- Je ne vais vous poser cette question qu'une seule fois, Eileen, déclara Severus après un long silence qu'ils avaient passé à se défier mutuellement du regard. Où, avez-vous obtenu ce document ?

La jeune femme voulut répondre « C'est un souvenir d'enfance. Ma mère, me l'a offert…». Hélas sa voix ne sortit pas. Il y avait dans les prunelles de Severus un éclair de colère contenu qui ne demandait qu'à exploser – pire que tout, un nuage de déception à peine masqué, marquait ses traits.

« Il sait », comprit Eileen. Bien sûr, qu'il savait : il avait veillé sur Harry Potter pendant 7 ans. Il avait forcément du croiser le jeune homme en balade nocturne avec ce document – sans compter qu'il était tombé sur Ron Weasley la veille au soir.

Pourquoi fallait-il que Severus Rogue soit aussi omniscient ? C'était à vous rendre folle.

Eileen soupira et se détourna, allant faire quelques pas dans la pièce. Puis elle avoua :

- C'est Harry Potter, qui me la confié.

Les épaules de Severus se détendirent aussitôt, et intérieurement, Eileen fut heureuse d'avoir été honnête. Elle venait de réussir la première épreuve de cet entretien. Bien sûr, elle ne savait pas encore quoi révéler et quoi cacher au sorcier, mais elle avait trop d'estime et de respect pour lui, pour lui mentir ainsi, de but en blanc.

- Et ce document, vous a-t-il permis de sortir de Poudlard ? Demanda ensuite Severus.

Eileen observa le plafond, prenant une grande inspiration, puis elle confessa :

- Oui.

Le Professeur Rogue s'approcha ensuite d'elle, secouant le document dans le vide :

- Comment ?

- Une formule secrète permet de faire apparaître l'emplacement exact des gens, dans Poudlard.

- Quelle formule ?

Eileen lui servit un regard rebelle pour toute réponse. Severus changea d'angle d'attaque :

- Est-ce que… Des élèves… Sont également sortis, cette nuit ?

L'enseignante en Potions avisa ses chaussures. Puis elle obtempéra en silence.

- Et vous avez permis cela, accusa le Professeur Rogue. Vous, dont la responsabilité est de veiller sur eux – veiller à ce qu'ils restent en sécurité, dans l'enceinte de cette école ?

La jeune femme s'adossa à un pilonne, lui servant un coup d'œil particulièrement coupable. Elle obtempéra en silence. Severus Rogue prit une longue inspiration. Puis il demanda enfin :

- Et qu'est-ce que… Potter, son clan, et vous… Etes allés manigancer cette nuit ?

Eileen observa le bout de ses chaussures. Puis elle murmura :

- Quelque chose qui devait être fait.

- Quelque chose qui devait être fait ? Répéta Severus, y ajoutant une dose d'ironie et de colère. Vous vous imaginez peut-être être en position de parler par énigmes, Eileen ? Vous êtes à deux doigts de vous faire expulser de cette école !

- Je comprends, murmura la jeune femme.

- Ha, vous comprenez ? Releva furieusement le Professeur Rogue.

- Severus, craqua Eileen, des élèves sont venus me voir pour me demander mon aide – et j'ai compris que si je n'acceptais pas, ils allaient tout de même entreprendre quelque chose de très dangereux, et très risqué, tous seuls – quand bien même je les dénoncerais ou les placerais sous étroite surveillance ! Ce n'était pas n'importe quel groupe d'élèves, c'était EUX. Et oui, j'ai pris la décision, de les accompagner, parce que je ne voulais pas les savoir, là dehors tout seuls dans le contexte actuel – oui, j'ai violé les règles de l'Ecole, plus d'une, et plusieurs nuits de suite. Et non, je n'en suis pas fière. Et oui, je sais que cela pourrait me coûter mon emploi.

Elle lui servit un regard à la fois las, honteux et peiné – affrontant ensuite le flot incommensurable de reproches silencieux qu'elle sentait émaner du sorcier. Puis, après un long moment où ils se contentèrent de cet échange muet, il reprit la parole :

- Voici ce qui va se passer, maintenant, déclara-t-il. Vous allez me révéler absolument TOUT ce qui s'est passé ces dernières semaines, et qui se rapporte de près ou de loin à ce document, à Harry Potter, et à vos excursions nocturnes. Et si jamais j'ai, ne serait-ce que la plus minime impression que vous me cachez une partie de la vérité, je vous expulserai moi-même de cet établissement – et je peux vous garantir, que cela marquera la fin de votre carrière d'enseignante en Europe.

