Disclaimer : les personnages et une part de la trame scénaristique est tiré de l'œuvre original de Kurumada !
Un grand merci a Newgaïa
Chapitre 9 :
Sanctuaire, Grèce, Avril 1998, Veille de la fuite des chevaliers de bronze.
Kanon et Milo avaient enfin réussi à « communiquer ». C'est du moins de cette manière qu'interpréta l'échange mouvementé auquel avaient assisté Mü et Aldébaran. C'est bien, pensa Mü tout en retournant dans sa demeure. Il fallait crever l'abcès et tenter au plus vite de renouer des liens avec tous ses pairs. Athénaïs avait raison. Ils devaient se montrer unis pour pouvoir rétablir une situation dans laquelle ils devraient un jour reprendre leurs places.
L'organisation du Sanctuaire ne pouvait demeurer en l'état. Le but de la création ancestrale de cette « organisation » avait perdu son objectif de vu et l'ont sentait poindre autour de la nouvelle tête dirigeante une autre volonté que celle de rester dans l'ombre des grandes puissances de ce monde. Nikandros voulait le pouvoir. Pas seulement au cœur du Sanctuaire mais sur la planète entière. Les dernières « campagnes » menées jusqu'à présent n'avaient pas eues d'autre but que de celui d'intimider les dirigeants du monde, alors que jusqu'à présent le Sanctuaire ne s'était jamais immiscé dans les conflits des « hommes ». Le domaine sacré avait des limites. Ces limites, après avoir été déplacées, commençaient à être franchies dans des champs d'actions qui ne les regardaient aucunement. Combattre d'autres « entités » dans le but qu'elles ne prennent pas possession d'un royaume qui n'était pas le leur, voilà qu'elle était la véritable « mission » des chevaliers présents. Entrer dans des jeux politiques des nations dirigeantes n'avait jamais fait parti de leurs attributions. Aujourd'hui Nikandros voulait entrer dans cette nouvelle cour et imposer aux grandes puissances son droit de regard et de veto en échange d'une hypothétique « aide » extérieure, et surtout en exerçant un odieux chantage implicite détenu dans le « pouvoir » hors norme que possédait le Sanctuaire. Ils avaient fait quelques « démonstrations » de force qui avait fait blêmir les plus téméraires des généraux de ce monde et faisait transpirer d'angoisse les despotes les plus hardis.
Mü ayant déjà été lui-même envoyé en « mission » auprès des dirigeants chinois dans le but de leurs « rappeler » leur existence et surtout de leurs démontrer de quoi était capable le Sanctuaire. Pour l'heure l'île grecque ne demandait rien, mais la mise en place d'une telle stratégie d'intimidation ne constituait que la première phase d'un plan que tout le monde était capable de deviner.
Nul doute que la disparition des derniers chevaliers d'or servait désormais Nikandros et ses plans. Il avait à présent toute la latitude de pouvoir former de nouveaux soldats qui seraient à sa botte. Il fallait que Mü fasse quelque chose. Mais pour l'heure il devait se rendre à l'évidence : il n'y parviendrait pas tout seul. Venait s'ajouter à ces contrariétés le délicat problème du neuvième gardien et de son armure, sans compter la régence de Jamir.
Le dernier manuscrit que Mü avait compulsé était formel : le chevalier et l'armure étaient liés par la zone temporelle dans laquelle le porteur était né. Même si ce « détail » avait toujours été caché aux autres, maintenant Mü savait. Personne d'autre que lui n'aurait jamais pu endosser cette armure. Il comprenait également la raison et l'utilité de ce « secret » connu d'une poignée d'hommes seulement. Si les deux étaient unis par leurs naissance, il fallait pourtant que l'homme s'élève au septième sens, et ce, au prix d'un effort et d'un entraînement surhumain. Bien que tous s'en défendaient, car ils pensaient avoir acquis l'armure à force de transpiration, ils demeuraient, sans le savoir, des « héritiers ».
Cette découverte avait perturbé un temps le Bélier. Il repensait à présent aux paroles de son maître et comprenait le sens de certains mots. Il était lui-même un héritier. Si cela n'avait pas été le cas, il aurait pu s'entraîner tout autant sans jamais aboutir à ce grade tant convoité. Il repensait avec amertume à certains hommes qui avaient échoués et avaient ainsi vu leurs vies basculer vers une sorte de disgrâce. L'échec d'une vie d'effort. Le sentiment d'avoir raté, de n'être pas parvenu au sommet. Ceux qui restaient en bas, ne s'en remettaient pas toujours. Certains embrassaient tout de même la « vocation » en servant comme ils le pouvaient le Sanctuaire. Les autres retournaient à une vie « normale » en étant « brisé ». Brisés, par tant d'années de souffrance, de sacrifice d'une quête personnelle qu'ils n'avaient pas réussi à mener à terme. L'échec, si jeune, marquait bien des destins.
Il repensait à ces jeunes gens « sacrifiés » puisque les cartes étaient truquées. Les dès lancés d'avance. A quoi bon former pendant tant d'années des apprentis si au bout du compte la question des armures interdisait à certains de parvenir au but fixé ? C'était absurde, mais c'était là aussi une bonne manière de conserver le secret. Mettre les futurs élus en concurrence dans le but de les aider à se surpasser. Il n'y avait donc aucune différence dans la souffrance des corps, excepté que l'un serait récompensé tandis que l'autre subirait l'humiliation de la défaite.
Lui, contrairement à ses autres frères d'arme, n'avait pas eu de condisciple. Shion savait. Avait-il voulu éviter ces entraînements inutiles ? ou le hasard de la vie avait-il fait qu'aucun autre prétendant ne se soit manifesté ? La question demeurerait en suspend, pour l'heure Mü avait une autre tâche à accomplir.
- Entre Shiryu.
La porte s'ouvrit laissant pénétrer une lumière aveuglante qui découpait une longue silhouette longiligne. Mü jugea que le dragon était déjà grand pour son âge. A seize ans il devait bien mesurer dans le mètre soixante-dix, ce qui traduisait les efforts qu'avait du fournir Dhokko pour que son entraînement physique n'entame pas sa croissance. Calmement, presque timidement, le jeune homme fit quelques pas dans la pièce, avant de s'incliner en signe de salut et de respect devant le propriétaire des lieux.
- Je viens te voir sur les recommandations de Shaka
- Installe-toi, je vais nous préparer quelque chose. Tu as déjeuné ? interrogea-t-il en sortant quelques éléments de vaisselle.
- Oui, merci, mais une tasse de cet excellent thé ne sera pas de refus, dit-il en désignant la théière qui distillait dans la pièce un arôme particulier.
- Sers-toi je t'en prie. Après avoir sorti quelques victuailles il s'installa à son tour autour de la petite table de bois ronde.
- Ce que je vais te dire, à présent, devra rester entre nous. Il est important que tu conserves précieusement ces révélations. Tu devras me rendre ce service sans jamais en informer quiconque, pas même ton maître. Seul Aldébaran est au courant, Shaka lui-même ne sait pas de quoi il retourne. Tu trouveras une excuse auprès de tes camarades, mais en aucun cas tu ne devras laisser filtrer quoi que ce soit. Je sais que tu es un jeune homme discret à qui l'on peut faire confiance, et c'est pour cette raison que je t'ai choisi.
