Arthur est le dernier à descendre du bus. Il descend lentement les marches, en prenant le temps de scruter la foule présente.
Il y a tellement de monde qu'il n'en croit pas ses yeux. Tout le monde semble s'être déplacé pour voir la toute nouvelle équipe régionale qualifiée. Il est tellement fier de lui, de son équipe. Ils se sont entraînés tellement fort pour y arriver.
Arthur cherche dans la foule. Il voit Gwen en train de serrer Lance dans ses bras. Léon embrasse tendrement sa fiancée, Morgane. Uther est en train de serrer la main aux différents sponsors présents pour soutenir l'équipe. Il y a des enfants qui accaparent Perceval pour obtenir une photo avec lui, des adolescentes qui sont en train de baver sur Gauvain. Il y a des photographes partout, en train d'immortaliser leur retour. Même la télévision locale est présente, et alors que leur journaliste tente de s'approcher d'Arthur, celui-ci l'ignore pour se frayer un chemin jusqu'à Léon et sa sœur.
« Hé, p'tit frère ! » Dit-elle le ton enjoué, les bras tendus pour le serrer contre elle et le féliciter. « Je suis tellement fière de vous. Tu as été magnifique. »
Arthur est touché. Morgane est l'une de leur première supportrice, depuis le début.
« Merci. Tu as vu Merlin ? »
Morgane se détache de lui pour regarder autour d'elle.
« Il était avec moi. Comme papa est là, je pense qu'il est retourné à son travail. »
« Ha. D'accord. Tu m'excuses, je…vais aller le retrouver. »
Morgane lui sourit, « Je comprends. »
Dans son costume gris anthracite, Uther ne manque pas Arthur qui s'éloigne avec discrétion, pour se faufiler derrière l'une des portes de service de l'établissement.
OOO
Merlin est agenouillé dans le gazon du terrain extérieur, en train de racler la lame du motoculteur avec l'une de ses mains.
C'est ainsi qu'Arthur l'aperçoit, dans une odeur d'herbe fraîchement coupée. Il ne peut s'empêcher de fixer le derrière du jeune homme qui est totalement moulé dans sa salopette à cause de la position qu'il prend.
« Merlin ? » L'appelle Arthur.
Surpris, Merlin se redresse brusquement, et il se cogne la tête dans le garde boue de la roue avant.
« Aie ! » Fait-il en portant ses mains sur le sommet de son crâne, en serrant les yeux.
« Tu t'es fait mal ? » S'inquiète Arthur, en posant ses mains par-dessus celles de Merlin.
La chaleur des mains d'Arthur sur les siennes lui fait immédiatement oublier sa douleur.
« Montre. » Il rabaisse les mains de Merlin pour inspecter sa tête. « Tu vas avoir une belle bosse. » Sourit-il. Il aime la maladresse de Merlin.
« Tu…tu es rentré, » dit bêtement Merlin, peut-être un peu troublé par la proximité du blond.
« Oui, et tu n'étais pas là. » Arthur le regarde avec des grands yeux bleus, plein de tendresse.
« Je ne savais pas si tu voulais me voir. » Explique Merlin en baissant la tête. Le souvenir de leur dispute encore présent dans sa mémoire.
« Tu n'es qu'un imbécile. » Répond Arthur, en entourant spontanément Merlin dans ses bras. Il pose son nez dans ses cheveux.
Merlin hésite un instant avant de passer ses bras autour de la taille du blond. Toute la solitude qu'il a ressenti ces derniers jours s'envole contre la poitrine musclée du blond.
« Tu m'as tellement manqué, » souffle Arthur dans ses cheveux. « Je te demande pardon. »
Bien sûr que Merlin le pardonne, et ça bien avant qu'il ne le demande.
Ils restent ainsi quelques secondes, leur cœur à l'unisson. Ils ne parlent pas, leurs gestes en dit bien d'avantage qu'ils ne le feraient.
Puis Merlin recule.
« Qu'est ce qu'il y a ? » Demande Arthur, qui aurait pu garder Merlin contre lui la nuit entière.
« J'ai cru voir quelque chose. » Lui répond Merlin, la tête tournée en direction des gradins. Mais c'est sa dernière préoccupation quand son regard tombe sur les tâches verdâtres qu'il a laissé sur le sweat d'Arthur.
« Oh ! Je t'ai sali. » Dit Merlin ennuyé, en commençant à frotter inutilement le tissus avec ses mains sales, ce qui empire les choses.
Arthur rit.
OOO
« Mais…mais qu'est ce que tu fais ici ? » Bafouille Merlin.
Mordred se tient devant lui, encore. Ils ne se sont pas vus depuis des années, et à présent le sort ne cesse de le placer sur son chemin. Ce n'est certainement pas un hasard.
« La même chose que toi, j'imagine. »
Bien sûr. C'est tellement évident, même si Merlin n'y a pas pensé, trop submergé par le garçon et les souvenirs qu'il ramène.
« Oui, je…c'est… » Bégaie Merlin qui n'arrive pas à terminer sa phrase car il vient d'apercevoir Morgane descendre les escaliers.
Elle se dirige vers eux.