Eileen ferma les yeux et se massa les tempes. Dilemme, dilemme. « Je pourrais aussi tout simplement démissionner », lui dit une petite voix dans sa tête. Elle la repoussa :

- Prendrez-vous des mesures disciplinaires à l'encontre des élèves, si je vous révèle toute cette vérité ? Questionna la jeune femme avec douceur.

- Cette décision ne regarde que moi.

Eileen secoua la tête :

- Si vous voulez que je vous révèle absolument tout ce qui s'est passé, Severus, cette vérité aura un prix, et ce sera celui de vous engager à ne pas les sanctionner.

- Vous n'êtes pas en position de marchander avec moi, McNamara ! Aboya le sorcier.

- C'est pourtant ce que je fais. Le deal est simple : si vous ne me promettez pas une immunité intégrale pour ces élèves, je ne vous dirais pas un mot de plus. Et oui, j'accepterais mon expulsion, si c'est ce que vous souhaitez.

- Ce que je souhaite, c'est que vous assumiez enfin le rôle de Professeur qui est désormais le vôtre – ainsi que ses conséquences. Ce que je souhaite, Eileen, c'est de croire que les erreurs de jugement que vous avez commises jusqu'à présent ne se reproduiront plus – hélas il semblerait que vous vous plaisiez à jouer avec la vie des élèves de cette école.

- Non, uniquement avec la mienne, glissa Eileen, rebelle.

- NE ME PROVOQUEZ PAS ! Tonna Severus.

La jeune sorcière sursauta sous le coup de cet éclat de voix. C'était la première fois que le sorcier lui criait dessus avec une telle énergie – ses paroles étaient parfois tranchantes comme des rasoirs, et son intonation cassante, mais s'était toujours montré d'un calme exemplaire. Jusqu'à ce jour.

Ils continuèrent à se fixer en chiens de faïence, puis Severus expira longuement :

- J'espérais, pouvoir vous faire confiance, expliqua-t-il seulement, d'un ton déçu.

- Et je suis désolée, d'avoir du agir ainsi dans votre dos. Véritablement, désolée… Je vous promets avoir fait preuve de la plus grande prudence. Tout s'est très bien passé, parce que j'ai fait en sorte que cela soit le cas – je n'ai pris aucun risque inutile, et me suis assurée que nos élèves n'en prenaient pas non plus. J'étais, excessivement bien préparée. Cela, je vous le promets. Et je ne demande qu'à vous le prouver en vous relatant la mission dans son intégralité… Mais pour cela… ?

Elle ne finit pas sa phrase, jugeant cela inutile. Il savait quel était le deal, elle l'avait déjà suffisamment clairement énoncé.

Severus l'observa en plissant les yeux d'un air à la fois mécontent et calculateur. Puis il déclara :

- Soit. Toute la vérité, et pas de sanction contre les élèves. Vous êtes consciente que cela ne vous protège pas ?

- Oui, affirma la jeune femme. Si une fois que je vous ai tout raconté, vous décidez que je ne mérite plus ce poste, je me fierais à votre jugement, et je partirais, s'engagea-t-elle.

Le sorcier l'étudia intensément, puis il tira une chaise et s'y installa :

- Marché conclu, dit-il d'un air sombre.

Eileen s'empara également d'une chaise, se rapprocha, et s'assit juste face de lui. Après une grande inspiration, elle commença à lui relater l'évasion du Pensedefer Ukrainien et des autres créatures magiques.

Elle ne lui cacha rien. De sa soirée à la bibliothèque de Poudlard après les heures d'ouverture, lorsque Harry, Hermione et Ginie étaient venus la trouver, jusqu'à sa nuitée précédente dans la Salle sur Demande, pour éviter les rondes de Grindelwald. Elle lui parla d'Aberforth, de Kreattur, d'Ariana Dumbledore, du Square Grimmaurd – des rôles de tout à chacun. Elle lui présenta toute la vérité, dans son intégralité – et leur discussion dura toute la matinée.

Severus l'écoutait attentivement. Parfois son regard s'adoucissait, parfois au contraire il se noircissait, mais à aucun moment il ne l'interrompit.

- Un dernier point, dit alors le sorcier une fois qu'elle eut terminé. (Eileen l'observa avec une mine à la fois méfiante et inquiète). La formule, pour faire apparaître et disparaître la Carte des Maraudeurs ? Demanda-t-il en lui désignant le parchemin.

La jeune femme blêmit, observant le carrelage de la salle. Elle avait oublié d'exclure ce petit détail de leur deal.

Visiblement, pas lui.

Le sorcier ne la pressa pas, conscient qu'il était désormais en position de force : elle n'allait plus compromettre ses chances de rester à Poudlard après une aussi longue confession. Elle releva la tête vers lui, l'inondant de ses prunelles marron-chocolat – plus qu'incertaines, dans le cas présent. Puis elle avoua :

- « Je déclare solennellement que mes intentions sont mauvaises », pour faire apparaître la carte. Et… « Méfaits accomplis », pour la faire disparaître. D'un coup de baguette.

