Posté le : 29 Janvier 2015.


Note d'auteur : Je sais que la publication de ce chapitre a pris un temps fou... Mais c'est juste parce que j'étais un peu « dégoûtée » de la réaction de certains. On m'harcelait pour la suite sans aucune pitié, mais enfin bref. C'est passé. J'étais surtout deg de voir des gens ne jamais se manifester en commentaires me demander des renseignements en mode « Bon, bah ça fait un moment quand même qu'on attend ». Je l'aurais mieux accepté venant de la part de lecteurs plus présents ou d'amis. Heureusement, ce type de personnes ne représentent qu'une minorité des lecteurs. Maintenant je suis décidée à terminer cette fic ! Je n'offre plus de promesses de délais. Ça viendra quand ça viendra. J'espère que vous aimerez ce chapitre-ci. Il est dans la continuité directe du précédent. Ce bidule n'est pas corrigé pour un sou. Je le ferai demain. Là je suis explosée, haha. Cheers.

Mémo sur le précédent chapitre : Blaise organise une fête chez lui. Il aperçoit dans le ciel une étoile filante qui est, en réalité, la Purple Haze. Il fait le vœu que son entourage le voit différement. La Purple Haze exécute son souhait en inversant l'ensemble des pouvoirs des protagonistes.


Purple Haze

Chapitre X : « Evolution »

.

.

.

Théodore décida d'écourter la soirée et s'excusa auprès de leurs très nombreux invités. Harry, Draco, Dean, Pansy et Blaise se dirigèrent jusqu'au manoir Malfoy où les deux autres les attendaient. Neville semblait toujours souffrant et était submergé par des émotions contradictoires.

– On ne peut rien faire pour lui, diagnostiqua Draco, qui était également passé par cette phase en tant qu'empathe. Il va beaucoup souffrir avant de comprendre comment ce pouvoir fonctionne. Ça le torturera un peu, mais... ça ne peut pas le tuer.

– Rassurant, conclut Pansy.

Neville semblait murmurer des choses dans son sommeil, son front dégoulinant de sueur.

– Je ne comprends pas pourquoi tu dois nécessairement souffrir avant de savoir maîtriser ce pouvoir, déclara Dean. Je trouve ça un peu sordide.

– Parce qu'il faut forcément connaître une part de souffrance pour comprendre la misère humaine, rétorqua Harry. Tu ne peux pas l'aider ?

– On peut toujours essayer de le soulager... Pansy, tu as mon pouvoir de guérison pour le moment. Il faut que tu tentes de l'apaiser. Il te suffit de penser de toutes tes forces à quelque chose de positif, qui a de la valeur pour toi.

Dean s'agenouilla auprès de Neville après avoir retroussé ses manches. Il guida Pansy en plaçant ses mains de chaque côté de ses tempes.

– Pense à un souvenir heureux, d'accord ? conseilla Dean. Et surtout, ne brise pas la connexion une fois que tu le soignes. C'est comme tenir la main à un enfant.

– Euh, et si je lui explose la tête au lieu de ça ? paniqua Pansy.

Harry et Dean échangèrent un regard alarmant.

– Eh bien... Tu auras au moins essayé, conclut-il. Concentre-toi, ok ? Pense à quelque chose qui t'a rendue folle de joie au cours de ta vie.

Des petites étincelles violettes jaillirent des paumes de Pansy tandis qu'elle fermait les yeux sous l'effort.

– A quoi tu pensais ?

– A mon dernier anniversaire.

– Ce n'est pas un souvenir assez fort, fit remarquer Dean. Pense à quelque chose de bien plus important que ça !

Pansy glissa un regard tout autour d'elle puis soupira.

Une aura violacé engloba le visage de Neville qui sembla légèrement se détendre.

– Ca marche ! Ça marche ! s'écria-t-elle. Au mon Dieu... Qu'est-ce que c'est cool comme pouvoir.

– Tu sens cette espèce de connexion ?

– Oui, c'est incroyable, admit-elle. J'ai l'impression de... d'être tellement utile.

Pansy tentait désespérément de faire baisser sa fièvre et les douleurs dues à ses maux de tête. Progressivement, l'état de Neville commença à se stabiliser.

– J'aimerai vraiment qu'il aille mieux, ajouta Harry. Son pouvoir, enfin la maîtrise du feu, est purement effrayante. J'ai l'impression d'être une bombe à retardement et d'avoir énormément de responsabilités. Neville, lui, saurait forcément comment m'expliquer de quelle manière canaliser cette énergie.

