes, Stacy Hilton, Marc Fowler et Elisabeth Stark.
L'assemblée applaudit, alors que dans les coulisses retentissaient de grands « Aïe ! » et de plus grands encore « Poussez pas ! ». Finalement, le rideau s'ouvrit, et Tony faillit éclater de rire. Derrière celui ci, ce qui semblait être un paysage montagneux avait été peint. Une tour en pierre cartonnée montait sur quelques mètres.
Assises sur un banc, deux petites filles en robes de princesses faisaient jouer leurs éventails :
-Oh Marguerite ! S'exclama la première qu'Ashley reconnu pour être Stacy, Qu'elle belle journée !
-Comme vous dites, Sandra, fit la seconde du nom de Carmen. J'espère que les chevaliers vont venir nous voir, aujourd'hui !
-Moi aussi ! Surtout celui que je veux épouser !
-Ça commence fort, souffla le génie.
-Monsieur Stark, la ferme !
-Pardon, mademoiselle Potts.
Marguerite-enfin Stacy-, se leva, et parcourut la petite scène à grands pas. Sa robe rose se froissait doucement. Passant une main dans ses cheveux blonds raides digne de ceux de Raiponce, elle soupira :
-Il est si beau ! Si fort ! Si parfait ! Mon prince charmant !
-Oh, quelle chance vous avez !
Soudain, surgissant de nul part, une forme de carton verdâtre, ressemblant vaguement à une vache, s'avança sur la scène avec un bruit mat. Tony songea que ce devait être le chien d'une des princesses, lorsque Carmen hurla un grand « Dragon ! ». Ah… C'était donc cela. La vache-chien se jeta sur Stacy, et l'emporta, alors qu'elle hurlait de grands « A l'aide ! Sandra ! Au secours ! ».
Après une minute de silence, comme un hommage à cette pauvre vache - dragon, pardon-, deux petits garçons, portant des armures en carton gris, arrivèrent sur scène. Ils portaient tout deux des épées au côté. L'un d'eux, retirant son casque, s'avéra être Jonathan :
-Sandra, que s'est il passé ?
-Oh ! Tristan ! A l'aide ! Marguerite a été enlevé !
-Quoi ? Enlevée ? S'enquit l'autre chevalier qui devait être Kyle. Mais il faut prévenir Arthur !
-Tu as raison Aldritch ! Je le fais !
Se tournant vers les coulisses, il hurla un grand «Marc ! C'est à toi ! » qui déclencha l'hilarité de quelques personnes. Tony en faisait partie, bien qu'il se languissait de sa vache verdâtre. Elle lui avait semblé sympathique.
Arriva sur scène un garçon blond, portant une armure en carton doré. A son côté, une épée en bois battait ses flancs. Prenant une pose digne de Thor lorsqu'il voulait impressionner quelqu'un, il s'exclama :
-J'irai sauver Marguerite ! Sandra, sais tu qui l'a enlevé ?
-Oui, Arthur.
-Mais je m'appel Marc, andouille !
-Mais… murmura Carmen fronçant les sourcils, ce n'est pas dans le texte ça !
-Ce n'est pas grave, ordonna la voix de la maitresse, continuez !
Carmen, se raclant la gorge, arrangea son collier de perle en plastique. Elle reprit :
-Elle s'est faite enlever par le dragon noir !
-Il n'était pas vert ? S'enquit James.
-Comme Banner quand il est en colère.
-Tony, tais toi, j'essaye d'écouter !
-Qui me parle ? Pepper ?
-Si c'était moi, tu aurais déjà reçu une gifle.
-Ashley alors ?
-Pareil. Désolée Tony.
-Banner ?
-Chut !
-Sais tu où il l'a emmener, Sandra ? Demanda Kyle.
-Oui, dans la montagne des méchants.
-Il faut aller la secourir ! S'exclama Marc. Allons y, chevalier !
-Sandra, fit Jonathan, si je rentre vivant de cette mission, je vous épouserai !
-Oh, moi aussi Tristan, je vous aime !
Carmen s'en fut à petits pas, abandonnant les chevaliers sur la scène. A la fenêtre de la tour en fausses pierres vint se percher une petite fille blonde, à la peau noire, dont les yeux bruns luisaient. Elle portait une robe rose, et du maquillage. L'assemblée entière haussa un sourcil : qui était cette actrice ?
James, incrédule, écarquilla les yeux. Sur scène, Jonathan et Marc levèrent les leurs.
-Coucou ! Les salua la princesse.
-Kyle, mais qu'est ce que tu fais là haut ? Demanda Marc.
-J'arrive plus à descendre, avoua il.
Un nouvel éclat de rire secoua l'assemblée. Kyle, campé sur sa fenêtre, reprit pourtant les choses en main avec un sérieux que beaucoup lui envièrent. Peu furent ceux qui se demandèrent ce qu'il faisait planter si haut, dans une robe de fille, pomponné comme si il avait dut jouer ce rôle.
Faisant un geste avec son éventail, il s'exclama :
-Chevaliers ! Je suis la princesse Viviane !
-N'importe quoi ! Fit Marc, T'es pas Viviane du tout ! T'es Kyle !
-Mais dans la pièce, imbécile ! Pesta il. Bref, je vais vous donner une épée pour tuer le dragon ! Qui sera capable de le terrasser ?
-Bah Marc, fit Jonathan, enfin Arthur !
