Turn - Chapitre 10 - by Sara's Girl
Harry pensait que la cuisine du Terrier n'avait jamais été aussi silencieuse. Certes, elle avait été témoin de nombreuses scènes douloureuses durant les années de guerre mais ce silence était quelque chose de différent. Il s'étendait entre les quatre personnes présente autour de la table, si lourd qu'Harry osait à peine respirer.
À côté de lui, Ginny se mordit les lèvres et lança un petit regard anxieux à ses parents. Il ne pouvait pas tout à fait éteindre la flamme de culpabilité à la laisser leur parler mais à en juger par les expressions choquées identiques sur les visages de Molly et Arthur, il savait qu'ils avaient pris la bonne décision. Ginny était diplomatique, perspicace et prudente quand ça concernait une discussion émotionnelle et lui… eh bien… non.
Cela dit, il avait développé un talent pour lire les expressions au fil des ans et il était tout aussi conscient du fait que les Weasley étaient surpris et bouleversés par la nouvelle, même s'il n'avait aucune idée des mots qui aideront. Ils avaient tous les deux le visage pâle et marqué, plus que d'habitude et bien qu'il sache que c'était en grande partie dû à la Grande-tante Mildred et ses demandes extravagantes, la connaissance de cela ne parvint pas à atténuer ses remords. Ils étaient rentrés chez eux depuis quelques jours. Harry avait voulu leur laisser plus de temps pour récupérer de leur séjour chez la vielle chauve-souris, comme Molly l'appelait, et qu'ils se remettent sur pied mais Ginny avait réussi à le convaincre de le faire maintenant. Elle avait envoyé Lily chez Ron et Hermione et lui avait serré la main à intervalles réguliers alors qu'ils marchaient vers le Terrier, tentant de le convaincre que tout irait bien.
C'est ainsi qu'il s'était retrouvé assis à la table de la cuisine de Molly lors d'une froide soirée de mi-janvier, attendant que quelqu'un dise quelque chose. Il y avait beaucoup à dire, pensa-t-il, les yeux braqués sur sa tasse de café vide mais il commençait à sentir qu'il pouvait encore être assis ici le mois prochain, attendant que Molly arrête de les regarder avec stupéfaction et les yeux larmoyants et trouvant quelques mots à dire. Il préférait même se faire crier dessus et être chassé de la maison à coup de balai plutôt que supporter une minute de ce…
« - Oh, Ginny. » Murmura-t-elle finalement, les larmes coulant alors qu'elle regardait sa fille. « - Oh, Ginny, vous ne pouvez pas vous séparer. Vous ne pouvez pas… » Sa voix s'estompa et elle regarda son mari en désespoir de cause.
Arthur toussa et tenta de se ressaisir. « - Y avez-vous réfléchi ? » Demanda-t-il, passant un bras réconfortant autour des épaules de Molly. Il regardait Harry.
« - Nous y avons beaucoup réfléchi. » Assura Harry d'une voix légèrement éraillée. « - Et beaucoup parler. Ceci est le mieux pour nous deux. Et les enfants. »
« - Oh ! » Se lamenta Molly, portant une main ridée à sa bouche. « - Ce ne sont que des bébés. Sont-ils au courant ? »
« - Ils sont assez grands, maman. » Dit Ginny, prenant la main de sa mère et lui faisant un petit sourire qui blessa le cœur d'Harry. « - Ils comprennent qu'il vaut mieux pour Harry et moi d'être séparés. »
« - Comment est-ce possible ? » Demanda Molly, saisissant la main de Ginny si fort qu'Harry vit une lueur de douleur dans ses yeux. « - Je ne comprends pas… l'un de vous… c'est venu de nulle part. Vous avez juste besoin d'un peu de temps, voilà tout. »
Ses yeux clignaient avec une telle angoisse quand elle se tourna vers Harry, que tout ce qu'il voulut faire, c'était de faire le tour de la table et la serrer dans ses bras, respirant son odeur familière qui le faisait se sentir en sécurité depuis aussi longtemps qu'il se souvenait et lui dire que tout ne se passait pas réellement. Elle était la mère de Ginny. C'était les parents de Ginny, la famille de Ginny mais malgré cela, ils étaient aussi les siens. Molly et Arthur, et Ron et George, tous. Si cela se passait mal, non seulement il perdrait ses beaux-parents mais aussi la seule famille qu'il n'ait jamais connu.
Terrifié, il fit ce qu'il espérait être un sourire réconfortant et glissa brièvement son bras autour des épaules de Ginny.
« - Cela dure depuis un très long moment, Molly. Je souhaiterais pouvoir dire que ce n'est pas le cas mais aucun de nous ne voulons vous mentir. Nous ne sommes pas fâchés l'un avec l'autre… ce n'est la faute de personne. Nous voulons toujours être amis. »
Molly renifla, tira un mouchoir de sa poche et commença à essuyer son visage avec.
« - Oh, mais… je ne peux pas vous imaginer séparés. » Dit-elle, les mots étouffés dans le tissu. « - Il n'y a pas eu de divorce dans notre famille depuis… »
« - Je sais, maman. » Intervint Ginny, probablement avant qu'Harry ait la chance de rouler des yeux. « - Je suis vraiment désolée de te décevoir. » Ajouta-t-elle en baissant les yeux et la culpabilité roula dans l'estomac d'Harry et poignarda ses côtes.
« - Je suis désolé aussi. » Ajouta-t-il calmement.
Molly ne dit rien, disparaissant plutôt dans son mouchoir et émettant des sanglots. Ginny laissa échapper un petit bruit de détresse et abandonna son siège pour aller la réconforter. Elle se mit à genoux au sol et passa ses bras autour de sa mère, lui chuchotant à l'oreille dans un effort vain de retenir ses larmes.
Harry ne savait pas où regarder.
« - Pourquoi n'irions-nous pas parlé ? » Demanda soudainement Arthur. Les yeux d'Harry se levèrent vers lui. « - Tu sais, d'homme à homme. »
« Oh mon dieu, oui. » Pensa Harry, hochant la tête et se levant de sa chaise. Il suivit Arthur vers la porte arrière, dans le jardin et entra dans son petit garage. Il ne pouvait pas se rappeler de la dernière fois qu'il était venu ici mais il n'avait pas beaucoup changé et c'était quelque chose au milieu de la tourmente qui était plutôt rassurant.
L'inhalant l'air sec et moisi, Harry passant devant un tas de câbles informatiques enchevêtrés, de vieilles lampes et guirlandes de Noel électriques, s'écartant juste à temps pour éviter de trébucher sur un tuyau orange et trouva finalement Arthur, perché sur une table poussiéreuse et passant ses doigt sur la plaque de verre d'un vieux photocopieur. L'expression affectueuse sur le visage du vieil homme était si sérieuse qu'Harry sourit presque.
Au lieu de cela, il s'installa sur un meuble où se trouvait un ancien poste de télévision et attendit. Arthur avait évidemment quelque chose à lui dire et il était plus que disposé à entendre.
Enfin, il soupira et abandonna sa photocopieuse, se tournant vers Harry, les sourcils froncés et les mains sur les genoux. Sachant combien il détestait la confrontation, Harry dut se mordre l'intérieur de la bouche pour se retenir de sauter dedans et démarrait la conversation pour Arthur.
« - Harry. » Dit-il finalement avec hésitation. « - Harry… tu es un adulte maintenant avec ta propre famille et crois-moi, la dernière chose que je veux faire est de te crier dessus. »
« - Je le sais. » Dit Harry, glissant son regard vers l'endroit où se trouvait un cafard brillant au sol avant de croiser les yeux d'Arthur.
« - Bien. Parce que je veux te demander… je veux savoir si tu penses que tu as vraiment essayé d'arranger les choses ou si tu fais cela parce que tu traverses une période difficile. »
Surpris, Harry ne dit rien pendant un moment. « - Euh, ce n'est pas vraiment aussi simple que cela. » Dit-il en se reprenant. Il soupira. « - Les choses allaient mal depuis assez longtemps et nous avons tous les deux réalisés que nous n'étions pas ce que nous devions être ensemble. » « Et nous ne le serons jamais. » Ajouta-t-il en silence, tirant un voile sur l'image toujours présente de Draco dans sa tête.
Arthur tritura ses doigts et regarda Harry avec une expression douloureuse. Il était mal à l'aise mais déterminé et dans toute autre situation, Harry serait impressionné par son courage.
« - Tu sais, si Molly et moi avions jeté l'éponge dès que les choses devenaient difficiles, Ron et Ginny ne seraient jamais nés. » Dit-il, faisant une pause pour permettre à Harry d'absorber ses paroles. « - Tu dois travailler dans un mariage, Harry. C'est un engagement pour la vie, tu sais ? »
« - Je sais. » Dit Harry, luttant pour garder sa frustration sous contrôle parce que cet homme voulait ridiculement faire au mieux. « - Et j'aime Ginny mais… »
« - N'est-ce pas suffisant ? » Demanda Arthur d'une voix si douce qu'Harry se sentit malade. Il n'y avait rien d'autre que la confusion et l'inquiétude sur son visage alors qu'il regardait l'homme qui abandonnait son plus jeune enfant. Sa fille unique. Sa petite fille.
« - Non. » Dit finalement Harry, posant ses coudes sur ses genoux et prenant sa tête entre ses mains. Ça ne servait à rien. Il allait devoir le dire. Encore une fois. Harry prit une profonde inspiration et se rappela que bien qu'il était fatigué d'avoir à annoncer sa révélation personnelle récente, c'était le moment pour l'annoncer à Arthur et il méritait de l'entendre correctement.
« - Quoi que ce soit, ça ne peut pas être arrangé ? » Demanda Arthur et Harry s'obligea à le regarder dans les yeux. « - Tout ce dont tu as besoin, Harry, quoi que ce soit, nous pouvons t'aider. Nous sommes ta famille. »
Le souffle se bloqua dans sa poitrine et Harry se força à prendre une expiration pénible et secoua la tête. « - Je l'apprécie vraiment. Mais nous ne sommes tout simplement plus les mêmes personnes. Et… je suis amoureux de quelqu'un d'autre. »
« - Quoi ? » Fit faiblement Arthur et Harry détourna le regard, horrifié par lui-même. Il ne savait pas exactement d'où cela venait mais il souhaitait pouvoir reprendre ses mots.
« - Euh, oui… je ne voulais pas vraiment l'annoncer comme ça. » Admit-il, le cœur battant de manière désordonné. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pensait faire ici. En ce moment, il échangerait ce silence tendu pour les sanglots de Molly Weasley mais cela n'était pas une option.
« - Tu as… tu as une relation avec quelqu'un d'autre ? » Demanda Arthur, les sourcils froncés de confusion.
Harry secoua la tête, crispant ses doigts sur le rebord de son perchoir, accroché au bois alors qu'il maintenait le contact visuel avec l'homme qui l'avait toujours traité comme un fils.
« - Non. » Répondit-il, sentant que la ligne entre la vérité et le mensonge était floue. « - Rien est arrivé. »
« - Alors… Harry… est-ce que c'est vraiment fini entre Ginny et toi ? » Tenta Arthur mais la force de sa voix semblait juste triste.
« - Oui. Parce que c'est un homme. Je suis amoureux d'un autre homme et je pense que peut-être je le suis depuis longtemps. »
« - Oh. » Fit Arthur. « - Oh. » Il leva la main et se frotta vaguement le visage. Ses yeux, écarquillés de choc, ne quittèrent jamais Harry.
À moitié peur qu'Arthur soit sur le point de faire une crise cardiaque, Harry se leva et traversa l'espace encombré pour poser sa main sur l'épaule vêtue de laine.
« - Je suis désolé. Vous allez bien ? »
Arthur le regarda, cligna des yeux et sembla se reprendre.
« - Oui, oui, je vais bien Harry… tu n'as pas besoin de me regarder comme si j'allais m'effondrer. » Dit-il se posant sur la table afin qu'Harry puisse s'installer à côté de lui.
Harry haussa les épaules et gratta la poussière au sol du bout de sa chaussure. « - Vous aviez l'air de le faire à tout instant. »
Arthur ne dit rien pendant un long moment, posant simplement ses mains sur ses cuisses et regardant fixement le tuyau tombé comme s'il était perplexe de le voir au sol.
« - Ce n'est pas la première fois que j'entends quelque chose comme ça. » Dit-il finalement. « - Bien que je ne peux pas dire que je pensais l'entendre de toi. »
« - Charlie. » Murmura Harry, les lèvres s'étirant en un petit sourire.
« - Nous étions les seuls à être surpris, Molly et moi. » Dit-il avec nostalgie.
« - En fait, c'est faux. » Dit Harry, se rappelant d'une récente conversation avec un autre homme Weasley. « - Ron était surpris aussi. Très surpris. »
Entendant Arthur sourire, Harry laissa échapper un long soupir mais n'osa pas le regarder alors qu'ils étaient assis, collés l'un contre l'autre sur la vieille table branlante qui craquait sous leur poids combiné à chaque mouvement. Il se demandait comment allait Ginny dans la cuisine.
« - Tu sais… pardonnes-moi, Harry mais je dois te demander si tu… tu étais sûr que ce n'était pas juste une passade… fantasque ? Que tu as atteint un certain point dans ta vie ? Parce qu'il est naturel de, euh, se poser des questions. » Dit Arthur, la voix faiblissant au fur et à mesure et quand Harry lui lança un regard oblique, son visage était rouge.
« - Ne vous inquiétez pas, tout le monde semble penser que je fais une crise de la quarantaine aussi. » Soupira-t-il. « - Mais non, ce n'est certainement pas ça. » Harry fronça les sourcils, soudainement incapable de chasser de son esprit l'idée d'un Arthur quadragénaire se questionnant sur sa sexualité même s'il était certain que ce n'était pas ce qu'il voulait dire.
« - Ginny sait cela, n'est-ce pas ? »
Harry hocha la tête. « - Bien sûr. »
« - C'était difficile… pour Charlie. Tu sais, au début. » Dit Arthur, pensivement. « - Il a lutté avec ça. Es-tu… en difficulté ? »
Touché, Harry déglutit. Il ferma les yeux pendant un moment. Cet homme était toujours là, acceptant d'être la figure paternelle stable qu'il avait toujours été, malgré tout. Il était incroyable.
« - Non, je pense que j'ai déjà eu ma lutte. » Admit-il et finissant par regarder Arthur finalement. Contrairement à toutes ses craintes, il n'y avait rien d'autre que l'inquiétude et l'amour sur le visage pâle et ridé.
« - Voilà qui est bien parce que je doute que ces prochaines semaines vont être faciles. »
« - Je sais. Mais Gin est une femme forte. Elle traversera cela. » Insista Harry.
Arthur sourit lentement. « - Je le sais. Je ne suis pas inquiet à son sujet. Je suis inquiet pour toi. »
Surpris et touché, Harry se redressa un peu. « - Je vais bien. » Dit-il, résistant à l'envie d'ajouter : 'je suis fort aussi'.
« - Je pense que tu l'es. » Concéda Arthur après un moment de réflexion. « - Il suffit de faire attention. C'est une chose de courir après les Mangemorts et autre chose de tout abandonner pour donner ton cœur à un homme qui ne le mérite peut-être pas. » Il haussa maladroitement les épaules et ferma sa bouche, comme s'il avait honte de cet étrange petit moment de candeur.
« - Merci. » Dit Harry dans un murmure. Il n'avait aucune idée de quoi dire d'autre. La conversation avait pris un tour assez inattendu et il n'avait pas eu à se défendre autant ce à quoi il s'était préparé.
« - Je dis juste que. » Continua Arthur, se grattant la tête et fixant Harry avec un regard significatif. « - Je ne veux pas que brise ton mariage, vraiment. Mais s'il n'y a vraiment aucun autre moyen que tu es trouvé pour faire avancer les choses, tout ce que je veux, c'est que tu sois heureux et en sécurité, Harry. Ginny est ma fille et je l'aime plus que tout au monde mais toi aussi. Nous n'avons pas traversés toutes ces années pour finir par te tourner le dos alors que tu as besoin de nous. Tes parents… ils étaient de bonnes personnes, fiston et je déteste à penser de ce qu'ils diraient si nous te traitions comme l'un des nôtres que quand ça nous convenait. »
La poitrine d'Harry se serra et tous les mots qu'il pensait pouvoir dire s'envolèrent et tout ce qu'il put faire, ce fut de jeter ses bras autour du cou d'Harry et le serrer contre lui, envahit par le soulagement quand les mains étonnamment fortes vinrent s'accrocher à son dos, la laine rugueuse contre la peau de son cou et les narines envahies par l'odeur de son après-rasage et de cuisson. Il resta ainsi durant de longues secondes, permettant à sa peur et sa tension de le quitter et s'évaporer dans l'atmosphère étouffante.
« - Merci. » Marmonna Harry alors qu'ils s'écartaient, faisant semblant de ne pas remarquer la brillance révélatrice dans les yeux de l'autre.
« - Je peux parler à Molly si tu veux. » Offrit Arthur. « - Elle ne va probablement pas l'accepter aussi facilement que moi, ne s'arrêtant pas de pleurer et autre. »
Harry se mordit les lèvres. L'offre était alléchante mais quelque chose de tenace et irritant en lui insistait pour qu'il agisse comme un adulte et traite avec cette personne.
« - Je ne sais pas… »
« - Permets-moi de t'aider. » Dit Arthur, semblant sentir sa réticence. « - S'il te plait. »
« - Etes-vous sûr ? »
Arthur sourit tristement. « - Je connais Molly depuis près de soixante ans. Crois-moi, je suis le seul à pouvoir gérer cela. C'est l'idée d'un divorce qui la contrarie, en dehors de l'idée que tu es le cœur brisé et ne sois plus jamais heureux. Le côté dramatique de la famille provient d'elle. » Confia-t-il avec un petit soupir las. « - Comme pour le reste, eh bien, elle l'a vécu une fois avant. Regarde-la maintenant, elle a pratiquement adopté Serghei. »
Harry prit une profonde inspiration et se leva. « - D'accord. Si vous êtes sûr. »
Arthur hocha la tête et Harry prit congé, faisant son chemin à travers le petit garage encombré, revenant dans le jardin puis dans la maison où il trouva Ginny et Molly, assises côte à côte à table, buvant une tasse de thé silencieusement. Spontanément, il fonça vers Molly et son épaule, murmura un dernier 'je suis désolé' et un espoir 'à bientôt' contre sa joue humide de larme avant d'échanger un regard avec Ginny et transplaner. Quand il réapparut dans jardin arrière de Ron et Hermione, il se rendit compte qu'Arthur ne lui avait jamais demandé une seule fois quel était le nom de l'homme dont il était amoureux.
Dix minutes plus tard, Ginny apparut sur l'herbe gelée et avança vers Harry, les mains dans les poches. Avec un soupir, elle s'assit sur la marche à côté de lui.
« - Comment va-t-elle ? » Demanda Harry.
« - Eh bien, elle a arrêté de pleuré. J'ai décidé de partir quand papa est revenu et a commencé à marmonner quelque chose à propos de Charlie. »
« - A propos de ça… » Harry laissa tomber sa tête dans ses bras pendant un moment puis leva les yeux vers elle, la bouche tordue en un sourire contrit. « - C'est sorti tout seul. »
Ginny grogna. « - Oui, ça arrive souvent ces derniers temps, n'est-ce pas ? »
Harry gémit doucement, sentant la chaleur revenir dans son cou malgré le froid intense.
Ginny le poussa avec son genou. « - Elle ira bien, je pense. Il suffit de lui laisser un peu de temps pour se remettre du choc du premier divorce dans la famille depuis douze milliards d'année. On dirait que papa va l'aider avec ça, de toute façon. »
« - J'espère. » Harry soupira. « - Bien que je ne me sens pas comme si je méritais qu'ils soient si compréhensifs. »
« - Ce n'est pas ce que tu mérites. » Dit Ginny, les yeux brillants sous la lune. « - Ils veulent notre bien à tous les deux. Ils sont ta famille, aussi. » Elle fronça les sourcils et observa les fleurs d'Hermione. « - Ce qui est un peu bizarre maintenant que je pense à cela. »
Harry secoua la tête et inspira son parfum de noix de coco alors qu'il passait un bras autour d'elle et souriait contre ses cheveux. « - Ne le fait pas. » Conseilla-t-il.
Elle se pencha contre lui pendant un moment. « - Je voulais te demander… » Commença-t-elle et elle s'interrompit au son des cris et des rires provenant de Lily quelque part à l'intérieur de la maison : « - Oncle Ron, déposes-moi. »
Ginny secoua la tête. « - As-tu rédigé l'annonce ? »
Harry plongea la main dans sa poche et sortit un morceau de parchemin qu'elle prit, l'approchant de son visage à cause du mauvais éclairage et lisant les mots, les yeux plissés.
« - Ça sonne bien. » Dit-elle finalement, pliant soigneusement le mot et lui redonnant. « - C'est étrange, tu sais… autrefois tu aurais plutôt préféré te promener nu que de livrer spontanément des informations à la Gazette. Tout est vraiment en train de changer. »
« - Eh bien, la clandestinité n'a pas vraiment bien fonctionné pour moi, pour être honnête. Je doute que ça ira mieux quand ils auront vent de cela… ils en voudront plus, que je leur dise ou pas. » Dit Harry.
« - Je sais. » Dit Ginny. « - Ce n'est pas une critique. Ce n'est pas toujours facile de contrôler toute parole qui sort de ma bouche en public, tu sais. »
« - Je suis désolé. » Marmonna Harry, prenant une profonde inspiration et la relâchant.
« - Ne le sois pas. » Murmura-t-elle et puis il y eut le silence mis à part le vent dans les arbres.
Harry écouta, toujours au prise avec la dure réalité et heureux que Draco Malfoy ait gardé les nouvelles potentiellement explosives du divorce d'Harry pour lui-même. Il avait eu plus d'une semaine pour le faire, beaucoup de temps et Harry avait passé au peigne fin les journaux tous les matins depuis leur rencontre au match de Quidditch et ne trouvait rien. Alors qu'il tournait le parchemin à plusieurs reprises dans ses mains, envahit par l'anticipation et la terreur et le lumineux espoir prudent pour le Draco de cet univers.
« - Je ferais mieux d'aller chercher Lily avant que Ron l'énerve trop pour qu'elle dorme. » Dit Ginny, posant les mains sur ses genoux et se levant.
« - Bien. » Harry lui fit un sourire las alors qu'elle allait vers la porte. « - Je l'enverrais par hibou demain. Et… Gin ? »
Elle fit une pause et le regarda. « - Oui ? »
« - Ils voudront te parler… tu devras faire de nombreuses interviews si tu le veux. » Dit-il fermement.
