Et voici la suite tant attendue! :D
La même scène que la précédente mais cette fois-ci du point de vue de Ziva! ;)
Enjoy! :)
Chapitre 10: Un sacrifice appréciable
10/09/2007, 17h15, Washington, devant le NCIS:
Abritée sous un abri-bus, je regardais calmement la pluie tomber. C'est triste, la pluie. Je voyais les gouttes s'écraser sur la route, éclabousser les parapluies des passants et couler le long des lampadaires. Les paroles que j'avais adressées à Abby me revenaient en boucle en tête. Elle avait été choquée par ces paroles. Comment allait-elle le prendre? Elle m'en voudrait sûrement. Je soupirais. J'étais incapable de faire quoi que ce soit sans blesser des gens. Je détestais cette incapacité que j'avais à pouvoir avouer calmement mes sentiments. Je détestais cette faiblesse qui était mienne. Je détestais cette carapace que je m'étais forgée pour empêcher les évènements de m'atteindre, pour me mettre hors de portée de la douleur intérieure.
J'enviais Abby de pouvoir montrer ainsi ses sentiments, sans craindre d'être jugée. J'enviais cette relation de frère/sœur qu'elle avait avec Tony et McGee. Quoique la relation qu'elle avait avec McGee était depuis quelques temps moins fraternelle et plus intime. J'enviais cette famille qu'ils formaient et que je contemplais chaque jour. Moi, ma famille, je l'avais perdue très vite. Ma famille, c'était il y a si longtemps! Quand ma mère était encore là. Je me souvenais de ces soirées passées au coin du feu en camping, ces week-ends passés à la plage! Je savais alors ce que voulais dire « être heureuse ». Je l'étais. Puis ma mère est morte. J'avais 12 ans. Nous sommes entrés au Mossad. A 18 ans, je perdais ma sœur. A 27, je perdais mon frère. Ne restais plus que mon père, que je n'arrivais pas à détester, malgré tout ce qu'il avait fait. Après tout, il était tout ce qui me restait de cette famille que j'avais tant chérit. Pourtant, j'aurais dû le détester. C'était sa faute si notre famille avait disparu. Hélas, j'en étais incapable et je me détestais pour ça. Tiraillée, je ne savais plus où j'en étais. Une foule de sentiments contradictoires et de sensations qui m'étaient jusqu'alors inconnues ou bien oubliées depuis longtemps m'envahissaient. J'étais en colère contre eux et contre moi. J'étais triste et incertaine. J'étais perdue, ce qui ne m'étais jamais arrivé. Habituellement, ma carapace me permettait de m'isoler de ce qui se passer, d'empêcher des sentiments trop forts de m'envahir. Pour la première fois, cette carapace s'était fissurée. Devant Abby. Je ne pense pas qu'il put y avoir pire. A part peut être devant Tony?
J'avais blessé Abby. Et l'avais mise dans une situation qu'elle aurait préféré éviter. Il n'y avait pas de place pour Kate et moi au NCIS. Il n'y en avait qu'une seule. Nous étions deux. Kate resterait. Elle ne l'avait jamais vu sous cet angle-là. Elle s'en rendait maintenant compte et serait mal à l'aise. Elle serait désolée, et je ne voulais pas qu'elle le soit. Pas pour moi. Et mon attitude, mes pensées l'avaient sûrement déçue et blessée. Abby, si forte et pourtant si fragile. Abby, qui ressemblait à une petite poupée de porcelaine, cachée sous une apparence des plus spéciales. Abby, et ses réactions si enfantines, comme une petite fille catapultée dans un monde qui l'effraie et qu'elle essaye vainement de comprendre. Abby, pourtant capable de mettre à terre un homme sensé se débarrasser d'elle parce qu'elle gênait lors d'un procès. Abby, capable de mettre K.O. un homme qui voulait se venger de Tony en le faisant accuser lors du meurtre d'une jeune fille. Abby, seule personne au monde capable de calmer en un seul câlin un Gibbs enragé. J'appréciais et admirais Abby. Et étais désolée de l'avoir blessée et déçue. Je soupirais. Tout était si compliqué, parfois!