Severus la fixa encore un instant, puis il sortit lentement sa baguette et l'apposa sur le parchemin. Il récita les formules qu'Eileen venait de lui apprendre, et le parchemin dévoila sa véritable nature. Une discrète mais sincère satisfaction passa sur ses traits.

Puis il tendit le parchemin à Eileen. La jeune femme haussa des sourcils surpris :

- Vous me le rendez ? S'étonna-t-elle.

- Vous avez l'œil.

La sorcière afficha une mine brièvement accusatrice, mais elle accepta de reprendre la carte. Pourtant au moment où elle s'en empara, Severus la garda encore un peu entre ses doigts :

- Vous direz à Potter de venir me trouver, lorsque vous lui rendrez cette carte. Et vous ne lui direz rien d'autre. Est-ce clair ?

- Qu'allez-vous faire ?

- Lui rappeler le nombre de personnes qui ont donné leur vie, pour sauver la sienne – et m'assurer qu'il garde bien cela en mémoire, la prochaine fois qu'une idée de ce genre lui traverse l'esprit.

- Avouez que c'était une noble cause, le poussa Eileen.

- Certainement pas, se contenta de répondre Severus d'un air purement réprobateur.

- Vous êtes en colère ? Demanda la jeune femme.

- A votre avis ?

- Vous allez me faire expulser ?

Le sorcier l'observa d'un air plus confiant que jamais, et il dit :

- Pas cette fois.

Eileen sourit jusqu'aux oreilles, et il pointa un doigt accusateur dans sa direction :

- Mais ne vous imaginez pas que vous allez vous en sortir à si bon compte. Je ne perds pas de vue que vous avez laissé votre ridicule empathie animale vous entraîner dans une mission qui aurait pu s'avérer bien plus catastrophique que vous ne voulez bien l'admettre. Et lorsque le moment sera venu, je vous le ferai payer. En attendant… Pas un mot de toute cette histoire à qui que ce soit d'autre.

- Vous allez le dire au Professeur McGonagall ?

- Bien sûr que non. Le Professeur McGonagall est directrice de cet établissement. Je ne pourrais m'assurer qu'elle s'en tienne au pacte que vous et moi avons conclu, ce qu'elle ne ferait probablement pas – et qui pourrait l'en blâmer ? Ainsi, vous me forcez à mentir pour vous, et c'est bien autre chose que je vous reproche.

- Je peux lui révéler toute la vérité, à elle aussi, si cela vous est pénible à ce point – cela ne me dérangerait pas, proposa Eileen sur un air de défi.

- Oh, vraiment ? Demanda Severus en plantant ses prunelles sombres dans celles de la jeune femme.

La jeune sorcière affronta son regard un instant, puis elle finit par céder et soupirer :

- Non. En fait non, je préfèrerais éviter.

- Sage décision.

- Allez-vous encore accepter de m'aider à retrouver mes souvenirs, après tout cela ? Demanda la jeune femme d'une mine soudain inquiète, comme s'il s'agissait là de la seule véritable question d'importance.

Severus se leva lentement, la dominant de toute sa hauteur. Puis il répondit :

- Bien sûr que oui.

Il lui tendit une main, et elle glissa la sienne à l'intérieur, estomaquée de cette démonstration pacifique. Il la fit se lever avec douceur, et l'attira lentement vers lui, avisant son visage d'un air à la fois satisfait et fier. Il observa ses lèvres, et alors Eileen se mit sur la pointe des pieds, et l'embrassa. Severus passa un bras autour de sa taille, et elle se lova contre lui, pliant ses doigts chauds contre la joue du sorcier. Ils firent durer leur échange un long moment – c'était leur deuxième baiser, et il enflamma presque littéralement le cœur de la jeune femme.

- Attention, avec Grindelwald, murmura Severus à la fin de leur baiser.

- Promis, souffla la jeune femme en lui servant un regard de pure vénération.

- Allez, murmura-t-il ensuite en posant une main dans son dos, la poussant gentiment vers la porte de sortie.

La sorcière le quitta du regard à contre-cœur, et se retourna une dernière fois avant de sortir :

- Merci, souffla-t-elle.

Il plissa les yeux de complicité pour toute réponse.

Eileen avait déjà entendu parler de l'adage « crime avoué, crime à moitié pardonné », mais elle ne s'était jamais imaginée qu'une personnalité aussi droite que Severus s'y plierait. Pourtant, il avait eu l'air particulièrement satisfait d'entendre tout ce récit.

Comme si quelque part, le soulagement de l'entendre lui raconter toute la vérité, effaçait qu'elle ait pu violer toutes ces règles et le tenir dans l'ignorance si longtemps.