Ginny lui fit un petit sourire amusé. « - Si j'ai quelque chose à leur dire, ce dont je doute. Pourtant, je suppose que c'est une nouveauté d'avoir la possibilité. Bonne nuit, Harry. »
Elle ouvrit la porte, libérant un bref éclat de lumière de la cuisine et les sons joyeux et arôme de saucisses et quand elle disparut, Harry resta dans l'obscurité, serrant son morceau de parchemin et attendant.
Deux jours plus tard, la Gazette du Sorcier eut en première page : 'Harry et Ginny Potter, une Choquante Séparation' et tout le monde dans le monde sorcier, du moins tous ceux qui lisait cela et tous ceux qui connaissait quelqu'un qui lisait ce journal… fut au courant de la séparation.
Harry ne pouvait pas dire qu'il était surpris que la nouvelle fasse les gros titres mais il s'en sentait un peu irrité quand il repensait à l'annonce très discrète des Malfoy presque dans les dernières pages par rapport à l'article qui réussissait à s'étalait sur la moitié de la première page. Leur déclaration officielle était quelque part mais Harry dut chercher à travers les spéculations et les détails pas vraiment précis de leur vie de famille. Rien de tout cela était particulièrement offensif mais Harry roula des yeux à l'idée que Ginny ait abandonné Harry parce qu'il était réticent à son 'illustre carrière à Gringotts' et que l'idée de séparation n'était rien d'autre qu'un coup de publicité visant à donner 'un coup de pouce à la marque Harry Potter'.
Au milieu de la page se trouvait les mots qu'Harry avait longtemps hésité à écrire, assis toute la nuit, déchirant parchemin après parchemin et résistant à l'envie de tout envoyer valser parce qu'Hugo dormait dans la chambre voisine.
C'est avec regret qu'Harry et Ginevra Potter (née Weasley) annoncent qu'ils entament une procédure de divorce. La décision de se séparer est mutuelle et à l'amiable et le couple reste en bons termes. James, Albus Severus et Lily Potter resteront dans la demeure familiale à Willoughby Drive à Loutry Ste Chaspoule avec leur mère mais passeront aussi du temps avec leur père, qui est à la recherche d'une propriété à Londres.
En lisant les mots maintenant à une table du petit-déjeuner silencieuse, Harry soupira. Il avait été satisfait à l'époque mais maintenant les mots semblaient guindés et maladroits. Pourtant, il supposait que très peu de gens se concentrerait sur sa petite déclaration stricte étant donné qu'ils seraient absorbés par le reste de l'article. La photo que les éditeurs avaient choisie n'était pas mauvaise, elle représentait toute la famille au mariage de Luna, il y a quelques années. Tout le monde était habillé de couleurs vives, comme c'était demandé et même Harry souriait mais son anxiété et sa fatigue était évidente et Ginny semblait pâle et fatiguée.
« - Eh bien. » Dit finalement Hermione, posant son exemplaire de la Gazette et regardant Harry. « - Je pense que cela aurait pu être pire. »
« - Je suis d'accord. » Dit Ron avec véhémence. Il se fit un sandwich au bacon et mordit dedans. « - Pour être honnête, je pensais qu'ils allaient écrire une montagne d'inepties, disant que Ginny avait une aventure ou quelque chose. »
Harry les regarda, captant le scintillement d'inquiétude dans les yeux de Ron et Hermione le cachait à peine alors qu'ils attendaient son verdict.
« - Vous avez raison. » Dit-il. « - Ça pourrait être bien pire. »
Hermione sembla presque se dégonfler sous le soulagement à ses paroles et prit la théière, évitant le regard d'Harry comme si elle essayait de se convaincre qu'elle n'avait pas du tout était intéressée.
« - Oncle Harry ? » Appela Hugo qui mangeait silencieusement ses céréales depuis que les hiboux avec portaient les Gazettes.
« - Mm ? »
Le petit garçon regarda Harry avec des yeux curieux. « - Vas-tu vivre avec nous pour toujours ? »
« - Euh, non. » Dit-il, son cœur se tordant quand le visage d'Hugo refléta sa déception. « - Mais je viendrais toujours vous voir. Tu sais, comme je le faisais avant. »
Hugo se renfrogna et reporta son attention sur les céréales.
Ron regarda Harry par-dessus son sandwich, clairement amusé. Harry lui fit une grimace.
« - Je pense qu'il est temps de commencer à me chercher une maison. »
Harry passa le reste de la semaine à passer au crible toutes les propriétés à vendre à Londres, pensant aux avantages et inconvénients des maisons Moldus et Sorcières et faisant une liste alors qu'il était assis à la table de cuisine de Ron et Hermione ou étendu sur le lit temporaire des Weasley ou cacher derrière sa montagne de notes et dossiers, essayant d'éviter les regards ouvertement curieux de ses collègues du ministère et se réfugiant dans la merveilleuse indifférence d'Helga pour sa vie personnelle et ses observations mordantes sur son état de santé.
Entre la liste de décision et la marée habituelle de réunions, Harry trouva le temps de voir Ginny, boire un café avec elle et compléter la paperasse qui officialisera leur séparation. Le vendredi midi, ils pénétrèrent dans l'imposant bâtiment juridique, sous le soleil, pas tout à fait divorcés mais sachant que ça ne tenait qu'à un document maintenant. C'était un sentiment étrange et déconcertant, regardant Ginny dans la lumière du soleil et se rendant compte que dans une semaine ou deux, quand la dernière paperasse serait traitée, tout serait fini. Pourtant, il pensa à Draco et son expression douloureuse quand il avait expliqué qu'il entendait encore que les choses soient finalisées et savait que c'était mieux ainsi.
Le samedi matin, Harry rassembla ses liste, enfila une robe chaude et récupéra Lily. Il avait hâte de passer du temps avec elle, surtout maintenant que les garçons étaient retournés à l'école et il savait qu'elle était anxieuse à l'idée que son père parte trop loin. Il savait aussi qu'il était temps pour lui de quitter la chambre d'ami de Ron et Hermione et l'idée de tuer plusieurs oiseaux avec une pierre était séduisante.
Elle était incertaine au début mais l'enthousiasme la gagna lentement alors qu'elle et Harry suivit un agent immobilier dans plusieurs maisons, inspectant les petits jardins de celles à la périphérie de Londres ou observant curieusement depuis les balcons de celles en plein centre-ville, regardant le trafic avec intérêt. Pour une petite fille qui n'avait jamais vécue ailleurs que Loutry Ste Chaspoule, la ville était nouvelle et passionnante et Harry savourait l'excitation de Lily, lui permettant de prendre sa liste des mains et le guider dans la rue vers la propriété suivante, même si elle ne savait pas vraiment où elle allait ou même dans le bon sens.
Ce n'était pas important. Soudain, tout ce qui le préoccupait était d'être sûr qu'elle savait qu'elle avait une place dans sa vie, qu'importe où il allait et avec qui il vivait.
« - Celle-ci a une balançoire ! » Se réjouit-elle, se précipitant dans le jardin d'une maison en banlieue et presque fonçant dans le très agréable jeune homme qui expliquait à Harry pourquoi c'était important d'avoir une cuisine moderne équipée.
« - Génial. » Dit Harry, amusé. Il tira un stylo moldu de la poche de son manteau et ajouta : 'plus : avec balançoire' sur sa liste.
« - Vous avez un beau grand jardin dans celle-ci. » Continua l'homme, apparemment heureux. « - Beaucoup de place pour un salon de jardin, un barbecue, des buts, vous savez. »
« - Des quoi ? » Demanda Lily perplexe.
« - Je veux parler des buts de football. » Expliqua l'homme, esquissant un sourire à la petite mine de Lily.
Lily leva les yeux vers Harry puis l'agent immobilier. « - Eh bien, nous ne jouons pas au football, nous jouons… »
« - Pouvons-nous jeter un œil à l'étage ? » Interrompit Harry, posant une main sur l'épaule de Lily et effectuant une légère pression. Elle cligna des yeux puis fit son plus charmant sourire à l'agent immobilier.
« - Je vais aller chercher ma chambre ! » Annonça-t-elle, décollant à toute vitesse.
Ils la suivirent à un rythme plus calme et Harry écouta à peine alors que le discours redémarrait. Lily choisissait 'sa' chambre dans chaque maison qu'ils avaient vu jusqu'à présent et il était heureux de la laisser faire. Il y aurait de la place pour tous ses enfants, bien sûr, mais il n'y avait plus que Lily qui était toujours prête à admettre qu'elle avait besoin de son père et il comptait bien être là pour elle.
« - Ooh, un puit de jour ! »
« - Tout à double vitrage. » Renchérit le jeune homme. « - A toutes épreuves des intempéries. »
'Plus : Double vitrage.' Écrivit Harry. Il ignora le reste. Ça ne semblait pas important.
En milieu d'après-midi, ils avaient visité presque toutes les maisons de la liste d'Harry. Lily commençait à avoir fait et elle n'était pas la seule. Harry leur acheta un cornet de frites à chacun dans un café rempli de vieilles femmes et ils trouvèrent un endroit pour s'asseoir. Lily posa ses pieds sur le banc, mit son cornet sur ses genoux et vident le sachet de ketchup sur ses frites avec une grande concentration.
« - Alors, qu'est-ce que tu en penses ? » Demanda Harry, mordant dans une frite et savourant le goût de la pomme de terre chaude, le sel et la graisse sur sa langue.
« - A propos des maisons ? »
Harry hocha la tête. « - Oui. Et tu as de la sauce tomate sur le nez. »
Lily sortit sa langue et lécha le ketchup avec facilité. « - La grande maison. Celle avec toutes les salles de bain. »
« - Cette maison ? » Demanda Harry surpris. Il y avait un tout petit jardin là-bas. « - Pourquoi ? »
« - Tu as beaucoup aimé celle-là. » Répondit simplement Lily.
Harry sourit et lui donna un coup dans les côtes. « - Je veux savoir celle que toi tu as aimé. »
Lily haussa les épaules. « - Je les ai toutes aimé, à l'exception de celle qui avait une odeur bizarre. Pourrais-je avoir la chambre dans le grenier ? »
« - Tu peux avoir tout ce que tu veux, Lil. »
Harry ébouriffa ses cheveux et essuya le restant de ketchup. Sa fille était perspicace, il devait bien le reconnaître… il avait aimé cette maison en ville. Haute et étroite, des escaliers branlants sur quatre étages, partant d'une cuisine au sous-sol jusqu'à un minuscule jardin sur le toit négligé. Le décor était simple et un peu minable et selon la dame brutalement honnête qui leur avait fait faire le tour, elle n'avait pas été habité depuis longtemps. Elle semblait assez surprise de voir que quelqu'un voulait la visiter même mais Harry avait adoré.
Il savait pourquoi aussi même s'il ne voulait pas l'admettre. Il l'aimait parce qu'elle lui rappelait le Douze Square Grimmaurd et il n'était sûr de comment il devait se sentir à ce sujet. Même si la voix raisonnable dans sa tête insistait pour que cette démarche soit un pas en avant et non un pas en arrière, l'attrait pour cette vieille maison était intense.
« - Je pense que je vais la prendre. » Admit-il enfin.
Lily se lécha les doigts. « - Je sais. Tu as eu ce sourire idiot pendant presque tout le temps où nous étions là-bas. »
Harry sourit, embarrassé. « - Super, merci pour ne m'avoir rien dit et m'avoir laissé ressembler à un idiot. »
« - Ce n'est pas à moi de t'empêcher de ressembler à un idiot. » Répliqua Lily.
« - Ah bon ? À qui revient la tâche alors ? »
Lily fronça le nez. « - Je ne sais pas. Je pense que c'était à maman avant alors… je suppose que tu dois le faire seul maintenant. »
Soucieux, Harry lui lança un regard oblique mais il n'y avait aucune trace de détresse sur son visage. Elle scrutait les profondeurs de son cornet pour chercher les dernières frites, apparemment indifférente. Harry soupira.
« - Je l'ai aimé parce qu'elle m'a rappelé une maison dans laquelle j'ai vécu un moment quand j'étais plus jeune. » Dit-il, décidant qu'elle était assez âgée e intelligente pour connaître au moins une partie de la vérité.
Lily le regarda, surprise. « - Avant que tu rencontres maman ? »
« - Non, j'ai rencontré ta mère quand j'avais onze ans. C'était un peu plus tard, pendant la guerre et ce n'était pas le plus bel endroit à l'époque et c'était un moment assez difficile pour tout le monde. » Harry fit une pause, fronçant les sourcils et triturant son cornet vide. « - Je suppose que c'est ridicule de s'être attachée à elle. Elle appartenait à Sirius Black, tu te rappelles de ce que je t'ai dit à propos de lui ? »
Lily hocha gravement la tête. « - Eh bien alors, ce n'est pas ridicule. »
« Tu ne connais pas la moitié de cela. » Pensa Harry, souriant à sa fille.
« - D'accord. » Dit-il. « - Ça sera celle-là. »
« - Pourra-t-on la peindre en violet ? »
Harry haussa un sourcil. « - Entièrement ? Tu ne penses pas que ça sera un peu trop ? »
« - Papa. Je parlais de ma chambre. » Répliqua Lily, le regardant pendant un instant d'une manière désobligeante.
« - Ah, d'accord. Pourquoi pas. Lorsque la vente sera concrétisée et je pense qu'il n'y aura aucun problème parce que personne d'autre ne semble vouloir l'acheter, tu pourras venir et m'aider à la décorer. »
Lily sourit et étendit ses bras et ses jambes, ressemblant à une étoile des mers.
« - Maman dit que c'est bien que tu es ta propre maison. » Dit-elle.
« - Je pense que c'est bien aussi. » Harry hésita mais finit par demander : « - Comment va maman ? »
Lily ferma les yeux et ne dit rien pendant plusieurs secondes. « - Elle va bien. »
« - Vraiment ? » Insista Harry.
Lily ouvrit un œil. « - Oui. Elle est triste parfois mais quand je lui demande… elle dit qu'elle était triste bien avant cela et que c'était pire. Je ne sais pas vraiment pourquoi. »
Harry savait pourquoi. Il hocha la tête, avalant le curieux mélange de soulagement et de honte qui monta dans sa gorge. « - Je veux qu'elle soit heureuse, tu sais. »
« - Je sais. » Dit Lily, le regardant soigneusement avec un œil marron. « - Elle l'est parfois. C'est juste bizarre que tout le monde soit parti, il n'y a plus que maman et moi dans la maison. Parfois c'est bien, la nuit dernière, nous avons fait des gâteaux et avons mis des concombres sur nos yeux. »
Harry sourit. « - En même temps ? »
« - Papa, tu n'es pas drôle. »
« - Désolé. »
« - Tu me manques, cependant. » Dit-elle et maintenant elle avait les deux yeux ouverts et regardait Harry.
« - Tu me manques aussi, Lil. » Dit-il en tendant le bras vers elle.
Après un instant, elle bougea sur le banc et se blottit contre lui, enfonçant son visage dans son manteau et le serrant très fort.
« - T'es-tu disputé avec Grand-mère et Grand-père ? » Demanda-t-elle finalement, la voix étouffée par le vieux manteau d'Harry.
« - Non, pourquoi dis-tu cela ? »
« - Je suis allée chez eux après l'école l'autre soir et j'ai dû rentrer plus tôt que d'habitude parce qu'ils ne se sont pas rendus compte que j'étais là au début. Je les ai entendus parler et Grand-mère disait qu'elle voulait t'appeler et Grand-père a dit qu'elle devait attendre que la situation s'élucide, quoi que cela signifie. »
« - Éclaircisse. » Murmura Harry distraitement.
« - Quoi ? »
« - Jusqu'à ce que la situation s'éclaircisse, c'est l'expression. Cela signifie... quand quelque chose d'énorme arrive, comme une explosion et il faut attendre que tout se calme afin de pouvoir voir où on en est et comprendre quoi faire. » Expliqua Harry, parlant un peu par expérience.
Lily hocha la tête de compréhension, les yeux plissés. « - Alors… qu'est-ce qui a explosé ? »
Harry réprima un sourire. « - Ta grand-mère, je suppose mais ne lui dit pas cela. »
« - James a dit qu'elle serait en colère. » Avoua Lily. « - Je suppose qu'il a raison sur certaines choses. »
« - Je suppose. » Acquiesça Harry. « - Elle est bouleversée mais ne t'inquiète pas. Tout ira bien. Si elle veut me parler, alors ça doit être un bon signe. »
Lily regarda le sol, apparemment peu convaincue.
« - Écoute. » Dit-il, enroulant ses mains autour de ses épaules et la tenant à bout de bras, forçant le contact visuel. « - Je ne vais pas laisser cela nous briser. Toi et moi, et James et Al, et Grand-mère et Grand-père, même moi et ta mère… nous sommes une famille et les familles se serrent les coudes, qu'importe ce qui se passe. »
Lily le regarda, les yeux écarquillés et se mordant la lèvre inférieure. « - Tu le promets ? »
Harry promit et toutes les incertitudes du monde ne l'empêchaient pas de croire en cela.
Sentant un optimisme prudent, tant à l'idée de sa nouvelle maison et d'une rencontre de réconciliation avec sa mère adoptive, Harry se plongea dans son travail, se concentrant sur ses responsabilités, essayant d'être une nuisance dans la maison de ses amis et parvint même à avoir un mot civile ou deux pour les journalistes qui le surveillait depuis derrière des buissons et l'aborder à l'extérieur du ministère. Il soupçonnait que la rumeur de sa récente baisse des hostilités s'était propagée parmi eux et maintenant, ils étaient partout.
La chose étrange, cependant, était que bien que les questions fréquentes étaient légèrement irritantes, Harry ne ressentait pas cette rage dévorante envers ses bougres opportuniste comme il le faisait habituellement. Il n'était tout simplement pas en colère ces derniers jours et il supposait que c'était une bonne chose.
Quand il rentra du travail un sombre et froid mercredi soir, mouillé par la pluie et la tête pleine de colonne de chiffres ahurissants, il pénétra dans une maison silencieuse et vide. Perplexe mais trop fatigué par vraiment y penser, il avança péniblement vers la cuisine, ouvrant la lettre qui lui était adressée au passage, pensant déjà à un thé bien chaud pour l'encourager à mettre un pied devant l'autre.
« - Je suis rentré. » Marmonna-t-il, les lèvres étiraient en un sourire las alors qu'il lisait les mots, ses doigts serrant le papier avec joie, terreur et un triomphe sans égale mesure.
Les épaules légèrement affaissées, il poussa la porte de la cuisine, posant la lettre sur le plan de travail et prenant la bouilloire. Les bras croisés, il se demanda qui avait laissé la lumière allumée, Hermione serait folle si elle le découvrait.
« - Voilà une bonne nouvelle, Harry. » Dit quelqu'un et il manqua de lâcher la bouilloire.
Il se retourna brusquement, l'eau clapota à l'intérieur de la bouilloire en cuivre et croisa le regard d'une Molly Weasley nerveuse, qui était assise à la table de la cuisine avec les mains croisées sur ses genoux, comme si elle l'attendait.
Il laissa échapper un soupir et se sentit immédiatement comme un idiot. « - Vous m'avez fait peur. » Admit-il. « - Je ne sais pas quel genre d'Auror je suis pour cela. »
« - A très fatigué, à en juger par ta tête. » Dit Molly. « - Pourquoi ne viens-tu pas t'asseoir ? »
Harry hésita une seconde ou deux avant de poser à contrecœur la bouilloire et installé son corps fatigué sur la chaise en face de Molly. « - Où est tout le monde ? »
« - Au Terrier. J'ai demandé à Arthur d'acheter à manger pour tout le monde au nouveau fish and chips au village. » Dit Molly avec une lueur indulgente dans les yeux.
Harry sourit. Il prit une profonde inspiration. « - Alors… comment allez-vous ? »
« - En fait, c'est ce que j'étais venue te demander. » Dit doucement Molly. « - J'espère que tu me pardonneras d'avoir attendu si longtemps. »
Ses mains se tordaient nerveusement sur ses genoux alors qu'elle le regardait, le rendant mal à l'aise avec la tristesse qu'elle essayait durement de cacher derrière sa façade de mère attentionnée et ses épaules stoïques que le passage du temps n'avait pas diminuées. Même si elle lui souriait, il pouvait voir que son sourire était légèrement crispé et il lui répondit péniblement.
« - Je n'ai pas à vous pardonner. » Dit-il. « - Vous avez le droit d'être en colère. »
« - Tu es un bon garçon, Harry. » Déclara-t-elle, se penchant à travers la table et serrer son poignet. « - Tu sais… c'est difficile pour une mère de se rendre compte qu'elle a manqué quelque chose de si important. Je ne pouvais pas… je ne peux toujours pas croire que je n'ai pas vu que vous étiez tous les deux si malheureux. »
Harry soupira. « - Je sais. Mais… si cela peut vous rassurer un peu, je pense que nous ne le savions pas non plus. Nous faisions juste… du somnambulisme. » Dit-il, se souvenant de la description de Ginny et se rendant compte qu'elle était plutôt précise. Le visage de Molly s'affaissa de tristesse et Harry saisit sa main. « - Tout va bien se passer. » Insista-t-il.
« - Arthur et moi avons parlé de ce que tu as dit. » Continua-t-elle. « - Tu sais, dans le garage. »
Harry déglutit. « - Oui, j'ai pensé que vous deviez savoir. »
« - Et je veux te dire que cela ne fait aucune différence pour moi. Pas du tout. » Dit-elle farouchement, se penchant sur la table avec des yeux brillants.
Surpris par la véhémence soudaine, Harry hocha la tête, incapable de former une réponse cohérente.
« - Je t'aime, Harry. » Poursuivit-elle, clignant à peine des yeux et si Harry n'était pas aussi enraciné dans la gravité de tout cela, il trouverait sans doute cela amusant de voir cette vieille dame lui déclarer des mots d'amour entre les dents serrées.
« - Je sais. » Répondit finalement Harry. « - Je vous aime aussi. »
« - Bien. Donc tu sais que je ne t'abandonnerais pas, ni te renierais ou… quoi d'autre ? » Elle baissa les yeux durant une seconde ou deux et à la stupéfaction d'Harry, elle fouilla dans les poches de son gilet multicolore pour en sortir un morceau de parchemin. Elle prit ses lunettes et parcourut rapidement les mots. « - Ah, oui… 'Promettre que tu n'abandonneras pas, ou renieras ou tortureras psychologiquement mon père. Il t'aime et ce n'est pas sa faute s'il est homo. Ceci est un mot correct à utiliser, ne t'inquiète pas, j'ai demandé à un de mes amis qui s'y connait'. »
Impossible de décider s'il devait rire, grincer des dents ou cacher son visage dans ses mains, Harry opta pour un mélange des trois.