- Je suis très honorer et particulièrement touché que tu puisses voir en moi un tel homme, Mü. lui répondit humblement Shiryu, avant de porter à ses lèvres le breuvage particulier.
- Bien. Tu n'ignores sans doute pas que je suis l'actuel régent de la citée interdite de Jamir. Cette ville reculée du monde est le refuge de ceux de mon peuple. Nous avons de nombreux ennemis qui tentent depuis des siècles de la localiser, dans le but de l'anéantir. Il y a des siècles, déjà, notre communauté vivait sur un continent protégé, comme l'est aujourd'hui le Sanctuaire. Mais nos ennemis naturels ont un jour réussit à franchir nos portes et ont décimé la majeure partie de mon peuple. D'exils en exils nous nous sommes retranchés vers l'Asie continentale et avons peu à peu gagné les montagnes. C'est à cette période que l'un d'entre nous a fait allégeance au Sanctuaire grec en échange d'un lieu de refuge et d'une « protection ». Aujourd'hui la charge de la première maison nous revient pour certaines raisons que je ne peux évoquer avec toi à l'heure actuelle. Jamir à besoin d'un dirigeant. A la mort de Shion, c'est à moi qu'est revenu cette lourde charge, mais aujourd'hui je suis cantonné ici, à mon poste de chevalier, et je ne peux m'y rendre. Nikandros, en tant que premier consul du conseil n'a pas connaissance de ces choses. Les accords qui lient Jamir au Sanctuaire ne se transmettent que de Grand Pope à chevalier, c'est pour cette raison, que je romps aujourd'hui le silence pour te mettre dans la confidence.
- Ta confiance m'honore réellement, chevalier, et je saurai me montrer digne de la tâche que tu me donneras à accomplir.
- Jamir, tout comme notre domaine sacré, connaît actuellement certains conflits internes qui ont pris de l'ampleur durant mon absence. Ces conflits me visent indirectement et j'aimerais, qu'à défaut d'y mettre totalement un terme, tu mettes à l'abri certaines choses pour moi.
- Dis-moi exactement de quoi il retourne et je ferai ce que tu me demandes, répondit Shiryu d'un ton que la gravité apparente de la situation laissait filtrer.
OOooOO
Après avoir frappé sur la porte laissée ouverte, Aldébaran souleva le rideau clair placé dans l'embrasure de l'entrée de la demeure du premier gardien. A cette heure avancée de la journée, c'était la seule protection que Mü avait trouvé pour faire circuler l'air ambiant tout en empêchant les rayons du soleil de s'infiltrer trop violement.
- Je viens de finir mes travaux de couture, lança le brésilien sur un ton presque enjoué. Kanon n'y a pas été de main morte, malgré son air abattu de ces derniers jours il lui reste pas mal de vitalité, Milo va bien dormir cette nuit, crois-moi.
- Oh, je te crois, mon ami. Je pense qu'ils avaient besoin de se défouler, au moins c'est chose faite, répondit Mü en passant la tête hors de son atelier. Tu m'accordes une minute, je dois finir de mettre de l'ordre.
- Sans problème.
Aldébaran se dirigea vers l'espace aménagé de la cuisine avant de proposer à Mü de boire un café.
- Tu sais bien que cette horrible mixture ne se trouve en ces lieux que pour mes hôtes de marque, mon cher Aldébaran, dit-il sur un ton plein d'emphase, en revanche je prendrai bien un peu de thé.
- Bon, si je suis un hôte de marque à présent je sens que je ne vais bientôt plus pouvoir passer par les portes…déjà qu'elles ne sont pas très larges, dit-il dans un rire.
- Aldébaran ! l'appela Mü, vient m'aider s'il te plait.
- J'arrive, dit-il en se dirigeant vers le lieu « interdit », qu'est ce que je peux faire ?
- Tu veux bien m'aider à mettre ce carton sur l'étagère du dessus s'il te plait
- Et voilà ! Ça recommence ! Je sais déjà ce que je ferais si je quitte la chevalerie, grogna-il en soulevant un énorme paquet chargé de livres et de manuscrits en tous genres. Dis ? tu peux pas faire ça tout seul, tu le fais bien avec des pierres ?
- Sache que la télékinésie requiert énormément de concentration et d'effort. C'est bien moins fatiguant et contraignant de soulever les choses à la main, crois-moi, lâcha-t-il avant de sourire, surtout lorsque l'on nous apporte une aide salutaire.
- Très drôle. Bon, passons aux choses sérieuses. Ils s'en vont demain, tu as fais le nécessaire ?
- Oui, Shiryu est passé au déjeuner et je l'ai entretenu de mes affaires.
- Tu lui a dis quoi au juste ?
- Tout. Enfin presque, souffla-t-il, viens, nous en avons fini et j'ai besoin de me rafraîchir.
- Tu crois que ça va aller ? demanda Aldébaran après un long silence.
- Oui, enfin j'espère. Je suis très inquiet à vrai dire. Tu sais, ils sont capables de tout.
Les dernières phrases moururent sur ses lèvres, ce qui trahissait une angoisse sous-jacente.
- J'ai malheureusement eu l'opportunité de m'en apercevoir, lui répondit son ami en se replongeant dans les souvenirs de ces dernières années.
- Et, toi ? interrogea Mü, changeant brutalement de sujet.
- Oh ! moi, tu sais, je n'ai rien laissé derrière moi, répondit-il blasé. Pas de disciples, pas de famille, pas de petite-amie, et surtout pas de citée à gérer, lâcha-t-il dans un regard presque moqueur.
Et pourtant derrière cette façade jovial Aldébaran cachait beaucoup de choses. Car il avait eu tout ça, mais la vie les lui avait retirés. Le laissant comme un enfant nu qui vient de venir au monde. Déraciné, sans attache, il avait rejoint le Sanctuaire qui était alors apparu comme un espace de salut à l'intérieur duquel il avait retrouvé des hommes et des femmes comme lui. Un nouveau « pot » pour planter ses racines, comme il aimait, lui-même à le dire.
Flash back 14 ans plut tôt, dans une mégalopole Brésilienne.
- Estêvão ! Estêvão ! Rentre ! Dépêche –toi ! cingla la jeune femme.
- J'arrive Zia, encore un but et on gagne la coupe du monde !
- Ben vous la gagnerez demain !viens prendre ton bain ! ordonna de nouveau la jeune femme. Non, mais regarde-moi encore dans quel état tu t'es mis. Ernesto ! Tu rentes aussi. Et dépêche-toi !
- Zia ? On va aller à la procession demain ? interrogea le gamin de six ans.
- Bien sûr. Ça me fait penser qu'il va falloir que je te cherche une nouvelle paire de chaussures. Orlando ! Prête-lui tes chaussures s'il te plait.
- Oh non ! C'est pas juste je viens juste de les avoir, protesta un enfant qui semblait être presque un adolescent, mais qui sans autre forme de contestation fila dans son dortoir chercher l'objet de toutes les convoitises ici.
Dans cette institution, que certain avait le toupet de nommer « orphelinat », les chaussures étaient des objets précieux, au même titre que les pantalons, que l'on ne sortaient qu'en de très rares occasions. Trouver des souliers qui vous allaient était un luxe que peu d'élus pouvaient goûter. Le quartier de la mégalopole était l'un des plus pauvres et le refuge San Estéban accueillait ses orphelins. La misère économique y côtoyait la misère humaine et ce seul refuge sortait quotidiennement des mômes de la drogue, de la prostitution ou de tous autres trafiques.