Il devait avoir l'habitude de jouer sur plusieurs tableaux, pour apprécier ainsi la valeur d'une telle confession. Il devait aussi être rôdé aux bêtises et violations de réglement désastreuses des élèves de Poudalrd.

La jeune femme apparut dans la salle de banquet, et elle vit que Harry et ses amis la fixaient tous d'un air alarmé – il n'avait pas échappé à leur attention qu'elle n'avait pas été là de la matinée. Avec un soupir un peu délicat, elle décida d'aller à leur rencontre.

- Des problèmes avec le professeur Rogue ? Devina Harry, la mine compatissante.

« Quelle perspicacité », songea McNamara. A la place, elle lui tendit la carte du Maraudeur, et lui dit :

- Severus exige que vous passiez le voir.

Potter blémit :

- Vous lui avez tout révélé ? Sembla-t-il comprendre.

Ses amis échangèrent des coups d'œil choqués. Eileen, elle, haussa un sourcil mal à l'aise :

- Et je n'ai même pas le droit de répondre à cette question.

Harry ferma les yeux mais il obtempéra et récupéra le document :

- Merci Professeur McNamara.

- Je suis désolée.

- Ne le soyez pas, assura le jeune homme.

Il se leva et sortit peu de temps après. Eileen ne fut qu'à moitié surprise lorsque, à 16h, toute sa classe apparut sauf lui. Hermione semblait confuse. Ron, lui, affichait une mine particulièrement ravie. Neville et Luna lançaient des regards sombres à leur institutrice.

Elle finit par se lancer à la recherche de Harry Potter le soir venu. Celui-ci lui servit un sourire à la fois triste et appuyé lorsqu'elle le trouva à la bibliothèque. Elle s'approcha doucement de lui :

- Tout va bien Harry ?

- Ne vous inquiétez pas pour moi, Professeur.

- Vous n'êtes pas… Renvoyé, ou sanctionné dans aucune mesure, n'est-ce pas ?

- Non, et grâce à vous, il semblerait.

- J'espère… Que Severus n'a pas été trop dur avec vous ? Se risqua-t-elle à demander.

Harry posa à nouveau son regard sur l'ouvrage qu'il avait d'ouvert – un condensé des pénalités juridiques magiques pour les sorciers majeurs – puis il secoua la tête :

- Pas plus qu'il ne le devait, se contenta-t-il de dire. Il va passer ce soir au Square Grimmaurd, il tient à rencontrer le Dragon, et le loup-garou.

- Ha, commenta Eileen.

- Oui.

- Je suis navrée qu'il ait découvert cet endroit à cause de moi, Harry, s'excusa sincèrement Eileen.

- Qu'il l'aie découvert ? S'amusa Potter. Oh non, Professeur. Rassurez-vous, il connaissait déjà le Square Grimmaurd. Bien avant moi, à la vérité, s'amusa Potter. Il connait Kreattur, il connait Charlie, il connait Firenze… A bien y réfléchir, il sait probablement plus de choses que nous tous réunis.

La jeune femme lui servit un sourire touché :

- Je me suis souvent faite cette réflexion. Cela me rend folle, parfois.

- Moi aussi, confia Harry.

- Je pensais venir avec Bellerophon, ce soir, afin de rassurer Argos et d'essayer de l'amadouer plus facilement. Sachant que de toutes façons, Severus… (Elle se râcla la gorge). Hm, Severus connait aussi l'existence de mon dragon.

- Evidemment, rit doucement Potter. Bien… Nous n'avons qu'à nous retrouver au Square Grimmaurd vers 22h, alors.

- Deal, souffla Eileen, quoiqu'amusée.

Harry lui retourna sa mine blasée, puis il reprit sa lecture, sortant un parchemin et une plume lorsqu'il arriva au passage des « délits d'infraction et de vol à l'international ».

Eileen en conclut qu'il avait tout de même du se recevoir à la fois un savon, et une mesure disciplinaire, mais elle n'insista pas, et repartit.

Ils soupèrent, Severus donnant passivement la réplique à Arianna Grindelwald, assise à sa droite. Le Professeur McGonagall participait évasivement à leur discussion – mais visiblement, l'entrain de Grindelwald les laissait de marbre, ce soir. Eileen en éprouva une pointe de satisfaction.

Puis, vers 21h, elle prévint le Professeur McGonagall qu'elle devait passer chez elle à Liverpool à cause de son dragon, lui promettant qu'elle serait de retour le lendemain matin. Sa directrice obtempéra d'un air satisfait.

Eileen sortit de l'école à pied, afin de regagner Pré-au-Lard, soupçonnant Grindelwald de la suivre. Puis elle utilisa le porte-au-loin, et regagna sa demeure.