« - Oh mon dieu. » Marmonna-t-il, reniflant inélégamment et regardant Molly entre ses doigts. « - Qu'est-ce que c'est ? »
Molly plia le parchemin et lui fit un drôle de petit sourire. « - Une lettre de James que j'ai reçu ce matin. Enfin, une partie. Il y a plus mais c'est la partie qui m'a sauté aux yeux. »
« - Oh… » Harry se mordit la langue juste à temps pour se retenir de jurer. « - Je suis désolé. Je suis sûr qu'il voulait bien faire, il essayait probablement…. »
« - D'essayer de prendre soin de son père ? » Termina Molly, regardant Harry.
« - Oui. Écoutez, je vais lui écrire et lui dire qu'il ne doit pas vous parler comme ça. » Dit-il, laissant tomber ses mains sur la table. Secrètement, il voulait plutôt embrasser James et augmenter son argent de poche mais il soupçonnait que ceci était un acte 'agir comme un adulte'.
« - Pas besoin. » Dit Molly en remettant la lettre dans sa poche. « - Je lui ai déjà écrit et lui ai dit que vu que je n'avais pas l'intention de faire aucune de ces choses, il pouvait arrêter d'être inquiet et commencer à étudier. » Elle sourit et Harry ne put rien faire d'autre que sourire aussi.
Soulagé, Harry posa son menton dans une main et laissa son regard dérivait autour de la cuisine. La douce lumière éclairait la table de pin et bruit de la pluie berçait doucement Harry qu'il pouvait presque oublier ses bottes gorgées d'eau, sa robe humide et son cerveau qui semblait pilonner l'intérieur de son crâne.
« - Pourquoi ces conversations semblent toujours avoir lieu à une table de cuisine ? » Demanda-t-il, couvrant un bâillement.
« - Parce que la cuisine est le cœur de la maison. » Dit Molly. « - Pourquoi penses-tu que nous organisions toujours les réunions de l'Ordre dans la cuisine autrefois ? »
« - Je n'y avait pas vraiment pensé. » Admit Harry et l'expression de Molly retrouva soudainement bonne humeur à moitié réprobatrice. Harry n'avait jamais été plus heureux de la revoir.
« - Je sais que Ginny en sait plus que ce qu'elle m'a dit. » Dit-elle en regardant Harry. « - A propos de cet homme. »
Harry détourna le regard, l'estomac noué. « - Il n'y a rien à craindre, Molly. Rien n'est arrivé. Je pense qu'il est préférable de traiter… une chose à la fois pour le moment. »
Molly émit un petit son d'insatisfaction. « - Charlie avait peur de me parler dans un premier temps. » Dit-elle presque à voix basse et Harry leva les yeux. « - Je ne veux pas que tu ais peur de me parler. »
Pendant un bref moment, elle avait l'air terrifié et puis tout aussi rapidement, ça disparu, caché derrière la bonne humeur et le sourire habituel.
« - Je ne le suis pas. » Rassura-t-il. « - Je le promets. »
Molly regarda fixement pendant quelques secondes avant de se lever de sa chaise, apparemment satisfaite. « - Allons-nous prendre une tasse de thé ? »
Harry hocha la tête avec reconnaissance. « - Génial. Puis-je jeter un œil à cette lettre ? »
Allégé par la visite de Molly et fortifié par un énorme et chaud souper au Terrier avec Lily et ses grands-parents la nuit suivante, Harry trouva plus facile de supporter le reste de la semaine. Il lutta à travers ses notes, signa tout ce qui lui passa sous la main et alarma Helga en s'installant à son bureau et discutant avec elle alors qu'elle déjeunait. La certitude de ne pas perdre sa famille et de pouvoir emménager dans sa maison dans une ou deux semaines avait allégé sa culpabilité et son appréhension et il commençait à sentir qu'il pouvait faire face à tout.
Tout, semblait-il, à l'exception d'acheter des vêtements.
Après avoir reculé cela aussi longtemps que possible, Harry finit par céder le samedi matin après s'être vu dans le miroir de la chambre d'ami et se rendre compte qu'il n'en pouvait plus de se voir habillé comme un bibliothécaire sexagénaire. Il alla à Londres sans aucun plan cette fois et passa une heure agréable à tergiverser, entrant et sortant de petits magasins de meubles et faisant mettre de côté des tables, des canapés et de beaux tapis pour sa nouvelle maison. Avec les conseils de Molly en tête, il donna un montant obscène pour une grande et solide table de cuisine en chêne et chaises assorties et puis, étrangement heureux de choisir son propre mobilier pour la première fois, il trouva des lampes et des petits placards et toute une batterie de cuisine rouge brillante.
Il sollicita l'aide d'une jeune vendeuse enthousiaste pour la literie et elle semblait ravie d'aider Harry à choisir de nouveaux draps, couettes et un cadre de lit en fer forgé avec un matelas contenant un sort réfrigérant permanent qui d'après elle : « C'est trop génial, honnêtement Monsieur, j'en ai un à la maison. »
À contrecœur et beaucoup, beaucoup allégés de galions, Harry alla sur le Chemin de Traverse et commença la tâche beaucoup moins agréable de s'acheter une garde-robe décente. Il aurait pu le faire avec l'honnêteté et les yeux de Lily pour la couleur mais elle faisait du patin à glace avec ses amis d'école, donc il était seul. Il supposait qu'elle pourrait venir à la maison demain et rire de ses efforts mais ce n'était pas vraiment pareil.
Perplexe, il pénétra dans un magasin éclairé, espérant que quelque chose saute à lui mais ça ne semblait pas tout à fait aussi simple que cela. Il n'était pas vraiment amateur de boutique et les vendeurs bien vêtus le regardaient avec des yeux curieux et douteux, comme s'ils savaient qu'il n'était pas friand de cela. Il passa dix bonnes minutes à chercher parmi des chemises à motif et fronça les sourcils quand l'un d'eux se rapprocha de lui, toussant légèrement et attendant.
Harry leva les yeux. Celui-ci était plus âgé que les autres, même plus âgé que lui et il se détendit un peu.
« - Puis-je vous aider ? » Demanda-t-il d'une voix douce et attentive.
Harry soupira. « - Honnêtement, je n'en ai aucune idée. »
Les lèvres de l'homme bougèrent à peine mais ses yeux bleus brillèrent. « - Si vous me dites ce que vous cherchez, je peux être capable de le trouver pour vous. » Proposa-t-il.
Harry se mordit la lèvre et réfléchit. Il baissa les yeux vers les vêtements imprimés et criards et savait qu'ils n'étaient pas pour lui. Aucun d'eux, en fait. Ce qu'il cherchait, se rendit-il compte, c'était une sorte de compromis entre la garde-robe haute couture de son autre lui-même et les vêtements confortable qu'il aimait, comme un jean usé et troué. Il imagina Draco s'appuyait sur son épaule et poussait un soupir dramatique.
« - Et c'est pour cela que tu n'achètes pas tes propres vêtements. Tu ne sais pas ce que tu fais. »
Pris entre le désir et la volonté de donner un coup à ce Draco imaginaire, Harry regardait l'homme qui se proposait de le sauver et lui sourit.
« - Je n'aime pas ces chemises. » Déclara-t-il en désignant tout le rayon. « - Si cela aide. »
« - C'est un début, Monsieur. » Dit l'homme prudemment.
« - Bien. » Harry le regarda, essayant d'évaluer sa réaction face à l'honnêteté qui était sur le point d'émerger. « - Je ne veux pas avoir l'air vieux non plus. »
Les yeux de l'homme brillèrent. « - Venez avec moi. »
Au cours de la prochaine heure, Harry essaya tout ce qui était à sa taille dans la boutique, s'abandonnant rapidement aux connaissances de l'homme aux yeux pétillants, qui apparaissait à intervalles réguliers pour lui passer une pile de chemises, des pantalons et des chandails, attendant patiemment qu'il sorte de la cabine. Après les premières tenues, la maladresse d'Harry commença à disparaître et il se présentait ouvertement pour son approbation, regardant pensivement son reflet dans les nombreux miroirs étincelants alors que le vendeur voltigeait autour de lui, redressant un revers ici et lissant un pli là, arrangeant cravates et écharpes autour du cou d'Harry puis fronçant les sourcils et les enlevant pour des raisons qui étaient un mystère pour Harry.
« - Tournez-vous, Monsieur Potter, juste pour que nous puissions voir comment ce manteau bouge avec vous. » Conseilla-t-il.
Perplexe, Harry obéit, pensant que ce manteau en laine de veau, qui était au moins le quatrième qu'il essayait, se déplaçait très bien avec lui. Même s'il savait très bien qu'il n'y connaissait rien. Ses tentatives pour se vêtir au fil des ans, il le voyait maintenant, étaient nettement insuffisantes et en l'absence de Draco, sa meilleure option était de faire confiance à cet homme. Il était probablement la personne la plus polie qu'Harry ait jamais rencontré et bien qu'il n'ait jamais demandé les mensurations d'Harry, tous les articles, sans exception, qu'il portait étaient adaptés parfaitement à lui. Harry était à contrecœur impressionné.
« - Très bien. » Murmura l'homme, tapant ses longs doigts contre son visage. « - Essayez le cachemire de jade avec ce pantalon, peut-être ? »
Harry retourna dans la cabine et fouilla dans sa pile de pull, essayant de décider lequel des deux dans les tons presque identique était le bon.
« - Pourquoi es-tu si inutile quand il s'agit de couleur ? » Fit la voix de Draco dans sa tête, lui faisant fermer les yeux et pousser un profond soupir pour se reprendre. « - Tu es censé être un artiste. »
Harry se secoua, se retourna et montra les deux chandails à l'homme. « - Lequel d'entre eux est le vert jade ? Ils ont l'air pareil pour moi. »
Les yeux clairs brillèrent encore plus et une petite ombre de sourire apparut sur les lèvres de l'homme alors qu'il désignait le vêtement dans la main gauche d'Harry. « - Voilà pourquoi je suis là. » Dit-il de façon uniforme.
Harry sourit, retourna derrière le rideau et échangea le lourd manteau et la chemise pour le chandail glorieusement doux, rentrant résolument l'étiquette du prix avant qu'il puisse le voir.
« - Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? » Demanda-t-il, avançant à grandes enjambées dans la pièce avec le miroir et se présentant, le dos droit et les bras tendus pour l'inspection. À ce stade, ça n'avait plus d'importance s'il ressemblait à une mésange. Il n'y avait personne ici à part eux deux et il était bien décidé à faire cela correctement… s'il le faisait, peut-être qu'il n'aurait pas à le refaire avant une longue période.
« - Monsieur Potter, je crois que c'est votre couleur. » Dit l'homme, dardant ses yeux sur le reflet d'Harry alors qu'il lissait un pli invisible sur une manche et hocha lentement la tête.
« - Vraiment ? » Harry se passa une main dans les cheveux, incertain.
« - Oui. Regardez votre visage, il semble vivant. » Dit l'homme.
Harry suivit son regard et eut une agréable surprise alors qu'il se rendait compte que l'homme avait raison. La couleur donnait à sa peau une apparence saine, ses dents plus banche et ses yeux d'un vert vif et pétillant derrière ses lunettes. C'était incroyable. Toutes ces années qu'il avait passé à porter des couleurs marrons et fades semblaient oublier et l'homme qui lui retourner son regard dans le miroir ressemblait beaucoup à son autre lui-même, l'homme de l'aperçu et Harry eut beaucoup de mal à retourner son attention sur le vendeur, qui patientait derrière lui dans l'expectative, haussant les sourcils.
« - Oui. » Parvint-il à dire finalement. « - Vous avez raison. »
L'homme hocha la tête avec grâce. « - Je suis heureux que vous soyez d'accord. »
« - Je suppose que je ferais mieux de le prendre alors. » Dit Harry.
« - Très bien. Bon… je pense que nous avons encore du chemin à parcourir. »
« - Je sais, je sais. » Assurant Harry, souriant et retournant dans la cabine. « - Je suis tout à fait conscient du fait que vous n'avez pas terminé avec moi. Qu'est-ce qui suit ? »
Au moment où Harry rentra enfin, chargé de sacs et après avoir laissé plus d'argent que sa conscience voulait le reconnaître, l'obscurité tombait abondamment et l'air était plus frais. Reconnaissant pour le feu qu'il pouvait sentir avant même d'arriver dans le salon, il renifla l'odeur douce de thé et se demanda s'il y avait quelqu'un ici à qui il devait cacher ses achats. En fin de compte, cependant, il s'installa dans le fauteuil près de la cheminée et posa ses sacs à ses pieds. À travers ses yeux mi-clos, il observa son vieux jean et ses bottes éraflées. Il se demanda s'ils allaient lui manquer.
« - Harry, est-ce toi ? » Appela Hermione depuis la cuisine. « - Veux-tu une tasse de thé ? »
« - Hermione, je vendrais un de mes reins pour une tasse de thé. » Soupira-t-il, fermant les yeux.
« - Eh bien, espérons que tu n'auras pas à aller jusque-là. » Rigola-t-elle, le vieux plancher en bois grinçant sous ses pas, annonçant son arrivée dans le salon. « - Je viens juste de mettre l'eau à bouillir alors si… oh, mon… as-tu fait du shopping ? »
Harry ouvrit les yeux et pencha la tête en arrière, pour pouvoir la regarder depuis son fauteuil dans un angle vraiment sinueux. « - Absolument pas. »
« - Vraiment. Qu'est-ce que c'est que tous ces sacs alors ? » Demanda Hermione, croisant les bras et fixant Harry avec un sourire connaisseur.
« - Euh… des jouets pour les enfants pauvres. » Improvisa Harry.
Hermione grogna et approcha de son fauteuil, traversant le tapis et se postant devant la cheminée, à proximité des sacs d'Harry. Soupirant, il se remit droit et tenta un regard sévère mais ça ne marcha pas une seconde à en juger par l'amusement sur son visage.
Soudain, ses sourcils se haussèrent et elle se pencha en avant pour obtenir un meilleur regard sur lui.
« - T'es-tu coupé les cheveux, aussi ? »
Harry passa ses doigts dans ses cheveux avec incertitude. « - Pas beaucoup. » Marmonna-t-il, très conscient de lui-même. Le regard intense et calculateur d'Hermione ne l'aidait pas non plus. « - Je suis resté là-bas une éternité compte tenu de la quantité qu'elle a réellement coupé. » Se plaignit-il. « - Elle a dit que c'était mieux un effet désordonné plutôt que ce nid de poule. »
« - Je ne peux pas y croire. » Dit Hermione, assise sur ses talons et secouant la tête.
« - Moi non plus. Je dois mettre des choses dessus. » Divulgua Harry, sortant un petit pot rouge brillant de sa poche et le jetant à Hermione, qui l'attrapa et l'examina soigneusement.
« - Ca sent bon. » Dit-elle, remettant le couvercle en place. « - Et c'est bien, vraiment… je suis un peu surprise. »
« - Non, vraiment ? » Harry sourit.
Hermione lui tira la langue et jeta le pot sur la poitrine d'Harry avec plus de force que nécessaire, fronçant les sourcils quand il l'attrapa d'une main.
« - Je pense que c'est bien… tu n'as jamais pris soin de toi-même. » Dit-elle.
Ne sachant pas s'il devait être offensé ou non, Harry haussa un sourcil. « - Oh, vraiment ? »
Hermione rougit mais quand elle baissa les yeux, ils se posèrent sur ses sacs. « - Alors, qu'est-ce que tu as acheté ? » Demanda-t-elle, levant les yeux et toute trace d'embarras ayant disparu.
« - Ce n'est pas grand-chose. »
« - Montre-moi. » Cajola-t-elle, se balançant légèrement d'un côté à l'autre comme un python voulant du bacon.
Harry hésita.
« - Ron et Hugo sont à l'étage, tu sais. » Dit-elle avec désinvolture.
« - Ils font quoi ? »
« - Ils faisaient semblants d'être des sous-marins aux dernières nouvelles mais je suis sûre que je pourrais les convaincre de descendre pour qu'Oncle Harry fasse un défilé de mode… »
« - D'accord, d'accord. » Interrompit Harry à la hâte. Il n'avait aucune envie de montrer sa nouvelle garde-robe à Ron, qui faisait toujours un travail épouvantable pour cacher son amusement ou Hugo, qui à son âge était douloureusement honnête et il était peu probable qu'il puisse se retenir s'il pensait que son Oncle Harry ressemblait à un troll. S'il était honnête, il était plus inquiet de porter ses vêtements devant tout le monde, en dépit de ce que le vendeur avait pu dire.
« - Fantastique. » Dit Hermione, s'asseyant sur le tapis, le visage éclairé d'un sourire triomphant.
Harry soupira et prit le premier sac, sortant un pantalon anthracite sur mesure avec une attache diaboliquement inutile. « - Je ne les mettrais pas. » Prévint-il.
« - Je n'ai pas besoin que tu les portes. J'ai une imagination. » Lui répondit-elle, tendant la main et touchant le tissu entre ses doigts d'un air approbateur. « - Très joli. »
Soulagé, Harry le mit de côté et montra plusieurs autres pantalons et trois jeans ajustés : un sombre, un clair et le dernier avec des déchirures et déteint à certains endroits et le vendeur lui avait assuré que ceci était 'la chose à porter en ce moment'.
« - Maintenant, je voudrais te voir dans ceux-là. » Dit Hermione, regardant les jeans à la mode avec quelque chose proche de l'envie. « - Tu es un homme courageux. »
Harry grogna. « - Eh bien, nous verrons si je les mets réellement. »
Il fouilla parmi les sacs restant et sortit le chandail vert et le montra également.
« - Oh, il est beau. Je commence à penser que tu as été aidé. »
Harry laissa tomber le pull sur ses genoux et lui lança un regard foudroyant. « - Bien sûr. Si j'avais dû me débrouiller seul, je serais revenu à la maison avec d'autres vêtements bruns. » Il prit un autre pull, celui-ci étant rouge foncé. « - Qu'en est-il de celui-là ? »
« - Je l'aime. »
« - Et ça ? » Une chemise noire aux boutons argentés.
« - Très chic. »
« - Ça ? » Un tee-shirt bleu foncé avec des coutures blanches et un ourlet effiloché.
« - Harry, j'ai le sentiment que c'est incroyablement branché. » Dit Hermione en souriant.
« - Comportes-toi bien. Et ça ? »
« - Euh… intéressant ? » Hésita Hermione, fronçant la vue au vêtement qu'Harry tenait.
Il regardant, sentant maintenant plus que jamais que le vendeur astucieux avait fait une étrange erreur avec celui-ci. Il était très… orange. Et personne n'avait besoin d'autant de fermetures, surtout quand aucune d'elles semblaient aller au même endroit.
« - Un peu voyant ? »
Hermione rigola. « - Un tantinet. »
Harry sourit et lança la création bizarre orage (que le vendeur lui avait assuré que ça lui donnerait un air 'tendance') dans le sac le plus proche. « - Ah, bien. Un petit accro sur une centaine n'est pas trop mal pour un taux d'échec. »
« - Je pense que tu fais une crise de moitié-vide vestimentaire. » Dit-elle en faisant glisser à elle un autre sac de vêtement.
« - Je pense que tu m'as promis une tasse de thé. » Fit-il remarquer.
Elle se leva en riant et tapota son genou alors qu'elle retournait dans la cuisine.
« - Périscope ! » Hurla Hugo, suivit quelques seconde plus tard un puissant splash et le son de Ron faisant ce qui semblait être des bruits de baleine.
Se souvenant de l'avertissement d'Hermione, Harry rassembla ses sacs et les rangea dans le placard de sa chambre d'ami. Puis, avec un étrange sentiment de nervosité et de soulagement, il entassa tous ses vêtements vieux, bruns ou informe en un tas au sol, ne gardant qu'un seul jean fripé… celui qu'il portait, juste au cas où… il prit sa baguette et fit disparaître le tout.
Après le dîner, qu'il avait cuisiné, dans une tentative de soulager un peu Hermione, Harry se retira dans sa chambre et essaya ses nouveaux vêtements, s'observant dans le miroir et essayant de se rappeler des conseils du vendeur. Quand il fut rassuré qu'il ne ressemblait pas à un idiot habillé en peau de mouton, il se laissa tomber sur le lit et écouta le grondement doux de la conversation de ses amis qui filtrait sous la porte.
« - J'ai mis Hugo au lit. » Dit Ron, ses pas claquant lourdement sur le plancher du salon. « - Veux-tu.. »
« - Ron, baisse la voix. » Siffla Hermione. « - Tu vas réveiller Harry. »
« - Il ne dors pas encore. » Répliqua Ron, baissant la voix un court instant. « - Il est seulement huit heures et demie ! »
« - Il a dit qu'il allait dans sa chambre et il avait l'air vraiment fatigué. » Insista Hermione et Harry pouvait l'imaginer en train de croiser les bras et fixer Ron avec son plus redoutable regard.
Un peu offensé, Harry se redressa sur ses coudes et regarda une fois de plus son reflet, il n'avait pas l'air si mal que ça. En fait, pensa-t-il, il semblait plus sain et plus alerte que ce qu'il avait été depuis des mois. Il retomba sur le lit et roula des yeux au plafond. Il avait probablement passé plus de temps à se regarder dans un miroir aujourd'hui que ce qu'il avait fait dans sa vie d'adulte jusqu'à maintenant, ce qui était un peu inquiétant.
« - … N'a pas besoin d'être materner, Mione. » Dit Ron, un peu plus fort maintenant.
« - Oh, et qu'en sais-tu ? » Répliqua vertement Hermione.
Les mains sur les hanches, maintenant. Pensa Harry. Il plissa les yeux et ses joues rougirent.
Il gémit et jeta un sort de silence sur la porte, puis croisa les bras sur son visage. La dernière chose qu'il voulait, c'était d'écouter la dispute inutile entre ses meilleurs amis, le jour de son emménagement n'arrivait pas assez vite. Ils avaient été merveilleux de l'accueillir dans leur maison, vraiment, l'impliquant dans leur vie de famille comme toujours et ils ne lui avaient jamais demandé quand il avait l'intention de partir, mais il soupçonnait qu'ils le faisaient seulement par politesse. Ils avaient besoin d'espace et il devait être avec des gens qui ne ressentaient pas le besoin de marcher sur des œufs en sa présence.
Soudain las par un épuisement dû à la frustration et son shopping, Harry lança sa pile de vêtements au sol, retira sa chemise et son pantalon et se glissa sous les draps. Il se fichait qu'il soit huit heures et demie et un samedi soir. Il avait sommeil et demain, il sortirait.
Il se réveilla alors que le soleil se levait, se sentant rafraîchi et dynamisé et décida de profiter du fait que Lily était une lève-tôt, et Ginny par extension, même le week-end. Il lui envoya un message rapide par hibou pour qu'elle le rejoigne, lui rappelant de laisser une note à sa mère et alla récupérer des jus et des muffins restant du repas d'hier soir et partit à sa rencontre.