C'est à quatre ans que le petit Estêvão avait atterri ici. Suite à un drame familial qui avait vu sa famille décimée.
Parfois la nuit cette tragique journée venait le hanter.
Il est attablé dans la petite cuisine. Sa petite sœur Rosanna joue avec une vielle spatule en bois. Elle tape sur la casserole. Tap, tap, tap. Puis le silence. Tap tap, tap. On frappe à la porte.
- N'ouvre pas ! C'est la voix de son père. Il est grand, il est très musclé. Il porte une barbe. Il sent bon les herbes. Et il est si fort qu'il peut les porter tous les deux Rosanna et lui.
Une seconde plus tard c'est trop tard, la porte vient de se briser. Sa mère a les yeux inquiets. Elle regarde son père et soulève Rosanna pour la prendre dans ses bras. Estêvão, ne comprend pas. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi les hommes ont cassés la porte ? Il va falloir la réparer maintenant. Ils sont pas gentils !
Encore une seconde et la peur saisie le jeune garçon. Il y a eu un bruit. Violent. Un bruit qu'il connait, c'est celui des pistolets, comme ceux qu'il a entendu lorsque le frère de Paolo est mort. Et là, il ne comprend pas. Son père est allongé par terre et sa mère hurle. Ils ont tué Papa ? Il va aller au ciel aussi ?
Le sang s'écoule de la plaie. Il a les yeux ouverts et une position grotesque. Son corps semble être devenu tout mou. Il ne bougera plus. Il ne pourra plus les protéger. Lui, le colosse qui semblait invincible. Celui que l'on craignait et que l'on respectait. Le papa le plus fort du monde.
C'est la cacophonie dans sa tête sa mère continue de hurler qu'elle ne sait pas où il l'a mis. Et Rosanna c'est mise à pleurer aussi. Mais les hommes ne veulent pas savoir. Ils semblent plongés dans un état de folie qui paraît ne pas connaître de limites à l'horreur. Si papa n'est plus là qui pourra les arrêter ?
Alors, un des hommes s'approche de lui avec le pistolet. Il a les yeux qui brillent et il rigole. « J'vais buter ton bâtard, sale pute, et après jm'occupe de toi ! ». L'homme va le tuer aussi. Il le sait, il le sent. Il va mourir. Maintenant. Il ferme les yeux.
Une seconde vient de s'égrener sur l'horloge. Il ne sait pas ce qui c'est passé. Mais il est dehors. Il est en dehors la maison et il voit deux des trois hommes en sortir avec sa mère et sa sœur.
Les hommes sont encore plus en colère. Ils hurlent qu'elles vont payer toutes les deux pour ce qui vient de se passer. Mais qu'est-ce qui vient de se passer au juste ? Estêvão n'en a aucune idée. Il y a eu cette lumière et il s'est retrouvé là. Ils disent que de toute manière ils retrouveront le moufflet et que c'est pas grave que ce connard d'Adriano soit mort, que c'était qu'un con et que ça en fera plus pour eux. Ces hommes sont fous. Ils ont perdu la raison. L'homme vient de mourir et ils continuent de rigoler. Et puis ils disent qu'ils ont trouvé une nouvelle distraction. Qu'ils vont bien rigoler et qu'ils verront « si la mémoire lui revient pas à cette pute ! »
Puis tout va très vite. Une seconde s'écoule. Un homme sort un grand sac poubelle noir. Un de ceux qui sont géant et avec lesquels ils jouent parfois et ils attrapent Rosanna par les pieds. Elle crie, elle a mal. Pourquoi il la prenne par les pieds elle est fragile. Il faut pas faire ça ! Et en quelques secondes les hommes ont rejoint le pont en traînant sa mère par les cheveux. Les voisins se sont enfermés dans leurs maisons. Mais une main l'agrippe et le traîne à l'intérieur d'une de ces constructions. A travers la fenêtre obstruée par un linge il regarde médusé la scène.
Une seconde vient encore de passer. L'homme jette le sac pardessus le pont, qui atterrir dans l'eau. Ils rigolent tandis que sa mère hurle de désespoir. Ils continuent d'observer les gesticulations du sac avant que celui-ci ne sombre totalement dans l'eau. Ces hommes viennent d'emprisonner sa petite sœur vivante dans un sac poubelle et de la jeter dans le fleuve. L'horreur de la scène vient de le tétaniser. Il entend au loin la voix de Miranda, « reste pas là petit » mais il ne peut plus bouger. Il n'est plus là. Il est ailleurs. Sa vie vient de mourir avec sa sœur. Au fond de ce sac poubelle. Au fond de l'eau. Sous les rires de ces hommes qu'il ne connaît pas. Avec les cris de désespoir de sa mère. Encore une seconde s'écoule.
Une détonation. Un plouf. Puis le silence. Sa mère vient de rejoindre sa petite sœur dans le fleuve qui vient d'engloutir la vie et la famille d'un nouvel orphelin de quatre ans. Un de plus aujourd'hui. Demain il y en aura d'autres. Il avait compris qu'en une seconde la vie pouvait s'arrêter. Une seconde. Tap, tap, tap. Chaque seconde représentait un danger potentiel et pouvait le faire de nouveau basculer dans l'horreur.
C'est dans cette violence gratuite que grandi Estêvão, avec la peur au ventre, et la sensation de vivre dans un cauchemar perpétuel. Apeuré, affamé, il avait fuit pendant des jours entiers, trouvant sans cesse dans le regard des hommes la folie qu'il avait pu lire dans ceux des bourreaux de ses parents. Estêvão était seul. Seul, perdu dans ce vaste enfer, les images qui avaient déchirées sa vie passant en boucle devant ses yeux trop jeunes. Puis il avait rencontré le père Ignacio et l'orphelinat San Estéban. Mais là aussi il fallait rester éveiller. Le danger était partout. Les enfants, qui ne vous faisaient pas toujours de cadeaux. Et les adultes qui rôdaient tout autour des murs et que l'on entendait parfois la nuit se faufiler dans les dortoirs. L'horreur des cris, des pleurs. Et de certaines « disparitions » au petit matin.
L'orphelinat n'était pas un havre de paix ni un refuge. Mais il restait toujours plus sûr que la rue et les hommes qui la peuplaient.
- Estêvão ! Estêvão toujours en train de rêvasser…tiens essaye ça ! lui dit Zia en lui tendant une paire de mocassins largement usagés mais sans trou apparent.
- Merci, dit-il semblant soudain renfermé sur lui-même, elles sont trop petites et j'ai mal aux pieds avec des chaussures.
- Tu veux quand même pas aller à la messe pieds nus non ? Tu feras un effort.
- Et moi ? s'enquit Orlando.
- Toi on t'en trouvera une autre paire.
- Regarde-moi ça, six ans et on doit déjà te chausser avec des chaussures d'adulte ! c'est pas possible, il va falloir que tu arrêtes de grandir ! s'énerva presque la jeune femme en tentant de faire entrer les pieds noircis du pauvre Estêvão.
- C'est dl'a faute mon père il était super grand et super fort !
- Oui, et je vois que tu as hérité de ses gènes apparemment. Bon, ça fera l'affaire pour demain. J'aviserais ensuite. Maintenant aller vous laver et occupez-vous des petits, le repas est presque prêt.