– Oh, et en passant, moi aussi j'aimerai bien que tu me dises comment fonctionne ton pouvoir, râla Blaise, toujours invisible.

Cela faisait plusieurs heures qu'il n'était pas parvenu à réapparaître, malgré ses nombreuses tentatives.

– Ce n'est pas sorcier, s'impatienta Harry. Je te l'ai répété cent fois au moins : il faut que tu n'ai rien à cacher pour réapparaître. C'est un pouvoir qui marche avec l'honnêteté. Si tu es vrai avec les autres et toi-même, tu ne devrais pas avoir un problème.

– Ou cas où tu l'aurais remarqué, je suis toujours in-vi-si-ble !

– Alors c'est que t'as un cas de conscience qui te démange, rétorqua l'autre. Je ne peux rien pour toi tant que tu n'auras pas réfléchi tout seul de ton côté.

– Oh, désolé monsieur Potter de vous prendre de votre précieux temps.

Si Blaise n'avait pas subitement claqué la porte, personne n'aurait su qu'il avait quitté la pièce.

– Ca lui passera, banalisa Théodore en attrapant des coussins pour améliorer la position de Neville sur le canapé. Il fait au moins huit caprices par jour, vous savez.

– Personnellement, je te voue mon éternelle admiration, marmonna Pansy. Qu'est-ce qu'il peut être pleurnichard, parfois. Le pire dans tout ça, c'est que toute cette situation, c'est entièrement de sa faute ! S'il n'avait pas fait un vœu...

– Concentrons-nous sur Neville pour l'instant, rappela Dean en levant le nez dans leur direction.

– J'essaie de stabiliser son état, mais ce n'est pas simple, informa Pansy. Il lutte. Draco, parle-lui. Il t'entend encore... Je crois juste que ce pouvoir est trop fort pour lui, qu'il tente de prendre le dessus.

Draco se pencha légèrement en avant après avoir interrogé Luna du regard, qui l'incita à faire ce qu'on lui disait :

– Euh, Neville... c'est moi, Draco. Je sais que tu souffres pas mal en ce moment, que tu te dis que c'est impossible de se réveiller. Moi aussi ça m'a pas mal affecté que de devoir porter ce pouvoir sur mes épaules. Pour l'instant, ça te paraît horrible de... de dealer avec toutes ces émotions, mais tu te rendras vite compte à quel point c'est un don... vraiment fabuleux. Je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma vie que depuis que je suis empathe.

Dean continuait à stabiliser l'état de Neville en maintenant son aura de guérison.

– S'il y a bien quelqu'un avec suffisamment de sang-froid pour comprendre ce pouvoir, c'est bien toi, continua Draco. Tu peux le faire, ok ? Concentre-toi sur ma voix.

Tout à coup, les mains de Draco se mirent à trembler.

– Que se passe-t-il ? s'inquièta tout à coup Harry en l'encerclant dans ses bras.

– Je ne sais pas... Je... Je me sens pas bien, répondit Draco d'une voix faible. Je crois que Neville m'envoie un message.

Pansy passa ses mains au niveau du cœur de Neville, comme si elle pouvait lire ses intentions :

– Son rythme cardiaque s'est stabilisé, informa-t-elle.

– Le mien s'accélère, dit Draco, qui commençait à développer les mêmes symptômes que Neville il y a même pas un instant.

Luna déposa sa main sur son front :

– Tu fais une crise d'angoisse ! Allonge-toi. Respire.

Tout à coup, Neville se réveilla comme s'il avait été pris dans une très longue apnée. Draco tomba aussitôt inconscient.

– Que se passe-t-il ? répéta Harry.

– Je crois savoir ce qui est en train de se passer, devina Théodore. Neville a simplement fait ce que Draco lui a conseillé : il a combattu ce pouvoir d'empathe dont il ne voulait pas. Sauf qu'il lui a transmis ses émotions par accident, au lieu de les annihiler.

– Draco peut faire ça ? s'étonna Pansy.

– Non, rétorqua Harry. Il pouvait lire les émotions et les pensées des gens, mais jamais en transmettre ou en créer de nulle part !

– C'est une évolution de son don, ajouta Théo. Le pouvoir de Draco est l'un de ceux qui croît le plus rapidement car les sentiments sont tout aussi changeants que notre nature. Sans le savoir, Neville a débloqué un nouveau pan de son don d'empathe. Maintenant... c'est à Draco de voir comment gérer ce surplus d'angoisse. Mais je ne me fais pas de soucis. Il y arrivera. Il a déjà dû surmonter bien pire.