Alors qu'il menait la petite colline qui menait à Willoughby Drive, ses chaussures s'humidifiant à la rosée humide, Lily accourut vers lui en riant. Ses cheveux volaient dans le vent comme un fanion, semblant brillé sous les rayons et juste pendant un moment, elle avait l'air terriblement grande.
« - Viens, papa ! » Appela-t-elle, tendant la main et il termina les derniers mètres de la montée. Il se tint au sommet, respirant les odeurs enivrantes de l'hiver, la terre humide et l'herbe givrée.
« - As-tu laissé une note à ta mère ? » Demanda-t-il, sortant le bout de sa baguette afin de lancer un discret sort de séchage sur l'herbe. « - Je ne veux pas qu'elle se réveille et panique. »
« - Bien sûr. » Dit Lily, s'asseyant au sol et croisant les jambes. Elle leva les yeux vers lui, le regardant avec inquiétude. « - Tout va bien ? »
Harry sourit et s'installa à côté d'elle, se demandant ce que Draco aurait à dire à propos des gens qui s'asseyaient dans l'herbe avec un nouveau pantalon coûteux. Il en avait une assez bonne idée.
« - Oui. Je voulais juste prendre le petit-déjeuner avec ma meilleure fille. » Dit-il, sortant les muffins et les jus. « - Est-ce un crime ? »
Lily rigola et une petite partie d'Harry soupçonna qu'elle devait penser que son père était un peu idiot. Curieusement, ça ne le dérangeait pas tant que ça.
« - Non. » Dit-elle en roulant des yeux et acceptant sa part de nourriture. Prenant une énorme bouchée de son muffin, elle soupira et regarda la vallée qui s'étendait devant eux. Harry la regarda, avalant une gorgée de jus froid et savourant les vagues de contentement qui déferlaient en lui.
« - T'es-tu amusée hier ? » Demanda-t-il après un moment.
Lily sourit. « - Oui, c'était génial. Jeannette m'a appris à faire une figure. Je suis beaucoup tombée mais j'ai réussi à la faire ! »
« - Très impressionnant. » Dit Harry en lui rendant son sourire.
« - Merci. Peut-être que toi et moi pourrions aller en faire un jour. » Dit-elle en lui lançant un regard plein d'espoir.
« - Du patin à glace ? » Précisa-t-il, secrètement agacé par l'idée.
« - Oui. Si tu veux, je veux dire. » Lily s'interrompit et se mordit la lèvre pendant un moment. « - C'est agréable de faire des choses avec toi. » Dit-elle dans un murmure presque. « - Avant que maman et toi divorciez… tu n'avais jamais le temps. »
Elle rougit et se tut, arrachant un gros morceau de son muffin et le fourrant dans sa bouche comme pour essayer de se retenir de dire quoi que ce soit d'autre. Le cœur d'Harry se tordit douloureusement et crispa ses doigts sur l'herbe froide en faisant l'effort de garder les excuses qu'il savait être inutile.
« - Absolument, nous irons en faire. » Dit-il finalement. « - Je vais probablement tomber après dix secondes. » Ajouta-t-il, espérant la faire sourire et cela fonctionna. « - C'est agréable de faire des choses avec toi aussi. Mange ton petit-déjeuner. »
Harry ne put pas s'empêcher de sourire à lui-même alors qu'il descendait la colline et retournait dans la maison, rejouant mentalement l'examen flatteur de Lily à sa tenue. Apparemment il avait l'air 'assez cool', ce qui était une première et plus que suffisant pour lui. Toujours déterminé à passer la journée dehors et laisser à Ron et Hermione la chance de faire… eh bien, tout ce qu'ils faisaient quand il n'était pas là, il se glissa à nouveau dans la maison silencieuse, saisit ses vêtements de travail et ressortit avant qu'Hermione puisse l'entendre et lui demande s'il voulait un bol de porridge.
Le ministère était relativement calme mais il y avait encore assez de gens qui couraient partout pour rendre l'endroit vivant et rappeler à Harry que, bien qu'il ne travaillait pas les week-ends, il y en avait beaucoup qui le faisait. Il recueillit quelques clins d'œil sympathiques et quatre variation un peu décalé de 'Bonjour Monsieur Potter, est-ce que tout va bien ?' alors qu'il marchait vers son bureau. Et il était assez amusé de sourire et assurer à ses collègues que oui, il venait travailler un dimanche et non, ils n'avaient pas à craindre que le monde tombe en poussière.
Son bureau semblait terriblement stérile sans Helga et il se demanda ce qu'elle faisait durant les week-ends. Même elle avait quelque chose de mieux à faire de que rester assis à son bureau un dimanche matin ensoleillé, pensa-t-il et il enterra immédiatement cette réalisation au fin fond de sa tête avant de ruiner sa bonne humeur.
Laissant la porte de son bureau grande ouverte… plus parce qu'il pouvait qu'autre chose… il se laissa tomber dans son fauteuil et ses yeux se posèrent sur sa montagne de dossier sans grand enthousiasme. Elle semblait avoir augmenté en taille depuis vendredi après-midi, si bien qu'Harry se demandait si ces bougres se reproduisaient. Résigné, il prit sa plume et commença.
Cinq minutes plus tard, il abandonna sa tâche en faveur de tourner lentement sur sa chaise, les bras ballants à ses côtés et regardant le plafond. Il avait fortement essayé d'être productif et un bon ami et tous ces trucs importants mais ça ne servait à rien s'il ne pouvait pas sortir de sa mémoire le Draco inutilement-chaud-maintenant Malfoy de son esprit.
« - Harry. » Haleta-t-il, les yeux brûlants de désespoir et ses doigts saisissant le dos humide d'Harry, quémandeurs, exigeants. « - Dépêches-toi, Blaise va arriver dans une minute et… oh putain, oui… je ne sais pas pour toi mais je ne prévois pas de l'inclure. »
Soudain, les yeux n'étaient pas ceux du Draco en plein désarroi sur le canapé du Numéro Douze mais ceux appartenant à l'homme glacial vêtu de noir au match de Quidditch, l'homme qui disait : 'Qu'est-ce que tu veux, Potter ?' Et faisait se nouer les entrailles d'Harry.
Harry gémit, posant les mains sur les accoudoirs de son fauteuil. Pour une raison quelconque, il ne put pas se retenir de sourire mais il fit de son mieux pour ignorer la dureté croissante sous sa robe, parce que même s'il ne faisait pas un travail très jouissif durant ces dernières semaines, il ne comptait pas se masturber au bureau. En dehors de toute autre chose, ça semblait juste triste.
Une chose était claire au milieu de toute cette folie. Cet homme avait pris une résidence permanente dans sa tête, les deux versions de lui en une fusion confuse des deux, un avec des mots durs et l'autre avec un sourire chaleureux mais il n'avait aucun des deux mais il le voulait tellement que c'était douloureux et maintenant qu'il était seul, il semblait incapable de penser à autre chose. Tout était bien quand il avait Lily ou Ron ou Hermione ou un vendeur de vêtement pour le distraire mais il savait que même la plus solide de ses défenses était peu susceptible de tenir beaucoup plus longtemps.
Il soupçonnait que qu'il ne devait pas bondir directement dans… eh bien, quoi que ce soit mais surtout cela, après la fin de son mariage mais le besoin de savoir, de tout savoir à propos de ce Draco était infiniment plus fort que la voix rationnelle dans sa tête. Malgré ses paroles à Molly de traiter une chose à la fois, l'idée d'attendre devenait de plus en plus intolérable à chaque minute qui passait.
Harry posa ses pieds sur le bureau et se pencha en arrière sur sa chaise, aspirant et relâchant une respiration lente et apaisante. Il avait besoin d'un plan, ou au moins un semblant d'idée de comment il allait faire à ce sujet.
« - L'outil le plus puissant que l'on peut donner à un ennemi est un manque de préparation. » Marmonna-t-il, tirant automatiquement les mots du Code de Conduite des Aurors, malgré qu'il ne l'ait pas lu depuis des années. « - Mais il n'est pas ton ennemi, idiot. Pense comme une personne normale. »
« - Euh… vous me parlez ? » Demanda une petite voix fluette.
Harry sursauta légèrement et se tourna vers la porte, qu'il avait délibérément laissée ouverte mais aussi celle de l'antichambre qu'il avait laissée ouverte par accident. Un petit homme avec une longue barbe blanche et des lunettes épaisses était debout sur le seuil et regardait Harry d'un air interrogateur.
« - Non, désolé, je… pensais à haute voix. » Admit-il, retirant ses pieds du bureau et tenta d'avoir l'air professionnel, même si c'était probablement trop tard.
« - Ah, ne vous inquiétez pas, j'étais juste de passage. » Dit l'homme. Il se tourna pour partir puis s'arrêta, octroyant un petit sourire en coin à Harry. « - Il est préférable de penser à haute voix que ne jamais penser du tout. »
Sur ce, il hocha la tête à Harry et disparut dans le couloir. Harry cacha son sourire dans ses mains, étrangement fortifié par le conseil non-sollicité. Après un moment, il croisa les bras, se mordit les lèvres et considéra ses options.
Il pouvait attendre. Il savait que Draco serait au prochain match de Quidditch, Serdaigle contre Poufsouffle et ce serait un point de départ facile pour une conversation. Cela dit, le match ne se déroulerait pas avant presque un mois, selon James, qui avait commencé à envoyer à Harry toutes nouvelles liées au Quidditch et un mois d'attente était très long. Du moins, ça semblait très long en cet instant.
Pendant une minute ou deux, il joua avec l'idée désinvolte de traîner devant Gringotts, où il aurait de fortes chances de tomber sur Draco mais la partie censée de son cerveau lui rappela que non seulement Ginny y travaillait également mais qu'il apparaîtrait certainement comme un harceleur fou, ce qui n'était pas vraiment susceptible d'être un bon premier mouvement, toutes choses considérées.
Frustré d'être de retour à la case départ, Harry fit brutalement tourner son fauteuil, s'arc-boutant au vertige inévitable et pensa au probable dimanche matin morose de Draco. Il devait probablement errer dans son manoir où des gens pouvaient se promener pendant des jours et ne pas se voir.
Harry s'arrêta brutalement, faisant chauffer la semelle de sa chaussure sur le tapis. Le cœur battant à toute vitesse, il bondit sur ses pieds et se précipita, un peu chancelant, vers l'Atrium.
L'air était froid mais le soleil brillait haut dans le ciel et illumina tous les alentours qu'Harry pouvait voir dont les pelouses luxuriantes et le manoir lointain. C'était très beau et à peine reconnaissable de la propriété délabrée qu'il se souvenait de la guerre.
Chassant les souvenirs inutiles, il s'approcha du portail en fer forgé à la main, prenant soin de ne pas le toucher jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'il n'était pas ensorcelé pour blesser son bras ou le transformer en mulot. À travers la grille, il aperçut un groupe de paons, il en compta dix regroupés autour d'une petite fontaine élaborée et il les regarda évolué avec un plaisir apparent alors que la fontaine projetait une eau miroitante. Alors qu'il les regardait, un des oiseaux se tourna vers lui, l'observant avec des petits yeux noirs intelligents.
Irrationnellement frappé par le sentiment qu'il était soupçonné, Harry se détourna et concentra son attention sur le portail à la place. Expert en sortilège, il fit courir une main attentive et légère sur le métal, sentant le bourdonnement de la magie de protection et notant avec intérêt qu'il n'y avait aucun sort de repoussement. En fait, la sécurité était très ordinaire et il savait qu'il pouvait la briser en quelques secondes mais il ne voulait pas.
Parce que c'était probablement plus qu'un peu stupide de se présenter chez Draco sans invitation et il était le premier à admettre qu'il ne pouvait pas vraiment être considérer comme un ami pour le moment mais il avait agi sous l'impulsivité et il ne voulait pas reculer maintenant. Harry passa vaguement une main dans ses cheveux et regarda autour de lui, cherchant une sorte de sonnette ou dispositif d'invocation mais il n'y avait rien.
« C'est presque comme si ces gens ne voulaient pas de visiteurs. » Fit une petite voix dans sa tête.
Harry l'ignora et se renfrogna. Il savait… quelque part au fond et bien caché… que l'entêtement et témérité et toutes sortes de choses Gryffondor resurgissaient mais il était impossible de s'en occuper alors que Draco lui manquait si farouchement. Il savait aussi que le Draco qui vivait à l'autre bout de ce chemin était, en substance, un autre homme mais il devait essayer. Mieux valait passer complètement pour un fou plutôt que de passer le reste de sa vie à se poser des questions.
« - Arrête ça. » Fit une voix puis il y eut des bruissements d'ailes et un des paons passa sur un parterre de fleurs et devant le portail avant de disparaître dans un buisson. Harry se tordit le cou, dans l'espoir de localiser la source de la voix. Elle était douce, féminine et d'un raffinement familier.
« - Bonjour ? » Appela-t-il avec espoir.
Pendant un moment, il n'y eut pas de réponse puis une haute silhouette émergea, marchant à travers la pelouse vers le portail. La femme portait un pantalon foncé, un long cardigan et portait un panier tissé à son bras dans lequel se trouvait plein de fleurs. Son grand chapeau cachait son visage à la vue d'Harry mais les longs cheveux blonds étaient un indice. Même ainsi, Harry pouvait à peine croire que la femme qui s'approchait de lui, sécateur à la main et élégante, était Narcissa Malfoy.
Alors qu'elle se rapprochait, Harry se rendit compte que les disparités entre cette femme et son homologue dans l'aperçu ne se limitaient pas à leur tenue vestimentaire. Cette Narcissa semblait plus âgée et plus usée que la matriarche acerbe qui avait offert à Harry un cygne hideux en verre pour Noel et pour quelques raisons, Harry était plus intimidé que jamais.
« - Auror ? » S'enquerra-t-elle, ses yeux bleus fixés sur la robe qu'Harry avait oublié de retirer. « - Quelque chose ne va pas ? »
« - Non, Madame Malfoy, je… »
Elle leva les yeux, rencontrant finalement son regard. « - Oh ! Auror Potter ! » Elle fit une pause. « - Quelque chose ne va pas ? »
« - Non, je… je voudrais parler à Draco, s'il est présent. » Déclara Harry, faisant un effort pour garder ses mains le long de son corps et résister à l'envie d'hausser les épaules comme un adolescent maladroit.
« - Je vois. Est-ce qu'il vous attend ? » Demanda-t-elle, levant une main pour retenir son chapeau alors qu'une rafale de vent particulièrement forte soufflait. Son accent raffiné et coupant était toujours le même mais les mots ne contenait pas la morsure qu'Harry s'était attendu… la question était juste… une question… et elle le regardait avec curiosité, rangeant son sécateur dans son panier et prenant sa baguette.
« - Probablement pas. » Admit Harry, et cette fois, rien au monde ne put l'arrêter de se passer une main dans les cheveux.
« - Draco m'a dit qu'il vous avait vu récemment à Poudlard. » Dit Narcissa d'une voix neutre, se reculant légèrement et ses doigts pâles jouant avec sa baguette.
« - Ah oui ? » Marmonna Harry, se sentant rougir. « - Je suis allé voir mon fils jouer… il est Batteur dans l'équipe de Gryffondor… il a fait un bon match, je suis vraiment… fier de lui. » Termina-t-il tranquillement, réalisant qu'il parlait sans réfléchir et incertain si oui ou non la lueur d'amusement dans les yeux de Narcissa était de bon augure pour lui.
« - Je suis très fière de mon fils aussi. » Dit-elle uniformément, tapotant le portail avec sa baguette et reculant alors que les grilles s'ouvraient pour laisser entrer Harry.
« - Merci. » Dit-il en entrant et attendant alors qu'elle effectuait une petite procédure de verrouillage complexe. Quand elle se mit en route, il s'empressa de la suivre, prenant une seconde pour ajuster sa foulée à la sienne et optant pour garder la bouche fermée… il était à l'intérieur maintenant et avait déjà reçu beaucoup plus de politesse qu'il pouvait s'y attendre. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de ne pas tout gâcher.
Il pouvait le faire. les jardins étaient une distraction adéquate, plein de créatures et pelouses bien entretenues et de fleurs vives qu'Harry suspectait avoir bénéficiées d'un coup de main pour être florissante en plein milieu de l'hiver. L'air était froid et riche du parfum de terre fraîche ainsi que quelque chose d'amer et sophistiqué qui provenait des cheveux et vêtements de Narcissa.
« - Je crois que Draco est dans son bureau. » Dit-elle alors qu'ils atteignaient le coin de l'allée et le manoir fut pleinement en vue. « - J'ose dire qu'il sera surpris de vous voir, Auror. »
« J'ose dire qu'il le sera. » Acquiesça silencieusement Harry. Au lieu de cela, il dit : « - Vous n'avez pas besoin de m'appeler Auror, Madame Malfoy. Je ne suis pas en service. »
Narcissa lui lança un regard oblique. « - J'essayais simplement d'être polie. » Dit-elle, laissant échapper un petit soupire qui semblait véhiculer la mystification plutôt que la désapprobation. « - Comme vous, j'imagine. Comment préférez-vous être appelé ? »
Harry hésita pendant quelques secondes, continuant à avancer à ses côtés dans le gravier. Rien de tout cela ne se passait comme prévu mais il pouvait s'adapter, pensa-t-il.
« - Juste Harry sera bien. » Proposa-t-il finalement.
« - Comme vous le souhaitez. » Elle fouilla dans son panier et récupéra la paire de sécateur et Harry s'arrêta, fasciné alors qu'elle se penchait pour couper une bouture d'une plante étrange qui avait jugé bon de croître au bord de la route, à plusieurs mètres du lit de fleurs le plus proche. Elle l'examina avec intérêt et la mit dans son panier avec qui ce qui ressemblait à un sort de stase, en quelque sorte. « - C'est étrange de regarder tant de vieilles formalités disparaitre. » Confia-t-elle, regardant Harry en se redressant. « - Mais le changement est la nature des choses. Le progrès est souvent source de confusion. » Elle lui adressa à peine l'ombre d'un sourire et Harry se demanda ce qui était arrivé à la froide femme aux lèvres serrées dont il se souvenait.
« - Je ne suis pas un grand fan des changements non plus, Madame Malfoy. » Dit-il, surpris par la franchise. « - Mais parfois, c'est pour le mieux. »
Narcissa haussa un sourcil et s'éloigna vers la pelouse. Harry ne savait pas quoi faire d'autre à part la suivre, sachant qu'il ne pourrait pas entrer dans la maison sans elle. Quand il la rattrapa, elle regardait un parterre de fleurs blanches et roses.
« - Pensez-vous que ces azalées sont fanés ? » Demanda-t-elle soudainement, tenant son chapeau une fois de plus et levant les yeux vers Harry.
« - Euh… je ne m'y connais pas en plantes, je suis désolé. » Dit-il mais regardant complaisamment le lit de fleur quand même.
Narcissa soupira et rangea ses sécateurs. « - Je suppose que je vais leur donner un jour ou deux. »
Soulagé, Harry hocha vigoureusement la tête comme si son approbation comptait réellement pour quelque chose dans cette situation bizarre.
« - Vos jardins sont magnifiques. » Dit-il impulsivement, se souvenant qu'avec Hermione, une autre jardinière désireuse de façon inattendue, d'avoir des compliments sur ses hortensias ou sa haie fleurie et qui pouvait la distraire de presque n'importe quelle situation. Et même si l'idée de mettre Hermione et Narcissa dans la même catégorie était absurde, Harry décida de faire confiance à son instant et espérer pour le mieux.
Les yeux pâles brillèrent imperceptiblement et des lignes délicates d'approbation apparurent autour d'eux alors qu'elle hochait légèrement la tête. « - Je vous remercie. Je trouve le jardinage très thérapeutique. »
« - Vous faites cela vous-même ? » Demanda-t-il, profitant de son avantage.
« - Toutes les parties intéressantes. » Dit-elle. « - Nous avons un employé pour faire face à l'herbe et tailler les arbres et autre. Êtes-vous intéressé par le jardinage, Harry ? » Demanda-t-elle poliment, agissant comme une hôtesse plutôt que la femme d'un Mangemort qu'il n'avait plus revu depuis vingt ans.
Harry chercha une réponse pour finalement opter pour la vérité. « - Pas vraiment mais j'apprécie les belles choses autant que les autres. »
« - Je me demandais si peut-être vous essayiez de vous attirer mes bonnes grâces d'une certaine façon. » Songea-t-elle, continuant à regarde le jardin alors qu'ils approchaient de la maison.
« - Pourquoi devrais-je faire cela ? » Demanda Harry, essayant de ne pas paniquer.
« - Je ne sais pas. » Elle le regarda, le visage impénétrable mais les yeux brillants d'intérêt. « - C'est curieux cependant, n'est-ce pas ? »
Harry ne dit rien. Il n'avait aucune idée de quoi faire avec cette femme mais il avait le sentiment angoissant qu'elle savait exactement quoi faire avec lui. Et il n'y avait rien qu'il pouvait faire mis à part aller dans son sens s'il voulait parler à Draco.
« - J'ai été désolée d'entendre parler de votre situation familiale. »
Harry reprit son souffle, surpris par la description délicate de son divorce. « - Je vous remercie. Je pense que c'était pour le mieux, cependant. »
Narcissa lui lança un regard tranchant alors qu'ils grimpaient les escaliers de pierre et arrivaient devant une grande porte en chêne massif qu'elle ouvrit. « - Ce n'est pas à moi d'en juger, Monsieur Potter. Harry. » Elle claqua des doigts et ajouta : « - Bilby va vous conduire au bureau de Draco. »
Un elfe très familier apparut dans le hall d'entrée avec un craquement et regarda Harry avec d'énormes yeux ronds. Réprimant la vague de reconnaissance qui donnait à Harry envie de le saluer et prendre des nouvelles de Senka, il remercia Madame Malfoy pour son aide et suivit Bilby dans un dédale de couloirs.
« - Le bureau de Maître Draco, Monsieur. » Annonça l'elfe et il disparut avant qu'Harry ait le temps de le remercier.
Respirant à peine, Harry frappa à la porte et attendit.
« - Entrez. » Fit Draco, sonnant distrait. Harry prit une inspiration, tourna la poignée et poussa la porte pour voir Draco assis à un vaste bureau en acajou, feuilletant des morceaux de parchemin et fronçant les sourcils. « - As-tu réussi à le calmer ? »
Harry s'accrocha à la poignée de porte, enfonçant le métal froid dans sa peau et cherchant désespérément une bonne façon de faire savoir à Draco que, selon toute vraisemblance, cette question était adressée à quelqu'un d'autre.
« - Euh, non. » Dit-il avant d'avoir pu s'en empêcher.