Un an plus tard…
La nuit était déjà bien avancée et les bruits de meubles que l'on projette contre les murs, ainsi que les cris d'hommes et de femmes venaient de troubler le silence des dortoirs. Estêvão était réveillé. Couché au fond de son lit il priait pour que ce vacarme s'arrête. Qu'il stoppe. Que la menace s'éloigne. Mais les cris se mirent à redoubler. Tout le dortoir était réveillé à présent et nul n'osait sortir la tête de son lit de peur de découvrir ce qui pouvait bien se tramer derrière les murs. Moins on en savait et mieux cela valait.
- Arrêter ! Partez maintenant, il n'y a rien ici !
C'était la voix de Zia, Estêvão venait de la reconnaître. Ils allaient lui faire du mal. Il le savait. Il le sentait. Le même sentiment qui l'avait saisi lorsqu'il était plus jeune. Avant qu'il ne devienne orphelin. L'horreur allait se reproduire. Son ventre le tiraillait de douleur tant la peur était violente. Des cris. La voix de Zia. Cette voix qui ressemblait tant à celle de sa mère. Des pleurs. C'est la petite Emmanuella. Elle vient d'arriver. Elle doit avoir trois ans. Elle ressemble à Rosanna. Elle a peur elle aussi. Il n'arrive plus à respirer. Les secondes s'écoulent. Encore. Une, deux, puis trois. Le temps ne veut pas s'accélérer, et les bruits ne veulent pas s'arrêter. Il ne veut pas revivre ça. Il ne veut plus avoir peur. Il ne sait pas pourquoi mais il se lève. Sans s'en rendre compte il est seul. Pieds nus, au milieu du dortoir. Il entant une voix qui chuchote.
- Retourne te coucher ou tu vas tous nous mettre en danger !
Mais il ne veut pas. Il avance. Lentement. Mais il avance. A chaque seconde ses pas le conduisent un peu plus vers la porte derrière laquelle filtre une légère lumière.
Il est à présent dans le couloir. Sa main frôle le mur et il se dirige vers la pièce d'à côté. Celle du bureau. Son cœur bat à tout rompre dans sa poitrine. Il n'arrive plus à respirer. Il a le souffle coupé et les mains moites. Mais il veut avancer. Il veut y aller. Il veut voir ce qui se passe. Il ne veut plus être le spectateur de sa vie et attendre que les choses se fassent. Il ne peut pas arrêter le temps. Il a six ans et demi et se prend déjà pour un homme.
Il pousse le battant de bois laissé entrouvert et découvre le bureau sans dessus dessous. Un homme est là, il tient violement Zia par le bras et l'a allongée sur la table. Elle cri qu'il n'y a rien ici et qu'il doit partir. Le père Ignacio est allongé par terre. Inerte.
- Lâchez-là, il vient de crier mais ne s'en rappel pas. Ces mots viennent de sortir tous seuls du fond de son corps figé par la peur.
- Va-t-en Estêvão ! hurle Zia, retourne te coucher !
- Oui, retourne te coucher morveux, la petite dame et moi on va causer, dit l'homme qui la maintient clouée sur le bureau presque renversé.
- Non ! Tu vas la lâcher ! Tout de suite ! il ne sait pas ce qui lui arrive mais en entendant ses propres mots sortir de sa bouche, tout à coup il n'a plus peur. Il se sent presque « serein » ?
- La ferme sale gosse, dégage ! A moins que tu ne veuille assister au spectacle…
Tout à coup une lueur malsaine brille au fond des yeux de l'homme et il se met à rire.
C'est à cet instant précis que le jeune Estêvão perd connaissance. Lorsqu'il ouvre les yeux Zia le tient dans ses bras et est en train de le bercer et appelant doucement son nom. Il entend la voix de ses camarades et sent l'odeur de tabac du père Ignacio. Ils sont tous là, autour de lui. Il ne sait plus trop bien. Il était en train de faire un cauchemar. Que font ses camarades et Zia autour de lui ?
Et puis, il a mal à la tête. Doucement Zia le relève. Il n'est pas dans son lit. Il est dans le bureau. Il se rappel. L'homme. Il a eu peur. Il y a eu une lumière violente et puis…plus rien.
- Qu'est ce qui c'est passé ? demande-t-il d'une voix éraillée.
- Je ne sais pas trop. Il y a eu une lumière vive et l'homme s'est trouvé éjecté contre le mur. Il est mort, répondit Zia en jetant un regard pardessus son épaule pour contempler le cadavre enseveli sous un drap.
- C'est probablement une intervention de notre divin sauveur. C'est un miracle les enfants ! Vous entendez ? Un miracle, poursuit le père Ignacio. Le Christ notre sauveur nous a accordé un miracle !
- Un miracle, répéta Estêvão avant de sombrer dans un profond sommeil.
Un mois plus tard le « miracle de San Estéban » continuait d'alimenter la presse locale et les badauds affluaient toujours.
Mais l'homme que recevait aujourd'hui le père Ignacio n'avait rien de commun avec les autres. Celui-ci était un « étranger ». C'était un portugais qui devait avoir une quarantaine d'années et qui venait de traverser « la moitié du globe », comme il l'avait dit, pour venir voir le père. Tous les enfants s'étaient massés devant la fenêtre de la cour pour tenter d'apercevoir l'étranger et lui demander comment c'était l'avion. Zia avait bien tenté de les chasser mais la curiosité était toujours la plus forte. En plus l'homme parlait avec l'accent de ceux de la télévision. Et il était richement habillé. Avec des souliers et un pantalon neuf. C'est sûr qu'il voulait quelque chose. Déjà qu'on ne l'avait pas détroussé quand il était arrivé ici. Alors le mystère demeurait.
- Entre Estêvão, n'ai pas peur, lui dit chaleureusement le père Ignacio.
- Bonjour, salua poliment le garçonnet, comme on le lui avait appris.
- Bonjour Estêvão, le salua en retour l'étranger. Je m'appel Ernesto, et je suis venu pour te voir.
- Moi ? répondit-il surpris, pourquoi ?
- Parce que tu es un enfant spécial, que tu as un don et que de là où je viens on peut t'aider à devenir quelqu'un de fort et d'important. Le père Ignacio est d'accord pour que tu m'accompagne, dit-il en contemplant le vieillard qui venait de glisser une grande enveloppe très épaisse dans le fond d'un tiroir.
Ici, tout ce monnayait et si les arguments du Chevalier de bronze n'avaient pas trouvé crédit auprès du père qui tenait pour manifestation divine les évènements de ce dernier mois, une « donation » de la part d'une obscure organisation avait tôt fait de le convaincre de laisser partir l'encombrant garçon. S'il voulait se payer un gosse de six ans qui en faisait déjà douze, très bien. De toute façon ils avaient besoin d'argent pour pouvoir nourrir tous les autres, alors. Et puis, avec un monsieur aussi présentable, il ne risquait rien non ? Là bas au moins il ne manquerait de rien, c'est sûr. Et puis, si le « petit » faisait l'affaire peut-être viendraient-ils en chercher d'autres ? Il faudrait qu'ils les rendent plus présentables avant de les lui montrer.
Ernesto le tira de ses pensées.