Harry continua de tenir la main de Draco, comme s'il espérait que cela le réanimerait.

– Je suis désolé, baragouina Neville après avoir avalé un grand verre d'eau. Je ne sais pas ce que je faisais. J'essayais simplement de...

– Te défendre ? suggéra Théo. C'est normal. Les dons d'empathe et de mentaliste sont comme des sortes de parasites. Ils peuvent même tuer des gens à force de les soumettre à des sentiments contradictoires.

– Comment tu sais ça ?

– Je l'ai lu dans un livre, répondit Théo en un haussement d'épaules. Je vais préparer du café.

Draco commença à se calmer peu après, puis finit par s'endormir sur le canapé, comme un bienheureux.

– Je crois que cette expérience l'a vidé, marmonna Pansy. Le truc, c'est que j'aimerai récupérer mon pouvoir au plus vite. Je n'ai pas envie de me transformer en chien en pleine rue. Sans offense, Dean.

– Pas de souci. Je dois te dire que le don de Blaise ne me plaît pas vraiment non plus... Ca me rend même très nerveux d'avoir ce pouvoir.

– En parlant de Blaise, nous n'avons plus qu'à lui demander de résoudre toute cette situation, déclara Pansy sans attendre. Où est-il ? Blaise, montre-toi ! (Aucune réponse ne survint) Ok, c'est pas drôle... Viens, s'il te plaît. Il ne serait pas parti ?!

– Ca m'en a tout l'air, marmonna Théodore en revenant avec un plateau de café. Je finirai bien par le retrouver. Il ne peut techniquement pas survivre sans moi, donc ne vous en faites pas trop.

Harry se tourna vers Neville :

– Il faut absolument que tu m'apprennes à maîtriser le feu avant que je provoque un incendie par erreur.

Neville s'étira, puis fit craquer quelques-unes de ses vertèbres :

– Ce n'est pas une mince affaire. Autant te prévenir. Le feu est l'élément de pouvoir absolu. C'est dévastateur et ça risque de te démanger, parfois. Tu voudras incendier des choses de toi-même, sans t'en rendre compte, expliqua-t-il. Tu te retiendras par peur. Mais, c'est une grosse erreur. Aussi bien que tu peux provoquer un incendie, tu peux l'éteindre tout aussi facilement. Plus tu es effrayé, plus ce don devient incontrôlable.

– Donc... Il faut que je me libère ?

– En gros, c'est ça, concéda Neville. Je t'entraînerai chez moi, si tu veux. On prétextera faire un barbecue.

Harry opina puis continua à observer Draco qui avait l'air désormais parfaitement détendu.

– Peut-être qu'en échangeant nos pouvoirs, on en apprend aussi plus sur eux, supposa Luna en ajoutant du sucre dans son café. Je veux dire, on a tous nos sensibilités, et nos propres faiblesses. Du coup, ça va nous permettre de réveiller des choses enfouies, non ? Alors, ce n'est pas uniquement une mauvaise chose d'avoir tous échangé pendant un moment. Et puis, je suis certaine que Blaise trouvera une solution.

– Il a plutôt intérêt, marmonna Neville. Je déteste être empathe. C'est un putain de don maudit qui te colle à la peau. Je n'avais aucune idée d'à quel point ça pouvait être terrible avant cette expérience.

– Je me demande bien pourquoi Draco ne nous a jamais dit tout ça... que c'était dur à encaisser, prononça Luna.

– Sûrement par fierté, baîlla Pansy. Bon, je vais rentrer chez moi. On se retrouve demain pour régler nos soucis de, mmh, transferts de don ?

Dean opina. Elle leur souhaita à tous une bonne soirée puis quitta le manoir Malfoy.

Ooo

– Je ne vois vraiment pas pourquoi tu t'es senti obligé de me raccompagner, formula Luna qui progressait sous la lumière des réverbères.

Dean marchait calmement à ses côtés, les mains dans les poches.

– Les rues ne sont pas très sûres à cette heure-ci, ajouta-t-il.

– Sans doute. Mais tu sais, j'ai l'habitude. Marcher en pleine nuit me rassure, bizarrement. J'ai le sentiment que le monde m'appartient.

– Moi ça me manque de ne plus avoir mon don. J'ai l'impression de ne plus être...

– Entier ?