Les yeux de Draco se redressèrent immédiatement. Il aplatit ses deux mains sur son bureau comme s'il se préparait à bondir sur ses pieds mais il ne saisit pas sa baguette et Harry s'accrocha à ce fait alors qu'il s'éloignait de la porte et la refermait doucement derrière lui, attendant que Draco dise quelque chose.
« - Comment diable es-tu arrivé ici ? » Demanda-t-il, la voix emplie d'incrédulité.
« - Ta mère m'a laissé entrer. Nous avons marché un moment ensemble. »
« - Pourquoi diable ferait-elle ça ? » Il baissa les yeux vers la robe d'Harry avec suspicion. « - Lui as-tu dit que j'avais un quelconque ennui ? »
« - Non. » Harry haussa les épaules. « - Elle m'a vu au portail et je lui ai dit que je voulais te parler. Apparemment, elle a décidé de me faire confiance… ce qui est tout à son honneur. Je suis très digne de confiance. » Ajouta-t-il, faisant ce qu'il espérait être un charmant sourire puis voulait immédiatement se couvrir le visage avec ses mains.
Draco soupira et sembla s'affaisser, détendant sa posture alerte et s'appuyant lourdement sur son fauteuil.
« - J'aimerais pouvoir dire que je suis surpris par cela. » Marmonna-t-il. « - Que veux-tu de moi, exactement ? »
« - Juste parler. » Dit Harry, regardant les sourcils pâles se hausser de perplexité et les doigts tapoter en un rythme parfaitement équilibré sur les accoudoirs sculptés.
« - Pardonnes mes soupçons, Potter, mais je trouve difficile à croire que tu es tellement aux abois pour trouver un partenaire de discussion que tu t'invites dans la maison de quelqu'un que tu n'as jamais aimé un dimanche après-midi. »
Harry soupira. « - Puis-je m'asseoir ? »
Draco lui lança un regard d'exaspération lasse puis fit un geste négligent de la main pour indiquer un fauteuil en cuir à côté de la cheminée éteinte, près du bureau. Avec un léger sentiment de triomphe, Harry traversa la pièce et s'installa sur le fauteuil, qui était merveilleusement confortable et se moula parfaitement à sa forme.
« - T'est-il venu à l'esprit que je suis ici parce que je veux vraiment te parler, pas parce que je n'ai personne d'autre à qui parler ? » Demanda-t-il, établissant un contact visuel audacieux et savourant la façon dont les yeux gris s'écarquillèrent une fraction de seconde à ses paroles.
« - Honnêtement ? »
« - Si c'est possible. »
« - La ferme, Potter. Non, ça ne m'est pas venu. Je n'ai aucune idée du pourquoi. »
Harry sourit, appréciant la pétulance et l'extérieur blasé.
« - Eh bien, je suis ici maintenant et tu n'as même pas essayé de me jeter dehors, de sorte que tu pourrais aussi bien te laisser aller à cela. » Souligna Harry, ses mots un peu étouffés alors qu'il tira sa lourde robe brune par-dessus sa tête et la pliait sur ses genoux.
Draco cligna des yeux, ayant momentanément perdu ses mots. « - Qu'est-ce que tu portes ? »
Harry baissa les yeux vers son pantalon noir ajusté et son gilet gris et boutons argentés. « - Des vêtements ? » Tenta-t-il.
Draco se secoua. « - C'est bizarre, n'est-ce pas ? Je pense que c'est la première fois que je te vois porter quelque chose qui te convient bien. »
Harry le regarda en retour calmement, cachant son embarras. S'il n'avait pas été tellement concentré à retirer sa robe et essayait de paraître détendu, il aurait eu l'idée que non seulement Draco découvrirait ses nouveaux vêtements mais qu'il dirait quelque chose là-dessus. Les yeux de Draco étaient partout et Harry était assez sûr qu'il évaluait la coupe du nouveau pantalon, la qualité du cachemire et d'autres choses que lui seul comprenait, sentant une torsion dans son estomac alors qu'il se souvenait de ces yeux l'examinant avec d'autres choses à l'esprit. Il se souvint de ces yeux assombris de désir et se sentit nu, même s'il était loin du contexte.
Quand Draco leva à nouveau les yeux, Harry déglutit et haussa les épaules. « - Quoi ? Y'a-t-il quelque chose avec mes vêtements ? »
« - Non, bizarrement. » Dit Draco avec un soupir presque déçu. « - Bien que tu sembles avoir négligé de boutonné ton pantalon. »
Horrifié, Harry baissa les yeux vers son pantalon, pour constater que le bouton était parfaitement fermé et quand il leva lentement les yeux, Draco avait un sourire narquois. Harry se renfrogna, le cœur battant, souhaitant pouvoir donner un coup dans le tibia de cet idiot. Et puis l'embrasser.
« - Merci pour ça. »
« - De rien. J'ai vraiment apprécié l'air sur ton visage. »
« - Je m'en doute. » Dit Harry sèchement. « - Maintenant, n'es-tu pas content que je sois là ? Qui aurais-tu torturé sinon ? »
Draco haussa les épaules avec négligence. « - Je ne sais pas, j'aime cacher des choses à Bilby parfois… mais en fait, je pense qu'il aime ça. Ça l'éloigne certainement de la voie de mon père. »
Harry hocha la tête, se demandant si Lucius Malfoy avait adouci son attitude envers les elfes de maison au fil des ans. Il ne put pas s'empêcher de se douter que quelque chose avait changé depuis son traitement épouvantable sur Dobby et le comportement nerveux de Bilby qui jusqu'ici, n'avait rien pour le détromper de cette notion.
Draco haussa un sourcil et Harry se rendit compte qu'il le regardait sans rien dire, ce qui était toujours un bon début. « - Tu es humanitaire. » Dit-il finalement.
« - Mon dieu, cela aurait été un compliment si tu savais ce que cela signifie. » Murmura Draco.
« - Je ne pense pas que tu es prêt pour de vrais compliments. » Répliqua Harry en souriant. « - Peut-être la prochaine fois. Nous y travaillerons. »
« - Tu as l'intention de le faire à nouveau ? » Demanda Draco et bien que ses yeux étaient écarquillés, Harry le connaissait assez bien pour en déduire que sa posture de surprise était entièrement feinte.
Harry se pencha en arrière sur sa chaise. « - Tu sembles avoir besoin d'un ami. »
Draco émit un petit bruit bizarre et passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant soigneusement. « - Bon sang. Vas-tu te mettre à chanter ? S'il te plait, avertis-moi pour que je puisse m'assommer. »
Amusé, Harry se permit de sourire. « - Tu évites le sujet. »
« - M'en blâmes-tu ? »
« - Non, tu pourrais être surpris de savoir que je pense que tu es un humain décent. » Dit Harry inconsidérément.
« - Je t'assure que je ne le suis pas. »
« - Tu es un emmerdeur, Draco. C'est ce que tu es. »
Draco croisa les bras sur sa poitrine et regarda Harry. « - Excuses-moi ? »
L'estomac d'Harry se resserra et il fit un effort concerté pour chasser l'autre Draco de son esprit. S'il voulait obtenir quelque chose de plus qu'être un complet idiot, il devait se concentrer sur l'homme devant lui.
« - Comment préfères-tu être appelé ? » Demanda-t-il, réalisant trop tard qu'il reprenait l'expression de Narcissa Malfoy. Gardant contenance, il continua avec un peu plus de force que souhaitable. « - Par ton nom de famille comme quand nous étions à l'école ? »
Draco soupira. « - Très bien. Malgré le fait que tu es tout aussi grossier que quand nous étions à l'école, je pense que nous sommes tous les deux un peu trop vieux pour ça. »
Harry sourit. « - Tu n'es pas encore vieux. »
« - La flatterie ne te mènera nulle part. » Lui conseilla Draco. Tout d'un coup, il se leva de son fauteuil et passa devant Harry pour examiner la cheminée, un bras vêtu de noir frôlant l'épaule d'Harry au passage.
« - Je n'essaie pas de te flatter. » Dit Harry et c'était la vérité mais il pensait que cela pourrait l'aider s'il pensait cela.
« - Non, bien sûr que non, tu essaies de me parler. » Murmura Draco, toujours dos à Harry alors qu'il poussait la grille et produisait plusieurs bruits de cliquetis. « - Peut-être que je ne suis pas d'humeur à parler. »
Harry se tordit pour le voir se pencher et secouer la tête. « - Très bien alors. Je vais commencer. »
« - J'ai l'impression d'être en thérapie. » Se plaignit Draco, sabrant l'air de sa baguette et allumant le feu. La pièce s'emplit rapidement du parfum réconfortant de magie et bois brûlé.
« - Et pourtant, tu ne me demandes pas d'arrêter. » Souligna Harry.
Draco regarda le feu pendant un moment puis retourna s'asseoir, posant sa baguette sur son bureau.
« - Oui. Je m'ennuie. »
Harry roula des yeux, secrètement encouragé. « - Je suis divorcé. » Déclara-t-il.
« - Déjà ? » Demanda Draco, une note d'irritation dans la voix.
« - Ouais. J'ai signé les derniers documents il y a quelques jours. »
Draco prit un air morose. « - Je suis toujours en attente pour le mien. »
Harry fronça le nez. « - Qu'est-ce qui rend cela si long ? » Demanda-t-il, ne s'attendant pas vraiment à une réponse.
« - La dernière chose que j'ai entendu c'est que l'avocat d'Astoria essayait de creuser pour trouver une sorte de saleté sur moi afin qu'elle puisse récupérer plus de la moitié de mon coffre et la dernière estime de soi. » Il croisa le regard d'Harry durant une fraction de seconde, juste assez longtemps pour qu'il puisse voir l'amertume sous la surface.
« - Je suis désolé. » Dit Harry, saisissant les accoudoirs de son fauteuil pour s'empêcher d'imiter les gestes des doigts de Draco. Il doutait que ça serait bien accueilli. « - J'avais l'impression que c'était plutôt aimable entre vous deux. »
« - Entre nous deux, oui. Entre moi et la harpie juridique avare… eh bien, disons simplement que c'est un mélange de ma maîtrise de soi et des paroles raisonnables de ma mère si nous n'en sommes pas encore venus aux mains. » Draco ferma les yeux pour contrôler sa respiration mais son agitation s'échapper de lui, chargeant l'air et envoyant des picotements sur la peau d'Harry.
Harry ne savait pas pourquoi il le faisait mais avant qu'il puisse s'en empêcher, il appuya sur ce qui était clairement un point sensible. « - Quel genre de saleté ? »
Draco ouvrit brusquement les yeux et soupira. « - Rien de ce qui est vrai. Je pense qu'elle aimerait suggérer que j'ai eu plusieurs aventures ou quelque chose d'aussi sordide. Astoria est une femme intelligente. Je suis sûr qu'elle pourrait me couler si elle le voulait. Je ne pense pas qu'elle le veuille mais à chaque fois, cette maudite femme arrive avec quelque chose et empire un peu plus les choses. »
Intrigué par les mots de Draco et étonné par l'honnêteté fatiguée, Harry ne dit rien pendant quelques bonnes secondes. Il se demanda si Draco avait décidé, après des années de rivalité, qu'il pouvait se confier à Draco ou s'il était simplement fatigué de ressasser tout cela dans sa tête et n'avoir personne à qui parler. Peut-être qu'il était ivre, songea Harry, les bras croisés. Ou avait reçu un coup sur la tête. Tout était possible.
« - Ça ressemble à un cauchemar. » Dit-il. « - Ne serait-il pas plus facile de lui donner tout ce qu'elle veut ? »
La bouche de Draco se tordit en un petit sourire aigre. « - Astoria est financièrement indépendante. Elle ne veut pas de mon argent, pas plus que je veux le sien. Elle ne veut tout simplement pas sortir de cela en paraissant faible. »
« - Je suppose que je peux comprendre ça. » Dit Harry, fermant son esprit à la partie de lui qui protestait violemment à l'idée que Draco souffre comme cela pour le bien d'une fierté mal placée. « - Alors quel genre d'avocat est-ce ? »
Le sourire de Draco était presque… presque… véritable alors qu'il répondait : « - Elle travaille au pourcentage. »
Harry soupira. « - Les femmes sont étranges. »
Draco rigola et le son réveilla les sentiments se tortillant dans l'estomac d'Harry. « - Je vais boire à cela. En fait… » Il s'arrêta, fixant Harry avec un regard spéculatif puis claqua des doigts. Moins d'une seconde plus tard, Bilby apparut à côté de la chaise d'Harry et il sursauta en le voyant.
« - Oui, Maître Draco ? »
« - Ramène une bouteille provenant de chez Borteg et deux verres, s'il te plait. » Dit Draco et même si c'était plus un ordre plutôt qu'une demande, la politesse n'échappa pas à l'attention d'Harry. Pas plus que la prédilection apparente de Draco pour du Whisky Pur Feu à coût exorbitant.
« - Bilby rapporte ça tout de suite. » Dit l'elfe, esquissant une petite révérence étrange et disparaissant.
« - Il pourrait mettre un peu de temps. » Déclara Draco en s'étirant légèrement. « - Je pense que la bouteille était une des choses que j'ai caché la dernière fois que je suis allé dans la cuisine. »
Harry sourit, inondé par une nouvelle vague de chaleur pour cet homme. « - Et je pense que c'est un exemple parfait de la raison pour laquelle tu as besoin d'aide pour occuper ton temps. »
« - Va te faire voir, Potter. » Dit Draco, l'accent raffiné et le bâillement étouffé donnant peu de crédit à ces mots. « - J'ai beaucoup à faire avec mon temps, surtout quand Scorpius est à la maison. »
« - Je parie qu'il te manque. » Dit Harry et notant l'expression défensive de Draco, il ajouta : « - Ils me manquent toujours quand ils retournent à l'école. Et Lily me manque maintenant que je ne la vois plus tous les jours. »
« - Vis-tu vraiment dans la cave des Weasley ? »
Harry roula des yeux. « - Dans leur chambre d'ami, en fait, et seulement pour une semaine ou deux. Où as-tu entendu ça ? »
« - Gringotts. C'est plus un moulin à potins que Poudlard. Les gobelins détestent ça. » Il haussa les épaules puis d'une voix douce, il admit : « - Et oui, mon fils me manque. Nous sommes assez proches. »
Alors qu'Harry réprimait un sourire, Bilby réapparut avec la bouteille et deux verres en cristal qu'il posa sur le bureau de Draco.
« - As-tu trouvé facilement ? » Demanda Draco avec sollicitude, se penchant en avant pour regarder l'elfe.
« - Nous l'avons trouvé dans la réserve de légumes. » Lui répondit Bilby. « - Derrière un chou. »
« - Quelle sorte de chou ? » Demanda Harry, pensant à haute voix.
Bilby se tourna vers lui, jouant avec ses doigts et lançant à Harry un clin d'œil déférent, comme si la question était parfaitement logique. « - C'était un chou de Savoie, Monsieur. »
« - Merci. » Dit-il, essayant de ne pas rire. « - C'est important de connaître ces choses. »
Draco le regarda, les yeux brillants et renvoya l'elfe avec un 'merci' et un geste de la main. « - Tu t'amuses. » Accusa-t-il, en versant une dose généreuse de whisky dans chaque verre et en tendre un à Harry.
« - Merci. » Harry inhala l'odeur épicé qui émanait du liquide. « - Ouais, je m'amuse. C'est une des nouvelles choses que j'essaie ces jours-ci. »
« - Te faire plaisir est une nouvelle chose ? »
« - Eh bien, pas tout à fait mais j'essaie de le faire beaucoup plus souvent. » Dit Harry. « - Quoi qu'il en soit, tu devrais essayer, bâtard misérable. »
Pendant de longues secondes, ce fut le silence, pendant lequel Harry souhaita récupérer son insulte dans sa bouche puis Draco éclata de rire. Il était surpris, évidemment mais le son était chaud et étonnamment ouvert. Avant longtemps, Harry rit aussi et c'était un sentiment merveilleux.
« - Personne ne m'avait parlé comme cela depuis très longtemps. » Soupira Draco, souriant derrière son verre.
« - Ça t'a manqué ? » Demanda innocemment Harry.
« - Comme un trou dans la tête. » Répondit Draco, se ressaisissant pour se pencher et cogner son verre contre celui d'Harry.
Harry hocha la tête et leva son verre sans un mot. Il s'inclina dans son moelleux fauteuil et prit une gorgée. Il savait immédiatement pourquoi Borteg vendait son whisky plus cher sur le marché. Il était incroyable, réussissant à être doux, épicé et délicat à la fois, laissant une brûlure à l'arrière de la gorge qui était surprenante mais pas tout à fait désagréable.
« - Je suppose que je ne dois pas être surpris que tu es un goût ridiculement cher. » Dit-il, recrachant une légère fumée dans l'air et la regardant dériver vers le plafond.
Draco haussa un sourcil. « - Et qu'est-ce que tu sais à propos de whisky Pur Feu haut de gamme ? »
« - Assez. » Dit Harry en souriant. « - Que Monsieur Borteg est un homme bizarre, n'est-ce pas ? »
Si quoi que ce soit, le sourcil de Draco réussit à grimper plus haut sur son visage. « - Oh oui, c'est un homme très étrange. Ma mère l'aime. Elle dit que c'est un excentrique. »
« - Je ne dirais pas ça. » Dit Harry, commençant à apprécier cette Narcissa Malfoy encore plus.
Draco posa son verre sur le bureau. « - Je ne suis pas encore tout à fait de ce que tu fais là. » Admit-il.
Harry haussa les épaules. « - Aucune mission du jour cachée, je le promets. »
« - Une promesse de Gryffondor. » Fit Draco. « - Intéressant. »
« - J'essaie de l'être. » Dit Harry. « - Sais-tu ce qu'il y a d'autre d'intéressant ? »
« - Les mystères de l'univers ? La popularité de Celestina Warbeck ? La raison de ta présence ? »
« - Oui. Mais non. Le fait que tu n'es dit à personne ce que je t'ai dit au match de Quidditch. »
Draco fronça les sourcils. « - A qui allais-je le dire ? À la presse ? »
Harry ne dit rien. Draco plissa les yeux et lui lança un regard pointu mais Harry ne manqua pas la lueur de douleur et la culpabilité l'envahit.
« - C'est ce que tu pensais que je ferais ? » Demanda Draco calmement.
Harry haussa les épaules. « - Je ne savais pas. »
Draco soupira lourdement. « - Je suppose que mon passé est contre moi sur ce front. »
« - Les gens changent. » Déclara Harry.
Draco semblait loin de lui alors qu'il vidait son verre. « - Le penses-tu vraiment ? »
« - Je sais que oui. »
« - Tu es un optimiste écœurant. » Dit Draco, retroussant légèrement les lèvres. « - Toujours. »
« - Eh bien, d'accord, certaines choses ne changent pas. » Concéda Harry. « - Mais, eh bien, regarde ta mère. Elle n'est en rien comme la façon dont je me souviens d'elle. »
Draco s'ébroua. « - Désolé, Potter. Nous allons essayer de ne plus faire appel à ton sens de la nostalgie à l'avenir. »
Exaspéré, Harry avala la dernière gorgée de son whisky et posa le verre sur la pierre de la cheminée. « - Harry. » Corrigea-t-il. « - Et ce n'est pas ce que je voulais dire. J'essayais juste de faire valoir mon point. »
« - Et quel est-il exactement ? »
Harry passa une main agitée dans ses cheveux et lança à Draco un regard foudroyant. « - Que parfois les gens changent. »
Draco tapota des doigts et regarda fixement Harry comme s'il regardait directement à l'intérieur de lui et jugeant l'intégrité de ce qu'il trouvait. Quand il parla, ses mots étaient prudents et mesurés. « - Oui, eh bien, tu souhaiterais être différent aussi si tu devais t'occuper de quelqu'un comme mon père pendant près de vingt ans. »
« - Ton père est malade ? » Demanda calmement l'idée, plus secoué par l'idée que ce qu'il pensait qu'il devrait être.
« - C'est une façon de parler. » Dit Draco. « - C'est compliqué. En fait, je préfère ne pas en parler. »
« - D'accord. » Acquiesça Harry, ayant envie de dire « Eh bien, tu en as parlé. » et enchaina sur des mots plus conciliants. « - Ce que j'ai dit au sujet de ta mère, cependant, je ne voulais pas être désobligeant. Elle a été très sympathique envers moi et je suppose que j'ai été surpris. »
Les yeux gris étaient sans émotion mais la voix de Draco était teintée de curiosité alors qu'il demandait : « - T'a-t-elle un peu parlé dans les jardins ? »
« - Un peu. » Répondit Harry. « - Elle m'a demandé si je pensais que ses azalées mourraient. »
Draco sourit faiblement. « - Elle doit être très intéressée par toi. Que lui as-tu dit ? »
Mystifié, Harry haussa les épaules. « - Je lui ai dit que je ne savais pas grand-chose sur les fleurs. »
« - C'est une honte. Moi non plus mais ça ne m'excuse pas de voir les azalées. »
Harry n'avait aucune idée de la façon de répondre à cela donc il ne le fit pas, bougeant sur son siège afin de profiter de la chaleur du feu de manière plus efficace et tendant une main paresseuse vers les flammes.
« - Alors, pourquoi as-tu rompu avec Ginevra ? »
Les yeux d'Harry se tournèrent vers Draco, qui se prélassait avec élégance dans son fauteuil, un pied traversant le genou opposé et traits tirés en une expression de curiosité sournoise. Le bruit sourd de son cœur cognant contre sa cage thoracique lui vola son souffle un moment avant de s'obliger à répondre à la question inattendue. En quelque sorte. « - Qu'est-ce qui te fait penser que c'est moi qui est rompu ? »
La bouche de Draco s'étira. « - Juste une intuition. »
« - Oh, vraiment ? » Fut tout ce qu'Harry put dire et il détesta la façon dont cet homme pouvait jouer avec ses émotions, même sans le savoir.
« - Oui. Il y a toujours quelqu'un qui le fait, cependant, obstinément les deux parties peuvent insister que tout est réciproque et harmonieux et beau. » Dit Draco, les yeux brillant d'une compréhension qui mit Harry mal à l'aise. « - J'ai été celui qui a ouvert les yeux à la fin et je soupçonne que tu l'as fait aussi. »
Harry exhala lentement, permettant le scintillement croissant d'espoir dans sa poitrine. « - Ah oui ? Nous pouvons en parler si tu veux. »
Draco se renfrogna. « - Tu es celui qui voulait parler. Dis-moi pourquoi petite miss parfaite a cessé d'être assez bien pour toi. Je suis intrigué. »
« - Ne parle pas d'elle comme ça. » Répliqua Harry, presque certain qu'il ne faisait que le provoquer mais incapable de retenir sa colère, juste un peu. « - Elle est une bonne personne. »
« - Je sais qu'elle l'est, Potter. » Soupira Draco. « - Harry. Je sais qu'elle n'aime pas admettre travailler avec moi mais nous sommes pratiquement collègues. Elle est terriblement décente, tout comme tu l'es. »
« - Oh. » Dit doucement Harry. À contre-pied et vulnérable, il se redressa, voulant paraitre plus grand et impressionnant, parce que ce n'était pas ce qu'il ressentait.