Saisissant ce qui sembla être un manche à ballais, la princesse le balança au chevalier au casque. Celui qui n'en avait pas le reçu en plein visage. Grimaçant, il hurla :
-Tu aurais pus faire attention !
-Bonnes chances, chevalier ! S'exclama Kyle.
Si Tony riait à gorge déployée, ainsi qu'Ashley, Pepper et le reste de la salle, Rhodey avait blêmie. Pâle comme la mort, dans ses yeux dansait l'image de son fils en princesse, maquillé et parfumé comme une fille. N'était il pas sensé jouer un chevalier ? De ces mâles alpha emplis de testostérone, qui défendaient femme et enfant avec fougue ? Si oui, alors pourquoi avait il enfilé une robe ?
Princesse Kyle disparut, s'en retournant dans sa tour. Soudain, à cette fenêtre, apparut Stacy qui, l'air horrifiée, hurla :
-A l'aide, chevalier !
-J'arrive ! S'exclama Marc.
A cet instant vache-chien-noir apparut, aussi vert que la première fois. Et que Banner quand il était en colère. Marc, saisissant l'épée des mains du chevalier casqué, se jeta sur la bête et hurla « Pikachu attaque éclair ! » avant que la bête ne s'effondre sur le parquet. Apparemment, il était mort.
Stacy hurla un frénétique « Youpi ! », avant que des cloches ne se mettent à sonner. Sortant du dragon, un jeune garçon portant une bure de moine demanda :
-Mademoiselle Marguerite, voulez vous prendre pour époux le chevalier Arthur ?
-Oui !
-Et vous, chevalier ?
-Oui !
-Je vous déclare donc mari et femme !
Sortant d'on ne sait où, Sandra arriva sur scène, en compagnie de toute la classe. Stacy descendit de sa tour pour venir se placer au milieu du groupe. La foule applaudie, amusée et attendrie, alors que Tony haussait un sourcil. Où était sa fille ? Il ne la voyait nul part. Il crut un instant qu'on l'avait enlevé, avant que le chevalier casqué et Kyle ne surgissent à la fenêtre.
La classe salua, faisant tomber la perruque de Kyle sur Marc, et le casque du chevalier sur Stacy. Il libéra une tignasse rousse en bataille, et le visage de Lisbeth, souriant. Quelle fut la surprise générale, lorsque la maîtresse s'en aperçut ! S'avançant sur scène, elle vint se planter sous la tour de carton, et regarda les deux petits poser sur elle un regard inquiet. Avec une voix aussi aigue qu'une harpie, elle s'exclama :
-Lisbeth ! Kyle ! Venez avec moi !
-Aïe, grimaça le petit garçon malgré ses fausses boucles d'oreilles, on va se faire disputer.
-N'ai pas peur, murmura elle. J'ai un oiseau dans ma poche.
-Dans ta poche ? Mais c'est impossible.
-Tu verras !
A ces mots, elle le tira le jeune garçon dans un petit escalier en carton, qui les mena jusqu'aux coulisses Ceux ci n'étaient que de simple bancs posés le long d'un mur, où les élèves se changeaient. Leur maîtresse les attendait là, en compagnie de leurs parents, tapant du pied.
-Qu'est ce que c'est que cette mascarade ? S'enquit elle.
-Kyle, commença Rhodey, qu'est ce que tu fais dans cette robe ?
-Lisbeth, fit Pepper croisant les bras sur sa poitrine, tu peux m'expliquer ?
Kyle allait se lancer dans une explication longue comme le bras, lorsque Lisbeth décida que la vérité valait mieux qu'un mensonge. Croisant à nouveau les bras sur sa poitrine, elle déclara, coupant le garçon dans son élan :
-C'est de ma faute.
Les adultes dardèrent sur elle un regard noir. La maîtresse allait hurler, lorsque Banner intervint. Posant une main sur l'épaule de l'enfant, il demanda :
-Crevette, qu'est ce que tu as fais ?
-Salut Parrain, murmura la rousse. Ce que j'ai fait ? J'ai forcé Kyle a me donner son armure…
-Tu me l'as volé ! Convint le garçon.
-… et à enfiler une robe. Après je l'ai maquillé comme maman m'a apprit !
-C'est Machiavélique, sourit Tony.
Posant sur lui un regard à la fois amusé et songeur, Lisbeth le vit s'approcher d'elle, et s'accroupir pour être à sa hauteur. Il ne semblait pas fâcher, loin de là. Il riait avec ses yeux.
Cela amusa l'enfant qui sourit à son tour. Le génie demanda :
-Lisbeth, pourquoi tu as fais ça ?
Cette question la surprit. Elle avait pourtant crut qu'il comprendrait son acte. Ainsi il allait falloir qu'elle s'explique. Poussant un soupir, l'étoile dans ses yeux sembla déçu lorsqu'elle murmura :
-Je l'ai fais pour être comme toi, Papa.
-Comme moi ? S'étonna il. Un voleur ? Je n'ai jamais rien volé Lisbeth.
-Non j'ai fais ça…
-Pourquoi alors ?
Sa phrase résonna étrangement aux oreilles de l'assemblée, lorsqu'elle franchit ses lèvres. Non pas par ce qu'il s'agissait d'un aveux, mais par ce qu'elle reflétait l'enfance, prononcé sur le ton de la maturité. Comme si cette petite fille avait été le mélange parfait entre ces deux éléments.
Poussant un soupir, elle avoua :
-… Pour avoir une armure.