– Ouais, c'est ça. Avant, j'arrivais à sentir n'importe quelle odeur, à voir dans la pénombre, à pressentir le danger. Là, je me sens un peu démuni. Le don de Blaise est incroyable, c'est vrai, mais ce n'est pas l'extension de ses sens. Ce n'est pas... vital, tu vois.

– Je vois.

Ils marchèrent côte à côte en silence un moment.

– Tu as une idée du pouvoir dont tu as hérité ? Je veux dire, Pansy a le mien. J'ai celui de Blaise. Blaise, celui de Harry etc. Mais toi, tu ne sais pas encore lequel que tu as.

– Je crois que j'ai celui de Théodore.

– Ah ouais ? Pourquoi ça ?

– C'est le seul pouvoir où tu ne te sens pas vraiment différent d'avant. C'est à cause de ça qu'il a même pris énormément de temps avant de se rendre compte de son existence.

– Il est pas mal son don. Mais je n'aimerai pas l'avoir. (Luna leva vers lui des yeux interrogateurs) La mort... c'est ce qui définit notre existence. S'il n'y en a pas, plus rien n'a de sens, non ?

– Ma mère est morte quand j'ai eu neuf ans.

– Oh, ce... ce n'est pas ce que je voulais dire.

– Non, je comprends parfaitement. Tu n'as pas à t'excuser, rassura-t-elle.

Un bus de nuit tourna au coin de la rue. Ils lui firent signe de s'arrêter. En grimpant à l'intérieur, ils constatèrent qu'il était pratiquement vide. Luna se pressa contre Dean sur la banquette :

– Je suis contente que tu aies décidé de m'accompagner, finit-elle par avouer. J'aime bien passer du temps avec toi. C'est agréable.

Dean lui adressa un merveilleux sourire. Rien qu'à ces quelques petits mots, c'était comme s'il lévitait.

– Euh, Dean..., murmura Luna en lui tapotant l'épaule. Dean, il va falloir que tu te ressaisisses.

Il regarda autour de lui et remarqua qu'il planait, littéralement. Sa silhouette flottait vingt centimètres au-dessus de la banquette du bus.

– Oh, merde. Blaise m'avait prévenu que ça pouvait se produire.

– Il t'a expliqué comment redescendre ?

Dean lança un regard embarrassé dans sa direction. Le pouvoir de Blaise fonctionnait grâce à sa testostérone. Quand sa libido atteignait un certain pic, il se mettait aussitôt à léviter sans pouvoir y remédier. Expliquer tout cela à Luna reviendrait à confesser son attirance... Dean soupira, rassemblant son sang froid afin de se calmer. Il réussit à réattérir dans une position normale, bien avant que le chauffeur ou d'autres passagers aient pu se rendre compte de quoi que ce soit.

– C'est pas passé loin, chuchota Luna. Heureusement, on est bientôt arrivé.

Par la fenêtre, les lampadaires orangés décrivaient des cercles de lumière sur les façades des maisons aux angles bien nets. La demeure des Lovegood était la seule parfaitement circulaire. Ils descendirent précipitamment, comme s'ils redoutaient qu'un autre phénomène paranormal se produise sous leurs yeux. Sans même y avoir fait attention, Luna l'avait entraîné en lui tenant la main.

– Je... Je ne pense pas qu'il soit prudent que tu repartes tout seul, prononça-t-elle. Et puis, c'était le tout dernier bus.

– Oh, ce n'est pas un souci ça.

– Tu ne peux plus te transformer en chien pour aller plus vite, et tu ne maîtrises pas parfaitement le pouvoir de Blaise. Tu risquerais de t'exposer sans le vouloir. Reste plutôt chez moi.

Dean regarda un moment sa maison. Il y avait de la lumière à l'intéreur, comme si quelqu'un s'était endormi dans le living-room.

– Mon père s'en fiche de qui je ramène, articula Luna, après avoir suivi son regard. Et puis, il sait pour nos pouvoirs.

– Il sait ?

– Bien sûr. Je dis tout à mon père. En plus, il tient un journal sur les manifestations de paranormal. Il croit dur comme fer aux aliens et ce genre de choses. Pour lui, c'est même une source de fierté que j'ai été choisie par la Purple Haze. Alors, il t'aimera forcément.

Quoiqu'intimidé, Dean consentit à la suivre. Un escalier en colimaçon donnait sur les étages. Le père de Luna s'était endormi, son ordinateur portable sur les genoux. Après avoir déposé l'appareil sur un bureau et éteint les lumières, Luna le conduisit jusque dans sa chambre. Dean enleva son manteau et ils s'allongèrent l'un à côté de l'autre.