« - Je ne vais pas prétendre que je ne suis pas intéressé parce que ce n'est pas le cas, cependant. » Continua Draco. « - Extérieurement, vous avez toujours paru être une famille parfaite. Les gens sont toujours surpris quand ils découvrent que les choses ne sont pas si parfaites en dessous. »
« - Quelles personnes ? »
Draco haussa négligemment les épaules. « - Les gens de Gringotts. Les gens du Chemin de Traverse. Juste des gens. »
Harry fit la grimace. « - Je ne sais pas pourquoi l'un de ces gens serait intéressé par mon mariage. »
« - Tu ne le sais vraiment pas ? » Fit Draco, les yeux observant le visage d'Harry.
« - Non. »
Draco lui fit un petit sourire contrit. « - Tu n'as jamais été très bon pour être célèbre. »
« - Non pas vraiment. Tu aurais aimé l'être ? »
« - Peut-être quand j'étais un stupide adolescent. » Admit Draco. « - Mais j'aime le fait que la plupart des gens ne font pas vraiment attention à moi ces jours-ci. J'ai appris à apprécier le calme et la tranquillité. »
Harry sourit, tendant son verre quand Draco saisit la bouteille. « - Tu ne veux pas changer de place, alors ? »
Draco haussa un sourcil pâle et remplit son verre sans un mot.
« - Nous n'étions plus amoureux. » Dit finalement Harry, après avoir essayé plusieurs explications dans sa tête et réalisé qu'à ce stade, quelque chose d'approchant de la vérité ferait fuir Draco vers les collines.
« - Être amoureux pour commencer est en quelque sorte un avantage. » Déclara Draco, bougeant la fumée émanant de son whisky Pur Feu d'un doigt.
L'implication ébranla Harry et il secoua la tête. « - Pourquoi alors ? »
Draco leva une main et se frotta la tempe, délogeant une importante mèche de cheveux qui se balança sur son visage. Il ne sembla pas s'en apercevoir. « - Pourquoi ? Toutes les raisons habituelles. L'argent, la tradition, la réputation. Tu ne serais pas surpris d'entendre que trouver une famille Sang-Pur prête à s'engager dans un mariage avec la nôtre était presque impossible après la guerre. Parmi les rares, nous avons trouvé Astoria qui était la seule qui ne me rendait pas fou et assez intelligente pour que je ne la tue pas durant la nuit. »
« - Putain. » Dit Harry sans réfléchir.
Draco rigola légèrement. « - En effet. »
« - Donc, tu ne l'as jamais… »
« - Aimé ? Non, pas comme ça. C'est pour cela que mon histoire n'est pas intéressante. »
« - Je ne suis pas sûr que la mienne le soit. » Admit Harry. « - J'ai juste… soudainement réalisé que je ne vivais plus et que je ne le faisais plus depuis longtemps. Il s'est avéré que je n'étais pas le seul à ressentir cela. »
Les yeux de Draco étaient douteux mais il sembla accepter l'explication d'Harry pour le moment. « - Alors, comment prévois-tu de commencer à vivre ? »
Harry regarda le sol, réprimant un sourire et quand il leva les yeux, Draco le regardait avec expectative, sourcils haussés. « - Je ne sais pas exactement. C'est un travail en cours. »
Draco ne dit rien et ils terminèrent leur second verre dans un silence presque confortable. Quand Draco reposa son verre et tourna sa chaise vers son bureau, Harry se leva, sentant que c'était le moment de partir. Il était réticent à abuser de son accueil, même si la visite avait été un… étonnant succès.
« - Eh bien, cela a été intéressant mais tu vas devoir trouver quelqu'un d'autre à qui parler parce que j'ai du travail à faire. » Dit Draco, fouillant à travers ses documents et dossiers.
« - Aimes-tu ton travail ? » Demanda Harry impulsivement alors qu'il atteignait la poignée de la porte.
« - Ne sois pas ridicule. Personne n'aime son travail. »
« - Bien. » Dit Harry, la tristesse l'envahissant. Alors qu'il se retournait pour partir, cependant, il entrevit le contenu de certains de ces dossiers de 'travail'. Leur contenu était nettement non-financier dans leur genre… des photographies de gens connus et des notes griffonnées sur le côté. Il haussa un sourcil et regarda Draco. « - Merci de m'avoir reçu. » Dit-il, presque automatiquement.
Draco ne dit rien mais quand Harry le regarda une dernière fois avant que la porte se referme, il tapotait ses doigts sur le bureau et souriait presque.
Quand il retourna à la maison, il trouva ses amis dans le jardin. Hermione et Hugo lançaient un ballon et rigolaient à une blague tandis que Ron était installé plus loin et mangeait tranquillement une part de tarte aux pommes. Ils semblaient reposés et contents, au grand soulagement d'Harry et il se fit rapidement entraîner dans le jeu, qui se poursuivit jusqu'à ce qu'Hugo ne puisse plus cacher ses bâillements et que le soleil disparaissait à l'horizon.
Il se réveilla facilement le lendemain matin et alla dans la cuisine déserte pour faire un petit-déjeuner décent et lire la Gazette avant de partir travailler. Il manqua de recracher son café quand il arriva à la page quatre et trouva une multitude photos de lui-même lui renvoyant son regard et ayant l'air bien perplexe, comme s'il n'avait aucune idée du tout ce qu'il faisait sur ces photographies. Le petit article qui les accompagnait pouvait se résumer ainsi : 'Regardez ! Harry Potter fait du shopping !' Et il lit plusieurs fois, reniflant son amusement dans l'air froid de la cuisine vide.
« - Monsieur Giles Hargreaves, de Hargreaves and Co. Spécialisé dans les vêtements pour hommes, s'est occupé d'Harry lors de son inhabituelle séance de shopping. » Lit Harry à personne en particulier. « - Lorsqu'on lui a demandé des nouvelles de Monsieur Potter, il a simplement dit : 'Monsieur Potter est un homme très accompli et nous sommes ravis de l'avoir habillé'. »
Harry sourit. Ainsi, le vendeur aux yeux brillants avant un nom. Et sa propre boutique de vêtements, apparemment. Il aurait dû s'en douter. Moins d'une surprise, c'était le fait que Monsieur Giles Hargreaves était un individu indiciblement discret et c'était plutôt rafraîchissant de réaliser que non seulement c'était loin d'être la fin du monde d'apparaître dans les rubriques potins mais en plus de cela, en réalité, tout le monde ne voulait pas baver sur son dos.
Et, pensa-t-il, alors qu'il enfila sa robe et marchait vers son bureau, Draco Malfoy pouvait être l'un de ceux digne de confiance. Caustique, méfiant et amer oui, mais digne de confiance. Harry le croyait maintenant et c'était une pensée exaltante.
Le lendemain, incapable de se retenir plus longtemps, Harry écrivit un message rapide et l'envoya avec un des hiboux du ministère avant qu'il puisse changer d'avis. C'était un message désinvolte, peu exigeant… il le pensait. C'était un message qui disait : 'Salut, j'écris juste un petit message rapide, pas inquiet de savoir si tu réponds, juste pour dire salut'.
Il pensait que c'était très bien. Partiellement. Il y avait seulement une petite partie de lui qui se disait « Oh putain, oh putain, oh putain de merde. »
Lorsque le dimanche soir, il ne reçut aucune réponse, cette petite partie de lui commençait à crier et s'agiter, comme si elle essayait de marteler son cerveau fatigué qu'il était inutile et maintenant, pire que tout, nécessiteux.
Et pourtant, quelque chose, quelque chose de dangereux, la partie de lui qui voulait saisir chaque occasion d'agir avant de voir ce qui allait arriver, se leva et l'obligea à écrire une seconde lettre. Juste gentille, informelle… oh, merde. Hermione le trouva près de la fenêtre, paralysé d'horreur alors que le hibou disparaissait de vue, emportant avec lui sa dernière chance de ne pas avoir l'air d'un crétin total.
« - Quel est le problème ? » Demanda-t-elle, le front plissé d'inquiétude. Elle lui toucha doucement l'épaule.
Désespéré, il se tourna vers elle, essayant de trouver les mots pour expliquer sa situation sans avoir à réellement s'expliquer. « - Je pense que j'ai perdu la tête. »
« - Oh. Dans le genre… sur le chemin de la folie ou une mauvaise journée de passage ? » Demanda-t-elle, son visage reflétant la curiosité.
Harry émit un rire creux. « - Quelque part entre les deux, je pense. »
Elle hocha la tête. « - Très bien. C'est ça. Nous allons sortir. »
« - Où ? » Demanda Harry mais avant qu'Harry puisse comprendre ce qu'il se passait, Hermione le tira sur ses pieds, le traîna dans le couloir et lui ordonna de mettre son manteau. Surpris, il obéit, prenant un peu de recul quand elle se dirigea vers les escaliers et hurla le nom de Ron, qui apparut après un moment, l'air hébété et se fit également ordonné de mettre son manteau et son bonnet.
« - Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda Ron alors qu'Hermione enfilait son propre manteau et les sortait dans l'air frais de soirée. « - Est-ce qu'Hugo est encore chez ma mère ? »
« - Oui. » Répondit-elle, fermant la porte et passant un bras autour de celui de chacun d'eux alors qu'ils avançaient sur la route. La bruine incessante qui sévissait depuis le week-end giflait le visage d'Harry alors qu'ils marchaient et il se renfrogna. « - Et nous allons sortir un peu. Visiblement tout le monde est parti pour devenir fou et apparemment, Harry perd complètement la tête. »
« - Ah oui ? » Demanda Ron, se penchant pour croiser le regard d'Harry.
« - Plus que probablement. »
« - Désolé mon pote. » Cajola Ron.
Les lumières incandescentes du pub du village furent bientôt en vue, faisant sentir Harry curieusement nostalgique. C'était, bien sûr, l'endroit où sa vie avait changé pour toujours.
« - Bien. » Annonça Hermione alors qu'ils entraient dans l'atmosphère chaleureuse et secoua la pluie de son manteau et ses cheveux. « - Je m'occupe de la première tournée. Vous, trouvez un endroit où s'asseoir. »
Harry et Ron échangèrent un regard. Il ne semblait pas prudent de défier Hermione en ce moment donc ils cherchèrent une petite table ronde dans un coin et s'installèrent. En ce dimanche soir, c'était plutôt calme et Harry localisa facilement Grady et Watson à leur place habituelle, apparemment plongé dans une conversation. Hermione revint soigneusement avec trois pintes de bières et lâcha plusieurs paquets de cacahuètes entre ses dents.
La vue sembla amuser Ron et il sourit. Un sourire communicateur qui fit également sourire Harry et avant qu'Hermione puisse s'asseoir, ils étaient tous les deux en train de rire de façon incontrôlable. Elle les regarda, perplexe pendant un moment, puis se mit à rire aussi, tombant sur sa chaise et s'appuyant lourdement contre la table branlante. Ça faisait trop longtemps qu'ils n'avaient plus rigolé comme cela et Harry était reconnaissant pour le sursis.
« - Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé. » Dit Hermione, encore essoufflée après une minute ou deux. « - Mais à la nouvelle maison d'Harry ! » Elle leva sa pinte et prit une longue gorgée du liquide brun.
« - Absolument. » Dit Ron. « - Tu es sûre que tu ne veux pas d'aider pour le déménagement ? Je peux probablement prendre ma journée demain si je dis que j'ai une urgence familiale ou quelque chose. »
« - Merci Ron mais ça ira. Je vais probablement t'appeler sous peu avec panique concernant la décoration donc tu peux aussi bien t'économiser. » Conseilla Harry.
« - Pourquoi imagines-tu que je sais quelque chose sur la décoration ? » Marmonna Ron, ouvrant un paquet de cacahuète.
Harry haussa les épaules et but une gorgée de sa pinte. « - Tu peux tenir un pinceau, non ? »
« - Je ne sais pas, mec. Tu devrais peut-être faire appel à un professionnel. »
« - Je serais heureuse de t'aider, Harry. » Dit Hermione. « - Je peux prendre un jour aussi maintenant que nous avons enfin terminés les négociations syndicales. »
« - Maudits Gobelins. » Marmonna Ron dans son verre.
« - Je n'aurais pas de travail si ce n'était pas pour ces maudits gobelins, tu sais. » Souligna Hermione.
« - Je sais mais tu pourrais alors trouver un travail vraiment passionnant et avoir des tonnes d'histoire à me dire. » Ron jeta une cacahuète en l'air, la rattrapant dans sa bouche et sourit.
Hermione roula des yeux et croisa les bras, sur la défensive. « - J'ai des histoires. »
« - J'en suis sûr, Mione. » Dit Harry vaillamment.
Ron se renfrogna. « - Oh oui, ces réunions de quatre heures sont presque trop passionnantes. »
« - J'entends des choses. » Dit-elle avec une expression mystérieuse alors qu'elle portait sa pinte à sa bouche.
« - Raconte. » Insista Harry. Des potins chasseront Draco de son esprit. Peut-être.
« - J'ai entendu dire que Franz Fitzwilliam était un escroc. J'ai entendu dire qu'il faisait des affaires douteuses avec des organisations secrètes et assurer à certaines personnes pour détourner les yeux de leurs activités. »
« - En échange de quoi ? » Demanda Harry, saisissant le bord de la table.
« - Je ne sais pas exactement. L'argent, je suppose. » Dit Hermione. « - Je suis sûre qu'ils sont beaucoup à sauter sur l'occasion, ces horribles Anti-Moldu. Et apparemment, il tient ses réunions dans certains étranges endroits … endroits Moldu, juste sous leur nez. Donc, il y a une histoire pour toi. » Termina-t-elle, triomphalement.
Le cœur d'Harry s'emballa. Si l'aperçu pouvait être fiable, c'était bien plus qu'une histoire.
Ron secoua la tête. « - Il y a toujours quelqu'un qui veut remuer la merde et causer un peu de mal. Je connais Fitzwilliam, il a été un franc-tireur dans son temps mais c'est un homme bon. »
« - Je ne sais pas. » Hermione haussa les épaules. « - Ça pourrait juste être une rumeur, tu sais comment les ragots vont bon train là-bas. Ça semblait un peu bizarre, cependant. »
« - Alors, qu'as-tu entendu exactement ? » Insista Harry, se penchant en avant sur ses bras croisés.
« - Tout ce que j'ai dit. Ces des bruits qui court depuis quelques semaines maintenant mais je doute que ce soit vrai, Harry. » Hermione baissa les yeux vers son verre comme si la mousse de sa bière avait soudainement un grand intérêt pour elle. « - J'essaie de montrer que mon travail n'est pas sans sensations. »
« - Je ne faisais que te taquiner. » Dit Ron, donnant un léger coup de coude à Hermione. « - Tu n'as pas besoin d'avoir un travail passionnant. Tu es assez passionnante toi-même. »
Harry sourit et s'absorba sur l'énigme imprimée sur son dessous de verre alors qu'Hermione reniflait et laissait Ron déposait un gros baiser sur sa joue. Il croqua dans une cacahuète et médita.
« - Tu as l'air profondément pensif. » Dit Hermione après un moment.
« - Hm. Qu'est-ce qui a une tête, une queue, est marron et n'a pas de jambe ? »
« - Un pauvre chien ? » Proposa Ron.
Harry secoua la tête. « - Qu'en est-il d'un têtard ? »
Ron but une gorgée. « - Il existe des têtards marron ? »
« - Je ne suis pas sûr. » Harry fronça les sourcils. « - Disons que oui. »
Hermione rigola et vola quelques cacahuètes à Harry. « - C'est un penny. » Dit-elle.
Harry retourna le dessous de verre pour voir la réponse. « - Tu as raison. Bien sûr. C'est très intelligent… une tête et une queue. Bravo, Mione. »
« - Non, je ne comprends pas. » Soupira Ron. « - De toute évidence, je suis un idiot. »
« - Un penny, voyons. » Dit Hermione, fouillant dans la poche de son pantalon et sortant ladite pièce. Elle effleura le penny brun brillant et le montra à Ron. « - Tu n'es pas un idiot. D'un côté il y a une tête, l'autre c'est la queue. 'Tête' est assez évidente mais je ne comprends pas pourquoi nous appelons l'autre côté 'queue'. Un de ces choses étranges, je suppose. »
Ron examina la petite pièce de monnaie, la tenant entre le pouce et l'index. « - Un sou moldu. Eh bien, c'est de la triche. » Annonça-t-il, rendant la pièce à Hermione et se levant. « - Qui veut un autre verre ? »
Tôt le lendemain matin, veillant à laisser la chambre d'ami, qui avait été son refuge temporaire, immaculé comme il l'avait trouvé, Harry enfila son nouveau manteau, hissa son sac plein de boîtes rétrécies sur son épaule et partit pour Londres. Malgré le ciel couvert et la pluie abondante, l'humeur d'Harry était au beau fixe alors qu'il transplanait et parcourait les derniers mètres sous la pluie pour atteindre sa nouvelle maison.
Il trouva l'agent immobilier sur son perron, abritant ses cheveux de la pluie avec une mallette en cuir.
« - C'est tout à vous, Monsieur Potter. » Dit-elle, lui remettant les clés et la dernière paperasse. « - Dieu, que c'est une journée horrible. »
Harry sourit. Il pensait plutôt qu'elle allait être bonne, en fait.
Il la remercia, serra la main et entra dans la maison. Dans le silence de la demeure vide, tout ce qu'il pouvait entendre, c'était sa propre respiration alors qu'il errait dans le grand couloir puis levait les yeux vers l'escalier en colimaçon jusqu'à ce qu'il se sente un peu étourdi. L'endroit sentait le moisi et le renfermé et tout était recouvert d'une fine couche de poussière mais il pouvait voir au-delà. La structure était solide, les tuiles et les planches originelles belles et il pensait qu'il apprécierait de nettoyer et peindre et faire lui-même son chez-lui.
Après avoir cherché un endroit où accrocher son manteau… le bout de rambarde de l'escalier ferait l'affaire pour le moment, qui était assez propre après l'avoir essuyé avec la manche de son vieux pull… Harry se dirigea vers la cuisine, ouvrit les fenêtres en grand et fouilla dans son sac. Enfin, il trouva ce qu'il cherchait et restaura la taille approprié d'un coup de baguette. La boîte qu'Hermione avait fourrée dans ses mains alors qu'il quittait la maison, se trouvait maintenant sur le comptoir poussiéreux, assez banal mais le mot 'ESSENTIEL' était écrit en travers en grandes lettres capitales.
Harry ouvrit la boîte et rigola. Il déballa une minuscule bouilloire de voyage, des sachets de thé, du sucre, une petite brique de lait et un paquet de biscuits au chocolat et plusieurs cartes des restaurants à emporter locaux. Au fond de la boîte, sous une tasse rouge vif et une cuillère, il sortit un paquet spongieux contenant quelque chose de doux et vert, sur lequel il était inscrit : 'Fauteuil 24 heures ! Le confort en mouvement ! Il suffit d'ajouter de l'eau !'.
Souriant, Harry tourna les yeux vers l'évier et se demanda s'il avait le temps de boire une tasse avant que son mobilier commence à arriver. Ayant pu prendre que deux jours de congé, il comptait vraiment sur les employés des magasins du Chemin de Traverse pour réellement livrer ses achats durant ce petit délai. Il n'était que huit heures et demie du matin, il supposait que tout ce qu'il pouvait faire, c'était d'attendre.
Cinq minutes plus tard, Harry était assis au milieu de ce qui serait bientôt son salon avec une tasse de thé dans une main et un biscuit dans l'autre, écoutant le battement de la pluie sur la fenêtre et la résolution d'acheter un cadeau à Hermione dès qu'il le pourrait. Peut-être un livre qu'elle ne possédait pas déjà, si une telle chose existait. Le fauteuil temporaire était étonnamment confortable, bien qu'un peu vieillot dans la conception mais il avait un touché velouté doux et un excellent support.
Lorsque le premier livreur frappa à la porte, Harry bondit de son fauteuil et le salua avec enthousiasme, offrant de l'aider à porter la table gigantesque et les chaises apparemment san fin, un second livreur se présenta… portant son lit et plusieurs autres objets… alors qu'il était dans la cuisine avec le premier, manœuvrant table et chaises et quand Harry se précipita dans les escaliers à sa rencontre, un troisième livreur arriva.
« - Voici vos lampes, Monsieur Potter. » Dit-il joyeusement, hochant la tête au livreur numéro deux et essuyant les gouttes de pluie sur son visage.
« - Jolies lampes. » Approuva le second livreur avec un accent des pays de l'Ouest.
« - Merci. » Répondit Harry. « - Entrez. »
Alors qu'il se retournait, la porte s'ouvrit à nouveau. « - Monsieur Potter ? » Demanda une jeune femme avec une queue de cheval blonde et un chariot contenant des boîtes empilées. « - Votre livraison de peinture. »
Soudain, il souhaitait les laisser tous à la porte et terminer sa tasse de thé en paix. Harry soupira. Au moins, ils étaient ici, se dit-il. C'était le principal.
« - Très bien. » Dit-il, se reculant pour la laisser passer. « - Entrez, nous allons les entreposer ici. »
Au cours des prochaines heures, Harry avait à peine le temps de réfléchir et de s'arrêter. Malgré le temps glacial, son chandail mince collait à sa peau et ses mains étaient chaudes et un peu courbaturé à force de soulever et porter les innombrables pièces de mobilier. Au moment où le livreur de la boutique de cuisine arriva avec sa nouvelle batterie de cuisine, il commençait à penser qu'il allait devenir fou. Pourtant, petit à petit, les pièces se remplissaient et les livraisons diminuaient agréablement.
Regardant avec nostalgie son fauteuil vert, Harry se tourna vers le mur de son salon et commença à retirer soixante-dix années de papier peint orange et marron. Il était que trop conscient de la tâche gigantesque de nettoyage qui l'attendait et était tenté de tout reporter à demain mais il se persuada de continuer avec la promesse d'une nourriture chaude.
Épuisé et endoloris, Harry termina de décaper le papier peint à la nuit tombée et contacta le restaurant nommé 'Pizza-Pizza' pour récupérer sa promesse. C'était chaud, gras et pour Harry à cet instant, c'était la meilleure chose qu'il n'ait jamais goûté. Réticent à répandre de la poussière et la crasse sur le mobilier tout neuf, il s'installa dans son fauteuil vert et alluma un feu dans la cheminée. Il se sentait étrangement seul, sans la possibilité de parler à ses amis par cheminette et décida de connecter cet endroit au réseau Cheminette dès qu'il retournerait au Ministère.