Soudain, un grand bruit attira mon attention, interrompant mes réflexions. Un bruit de pneus crissant sur l'asphalte mouillée. Je vis alors une voiture grise tourner à toute allure et se diriger dans la direction du NCIS. Une berline. Fronçant les sourcils, je sortais mon arme. La menace de la bombe était réelle et préoccupante et il valait mieux être prudent. Je m'aperçus alors que la voiture grise était poursuivie par plusieurs voitures noires, identiques. Des coups de feu retentirent. Ils prenaient la berline pour cible! Soudain, je vis, horrifiée, un ballon rouler sur la route, poursuivi par un petit garçon. La berline roulait rapidement et ils allaient se croiser!
Une voiture, poursuivie par une autre, des tirs qui fusaient, et au milieu de la route, un petit garçon. Cette vision me ramena dix-sept ans en arrière. Je n'étais plus à Washington en 2007, j'étais à Tel-Aviv, en 1990. Ce n'était plus un petit garçon au milieu de la route, c'était notre mère, Tali et moi. Riant d'une plaisanterie, depuis longtemps oubliée, en rentrant d'une après-midi shopping. Des terroristes poursuivis par des agents du Mossad. La rencontre entre des piétons et des voitures blindées. Bataille perdue d'avance pour les premiers. J'avais 12 ans. Et ce jour-là, j'ai perdu ma mère. Touchée par des balles tirées par les agents du Mossad puis percutée par la voiture des terroristes. Autant dire que les incapables qui étaient responsables de la mort de la femme du directeur adjoint de leur agence n'ont pas survécu longtemps. Ils sont tous trois morts lors d'une mission-suicide en Afrique du Nord une semaine plus tard. Je ne les ai pas pleurés. Je me suis engagée au Mossad dès le lendemain, certaine de pouvoir faire mieux qu'eux, pour éviter qu'il y ait d'autres victimes innocentes lors de missions. Mais avec tous les entraînements, et toutes les missions que j'ai effectué, avec toutes les horreurs dont j'ai été témoin, j'en ai oublié ma motivation première, que j'ai enfoui bien profondément, protégée par cette épaisse carapace qui m'a permis de tenir face à ces horreurs que je voyais chaque jour.
Je revins soudain à l'instant présent, déstabilisée. Cette scène a fait revivre des souvenirs et des sentiments que je pensais enfouis pour toujours. Je ne voyais plus maintenant que le petit garçon qui courait après son ballon, insouciant du danger qu'il courait. Je devais le sauver. Je me précipitais, tout en sachant parfaitement que j'arriverai trop tard. Je criais au garçonnet de se pousser mais il ne m'entendait pas. Je distinguais maintenant la personne qui conduisait la berline. Avec stupéfaction, je me rendis compte que c'était Kate! Celle-ci vit le petit garçon, et dans un geste désespéré pour l'éviter, elle tourna le volant et freina. Ça aurait pu marcher. Si les freins n'avaient pas lâché à ce moment-là. La berline fonça dans la voiture qui venait d'en face. J'arrivais alors à la hauteur du garçon qui regardait les voitures avec un air effaré. Je le prenais par la main et le jetais dans l'herbe du parc à côté de la route où il culbuta mais se releva sans aucune blessure. Je me précipitai alors vers les voitures, autour desquelles se pressaient déjà une quinzaine de passants qui essayaient d'extirper les personnes présentes dans les voitures impliquées dans l'accident. La voiture de Kate avait glissé sur la route mouillée et butant dans un lampadaire, avait fini sa course dans les barrières qui longeaient le trottoir. Les passants qui s'étaient précipité avaient déjà sorti une jeune femme blonde et un bébé de sa voiture, et le conducteur de la voiture qu'elle avait tamponné. Ne restait plus que Kate. Des coups de feu retentirent alors. Les voitures qui la poursuivaient s'étaient arrêtées n'importe comment au milieu de la route devant moi et une vingtaine d'hommes armés en étaient sortis, tirant dans la voiture de Kate. Les passants se dispersèrent en hurlant, courant s'abriter derrière d'autres voitures qui s'étaient arrêtées à cause de l'accident.