- Nous partirons demain à l'aube. Estêvão doit faire ses bagages maintenant. Il fit un signe à l'enfant pour qu'il sorte. Et puis je vous l'ai dit, mon père, je ne suis venu QUE pour cet enfant-ci. Parce qu'il est particulier pour nous. Mais ne vous inquiétez pas, l'organisation pour laquelle je travaille s'engage à vous fournir une petite rente sous forme de matériel, de livres, de nourriture et de vêtements pour votre orphelinat. Ernesto lu de la contrariété sur le visage du père, en plus du petit présent que nous venons de vous faire, naturellement, poursuivit-il en souriant.
OOooOO
- Hé ! Estêvão, c'est vrai que tu pars ?
- Oui, tout à l'heure. L'étranger il m'emmène avec lui, répondit l'enfant d'une voix mal assurée.
- Et vous aller où ?
- Je sais pas moi, mais je vais prendre l'avion !
- Ouahhh.
- Je vais peut-être dans son pays…
- Y parait qu'il t'a acheté, lança derrière eux Diego, leur « tortionnaire », et tu sais c'que ça veux dire…maintenant t'es sa femme…bon courage et fais attention quand tu t'assois, leur cria-t-il en riant et en s'éloignant.
- Laisse tombé Estêvão, c'est sûrement pas vrai, tu sais méchant comme il est il est prêt à raconter n'importe quoi…
- Oui. Sûrement. Bon bah j'dois préparer mes affaires.
Estêvão n'était pas très rassuré par cette nouvelle perspective de devoir suivre un homme qu'il ne connaissait pas, dans un pays dont il ignorait jusqu'au nom. La dernière fois qu'un homme était venu pour « adopter » l'une des leur, la malheureuse s'était retrouvée enceinte quelques mois après seulement. Et puis il y avait tellement d'histoires qui courraient sur ce genre de « pratiques ». Des hommes qui venaient chercher des garçons comme lui, pour ensuite les mettre dans leurs lits, puis sur les trottoirs. Estêvão, fût soudain tenté de s'enfuir. Après tout ses paquets étaient prêts, la porte ouverte. Qui le retrouverait au milieu de ce labyrinthe de ruelles ? Un étranger ? Sûrement pas.
Mais au moment ou il voulu mettre son plan a exécution une voix dans sa tête lui dit qu'il avait tord et qu'à cet homme il pourrait faire confiance. Confiance. C'est à peine s'il connaissait ce mot. Quelle était véritablement sa signification lorsque l'on avait grandi là où lui avait été élevé ? Hein ? Mais le doute s'empara de l'enfant et un sentiment étrange l'envahi. Il se retourna et sans savoir pourquoi il sourit à l'homme qui lui faisait à présent face et qui lui tendait la main.
C'est sous les quolibets de Diego et de ses acolytes qu'Estêvão quitta l'orphelinat « San Estéban » dans l'espoir de ne plus jamais y remettre les pieds.
Le trajet jusqu'au cœur de la capital se fit calmement. L'homme était avenant avec lui. Il lui offrit des vêtements et des souliers neufs, au grand désarroi du jeune orphelin. Ils déjeunèrent ensemble dans un fast-food, ce qui fit le bonheur du petit brésilien qui ne connaissait l'enseigne que par les publicités vues sur la télé du père. Patiemment Ernesto répondit à chacune des questions d'Estêvão, sans détours et sans mensonges, et lui parla de la vie qui devrait devenir la sienne.
Ils arrivèrent enfin à l'aéroport et se présentèrent à l'hôtel. Lorsque Ernesto demanda une chambre le cœur de l'enfant se pinça un peu. Il déglutit difficilement. L'heure de vérité avait sonnée. Il allait enfin savoir où il avait mis les pieds et si l'adulte lui avait menti, ou pas.
C'est presque soulagé qu'il découvrit deux lits et totalement apaisé qu'il s'endormit. Demain il prendrait l'avion et partirait vers une autre vie. La vie de quelqu'un d'autre. Il fallait simplement attendre encore un peu que le temps fasse son œuvre et que le soleil se lève.
Dans l'avion qui survolait l'Atlantique, Ernesto continua de lui expliquer ce que l'on attendait de lui.
- Tu es voué à accomplir de grandes choses. Ce qui c'est passé à l'orphelinat, n'est pas l'œuvre de quelqu'un d'autre. C'est ton œuvre à toi. C'est toi qui as mis votre agresseur hors d'état de nuire.
- Mais le père Ignacio il a dit…
- Oublie ce que le père t'as dit. Vois-tu mon garçon, je suis comme toi. Et là où nous allons il y aura d'autres enfants comme toi qui ont eux aussi réussi à canaliser l'énergie qui est en eux pour la concentrer en un seul point et la faire « exploser ».
Ce n'était pas toujours simple d'employer les mots qu'il fallait pour expliquer une chose aussi complexe que le cosmos à un enfant de cet âge. Les formateurs des plus jeunes avaient bien du mérite, du moins, c'est ce que pensa Ernesto à cet instant.
- Mais je me rappel pas.
- C'est normal, tu as du perdre connaissance. Mais là-bas il y aura des professeurs qui t'apprendront à maîtriser tout ça. Dit moi, Estêvão, de quel signe es-tu ?
- Brésilien.
- Non. Ernesto se mit à rire. Quand es-tu né ?
- Je sais pas.
- Evidement, je vais regarder sur ton certificat. Le saint de bronze fouilla un instant dans un dossier avant de tomber sur l'objet convoité. HA ! Tu es Taureau. J'aurais du m'en douter un peu...
- Et c'est bien ça ?
- Euh, oui. Ernesto semblait quelque peu déstabilisé par la question, enfin c'est ni bien ni mal, c'est juste pour savoir dans quelle « maison » tu te situes.
- Et toi t'habites où ?
- Moi ? « J'habite » la maison de la balance. Ça veut dire que je suis du signe de la balance, tout simplement, mais il existe un chevalier qui lui est LA Balance, tout comme il y a déjà un Bélier par exemple, et bientôt un Taureau.
- Je comprends rien à tes histoires. Alors je suis taureau ou pas ?
- C'est pas grave. Tu es taureau mais ça ne signifie pas que tu es LE Taureau.
- Estêvão le Taureau, ça sonne bien non ?
- Je te l'ai déjà dis, tu n'es peut-être pas LE Taureau. Et puis tu sais, tu changes de vie alors il faudra que tu changes de nom aussi.
- Pourquoi ?
- C'est une tradition. Les enfants qui viennent de l'extérieur, comme toi, changent de nom car ils deviennent une autre personne. Mais tu as le temps pour ça.
- Toi aussi t'as changé de nom ?
- Oui, mois aussi
- Et c'est quoi mon nom à moi ?
- J'en sais rien, dis-moi ce qui te ferais plaisir. On avisera ensuite.
- Taurus !
- Non…je ne pense pas que ce soit très approprié.
- J'en sais rien moi !
- Que dirais-tu d'Aldébaran ?
- Ça veut dire quoi ?
- C'est le nom de l'étoile principale de ta constellation.
- C'est quoi la constellation ?
- Dans le ciel il y a des étoiles qui forment des « dessins » et une qui représente le taureau, il y en a beaucoup, une pour chaque signe astrologique, entre autre.
- Ha !...et Ernesto c'est une de la Balance ?
- Non, il se mit à rire, Ernesto c'était le prénom de mon grand père et c'est comme ça que j'ai voulu m'appeler. Mais si ce nom ne te plait pas tu peux en choisir un autre.