– C'est vraiment bizarre d'être là, admit-il. Sans les autres, je veux dire.

– Je vois. C'est vrai que ces derniers mois, on était constamment entourés, mais on ne pouvait pas réellement faire autrement. (Luna resta silencieuse un long moment, comme si elle était perdue dans ses pensées) Au moins, maintenant nous sommes tous amis. On n'aurait jamais appris à se connaître dans d'autres circonstances.

– C'est vrai.

Ooo

Blaise courait. Il devait être six heures du matin. Il n'avait pas pu s'arrêter de la nuit. Il ne se lassait plus de cette impression de passer inaperçu. C'était tellement beau, tellement précieux, qu'il ne pouvait pour rien au monde cesser d'être invisible. Avec du recul, il ne comprenait pas les personnes ayant le besoin constant d'être sous les feux des projecteurs. Comment avait-il pu se voiler la face aussi longtemps sur sa véritable nature ?

Ce don était absolument fabuleux. Disparaître à volonté était sans doute la chose qu'il avait toujours cherchée sans le savoir. Maintenant qu'il y réfléchissait, Blaise se rendit compte que jamais au cours de sa vie – pas même lorsqu'il était en compagnie de Théodore – il n'avait été aussi en symbiose avec lui-même. Seul son souffle trahissait sa présence, et, de temps à autre, des personnes levaient des sourcils interrogateurs.

Son téléphone vibra dans sa poche et il dut s'isoler pour répondre.

– Tu es où exactement ? demanda la voix agacée de Théodore. J'ai appelé chez toi tellement j'étais fou d'inquiétude. Ta mère a dit qu'elle ne t'avait pas vu, qu'elle allait signaler ta disparition chez les flics d'ici une heure si tu ne cherchais pas à la joindre. Tu as vu tous les messages qu'on t'a laissés au moins ?

Blaise soupira.

– Euh, ouais. J'ai juste... oublié d'y répondre.

– Oublié ? s'étrangla Théo. J'étais en train de me faire un sang d'encre ! J'ai passé la nuit avec Pansy à attendre de tes nouvelles. On pensait que tu étais encore dans les parages. Jamais je n'aurai imaginé que... que tu serais vraiment parti.

– Théo, ce n'est pas du tout par rapport à toi ou à ma mère. J'ai vraiment besoin de temps pour comprendre ce qu'il se passe avec moi. Je ne sais pas plus que toi pourquoi tout le monde a interverti ses pouvoirs tout ça à cause d'un stupide vœu. Tout ce que je voulais, c'était... c'était me révéler aux autres. Mais là, je commence à saisir que je suis d'abord en train de me révéler à moi-même. (Il s'adossa contre un mur, près d'une porte de service de restaurant) Ce don est un cadeau du ciel, Théo. Je me demande pourquoi la Purple Haze l'a donné à Potter, et non pas à moi. Je... Je veux dire par là que l'invisibilité c'est totalement canon dans la vie de tous les jours. Je me sens bien comme ça.

– Il va falloir que tu trouves un moyen de rendre son pouvoir à Harry. Et moi aussi je veux le mien. J'en ai marre de faire apparaître et disparaître des choses juste en les nommant.

– Tu as le pouvoir de Pansy ?

– Tout juste. Il s'est déclenché y'a une heure ou deux. Je faisais un cauchemar. J'ai crié ton nom et un cadre photo de nous deux m'ait atterit sur la gueule. C'était absolument merveilleux, grommela-t-il. Enfin bref, la situation ne peut pas durer. Je... Je comprends que tu aies eu besoin de ça pour ton bien-être. Mais je suis certain qu'il existe d'autres moyens. Tu nous mets tous dans une position archi-délicate. Imagine un peu si Harry enflammait quelqu'un juste en le regardant mal, ou si je transplanais en pleine rue marchande. Tu imagines la catastrophe que cela pourrait être ? Personne n'est censé savoir ce que nous sommes réellement. Et tant que la situation n'est pas rentrée dans l'ordre, nous ne pouvons plus sortir, plus fréquenter qui que ce soit d'autre. (Théodore reprit son souffle et dit d'une voix beaucoup plus douce) Blaise, tu ne peux pas prendre ce risque énorme. Trop de vies sont en jeu.