Revoir Bellerophon lui fit chaud au cœur, et elle lui raconta toutes les mésaventures des derniers jours. Grisabella, particulièrement en beauté, lui demanda des nouvelles des Elfes de Maison recrutés à Poudlard.

Eileen lui promit de faire appel à elle lorsque l'heure viendrait de quitter le Squatre Grimmaurd, afin de multiplier ses chances de rencontrer Kreattur, puis elle s'envola avec Bellerophon. Le dragon poussa un long rugissement enflammé, profitant de son sortilège d'invisibilité, puis ils regagnèrent le centre de Londres un peu après 22h.

Elle lui apposa un sortilège de réduction de taille pour rentrer dans la maison, et sourit à Ginie en découvrant que cette dernière montait la garde, baguette tendie. Dès qu'elle reconnut Eileen, l'étudiante baissa son arme :

- Bonsoir, Professeur McNamara, dit-elle avec une courtoisie complice.

- Salut Ginie. Harry et Severus sont déjà là ? Demanda le Professeur de Potions.

- Oui. Ils sont dans l'espace de liberté recrée, avec Charlie et Hermione. Ils vous attendaient.

Eileen regagna la chambre de feu Rodolphus Black, et entra dans la commode, descendant de larges escaliers jusqu'à une grotte, qui donna sur une vaste pampa d'herbes, de forêts, de déserts, de torrents et de cavernes.

Argos était allongé, ses pattes repliées sous lui, non loin d'une rivière à l'eau claire. Il était si maigre, que sa peau paraissait translucide.

Charlie fit un signe à Eileen lorsqu'elle apparut, et il l'accueillit de suite avec une nouvelle mitigée :

- Il ne chasse pas. On a du lui apporter un stock de nourriture…

- Il y a touché ?

- Un peu. Mais pas suffisamment. Et il ne chasse pas. Il vole peu, à la vérité…

- Et vous avez vérifié l'état de ses ailes et des griffes ? S'enquit Rogue en croisant les bras d'un air étonnament impliqué.

- Oui. Elles sont opérationnelles. Mais il est très faible. Voler lui prend trop d'énergie… Expliqua Charlie.

Soudain la poche d'Eileen se mit à gigoter, et Bellerophon sortit sa tête. Eileen tendit sa main, et il monta dessus, serpentant jusqu'à son épaule, de ses petites griffes acérées. Puis il produisit un petit cri, qui résonna tout de même suffisamment pour qu'Argos redresse la tête.

Eileen donna à Bellerophon des instructions en Fourchelang : il ne fallait pas qu'il se montre menaçant, ou brutal. Seulement qu'il aide un confrère, avec qui la vie avait été bien cruelle. Harry ajouta, dans cette même langue, que l'autre dragon était encore trop faible pour chasser, et que si Bellerophon pouvait l'aider sous cet angle, ils lui en seraient tous reconnaissants.

Severus, Hermione et Charlie observèrent la discussion d'un air captivé. Puis Eileen vérifia qu'elle avait l'approbation de Severus – et lorsqu'il obtempéra, elle lança le petit dragon dans les airs :

- Finite Minima, déclara-t-elle.

Et aussitôt, Bellerophon déploya ses ailes avec puissance, reprenant la taille d'un dragon de plusieurs mètres de large. Argos se leva d'un bond, mais il vascilla un peu. Hermione sursauta et recula de trois pas, se plaçant machinalement derrière le Professeur Rogue.

Charlie et Harry s'avancèrent d'un mètre :

- Il est superbe ! S'excita l'aîné Weasley.

- J'te l'avais dit, sourit Potter.

Bellerophon vola un peu dans le décor, disparaissant des regards quelques instants, puis il revint et attérit en douceur sur une falaise, non loin de la rivière, où il s'approcha en douceur d'Argos, un cerf dans la gueule.

Il vint le déposer devant l'autre dragon, puis recula de quelques pas. Les deux se grognèrent dessus un moment, puis le Pensedefer Ukrainien avisa le groupe de sourciers.

Le dragon rouge, noir et gris émit un sifflement et un claquement de dents qui se voulaient probablement rassurants, puis Argos accepta d'attaquer la proie qu'on venait de lui apporter. Bellerophon l'observa d'un regard pétillant, puis il repartit avec lenteur, et prit à nouveau son envol. Argos acheva de se restaurer, mais il lançait toujours des coups d'œil méfiants envers Harry et son groupe.

- Je crois qu'on ferait mieux de les laisser un peu tout seuls, suggéra Eileen.

Sa proposition lui valut un hochement de tête collectif. Pourtant, personne ne bougea, tous obnubilés par la beauté des deux créatures.