Fortifié par l'apport de fromage et glucides, Harry travailla jusqu'à tard dans la nuit, chantonnant d'un air absent alors qu'il déchirait la tapisserie horrible, arrachait les tapis miteux et avec l'aide d'un peu de magie, faisait disparaître les taches brun-jaunâtre au plafond, tout en évitant de penser à Draco et ces putains de lettres. Enfin, trop fatigué pour penser à se doucher et s'installer dans le nouveau lit, il s'effondra sur le fauteuil temporaire, encore tout habillé et s'endormit.
Le caractère temporaire du fauteuil en question se fit rappeler à Harry avec un bruit sourd alors qu'il tombait lourdement sur le plancher nu le lendemain matin.
« - Bordel, qu'est-ce que…? » Marmonna-t-il, clignant des yeux et se frottant le visage.
Le fauteuil avait disparu. Vingt-quatre heures.
Grognant, Harry se dirigea vers la cuisine et se fit une tasse de thé, qu'il but assis sur le comptoir et admirant sa nouvelle grande table. La brise fraîche provenant de la cour arrière sentait merveilleusement bon et chassait l'odeur de renfermement qui enveloppait encore la pièce quelques heures avant et laissant une bonne odeur de bois, de thé et de papier peint arraché. Ça commençait à sentir comme à la maison.
Harry fut surpris d'ouvrir la porte à Ginny vers quatre heures de l'après-midi mais elle lui sourit et portait une plante en pot avec Lily à ses côtés et il avait enfin pris une douche et s'était changé, donc c'était bien.
Elle s'avança dans le couloir, ses yeux balayant l'escalier et le plafond élevé tandis que Lily vaquait dans les pièces du rez-de-chaussée avant de venir vers Harry et le serrait contre elle.
« - Papa, tu as déjà fait beaucoup ! » S'écria-t-elle en souriant.
« - Merci. » Il passa un bras autour de ses épaules. « - Ça fait mieux, non ? »
« - Oui ! Tu t'es débarrassé du papier peint horrible. »
Ginny haussa un sourcil.
« - C'était vraiment horrible. » Lui précisa Harry.
« - Je te crois. Je t'ai apporté une plante. » Dit-elle en lui tendant le pot. « - Chaque maison a besoin d'une nouvelle plante. »
« - Merci. » Dit Harry, croisant son regard et ignorant la tristesse qui gonfla dans sa poitrine. « - Comment vas-tu ? »
Son sourire était fragile mais réel. « - Je vais bien, Harry. Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. »
« - Je m'inquiéterais toujours pour toi. » Dit-il et à côté de lui, Lily semblait se raidir. « - Nous sommes amis. C'est ainsi que ça marche pour moi. » Lily exhala lentement et s'appuya contre lui.
« - Très bien. Je pense que je peux faire ça. » Dit-elle et son prochain sourire illumina son visage. « - Cet endroit va être incroyable, n'est-ce pas ? Comme une belle version du… »
« - Square Grimmaurd ? » Termina Harry.
Ginny hocha la tête. « - Si j'avais su, je t'aurais emmené un portrait à la place. » Elle jeta un regard à Lily, qui s'était éloignée pour examiner une poignée ornée. « - Traitres ! Immondices ! Vous êtes des sous-produits de la saleté et la bassesse ! » Murmura-t-elle, les yeux théâtralement écarquillés.
« - Oh oui. » Dit Harry, souriant. « - Je l'aurais fait disparaître. »
« - Je pense aussi. »
Harry la regarda un instant, avec sa robe de travail et ses cheveux soigneusement attachés, ses yeux clairs et la posture détendue, il sentait un peu plus de culpabilité se dissoudre à l'intérieur de lui.
« - Veux-tu une tasse de thé ? » Proposa-t-il. « - J'ai tout d'installer. »
« - J'adorerais mais je n'ai pas encore vraiment fini de travail. J'ai eu un déjeuner tardif donc je t'emmène juste Lily. Elle est vraiment excitée à propos de tout cela, tu sais. » Ajouta-t-elle en baissant la voix. Elle ne dit pas 'ne la laisse pas tomber' mais elle n'en avait pas besoin.
« - Eh bien, j'apprécie. » Dit-il en souriant en la regardant se pencher sur Lily pour l'embrasser sur le front puis Transplaner.
Dès qu'ils furent seuls, Harry et Lily échangèrent des regards joyeux.
« - Que veux-tu faire en premier ? » Demanda-t-il.
Lily sourit. « - Peinture. »
« - Alors ça sera peinture. » Dit Harry, trouvant un endroit temporaire pour sa plante et se dirigeant vers les escaliers, Lily rebondissant derrière lui. « - Tu as dit que tu voulais peindre ta chambre en noire, c'est ça ? »
« - Papa. » Réprimanda Lily, poussant un soupir et rigolant à la fois. Et puis, elle dit pensivement : « - Je parie que James aimerait avoir sa chambre en noir, cependant. »
Harry imaginait aussi. Une fois en haut, il se débrouilla pour métamorphoser une feuille en un ensemble pour Lily afin qu'elle ne tache pas son uniforme scolaire avec la peinture pourpre et puis ils se mirent au travail. Harry se mit à chanter du Celestina Warbeck jusqu'à ce que sa fille ne puisse plus s'arrêter de rire et de recevoir de la peinture dans l'œil. Lily, entre peinture et rire, lui enseigna une variété d'énigme… Madame Harbottle lançait apparemment une énigme à la classe chaque jour en défi et Lily pensait que les savoir aiderait Harry à trouver un homme.
« - Lorsque tu seras prêt, bien sûr. » Ajouta-t-elle en lui lançant un regard sévère, qui était quelque peu compromis par le fait qu'elle avait une longue tache violette sur le nez. « - Je pense que c'est très important que tu sembles intelligent. »
Harry rigola. « - Tu ne penses pas que je suis intelligent ? »
Lily soupira. « - Oui mais tu dois t'assurer que les gens peuvent dire que tu es intelligent. Tu sais. »
Amusé, Harry hocha solennellement la tête et rangea ses conseils pour plus tard.
Lorsque tout ce qui pouvait être recouvert de peinture violette fut recouvert de peinture violette, Harry et Lily se nettoyèrent dans l'immense salle de bain du second étage, frottant leurs visages et mettant de l'eau colorée en violet partout. À la suggestion d'Harry, Lily prit des photos des chambres afin que James et Al puisse choisir où ils voulaient dormir.
« - Je pense que James voudra celle-ci. » Déclara Lily en prenant une photo de la pièce de forme étrange avec plusieurs miroirs encastrés dans les murs. « - Il aime se regarder. »
Harry sourit. Elle semblait certainement avoir bien cerné son frère.
« - Et. » Dit-elle, une ou deux minutes plus tard. « - Je pense qu'Al aimera celle-ci car elle dispose de grandes fenêtres. »
« - Les grandes fenêtres sont biens. » Acquiesça Harry.
« - Il aime la lumière. » Déclara-t-elle, traversant la salle à grandes enjambées pour prendre une photo de la chambre sous un autre angle.
Sur une impulsion, Harry la prit dans ses bras. « - Tu vas bien, papa ? » Marmonna-t-elle contre sa poitrine.
Il l'était.
Ginny revint chercher Lily quelques heures plus tard et resta diplomatiquement silencieuse à propos des stries violettes dans ses cheveux. Harry avait réussi à faire partir les petites taches sur sa peau et ses vêtements mais la peinture dans les cheveux de sa fille avait refusé de bouger.
Une nouvelle fois seul dans la maison silencieuse, il installa draps et taies d'oreiller sur son nouveau lit et commença à déballer les boites qu'il avait apportées de la maison. De son ancienne maison. C'était une collection de maigres biens. Il n'avait pas voulu prendre à Ginny ou aux enfants des choses dont il n'avait pas vraiment besoin ou qui ne lui appartenait pas. Il rangea des piles de livres et registres sur ses nouvelles étagères, pendit attentivement sa cape d'invisibilité dans sa nouvelle armoire puis il s'occupa d'une boîte marquée 'SALLE DE BAIN', qui contenait ses articles de toilette, son kit de rasage et des serviettes. Soupirant, il emporta la boite dans le couloir et se figea. Quelque chose bougeait là-dedans.
Poussant une serviette, il scruta la boîte. Une ou deux secondes plus tard, quelque chose de grand et noir émergea de sous son pinceau de rasage et se percha au sommet de sa bouteille d'eau de Cologne, le regardant avec un intérêt calme.
Harry sourit. L'araignée de l'armoire était venue avec lui. Elle était resté dans la boite tout ce temps, vivant sur il ne savait quoi et attendant. Ravi pour des raisons qu'il ne pouvait pas comprendre, il déposa la boite, prit l'araignée et descendit au second palier afin d'installer l'araignée sur la rampe.
« - Je sais que tu es une araignée de salle de bain, à proprement parlé, mais je pense que tu aimeras mieux ce coin. » Dit-il et il eut le sentiment que tout se passerait bien alors qu'il retournait dans sa chambre et se laissait tomber sur le lit.
« - Je vois que votre temps libre vous a fait du bien, Monsieur Potter. » Observa Helga alors qu'elle lui tendait ses messages, le lendemain matin.
Harry sourit. « - Est-ce un compliment ? »
« - Avec la foi, tout est possible. » Déclara-t-elle, prenant une plume. « - Comment est la nouvelle maison ? »
« - Pas mal du tout, en fait. Il y a encore de la décoration à faire mais je suis assez heureux avec elle jusqu'à présent. Et j'ai ce nouveau matelas merveilleux. » Confia-t-il. « - J'ai passé ma meilleure nuit de sommeil depuis des années. »
Helga haussa un sourcil. « - Je ne pouvais pas être plus heureuse d'apprendre cela, Monsieur Potter. »
Secouant la tête, Harry se dirigea vers son bureau.
« - Vous avez une réunion à dix heures au sujet des règles révisées pour le transport des dispositifs magiques dans les zones non-magiques. » Rappela-t-elle, juste avant que la porte se ferme.
« - Vous n'avez pas pu attendre. » Marmonna-t-il, s'effondrant sur son fauteuil et essayant de trouver une position confortable avec sa lourde robe. C'était une journée un peu plus chaude aujourd'hui et le tissu l'irritait à chaque fois qu'il touchait sa peau et limitait un peu ses mouvements.
Il lisait ses messages quand un hibou vola dans la pièce. Perplexe, il se pencha sur son bureau, juste à temps pour voir la main osseuse d'Helga refermait la porte derrière lui, ayant apparemment juste permis au hibou d'entrer dans le bureau. Femme bizarre.
Réalisant qu'il avait lu les vingt derniers messages en pilote automatique et qu'il devrait les relire à nouveau, il soupira et abandonna le tout en un tas désordonné. Il prit le parchemin et donna un biscuit pour divertir le hibou alors qu'il lisait.
L'écriture quelque peu brouillonne d'Al fut une belle surprise et il était très heureux d'abandonner sa montagne de messages pour avoir des nouvelles de la vie à Poudlard.
« Salut papa,
J'espère que tu te plais dans ta nouvelle maison. Lily m'a envoyé une photo de sa chambre à coucher. C'est un peu trop violet si tu veux mon avis mais j'aime bien. Elle a dit que tu avais reçu plein de peinture sur toi et qu'elle n'en avait pas eu du tout. J'aime bien la chambre qu'elle a pris en photo pour moi aussi, en particulier les fenêtres. J'espère que tu ne te sens pas trop seul dans ta propre maison. J'ai écrit à maman aussi et elle va bien. Désolé si l'écriture est un peu brouillonne mais je suis en train d'écrire dans le lit et c'est un peu compliqué. J'ai presque oublié, Rose te dit bonjour. Nous avons rejoints des tas de clubs différents, juste pour voir s'ils sont biens. Rose est nulle en Bavboule mais Scorpius est brillant.
Lily dit que tu as pris quelques jours de congé pour décorer la maison. Puis-je venir t'aider ? Je préfèrerais de loin faire de la décoration plutôt que de la Botanique. Le professeur Chourave est d'accord avec moi. Elle ne le dit pas clairement mais je peux le voir. Quoi qu'il en soit, c'est bien pour toi… je parie que ton travail est excitant à mort. J'espère que j'aurais un travail comme ça quand je serais plus vieux mais James dit qu'il pense que je finirais dans une cuisine avec les elfes de maison. Il a un sacré culot, papa, il m'a dit qu'il n'avait jamais obtenu de 'O' en Potions et j'en ai eu un la semaine dernière !
Quoi qu'il en soit, je m'égare. Scorpius me le dit souvent. J'espère que tu vas bien et j'espère te voir au prochain match de Quidditch. N'oublie pas ! Serdaigle contre Poufsouffle !
Beaucoup d'amour,
Albus Severus Potter. »
Harry observa la lettre encore un moment, mal à l'intérieur. Al lui ressemblait, pensait que son travail était passionnant. Quel genre de modèle était-il exactement ?
« - Personne n'aime son travail, non ? » Marmonna-t-il, la remarque de Draco emplissant sa tête.
Mais ce n'était pas tout à fait vrai, n'est-ce pas ? Le Draco dans l'aperçu aimait son travail et ainsi que l'autre Ginny. Ils rencontraient tous les deux beaucoup de détracteurs mais ils se souciaient de ce qu'ils faisaient et n'auraient échangé leurs carrières pour rien et surtout pas pour des emplois ennuyeux de bureaucrate qu'ils avaient ici. Et son autre lui… Harry soupira, baissant les yeux vers le tiroir où il avait caché ses livres sur le verre soufflé. Son autre lui était courageux et aventureux et vivait avec la créativité. Il n'aurait jamais assisté à des réunions pour examiner des décisions prises dans d'autres réunions.
« - Monsieur Potter ? » Appela Helga, frappant fortement à la porte du bureau. « - Vous allez être en retard. »
Harry ferma les yeux. Vaincu, il glissa la lettre d'Al dans sa poche, saisit sa plume et ce qu'il espérait être le bon dossier et se dirigea vers la salle de réunion. Il pensa, à ce stade, il serait heureux d'échanger sa place avec Al. Il souhaiterait même s'asseoir en double cours de Potions.
Avec Snape.
Harry sortit de sa réunion et avait fait à peine sept ou huit pas dans le couloir quand Jeremiah du Service des usages abusifs de la magie se matérialisa et l'entraîna à nouveau dans une salle de réunion parce que 'nous pourrions aussi bien le faire maintenant, Harry et j'avais l'intention de faire appel à ta logique pour un potentiel chevauchement de nos services…' Harry acquiesça, gardant son masque professionnel en place, même s'il criait et donnait des coups de pied intérieurement.
Au moment où il retourna dans son bureau, il était presque quinze heures et il était fatigué, affamé et à bout de patience. Helga, sentant peut-être son humeur, ne dit rien alors qu'il traversait l'antichambre et rejoignait son propre bureau en claquant la porte derrière lui. Il s'assit lourdement et se renfrogna en voyant sa montagne de messages, sa pile de dossier en attente d'être approuvé et sa liste de réunions à venir.
Tout ça ne lui avait pas manqué. Il se fichait de tout ça.
Et la chose était, même à travers la brume lourde de son mécontentement, il pouvait voir que la personne qui faisait ce travail… un travail important… se soucier des besoins. Cela devait signifier quelque chose. Il pensait que cela avait signifié quelque chose pour lui une fois. Mais les choses changent. Les gens changent.
La respiration rapide, Harry ouvrit le tiroir et sortit ses livres et la coupure de journal. Il déplia la lettre d'Al et la relit, envahit d'images de fumée colorée et de métal et de verre aux couleurs vives, passant ses doigts sur le papier journal rugueux et caressant le visage de Maura. Il resta là, immobile, jusqu'à ce que la pensée se cristallise dans son esprit et quand elle le fit, la force de cela l'éjecta presque de son fauteuil.
« Qu'est-ce que je suis actuellement en train de faire ? »
« Je ne suis pas cette personne. » Pensa-t-il, s'effondrant dans son fauteuil et enfonçant ses doigts dans les accoudoirs. « Je ne suis pas la personne qui appartient à l'aperçu. Mais cela ne signifie pas que je dois être cette personne. »
Eh bien, il ne pouvait pas faire de tables. Peut-être qu'il ne serait jamais en mesure de faire des tables. Mais il pouvait souffler le verre, au moins un peu et il pouvait faire de l'art que les gens étaient prêts à acheter. Prenant tout cela en compte, il se retrouva à se demander ce qui était le plus fou… tout abandonner pour quelque chose de risqué, ou rester parce que c'était plus facile. Ce n'était pas comme s'il avait besoin d'argent. Il n'avait jamais été question de cela. S'il était honnête, il avait dû mal à se rappeler de quoi il s'agissait et ça devait être un mauvais signe.
En fin de compte, ça avait été assez pour Harry. Et ça ne l'était plus.
Tranquillement, il se leva, récupéra ses effets personnels et les rétrécit afin de pouvoir les glisser dans ses poches.
« - Je vais parler à Fitzwilliam. » Dit-il à Helga, qui hocha la tête et continua à gratter avec sa plume.
Le tapis semblait plus épais le long du couloir qui menait au bureau de Fitzwilliam et l'air était vif et conditionné. Quand Harry entra dans une antichambre similaire à la sienne, il prit une profonde inspiration et s'en remit à son courage impulsif.
« - Bonjour Monsieur Potter. » Fit la jeune secrétaire aux cheveux auburn, lui faisait signe d'entrer après un bref échange feutré avec Fitzwilliam à travers une fissure dans la porte de son bureau.
« - Merci, Calendula. » Dit-il avec un sourire forcé et il entra.
Franz Fitzwilliam ferma le dossier qu'il lisait et regarda Harry avec expectative. C'était un grand homme imposant, avec une crinière de cheveux gris foncé et une forte mâchoire ciselé. Harry se souvint avoir été intimidé par lui à un moment mais alors qu'il se tenait ici et maintenant, tout ce qu'il pouvait penser, c'était le fait qu'il était probablement un bâtard douteux. Peut-être que quelqu'un le démasquerait d'une manière ou d'une autre mais ça ne sera pas lui.
« - Crachez le morceau, Auror Potter. J'ai une réunion dans une demi-heure. » Dit-il avec bonhomie, levant des yeux verts pâles vers Harry.
Harry hocha la tête. « - Bien. Je démissionne. »
Fitzwilliam cligna des yeux, ayant apparemment perdu ses mots. Enfin, il se ressaisit et indiqua la chaise vide en face de son bureau. Harry s'assit sur le bord de la chaise et attendit une réponse.
« - Vous démissionnez. »
« - Oui. »
« - Mon dieu, mon garçon, vous ne pouvez pas être sérieux. » Insista Fitzwilliam, haussant d'épais sourcils de consternation.
« - Complètement sérieux, j'en ai peur. » Dit Harry, gardant une voix ferme même s'il était en pleine effervescence d'adrénaline et le sentiment non-familier de tout envoyer foutre en l'air.
« - Vous ne pouvez pas partir. »
Harry ignora le ton vaguement menaçant et le regarda benoîtement en retour, croisant les mains sur ses genoux et se rappelant de comment respirer. « - En fait, selon mon contrat, ma seule obligation est de trouver et former un remplaçant et je suis plus que disposé à le faire. »
Fitzwilliam ne dit rien pendant un long moment. Son expression était presque impassible mais Harry pouvait à peu près détecter le scintillement de panique, consternation et acceptation réticente des faits sur le visage anguleux. Quand il se concentra sur Harry une fois de plus, tout avait disparu et il croisa sereinement les doigts alors qu'il parla.
« - Auror Potter, le Département et, en effet, le Ministère, est très heureux de vous avoir. Perdre vos années d'expérience, votre expertise et… je vais être franc… votre réputation, sera un coup considérable. Le Ministre lui-même, j'en suis sûr, sera très déçu de vous voir partir. »
« - Oui. » Concéda Harry. « - Il le sera probablement. Mais le Ministre est un vieil ami et il comprendra. »
« - Je vois. » Fitzwilliam ferma brièvement les yeux. « - Auror Potter… cela me fait mal de le dire et j'espère que vous ne le prendrez pas mal de ma part mais est-ce peut-être un problème que nous pouvons résoudre ? Horaires, charge de travail… une nouvelle secrétaire ? Prime ? » Tenta-t-il, évidemment hésitant.
« - Non. » Dit rapidement Harry. « - Ce n'est pas cela. Et Helga restera. J'y tiens absolument. »
« - Très bien. Puis-je savoir alors ce qui est si important pour que vous soyez prêt à ruiner votre carrière pour cela ? » Demanda-t-il et bien qu'Harry ne voulait pas vraiment dire à cet homme ses projets, il satisfit sa curiosité.
« - Je fais des changements dans ma vie. » Dit simplement Harry.
« - Oui, j'ai entendu ça. » Répliqua Fitzwilliam.
Harry se hérissa mais resta impassible et se concentra sur la pensée qu'il serait hors d'ici assez tôt.
« - Oui, eh bien, je ne veux plus être un Auror. Et je pense que quelqu'un qui a la passion pour ce travail devrait l'avoir. C'est pourquoi je recommande Ron Weasley. » Dit Harry. « - Et si vous n'y voyez pas d'objection, je commencerais à le former dès que possible. »
Fitzwilliam toussa. Il regarda Harry avec lassitude. « - L'Auror Weasley est un bon choix. Il mérite une promotion. Mais… il doit y avoir quelque chose que nous pouvons vous offrir pour vous convaincre de rester. »
« - Je suis désolé, ce n'est pas négociable. » Dit Harry, son estomac se nouant violemment. « - J'ai vidé mon bureau. Je reviendrais demain pour commencer la formation de l'Auror Weasley. » Impossible de rester assis plus longtemps, il se leva, serra la main de Fitzwilliam et se dirigea vers la porte.
« - Auror Potter, envoyez-moi un hibou si vous changez d'avis… »
« - Merci. » Il croisa son regard vert pâle pour la dernière fois en tant qu'Auror. « - Je ne veux pas, cependant. »
« - Ravie de vous avoir vu, Monsieur Potter. »
« - Vous aussi, Calendula. Passez une bonne journée. »
Alors qu'il marchait à travers les couloirs, la moquette semblait s'amincir alors qu'il atteignait des niveaux standard et il se rendit compte que, bien que Fitzwilliam est… était… techniquement son supérieur, il n'y avait pas de doute sur qui gérait tout dans ce bureau et ce n'était pas le chef de la Justice Magique. (1)
Harry atteignit son bureau et s'arrêta un instant pour regarder Helga, qui griffonner encore.
« - Salut, Helga. »
Elle leva les yeux. « - Salut, Monsieur Potter. »
Il traversa le tapis à contrecœur et s'assit sur le bord de son bureau. Cela allait être une conversation plus difficile qu'avec Fitzwilliam et il réalisa soudainement à quel point lui et Helga s'entendaient. Elle alla lui manquer.