– Je sais, articula-t-il difficilement. Le truc, c'est que je n'ai pas demandé à ce que les choses tournent de cette manière. Je ne maîtrise pas mon don de souhait comme celui de la télékinésie. Et, au cas où tu l'aurais remarqué, c'est Dean qui a l'ensemble mes pouvoirs pour l'instant. Pas moi. Si quelqu'un peut régler ce problème, c'est lui.

– … Tu marques un point. J'étais complètement passé à côté de ça.

Blaise sourit.

– Je croyais que c'était toi le cerveau de l'équipe ?

– Une nuit entière sans dormir, et crois-moi, même un génie finit par devenir complètement stupide.

– Contacte Dean et dis à ma mère que je vais bien. Je vais profiter du pouvoir de Potter encore quelque temps. Ça risque de me manquer.

– Très bien. Prends soin de toi.

Théodore raccrocha.

Ooo

– Alors, qu'est-ce qu'il a dit ? interrogea Pansy.

– Il dit qu'il va bien, qu'il adore le fait d'être invisible.

– Qui l'aurait cru !

Théodore lui-même était sceptique. Il ne comprenait pas trop ce revirement de situation. En fait, jusqu'ici, il n'avait eu aucune idée qu'un Blaise beaucoup plus profond et mature pouvait exister sous cette carcasse de brute épaisse.

– A part ça sinon ? poursuivit Pansy, reniflant partout autour d'elle, dû à son manque de contrôle sur ses instincts canins.

– On avait tout faux depuis le début. Il faut demander à Dean de régler la situation, car c'est lui qui a le pouvoir de Blaise désormais... Tu m'écoutes ?

Pansy était désormais en train de se gratter frénétiquement le cou.

– Oui, oui. Je suis concentrée.

– Absolument pas. Mais bon, on fera avec.

Il se faufila hors de la chambre son amie, bourré d'affiches et de posters de chanteurs ténébreux et sexy. Ses parents étaient déjà partis aux aurores. Les Parkinson étaient de gros bourreaux de travail. Sa mère était la directrice d'une chaîne de salons de beauté et son père un avocat très réputé en Angleterre. Pansy, qui était fille unique, avait été précocement acclimatée à la solitude. Théodore ne savait pas comment elle faisait pour supporter une maison vide au quotidien.

– Je pense que notre plus grande chance de recroiser la Purple Haze, c'est une fois la nuit tombée. Luna s'y connaît drôlement en astronomie. Je suis certaine qu'elle finira par trouver un lien avec chacune de ses apparitions.

Théodore ouvrit le frigo et s'y servit du jus d'orange.

– Plus tôt on s'y met, et plus tôt tout redeviendra parfaitement normal.

– Plus rien ne sera jamais normal, fit-elle remarquer. Nos vies sont complètement fucked up depuis cette soirée.

Il leva son verre comme pour signe de trinquer.

– On a été choisi, Pansy. Peut-être qu'il n'y aucune foutue raison à ça, mais en attendant, on doit faire de notre mieux pour gérer cette situation. C'est devenu notre responsabilité numéro un.

– Quoi ? Tu veux protéger les innocents ? railla-t-elle en attrapant une pomme.

– Tu sais bien que je m'en contrebalance totalement des gens. Ce que je veux, c'est être certain qu'on ne finira par être bêtement découvert. Car je suis à peu près certain que dans ce cas-là, on finira tous nos jours dans une cage de laboratoire... (Théodore eut des frissons le long du dos) On ne peut vraiment pas se permettre de prendre un tel risque. On grandit et nos pouvoirs avec nous. Si on ne trouve pas une solution immédiatement, je ne donne pas cher de notre peau. Blaise, lui, saurait comment s'y prendre. Peut-être qu'il n'en a pas encore conscience, mais je suis certain qu'il peut faire ça. Tout ce qu'il faut, c'est que je retrouve Blaise.

Subitement, la silhouette de Théodore commença à s'envelopper d'une aura violette familière.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? paniqua-t-il.

– Tu es sur le point de transplaner ! Attends, je fais quoi en...

En un éclair de lumière, Théo disparut.

– Charmant, commenta Pansy en attrapant son téléphone. Vraiment charmant. Bon, du coup, il ne me reste plus qu'à me taper le sale boulot, j'imagine.

Ooo

Les pieds de Théodore heurtèrent la terre ferme. Il fut secoué d'une forte envie de vomir qu'il réprima de justesse. Autour de lui, se trouvait comme une sorte de jardin abandonné. Des herbes hautes poussaient dans tous les sens et la plupart des carreaux aux fenêtres étaient brisés. Précautionneusement, Théodore s'avança.