Enfin, Severus lança le retrait :

- Laissons Bellerophon le rassurer pour cette nuit. Il a l'air d'avoir la situation sous contrôle.

- Ca, c'est sûr, déclara presqu'amoureusement Charlie.

- Maintenant, je veux rencontrer ce loup-garou, ajouta ensuite le Professeur Rogue.

- Oui, obtempéra Harry.

Tous partirent dans la direction opposée.

- Il ne sort pas de sa grotte, avoua l'aîné Weasley. J'ai essayé de lui parler et de le rassurer, mais il reste recroquevillé contre la roche. A ma connaissance, lui par contre, n'a pas touché à la nourriture qu'on lui a apportée.

- Pauvre créature, commenta Eileen avec une peine ostensible dans la voix.

Charlie arrêta alors le groupe :

- Pas tous en même temps, il s'effraie rapidement. Professeur Rogue, Professeur McNamara – allez-y les premiers. Harry, Hermione, vous irez lorsqu'ils seront revenus. Il panique lorsqu'il y a plus de deux personnes…

Eileen avança la première dans un long couloir obscur, et Severus la suivit étroitement, la main sur sa baguette. Le loup garou était assis contre la paroi rocheuse qui marquait le fond de la grotte. On lui voyait les côtes – il n'était pas bien grand, vraiment, et son regard était d'une humanité poignante.

- Comment peut-on faire cela à des créatures vivantes, quelles qu'elles soient, pensa à voix haute Eileen, la voix raillée.

Elle se retourna en arrière, mais le tunnel possédait un virage, et le reste du groupe avait disparu. Elle s'avança un peu et s'accroupit par-terre, non loin de lui :

- Je ne te veux aucun mal, promit-elle. Je m'appelle Eileen McNamara.

L'animal observa Severus d'un air inquiet, les yeux rivés sur sa main droite. Eileen se tourna et remarqua l'arme :

- Severus, ta baguette, murmura-t-elle avec un coup d'œil mécontent.

C'était la première fois qu'elle le tutoyait et qu'elle le rouspétait de la sorte – le sorcier en haussa des sourcils hautement étonnés, mais une étincelle divertie brilla dans ses yeux. Il rangea son arme en silence, et s'avança avec douceur :

- Nous sommes tous les deux Professeurs à l'Ecole de Magie, Poudlard, annonça Rogue en s'arrêtant juste derrière Eileen. Tu as du… Entendre parler de Poudlard ?

Les pupilles de loup-garou se plissèrent, puis il tourna à nouveau la tête contre la paroi rocheuse et colla son front contre la pierre. Eileen leva un regard tellement attristé vers Severus, qu'il ne put s'empêcher de poser une main sur son crâne :

- Il va lui falloir du temps, prévint-il.

- Il est si maigre, commenta la jeune femme, des larmes dans les yeux.

- Il va reprendre des forces. Puis il reprendra confiance en lui. Et il reprendra sa liberté. Pour l'heure… (Il soupira) Il nous faudrait un loup-garou à l'état animal. La prochaine pleine lune n'aura pas lieu avant deux semaines, cela nous laisse le temps de préparer cette rencontre. Weasley, acceptera sûrement.

Eileen passa en position accroupie, puis elle s'avança doucement vers l'animal, faisant une pause après chaque nouveau mètre franchi. Elle tendit une main, vers lui.

- Ne fais pas cela, protesta Severus dans un murmure qui traduisait sa désapprobation aussi clairement que s'il l'avait criée.

- Ne lui fais pas peur, souffla la jeune femme en servant au sorcier un coup d'œil accusateur.

- Eileen, s'il te donne un coup de patte ou qu'il te mord, tu es contaminée, lui rappela le sorcier. Eileen…

Cette dernière parvint à poser une main sur le crâne de l'animal, qui ferma les yeux. Elle le caressa doucement, jusqu'à sa nuque :

- Tout va bien se passer, désormais, je te le promets. On va s'occuper de toi. Tout… Va… Bien.

Severus, qui avait à nouveau attrapé sa baguette, coupa sa respiration tout le temps que dura cet échange. Eileen caressa ensuite d'un revers des doigts, le creux qu'il avait sous les yeux :

- Mais pour ça, murmura-t-elle. Il faut que tu manges. Si tu ne manges pas, tu vas t'affaiblir, encore… On t'a mis un peu de tout : du gibier, des fruits, des légumes, de l'eau… Tu prends ce que tu veux, c'est gratuit, ça ne t'engage à rien… C'est pour toi, juste pour toi.

Le loup-garou accepta de s'allonger tout doucement, et Severus ferma les poings, prenant visiblement sur lui pour ne pas intervenir.

L'animal posa sa tête contre le genou de la jeune-femme, et il ferma les yeux. Eileen lui caressa à nouveau le crâne, émue :

- Tout va bien, souffla-t-elle.