« - Je pars. »
« - Maintenant ? » Elle regarda l'horloge, perplexe. « - C'est un peu tôt pour cela, Monsieur Potter ! »
Harry cacha un sourire. « - Je sais. Je veux dire que je pars de ce travail. J'ai démissionné. »
Elle le regarda fixement, la bouche légèrement entrouverte. Elle sortit son chapelet. « - Mais… mais que ferez-vous ? »
Harry se permit un sourire. « - Je vais faire du verre, Helga. »
Elle fronça les sourcils. « - Pourquoi ? »
« - Parce que je le veux. Ne vous inquiétez pas, j'ai insisté pour que vous restiez. Mon remplaçant aura besoin de quelqu'un pour prier sur son âme et le garder organisé, aussi. »
« - Votre remplaçant… oh mon dieu. Je ne veux pas paraître indiscrète, Monsieur Potter, mais… »
Un sentiment étrange l'envahit et Harry rigola. « - Je vous en prie, Helga. »
Elle cligna des yeux. « - Est-ce à cause de vos problèmes familiaux ? »
« - Non, c'est parce que je suis fatigué d'être assis derrière un bureau et je veux partir de là avant que je sois trop vieux pour le faire. » Dit-il.
« - Oh, mon dieu. » Soupira-t-elle, faisant cliqueter les petites perles. « - Vous ne deviendrez jamais Ministre de la Magie en fabriquant du verre. »
Harry secoua la tête et enroula ses doigts autour du fin chapelet. « - Je ne veux pas être Ministre de la Magie. Je veux faire des choses. Des choses intéressantes. De belles choses. »
La bouche d'Helga se tordit comme si elle ne pouvait pas comprendre un tel désir. « - Vous auriez fait un merveilleux ministre, Monsieur Potter. »
Harry rigola. « - Vous n'avez plus à m'appeler Monsieur Potter. Et non, je ne pense pas que je l'aurais fait mais merci quand même. J'apprécie la pensée. »
Helga soupira. « - Je parie que Monsieur Fitzwilliam était bouleversé. »
« - Il n'était pas très ravi, je vous l'accorde. Mais il allait bien. » Lui assura Harry.
« - Je ne sais pas quoi dire. » Admit Helga.
« - C'est une première. » Dit Harry.
Elle se renfrogna, ses petits yeux noirs brillants. « - Avec qui vais-je travailler, alors ? »
« - Ron Weasley. Je vais m'assurer qu'il soit bien formé. »
« - Oh oui, un jeune homme bruyant. » Marmonna Helga et Harry prétendit ne pas entendre la vitesse accrue du claquement du chapelet sous le bureau.
Harry rigola. « - Je suis sûr que vous l'aurez recadré en peu de temps. »
Les lèvres d'Helga se redressèrent en un presque sourire. « - Que Dieu vous garde, Harry Potter. » Dit-elle finalement.
« - Merci Helga. Vous allez me manquer. » Harry se leva et enfonça ses mains dans ses poches, dans un effort de réprimer son instinct qui lui disait de l'embrasser.
« - Vous me verrez demain. » Fit-elle remarquer, haussant les sourcils.
Il ouvrit la porte. « - Oui. Que ferais-je sans vous ? »
Harry n'était pas entièrement sûr de savoir comment il finit sur le Chemin de Traverse. Ça pourrait être le fait que quand il était sorti du ministère, il n'avait tout simplement pas eu envie de rentrer à la maison, ou parce qu'il était toujours sous le coup de l'impulsion et laissait son esprit vagabonder au moment où il transplanait. De toute manière, il était ici, sous le soleil de l'après-midi, la robe sur son bras alors qu'il savourait la brise délicieuse.
Il permit au flux d'acheteurs de le ballottait et erra un moment, se demandant si quelqu'un prenait actuellement la photo pour la vendre à une somme astronomique de 'Harry Potter se promène en public'.
« Laisses-les faire. » Pensa-t-il. Il s'en fichait.
Lorsque le grondement vicieux de son estomac lui rappela qu'il était affamé, il laissa son nez le guidait vers la source de cette odeur fantastique et il était sur le point de pousser la porte du Dragondale Deli quand il le vit.
Son atelier.
Il se trouvait à quelques mètres de là et la joie d'Harry en le voyant écrasa tout autre sentiment mais fut remplacé par la tristesse quand il réalisa l'état désaffecté du petit bâtiment. Son cœur se serra péniblement alors qu'il approchait… de ce qui était autrefois… un endroit où se trouvait son atelier mais il ne put pas s'empêcher de regarder à travers les fenêtres sales, soupirant aux puits de lumières qui étaient si sales qu'ils laissaient à peine passer la lumière dans le bâtiment. C'était presque vide de ce qu'il pouvait voir, mis à part quelques caisses et morceaux de parchemins et plusieurs araignées.
Personne ne l'utilisait. Harry regarda vers le restaurant puis à travers les vitres sales à nouveau, essayant de voir comme il s'en souvenait. Après un moment, il rétrécit sa robe, la fourra dans sa poche et marcha vers le petit restaurant. Quand il atteignit le comptoir, il commanda un sandwich au rôti de bœuf à un jeune homme aux cheveux hérissés et tapota ses doigts sur la surface en granit. Il mordit sa lèvre. Hésita. Et puis :
« - Le bâtiment à côté, il vous appartient ? » Demanda-t-il.
Le garçon fronça les sourcils, perplexe et stoppa son activité d'emballer le sandwich d'Harry pour le regarder. « - Non Monsieur, je travaille seulement ici depuis mercredi. Je ne peux pas m'acheter de bâtiment. »
Harry regarda rapidement vers ses mains, secoué d'un rire silencieux. « - Bien, d'accord, merci.
Il y eut un soupir exagéré puis une femme attrayante émergea de l'arrière-salle. Elle portait la même robe mauve brodée que le jeune homme confus et avait apparemment entendu leur échange.
« - Un de tes amis t'a volé ton cerveau aujourd'hui, Darius ? » Demanda-t-elle et le jeune homme lança un regard désagréable avant de sourire béatement à Harry en lui tendant son sandwich. « - C'est bon. » Confia-t-elle à Harry. « - C'est mon frère. Vous voulez parler du débarras ? »
Harry voulut protester contre le titre dédaigneux de son joli petit atelier mais ce n'était pas sa faute.
« - Oui. Savez-vous à qui il appartient ? »
« - Pourquoi, par curiosité ? » Demanda la femme, faisant le tour de son frère pour s'appuyer contre le comptoir.
Harry prit une profonde inspiration. « - Je veux l'acheter. »
Les yeux noirs de la femme s'écarquillèrent d'étonnement. « - Oh, me… dieu, je ne m'attendais pas à ce que vous disiez cela. »
« - Qu'est-ce que vous attendiez que je dise ? » Demanda Harry, intrigué.
« - Oh, je ne sais pas… vous êtes un Auror, n'est-ce pas ? J'ai pensé que peut-être quelqu'un avait fait quelque chose dedans. »
« Je ne suis plus vraiment un Auror. » Pensa-t-il mais parvint à s'accrocher à sa maîtrise de soi.
« - Non, rien de tout cela. Alors, savez-vous à qui il appartient ? »
« - Mon père. » Répondit-elle.
« - Puis-je lui parler ? »
La femme et le garçon appelé Darius échangèrent un regard. « - Il est grec. Il ne parle pas très bien l'anglais. »
Le cœur d'Harry se serra. « - S'il vous plait. » Supplia-t-il, faisant son plus charmant sourire.
Ça sembla fonctionner. Elle disparut et revint une ou deux minutes plus tard avec un petit homme âgé, qui scruta Harry avec intérêt.
« - Papa. » Dit la femme en saisissant l'épaule de son père. « - Cet homme veut acheter le débarras. »
Harry observa le petit homme qui était le seul obstacle entre lui et son atelier. Soudain, il souhaitait avoir gardé sa robe d'Auror, juste un peu plus longtemps.
« - Pourquoi vous vouloir ? » Demanda l'homme. « - Pas bon. Trop humide pour stocker grain. »
« - Je ne veux pas stocker du grain dedans. » Expliqua Harry. « - Je veux en faire un atelier… euh, un endroit pour faire du verre. » Modifia-t-il en voyant l'expression confuse du vieil homme.
« - Faire verre ? » Répéta l'homme. Il regarda sa fille et indiqua la fenêtre de la boutique avec une main ridée. « - Verre ? »
« - Euh, ouais. » Dit Harry. « - Mais pas des fenêtres. De l'art. »
Le visage du vieil homme se plissa de confusion et avant que sa fille puisse tenter de traduire, Darius, qui hachait des légumes sans un mot, se lança soudain dans un discours en grec. Le vieil homme écouta en hochant la tête alors que son fils parlait en faisant des gestes démonstratifs avec son couteau.
« - Ah, oui, oui. » Dit-il finalement. « - Homme étrange vouloir acheter ce bâtiment. »
Harry supposait qu'il était un homme étrange mais il pouvait faire face à cela. Il supposait aussi que ce petit acte de folie se retrouverait bientôt dans les rubriques potins mais il s'en fichait. Il avait besoin de retrouver son atelier.
« - Je peux vous donner tout ce que vous voulez pour lui. » Proposa-t-il. « - Dites votre prix. »
La femme murmura quelque chose à l'oreille de son père et il sourit à Harry.
« - Je sais ça, Kari. » Dit-il. « - Vous Harry Potter ? Mon fils dit que vous Harry Potter. » Il plissa les yeux.
« - Euh, oui. » Dit Harry. « - Ca fait une différence ? »
Le petit homme se pencha sur le comptoir pour obtenir une meilleure vue sur Harry puis marmonna quelque chose à sa fille. Elle hocha la tête en souriant.
« - Mon père dit qu'il a acheté le débarras pour cinq cent galions. Il dit… » Elle fit une pause, regardant son frère qui semblait très amusé. « - Il dit qu'il vous le vend pour trois cent si vous faites une photo avec nous. »
Harry rigola. « - Ça semble très raisonnable. »
Une demi-heure plus tard, Harry sortit du restaurant avec un jeu de clés, un atelier et trois nouveaux voisins. Frissonnant sous les décisions impulsives, il se trouva un banc et dévora l'immense morceau de cake à l'orange gratuit, que Kari lui avait assuré être le meilleur gâteau qu'il ait goûté. Elle avait raison, pensa-t-il, léchant le sirop d'orange sur ses doigts.
Heureux, il sortit le 'Guide du Soufflage de Verre' et s'installa sur son banc, profitant vraiment des photographies et illustrations pour la première fois. Maintenant, tout était possible.
Il venait de terminer de dîner (saucisses et purée, mangé maladroitement avec une main alors qu'il tenait son livre de l'autre) quand Ron et Hermione arrivèrent. Il leur ouvrit avec un nœud dans l'estomac mais ses amis lui sourirent et le complimentèrent sur l'emplacement de la maison, aucun d'eux n'ayant l'air d'avoir entendu parler de la nouvelle choquante du jour. Harry n'était pas sûr si c'était mieux ou pire qu'un chœur de 'qu'as-tu fait ?!' parce que maintenant, il devait leur dire lui-même.
« - Bel endroit. » Approuva Ron, avançant dans le couloir avec les mains dans les poches.
« - Merci. Veux-tu faire un peu de peinture ? » Demanda Harry avec espoir.
Ron rigola. « - Je suis venu préparer. » Dit-il, sortant un rouleau de peinture de sa poche et l'agitant. « - Papa me l'a donné… bizarre, n'est-ce pas ? »
Hermione secoua la tête. « - J'ai quelque chose pour toi, Harry. » Dit-elle, lui faisant un sourire mystérieux et pour la première fois, il remarqua le grand sac de paille sur son épaule. « - Amusez-vous avec votre peinture. » Déclara-t-elle, décollant dans les escaliers, les cheveux et le sac rebondissant derrière elle.
« - Là, elle va ruiner l'étiquette de bonne intention. » Entonna Ron, la voix sombre.
Harry tourna des yeux interrogateurs vers son meilleur ami. « - Et depuis quand es-tu un expert sur l'étiquette ? » Demanda-t-il en riant.
« - Je ne le suis pas. C'est quelque chose que dit maman. » Admit Ron.
« - Ah. Eh bien, ne t'inquiète pas, je la connais depuis assez longtemps pour lui faire confiance si elle veut explorer. » Dit Harry. Il passa un bras autour des épaules de Ron et le dirigea vers les escaliers qui menaient à la cuisine. « - Viens, j'ai gardé les meilleurs travaux de peinture pour toi. »
« - Tu es trop gentil avec moi. » Gémit Ron. « - J'ai été sur le terrain toute la journée, mon dos me tue chaque fois que je m'accroupie, à force de me cacher des idiots. »
« - Tu n'as été au bureau de toute la journée ? » Demanda prudemment Harry.
Ron secoua la tête, pénétrant dans la cuisine. Il renifla. « - Pas depuis ce matin… as-tu fait des saucisses ? »
« - Oui. Il m'en reste quatre là-dedans. » Dit Harry, désignant la cocotte rouge contenant les restes. « - Elles sont à toi si tu m'aide à peindre cette cuisine. »
Les sourcils de Ron se haussèrent. « - Tu n'as pas à me corrompre, tu sais… » Il haussa les épaules. « - Mais cela aide. Par où commençons-nous ? »
Hermione arriva dans la cuisine une heure ou deux plus tard, rouge et les yeux brillants et s'installa sur la table recouverte d'un drap, attendant que Ron et Harry termine la première couche de peinture blanc cassé. La cuisine semblait plus grande et plus lumineuse déjà mais Harry n'avait toujours pas réussi à dire un mot à ses amis à propos de sa démission. Pour une raison quelconque, les mots restaient coincés dans sa gorge.
« - Bien. » Annonça Hermione, à la seconde où Harry et Ron posèrent leurs rouleaux. « - Allons-y. » Elle bondit de la table et leur fit signe de la suivre, ce qu'ils firent, sachant ce qui était le mieux pour eux maintenant. Perplexe, Harry la suivit dans les escaliers, entendant Ron marmonnait derrière lui, jusqu'à ce qu'ils émergent finalement sur la terrasse du toit et tout devint clair.
Hermione avait transformé l'espace minuscule et négligé en un beau jardin extérieur. Les plantes mortes laissées par les anciens propriétaires avaient disparu et une nouvelle table en fer forgée et chaise trônait en plein milieu de pots en céramique et caisses de bois pleine de plantes vertes, de fleurs éclatantes et le tout était illuminait de lumières magiques.
Il sourit à Hermione, qui serrait son sac vide et elle sourit en retour.
« - Mon cadeau de pendaison de crémaillère. » Expliqua-t-elle.
« - C'est fantastique. » Dit-il en la serrant contre lui. « - Merci. »
« - As-tu pris les fleurs que j'ai choisi ? » Chuchota Ron à Hermione quand Harry la libéra.
« - Oui. » Rigola-t-elle. « - Notre cadeau de pendaison de crémaillère, je devrais dire. Ron a choisi toutes celles-ci. » Dit-elle, montrant des boîtes emplies de fleurs. « - Des glaïeuls pour la force de caractère, des pivoines pour la guérison, des zinnias pour l'amitié. » Elle sourit. « - Et celles-ci sont de moi. » Elle indiqua une autre boîte et Harry reconnut immédiatement les fleurs. Narcissa avait les mêmes. « - Des azalées. Bien sûr, le sens traditionnel est 'tempérance'. » Elle plissa le nez. « - Mais… ça signifie aussi 'prendre soin de soi' alors… un doux rappel. »
Harry soupçonnait qu'être amoureux le rendait un peu sentimental parce qu'il put à peine résister d'étreindre à nouveau Hermione. Comme il le fit, Ron tapota son épaule et il déglutit la boule dans sa gorge.
« - Vous êtes géniaux, tous les deux. » Déclara-t-il, s'installa sur une nouvelle chaise et regarda la ville. « - Merde, je n'ai même pas de quoi faire faire une tasse de thé ou quoi que ce soit ! »
Ron rigola, s'installant sur la chaise à côté de lui. « - Tu es un mania du thé, mon pote. Tu es pire que ma mère. »
Harry lui lança un regard oblique. Le vent froid souleva la frange de Ron, révélant une tache de peinture blanche. Il se demanda si le fait de se recouvrir de peinture était un trait de famille.
« - Je peux faire mieux que ça. » Annonça Hermione, sortant un thermo de Dieu seul savait où et versant trois tasses de chocolat chaud.
« - Oh, bonheur. » Dit Harry, enroulant ses mains autour de la tasse. « - Merci. »
« - Vraiment, nous sommes vieux. » Dit Ron et pendant un moment, les seuls bruits furent le trafic lointain et les sons des trois buveurs de chocolat chaud.
Enfin, Harry posa sa tasse sur la table. « - Bien. Aujourd'hui j'ai démissionné et j'ai acheté un atelier sur le Chemin de Traverse. »
Hermione et Ron éclatèrent de rire si fort qu'Hermione dut être tapé sur le dos à plusieurs reprises pour l'empêcher de s'étouffer.
« - Je suis sérieux. » Dit-il une fois qu'elle ait repris son souffle.
Ron secoua la tête. « - Ne sois pas stupide… tu n'as pas fait ça ? »
« - Je l'ai fait. Et je t'ai recommandé pour le poste. » Harry fit une pause, observant l'expression abasourdie de Ron. « - En fait, tu as obtenu ce poste sauf si tu tues quelqu'un dans les douze prochaines heures ou plus. »
« - Harry, tu… tu es vraiment sérieux, n'est-ce pas ? » Dit doucement Hermione, prenant les doigts de Ron et serrant. « - Respire, Ron. »
« - Pourquoi ? » Fit Ron quand il eut retrouvé comment respirer.
« - Parce que je ne veux plus faire ça. Cela fait un moment. Je sais que vous allez penser que je suis fou mais je veux créer des choses. Je veux aller travailler tous les jours et en profiter. Je veux travailler avec du bois et du verre et porter des jeans au travail. Ce n'était pas le bon emploi pour moi, Ron, mais c'est le bon emploi pour toi. Tu le mérites. »
« - Tu veux créer des choses ? » Demanda Hermione, l'observant. « - Je ne savais pas que tu pouvais créer des choses. »
Son ton était plus curieux que dérisoire et Harry lui sourit alors qu'il haussait les épaules. « - Moi non plus jusqu'à récemment. Écoute, peut-être que tout cela fait partie d'une sorte de crise de la quarantaine mais en tout cas, j'ai compris ce que je voulais faire avec moi-même. Et vous savez… si tout cela est un désastre, nous pourrons nous asseoir ici et rire de ça dans six mois et j'essayerais quelque chose d'autre. »
« - Tu as juste réponse à tout, n'est-ce pas ? » Dit faiblement Hermione.
Harry sourit et termina son chocolat chaud. « - J'y ai beaucoup réfléchit. »
« - Sérieusement, Harry. » Dit Ron, le front plissé. « - Je te remercie de m'avoir recommandé, je le pense vraiment mais es-tu sûr que tu veux juste tout abandonner ? »
« - Je l'ai déjà fait. J'ai vidé mon bureau. Je viendrais t'aider à t'installer et te former puis ça sera terminé. »
« - Mec. » Insista Ron, l'expression déchirée. Harry savait combien il voulait le poste mais il savait aussi que Ron ne s'attendait pas à l'obtenir de cette façon. « - C'est que... tu te sens probablement un peu… tu sais, tu n'es plus toi-même en ce moment… »
« - Ne t'inquiète pas. Cela n'a rien à voir avec moi et Ginny. Je vous promets que je voulais le faire depuis longtemps et je sais que tu seras cent fois meilleur que je ne l'ai jamais été. Il était temps pour moi de démissionner. »
« - Harry… bordel. Moi, Chef du Département des Aurors ! » Il se tourna vers Hermione comme s'il cherchait la confirmation qu'il n'hallucinait pas. « - Je ne peux pas le croire. »
« - Tu ne rêves pas. » Lui dit Harry avec un sourire. « - Et tu le croiras demain, quand tu verras Helga te réprimander et essayer de te convertir au catholicisme. »
Hermione, qui jusque-là le regardait avec de grands yeux effarés, sembla sortir de sa rêverie.
« - Harry, je pense que tu es fou. » Annonça-t-elle. « - Et je pense que tu es génial. »
Sur ce, elle bondit de son siège, enroula ses bras autour de lui et le serra jusqu'à ce qu'il puisse à peine respirer.
« - Ton bureau est grand, n'est-ce pas ? » Demanda Ron, souriant.
Sans surprise, la Gazette du jeudi arriva avec 'Potter quitte le Ministère' en gros titre sur la première page.
Harry scanna l'article par-dessus l'épaule d'Helga alors qu'elle et Ron tentaient d'apprendre à se connaître le lendemain matin. Ça se déroulait mieux que ce à quoi il s'était attendu mais il avait le sentiment qu'il allait y avoir une période de transition importante et il était d'accord avec ça. La pression était vraiment élevée et il était heureux de passer autant de temps que possible à aider Ron à prendre ses marques.
Les laissant seuls pendant une minute ou deux, il s'isola dans la salle de bain et quand il revint, un hibou attendait au-dessus de son ancien bureau, le regardant comme s'il avait fait quelque chose d'indiciblement offensant. Le bougre parvint à lui mordre le doigt au moment où il décrocha le parchemin de sa patte et il porta son doigt à sa bouche avec irritation alors qu'il lisait.
Juste trois mots et pas de signature mais il n'y en avait pas besoin.
'Es-tu fou ?'
Les petits cheveux à l'arrière du cou d'Harry se dressèrent et il sourit, reconnaissant qu'il soit dos à Ron et Helga. Rapidement, il saisit une plume et écrivit son propre message.
'Probablement. Retrouves-moi pour un café sur Vine Street demain et je te raconterais tout. Deux heures ?'
Il attacha sa réponse à la patte du hibou grincheux et le regarda s'envoler avant de se tourner vers Ron qui patientait nonchalamment dans le couloir.
« - Tout va bien, mon pote ? »
Harry hocha la tête. Il pensait qu'il allait bien. Il avait simplement donné rendez-vous à Draco Malfoy… en quelque sorte… même si il y avait une possibilité qu'il ne réponde pas du tout à son message… mais il allait bien.
Dix minutes plus tard, cependant, au milieu d'une explication au sujet de la signature des formulaires, le même hibou revint avec :
'Très bien, mais tu payes.'
Harry s'excusa auprès de Ron et renvoya : 'Radin'.
Le message final de Draco disait simplement : 'Crétin'.
Harry sourit, chassa le hibou de son bureau avant qu'il le morde à nouveau et se concentra à nouveau.