La panique lui enserre le ventre, et il se retourne instinctivement vers Mordred pour lui dire : « On ne s'est jamais vu. Tu ne me connais pas ! »
Morgane arrive à ce moment. « Bonjour. » Elle fait un signe de tête à l'inconnu, puis se tourne vers Merlin. « C'est un ami à toi ? »
Merlin reste la bouche ouverte, ne sachant pas quoi répondre. Il n'est pas doué avec les mensonges.
Mordred remarque son désarroi, et décide de le sauver : « Bonjour, Mordred. » Se présente-t-il en tendant la main à Morgane. « En fait, je venais m'inscrire et je lui demandais quelques renseignements. »
«Bienvenue, j'espère qu'on pourra t'aider,» dit-elle plein de sollicitude. Ensuite, elle se tourne vers Merlin. « Tu vas bien ? Tu es blanc comme un linge ! »
Merlin la regarde, médusé. « Je suis un peu fatigué, ce n'est rien. »
« Tu es sûr ? Je ne voudrais pas que tu manques le verre de ce soir. »
« Ne t'inquiète pas, je veux célébrer cette victoire tout autant que toi. »
OOO
Comme d'habitude, Merlin prend un siège dans le fond de la salle.
La réunion vient tout juste de commencer.
« Bonjour à tous. J'espère que la semaine a été bonne pour tout le monde. » Commence le thérapeute. « Je félicite les habitué. Venir ici est un chemin vers la guérison. »
Merlin écoute à peine, les yeux rivés sur Mordred. Morgane ne doit pas savoir qu'ils se connaissent, sinon elle apprendrait tout.
« Ce soir, nous accueillons un nouveau membre, » dit le thérapeute en se tournant vers Mordred. « Tu peux venir te présenter si tu le souhaites. »
Mordred sourit et hoche la tête en se levant. Il est nerveux. Merlin peut le deviner car il reconnaît ce tic qui n'appartient qu'à Mordred. Il pince ses lèvres, en souriant. Il grimpe la petite estrade pour prendre la place du thérapeute.
« Bonjour, » commence-t-il avec un petit signe de la main. « Je m'appelle Mordred. »
L'ensemble de la salle se tait pour l'écouter attentivement. Merlin l'observe, un peu avec admiration. Il n'a jamais eu le courage de se présenter. Le thérapeute lui a expliqué que pour certaine personne, ça demande plus de temps.
« J'ai 24 ans. » Il s'arrête quelques instants. Il ne sait pas vraiment ce qu'il doit dire. « C'est la première fois que je participe à ce genre de réunion. Même si on est tous ici pour la même raison, j'avoue que j'ai peur de votre jugement. » Il se frotte l'arrière de la nuque, mal à l'aise. « Si j'entreprends cette thérapie, c'est pour m'en sortir. J'ai été alcoolique, dépressif… Je n'en suis pas fière. Mais le pire, c'est… » Il déglutit avant de continuer, « mon comportement vis à vis du sexe." Il fait une pause, et reprend, « Peu importe la personne, je finis toujours par la séduire pour l'attirer dans mon lit, » il s'étrangle et il dit, « Je me sens tellement sale. » Ses yeux bleus sont embués. « Je n'arrive pas à mener une vie normale. »
La gorge de Merlin est nouée. Il serre ses mains l'une dans l'autre. Il voudrait tellement que Mordred se taise. Il a trop mal de l'entendre.
« Je n'ai jamais été en couple. Je sais que je ne parviendrais pas à rester fidèle. Je ne comprends pas pourquoi. C'est comme si le sexe n'était que du sexe, que l'amour ne peut pas être sexuel.» Il souffle. «Non, il ne peut pas y avoir d'amour là dedans…je pense…je crois… »
Mordred se sent perdu, vulnérable. Il n'a pas la force de continuer, et il se tourne vers le thérapeute lui demandant silencieusement de l'aide.
« C'est très bien Mordred. Vous pouvez aller vous asseoir. »
Mordred va se rasseoir, chamboulé. Il n'ose regarder personne.
Merlin a mal quand il respire.
Tant de vie ont été gâchée. La sienne, Mordred... Que sont devenus les autres ?
« Vous n'avez pas à vous sentir coupable. Ce genre de dérive est courant après les abus. Certains membres traversent ce que vous vivez, vous n'êtes pas seul. Vous n'avez pas à avoir honte. » Il réfléchit un instant, et ensuite il demande, « Lydia, pouvez vous venir parler de votre parcours. Je suis certain que votre témoignage aidera Mordred, et ceux dans la même situation que lui, à retrouver un peu d'espoir. »
Lydia, une femme d'une trentaine d'année, mariée depuis peu de temps, se lève pour raconter son histoire. Elle témoigne pendant une heure, racontant comment elle a finalement trouvé l'amour et comment elle a finalement appris à s'aimer et à se respecter.
Son témoignage est perçu comme un chuchotement au près de Merlin, qui a les yeux perdus dans le vide.
OOO
A suivre…
Voilà, j'apporte un peu plus d'informations... J'espère que ça vous plait toujours autant, et que vous n'êtes pas trop frustré. C'est vrai que la construction de la relation entre Arthur et Merlin est plutôt lente, mais vu la situation ça semble tout indiqué. Merlin ne peut pas être comme Mordred.