Elle se laissa glisser contre la roche, s'asseyant par-terre à côté de lui, et le blottit contre elle :

- N'aie pas peur… Ajouta-t-elle en lui frottant affectueusement une oreille.

Severus resta tétanisé devant cette scène. Le loup-garou poussa un long soupir, et il rentra ses pattes sous lui, cachant sa tête dans les côtes de la jeune femme. Eileen le caressa longuement sur le crâne, et sur l'épaule :

- Personne ne va te faire de mal, je te le promets, répéta-t-elle.

Au bout de vingt minutes, Harry et Charlie finirent par les rejoindre, poussés par la curiosité et l'impatience. Ils sourirent devant cette scène.

- Bien. Ca, c'est très bien, souffla Weasley.

Le Professeur Rogue lui servit un regard aigu. Visiblement, il ne partageait pas son enthousiasme. Puis il refocalisa son attention sur la jeune femme, qui désormais avait également fermé les yeux, comme prête à s'assoupir.

Elle finit par les rouvrir et dire :

- Je vais dormir ici, cette nuit. Cela lui fera du bien, d'avoir de la compagnie…

Harry se figea. Il pencha légèrement la tête sur le côté, comme s'il trouvait la proposition noble, mais risquée. Charlie grimaça et commença à ouvrir la bouche – mais Severus, fut le premier à déclarer :

- Cela, Eileen, il n'en est pas question, annonça-t-il d'un ton calme, mais sans appel.

Charlie et Harry tournèrent la tête vers Rogue, étonnés de la familiarité qu'ils pouvaient percevoir dans cette réponse. Les deux professeurs de Poudlard échangèrent un long regard, comme s'ils poursuivaient l'argumentation par la pensée – et Eileen finit par céder :

- D'accord. Juste cinq minutes de plus, alors…

Severus n'ajouta rien. Harry sourit, et murmura doucement :

- Elle est extraordinaire, fit-il remarquer.

Charlie obtempéra lentement. Le professeur Rogue prit une brève inspiration, et la coupa, faisant appel à sa patience intérieure. Un nouveau quart d'heure s'écoula, et enfin, la respiration de l'animal s'apaisa. Elle devint plus lente, plus régulière. Il s'était endormi.

Eileen sortit alors lentement sa baguette de sa poche. Severus, brandit la sienne en silence, prêt à intervenir, tout en l'interrogeant du regard. Il vit qu'Harry et Charlie faisaient de même.

- Insensae Nocturae Subsitum, murmura Eileen.

Alors elle put se décaler du loup-garou et se le lever sans qu'il ne se rende compte qu'elle avait bougé. Une forme de substitution avait conservé l'emplacement d'Eileen, comme une sorte de fantôme de chaleur et de consistance, sans couleur et sans traits. Elle couvrait l'animal d'une sphère protectrice, endormissant également ses sens, pour lui permettre un sommeil profond.

Eileen ôta doucement son écharpe et la posa sur le corps canin amaigri, lui caressant une dernière fois le crâne. Puis elle recula doucement, dans le plus grand silence, jusqu'à revenir entre les trois sorciers – qui, tous, expirèrent de soulagement.

Ils repartirent tout doucement, laissant la créature se reposer.

- Il est canon ce sortilège, s'enflamma Charlie une fois qu'ils furent retournés à la lumière.

- Il m'était très pratique, pour Bellerophon, quand il était petit. Il ne supportait pas que je le laisse seul plus de dix minutes… C'était compliqué, pendant mes études.

- Sans blague ! Rit Weasley.

lls virent que le dit-Bellerophon était désormais couché non loin du Dragon Gris, qui avait fermé les yeux et s'était étendu entre une dizaine de carcasses grignotées.

Eileen lui sourit, et son ami à écailles plissa les yeux d'un air satisfait, tout en posant à son tour sa large tête sur le sol pour dormir.

- Bon, et bien… Je crois qu'on peut faire tomber la nuit, déclara Eileen en observant le décor. Hermione ?

La jeune sorcière, visiblement pas rassurée le moins du monde depuis le début de la soirée, et qui était restée à l'entrée de la grotte, sursauta :

- Pardon ?

- Tu as du lire comment jeter l'obscurité dans un espace tridimensionnel crée sur mesure ?

- Euh, oui. Enfin… (Elle avisa ses deux professeurs) Je crois.

- Vas-y, l'encouragea Eileen.

Granger s'avança, sortit sa baguette, la pointa vers le plafond et dit, tout en dessinant un cercle :

- Nocturis.

Alors la luminosité baissa progressivement, et bientôt, un quartier de lune apparut dans le ciel étoilé. La température chuta également de quelques degrés.