- Non c'est bon Aldébaran ça fait classe…
Sanctuaire, Grèce, Décembre 1990.
Lorsqu'Aldébaran franchit la porte du dortoir il ne put réprimer un sourire face aux mines de conspirateurs qu'affichaient ses camarades. Ils tramaient quelque chose, c'était sûr. Encore quelques pas et il put juger par lui-même de la surprise qu'ils lui réservaient. Il ne savait pas par quel miracle, mais ses copains de chambre avaient réussit à se procurer un drapeau géant aux couleurs du Brésil. Comment avaient-ils su ? Et surtout avant lui, vers quelle destination le jeune apprenti allait s'envoler d'ici quelques jours.
Tous se réjouissaient pour le jeune brésilien qui rentrerait enfin chez lui pour parachever son entraînement. Tous, sauf lui. L'idée même de retourner dans le pays qui l'avait vu naître, donnait la nausée au malheureux garçon. Mais comment leur dire ? Comment exprimer à voix haute l'angoisse naissante qu'il ressentait à l'idée d'accomplir un tel périple ? Depuis le matin, où il avait appris la nouvelle, son esprit était embué par des flashs back et une irrépressible envie de fuir. Fuir. Loin, très loin du climat pesant, malsain et sadique qui avait régit son enfance. Fuir, pour ne plus se rappeler la tragédie qui l'avait conduit dans cet abominable orphelinat. Fuir pour s'envoler loin de son passé obscure et ténébreux dans le seul but de regagner la lumière du soleil de Grèce. Sa maison, sa famille. Le seul lieu où il se sentait bien, apaisé et heureux.
Aldébaran leur sourit et tenta de faire bonne figure en se montrant enjoué. Il ne devait pas montrer ses craintes. Il serait bientôt chevalier.
Dans l'avion qui survolait l'Atlantique il sentait les battements de son cœur qui s'égrenaient comme les secondes d'une pendule. D'ici quelques heures il retournerait à sa terre. Il retournerait au point de départ. Une nouvelle vie. Encore.
Au-dessus des nuages c'était l'inconnu qui s'offrait à lui. Que trouverait-il là-bas ? Son maître serait-il juste avec lui ? Les rumeurs qui parcouraient les dortoirs des novices racontaient parfois des choses terribles sur les entraînements de certains maîtres. On parlait souvent de souffrance de torture et même, parfois, de mort…Des histoires que les plus vieux servaient aux plus jeunes, mais ne dit-on pas que chaque légende contient une part de vérité ? Et puis, il y aurait probablement d'autres disciples comme lui. Comment cela allait-il se passer ? Et s'il était le seul ? Seul avec un maître trop exigent, trop dur, trop strict ?
Le jeune homme secoua la tête. Ne valait mieux pas y penser. D'ici quelques heures il serait fixé. Il aviserait ensuite.
Lorsqu'il pénétra dans le hall d'arrivée il scruta anxieusement la masse hétéroclite qui s'y trouvait et remarqua un homme à l'écart. Il était très grand, musclé, à la peau hâlée et surtout à la mine patibulaire. Il s'avança vers lui quand soudain une voix retentie dans son dos.
- Par ici, mon garçon, je crois que tu te trompes de personne
La voix fluette appartenait à une femme noire qui devait avoir une quarantaine d'année. Elle avait le regard fier, les cheveux attachés dans un chignon strict, une musculature fine qui laissait présager un entraînement quotidien et surtout, elle ne devait pas dépasser le mètre soixante. Vêtue d'un simple jean et d'un débardeur blanc elle marchait pieds nus.
Elle due lire la surprise sur le visage de l'apprenti envoyé par le Sanctuaire mais ne s'en formalisa d'aucune manière et enchaîna les présentations.
- Je suis Elnath, ton maître, désormais tu devras m'appeler maître et te plier à toutes mes règles, mêmes les plus farfelues. Je suis strictes, mais juste et je ne tolère pas qu'on remette, à un quelconque moment, mes paroles en questions. Je ne dis jamais les choses deux fois. Tu es prévenu pour le reste du temps que tu passeras ici, avec moi.
Interloqué par ce monologue quelque peu déstabilisant, Albébaran écarquilla les yeux sans trouver à répondre. Il n'en n'eut d'ailleurs pas le temps puisque cette femme étrange reprit de plus belle a s'en encontre et lui emboîtant le pas vers l'extérieur du hall d'arrivée.
- Bon, dit-elle en posant un doigt sur ses lèvres, ça c'est fait…Ah oui, j'oubliais, tu as une lettre pour moi.
- Heu…oui. Enfin je veux dire oui maître.
- Tu n'es pas obligé de m'appeler maître tout le temps tu sais. Elle se retourna vers lui pour lui lancer. Au fait comment tu t'appelles ?
- Albébaran
- Quoi ? Albébaran ? Elle venait soudainement de se figer et on pouvait lire dans ses yeux à la fois stupeur et colère. Tu plaisantes j'espère ? tu sais ce que représente ce nom au moins ? c'est pas croyable ! quel culot ! Non mais je rêve ! Aldébaran, rien que ça, l'étoile Alpha de la constellation du Taureau ! Et que dirait le Saint d'or du Taureau s'il savait ça hein ?
- Heu, je sais pas, j'y avais pas réfléchit…Je savais pas quand le saint de l'Ecu m'a aidé à choisir ce nom…
Elle stoppa net sa course et un rictus, qui ne présageait rien de bon, venait de se peindre sur ses minces lèvres, tendit que ses yeux se transformaient en deux fentes démoniaques.
- Le Saint de l'Ecu ? Va chercher tes bagages, j'ai un truc a faire, dit-elle d'une voix blanche
Tandis que le jeune Aldébaran récupérait son maigre paquetage, il scruta du coin de l'œil Elnath, partie d'un pas décidé vers les cabines téléphoniques. A cet instant précis il se dit qu'une bataille sanglante, dont il était le responsable, allait se jouer.
Docilement il s'approcha de son maître et ne put qu'intercepter les brides de conversations qu'elle hurlait au travers du malheureux combiné téléphonique et qui faisait tantôt sursauter les passants, tantôt s'attirer d'étranges regards.
- Et en plus ça te fait rire ? Crois-moi Ernesto, ça va pas se passer comme ça…C'est ça rigole, mais je vais te dire moi, c'est parce qu'en fait t'as jamais digéré le fait que MOI j'ai réussie là où toi t'as échoué…
Elle écoutait impatiemment les arguments de sa malheureuse victime tout en triturant les fils du combiné.
- Ha oui ? tu crois ça ? Et bien sûr vous avez du tous bien ricaner dans mon dos durant toutes ces années, quand je pense que je ne comprenais pas pourquoi son nom ne figurait pas sur la missive qu'Alec m'a envoyé…Je vais te dire, vous me faites pitié, tous autant qu'vous êtes…
Elle marqua une nouvelle pause, signe qu'il y avait bien une personne au bout du fil qui tentait, presque vainement, d'en placer une.
- Mais je m' fous de savoir qu'il est trois du matin…Non mais franchement tu t'entends parler, espèce de chevalier de bronze de pacotille de mes deux…Ha elle est belle la chevalerie tiens !
Nouveaux silence qui apporta quelques secondes de calme dans le hall puis elle reprit de manière plus tempérée.