Une sirène retentit. Je tournais la tête vers le NCIS. Une alerte à la bombe! Allons bon! Il ne manquait plus ça! Tous les gens présents dans les bâtiments les évacuaient précipitamment. Je vis alors plusieurs équipes d'agents sortir et courir vers les voitures accidentées. Des échanges de coup de feu commencèrent avec les hommes qui avaient attaqué Kate. J'aperçus mon équipe parmi ceux qui ripostaient. Et parmi ceux qui évacuaient le bâtiment, je distinguais Abby et Ducky. Soulagée, je me précipitais vers la voiture de Kate, alors que l'équipe me hurlait de revenir. Bande d'imbéciles! Je ne pouvais pas, elle était encore à l'intérieur! Arrivée à côté de la voiture, j'ouvrais avec difficulté la portière à demi défoncée. Kate était à moitié consciente, blessée à la tête. J'entendis alors Abby hurler. Elle avait compris ce qui se passait. L'équipe se précipita pour me couvrir, me protégeant ainsi des balles de nos ennemis qui étaient trop occupés pour s'occuper de moi. J'extirpais avec difficulté Kate de la voiture. Elle était chancelante, tenant à peine sur ses jambes, et ne paraissait pas comprendre ce qui se passait. Les coups de feu avaient cessé. Les cadavres des terroristes étaient étalés sur la route, à côté des voitures noires. Efficace. L'équipe et Abby couraient vers nous. Soudain, Kate pointa du doigt quelque chose derrière moi. Je me retournais. Un homme se tenait entre les voitures, une expression de rage pure plaquée sur le visage, comme je n'en avais jamais vu que chez mon père. Il tira trois balles dans notre direction. Sur Kate. Celle qui comptait plus que tout pour mes collègues. Celle pour qui avait tant pleuré Abby. Celle qui les rendait tous différents. Je ne réfléchis pas. Je fis la seule chose qui me vint à l'esprit. Je me plaçais devant Kate pour la protéger. Les coups m'atteignirent au ventre. La douleur m'envahit. J'entendis un cri. « Ziva ! » Abby. Haletante, je m'écroulai. De nouveaux coups de feu retentirent. Je sentais le sang, poisseux, s'étaler sur mes vêtements et couler sur le sol. La douleur envahissait mon corps à une vitesse fulgurante, brouillant mon regard. J'entendis plus que je ne vis quelqu'un se jeter à mes côtés. La douleur, insoutenable, avait déjà envahi mon corps tout entier. Je ne distinguais plus le haut du bas, complètement perdue. J'ouvris péniblement les yeux, tentant de distinguer la personne qui se tenait à mes côtés. Abby, ses couettes battant l'air, était à côté de moi, agenouillée à terre, un air affolé sur le visage et des larmes perlant au coin des yeux. Je lui souris avec difficulté et parvins à chuchoter:
_ Ça vaut peut être mieux comme ça pour tout le monde. Pardonne-moi, Abby.
C'était si faible que je doutais qu'elle m'ait entendue. Je me sentais partir. Mon sang coulait vite. Je n'en réchapperai pas. Mais après tout, ça n'était pas si grave. Ainsi, il n'y aurait plus de problème. Kate pourrait reprendre sa place, et moi, j'aurais de toute façon été oubliée. Alors qu'importe. J'avais au moins pu faire une chose dans ma vie dont j'étais fière. J'avais sauvé Kate. Comme aurait dit mon père quand il parlait d'agents qui étaient devenus gênants et qu'il envoyait en mission-suicide, c'était un sacrifice appréciable...
Je fermai les yeux et laissai l'inconscience s'emparer de moi. La dernière chose que je vis fut Abby en train de pleurer à mes côtés. Pour moi. Pas si mal comme fin...
Suis sadique, hein? :D