– Euh, il y a quelqu'un ?

Des brindilles craquèrent sur sa droite. Il fit volte-face, déterminé.

– Blaise, je sais que tu es là, ajouta-t-il. Je ne peux pas te voir, c'est vrai. Mais j'arrive à sentir ta présence. Je... Je ne sais pas trop comment j'ai fait pour atterrir là. J'ai dû inconsciemment développer l'une des facettes du pouvoir de Pansy. L'orbing-télékinésie est cool, c'est vrai, et ça me semble plutôt logique que ce don permette de localiser quelqu'un qu'on recherche.

Théodore continua d'avancer dans la même direction, les bras tendus à l'aveuglette.

– S'il te plaît, Blaise, on a besoin de toi, poursuivit-il. J'ai besoin de toi. Tu ne peux pas juste disparaître et nous laisser dealer avec cette situation merdique !

– Ouais parce que je suis un nid à emmerdes, j'avais complètement zappé, marmonna la voix de son petit copain non loin de là.

– Non, je... Ce n'est pas ce que je voulais dire. D'accord, c'est toi qui a forcé le destin en faisant ce fichu vœu. Mais ça ne signifie pas pour autant que c'est une mauvaise chose. On est tous en train de faire évoluer nos pouvoirs !

– Quoi ? C-Comment ça ?

– Depuis que tu es parti hier soir, il s'est passé tout un tas de phénomènes bizarres. On a tous échangé nos pouvoirs, c'est vrai, mais on a surmonté ça ensemble. Personne ne maîtrise son nouveau don à volonté, sauf toi. Toi tu as réussi à comprendre comment devenir invisible en moins de vingt-quatre heures. C'est un véritable prodigue. Le truc, c'est que Luna pense que notre caractère influe sur notre niveau de... maîtrise, ou ce que tu veux.

– Je ne comprends rien à ce que tu essaies de m'expliquer, s'énerva Blaise qui avait silencieusement changé de place.

– Ce que j'essaie de te dire, c'est qu'en échangeant nos pouvoirs, nous nous sommes aperçus que nos personnalités jouaient pour grand-chose là-dedans. Que quelqu'un de timide ne développera pas le même aspect du même pouvoir que quelqu'un d'extraverti, tu comprends mieux, là ? Neville, qui aie plutôt émotif, a reçu le don d'empathie de Draco. Et tu sais à quel point ces deux-là sont différents ! Draco, avec son pouvoir, avait tendance à encaisser les émotions. Neville, lui, a réussi à les propager. C'est une mutation de son pouvoir, parce qu'ils sont différents et donc n'ont pas le même rapport au monde.

– Je vois. Et... Et d'autres personnes aussi à part toi et Neville ont réussi à faire évoluer leur nouveau pouvoir ?

– Non, enfin... Pas que je sache. J'imagine que chez certains, ça prend un peu plus de temps que d'autres. J'aimerai juste comprendre pourquoi tu as souhaité ça, d'une certaine manière. Tu peux me faire confiance, Blaise, je ne te jugerai pas.

Progressivement, les mains, les bras, les épaules, les jambes de son petit-ami apparurent juste devant lui, comme si on le recouvrait de peinture afin de tracer sa silhouette. Théodore se précipita dans ses bras.

– Ne t'en vas plus, ok ?

Blaise acquiesça.

– J'ai... Je..., bafouilla-t-il. Hier soir, si j'ai organisé une fête que je ne voulais pas voir s'arrêter, c'était parce que je redoutais le lendemain. Aujourd'hui, c'est la date à laquelle mon père biologique a disparu. Je ne sais pas s'il est vivant ou non, ma mère refuse d'en parler. Je sais juste que c'est ici, enfin dans cette maison, qu'il m'emmenait souvent. Inconsciemment, en voyant la Purple Haze dans le ciel, j'ai espéré conjurer le mauvais sort, de faire en sorte que les changent pour mo. Je n'imaginais pas une seule seconde que cela affecterait tous les autres.

– Nous sommes tous liés depuis que la pierre nous a radiés.

– Ouais, ça doit être un truc comme ça, concéda Blaise. Je me serai bien passé d'une telle union si tu veux mon avis.

Théodore rigola doucement.

– Tu n'as pas vraiment le choix. Je croyais qu'avoir ce pouvoir était la meilleure chose qui ne t'était jamais arrivée au cours de ta vie ?