- Non, je reviens le mois prochain et j'te préviens tu m'dois un resto. Elle écouta attentivement son interlocuteur avant de rugir de nouveau, ils ont fait match nul ! t'avais dis si ils gagnent, là ils ont pas gagné donc en l'occurrence t'as perdu ! C'est tout !... ouiais c'est ça…Bon embrasse Théodora pour moi, et elle raccrocha, peut-être un peu trop violement, le combiné.
Dans un soupir d'exaspération elle se retourna pour faire face à un Aldébaran mortifié qui se sentait de plus en plus intrigué face à cette femme si …surprenante.
- Bon jeune homme, en avant ! la route est encore longue jusqu'au camps.
Cette fois la tension qui la dominait quelques secondes auparavant semblait soudain être retombée et il emboîta le pas à une Elnath de nouveau maîtresse d'elle-même.
Mis mal à l'aise par la scène à laquelle il venait d'assister, Albébaran voulut réparer l'erreur dont il se trouvait être indirectement l'auteur et la malheureuse victime.
- Heu, si vous voulez, maître Elnath, je peux changer de nom, ça me pose pas de problème…Vous savez, je savais pas…
- Oh non ! lâcha-t-elle en levant la main, on va faire autrement, je vais faire de toi un grand chevalier qui fera honneur à la deuxième maison du zodiaque. Il suffit juste d'un peu d'entraînement et de temps pour que nous puissions faire la nique à cette sale bande de machos misogynes…Leçon numéro un : la vengeance est un plat qui se mange froid !
Quatre ans plus tard, Brésil, 1994.
La nuit venait de tomber sur le camp et un semblant de fraîcheur semblait prendre le pas sur la moiteur ambiante. Le « village » situé au cœur de la forêt, paraissait comme engourdi par cette atmosphère chaude presque palpable. Seul le crépitement du feu faisait écho aux bruits de la nuit qui commençait à s'installer.
Albébaran attisait le foyer et remuait de temps à autre un liquide verdâtre qui emplissait une marmite en terre cuite. Toutes ses pensées plongées vers demain…
- Tu devrais aller finir de préparer tes affaires Aldébaran, dit Elnath d'une voix lasse
- Comment va-t-il ? demanda-t-il sur le même ton anxieux.
- Je n'ai toujours pas réussi à faire tomber la fièvre, mais il a arrêté de délirer…C'est déjà bon signe.
Elle s'assit près de son disciple et empoigna à son tour un tisonnier avant de poursuivre : «
- Tu comprendras que vu les circonstances je ne pourrai pas t'accompagner demain. Je rédigerai une missive pour Saga et il trouvera bien quelqu'un pour me suppléer lors de la cérémonie.
- Il est hors de question que je parte demain !
- Oh, si crois-moi tu vas prendre ce putain d'avion pour recevoir cette putain d'armure…on a assez transpiré comme ça pour que tu l'obtiennes !
- Je ne partirais pas sachant qu'il est dans cet état…et par ma faute en plus…
- Par ta faute ? Par ta faute ? Mais tu crois quoi mon pauvre Aldé ? être le centre du monde ? Ce qui est arrivé est juste un…accident. Tu as réussi à t'élever au septième sens et pas lui. C'est tout.
- Oui, mais si… il meurt ?
- Et bien quoi ? ça changera quelque chose ? Qu'il meurt ou qu'il vive ne dépend pas de toi. Que tu restes ici, ou que tu partes pour ton investiture ne changera strictement rien à son état, mon p'tit bonhomme !
Aldébaran ne répliqua pas et se contenta de se servir un bol de l'étrange mixture qui flottait dans la marmite suspendue.
- Tu iras parce que tu dois y aller. Je veux que tu rentres par la grande porte et que tu leur montre à cette bande de …de… je veux que tu leur montre à quel point ils ont bien choisi ton nom…Ils vont moins s'marrer maintenant…Tu vois, j'aurais payé cher pour voir leurs têtes. Surtout celle d'Ernesto…remarque, il rigolait déjà moins la dernière fois qu'il est venu me rendre visite… Elle se tourna subitement vers lui et lui prit les mains et lui asséna sur un air mélodramatique, promet-moi de me raconter chaque détails de la cérémonie. Elle ficha son regard dans le sien, le plus sérieusement du monde avant d'ajouter, et si tu pouvais prendre quelques photos en plus…ce serait vraiment un beau cadeau que tu me ferais.
- C'est promis, jura le Taureau.
Après avoir passé quatre années au cœur de la forêt Amazonienne en compagnie de cette étrange femme Aldébaran ne pouvait plus être étonné de rien, ni d'aucun comportement. Il savait le sérieux de la requête et mènerait à bien sa toute première mission auprès de son maître. Mais avant ça il voulait savoir quelque chose.
- Elnath ? Tu te souviens du jour où je suis arrivé ?
- Comment l'oublier !
- Pourquoi tu t'es si violement emportée comme ça ?
- Pourquoi ? ça me parait évident, non ? Même si tes efforts ton amenés à pouvoir porter l'armure du Taureau, nous ne le savions pas encore à l'époque. Imagine qu'un autre aurait remporté cette satanée armure ? On aurait pas eu l'air cons tous les deux !
- Mais la vraie raison, c'est quoi ? Non, parce que j'ai un peu l'impression qu'il y a eu conspiration autour de mon baptême.
Elnath se mit à rire sans retenue devant la mine soupçonneuse de son ancien disciple.
- Très bien. Puisque tu veux vraiment tout savoir, et qu'aujourd'hui est un jour particulier, je vais te raconter une histoire et ensuite, au dodo.
Elle s'installa un peu plus confortablement autour du feu et se servit, à son tour, un bol de l'étrange mixture avant d'inspirer profondément.
- Lorsque j'étais une jeune apprentie, comme toi il n'y a pas encore si longtemps, les « choses » n'étaient pas si simples pour moi tu vois. Déjà j'étais une femme et en plus je ne faisais pas assez…comment dire ? couleur locale. Mon intégration parmi les autres disciples du Sanctuaire n'a pas toujours été simple. Tu imagines ? Une femme, plutôt fluette, noyée au milieu de machos baraqués, prétentieux et arrogants. Bref, personne n'aurait jamais parié une seule drachme sur moi. Je n'étais pas très résistante physiquement à tel point que j'ai souvent failli abandonner. Mais tu vois j'ai tenue le coup ! Lorsque je suis revenue de ma formation quatre ans après avoir quitté le Sanctuaire, je portais sur le dos ton armure actuelle. Un peu avant la cérémonie Shion m'a demandé de changer de nom pour me conformer aux règles en vigueurs, je n'étais pas assez « grecque » à leur goût, enfin surtout à celui du conseil. Mais j'étais surtout une femme… Elle fit une pause en buvant une gorgée, avant de reprendre avec un sourire amère aux lèvres. Un jour, si ça continu comme ça ils nous demanderont même de nous faire greffer une paire de couille.
Aldébaran ne put empêcher un rire guttural de sortir de sa gorge. Depuis le temps il s'était fait à la personnalité quelque peu particulière de son maître et il semblait que plus rien ne pourrait jamais l'étonner venant de la part de ce petit bout de femme au caractère et à la langue bien aiguisée. Elle lui disait souvent :
- Tu vois, nous sommes comme les bovidés que tu vois dans les champs. Tant que tu les laisses brouter tranquillement tout va bien, mais si par malheur tu entres dans leurs enclos pour les asticoter alors ils chargent et ils ne lâchent jamais ! Il faut pas chercher un Taureau, si tu le cherches tu risques de te confronter à un lourd problème…crois-moi.