- Parfait, félicita Eileen. Je suppose qu'il est l'heure de rentrer, désormais.

- Je ne dirais pas non, bailla Charlie. Fleur va finir par se demander ce que je fabrique encore dehors à cette heure-ci…

- Ginie doit déjà dormir sur le canapé du salon, s'amusa Harry en obtempérant.

Eileen posa un regard doux sur Severus, qui lui en retourna un vibrant d'une émotion difficile à cerner. Ils laissèrent les trois autres sorciers prendre de l'avance pour regagner les marches, puis la jeune femme murmura :

- Tu veux rentrer directement à Poudlard ? Je comptais passer d'abord par Liverpool ce soir, Grisabella pourrait passer me prendre… Tu es le bienvenu, si tu veux…

Severus obtempéra pour toute réponse. La jeune femme lui adressa un regard heureux. Lorsqu'ils regagnèrent la salle principale de la résidence des Black, ils furent surpris de voir que, non, Ginie ne dormait pas – au contraire, elle semblait particulièrement amusée.

Alors ils entendirent la voix de Kreattur :

- Et voici la grande tante Marishka, c'était une femme très sombre, mais très respectueuse des traditions, présentait-il devait un large portrait aux coloris noirs et rouges. Je l'ai connue de ses quatre ans à ses soixante-six ans, lorsqu'elle fut incarcérée à Azkaban pour traffic de Moldus.

La silhouette de Grisabella pouffa dans des tons aigus :

- Vous en avez vus, des sorciers puissants.

- Oui, j'en ai vus, et revus, énonçait fièrement Kreattur. Voici ensuite les appartements du jeune maître Regulus…

Harry, Hermione, Ginie et Eileen échangèrent des regards amusés. Puis cette dernière dit :

- Sinon, il y a toujours le Porte-au-Loin…

- En effet, commenta Severus, d'un air pressé de partir.

Eileen perçut son envie, car elle salua le reste du groupe :

- Rendez-vous demain à l'arène, Harry, Hermione, Ginie. Charlie, je repasserai demain soir jeter un coup d'œil sur nos invités.

- Moi aussi. A demain soir, alors…

Puis Severus et Eileen partirent en direction du Porte-au-Loin, une fontaine de pierre superbement décorée, qui ne s'activait qu'au contact des sorciers :

- Liverpool ? Revérifia Eileen en lui tendant une main.

- Oui, assura Severus d'une intonation à la fois calme et contenue, en attrapant ses doigts fins et chauds.

Et ils transplannèrent au niveau du bureau de poste, non loin de la résidence McNamara. Eileen murmura la formule d'entrée en Fourchelang, puis les portes s'ouvrirent. Severus caressa ses doigts dès qu'ils furent entrés à l'intérieur de la maison, puis la jeune femme se retourna vers lui, s'approcha, et lui enlaça le dos, se mettant sur la pointe des pieds pour l'embrasser.

Severus expira longuement – presque douloureusement, mais il l'étreignit avec force en retour, répondant à ses lèvres.

- J'ai l'impression que tu es à la fois furieux et fier de moi, commenta la jeune femme entre deux baisers, tandis qu'elle lui donnait un petit coup de tête et qu'elle l'observait avec la plus douce franchise du monde.

- C'est précisément le cas, répondit Severus en lui caressant la tempe.

- C'était un gentil, loup-garou, sourit Eileen en l'embrassant sur la joue avec lenteur.

- Tu es insupportable, soupira le sorcier, défaitiste.

- Tu t'inquiètes trop, lui dit la jeune femme.

- Ha, vraiment ? Releva Severus, l'air soudain mauvais.

- Un tout petit peu, apaisa Eileen en attrapant ensuite ses mains pour entremêler leurs doigts.

Elle lui caressa les paumes et l'intérieur des poignets avec le pouce, puis avisa à nouveau ses lèvres. Severus ferma les yeux et l'embrassa avec plus de passion que précédemment, emprisonnant leurs mains dans le dos de la jeune femme, sur lequel il appuya pour la lover contre lui.

Puis Eileen l'entraîna vers sa chambre à coucher, et petit à petit, ils se dévêtirent mutuellement. La jeune femme sentit que le sorcier avait besoin que cette étape se fasse avec lenteur, et il se montra d'une grande douceur, à chaque nouvelle parcelle de peau nue qu'il dévoilait. Eileen le câlina fortement – elle pouvait sentir qu'il rendait les armes dès qu'elle le blottissait dans ses bras ou qu'elle lui caressait la nuque, ce qu'elle ne se lassait pas de faire, tout en lui servant des regards brûlants de désir.

Bientôt elle murmura un « vestido » et le reste de leurs vêtements disparut – ainsi, dans la nuit, ils laissèrent pour la première fois libre-cour à leur désir mutuel.