– C'est toujours le cas. Je pensais que posséder la télékinésie faisait de moi la personne la plus forte du groupe, et j'aimais vraiment ce sentiment de domination. Mais maintenant que j'ai échangé avec Potter, je ne suis plus sûr de rien... Je pense même que d'avoir un tel don fait de moi celui le plus vulnérable.

– C'est pour ça que j'ai aussi été choisi. Pour te servir de bouclier grâce à mes vies. (Blaise l'embrassa sur le front) Maintenant, nous devons rentrer. Il est plus que temps d'inverser la situation.

Ooo

S'étant remis de ses émotions, Harry préparait un thé pour Draco.

– C'est sympa d'être resté, prononça Draco.

– Normal.

En vérité, Harry avait eu la frousse de sa vie en le voyant aussi affaibli. Ça lui faisait encore bizarre de s'être autant inquiété pour lui. Sans cet événement, il n'aurait jamais imaginé tenir autant à Draco.

– Tu es certain que ça va mieux ?

– Mais oui, je te dis, rétorqua l'autre avec un sourire en coin. (Il attrapa sa tasse et s'en délecta) Tu sais, pas besoin d'être un fichu empathe pour lire tes émotions comme un livre ouvert.

Draco lui lança un regard perçant et amusé.

– Tu es tellement prévisible, Potter. Ça en devient navrant.

Harry renversa un peu de sucre sur le côté.

– Ca t'amuse de déstabiliser les autres comme ça ?

– Je dirai plutôt que c'est ma vocation, plaisanta-t-il.

Draco s'affala dans le canapé, sa tête arrivant au niveau de l'épaule de Harry.

– Parfois, il t'arrive pas de te demander ce que seraient devenues nos vies sans la Purple Haze ? Si... la fête s'était déroulée normalement et qu'on était tous sagement rentrés chez nous à une heure décente ?

– Tu te poses trop de questions.

– Et toi tu ne t'en poses pas assez !

Harry eut le réflexe nerveux de rire.

– Quoi ? s'impatienta Draco en plissant le nez de mépris. Qu'est-ce qu'il y a encore ?

– Tu sais que t'es vraiment chiant à supporter ? rigola-t-il à moitié.

Draco lui arracha sa tasse des mains :

– Dans ce cas, prends la porte. Allez, vas-y.

– Ne le prends pas comme ça...

– Comment voulais-tu que je le prenne ?

– Hum, désolé d'interrompre votre dispute de couple.

Théodore venait d'apparaître, tenant dans une main Blaise et dans l'autre Dean.

– Oh, maintenant ma chambre est un moulin, cingla Draco. On peut y transplaner comme on veut. Je vous félicite !

– On n'est pas là pour argumenter avec toi, marmonna Dean. On veut procéder au transfert de pouvoirs le plus tôt possible. Luna, Pansy et Neville ne devraient plus trop tarder à arriver.

– Pourquoi ne pas avoir transplané en groupe ? demanda Draco, sceptique.

– Au cas où tu l'aurais oublié, je n'ai ce pouvoir que depuis une journée, rétorqua Théodore. C'est déjà un miracle que j'ai réussi à me déplacer de cette façon.

Draco s'apprêtait à dire quelque chose quand il éternua. Tout à coup, sa tête se métamorphosa en lampadaire.

– Je crois qu'il est vraiment temps qu'on reprenne nos pouvoirs d'origines, formula Harry, tout en ne pouvant s'empêcher de sourire.

Une fois eux tous dans la pièce, ils formèrent un cercle en se tenant les mains.

– Concentre-toi bien, chuchota Théo à l'adresse de Blaise. Tu l'as déjà fait. Tu peux le refaire.

Blaise prit une profonde inspiration et se concentra sur son souhait. Dean, à ses côtés, faisait la même chose. Peu à peu, il sentit comme une sorte d'énergie familière parcourir ses doigts. En rouvrant les yeux, il vit qu'une sorte de fil violet partait de sa main pour faire le tour du cercle. Ce dernier brilla un fragment de seconde puis tout redevint normal.

– Ca a marché ? s'enquit Pansy.

Neville ouvrit sa paume et une boule de feu apparut.

– Je crois que oui, dit-il avec un immense sourire.

Luna poussa un petit glapissement ravi.

– Ca m'avait manqué de ne plus lire dans vos pensées, se réjouit Draco. Oh, ça va, Pansy. Arrête de me traiter de sentimental. Je peux t'entendre.

Théodore déposa un baiser sur la joue de Blaise :

– Félicitation...