Et certaines personnes avaient sans doute pénétré cet enclos, déclanchant une fureur terrible chez la gardienne de la seconde maison.
- Tu vois, reprit-elle, je pensais que j'aurais pu conserver le nom que m'avais donné ma mère, mais sur l'instant j'en ai fais mon deuil et j'ai proposé le nom de l'étoile alpha de ma constellation, comme cela se fait d'ailleurs très souvent. Seulement voilà, ILS ont refusé, tout simplement, et Shion, ce vieux croûton, paix a son âme, m'a lui-même baptisée Elnath, en hommage à l'étoile bêta de la constellation dont je devenais quand même la gardienne, c'était sois disant plus approprié, plus féminin, comme si cela avait de l'importance…Bref, tu vois j'ai très mal vécu cette humiliation, j'avais l'amère impression de revenir quatre années auparavant et de finir toujours derrière les autres. Et tu sais pourquoi ils ont fait ça ? Moi je vais t'le dire, c'est parce qu'ils ne sont qu'une sale bande de machos misogynes. Ils ne supportaient pas qu'une femme puisse accéder à ce rang ! Voilà pourquoi ! Ils l'ont jamais digéré, mais aujourd'hui je passe les armes et t'as intérêt à être digne de mon enseignement sinon je reviendrais moi-même botté tes jolies pt'tites fesses bien potelées !
- Tu n'auras jamais à rougir de moi Elnath, dit-il en lui prenant la main.
- Je sais Aldé, je sais…mais tu vois, le pire qu'ils ont pu me faire c'est quand ils m'ont foutu à la retraite ! Tu crois qu'ils l'auraient fait si j'avais été un homme ? Sûrement pas, y'a qu'a regarder ce vieux chnoque de Dhokko, quand je pense que ce fossile est encore en activité…Ah, j'te dis, moi, faut pas qu'il y ait la guerre ! Elle porta de nouveau le breuvage à ses lèvres avant de s'étouffer dans un rire et de reprendre, remarque, jl'imagine bien en train d'affronter ses adversaires à coup de canne et de dentier !
- Pourquoi ? Il est si âgé que ça ?
Soudain, Elnath se ravisa et se tortilla maladroitement sur son banc.
- Heu, non pas vraiment… dit-elle en réfléchissant quelques secondes avant de lâcher d'une petite voix, il a 55 ans, puis elle se ressaisit, mais c'est pas une raison, ils m'ont bien mise au placard Moi ! et pourtant j'ai dix ans de moins que lui !
- Ca n'a peut-être pas de véritable rapport avec son âge, laissa échapper le jeune Taureau pour son plus grand malheur.
- Quoi ? Tu insinues quoi là ? s'emporta-t-elle violement
- Rien du tout, jamais je pourrais remettre en question tes capacités ou ta valeur, je veux seulement dire qu'il demeure toujours une sorte de voile mystérieux autour de l'attribution des armures. C'est toi-même qui me l'as dit, durant ta génération vous n'étiez que cinq chevaliers d'or en fonction, et vous ne savez pas vraiment qu'est ce qui désigne le porteur.
- C'est le septième sens.
- Oui, ça je sais mais admet quand même qu'on ne comprend pas toujours tout…Il faut peut être prendre en considération d'autres éléments que nous ignorons…
- Tu penses que c'est parce qu'ils savaient qu'il y aurait un nouveau porteur qu'ils m'ont rencardée ?
- Je sais pas.
- Quand bien même, ce serait absurde, pourquoi anticiper la passation de pouvoir ? Et puis ça voudrait dire qu'ils lisent dans l'avenir…Remarque ce genre de choses ne m'étonnerait qu'a moitié, si t'avais connu Shion…toujours fourré avec Dhokko a parler par énigmes des « choses de la vie », jt'e jure de vraies caricatures tout droit sorties d'un film !
- J'aurais peut-être le loisir de le rencontrer.
- Sûrement s'il descend de sa montagne. Pour ma part ces dernières années je ne l'ai vu qu'en de très rares occasions, surtout depuis que ce Saga de malheur a prit le pouvoir dans le sang…Méfie toi de lui surtout…En fait, méfie –toi de tout le monde, dans ce panier de crabes qu'est le Sanctuaire tu ne sais jamais à qui tu as affaire. Fies-toi simplement à ton cœur et jamais à autre chose. Et, au passage, fait-moi plaisir, ne deviens jamais comme eux, dis-toi que tu n'es pas meilleur, ou plus puisant que le commun des mortels, tu es juste différent.
- Je tacherai de m'en souvenir Elnath.
- Bien, je vais retourner voir comment il va et toi, fini de préparer tes affaires, ton vol est de bonne heure demain.
Fin du Flash back. Retour chez Mü, Grèce, Avril 1998.
- Aldébaran ? Aldébaran ?
- Heu oui, Mü, excuse-moi, je repensais à un truc.
- Ça avait l'air important, ton café doit même être froid à présent.
- Dis-moi, Mü, est-ce que tu sais pourquoi on destitue certains chevaliers alors qu'ils n'ont même pas de successeur ?
- Pourquoi ? tu n'étais pas sérieux tout à l'heure lorsque tu parlais de prendre ta retraite pour devenir déménageur ? Et puis de toute façon, même si tu le voulais tu ne le pourrais pas, c'est le grand Pope qui décide de tout ça, du moins c'était encore le cas lorsque Shion dirigeait ce Sanctuaire, mais quand à savoir d'où leur vient la nature de cette décision, je t'avoue ne pas savoir, bien que je puisse me forger une petite idée sur la question.
- Non, parce que je pensais qu'une petite aide extérieure nous serait d'un grand secours, au cas où les choses tourneraient encore plus mal que ce qu'elles ne le sont déjà.
- C'est une idée intéressante mais peu de chevaliers partent lorsqu'ils sont encore en pleine possession de leurs moyens. De plus, ceux qui ne choisissent pas d'œuvrer à l'extérieur pour le Sanctuaire refont leurs vies. Je ne suis pas certain que l'on puisse gagner auprès d'eux les renforts nécessaires.
- Tu sais, il suffit parfois d'une seule personne.
- C'est vrai. A qui penses-tu ? Parce que tu as une idée derrière la tête, je peux le voir à ta mine un peu trop réjouie à mon goût.
- Elnath.
- Elnath ? Ton maître ? Malgré tout le respect que je te dois, sans jamais remettre en doute les qualités de son enseignement je ne suis pas certain que son aide soit suffisante
- Elle a peut-être quitté notre ordre mais je suis certain qu'elle n'a rien perdu de sa puissance. Et puis, je peux te le dire à présent, elle était quand même l'ancien gardien de la seconde maison et…
- Comment ? Elnath ? tu…tu veux dire que ton maître était l'ancien chevalier du Taureau ? Mais…mais j'ai toujours entendu dire que le second gardien était un homme, et qui plus est à la stature imposante.
- Ha ! Les hommes de ce Sanctuaire ! tous machos et misogynes…
Note : Vous avez été nombreux à venir sur le blog de la fic et je vous en remercie. Cette semaine vous pourrez y retrouver, entre autre, un billet sur ce neuvième chapitre et un petit portrait de mon Elnath.
A bientôt et merci.
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